HUITIÈME CHAPITRE

LA POPULATION JUIVE MONDIALE

Les Développements Démographiques Avant la Guerre

 Au début des années 1930 9.5 millions de juifs vivaient en Europe (incluant l'Union Soviétique)[1]. Les deux tiers de ces juifs ne tombèrent jamais entre les mains des Allemands ou réussirent à quitter la sphère d'influence allemande avant la fin de la guerre. Par contre, la population juive d'Europe était engagée dans un processus de dissolution longtemps avant l'arrivée de Hitler au pouvoir. Cette dissolution était caractérisée par une émigration importante vers l'ouest, un taux de croissance naturelle en chute libre suite à l'effondrement du taux de natalité, des conversions et un processus d'assimilation qui prenait de l'ampleur. La crise économique des années trente et les mesures anti-juives instaurées en Allemagne, en Roumanie, et en Pologne poussèrent encore plus les juifs à quitter le continent. Le déclenchement de la seconde guerre mondiale entraîna la destruction des concentrations de populations juives traditionnelles en Europe de l'Est et il ne resta plus que de faibles communautés implantées en Europe de l'Ouest.

Environ un million de juifs ont pu quitter l'Europe avant la guerre; environ un demi-million vivait dans des pays jamais occupés par l'Allemagne et entre septembre 1939 et l'été 1940 plus de deux millions de juifs disparurent en Union Soviétique et partagèrent le sort des trois autres millions de juifs soviétiques. Par conséquent, 2.8 millions de juifs seulement restèrent dans les pays qui passèrent sous le contrôle de l'Allemagne avant le 22 juin 1941. Environ 750,000 autres juifs tombèrent entre les mains des Allemands alors que les troupes de l'Axe déclenchèrent leur attaque préventive contre l'URSS, ce qui porta le nombre total de juifs sous domination allemande à 3.5 millions.

Des 5.5 millions de juifs vivant en URSS (1940), un million vivaient déjà dans des zones qui ne furent jamais occupées par l'Allemagne, trois quarts de million furent déportés par les Soviétiques de zones à l'Ouest vers la Sibérie à l'été 1940, et les quatre cinquièmes des 3.7 millions de juifs restants se retirèrent plus ou moins volontairement avec l'Armée Rouge en 1941.

Après la deuxième guerre mondiale, 2.4 millions de juifs furent retrouvés vivants dans les pays anciennement occupés par l'Allemagne (à l'exception de l'URSS);

Table 16: Population mondiale juive dans les années 1930
- par pays -


Europe

 

 

 


 

Angleterre (1931)

300.000

 

 

Gibraltar (1931)

886

 

 

Irlande (1926)

3.686

 

 

Malte (1920)

35

 

 

Portugal (1931)

1.200

 

 

Suède (1930)

6.653

 

 

Suisse (1930)

17.973

 

 

Espagne (1934)

4.000

 

 


 

Europe non occupée

 

334.433

 

 

Albanie (1930)

204

 

 

Belgique (1934)

60.000

 

 

Bulgarie (1934)

48.398

 

 

Danemark (1930)

5.690

 

 

Allemagne (1939)

250.448

 

 

Finlande (1937)

1.755

 

 

France (1936)

240.000

 

 

Grèce (1928)

72.791

 

 

Italie (1931)

47.825

 

 

Yougoslavie (1931)

68.405

 

 

Luxembourg (1935)

3.144

 

 

Pays-Bas (1935)

111.917

 

 

Norvège (1930)

1.359

 

 

Pologne (1931)

3.113.900

 

 

Roumanie (1930)

756.930

 

 

Tchécoslovaquie (1930)

356.830

 

 

Hongrie (1930)

444.567

 

 


 

Ancienne Europe occupée

 

5.584.163

 

 

Estonie (1934)

4.302

 

 

Lettonie (1935)

93.479

 

 

Lituanie (1923)

155.125

 

 

Union Soviétique (1939)

3.020.141

 

 


 

Union Soviétique et états baltes

 

3.273.047

 


 

Europe

 

 

9.191.643

 

Afrique, Asie, Australie

 

 

 


 

Egypte (1934)

72.550

 

 

Ethiopie (1936)

51.000

 

 

Algérie (1931)

110.127

 

 

Kenya (1931)

305

 

 

Congo (1923)

177

 

 

Libye (1938)

30.046

 

 

Maroc (français) (1936)

161.312

 

 

Marokko (espagnol) (1936)

12.918

 

 

Afrique de l'Est portuguaise (1923)

100

 

 

Rhodésie (1931)

2.447

 

 

Afrique du Sud (1936)

90.662

 

 

Afrique du Sud Ouest (1925)

200

 

 

Tanganyika (1931)

10

 

 

Tanger (1936)

7.000

 

 

Tunisie (1936)

59.485

 

 


 

Afrique

 

598.339

 

 

Aden (1931)

4.151

 

 

Afghanistan (1929)

5.000

 

 

Arabie (?)

25.000

 

 

Chine (1935)

19.850

 

 

Hong Kong (1935)

250

 

 

Inde (1931)

24.141

 

 

Indochine (1924)

1.000

 

 

Irak (1935)

90.970

 

 

Japon (1938)

200

 

 

Malaisie (1921)

703

 

 

Palestine (1939)

424.373

 

 

Perse (1935)

40.000

 

 

Philippines (1934)

500

 

 

Syrie/Liban (1931)

26.051

 

 

Trans-Jordanie (1934)

200

 

 

Turquie(1935)

78.730

 

 

Chypre (1931)

75

 

 


 

Asie

 

741.194

 

 

Australie (1933)

23.553

 

 

Nouvelle Zélande (1936)

2.653

 

 


 

Australie et Nouvelle Zélande

 

26.206

 


 

Afrique, Asie et Australie

 

 

1.365.739

 

Amérique du Sud et du Nor

 

 

 


 

Argentine (1935)

260.000

 

 

Brésil (1933)

40.000

 

 

Chili (1930)

3.697

 

 

Costa Rica (1939)

500

 

 

Curacao (1929)

566

 

 

République Dominicaine (1940)

756

 

 

Guatemala (1938)

350

 

 

Guyane (brit.) (1938)

1.000

 

 

Haiti (1936)

150

 

 

Honduras (1938)

25

 

 

Jamaique (1935)

2.000

 

 

Colombie (1935)

2.045

 

 

Cuba (1933)

7.800

 

 

Mexique (1935)

20.000

 

 

Nicaragua (1938)

100

 

 

Panama (1930)

'850

 

 

Zone du canal de Panama(1938)

74

 

 

Paraguay (1930)

1.200

 

 

Perou (1935)

1.500

 

 

Salvador (1939)

120

 

 

Surinam (1938)

799

 

 

Uruguay (1930)

12.000

 

 

Vénézuela (1926)

882

 

 


 

Amérique Latine

 

356.414

 

 

Canada (1931)

155.614

 

 

Etats-Unis (1937)

4.771.122

 

 


 

Amérique du Nord

 

4.926.736

 


 

Amerique

 

 

5.283.150


Population juive mondiale

 

 

15.840.532


Source: AJYB, 1944, Vol. 46, p. 501, pour tous les pays à l'exception de la Roumanie et des Pays-Bas. Pour ces deux derniers pays des "estimations" ont été données par le Year Book même si le recensement hollandais de 1935 trouvait 111,917 juifs (AJYB, 1940, Vol. 42, p. 602) et que le recensement roumain de 1930 (Hilberg, Destruction of the European Jews, p. 486) trouvait 756.930 juifs

Environ 300,000 d'entre eux sont manquants dans les statistiques. Plus de un million de juifs sur les cinq millions présents en URSS périrent durant la guerre, la majorité dans les camps de travail soviétiques ou encore lors des combats. Il est probable que 4.3 millions de juifs se trouvaient encore en Union Soviétique en 1945 et des personnalités sionistes importantes comme le Dr Nahum Goldmann estiment que le nombre de juifs présents en Union Soviétique en 1980 était de 3.5 millions. Avant cette date des centaines de milliers ont quitté le paradis des travailleurs (vers Israël surtout) alors qu'un taux de natalité très faible, un taux de mariages mixtes élevé et le vieillissement de la population ont entraîné une érosion importante de la communauté juive d'URSS.

Comparer l'évolution démographique des juifs d'Europe avec celle des juifs du reste du monde est un exercice difficile puisqu'il n'existe pas de chiffres fiables qui donne la population juive mondiale. Dans plusieurs pays les juifs ne sont pas considérés comme une ethnie mais comme une minorité religieuse et étrangement les dirigeants sionistes n'ont pu persuader jusqu'à maintenant les gouvernements des pays de l'Ouest où une population juive importante se trouve de compter ceux-ci séparément dans les recensements.

Cette situation mène à des différences de taille concernant la population juive mondiale même pour les années qui précèdent la guerre. Une règle générale concernant les estimations existantes est que la population juive des pays d'immigration fut sousestimée, surestimée pour les pays d'émigration et, en général, on a attribué aux juifs un taux de croissance naturel beaucoup plus élevé que ce qu'il n'était en réalité. Ce problème se reflète particulièrement sur la dernière estimation d'avant-guerre qui donnait une population juive mondiale de 16.7 millions en 1939. Les larges déplacement de populations vers l'est, l'ouest ou le sud que la guerre causa et l'intérêt politique qu'il y a à garder les estimations d'avant-guerre à un niveau élevé ont rendu impossible une correction adéquate de ce chiffre. Pourtant, la vérité historique le requiert.

Dans la plupart des cas les seules estimations officielles ou semi-officielles d'avant-guerre ne sont disponibles que pour le début des années trente ou le milieu des années trente. Des exceptions existent pour les Etats-Unis, la Palestine, l'Union Soviétique et la Grande Allemagne. Sur la base des derniers recensements ou estimations concernant les pays énumérés dans la Table 16 on obtient le sommaire suivant :

Amérique du Nord et du Sud

5.283.150

Asie, Afrique, Australie

1.365.739

Pays européens non occupés par l'Allemagne durant la deuxième guerre mondiale

334.433


Pays en dehors de la sphère d'influence allemande pendant la guerre

6.983.322

Paysà l'intérieur de la sphère d'influence allemande pendant la guerre

5.584.163


Population juive mondialeà l'exception des pays baltes et de l'URSS

12.567.485

Union Soviétique et pays baltes

3.273.047


Population juive du monde

15.840.532


Dans la Table 17 nous avons énuméré les années où un recensement comptait la population juive de pays individuellement avant la deuxième guerre. En les classifiant par périodes on obtient le sommaire suivant (en milliers):

 

A

B

C

D

E

 

 

 

23/25

26/32

33/35

36/38

1939

Summe

 

Amérique du Nord et du Sud

0

175

333

4.774

1

5.283

Asie, Afrique, Australie

2

172

352

415

424

1366

Europe

0

5.199

227

242

250

5.918


Monde sauf URSS/états baltes

2

5.546

912

5.431

676

12.567

URSS et pays baltes

155

0

98

0

3.020

3.273


Juifs dans le monde

157

5.546

1.010

5.431

3.696

15.841


Années jusqu'à 1939 (moyenne) ...

15

8

5

2

1

 

Pourcentage d'accroissement moyen ...

0,2

0,2

0,7

0,5

0,3

 

Population juive possible à la fin de 1939 ...

162

5.635

1.046

5.485

3.707

16.035


Les principaux pays énumérés aux colonnes A et B sont la Lituanie, la Pologne, la Hongrie, la Tchécoslovaquie, la Roumanie et l'Angleterre. La population juive de Pologne enregistrait un taux de croissance négligeable de 0.2% avant la guerre. En Hongrie ce taux était négatif. En Tchécoslovaquie et probablement en Grande Bretagne, la population juive était stagnante et les juifs roumains eux aussi enregistraient un faible taux de croissance (0.2%) dans les années trente. Le taux de croissance relativement élevé du petit nombre de juifs asiatiques et africains ne peut avoir affecté de façon notable le taux global pour ces colonnes. Un taux moyen de 0.2% semble probable dans les circonstances.

Les pays énumérés à la colonne C sont distribués de façon égale dans l'hémisphère ouest, en Europe et en Asie/Afrique. La croissance faible ou nulle en Europe était plus que compensée par le taux de croissance élevé en Asie. Malgré tout le taux de 0.7% tel qu'appliqué semble un peu trop haut. Les juifs américains dominent dans la colonne D. Leur taux de croissance est sujet à dispute. Mais nous savons que la population juive urbaine enregistrait un taux de croissance très en déca du taux de croissance moyen aux Etats-Unis. Aussi, d'autres segments de la population américaine (par exemple les noirs et la population rurale blanche) avaient un taux de croissance beaucoup plus élevé que le taux national de 0.75% (1935-1939). [2] Donc, un taux moyen de 0.5% dans la colonne D est probablement exagéré. La colonne E donne le taux de croissance sur une année puisque le recensement soviétique a pris place en janvier 1939 ; ici aussi le taux de 0.3% tel qu'appliqué est plutôt généreux puisque la population juive soviétique était en stagnation longtemps avant la guerre, comme le professeur Lorimer l'a montré.

La taille maximum de la population juive mondiale ne peut donc avoir excédée 16.04 millions en 1939. Une analyse de la Table 17 montre que les dates auxquelles on a procédé à un recensement en Palestine ou dans les pays de l'Ouest ayant connu une immigration juive sont généralement situées vers la fin des années trente. Par contre, pour les pays ou une émigration juive s'est produite les derniers recensements disponibles sont souvent au début des années 1930 (à l'exception de l'Allemagne). Il n'y a donc aucun doute que les recensements faits dans les pays d'immigration incluaient des juifs qui avaient été comptés dans les recensements de Pologne, de Roumanie, de Hongrie, des états baltes, de Grèce, de Tchécoslovaquie, etc.. En tenant compte des 500,000 émigrants qui ont quitté la Pologne dans les années trente et des quelques dizaines de milliers de juifs qui ont quitté les autres pays, il est certain que le dénombrement a compté deux fois au moins 100,000 juifs, peut-être plus. Nous pouvons être certains que la population juive mondiale en 1939 n'atteignait pas les 16 millions. Elle était de 700,000 en deçà de ce qui est généralement présumé.

Table 17: Population juive mondiale dans les années trente
- par années de recensement -


Année

Europe

+ Asie

+ Austr.

+ Afrique

+ Amerique

= Welt


Inconnu

 

25.000

 

 

 

25.000

1920-1925

155.160

1.703

 

477

 

157.340

1926

3.686

 

 

 

882

4.568

1928

72.791

 

 

 

 

72.791

1929

 

5.000

 

 

566

5.566

1930

1.590.206

 

 

 

17.747

1.607.953

1931

3.532.216

54.418

 

112.889

155.614

3.855.137

1933

111.917

 

23.553

 

47.800

183.270

1934

116.700

700

 

72.550

 

189.950

1935

96.623

229.800

 

 

285.545

611.968

1936

240.000

 

2.653

382.377

150

625.180

1937

1.755

 

 

 

4.771.122

4.772.877

1938

 

200

 

30.046

2.348

32.594

1939

250.448

424.373

 

 

620

675.441

1940

 

 

 

 

756

756


Monde (sauf URSS)

6.171.502

741.194

26.206

598.339

5.283.150

12.820.391

URSS 1939

3.020.141

 

 

 

 

3.020.141


Monde

9.191.643

741.194

26.206

598.339

5.283.150

15.840.532


Source: Table 16.

Le peu de sérieux rattaché à ce chiffre de 16.64 millions [3] tel que publié par le Year Book peut être démontré autrement: Pour que ce chiffre soit vrai, il faudrait que la population juive mondiale ait connu un accroissement de 1.2% par an jusqu'en 1939. Ce taux est 50% supérieur au taux que l'Afrique du Nord et certaines régions rurales d'Europe avaient!

Dans le Statistical Abstract of Israel un chiffre tout aussi irréel de 16.7 millions peut être trouvé pour 1939. La même source nous donne aussi les chiffres suivants pour la population juive mondiale pour les années 1914 et 1925 :[4]

1914

13,5 millions
1925 14,8 millions

Un accroissement de 13.5 millions à 14.8 millions en onze ans est équivalent à un taux de croissance annuel de 0.85%. Avant et après cette date des millions de juifs ont quitté l'Europe de l'Est et émigré principalement aux Etats-Unis où leur taux de fertilité a décéléré rapidement dans ce nouvel environnement urbain. La crise économique des années trente a aussi fait chuter le taux de natalité de la population juive tout comme les autres populations des pays industrialisés. Mais un accroissement jusqu'à 16.7 millions en 1939 représenterait une croissance annuelle de 0.9% par an. Non seulement les juifs auraient connu un accroissement de leur taux de croissance mais leur taux de fécondité aurait – contrairement à la tendance qui prévalait partout ailleurs – été beaucoup plus élevé que celui de l'Europe de l'Est et du Centre. Absurde!

Cependant, un accroissement de 1.2 millions (14.8 millions en 1925 jusqu'à 16 millions en 1939) donnerait un accroissement moyen de 0.55% par an. Même ce taux semble élevé vu la chute drastique du taux de natalité des juifs d'Europe de l'Est, la tendance négative dans certains états du centre et du sud de l'Europe et une croissance modérée aux Etats-Unis. Malgré tout, en considérant tous ces développements depuis 1914 il est plus réaliste. Pour fins de comparaison : La population américaine a enregistré un taux de croissance moyen de seulement 0.8% entre 1930 et 1939 en dépit du taux de natalité des noirs et des blancs des zones rurales;[5] en Allemagne ce taux net a été de 0.7-0.8% (cependant, il y eut un déclin de 0.9% en 1925 à 0.66% en 1930 et un accroissement ensuite à 0.8% en 1939).[6]

Ainsi l'émigration d'Allemagne et l'immigration en Palestine, qui ont reçu beaucoup plus de publicité, sont reflétés par les chiffres du Year Book, mais l'émigration considérable en provenance des pays de l'Europe de l'Est a été ignorée totalement. Le fait que les Etats-Unis ont accepté plus de 400,000 réfugiés (juifs surtout) a été rendu public seulement en 1943 pendant les audiences du Comité d'enquête de la Chambre des Représentants Américaine. Ces audiences n'ont cependant pas reçu beaucoup d'attention. Donc, alors que l'immigration juive dans les pays de l'Ouest et en Palestine se reflète en partie dans les statistiques, l'émigration en Europe de l'Est a été totalement ignorée. Cette situation a des conséquences majeures concernant l'évaluation du chiffre de la population juive totale d'avant-guerre et du nombre de personnes manquantes. De toute évidence les pays d'immigration sont donnés avec une population inférieure à ce qu'elle était alors que la population juive des pays d'Europe de l'Est a été exagérée de 800,000!

L'analyse des données spécifiques à chaque pays aux chapitres 1 et 6 pointe vers une émigration nette avant et pendant la guerre donnant au total 1,121,000 (Table 18). Il est possible que ce chiffre inclue aussi une fraction due à un taux de croissance négatif puisque parfois les données disponibles étaient trop fragmentaires.

Table 18: Emigration juive avant et pendant la seconde guère mondiale


Allemagne et Autriche

442.000

Pologne

500.000

Roumanie

121.600

Tchécoslovaquie

52.300

Hongrie

5.500


Total

1.121.000


Source: chapitres 1 et 6. La fuite de 30,000 juifs de France en 1940 n'a pas été comptée.La majorité d'entre eux étaient des réfugiés juifs de Pologne, d'Allemagne, de Tchécoslovaquie et les considérer serait les compter en double.

En analysant les chiffres de l'immigration pour les principaux pays, -i.e. la Palestine, les Etats-Unis, le Canada, l'Australie, l'Angleterre, l'Afrique du Sud, la France et plusieurs pays d'Amérique Latine – avant la fin de la seconde guerre mondiale, nous avons trouvé 1,059,000 juifs au chapitre sept (Table 14). De plus, il y a plusieurs autres petits pays qui ont aussi accepté plusieurs milliers de réfugiés juifs, la Suisse, la Suède, la Nouvelle Zélande et la Chine par exemple.

Il est clair que les chiffres de l'émigration et de l'immigration pour la période d'avant 1945 qui ont été trouvés dans cette étude s'équilibrent à peu près et se confirment mutuellement.

Une Question de Millions

De façon à vérifier les chiffres de la population juive mondiale tels que publiés par le Year Book pour la période d'après-guerre (1946), nous avons défini deux groupes qui seront étudiés séparément : Les juifs d'Union Soviétique et ceux qui ne vivaient pas dans ce pays.

Comme nous l'avons mentionné plus tôt, la population juive mondiale de 1939 était de moins de 16 millions. De ceux-ci, 3.02 millions vivaient au sein de l'empire soviétique. Il y avait donc moins de 13 millions de juifs ailleurs en 1939. En l'espace de quelques mois les Soviétiques ont acquis plusieurs millions de juifs polonais, baltes et roumains. La division de ceux-ci ressemble donc à ceci :

Population juive mondiale en 1939(maximum)

 

16.000.000

déduction:

 

 

- »Ancienne«-Union Soviétique (1939)

3.020.000

 

- Anciens juifs polonais (1939/40)

1.867.000

 

- Anciens juifs des états baltes(1940)

225.000

 

- Anciens juifs de Roumanie(1940)

225.000


 

Total des juifs soviétiques

 

5.337.000


Juifs à l'extérieur de l'Union Soviétique en 1940 (maximum)

 

10.663.000


Au début de la seconde guerre mondiale, la distribution approximative de ces 10.7 millions de juifs était la suivante :

Etats-Unis (1943)[7]

5.200.000

Canada (1941)[8]

170.241

Amérique Latine (1943)[8]

584.384


Hémisphère ouest

5.954.625

Palestine (1939)[9]

424.373

Asie (incluant la Turquie) (1939)[10]

376.500

Afrique (1939)[10]

609.800

Australie/Nouvelle Zélande (1939)[10]

33.000

Pays européens jamais occupés par l'Allemagne pendant la guerre (1939)[11]

384.500


Paysen dehors de la sphère d'influence allemande subséquente

7.782.798

Pays européensà l'intérieur de la sphère d'influence subséquente (1939)[12]

2.952.000


Juifs à l'extérieur de l'URSS 1939/1943 (maximum)

10.735.000


Concernant l'hémisphère ouest aucun chiffre n'est disponible pour 1939; ils sont par conséquent un peu trop hauts et reflètent l'immigration des premières années de guerre. D'un autre côté, la population de 384,500 des pays d'Europe non occupée est probablement trop basse de plusieurs dizaines de milliers. Le total de 10,663,000 cependant correspond à peu près à la somme des pays individuels pour la période 1939/1943. Il est peu probable que les chiffres d'après-guerre concernant les juifs vivant en dehors de l'Union Soviétique excèdent les chiffres d'avant-guerre étant donné le taux de croissance possiblement négatif pendant la guerre, les tués au combat (soldats et partisans), les conditions chaotiques dans les camps allemands dans les derniers mois de guerre, les bombardements alliés, etc.. Ces facteurs peuvent avoir fait baisser le total à 10.6 millions ou moins.

Si nous comparons ces 10.6 millions de survivants aux 9 millions vivant à l'extérieur de l'Union Soviétique tels que donnés par le Year Book de 1946 (Table 19), il y a un écart de 1.5 millions.

Table 19: Population juive mondiale présumée: 1939 et 1946
- Selon le American Jewish Year Book
[13] -


 

1939

1946**

Difference


A. Monde à l'extérieur de la sphère d'influence allemande:

 

 

 

   - Amérique du Nord et du Sud

5.489.620

5.756.700

+ 267.080

   - Asie, Afrique, Australie

1.494.300

1.647.000

+ 152.700

   - Europe non occupée

384.500

419.000

+ 34.500


 

7.368.420

7.822.700

+ 454.280


B. Sphère d'influence allemande à l'extérieur de l'URSS:

 

 

 

   - Pologne

3.250.000

120.000

- 3.130.000

   - Tchécoslovaquie

360.000

55.000

- 305.000

   - Roumanie

850.000

300.000

- 550.000

   - Autres pays d'Europe

1.539.700

669.600

- 870.100


 

5.999.700

1.144.600

-4.855.100


C. Monde sans l'URSS

13.368.120

8.967.300

-4.400.820

D. Union Soviétique et états baltes

3.275.000

2.032.500

-1.242.500


E. Population juive mondiale

16.643.120

10.999.800

-5.643.320


   de ceux-ci:

 

 

 

F. Popul. juive dans la sphère d'influence allemande(B + D) *

9.274.700

3.177.100

- 6.097.600


*  Dans cette table l'Union Soviétique apparait comme ayant appartenue en entier à la sphère d'influence allemande. En réalité un million de juifs vivaient à l'extérieur des zones occupées plus tard par l'Allemagne.

** Le Year Book donne la population mondiale juive en 1946 comme étant de 11,123,00. Pourtant la somme des pays individuels ne donne que 10,999,800. La cause de cet écart n'est pas très claire, mais il est possible que leur chiffre pour la Roumanie soit faux.

Le chiffre de 9 millions pour 1946 tel que donné par le Year Book n'inclut que 5.75 millions de juifs en Amérique du Nord et du Sud. Mais on peut déduire du Year Book lui-même que 5.95 millions de juifs vivaient dans cette région en 1943 et qu'à partir de 1945 des centaines de milliers de juifs en provenance de l'Europe dévastée se sont installés sur le continent. Bien sûr, le Year Book sousestime le chiffre de 1946 pour l'hémisphère ouest par environ un demi-million de personnes.

En Asie, en Afrique et en Australie aussi le nombre de juifs en 1946 n'était pas de 1.67 millions comme le Year Book voudrait nous le faire croire, mais de plusieurs centaines de milliers de plus. Comme nous l'avons déjà mentionnés, les juifs en provenance de l'Europe de l'Est furent dirigés d'un camp à l'autre en Europe de l'Ouest et plusieurs furent parqués temporairement dans des camps de l'UNRRA au Moyen-Orient, à Chypre et en Afrique du Nord. Nous savons, par exemple, qu'environ 200,000 juifs d'Europe ont immigré en Israël après le 15 mai 1948 en provenance de Perse, du Maroc, de la Tunisie (voir le chapitre sept).

Le chiffre de 1.6 millions de juifs dans toute l'Europe (1,145,000 plus 419,000) tel que publié par le Year Book pour 1946 est aussi beaucoup trop bas; nous avons vu au chapitre sept qu'environ un million de juifs de plus que ce que le Year Book n'admet ont survécu à l'occupation allemande (en excluant l'URSS). De plus, le Year Book a commis une erreur évidente dans le cas des juifs roumains puisque dans l'année subséquente le chiffre de la population juive en Roumanie s'était accru de 130,000.

Les statistiques publiées par le Year Book deviennent encore plus douteuses lorsqu'on réalise que le chiffre de 11.33 millions pour 1970 (excluant l'URSS) est trop bas de plusieurs centaines de milliers – en dépit d'un accroissement énorme de 30% en 24 ans ! Le Year Book donne seulement 5.9 millions de juifs américains et 550,000 juifs français. En réalité, il y avait 6.6 millions de juifs aux Etats-Unis et environ 700,000 en France.

Pour 1970, le Year Book mentionne les chiffres suivants :[14]

Europe (sans la France)

837.150

Asie (à l'exception de la Turquie et d'Israel)

2.707.200

Afrique

196.600

Australie et Nouvelle Zélande

77.000

Amérique Latine

812.925


total

4.630.875


De surcroit, le recensement canadien de 1971 donne[15]


296.945

Aux Etats-Unis nous avons trouvé (chapitre 7)

6.600.000

et en France (chapitre 7)

670.000


En 1970, la population juive mondiale en dehors de l'Union Soviétique était d'au moins

12.200.000


Ce chiffre de 12.2 millions pour 1970 est probablement trop bas aussi. Comme mentionné déjà, une enquête officielle en France a trouvé 150,000 juifs de plus que ce que le Year Book admet. Dans d'autres pays la situation pourrait être similaire. Les sionistes eux-mêmes admettent que la population juive des pays d'Europe est érodée par le phénomène de l'assimilation – à l'Est comme à l'Ouest. Le nombre de juifs d'origine qui n'apparaissent pas dans les statistiques pour cette raison n'est pas connu, mais les exemples de la France, où le Year Book's sousestime la population de 20%, et des Etats-Unis, où près de un million de juifs sont disparus des statistiques laisse songeur. Nous pouvons être sûrs que le nombre réel de juifs vivant à l'extérieur de l'URSS en 1970 excédait 12.3 millions.

A cet égard, nous trouvons une donnée intéressante dans le Israël Almanach (1958-1959), publié par le bureau chef Zionist World Organisation (ZWO) situé à Jérusalem. Nous apprenons de celui-ci que les 1.8 millions de juifs qui vivaient en Israël en 1958 formaient le un huitième de la population juive mondiale.[16] Cette publication sioniste estimait donc le nombre de juifs dans le monde à 14.4 millions en 1958. Malheureusement, le ZWO ne fournissait pas d'autres détails à ce sujet et le nombre de juifs soviétiques dans cette estimation est laissé à notre imagination. A l'époque le chiffre couramment cité dans la littérature était de 2.3 millions. En déduisant ce chiffre de 14.4 millions, nous arrivons à une population juive de 12.1 millions pour les autres pays (1958). Cette estimation se rapproche beaucoup de notre estimation de 12.3 millions.

Henri Zoller, le correspondant israélien du magazine Der Spiegel, écrivait à l'été 1980 que 80% de la population juive du monde vivait encore dans la disapora.[17] Puisque la population juive d'Israël était de 3.25 millions[18] au début des années 1980, cet ancien membre de la résistance française estimait la population juive mondiale à 16.3 millions en 1979/1980.

Maintenant, Henri Zoller n'est peut-être pas un expert concernant les questions démographiques, mais le Dr Nahum Goldmann, l'ancien président du World Jewish Congress et l'une des figures dirigeantes du mouvement sioniste était l'un des experts les mieux informés concernant la taille de la population juive. Le Dr Goldmann aussi affirmait que 80% des juifs du monde vivaient au sein de la diaspora au début de 1980 ;[19] en d'autres mots, un juif sur cinq se trouvait en Israël. Le Dr Goldmann arrondit son estimation à 3.5 millions de juifs pour ce pays. Les statistiques israéliennes mentionnent 3.25 millions de juifs au début des années quatre vingt. Sur la base de ces 3.25 millions, on arrive à 16.3 millions de juifs dans le monde.

Contacté par lettre, le Dr Goldmann a répliqué que la population juive soviétique s'élevait à entre 3 et 3.5 millions en 1980.[20] En déduisant un chiffre près du nombre maximal de cette fourchette, disons 3.4 millions, de la population juive mondiale de 16.3 millions, il y a 12.9 millions de juifs à l'extérieur de l'URSS.

Il faut noter que la reconnaissance de ce chiffre par le Dr Goldmann le place dans le même coin que les dissidents juifs d'URSS. S'il estime le nombre de juifs à entre 3 et 3.5 millions en 1980, il faut en conclure qu'au début des années 1970 il y avait de 3.5 à 4 millions de juifs en Union Soviétique puisque environ 250,000 juifs ont quitté le paradis des travailleurs après 1970 et que l'excès des décès sur les naissances de la population juive était de un pour-cent par an en Union Soviétique pendant cette période, soit 200,000.

On peut donc résumer l'évolution de la population juive du monde pendant les quarante dernières années de cette façon :

Population juive présumée dans le monde à l'extérieur de l'URSS - 1940, 1946, 1970, 1979 -


Année

Popu-
lation
(Mio.)

Changements
(Mio.)

Période
(années)

Changements annuels moyens
en pour-cent depuis


1940

1946

1970


1940

10,6

-

-

-

-

-

1946

9,0

-1,6

6

-2,7

-

-

1970

12,3

+3,3

24

0,5

1,3

-

1979

12,9

+0,6

9

0,5

1,1

0,5

On notera que l'accroissement total des 9 dernières années s'élève à 0.6 millions (ou même moins) ; ceci est en contraste avec les trente années précédentes qui sont caractérisées par des plus et des moins considérables dans chaque pays mais qui, une fois additionnés, donnent un accroissement de 1.7 millions. L'affirmation que ces développements constatés avant et 1946 sont reliés n'est pas sans fondement. Par exemple, on peut dire que la réduction entre 1940 et 1946 est due à la "Solution Finale" allemande, mais il n'y a pas d'explication au taux de fertilité phénoménal constaté entre 1946 et 1970, +1.3% par an!

La population juive mondiale, qui est presque totalement urbanisée, n'a pourtant pas seulement enregistré une chute graduelle de son taux de natalité depuis des générations mais souffrait aussi d'un taux de croissance extrêmement bas déjà avant la guerre. On sous-entend ici qu'elle aurait montré après la guerre un taux de fertilité à la limite de ce qui est biologiquement possible et s'approchant de celui des pays en voie de développement.[21] Pure fantaisie !

Il n'y a qu'une conclusion raisonnable : Les chiffres publiés par le Year Book pour la population mondiale juive vivant à l'extérieur de l'URSS en 1946 ne sont pas conformes à la réalité. Des raisons politiques les ont poussés à émettre un chiffre aussi bas. En laissant de côté le chiffre manipulé de 1946, le développement démographique de la population juive mondiale en dehors de l'URSS devient plus réaliste :

Population juive probable en dehors de l'URSS - 1940, 1970, 1979 -


Année

Popu-
lation
(Mio.)

Changements
(Mio.)

Période
(années)

Changements annuels moyens
en pour-cent depuis


1940

1970


1940

10,6

-

-

-

-

1970

12,3

+1,7

30

0,5

-

1979

12,9

+0,6

9

0,5

0,5

Pour les données mentionnées plus haut il n'y a pas de contraste entre la période qui précède et celle qui suit 1970. Le taux de croissance pour les 30 années qui précèdent 1970 était relativement élevé malgré les pertes subies pendant la deuxième guerre mondiale parce qu'il inclut un baby boom dans les quelques années qui ont suivi la fin de la guerre. Ce taux de 0.5% par an jusqu'à 1970 des juifs de l'Ouest et d'Israël est relativement élevé et donne des preuves concluantes que les pertes subies pendant la guerre – du moins à l'extérieur de l'Union Soviétique – ont été relativement faibles.

Il est surprenant de voir au premier coup d'œil que ce taux de croissance s'est maintenu après 1970, en dépit de la diminution du taux de natalité dans tous les pays industriels depuis le début des années 1960. Ce taux de 0.5% est cependant gonflé par les 250,000 juifs qui ont émigré d'URSS au cours de la dernière décennie. Il est vrai aussi que la population d'Israël enregistre un taux de croissance significatif après 1970, mais la population juive du reste du monde par contre vieillit à un rythme rapide et enregistre un taux de croissance négatif.[22]

Les développements démographiques relatifs à la population juive d'URSS ont été discutés précédemment et il n'y a aucune raison de redonner les statistiques en détail. En ajoutant les 3.5 millions de juifs soviétiques – confirmés par les juifs russes dissidents, l'Encyclopaedia Judaica et le Dr Goldmann – aux 13 millions de juifs vivant à l'extérieur de ce pays, on obtient une population juive mondiale de 16.5 millions. C'est un demi-million de plus qu'en 1940! La perte d'au moins un million d'individus pendant la guerre a fait descendre la population juive mondiale en bas du chiffre de 15 millions. Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, 1.5 millions s'y sont rajoutés et ont donc compensé pour les pertes subies principalement dans les camps soviétiques. Ceci est l'équivalent d'un taux de croissance de 0.4% par an à l'échelle mondiale.

Même aujourd'hui les chiffres de la population juive mondiale reflètent souvent des impératifs politiques sionistes et ces "erreurs" entraînent une sous-estimation de la population juive tout juste après la guerre. Néanmoins, le chiffre aujourd'hui mentionné par certaines sources sionistes concernant la population juive en URSS est une reconnaissance implicite que les évaluations d'après-guerre étaient trop basses. Tranquillement, mais sûrement, ils se dirigent vers une évaluation réaliste de la population juive du monde, même si les moyens utilisés impliquent un taux de fertilité totalement irréaliste.

Le but de cette analyse n'était pas de déterminer la véracité des récits de l' "Holocauste", mais de souligner la tendance démographique de la population juive avant, pendant et après la guerre. Si les développements faits ici entraînent des chiffres qui sont en conflit avec les tabous auxquels les historiens contemporains s'accrochent, c'est leur responsabilité de reconsidérer leur position.

Même si les chiffres bien connus et normalement associés à l' "Holocauste" sont d'un intérêt mineur dans cette étude, il est nécessaire de brosser un tableau des positions les plus controversées en autant que les statistiques soient concernées. Entre 1939 et 1946, le Year Book trouve que la population mondiale juive a été réduite du tiers, i.e. de 16.64 millions à 11 millions (Table 19). Il est admis que les pertes les plus lourdes seraient survenues dans les pays qui sont aujourd'hui communistes mais l'URSS elle-même n'aurait enregistrée une perte "que" de 1.25 millions. Par contraste, les pays au-delà de la sphère d'influence allemande ont enregistré un surplus de un demi-million de juifs suite au flux migratoire.

Le fait que les frontières de 1946 ne correspondent aucunement à celles de 1939 – spécialement dans le cas de la Pologne, de la Tchécoslovaquie, de la Roumanie et de l'Union Soviétique – n'a pas été mentionné une seule fois par le Year Book lorsque est venu le temps de prendre en compte les pertes subies pendant la guerre. C'est seulement dans le cas de la Roumanie que le Year Book tient compte du fait que les frontières d'après-guerre excluent la Bukovine du Nord et la Bessarabie ; malgré tout cette référence ne se reflète pas sur le nombre de juifs roumains "manquants". L'annexion de la Pologne de l'Est (1939) et de la Ruthénie (1945) par l'URSS a été complètement ignorée. En bref, une comparaison entre la population juive de 1939 et celle de 1946 est incorrecte en principe.

Table 20: Population juive mondiale présumée: 1941 et 1946 1941: selon les résultats de cette analyse 1946: selon le American Jewish Year Book (en milliers)


 

1941

1946

Différence

A. Monde en dehors de la sphère d'influence allemande 1939-1945:

   - Amérique du Nord et du Sud

5.955 ('43)

5.757

- 198

   - Asie, Afrique, Australie

1.444

1.647

+ 203

   - Europe non occupée

384

419

+35


 

7.783

7.823

+ 40


B. Sphère d'influence allemande à l'extérieur de l'Union Soviétique*:

   - Pologne

757

120

- 637

   - Tchécoslovaquie

155

55

- 100

   - Roumanie

315

300

- 15

   - Autres pays d'Europe

1.511

670

- 41


 

2.738

1.145

- 1.593


C. Monde sans l'URSS

10.521

8.967

- 1.554

D. Union Soviétique, états baltes et Ruthénie

5.446

2.033

- 3.413


E. Population juive mondiale

15.967

11.000

- 4.967


   de ceux-ci:

 

 

 

F. Population juive dans la sphère d'influence allemande pendant la période 1941-1945 (B+D)**

8.184

3.178

- 5.006


* Pour 1941, voir la Table 11 excluant la Ruthénie.
** Dans cette table l'Union Soviétique en entier a été donnée comme appartenant à la sphère d'influence allemande. En réalité, seuls 3.75 millions de juifs vivaient en 1941 dans les zones qui furent occupées par l'Allemagne plus tard (sans compter les juifs ruthènes).

Ceci ne ferait aucune différence concernant le nombre total de personnes "manquantes" si les chiffres de 1939 et 1946 étaient corrects. Mais la question cruciale est justement de savoir jusqu'à quel point ces chiffres sont fiables. Après tout, c'est l'Union Soviétique qui a acquis sur la majorité des juifs polonais en 1939/1940 en plus de centaines de milliers de juifs roumains et baltes. Toute personne un tant soi peu objective reconnaîtrait la fragilité du chiffre des "manquants" tel qu'avancé puisque le gros de ceux-ci sont attribués à un pays qui, en matière de mensonges, déceptions, falsifications et manipulations statistiques est dans une classe à part. Sa politique inhumaine de la "terre brûlée" a forcé des dizaines de millions de gens à s'établir dans des zones inhospitalières et souvent mortelles pendant la guerre.

En ajustant les chiffres d'avant guerre afin de tenir compte des changements de frontières et des mouvements de population jusqu'en 1941, on obtient une image totalement différente (Table 20). Cette table donne elle aussi 5 millions de juifs "manquant " et donne la fausse impression que huit millions de juifs sont tombés dans la sphère d'influence allemande, mais plusieurs aspects changent de façon radicale.

Premièrement, nous voyons que la population juive en dehors de l'ancienne sphère d'influence est trop basse de plusieurs centaines de milliers en 1946 (point A). Une réduction de 200,000 personnes dans l'hémisphère Ouest alors que des centaines de milliers de juifs immigraient d'Europe est difficilement réconciliable avec la réalité.

Deuxièmement, la table montre clairement que le gros des juifs manquants doivent être recherchés en Union Soviétique.

En présumant que la population juive de l'hémisphère Ouest est demeurée la même entre 1943 et 1945, que les pertes du côté soviétique ont excédés un million, que la population juive s'élevait à plus de quatre millions en Union Soviétique et que le nombre de juifs qui ont quitté l'Europe après la guerre – bien qu'ils ne furent pas officiellement comptés – atteignait le million, la comparaison avec 1941 donne une différence considérable par rapport à la version qui est aujourd'hui répandue. Ces corrections ont été faites à la Table 21. Là nous voyons que les pertes encourues par la population juive sont de l'ordre de 1.25 millions – 8% de la population juive mondiale – et qu'elles ont été largement causées par la barbarie des mesures soviétiques. Plus de deux cent milles sont encore manquants. Ce chiffre pour le monde s'accorde en gros avec les 300,000 calculés pour l'Europe au chapitre sept.

Qu'on tente de retracer l'évolution de la population juive en Europe pays par pays ou globalement pour le monde, le nombre de personnes disparues dans la sphère d'influence allemande se ramène à environ 300,000. Même ce chiffre n'est pas absolument certain. Les données concernant la taille de la population juive, sa migration, la fuite de plusieurs ou les déportations, les taux de mortalité et de fertilité, les mariages mixtes et les tendances à l'assimilation sont parfois vagues au point ou ce chiffre pourrait être supérieur de quelques centaines de milliers comme près de zéro.

Table 21: Population juive mondiale probable: 1941 et 1945 (en milliers)


 

1941

1945

Différence


A. Monde en dehors de la sphère d'influence allemande 1939-1945: 

 

 

 

   - Amérique du Nord et du Sud

5.955 ('43)

5.955

0

   - Asie, Afrique, Australie

1.444

1.647

+ 203

   - Europe non occupée

384

419

+ 35


 

7.783

8.021

+238


B. Sphère d'influence allemande en dehors de l'Union Soviétique. Table 11 (sans la Ruthénie):

 

 

 

   - Pologne

757

240

- 517

   - Tchécoslovaquie

155

82

- 73

   - Roumanie

315

430

+ 115

   - Autres pays d'Europe

1.511

691

- 820


 

2.738

1.443

-1.295


C. Monde sans l'URSS

10.521

9.464

-1.057

D. Union Soviétique, états baltes et Ruthénie

5.446*

4.301

-1.145

E. Nombre de juifs qui ont quitté l'Europe pendant ou peu après la seconde guerre mondiale et qui ne peuvent être retracés statistiquement

 

965

+ 965


F. Population mondiale juive

15.967

14.730

- 1.237


G. Pertes juives dans l'Armée Rouge, dans les camps de travail en Sibérie etc..

 

 

1.030


H. Manquants dans les statistique

 

 

- 207


* Sur les 5.5 millions de juifs environ 700,000 sont tombés sous contrôle allemand en plus des 100,000 juifs ruthènes. Par conséquent, le nombre de juifs dans la sphère d'influence allemande ne dépassa jamais les 3.5 millions pour toute l'Europe.

La Grande Migration

Aujourd'hui la dispersion des juifs à travers le monde n'a aucun précédent dans l'histoire. Quelle ironie qu'à une époque où une force politique – le sionisme – ait réussi à concrétiser géographiquement la complainte "l'an prochain à Jérusalem, " l'assimilation au sein de la diaspora soit devenue la force motrice d'un processus de dissolution qui pourrait être fatal à la fin.

La seconde guerre mondiale a détruit à jamais le judaïsme en Europe et mit fin à la présence d'une concentration massive de la population juive dans un espace géographique restreint. D'autres centres démographiques se sont substitués à l'Europe de l'Est – les Etats-Unis, Israël et l'Union Soviétique – et on peut présumer que ces trois pays comptent 80% de la population juive du monde. La population juive mondiale n'a jamais été aussi divisée et dispersée à travers le monde qu'aujourd'hui.

Mais ce processus de dissolution ne s'est pas amorcé avec le déclenchement de la seconde guerre mondiale, ou avec la montée de l'antisémitisme en Europe dans les années 1930, ou avec la division des juifs de l'Est qui a suivie l'établissement de la république des Soviets sur les ruines de l'empire tsariste. Il s'est amorcé dans la seconde moitié du dix neuvième siècle lorsque des millions de juifs de l'Est ont commencé à quitter l'Est pour se fondre dans le melting pot américain.

A la fin du dix neuvième siècle près de 90% des juifs du monde vivaient en Europe[23] et dans une zone principalement délimitée par un tracé passant par la Lituanie, la Pologne et la Hongrie, puis la mer d'Azov à l'Est et de là englobant l'Ukraine et la Russie Blanche pour revenir vers les états baltes. A cette époque la population juive était concentrée dans trois pays européens mais son noyau occupait une zone géographique bien précise. Plus important encore, la population juive dans cette zone était presque homogène puisqu'elle parlait une langue (le Yiddish) et pratiquait la même religion (la sécularisation était presque inexistante).

La prétendue dispersion des juifs de par le monde n'était rien d'autre qu'une fable jusqu'à la fin du dix neuvième siècle ; celle-ci est devenue une réalité qu'au vingtième siècle. L'émigration de millions de juifs en direction de l'Amérique, l'accélération d'une tendance migratoire vers le nord et l'ouest en Union Soviétique ainsi que la colonisation de la Palestine après la première guerre mondiale a mis fin à cette concentration géographique qui semblait si stable trois générations auparavant.

Aujourd'hui les quatre cinquièmes des juifs vivent dans des régions où on ne retrouvait que 3% d'entre eux il y a un siècle (l'hémisphère ouest, Israël et la Russie non ukrainienne, la Sibérie, l'Afrique et l'Australie). D'un autre côté les régions où l'on trouvait le gros de cette population sont pratiquement vides de juifs aujourd'hui. C'est le cas par exemple de l'Europe de l'Est, des Balkans, de l'Afrique du Nord et du Golfe Persique.[24]

Ce processus s'est poursuivi de façon ininterrompue après la dernière guerre. Il est cependant très difficile d'obtenir tous les détails de ces développements depuis 1945. Non seulement les enjeux politiques derrières les statistiques de population juive rendent-elles suspectes nombre de publications officielles, mais la désintégration produite par l'assimilation en cours et la difficulté d'obtenir des statistiques fiables en Union Soviétique rendent ardues les tentatives d'analyse concernant l'évolution démographique de la population juive depuis 35 ans.

Néanmoins, il y a unanimité concernant le fait que 80% des juifs du monde vivent aux Etats-Unis, en Israël et en Union Soviétique. Le cinquième restant se trouve en Europe, en Amérique Latine, en Afrique du Sud, en Australie et dans les pays d'Afrique du Nord et d'Asie. Il est clair aussi que la population juive est massivement urbanisée et que son taux de fertilité est beaucoup plus bas que celui de la population non juive qui l'entoure ; c'est seulement en Israël qu'on peut trouver un taux de natalité plus sain. Dans plusieurs pays – aujourd'hui vraisemblablement la plupart – le taux de croissance légèrement positif a fait place à un taux de croissance négatif et la tendance vers l'assimilation et les mariages mixtes hypothèque grandement la survie de la population juive à l'extérieur d'Israël.

Lorsqu'on jette un coup d'œil aux données spécifiques par pays, les statistiques sionistes deviennent soudainement confuses ou même contradictoires. Certains experts sionistes insistent pour accepter les statistiques officielles soviétiques concernant la population juive (Schmelz), d'autres sont convaincus que celles-ci sous-estiment la population juive de 50% ou plus (Goldmann, Zand), alors qu'un troisième groupe préfère adopter une estimation intermédiaire (Shapiro). On doit garder à l'esprit que des millions de personnes sont dans la balance et que la conclusion de cette controverse a un impact direct sur l'histoire de l' "Holocauste". Comme si cette question n'était pas suffisante, quelques-uns uns estiment l'accroissement naturel de la population juive d'après-guerre en URSS à +1% par an (Shapiro) alors que d'autres acceptent un chiffre reflétant ce vieillissement et cette assimilation, soit –1% par an (Schmelz).

Des inconsistances similaires peuvent être énumérées lorsqu'on regarde la situation aux Etats-Unis ou la population juive a été "réduite" sans scrupules à 5.4 millions (1971 : 6.1 millions et à la fin de la guerre 5 millions) malgré le fait qu'un demi-million s'y soient installés après la guerre et que l'excès des naissances sur les décès à la fin des années quarante et jusque dans les années soixante ont ajouté un million d'individus à cette population.

Table 22: Evolution présumée de la population juive mondiale: 1945/46, 1970 et 1979 (en millions) - selon l'American Jewish Year Book -

Pays/Region

1945/46

1970

1979

Changements en % par an


1945-1970

1970-1979


Etats-Unis

5,0

5,9

5,6*

+0,7

-0,6

Union Soviétique

2,0

2,6

2,6

+1,1

0

Palestine/Israel

0,6

2,6

3,2

+1,6**

+1,5**


Somme intermédiaire

7,6

11,1

11,4*

+1,5

+0,3

Reste du monde

3,5

2,8

2,7

-0,9

-0,4


Juifs dans le monde

11,1

13,9

14,1*

+0,9

+0,2


déduction:
Union Soviétique

2,0

2,6

2,6

+1,1

0


Population juive en dehors de l'URSS

9,1

11,3

11,5*

+0,9

+0,2


Source: AJYB, 1946, Vol. 48, p. 603-608; 1971, Vol. 72, p. 475-479; et 1980, Vol. 81, p. 285-289.
* A l'exclusion des non-juifs habitant un ménage juif aux Etats-Unis.
** Ne fait référence qu'à l'accroissement naturel

Les développements de la population juive depuis 1945 tels que vus par le Year Book peuvent être vus à la Table 22. Pour les Etats-Unis, où la population juive concédée en 1946 est beaucoup trop basse, on trouve une chute drastique au début des années 1970. Dans le cas de l'Union Soviétique, un pays où les juifs ont souffert d'un taux de fertilité très bas après la guerre, un taux de croissance positif de 1% par an est appliqué jusqu'en 1970. Les autres pays du monde n'ont supposément perdu que 0.7 millions de juifs entre 1945 et 1970 ; ceci contredit le fait qu'Israël et les Etats-Unis à eux seuls ont reçu plus d'un million d'immigrants juifs pendant cette période et que la population âgée laissée en Europe a souffert d'un taux de croissance largement négatif.

Dans une analyse publiée par le Year Book, le démographe et professeur israélien U.O. Schmelz de l'Université Hébraïque de Jérusalem énumère les taux de croissance naturelle pour les pays suivants :[25]

Taux de fertilité net des juifs


Pays

Période

Pour-cent


USA

1967-71

0

Canada

1967-71

+0,2

Brésil (Sao Paulo)

1965-69

+0,3

Argentine

1956-60

+0,1

France (Paris):

 

 

  - juifs d'Europe

1972-76

-0,3

  - juifs d'Orient

1972-76

+0,2

Belgique (Bruxelle)

1957-61

-0,2

Allemagne

1961-65

-1,8

Suisse

1959-62

-0,5

Italie

1961-65

-0,5

Union Soviétique

1959-70

-0,9

Israel

1971-75

+1,7

Depuis, une baisse supplémentaire du taux de fertilité des juifs s'est produit dans plusieurs pays du monde; malgré tout on doit mettre l'emphase sur le fait qu'aux Etats-Unis et au Canada au moins la population juive a connu un taux de croissance plus favorable pendant les deux premières décennies qui ont suivi la guerre

Les taux de croissance de la population juive ci-haut correspondent beaucoup plus aux changements de population définis dans cette étude qu'à ceux définis par le Year Book. Notre enquête, qui est basées largement sur des sources sionistes montre que la population juive mondiale était de moins de 15 millions en 1945 mais excédait 16 millions en 1980. Le taux de fertilité extrêmement bas de la population juive – à l'exception d'Israël – ne permettait pas une croissance plus importante. L'évolution probable de cette population et les facteurs derrière celle-ci – migrations et fertilité – sont notés aux Tables 23 et 24.

La Table 23 montre les 14.7 millions de juifs survivants multipliés par le taux de croissance de 0.4% par an entre 1945 et 1970. Mais la petitesse de ce taux est due presque entièrement à la décroissance de la population juive en URSS suite aux pertes en hommes dans l'Armée Rouge au taux de natalité faible et aux nombreux mariages mixtes. Durant la dernière décennie –des signes de ceci étaient déjà visibles au début des années 1960 – la population juive du reste du monde ne s'accroissait plus à l'exception d'Israël. On peut même dire ici que la population juive mondiale ne pourra croître qu'en autant que la croissance en Israël compense le déficit net en URSS. Ce développement est peu probable puisque l'excès des naissances en Israël a tendance à se résorber alors que le déficit de la population juive en URSS s'accroît d'années en années.

Table 23: Evolution probable de la population juive mondiale: 1945, 1970 et 1979 (en millions) - selon les résultats de cette étude


Pays/Région

1945

acrois-
sement
naturel-

Migration

1970

acrois-
sement
naturel

Migration

1979

Accroissement naturel
en % par an

1945-70

1970-79


Etats-Unis

5,2

+0,9

+0,5

6,6

0

+0,1

6,7

+0,6

0

URSS

4,3

-0,4

0

3,9

-0,3

-0,2

3,4

-0,4

-0,8

Palestine ou Israel

0,6

+0,8

+1,2

2,6

+0,4

+0,2

3,2

+1,6

+1,5


Sous-total

10,1

+1,3

+1,7

13,1

+0,1

+0,1

13,3

+0,4

+0,1

Reste du monde

4,6

+0,2

-1,7

3,1

0

-0,1

3,0

+0,2

0


Pop. juive mondiale

14,7

+1,5

0

16,2

+0,1

0

16,3

+0,4

+0,1

abzüglich:


URSS

4,3

-0,4

0

3,9

-0,3

-0,2

3,4

-0,4

-0,8


Juifs du monde à l'extérieur de l'URSS

10,4

+1,9

0

12,3

+0,4

0,2

12,9

+0,7

+0,4


Aujourd'hui seul Israël a une population juive croissante et il y a à peine deux décennies c'était vrai pour les Etats-Unis aussi. L'Union Soviétique et les autres pays du monde enregistrent une baisse graduelle de leur population juive.

Table 24: Distribution des juifs dans le monde: 1945 et 1979 (en pour-cent)


Pays/Région

1945

1979


Etats-Unis

35

41

Union Soviétique

29

21

Palestine/Israel

4

20


Sous-total

69

82

Reste du monde

31

18


Pop. juive mondiale

100

100


déduction: URSS

29

21


Pop. juive mondiale sans l'URSS

71

79


Source: Table 23.

Le pourcentage de la distribution de ces juifs peut être vu à la Table 24. En 1945, 40% se trouvaient aux Etats-Unis et en Palestine mais aujourd'hui cette proportion est de plus de 60%. En Union Soviétique – où résidaient plus du tiers des juifs du monde en 1940 – on trouvait encore 30% de la population mondiale juive cinq ans plus tard en dépit des pertes énormes subies par les juifs soviétiques. En 1980, le pourcentage n'était plus que de 20%. Une réduction similaire s'est produite dans les autres pays du monde : La fraction est passée de 30% vers la fin de la guerre à environ 20% en 1979/80.

Alors que 80% des juifs du monde aujourd'hui peuvent être trouvés à l'extérieur de l'URSS, 80% de ces derniers se trouvent dans deux pays – les Etats-Unis et Israël -. Seul le temps nous dira si ce développement a entraîné un gain net pour les juifs de l'Est qui furent immensément fertiles à une époque. Les juifs américains semblent être entrés dans une phase de fertilité très basse et le taux d'assimilation présentement laisse présager des pertes énormes dans le futur. C'est seulement en Israël qu'une population juive relativement jeune persiste. Mais là encore ce sont les juifs d'Orient qui ont un taux de natalité élevé et qui façonneront vraisemblablement le futur et la culture de cette nation isolé au sein d'une mer arabe, en autant que les digues ne se brisent pas.


Notes

  1. AJYB, 1932, Vol. 34, p. 251
  2. U. S. Department of Commerce, Population Estimates, p. 1.
  3. AJYB, 1946, Vol. 48, p. 603.
  4. Statistical Abstract of Israel 1971, Table B/3.
  5. U. S. Department of Commerce, Population Estimates, p. 1.
  6. Hardach, Karl. Wirtschaftsgeschichte Deutschlands im 20. Jahrhundert, Göttingen, 1976, p. 246.
  7. Siehe siebentes Kapitel.
  8. AJYB, 1945, Vol. 47, p. 637.
  9. 1940, Vol. 42, p. 604.
  10. 1947, Vol. 49, p. 741-744.
  11. ebd., p. 740.
  12. En 1939 (avant l'irruption de la guerre germano-polonaise), 5,044,000 juifs vivaient dans ces pays d'Europe plus tard occupés par l'Allemagne (à l'exclusion de l'URSS et des états baltes) selon la Table 11. De ceux-ci, 1,867,000 juifs polonais et 225,000 juifs roumains sont passés sous contrôle soviétique avant le déclenchement de la guerre. Il en restait donc 2,952,000.
  13. AJYB, 1946, Vol. 48, p 603-607.
  14. 1971, Vol. 72, p 475-476.
  15. 1975, Vol. 76, p 251.
  16. Departement de la Jeunesse et du Hehalouts de l'Organisation Sioniste Mondiale. Israël Almanach 1958-1959, Jerusalem, p 282.
  17. Zoller, Henri. »Israel - Ein Nachtasyl?«, Der Spiegel, No 37, 8.9.1980, p 148-149.
  18. Statistical Abstract of Israel 1980, Table 11/2.
  19. Goldmann, Dr Nahum. »Aus Sorge um Israel«, Die Zeit, No 29, 11.7.1980, p, 13. ff . Peu de temps avant sa mort, le Dr Goldmann était encore plus spécifique: dans Der Spiegel gemachtes Interview (»Israels Regierung hat das Volk betrogen«, No 34, 28. août 1982, p. 9) il ramenait la participation d'israel au sein de la population juive mondiale à moins de 20%; en appliquant ce taux à la population juive de 3.2 millions dans ce pays, le Dr Goldmann estimait donc la population mondiale à plus de 16.5 millions.
  20. Goldmann, Dr Nahum. correspondance privée 13.2.1981.
  21. AJYB, 1980, Vol 81, p. 61 ff.: Depuis le milieu des années 1960 il y a une baisse drastique des naissances.
  22. -, 1969, Vol. 70, p. 275: » Pour toutes les communautés juives de la diaspora pour lesquelles nous disposons de données, la proportion de gens âgés est plus grande que celle de la population en général. Ceci est dû au taux de fertilité très bas depuis plusieurs décennies.[..] Des facteurs qui y contribuent peuvent être le retrait de la communauté ainsi qu'un déficit migratoire récent, particulièrement chez les jeunes adultes. [..] pour certaines populations juives plus de la moitié des gens ont plus de 40 ans. En Europe et en Amérique le vieillissement de la population juive a amené une proportion exagérée de personnes qui ne participent plus à la reproduction mais qui sont sujets à un taux de mortalité élevé.«; Le AJYB (p. 274-275) poursuit: »La dynamique de la population juive en Europe, en Amérique, en Afrique du Sud, en Australie et en Nouvelle Zélande doit être vue dans le contexte de leur position socio-économique. Ces juifs sont fortement urbanisés, ils sont plus éduqués que la moyenne et ont un revenu moyen élevé. Dans la plupart de ces pays les communautés juives de petites taille et dispersées sont fortement affectées par des facteurs environnementaux, la sécularisation et l'assimilation. [..] Le point crucial réside dans le faible taux de natalité des juifs. Dans tous les pays pour lesquels nous disposons de données, incluant les Etats-Unis, le taux de fertilité des juifs est en deçà de celui de la population en général. Dans plusieurs pays il est tombé sous le seuil de remplacement. Après un baby boom de courte durée suite à la fin de la guerre, le taux de natalité des juifs à commencé à décroître dans les années 1950. «.
  23. Schmelz, U.O. »A Guide to Jewish Population Studies«, Jewish Population Studies 1961-1968, (Hrsg. U. 0. Schmelz und P. Glickson), London/Jerusalem, 1970, p. 34.
  24. AJYB, 1980, Vol. 81, p. 61 und 62.
  25. ebd., p. 68 und 69.

Chapitre précédent
Retour à la table des matières
Retour aux archives