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Etude sur les Survivors américains de l’Holocauste
Jean-Marie Boisdefeu
L‘analyse
des données statistiques tirées de la banque des Survivors américains
conduirait à quatre grandes conclusions.
1. La très grande majorité des juifs qui se sont établis aux USA après la
guerre étaient installés en Europe orientale. On ne trouve aux USA qu’un
nombre infime de juifs déportés d’Europe occidentale.
2. La très grande majorité des juifs déportés d’Europe occidentale ne sont
pas revenus de déportation.
3. Tous les juifs inaptes expulsés en URSS en passant par les camps du Bug ont
disparu. Parmi eux, la plupart des inaptes déportés d’Europe occidentale.
4. Le total des pertes juives au cours de la deuxième guerre mondiale serait
plus lourd que celui qu’admettent généralement les révisionnistes.
1. Généralités
Il existe à Washington une banque de données (Registry)
concernant les juifs ayant vécu en Europe à l’époque du IIIe Reich puis
ayant émigré aux USA. Cette banque est la Benjamin and Vladka Meed Registry
of Jewish Holocaust Survivors. Elle est gérée par l’US Holocaust
Memorial Museum (Musée de l’Holocauste à Washington) en coopération
avec l’American Gathering of Jewish Holocaust Survivors (Association
américaine des juifs rescapés de l’Holocauste).
L’idée de cette banque date de 1981, c’est-à-dire 36 ans après la fin de
la guerre.
Selon ses gestionnaires, la banque de données contient plus de 170.000 noms de Survivors
mais aussi de certains membres de leur famille, par exemple, les enfants et
petits-enfants, baptisés Survivors, 2nd Generation.
Comme on le voit, la notion de Survivor est assez large.
Le fichier de la banque est accessible sur écran à Washington. Il existe aussi
une édition papier reprenant des extraits de cette banque. [1] Elle est
composée de 4 gros volumes totalisant 3.220 pages. Les volumes I et II
reprennent les noms des Survivors de la 1ère génération c’est-à-dire
ceux qui se sont trouvés à un moment ou l’autre entre 1933 et 1945 dans un
territoire contrôlé par les Allemands, même avant l’arrivée de
ceux-ci ; outre le nom, on y trouve un numéro d’immatriculation, les
alias éventuels (plus le nom de jeune fille des femmes) et, très souvent, le
lieu de naissance et de résidence du Survivor avant la guerre et, enfin,
les lieux - notamment de détention - où le Survivor s’est trouvé durant la
guerre. Le volume III reclasse les Survivors par lieu de naissance et de
résidence d’avant-guerre ; le volume IV les reclasse par lieu de
résidence ou d’internement durant la guerre.
Il convient d’apporter quelques précisions à cette description :
La date de naissance ne figure pas dans l’édition papier et, dans la plupart des cas, elle ne devrait même pas figurer dans la banque consultable sur écran.
Après élimination des alias, nous avons estimé le nombre réel de Survivors à quelque 122.600. [2]
La banque reprend un certain nombre de Survivors décédés.
La banque reprend un certain nombre de personnes non juives mais elles seraient très minoritaires.
Une vérification sommaire sur des juifs connus indique
qu’il doit y manquer un certain nombre de Survivors encore en vie
à ce jour. Par exemple, on y cherchera en vain les anciens secrétaires d’Etat
Henry Kissinger (juif allemand) et Madeleine Allbright (juive tchèque), l’ancien
numéro un de la CIA John Deutch (juif belge) ou encore les historiens Raul
Hilberg (juif autrichien) et Arno Mayer (juif luxembourgeois), qui
répondent tous cinq à la définition du Survivor. Nous y avons
également cherché en vain certains juifs ordinaires dont nous avions
précédemment étudié le parcours. De plus, nous avons dit plus haut que l’idée
de cette banque datait de 1981 et on peut penser qu’à cette date, de
nombreux Survivors étaient déjà morts ; il n’est pas sûr
que leurs descendants nés aux USA aient eu l’idée -saugrenue même pour
des juifs établis au pays des mormons- de les inscrire dans cette banque ;
il semble bien d’ailleurs que c’est la banque qui ait pris l’initiative
de contacter les Survivors et, dans ce cas, elle n’aurait donc pas
contacté les descendants des Survivors décédés.
On ne perdra donc jamais de vue par la suite que les Survivors ne
constituent qu’une partie des juifs rescapés établis aux USA,
probablement même une minorité de ces juifs.
Les données sont tirées de formulaires de 2 pages complétés par les Survivors. L’éditeur précise qu’il n’a rien vérifié. [3]
Dans un tiers des cas, aucun nom de lieu (de naissance, d’habitation ou d’internement) ne figure en regard du nom du Survivor soit que celui-ci n’en ait déclaré aucun (mais nous n’avons pas le moyen de vérifier si cela a souvent été le cas) soit que la dactylographe chargée de la retranscription des données ait été défaillante (on ne peut non plus exclure une erreur de programmation) [4]. De plus, la dactylographe (ou l’ordinateur) a reclassé (le plus souvent mais pas toujours) dans l’ordre alphabétique les noms de lieux donnés dans l’ordre chronologique par le Survivor, ce qui, on le verra, est fâcheux.
Souvent, le Survivor indique s’il a témoigné oralement (Oral History) et au profit de quel centre de recherche sur l’Holocauste.
L’adresse du Survivor n’est pas communiquée.
L’éditeur donne la reproduction de quelques fiches. Ci-après le résumé d’une d’entre elles :
Morty L., jadis Motl L., né et ayant résidé à Bielsk Podlaski (Pologne) ; il a été dans un camp de travail [soviétique] près de Swerdlowsk (Russie) en 41-42, puis à Chimkent (Kazakhstan) en 42-46. Il n’a pas témoigné oralement. Epoux de Tobey L. née Toby L., également Survivor, née et ayant résidé à Sierpc (Pologne) ; elle a été dans un camp de travail [soviétique] de la République des Komis [nord de la Russie d’Europe] en 40-42 puis à Chimkent (Kazakhstan) en 42-46. Morty L. a joint une photo de lui et sa femme, alors qu’ils se trouvaient en 1947 au camp de personnes déplacées de Leipheim (Allemagne). Le Survivor a ajouté les noms de leurs 3 enfants et, aussi, ceux de :
- sa belle-mère Sarah Pesia L., ayant résidé à Sierpc (Pologne) et ayant été aux mêmes endroits que sa fille Tobey ; Sarah est morte en 1969 à New-York.
- son beau-frère Cvi (Hersz) L. ayant résidé à Sierpc (Pologne) et ayant été aux mêmes endroits que sa mère et sa sœur ; il est mort en Israël [Palestine] en 1988 à l’âge de 62 ans.
Dans l’édition papier, on trouvera pour les deux premiers cités la mention suivante :
- L. Morty 00038151 (L. Motl) Bielsk Podlaski (3) ; Chimkent, Kazakh SSR, Sverdlovsk
- L. Tobey 00038151 (L. Toby) Sierpc (3) ; Chimkent, Kazakh SSR, Komi ASSR
Voilà, en résumé, ce qu’on peut trouver dans cette banque. Le chercheur qui n’a pas la possibilité de se rendre à Washington et qui n’a que l’édition papier à sa disposition, est handicapé dès le départ ; néanmoins, il pourra tout de même exploiter utilement cette édition papier car, malgré ses imperfections, elle constitue une source extraordinaire qu’on aurait grand tort de ne pas exploiter.
2. Cas particuliers
La première analyse à laquelle on pense est celle du parcours individuel des Survivors. Forcément, devant l’ampleur de la tâche, on ne peut que survoler ces listes d’une longueur de 1.200 mètres, malgré quoi, on arrive à se persuader très vite qu’il serait peut-être utile d’examiner de plus près sur écran les fiches de certains Survivors ; par exemple, celles de :
[p. 1062] Roland L., né à Paris [le 12/02/1928 et déporté dans le convoi français n° 62 parti de Drancy pour Auschwitz le 20/11/43] [5] et passé par Drancy, Gleiwitz et Buchenwald. Il aurait donc dû citer Auschwitz ou Birkenau. On comprend que certains déportés omettent de citer Drancy mais Auschwitz ! Se pourrait-il qu’il n’ait fait que transiter par la gare civile d’Auschwitz ? Non sélectionné pour le travail [exterminé en conséquence par les historiens], aurait-il en réalité été envoyé dans un ghetto à Gleiwitz ? Il est vrai qu’on ne peut non plus exclure un loupé de la dactylographe.
[p. 209] Même question pour Rudoph B., né à Vienne [23/06/1924 et déporté dans le convoi belge XXVI parti de Malines pour Auschwitz le 31/7/44] [6] et passé par Paris, Malines et Buchenwald.
[p. 957] David K., né le 03/01/18, [déporté dans le convoi belge XX du 19/04/43], passé par la Belgique, la France, Auschwitz, Sosnowiec et Treblinka. Curieux itinéraire puisqu’aucun juif de Belgique n’est sensé être passé par Treblinka.
[p. 399] Rose (Reizel) S., née à Wlodawka [pour Wlodawa, Pologne ?] et passée par la Sibérie et Sobibor.
[p. 231] Henry (Henryk) C., né et ayant résidé à Varsovie, passé par Varsovie, Minsk, Oslo, Stuttgart, Treblinka. Gazé à Treblinka puis envoyé à Minsk ?
[p. 271] Pauline D. (Pescha F.) née à Lublin puis passée par Belzec et l’URSS : même question que pour le précédent.
[p. 599] Bernard G. (Berek G.) né à Zamosc et passé par Zamosc, Belzec, Majdanek, Auschwitz, Buchenwald. Il n’est pas le seul à avoir suivi cet itinéraire, lequel donne à penser que lors de la liquidation de Belzec, les derniers juifs de ce camp n’ont pas été liquidés malgré le fait qu’ils pouvaient témoigner sur les horreurs qui s’y seraient déroulées mais envoyés en bloc à Majdanek.
[p. 1293] Meyer (Mejer) P., né et ayant résidé à Pruzana [pour Prizana, Slovaquie ?], passé par Auschwitz, Birkenau, Brava [Bratislava ?], Buchenwald, Pruzana, Theresienstadt, Treblinka et le … Kazakhstan.
Il est vrai qu’il est bien possible que la banque contienne, outre quelques erreurs dactylographiques, quelques confusions de lieux peut-être dues à l’âge des déclarants et quelques mensonges à la Martin Gray. Quoi qu’il en soit, nous ne pouvons pas consulter ces fiches : alors, passons à autre chose.
3. Analyse par échantillonnage du parcours de l’ensemble des Survivors
Nous avons procédé ensuite à une analyse par échantillonnage du parcours de l’ensemble des Survivors ; malgré l’imprécision de nombreuses déclarations -d’où le recours fréquent au mode conditionnel par la suite-, on peut légitimement extrapoler les résultats trouvés sur un échantillon de 397 Survivors [7], soit :
145 (36,5 %) pour lesquels on ne trouve aucune indication d’aucune sorte (dont un certain Rudolf Vrba) ;
252 (63,5 %) qui ont donné diverses indications de lieu. De ces 252,
o 219 (86,9 % de 252) sont nés en Europe de l’Est. De ces 219,
80 seraient passés par des camps allemands dont
42 par Auschwitz + Maïdanek -dont seulement 3 venaient de Hongrie/Roumanie, ce qui est étonnamment peu-,
1 par Treblinka + Sobibor + Belzec ;
44 habitaient à l’est de la ligne de front (notamment dans l’Oural et en Sibérie) ou s’y étaient réfugiés (ou y auraient été déportés par les Russes) ;
69 seraient restés cachés sur place, c’est-à-dire en Europe orientale ;
26 autres, enfin, seraient restés sur place mais sans qu’on puisse déterminer s’ils s’étaient cachés ou avaient été emprisonnés dans un camp allemand ou un ghetto.
o 22 (8,7 % de 252) sont nés en Europe centrale ou en Europe du Sud. De ces 22,
2 sont passés par un camp allemand, en l’occurrence Auschwitz ;
8 se sont réfugiés en dehors de la zone d’influence allemande (USA, Suisse, Grande-Bretagne, Chine) ;
12 sont restés cachés sur place, c’est-à-dire en Europe centrale ou méridionale.
o 11 (4,4 % de 252) sont nés en Europe occidentale. De ces 11,
1 (un Hollandais) est passé par Sobibor puis Auschwitz ;
10 sont restés cachés sur place (4 aux Pays-Bas, 4 en France et 2 en Belgique).
Aucun ne s’est mis en sécurité en dehors de la zone allemande.
On notera dès à présent qu’aucun de ceux qui sont nés
en Europe de l’est ne s’est trouvé à aucun moment durant la guerre en
Europe occidentale ; on ne pourra donc pas nous objecter par la suite que
la plupart des juifs déportés de France et de Belgique étaient nés en Europe
de l’Est.
Autre remarque à faire : on n’en trouve que 4 à être arrivés aux USA
entre 1933 et 1945 ; tous les autres y sont arrivés après la guerre.
Nous tirerons plus loin les conclusions importantes qui nous semblent pouvoir
être tirées de cette analyse par échantillonnage.
4. Analyse par camp d’internement
Les listes de Survivors par camp d’internement se prêtent, bien entendu, à une analyse a priori intéressante.
a) Camps de regroupement avant déportation d’Europe occidentale
- Camps français (Drancy, Pithiviers, Compiègne et
Beaune-la-Rolande) : on trouve 88 Survivors
dont 40 réellement déportés + 4 qui prétendent l’avoir été mais dont on
ne trouve pas la trace dans le Mémorial [français] de S. Klarsfeld. De ces 40 déportés (tous à Auschwitz sauf un à Maïdanek et un autre à
Bergen-Belsen), 25 sont déclarés revenus et 15 déclarés morts (dont le
dessinateur David Olère) par ledit Mémorial.
Rappelons que quelque 71.000 juifs français ont été déportés à Auschwitz
ou Maïdanek et que quelque 2.100 en sont officiellement revenus.
- Camp belge (Mechelen [Malines] et Caserne Dossin) :
on trouve 56 Survivors dont 24 ont été déportés (dont 1 évadé et 4
déportés à Vittel dans les Vosges). De ces 24 déportés, 22 sont déclarés
revenus et 2 déclarés morts par le Mémorial [belge] de S. Klarsfeld et
M. Steinberg.
Rappelons également que quelque 25.000 juifs ont été déportés de Belgique
vers Auschwitz et que quelque 1.300 en sont officiellement revenus.
Il est à noter qu’un certain nombre de Survivors
sont passés par ces camps belge et français mais ne l’ont pas déclaré
(peut-être parce qu’ils n’ont fait qu’y transiter) ; toutefois, une
vérification élémentaire montre qu’ils sont peu nombreux.
On rappellera que dans l’échantillon de l’analyse faite ci-dessus au point
3, il ne s’est trouvé aucun Survivor à être passé par un de ces
camps belge et français ; on a ici confirmation de ce fait, la poignée de
Survivors retrouvés dans lesdits camps n’étant pas significative.
On devine déjà la conclusion à en tirer mais nous en reparlerons.
b) Camps de tri et de travail d’Europe orientale
- Auschwitz (y compris Birkenau, Buna, Monowitz,
Blechhammer) : on trouve environ 11.000 Survivors. Ces 11.000 Survivors
représentent 9,0 % des 122.600 Survivors de la banque de données ;
nous en avions davantage dans l’échantillon du point 3 ci-dessus (43/252 =
15,9 %) mais, du fait du mode de calcul utilisé, le chiffre de 9,0 % est plus
crédible. [8]
Rappelons que, d’après la dernière version de F. Piper, directeur du Musée
d’Etat [9], 1.095.000 juifs sont passés par Auschwitz, y compris quelque
450.000 inaptes arrivés avant la perte de l’Ukraine par les Allemands au
début de 1944 et qui n’ont, en réalité, fait que transiter par la gare
civile d’Auschwitz. Parmi eux, quelque 94.000 juifs de Belgique et de France
qui représentent donc 8,6 % des juifs passés dans ce camp.
- Majdanek (y compris Flugplatz) : on
trouve environ 650 Survivors.
Quelque 50.000 juifs et non-juifs seraient passés dans ce camp dont 2.000 juifs
de France (environ 4 %).
- Chelmno : on trouve 6 Survivors. (Tous nés
en Europe orientale ou centrale et en ayant été déportés.)
Seuls des juifs polonais annexés par les Allemands seraient passés par ce
petit camp à l’histoire mal connue.
c) Camps de tri et d’expulsion d’Europe orientale (camps du Bug)
- Treblinka : on trouve 134 Survivors. (Tous
nés en Europe orientale ou centrale et en ayant été déportés.)
Rappelons que, selon Hilberg, 750.000 juifs seraient passés par ce camp. (Dont
aucun n’a été déporté d’Occident.) Le SS Hoefle, dans son célèbre
radiogramme, en comptait 713.000 à fin 1942. Mais on sait que juifs et SS ont
rivalisé dans l’exagération : les premiers pour apitoyer davantage, les
seconds pour se faire valoir aux yeux de leurs chefs. En attendant qu’un
chercheur révisionniste revoit tous ces chiffres, retenons le chiffre de
Hilberg.
- Sobibor : on trouve 21 Survivors. (Tous nés
en Europe orientale ou centrale et en ayant été déportés à l’exception de
3 juifs déportés directement de Hollande.)
Selon le même Hilberg, 200.000 juifs sont passés par ce camp. (Dont 2.000
venant de France et quelque 34.000 venant des Pays-Bas.)
- Belzec : on trouve 33 Survivors. (Tous nés en
Europe orientale ou centrale et en ayant été déportés.)
Toujours selon Hilberg, 600.000 juifs seraient passés par ce camp. (Dont aucun
ne venait d’Occident.). Hoefle n’en comptait que 435.000 à fin décembre
42, date à laquelle le camp était fermé et nous retiendrons ce chiffre déjà
suffisamment gonflé, sans aucun doute. En fait, comme nous aurons l’occasion
de le vérifier, le choix du chiffre ne peut modifier la conclusion à tirer.
5. Conclusions
Ainsi que nous l’avons vu, les données de cette banque de Survivors sont partielles et, dès lors, il convient d’être prudent dans le traitement des statistiques qu’on en tire ; on peut au moins tenir pour légitimes,
d’une part, toute conclusion basée sur le postulat que les Survivors constituent un échantillon représentatif des rescapés de l’Holocauste ;
d’autre part, toute conclusion basée sur la comparaison entre elles des statistiques tirées de cette banque, ces statistiques fussent-elles partielles, voire même erronées pourvu qu’elles le soient de la même manière, ce qui ne doit pas être le cas mais –le lecteur l’aura compris- nous voudrions répondre dès à présent à toute objection de cette nature qu’on pourrait nous faire.
Nous nous contenterons de tirer quatre grandes conclusions.
· La première conclusion importante concerne l’origine des Survivors : il est clair à l’analyse du point 3 que la très grande majorité des Survivors sont des juifs est-européens soit déportés, soit ayant fui avant l’arrivée des Allemands, soit encore restés clandestinement sur place.
Les Survivors venus d’Europe occidentale ne sont qu’une petite minorité dont, de plus, la plupart n’ont même pas été déportés. Ils sont tellement minoritaires parmi les Survivors qu’on peut sans danger affirmer que la très grande majorité des juifs déportés d’Occident qui sont revenus sont donc restés en Occident.
On ne peut donc trouver dans cette analyse la preuve que des masses de rescapés belges et français se seraient installés aux USA. (Et il n’y a pas lieu de penser qu’ils aient pu aller s’installer ailleurs.)
Cette conclusion est confirmée par l’analyse du point 4 : on ne retrouve que 68 juifs déportés de Belgique et de France parmi les 11.000 Survivors passés par Auschwitz, c’est-à-dire 0,6 %, alors qu’ils représentaient 8,6 % des juifs passés par Auschwitz, soit 14 fois plus.
Il y a d’ailleurs des explications évidentes à ce déséquilibre.
D’une part, les juifs est-européens avaient de bonnes raisons de ne pas rentrer chez eux : comme partout et toujours, ils avaient fini par se rendre odieux aux yeux de leurs compatriotes ; s’y ajoutait l’arrivée du communisme, mouvement dont les juifs étaient revenus. Par contre, les juifs occidentaux, dont la très grande majorité étaient d’ailleurs nés en Europe de l’est, pouvaient -encore- se sentir chez eux en France et en Belgique.
D’autre part, les juifs déportés d’Occident ont disparu en plus grand nombre que les autres déportés car ils ont été déportés très tôt -la plupart en 1942- et dans un environnement qui n’était plus le leur ; ils ont donc connu :
· une plus longue période de détention ;
· des conditions d’hygiène plus dures, voire catastrophiques en 1942 lors du déclenchement des premières épidémies de typhus, lesquelles seront combattues par la suite avec efficacité pour ne réapparaître qu’à la fin de la guerre ;
· un environnement plus hostile ;
· la réimplantation en URSS pour les inaptes, soit les 2/3 des déportés, réimplantation qui s’est terminée par une tragédie dans la tragédie : la déportation des rescapés en Sibérie en 1944. [10]· Une deuxième conclusion s’impose donc inexorablement : puisque la très grande majorité des juifs déportés d’Occident qui sont revenus sont restés en Occident et puisqu’on n’en retrouve qu’un petit nombre, c’est donc que la majorité de ces juifs n’ont pas survécu à leur déportation. Depuis de nombreuses années, nous consacrons une partie considérable de notre temps à vérifier le bilan officiel de la déportation des juifs occidentaux dans l’espoir de l’améliorer mais nous en étions arrivé à la conclusion qu’on devait admettre qu’il n’en est certainement pas revenu plus de 10 % ; néanmoins, nous gardions le secret espoir d’en retrouver des cents et des mille aux USA puisque, d’évidence, une grande partie des juifs européens s’y sont établis ; l’analyse des données de la banque des Survivors nous a persuadé de ce que cet espoir était illusoire.
· Une troisième conclusion nous semble pouvoir être tirée de la comparaison entre d’une part Auschwitz + Majdanek et d’autre part Treblinka + Sobibor + Belzec. Les Survivors représentent :
Auschwitz + Maïdanek : 11.000 + 650 = 11.650 rescapés sur 650.000 + 50.000 = 700.000 juifs passés par ces camps soit 1,7 %. Le chiffre de 650.000 pour Auschwitz est obtenu par la soustraction des 450.000 inaptes dont il a été question ci-dessus : ils n’ont fait que transiter par la gare d’Auschwitz et ne peuvent être considérés comme y ayant été internés ; ils sont donc repris dans le poste suivant. (D’autres réductions seraient à faire car le chiffre de 1.095.000 est gonflé d’autres manières mais c’est sans grande importance pour notre raisonnement).
Treblinka + Sobibor + Belzec : 134 + 21 + 33 = 188 rescapés sur 750.000 + 200.000 + 435.000 = 1.385.000 juifs passés par ces camps soit 0,0001 %. On peut, comme nous l‘avons dit, contester le chiffre des juifs passés par ces camps mais sans changer l’ordre de grandeur des rapports et corriger le déséquilibre constaté entre le nombre de Survivors rescapés d’Auschwitz et celui des Survivors rescapés des camps du Bug.
On trouverait donc ici la confirmation de la thèse officielle : comme la plupart des déportés passés par les camps du Bug avaient déjà subi l’opération de tri, ils étaient majoritairement des inaptes et ils ont donc été éliminés ; certes, il y a désaccord sur le sens de ce mot mais il faut bien admettre qu’en définitive, ils ont tous disparu. En effet, on n’en retrouve aucun parmi les Survivors américains ; les rares Survivors à être passés par ces camps sont apparemment tous des déportés qui avaient été retenus pour le travail et qui n’avaient donc pas été expulsés en URSS.
· Une quatrième conclusion nous semble découler de la conclusion précédente : le bilan des pertes juives au cours de la guerre, tant du fait des Allemands que des Russes, serait plus lourd que celui que les révisionnistes admettent généralement au terme des études statistiques démographiques de Rassinier et Sanning.
NOTES
| [1] |
Benjamin and Vladka Meed Registry
of Jewish Holocaust Survivors 2000, édité par l’US Holocaust
Memorial Museum en coopération avec l’American Gathering of Jewish
Holocaust Survivors ; 4 volumes de format 27,6 x 21,7 cm, à
savoir : |
| [2] | Nous avons extrapolé les résultats trouvés dans 7 pages (pp. 13, 377, 715, 1179, 1468, 1683 et 1975). |
| [3] | Ainsi trouve-t-on dans le volume
I : Martin Gray [immatriculé] 00304045 ([alias] Grajewski-Grynberg
Mieczyslaw, Greenberg Mietek, Mendel, Misha) [né et ayant résidé
avant-guerre à] Warsaw (3) ; [ayant été durant la guerre à]
Warsaw, Pawiak, Rembertow, Treblinka, Zambrow, Bialystok, Lwow. Comme on
le sait, Martin Gray est un menteur qui n’a jamais mis les pieds à
Treblinka. |
| [4] | Exemple d’omission due au Survivor : on ne trouve aucun nom de lieu en regard de Rudolf Vrba 00047353 qu’on peut supposer être le célèbre témoin slovaque et on ne trouve ce Survivor dans aucune des rubriques Auschwitz, Birkenau et Majdanek. Exemples d’omissions dues à la banque : on trouve dans la rubrique Belzec, 33 noms de Survivors dont 4 ne sont suivis d’aucun nom de lieu dans la liste alphabétique. |
| [5] | Serge Klarsfeld, Mémorial de la déportation des juifs de France, FFDJF, 32, rue La Boétie, 75008 Paris, 1997, 654 p. |
| [6] | Serge Klarsfeld et Maxime Steinberg, Mémorial de la déportation des juifs de Belgique, UDJB et FFD, 68, Avenue Ducpétiaux, 1060 Bruxelles, 1982, env. 550 p. |
| [7] | Nous avons pris le premier nom de Survivor de chaque page multiple de 5 des volumes I et II, ce qui nous fait 397 noms soit 0,31 % des 122.600 Survivors. Nous n’avons procédé à aucun test de validité mais nous sommes confiant dans la représentativité de cet échantillon. |
| [8] | L’écart entre ces deux chiffres s’explique comme suit : le 9,0 % se rapporte à l’ensemble des Survivors, y compris ceux sur le parcours desquels la banque ne donne aucune précision dans les volumes I et II ; par contre, nous n’avons pas tenu compte de ces gens-là dans le calcul du 15,9 %, en estimant que (comme les abstentionnistes dans les élections) ils se ventilaient de la même façon que les autres ; si on en tient compte, on obtient 10,8 %, chiffre très proche du 9,0 %. |
| [9] | Franciszek Piper, Auschwitz : How many perished Jews, Polen, Gypsies … , 1991 |
| [10] | Des juifs sont revenus de Sibérie, objectera-t-on peut-être. Sans doute mais il convient, à la suite de Staline, de faire la distinction entre :
|
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