Les rapports de la résistance polonaise
sur les chambres à gaz d'Auschwitz
(1941-1944)Enrique Aynat
Cette étude, traduite de l'espagnol par Jean Plantin, est la seconde des deux études composant le recueil publié en octobre 1994, Estudios sobre el « Holocausto ». La deportación de judiós de Francia y Bélgica en 1942. La resistencia polaca y las cámaras de gas de Auschwitz (Valence, Enrique Aynat).
0 Introduction
0. 1 Genèse et objet
Depuis longtemps nous avons été curieux de connaître les
informations dont disposaient le gouvernement polonais en exil et le mouvement
clandestin polonais dans l'intérieur de la Pologne - la résistance - sur le
camp de concentration allemand d'Auschwitz. Nous avons consacré un travail à
cette question [1]. Nous y indiquions que la résistance polonaise et, par
conséquent, le gouvernement polonais en exil savaient ce qui se passait à
l'intérieur
d'Auschwitz. Des membres de différentes organisations de la résistance
étaient bien placés dans les centres névralgiques du camp de concentration,
tels que le bureau central, l'hôpital, le bureau des constructions, le bureau
d'attribution du travail et la section politique. Il est évident que la
résistance ne pouvait ignorer les principaux événements qui se déroulaient
dans le camp, en particulier la présumée extermination massive des juifs.
A cette occasion, nous nous sommes concentré sur l’étude des informations
utilisées par la résistance concernant le principal instrument avec lequel,
dit-on, s'effectuait cette extermination massive : les chambres à gaz homicides.
0. 2 Sources
La majeure partie des documents étudiés proviennent des
archives de la Delegatura.
La Delegatura fut de 1940 à 1945 la représentation du gouvernement polonais,
alors en exil à Londres. La Delegatura avait des pouvoirs exécutifs et
disposait des mêmes sections, équivalentes aux ministères, qu'une
administration publique. Géographiquement, elle s'étendait sur tout le
territoire de la Pologne, dans le cadre des frontières du ler septembre 1939,
à l'intérieur desquelles elle avait établi des délégations provinciales, de
district et municipales. La Delegatura constituait de fait un gouvernement
alternatif qui rivalisait avec celui du gouvernement allemand. Il s'agissait en
définitive d'un « Etat clandestin » doté de son propre système
d'enseignement, de son propre système légal et de ses propres forces armées,
appelées Armia Krajowa ou Armée de l'Intérieur [2].
L'un des organismes dans lequel se divisait administrativement la Delegatura
était le « Département de l’Information et de la Presse » (Departament
Informacji y Prasy), qui se composait de deux sections : orientale et
occidentale. La « Section occidentale » (Sekcja Zachodnia) s'attribuait le
rôle d'organisateur de la conspiration dans la partie annexée par le Reich et,
en particulier, à Auschwitz, qui avait été incorporé à l’Allemagne en
1939. C'est la raison pour laquelle elle dirigeait les actions clandestines dans
le camp de concentration. La « Section occidentale » se composait de cinq
départements. Le plus important était le «Département du service
d'information » (Wydzial Sluzby Informacyjnej). Ses agents collaboraient
étroitement avec le service d'espionnage de l'Armia Krajowa et avec les
réseaux de renseignement des partis politiques faisant partie de la Delegatura.
C'est par l'intermédiaire de ces organisations que parvenaient les informations
à l’organisation centrale de Varsovie, des archives de laquelle proviennent
la quasi-totalité des textes rassemblés dans ce travail.
Les documents de la Delegatura furent déposés après la guerre dans les
archives de l’Institut d'Histoire du Parti du Comité central du Parti ouvrier
polonais unifié (communiste) et classés sous la cote 202. Après la
dissolution de ce parti en 1990, ils ont été transférés à la « Direction
principale des Archives d'Etat » (Naczelna Dyrekcja Archiwów Panstwowych), à
Varsovie, où ils se trouvent actuellement.
On peut classer en quatre groupes les documents étudiés : rapports
périodiques sur la situation en Pologne, envoyés à Londres sous la forme de
microfilms par des courriers ; bulletins hebdomadaires de questions urgentes,
généralement transmis par radio ; bulletins confidentiels destinés aux
différentes organisations clandestines ; et, enfin, rapports détaillés qui
servaient de base aux précédents et qui étaient généralement
dactylographiés sur des feuilles de papier volantes.
Une grande partie des documents examinés dans ce travail ont été publiés
dans l’ouvrage Obóz koncentracyjny Oswiecim w swietle akt delegatury rzadu
RP na kraj [Le camp de concentration d'Oswiecim (Auschwitz) à la lumière des
documents de la délégation du gouvernement de la République de Pologne de
l'intérieur] [3]. Cet ouvrage - que nous appellerons désormais Obóz
- constitue un répertoire documentaire, réalisé apparemment avec un souci
d'exhaustivité, des informations relatives à Auschwitz qui existaient dans les
archives de la Delegatura. Les compilateurs déclarent que la publication des
documents a été faite «conformément aux originaux conservés, sans omissions
ni ratures » et qu'ils ont uniquement corrigé les fautes d'orthographe et les
signes de ponctuation [4]. Pour une raison non élucidée, Obóz ne
reproduit pas les documents de la période comprise entre juillet 1944 et le 27
janvier 1945, date à laquelle le camp fut occupé par les forces soviétiques.
Les autres documents examinés proviennent des archives du Polish Underground
Movement (1939-1945) Study Trust (Londres), de Yad Vashem (Jérusalem), du
Public Record Office (Kew, Richmond, Grande-Bretagne) et de la Hoover
Institution (Stanford University, Stanford, Californie). Les archives du Polish
Underground Movement (1939-1945) Study Trust de Londres conservent une partie
des documents transmis clandestinement par la résistance au gouvernement
polonais en exil. Nous avons pu y vérifier qu'il y a quelques documents qui ont
été publiés dans Obóz et qui, comme l’indiquent ses éditeurs, ont
été reproduits fidèlement.
Une grande masse de documents utilisés par la résistance polonaise au sujet du
camp de concentration d'Auschwitz à donc été étudiée.
0. 3 Méthode
Nous avons suivi la méthodologie historique traditionnelle.
En premier lieu, nous avons compilé les sources et avons jugé qu'il convenait
de les inclure dans un répertoire documentaire à la fin de notre travail (voir
annexe 1). Le lecteur intéressé disposera ainsi d'une vision panoramique et
pourra se faire une idée par lui-même. Nous avons pensé qu'il était
également nécessaire de faire figurer les textes dans leur langue d'origine,
suivis de leur traduction. De cette manière, le lecteur qui dispose de notions
de polonais pourra accéder directement aux sources et sera aussi à même de
déceler d'éventuelles erreurs de traduction.
Dans la majorité des cas, nous n'avons fait que reproduire partiellement les
documents, n'ayant pris en compte que les fragments qui font allusion aux
chambres à gaz homicides en particulier et à la méthode d'extermination en
général. Nous avons essayé de toujours respecter le contexte. D'une façon ou
d'une autre, le lecteur curieux ou soupçonneux pourra consulter la source
originale complète, que nous avons toujours pris le soin d'identifier de la
manière la plus précise possible.
Bien que les allusions aux chambres à gaz soient nombreuses dans les documents
étudiés, en particulier à partir de 1943, elles sont très sommaires
pour la plupart. Dans une forte proportion de cas les documents se bornent à
mentionner simplement que les convois de juifs, de prisonniers de guerre
soviétiques et de Polonais allaient « aux chambres à gaz » (do komor
gazowych), ou, plus succinctement, « au gaz » (na gaz), ou que
jusqu'à une date déterminée, un certain nombre de personnes avaient été «
gazées » (zagazowanych). Nous avons estimé que ces allusions
n'apportent rien à la connaissance des chambres à gaz et c'est la raison pour
laquelle nous ne les avons pas reproduites.
Nous avons essayé de réunir uniquement les documents qui contiennent des
textes descriptifs des chambres à gaz en tant que réalité matérielle,
c'est-à-dire ceux qui nous indiquent comment elles étaient, comment elles
fonctionnaient, où elles se trouvaient, quel était leur nombre et quel agent
toxique elles utilisaient.
Les documents ont été ensuite soumis à la critique. On sait que le travail de
compilation des sources doit être suivi de la critique historique, externe et
interne, dont la mission est d'examiner la valeur réelle de ces sources et plus
particulièrement leur authenticité et leur crédibilité. Pour effectuer cette
tâche, nous avons suivi la méthode établie par les professeurs français
Langlois et Seignobos et exposés dans un ouvrage qui est considéré comme un
classique de la méthodologie historique [5].
Pour finir, nous avons comparé l’information contenue dans les documents de
la résistance sur les chambres à gaz avec la version défendue à partir de
1945 dans le but de détecter d'éventuelles divergences. Nous avons ensuite
tiré quelques conclusions.
Pour localiser chaque citation, nous avons ajouté à la fin de chacune d'elles
et entre parenthèses un numéro qui correspond au numéro avec lequel chaque
document a été identifié dans l’annexe documentaire.
Nous avons utilisé tantôt la désignation polonaise - Oswiecim -, tantôt la
désignation allemande - Auschwitz - pour donner la localité où était situé
le camp de concentration. Nous avons choisi d'utiliser dans les traductions des
documents la désignation polonaise et dans le reste du travail la désignation
allemande, celle-ci étant universellement connue. Nous avons adopté le même
critère pour ce qui est du camp de Birkenau (en polonais : Brzezinka).
1 Critique externe
Avant d'utiliser un document nous devons nous demander d'où
il vient, qui en est l’auteur et à quelle date il a été rédigé. On
considère qu'un document dont on ignore l’auteur, la date et la provenance ne
sert à rien. La première tâche critique de l’historien sera par conséquent
d'effectuer une analyse interne du document afin de déterminer ces éléments.
En examinant les documents de la résistance, nous constatons que les dates sont
précisées dans l’immense majorité des cas mais que les auteurs demeurent
toujours inconnus. En principe, c'est ce à quoi on peut s'attendre car, pour
des raisons de sécurité - la résistance polonaise et les Allemands se
livraient une guerre implacable -, les auteurs des documents devaient garder l’anonymat.
Ceci étant, l'historien ne doit cependant pas s'avouer vaincu et renoncer à
obtenir des renseignements sur l’identité des auteurs et des détails sur
eux. Grâce à l’analyse des documents, l’historien pourra certainement
obtenir des renseignements intéressants.
Si nous analysons en effet les documents, nous constatons tout d'abord que dans
l’en-tête de certains d'entre eux figurent comme signes d'identification
certains chiffres, clés ou codes qui correspondent à des cellules clandestines
de renseignement et de propagande. Cela montre que la transmission de l’information
entre le camp de concentration et la direction de la Delegatura n'était pas
directe dans ces cas-là mais qu'elle passait au moins par un organe
intermédiaire. La cellule clandestine se bornait probablement à faire suivre
sans plus l’information reçue du camp mais on ne peut écarter que cette
cellule ait « réélaboré » l’information reçue et lui ait donné un tour
ou une orientation particulière.
Nous donnons ci-dessous quelques clés ou codes de cellules d'information et de
propagande que portaient différents documents :
1631 : il s'agit probablement d'une cellule de la Section d'Information et de Propagande de la Direction centrale de l’Armia Krajowa [6].
D.I. : cela correspond au Département d'Information et de la Presse de la Delegatura [7].
252/a-1 : clé d'une cellule de la même Section d'Information et de propagande que la 1631 [8].
S.Z. : Secteur Occidental du Service d'Information du Département d'Information et de la Presse [9].
En second lieu, il y a des documents présentés comme des «
lettres » et des « rapports de prisonniers » qui - pour des raisons
évidentes - ne livrent aucun indice sur l’identité de leurs auteurs. Il y a,
par exemple, une «lettre écrite dans le camp d'Oswiecim » (document n° 7),
une « lettre d'un prisonnier d'Oswiecim » (document n° 22) et une «
traduction des rapports d'un SS fonctionnaire du bureau du camp de concentration
d'Oswiecim » (document n° 24), qui - selon ce qu'indique l’en-tête du texte
- « travaillait toujours pour nous». Dans d'autres documents apparaît comme
auteur un pseudonyme (« Lichtenstein », document n° 27) ou seulement une
indication que le récepteur du document connaît l’auteur (« je connais
personnellement l’informateur », document n° 19).
Bien qu'il soit normal qu'en période de guerre et sous une dure occupation on
utilise ces subterfuges pour cacher l’identité des auteurs des documents, ce
qui est déjà moins normal c'est que leur identité soit restée inconnue de
nombreuses années après la fin de la guerre. Il est significatif que les
éditeurs de l’ouvrage Obóz, publié en 1968, n'aient identifié aucun
des auteurs. Au contraire, les rares indications existant dans cet ouvrage au
sujet de la personnalité de ceux-ci laissent entendre qu'au moins un des
documents est apocryphe. En ce qui concerne plus particulièrement le compte
rendu prétendument écrit par le membre de la SS «fonctionnaire du bureau du
camp de concentration d'Oswiecim » déjà cité, les éditeurs d'Obóz
signalent que « son nom n'a pas été déterminé jusqu'à présent » et qu'«
il n'est pas impossible que l’auteur du document ait été qualifié de SS
dans le but d'induire en erreur les autorités allemandes, pour le cas où le
document tombe entre leurs mains » [10).
En troisième lieu, il demeure évident à la lecture de plusieurs documents que
les informations recueillies par les auteurs proviennent d'une source de seconde
main. Ainsi, dans le rapport rédigé à Londres par un réfugié polonais
(document n° 19), on révèle que l’auteur a obtenu l'information « d'une
personne qui a été libérée » du camp de concentration. Dans d'autres cas, l’auteur
montre involontairement qu'il se borne à rapporter des racontars ou des
rumeurs, car il utilise des expressions comme « on parle » (mowi sie)
(document n° 7), « on raconte » (dzieje sie) (document n° 17), l’informateur
« a entendu » (slyszal) (document n° 26), ou « on dit » (podobno)
(document n° 29).
La critique externe, et en particulier la critique de provenance, doit
vérifier en outre si les sources sont véritablement indépendantes. On part du
principe que les témoins indépendants, pour relater les mêmes faits, ne
seront pas placés aux mêmes endroits pour les observer et ne diront pas
exactement les mêmes choses dans les mêmes termes. Les événements
historiques sont si complexes qu'il est totalement invraisemblable que deux
observateurs indépendants les aient racontés de la même façon.
Si nous lisons attentivement la documentation et appliquons rigoureusement ce
principe, nous constatons qu'une grande quantité de textes s'appuient les uns
sur les autres, qu'ils sont intellectuellement apparentés, ou, pour le dire
d'une autre manière, qu'ils ont un « air de famille ». Ils proviennent en fin
de compte d'une même source.
Voyons tout d'abord le cas des événements précis dont il existe des
descriptions dans plusieurs documents différents.
L'anéantissement de plusieurs centaines de prisonniers soviétiques et polonais
dans le bunker d'Auschwitz est chronologiquement l’une des premières
occasions, selon les sources de la résistance, ou l’on a employé du gaz
toxique à des fins homicides. Il est décrit dans trois textes, que nous
appellerons [a] (document n° 2), [b] (document n° 3) et [c] (document
n° 6) et que l’on peut confronter dans l’annexe documentaire.
Un examen des trois textes montre qu'ils tirent tous leur origine d'une même
source. Dans le tableau suivant, nous exposons les points de concordance :
|
[a] |
[b] |
[c] |
| - « crime odieux » (ohydnej zbrodni) | - « sombre crime » (ponurej zbrodni) | |
| - « dans la nuit du 5 au 6 septembre » (w nocy z 5 na 6. IX) | - « Dans la nuit du 5 au 6 septembre [W nocy z 5 na wrzesnia] de l’année 1941 » | - « during the night of September 5th to 6th last year » |
| - « on a fait entrer dans le bunker » (wtloczono do bunkra) | - « on a fait entrer dans le bunker (wtloczono do bunkra) d'Oswiecim » | - « were driven down to the underground shelter in Oswiecim » |
| - « environ [ok.] 600 prisonniers soviétiques [...] ainsi qu'environ [ok.] 200 Polonais » | - « environ [ok.] 600 prisonniers civils soviétiques [...] On y a ajouté quelque [ok.] 200 Polonais » | - « about a thousand people [...] among them seven hundred Bolshevik prisoners of war and three hundred Poles » |
| - « en leur brisant les mains et les pieds avec des barres » | - « regardless of broken bones » | |
| - « on les a empoisonnés avec du gaz » (wytruto ich gazem) | - « ils ont été gazés » (wytruto gazami) |
Il est clair, en définitive, que ce qui a été considéré
comme la première action importante d'anéantissement au moyen de gaz à
Auschwitz s'appuie sur une source unique [11].
La confrontation des documents qui décrivent l’extermination des juifs
hongrois au printemps de 1944 est également significative. Si l’on compare
les trois textes qui font allusion à cet événement, on observe de nouveau
qu'ils sont apparentés, que, du moins, certains passages tirent leur origine de
la même source.
Nous appellerons [a] (document n° 30), [b] (document n 32) et [c] (document n°
31) ces trois textes.
Dans le tableau suivant nous exposons les points de concordance.
|
[a] |
[b] |
[c] |
| - « Les crématoires ne suffisent pas à la crémation » (Krematoria nie moga nadazyc paleniem) | - « Les crématoires ne suffisent pas à la crémation des cadavres » (Krematoria nie moga nadazyc z paleniem zwlok) | |
|
- « Une équipe de dentistes [...] Une autre équipe de "spécialistes" » |
- « Des groupes spéciaux » | |
|
- « examine avec précision les cavités orales de toutes les victimes, pour extraire les couronnes en or et en argent ; comme ils ont peu de temps, ils cassent toutes les mâchoires » |
- « brisent les dents avec des couronnes en or » | |
|
- « introduit les mains dans les vagins des cadavres des femmes pour rechercher des objets de valeur dissimulés » |
- « recherchent des objets de valeur dans les vagins des femmes » | |
|
- « 4 crématoires et une briqueterie [cegielnia] travaillent, et en plus on incinère sur des bûchers de plein air » |
- « 4 crématoires et une briqueterie [cegielnia] sont en action [...] et l’on incinère parfois sur des bûchers » | |
|
- « Dans les temps prochains Oswiecim doit tuer 1 200 000 juifs de Hongrie » |
- « De cette manière tous les juifs hongrois peuvent être exécutés : 1 200 000 » |
La confrontation des documents qui relatent l’arrivée à
Auschwitz et l’extermination postérieure des juifs hongrois révèle par
conséquent qu'au moins quelques points essentiels proviennent de la même
source.
De plus, dans un cas, les textes ne s'inspiraient pas les uns des autres mais
étaient presque copiés mot pour mot. Si on lit les documents n° 8 et n° 10
on constatera que l’un est pour ainsi dire la reproduction littérale de l’autre.
La seule différence importante est que le document n° 10 ajoute une allusion
à une chambre à gaz appelée Degasungskammer - terme qui n'existe pas
en allemand - et qui fait état de fosses gigantesques de quatre kilomètres de
long pour enterrer les cadavres.
Il y a enfin une série de termes, de phrases, de faits et de chiffres qui
reviennent à plusieurs reprises dans un bon nombre de documents.
En voici quelques exemples :
le « feu éternel » (wiecznym ogniem) où l’on brûlait jour et nuit les innombrables cadavres des juifs assassinés (documents n° 17, 22, 23 et 24) ;
les chambres à gaz et les crématoires « n'arrivent pas » (nie moga nadazyc) à anéantir et à incinérer toutes les victimes (documents n° 22, 30 et 32) ;
les « bébés lancés vivants dans le feu » (documents n° 22, 23 et 25) ;
le chiffre d'environ 520 000 juifs morts par l’action du gaz (zagazowanych) jusqu'en décembre 1942 (documents n° 13, 14, 15, 16 et 18).
2 Critique interne
2. 1 Critique de sincérité
Par la critique de sincérité l’historien tente de
vérifier s'il existe une raison de ne pas croire à la sincérité des
affirmations que contient un document. Il faut se demander en premier lieu si l’auteur
se trouve dans des conditions qui, normalement, inclinent un homme à ne pas être sincère. Pour cela, on établit mentalement un questionnaire. La première
question que se pose l’historien est de savoir si l’auteur d'un document a
éprouvé de la sympathie ou de l’antipathie pour un groupe humain déterminé
(nation, parti, secte, etc.) qui puisse l’amener à travestir les faits et à
donner de ses amis une image favorable et de ses adversaires une image défavorable.
Il est très facile, dans le cas qui nous occupe, de répondre à cette
question. La résistance à l’intérieur de la Pologne menait une guerre
implacable contre l'occupant allemand, guerre dans laquelle l’information et
la propagande constituaient des armes d'une importance vitale. Et la propagande
et l’information de la résistance polonaise ne reculaient pas devant la
diffusion des exagérations et des mensonges les plus grossiers, produit sans
doute de la haine profonde que ressentaient à cette époque les Polonais à l’encontre
des Allemands.
A titre d'exemple, examinons quelques expressions contenues dans le document «
Rapport sur les conditions en Pologne [Report on Conditions in Poland],
27 nov. 1942 », envoyé clandestinement de Varsovie au gouvernement
polonais à Londres [12].
D'après ce rapport, les Allemands s'étaient proposé d'éliminer physiquement
toute la population polonaise. En effet, « la Pologne diffère de tous les
autres pays occupés en ce qu'une tentative délibérée est en train d'être
faite pour exterminer sa population » (a deliberate attempt is being made to
exterminate her people) (p. 1). Pour cela, on avait établi un « programme
d'extermination complète » qui avait pour but l’«extermination biologique [biological
extermination] de la nation polonaise » (p. 35). Pour cela, on emploierait
« tout ce que la science moderne à inventé, tout ce dont sont capables des
êtres humains dépourvus de conscience » (p. 62).
Le programme d'extermination comprenait, entre autres, les méthodes suivantes :
crimes individuels et de masse, camps de concentration et prisons, destruction
biologique et famine, et destruction de la culture polonaise. Mérite une
mention à part la « perversion systématique [systematic demoralization]
effectuée par les Allemands en Pologne et plus spécialement dirigée contre la
jeunesse polonaise » (p. 43). En particulier, les seuls livres publiés en
polonais par les Allemands étaient « obscènes, pornographiques ou corrupteurs
» (p. 43). Il n'y avait ni cinéma ni théâtre en polonais, sauf ceux qui
étaient destinés à miner le moral et le patriotisme du peuple. L'entrée à
ces séances était libre voire obligatoire pour la jeunesse polonaise. Il est
arrivé qu'on fusille des jeunes pour ne pas y avoir assisté (p. 44). Tout
était très cher en Pologne, excepté l’accès à ces séances et le whisky
« que l’on donne au dîner dans les camps de travail pour les jeunes » (p.
44). Les Allemands avaient couronné leur travail de contamination morale du
peuple polonais en établissant un vaste réseau de « casinos, de cabarets, de
salles de bal et de maisons de prostitution » (p. 44).
D'autre part, l’administration allemande en Pologne était extrêmement
corrompue. « L'ivrognerie est spectaculaire. Le vieux masque allemand de
rectitude appartient au passé. Il à été remplacé par un excès affiché de
vie et de plaisir et une détermination à devenir riche rapidement et à
n'importe quel prix » (p. 57).
L'exemple précédent confirme les soupçons qui existent a priori selon
lesquels l’information et la propagande qui circulaient clandestinement en
Pologne n'étaient pas objectives. De plus, si la résistance polonaise avait
été capable d'inventer un plan supposé de la part des Allemands pour l’extermination
biologique du peuple polonais, il faudrait admettre, mutatis mutandis, qu'elle
aurait été capable d'inventer également un plan allemand pour l’extermination
biologique du peuple juif. Plus concrètement, si la résistance polonaise
mentait et exagérait en ce qui concerne les informations générales, il est
très probable qu'elle mentait et exagérait également pour ce qui concerne les
informations relatives à Auschwitz. C'est la raison pour laquelle il convient,
de ce point de vue également, de considérer a priori comme suspects les
documents qui font l’objet de cette étude.
La seconde tâche que doit effectuer l’historien pour s'assurer de la
sincérité de l’auteur d'un document consiste à vérifier si celui-ci a usé
d'artifices littéraires dans le but d'embellir les faits, ou s'il a altéré
ces derniers du point de vue dramatique pour les rendre plus spectaculaires,
plus conformes aux goûts du public ou en accord avec une ligne de pensée
déterminée, comme par exemple une campagne de propagande. La règle est de
tenir pour suspecte une affirmation qui présente de l’intérêt d'un point de
vue artistique ou dramatique et de se méfier des récits très pittoresques et
très spectaculaires dans lesquels, par exemple, les personnages manifestent des
sentiments très nobles ou adoptent des attitudes très véhémentes.
On trouve dans les documents examinés une abondance de situations limites, de
scènes dramatisées à l’extrême, d'appels à la sensiblerie ou à des
sentiments d'horreur, quand il n’est pas question de faits tout bonnement
incroyables. On peut penser, en revanche, que si les actions d'anéantissement
de masse au moyen de gaz avaient réellement existé, leur description simple et
concise aurait été déjà assez horrible comme cela pour ne pas leur conférer
une plus grande tension dramatique par l’emploi d'artifices littéraires.
Nous avons réuni ci-dessous, à titre d'exemple et sans intention
d'exhaustivité, des affirmations contenues dans les documents et qui, selon
nous, sont peu ou pas dignes de foi en raison de ce qu'on peut appeler l’altération
dramatique de la réalité.
A cause du manque de gaz, les victimes sortaient de la chambre à gaz à demi inconscientes et étaient jetées encore vivantes dans les fours : « Dans le crématoire, le mur est ensanglanté car les hommes, étourdis sous l’effet du gaz, reprennent conscience dans le four et grattent le ciment avec les doigts pour se défendre face à la mort » (document n° 17).
Les Allemands dépouillaient leurs victimes de tous leurs biens avant que celles-ci n’entrent dans les chambres à gaz. Non contents de cela, et une fois terminé le processus d'extermination, ils fouillaient jusqu'à la moindre fente de chaque cadavre, sans oublier les plus intimes, à la recherche de bijoux et de métaux précieux : « Une équipe de dentistes examine avec précision les cavités orales de toutes les victimes, pour extraire les couronnes en or et en argent ; comme ils ont peu de temps, ils cassent toutes les mâchoires. Une autre équipe de "spécialistes" introduit les mains dans les vagins des cadavres des femmes pour rechercher des objets de valeur dissimulés. Seuls les cadavres examinés et vérifiés de cette manière vont à l’incinération » (document n° 30).
Les scènes d'extermination en masse des juifs sont si effrayantes que même parmi les SS, « il y a des cas d'effondrement nerveux ». Dans ces cas également, les soldats SS « vont au crématoire en même temps que les juifs » (document n° 31).
Tout est spectaculaire, exagéré et d'une cruauté raffinée dans les massacres de masse. Les fosses où l’on enterre les cadavres ont 4 kilomètres de long (document n° 10) ; les Allemands prévoient d'assassiner 1 200 000 juifs hongrois (documents n° 30 et 31) ; le record de personnes anéanties à l’aide de gaz en un jour est de 30 000 (document n° 24) ; un crématoire est tombé en panne pour « surchauffe » à force d'avoir trop brûler (document n° 30) ; les victimes ne sont pas simplement anéanties par le gaz, avant cela elles doivent subir d'« horribles tortures » (document n° 24) ; les fosses d'incinération - le « feu éternel » - brûlent un tel nombre de cadavres qu'« on n'y voit rien d'autre que des flammes » (document n° 24), qui produisent « de grandes fumées noires et épaisses [qui] sont visibles de loin » (document n° 30)
Il y a des récits où sont employés à profusion des
procédés littéraires qui appartiennent au pire genre mélodramatique. En voici
un exemple : « Il est impossible de décrire les scènes qui se produisent
[...]. De terribles pensées, de terribles visions [nous assaillent]
quand quatre mille enfants de moins de 10 ans (enfants du ghetto de
Theresienstadt en Tchéquie) traversent la Lagerstrasse en camions en direction
de la mort. Certains pleurent et appellent leur mère. Mais d'autres sourient au
passage et agitent leurs petites mains. Un quart d'heure après aucun d'entre
eux n’est plus en vie et les corps étourdis par le gaz [odurzone gazem]
brûlent dans d'horribles fours. Et de nouveau, qui croira ces scènes ? Et
cependant je garantis et j'affirme que cela s'est réellement passé et
j'appelle comme témoins les vivants et les morts .
[...] Etourdis par le gaz [...]. Oui, parce que le gaz est cher et que le "sonderkommando"
qui fait fonctionner la chambre mortelle l’administre avec beaucoup de
parcimonie. L'administration de la dose de gaz tue les individus faibles et, en
quelques brefs instants, endort les plus robustes [usypia silniejsze].
Ces derniers reprennent connaissance dans les wagonnets du crématoire et
sont précipités vivants dans le tourbillon de feu» (document n° 28).
2. 2 Critique d'exactitude
Avec la critique d'exactitude l’historien tente de
déterminer si l’auteur d'un document était bien situé pour observer.
L'idéal - qui ne se produit qu'exceptionnellement dans la pratique est que le
témoin du fait historique soit situé de manière qu'il observe avec
précision, qu'il n’ait aucun intérêt spécifique dans le fait observé,
aucun désir d'obtenir un résultat donné, ni aucune idée préconçue à ce
sujet. Il doit en outre prendre note de l’événement sur-le-champ, sous peine
de voir son souvenir s'estomper ou se mêler à d'autres dans sa mémoire. Bien
qu'il soit extraordinairement difficile de remplir ces conditions dans la vie
réelle, on considère qu'un récit ou une description sont a priori plus
exacts lorsqu'ils s'en approchent le plus.
Dans notre cas, étant donné que l’on ne connaît pas les auteurs des
documents, nous ne pouvons pas savoir comment ils ont travaillé et s'ils s'en
sont tenus aux règles citées, mais au vu des textes étudiés, l’on peut
légitimement douter qu'un témoin ait jamais réellement vu une chambre à gaz.
Si, par exemple, nous essayons de savoir simplement Comment était une
chambre à gaz, nous verrons que c'est à peine si les documents y font
allusion, et ces allusions seront, de plus, vagues et contradictoires. Pour
être précis, un document dit simplement qu' « elles [étaient] aménagées
en salles de douches, d'où sortait du gaz au lieu d'eau » (urzadzne sa
laznie z prysznicami, z ktorych niestety zamiast wody wydobywa sie gaz), et
qu'elles pouvaient contenir 1 200 personnes (document n° 7). Un autre document
signale qu'elles étaient dans des bâtiments « sans fenêtres, à double
ventail, fermées par des boulons, avec des installations d'introduction du gaz
et de ventilation » (bez okien, z podwojnymi drzwiami, dociskanymi srubami
oraz instalacjami do doprowadzenia gazu i wentylacji), et qu'elles
avaient une capacité de 700 personnes (document n° 8).
Enfin, un autre texte affirme qu'il y avait d'« énormes salles » (ogromnych
hal), pouvant contenir 1 500 personnes, avec des « petites fenêtres
» (male okienko), par lesquelles on lançait l’agent mortel (document
n° 27).
Si nous voulons savoir combien il y avait de chambres à gaz, nous sommes
face à un ensemble d'éléments contradictoires :
deux (documents n° 7 et n° 30) ;
cinq (document n° 8) ;
sept (document n° 27) ;
« plusieurs » (document n° 11).
Et si, pour finir, nous voulons savoir où elles étaient,
nous devons nous contenter de réponses ambiguës. En réalité, la seule
allusion se trouve dans le document n° 11 : « Il y avait deux lieux
d'empoisonnement [trucia] : dans le crématoire du camp (qui
pouvait contenir 400 personnes) et à Brzezinka, ou l’on a préparé à cette
fin plusieurs petites maisons dans le bois, d'une capacité considérable. »
Cette ambiguïté s'étend aux plans connus d'Auschwitz et de sa région
provenant de la résistance. Sur le plan reproduit dans l’annexe IIa [13], qui
ne porte pas de date, les chambres à gaz étaient situées dans un grand bois
(« Forest Brzezinka » ) contigu au camp de Birkenau (identifié sur le plan
comme « Rajsko » ). On ne donne pas de détails sur l’emplacement exact des
chambres à gaz ni sur leur nombre. Ce vague contraste avec la précision avec
laquelle l’auteur du document a situé et identifié les installations
principales, en particulier dans le camp d'Auschwitz.
Nous reproduisons dans l’annexe III un autre plan, cette fois du camp de
Birkenau [14]. Il n’est pas daté, mais, d'après les éléments qu'il
contient, on peut le dater de la seconde moitié de 1944. Néanmoins, ce plan,
qui contient des informations assez précises -comme l’emplacement des
toilettes et des cuisines dans le camp des femmes -, ne renferme aucune allusion
relative aux chambres à gaz.
3 Les documents de la résistance et la version véritable des faits
Il est très significatif que les détails relatifs aux
chambres à gaz et au processus d'extermination contenus dans les rapports de la
résistance ne correspondent pas à la version qui a eu cours après la guerre.
Et il ne s'agit pas de différences superficielles ou de nuances, produits
d'inévitables erreurs d'appréciation de la part des témoins. Non. La
divergence est radicale et affecte tous les aspects essentiels de la méthode
supposée d'extermination. En réalité, il n'existe aucun document de la
résistance, concernant le processus d'anéantissement en masse, qui soit
compatible avec la version qui à été diffusée après1945.
Nous exposons ci-dessous les divergences les plus significatives, classées en
quatre groupes. Par souci de commodité, nous appelons désormais thèse
officielle la version qui a eu cours après la guerre.
3. 1 Description des chambres à gaz
Source de la résistance : les chambres à gaz étaient
aménagées en salles de douches, « d'où sortait du gaz au lieu d'eau » (z
ktorych niestety zamiast wody wydobywa sie gaz) (document n° 7).
Thèse officielle : le gaz mortel n'émanait pas des douches. L'agent
toxique utilisé était un insecticide, le Zyklon B, un produit qui avait comme
support une terre de diatomées ou pulpe de bois traitée chimiquement. C'était
néanmoins un produit solide. On disséminait sur le sol le Zyklon B d'où se
dégageait, à une vitesse plus ou moins grande en fonction de la température,
de l’acide cyanhydrique, un gaz d'une grande toxicité [15].
Source de la résistance : après l’introduction du gaz
dans la chambre à gaz, la « mort a lieu par asphyxie, car le sang s'échappe
par le nez et par la bouche » (smierc nastepuje przez uduszenie, bo nosem i
ustami wydobywa sie krew) (document n° 7).
Pourtant le Zyklon B n'entraîne pas d'hémorragie. La mort a lieu par un
processus interne qui empêche l’apport d'oxygène aux cellules [16].
Source de la résistance : un document daté du 29 août
1942 indique que les cadavres des gazés étaient brûlés en plein air
(document n° 7).
Thèse officielle : la crémation de cadavres en plein air n'a pas
commencé avant la fin septembre 1942 [17].
Source de la résistance : « On décida de construire 5
nouvelles chambres [5 nowych komor] à Brzezinka [Birkenau],
à 7 kilomètres du camp. La construction prit fin en avril 1942. » Plus loin
on précise que les nouvelles chambres à gaz se trouvaient dans « cinq bâtiments » (piec budynkow) (document n° 8).
Thèse officielle : jusqu'en avril 1942 il n'y avait à
Birkenau qu'un seul édifice avec chambre à gaz. Il s'agissait d'une maison
campagnarde, adaptée à cette nouvelle fonction, qui reçut la dénomination de
Bunker n° 1, et qui entra en service le 20 mars 1942 [18]. Par la suite, le 30
juin 1942, un second bunker entra en service [19].
Source de la résistance : les chambres à gaz
mentionnées plus haut possédaient « des installations d'introduction du gaz
et de ventilation » (instalacjami do doprowadzenia gazu y wentylacji)
(document n° 8).
Thèse officielle : d'après les mémoires de Rudolf Höss, ancien
commandant d'Auschwitz, dans l’unique chambre à gaz qu'il y avait à Birkenau
à ces dates, il n'y avait pas d'installations pour introduire le gaz et
ventiler, mais simplement des « lucarnes spéciales » (besondere Luken)
[20].
Source de la résistance : après l’exécution dans les
chambres à gaz de Birkenau, les cadavres étaient jetés «par une ouverture [przez
otwor] et brûlés sur un bûcher [i pali na stosie] ». Selon
le contexte, ces actions se produisirent avant septembre 1942 (document n° 24).
Thèse officielle : il n'y a aucune trace de cette ouverture. Dans les
chambres à gaz existant à Birkenau à ces dates, les cadavres étaient sortis
par la porte et emportas vers les fosses de crémation au moyen de wagonnets qui
roulaient sur la voie d'un chemin de fer étroit [21].
Source de la résistance : « [O]n oblige les condamnés
à prendre un bain avant qu'ils n'entrent dans la chambre à gaz » (document
n° 24).
Thèse officielle : il n'existe pas de preuve à ce sujet. C'est absurde.
Les condamnés entraient dans la chambre à gaz en croyant qu'ils allaient
prendre un bain.
Source de la résistance : les victimes entraient « dans
d'énormes salles [do ogromnych hal], où avait lieu la désinfection ».
« Il y avait sept de ces salles [Hal tych bylo siedem], chacune d'elles
pouvait contenir environ 1 500 personnes. Après avoir rempli les salles de
gens, on vidait l’air [wypompowywano powietrze] et aussitôt, par de
petites fenêtres, on lançait du kreuzolit au milieu du local de désinfection.
Après trois à cinq minutes, les personnes qui se trouvaient à l’intérieur
étaient mortes. A proximité [W poblizu] se trouvaient sept fours [siedem
piecow] pour brûler les corps, chaque four avait sept ouvertures [siedem
otworow] pour l’introduction des cadavres. Le processus de crémation
durait à peine quelques secondes [kilka sekund] » (document n° 27).
Thèse officielle : la méthode utilisée dans les différents endroits
d'Auschwitz et de Birkenau où l’on effectuait l’extermination n'a aucune
ressemblance avec celle qui est décrite dans ce document. Il n'y avait pas sept
salles, on ne vidait pas l’air, on n'utilisait pas de « kreuzolit » (?), il
n'y avait pas sept fours, chaque four n'avait pas sept ouvertures, la crémation
ne durait pas quelques secondes [22].
Source de la résistance : pendant la période
d'anéantissement des juifs déportés de Hongrie au printemps 1944, les « deux
chambres à gaz » (obie komory gazowe) travaillaient sans interruption
(document n° 30).
Thèse officielle : à cette période fonctionnaient au moins huit
chambres à gaz, situées dans quatre crématoires [23].
Source de la résistance : « Entre le massacre de chaque
lot [dans la chambre à gaz] il n'y a qu'une interruption, qui est
nécessaire pour enlever les cadavres, jetés dans une chambre située à côté
[na druga strone komory], que ceux qui sont destinés à mourir ne voient
pas » (document n° 30).
Thèse officielle : cette « chambre située à côté », invisible pour
ceux qui étaient destinés à mourir, n'existait pas dans les installations
homicides de Birkenau. Dans les crématoires II et III, l’unique salle
contiguë à la chambre à gaz était une antichambre (Vorraum), qui
était le lieu de passage obligé pour les envois successifs de victimes [24].
Dans les crématoires IV et V, les seuls locaux adjacents aux chambres à gaz
étaient un vestibule, par où devaient également nécessairement passer les
victimes destinées à la mort, et un petit charbonnier [25].
Source de la résistance : la crémation des cadavres des
juifs hongrois se produisait, outre dans quatre crématoires et sur des bûchers
de plein air, dans une « briqueterie » (cegielnia) (document n° 30).
Thèse officielle : il n'y a pas de preuve de l’existence de cette
briqueterie.
3. 2 Actions d'extermination en masse à l'aide de gaz rapportées dans les documents et qui n’ont pas été reconnues par la thèse officielle
Source de la résistance : début octobre 1941, 850
prisonniers russes furent conduits à Auschwitz pour y être exterminés par le
gaz (document n° 1).
Thèse officielle : il n'y a aucune trace, à cette date, relative à cet
événement ou à l’arrivée de prisonniers russes [26].
Source de la résistance : 500 prisonniers soviétiques
furent empoisonnés par le gaz dans un abri en béton entre le ler et le 15
décembre 1941 (document n° 4).
Thèse officielle : il n'existe pas non plus de preuve de cet événement
[27].
Source de la résistance : la première utilisation des
chambres à gaz s'est produite en juin 1941, quand on a anéanti 1 700 malades
incurables (document n° 8).
Thèse officielle : la première action d'extermination à l’aide de
gaz à Auschwitz, eut lieu, à titre d'essai, à la fin du mois d'août 1941.
Les victimes furent des prisonniers de guerre russes [28].
3. 3 L'agent toxique
Selon les sources de la résistance, on utilisait soit du « gaz de guerre » (gazu bojowego) (documents n° 1 et 4), soit du « kreuzolit » (document n° 27), soit de l’acide prussique (kwas pruski) (document n° 31). Selon la thèse officielle, en revanche, l’unique agent toxique utilisé était le Zyklon B. Il est significatif que ce produit ne soit pas cité une seule fois dans les documents étudiés.
3. 4 Autres méthodes d'extermination décrites dans les documents de la résistance et qui n’ont pas été reconnues par la thèse officielle
Le Hammerluft ou Lufthammer. Terme
formé avec les mots allemands Hammer - marteau - et Luft - air.
Il s'agissait d'un procédé établi pour tuer les condamnés à mort envoyés
à Auschwitz par la Gestapo (document n° 5).
Il existe deux versions différentes en ce qui concerne son mode de
fonctionnement. Selon la première, on conduit la victime vers le lieu
d'exécution où l’on place par derrière « le canon du fusil à air » (powietrznej
strzelby). Ensuite, on fait feu et le « marteau frappe à la base du
crâne et l’air comprimé détruit tout le cerveau » (mlot uderza w
podstawe czaszki, a sprezone powietrze miazdzy caly mozg) (document
n° 12).
D'après la seconde version, il s'agissait d'un « marteau à air » (mlot
powietrza) qui était installé dans « des chambres spéciales où le
marteau tombait du plafond et, à l’aide d'une installation spéciale, les
victimes trouvaient la mort sous la pression de l’air » (document n° 19).
Les chambres électriques et les bains électriques. Les chambres é1ectriques « possédaient des parois en métal, on faisait entrer les victimes et l’on activait alors un courant électrique de haute tension » (mialy metalowe sciany, wprowadzano do nich ofiary i puszczano prad o wysokim napieciu) (document n° 19). Une autre source rapporte que, outre les chambres électriques, on exécutait également « dans des bains électriques » (w lazni elektrycznej) (document n° 9).
La décapitation (przez sciecie) (document n° 21).
Un document rapporte que les Allemands faisaient des essais de « gazage en plein air [gazowaniem na wolnym powitrzu], non dans une chambre, à des fins militaires » (document n° 22). Et un autre affirme que les grandes baraques du camp où on logeait les Polonais étaient minées : « On dit que sous le sol se trouvent deux gros tubes en métal, qui courent parallèlement le long de la baraque et sont reliés à des conduites électriques qui vont à la Politische Abteilung [Section Politique] dans le bloc n° 11 » (document n° 29).
4 Conclusions
Il convient, selon nous, de tirer deux conclusions des pages
précédentes.
La première est que les documents de la résistance polonaise relatifs aux
chambres à gaz d'Auschwitz ne résistent pas à la critique. Ils ne résistent
pas à la critique externe car non seulement la quasi-totalité des auteurs de
ces documents étaient inconnus durant l’occupation allemande, ce qui est
logique, mais ils ont également gardé l'anonymat de nombreuses années après
la guerre, ce qui s'explique plus difficilement. Il est en outre manifeste qu'un
nombre considérable de documents, soit proviennent de sources de seconde main,
soit recueillent des racontars et des rumeurs, soit falsifient l’identité de
ses auteurs (comme dans le cas du fonctionnaire SS du bureau du camp). L'on a
constaté également, grâce à la critique de provenance, que de nombreux
documents étaient apparentés et que leur degré de parenté va de la
reproduction quasi littérale à la mention de quelques phrases, d'un tour
idiomatique ou d'un lieu commun. Il est tout aussi évident que les événements
qui sont décrits dans différents documents (c'est le cas de l’anéantissement
des prisonniers dans le bunker et de l’extermination des juifs hongrois)
proviennent d'une source unique. Au vu de tout cela, et à la lumière d'une
critique externe rigoureuse, la conclusion est que l’authenticité de la
plupart de ces documents est suspecte.
On peut dire la même chose en ce qui concerne la critique interne. On ne peut
accorder foi à la sincérité des auteurs. En effet, d'un côté les conditions
se trouvent réunies pour qu'on puisse s'attendre de leur part à des
affirmations mensongères, de l’autre les artifices et les figures de
rhétorique abondent, typiques de ces cas dans lesquels se produit la
déformation dramatique de la vérité. De plus, d'après le vague et les
contradictions de ces documents, il convient de s'interroger honnêtement sur
l'existence de témoins oculaires des chambres à gaz.
En définitive, si l'analyse critique conduit à décomposer les documents en
affirmations, accompagnées de commentaires sur l’identité de leurs auteurs
et sur la probabilité de sincérité de leurs affirmations et d'exactitude de
leurs descriptions, nous constatons que les documents étudiés sont
probablement apocryphes, probablement mensongers et probablement inexacts. C'est
la raison pour laquelle il ne serait pas pertinent - dans le cadre d'une
méthodologie historique rigoureuse - de fonder l'existence de chambres à gaz
homicides à Auschwitz sur ces documents. L'attitude correcte serait en revanche
de les rejeter comme des inventions [como ilusorias].
La seconde conclusion, qui est à notre avis la plus importante, vient du fait
que les récits des documents de la résistance ne s'accordent pas avec la
version des faits diffusée après 1945 par les tenants de ce que nous avons
appelé la thèse officielle. Il est alors légitime de supposer que les
descriptions des chambres à gaz et du processus de l'extermination reflétées
dans les documents de la résistance ne s'appuient pas sur des observations
réelles mais ont été conçues au dehors par des personnes qui ne
connaissaient pas l'emplacement et la disposition intérieure des locaux où l’on
disait, après la guerre, que se produisait l'extermination. Il est très
significatif en ce sens que deux aspects centraux de la thèse officielle, l’emploi
de Zyklon B et l'emplacement des chambres à gaz à l’intérieur des bâtiments
qui abritaient les fours crématoires (crématoires II, III IV et V de
Birkenau), n’ont jamais été mentionnés dans les documents de la
résistance. En bonne logique, et si l’on s'en tient à la thèse officielle,
l'explication la plus convaincante de cette discordance serait que les rapports
de la résistance polonaise ont été inventés. Cette conclusion se confirme
par le fait que les chambres à gaz apparaissent dans des rapports de la
résistance au côté de méthodes d'extermination qui, selon la même thèse
officielle, n’ont jamais existé (« Hammerluft », « chambres électriques
», etc.).
Ceci étant dit, il convient à présent de trouver une explication et de
répondre à la question suivante : pourquoi les organisations de la résistance
ont-elles été incapables de fournir des informations exactes sur les chambres
à gaz et se sont-elles vues dans la nécessité de faire oeuvre d'imagination ?
Il faudrait en conclure, conformément à la thèse officielle, que les actions
d'extermination massives au moyen de chambres à gaz se sont effectivement
produites mais qu'elles n'étaient connues en détail que d'un petit groupe de
personnes, à savoir les membres du Sonderkommando qui travaillaient dans
les crématoires et étaient chargés de transporter les cadavres et de les
incinérer. Le Sonderkommando était isolé du reste des détenus et ses
membres étaient anéantis et remplacés périodiquement. De cette manière,
selon cette interprétation, seules auraient filtré de vagues rumeurs des
exécutions massives par le gaz, mais pas le modus operandi, ni l’emplacement
exact des chambres à gaz, ni leur disposition intérieure, ni leur nombre, ni l’agent
toxique utilisé. En somme, les membres de la résistance à l’intérieur
d'Auschwitz auraient donné libre cours à leur imagination autour d'un fait
certain. Finalement, à la libération du camp, en 1945, les autorités
soviétiques et polonaises seraient parvenues à mettre au jour tous les
détails grâce à l’étude des plans, à l’inspection des lieux, aux
confessions des SS capturés et aux témoignages des rares membres survivants du
Sonderkommando.
Cette hypothèse est selon nous insoutenable. Il est inconcevable que la
résistance polonaise, qui s'était infiltrée dans les centres névralgiques du
camp et qui comptait de nombreuses voies de contact avec l’extérieur [29],
ait ignoré tous les détails d'un massacre quotidien de plusieurs milliers de
personnes qui se produisait sous leurs yeux. Pour prendre un seul exemple, même
en supposant que l’isolement du Sonderkommando fut aussi hermétique
qu'on l’a dit, n’importe qui pouvait voir qu'il entrait quotidiennement dans
les enceintes des crématoires des milliers de personnes qui ne ressortaient
pas. Les photographies conservées permettent de vérifier que les quatre
crématoires de Birkenau étaient parfaitement visibles du reste du camp, dont
ils n'étaient séparée que par une ligne de barbelés [30]. Cependant, comme
nous l’avons déjà indiqué, aucun document ne mentionne que les chambres à
gaz étaient situées dans les crématoires.
Selon une seconde hypothèse, les chambres à gaz homicides d'Auschwitz seraient
un bobard de la propagande créé en 1941 par la résistance polonaise. Dans les
pages qui précèdent nous avons montré que la plupart des documents étudiés
ont été diffusés - et peut-être également créés - par des organisations
d'information et de propagande de la résistance. Nous avons exposé également
comment la résistance diffusait de faux rapports sur les activités et les
intentions des Allemands en Pologne, comme par exemple le plan d'extermination
physique du peuple polonais. Enfin, nous avons vu aussi comment on mettait en
circulation des informations sur les méthodes d'extermination à Auschwitz qui,
nous le savons aujourd'hui, n’ont jamais existé. Par conséquent, il est
parfaitement logique de supposer que les chambres à gaz ont été une nouvelle
invention des services d'information et de propagande de la résistance
destinée à discréditer l’occupant allemand.
Ce serait, à vrai dire, l’explication la plus raisonnable et qui
s'accorderait avec une méthodologie historique rigoureuse.
Il convient, pour finir, de risquer une hypothèse sur l’origine du mythe des
chambres à gaz d'Auschwitz. Il s'agirait ainsi de savoir pourquoi la propagande
polonaise a choisi le gaz comme méthode d'exécution dans les prétendues
massacres présumés d'Auschwitz.
Probablement la cause fut la méfiance qui existait au commencement de la
seconde guerre mondiale quant à l’emploi massif possible de gaz toxiques par
les belligérants, aussi bien sur le front que contre les populations civiles.
Cette possibilité était présente dans l’esprit de beaucoup de gens à cette
époque. La crainte venait sans doute des souvenirs de l’utilisation des gaz
durant la première guerre mondiale, au cours de laquelle ils provoquèrent des
effets dévastateurs. Cette situation d'angoisse aurait pu se reproduire en juin
1941 quand le conflit germano-soviétique a éclaté.
Il existe des indices dans les documents polonais de cette époque qui
accréditent cette hypothèse. Dans une brochure consacrée à Auschwitz et
publiée à Londres, on décrit l’enlèvement de cadavres après une
exécution au moyen de gaz. L'événement rappelait une scène de la première
guerre mondiale à l’un des porteurs de cadavres : « L'un des fossoyeurs, qui
portait un cadavre dans ses bras pour le jeter sur la charrette, contempla le
visage gris verdâtre [the greenish-grey face] pendant un moment. Il y a
des années, j'ai vu des visages semblables : [c'était dans] une
tranchée déserte avec des cadavres de soldats. La même pâleur fantasmatique
[ghostly pallor]. C'est la décoloration [due au] gaz
poison » [31]. De plus, et c'est significatif, la première allusion à l’utilisation
de gaz à des fins homicides se produit en octobre 1941, quatre mois après le
début de la guerre germano-soviétique. A cette occasion l’on aurait anéanti
850 prisonniers de guerre russes et l’agent toxique serait un « nouveau type
de gaz de guerre » (document n° 1).
Par la suite, la résistance polonaise aurait maintenu que le gaz était la
méthode d'anéantissement, tout en étendant son champ d'application à toutes
les catégories de détenus et en particulier aux juifs déportés.
Enfin, après la libération du camp en 1945, les autorités soviétiques et
polonaises, décidées à maintenir le bobard, remplacèrent le « gaz de guerre
» inexistant par l’insecticide Zyklon B, abondamment utilisé par les
Allemands pour faire front aux épidémies de typhus successives qui ravageaient
le camp [32]. Et c'est ainsi, probablement, que le mythe créé en 1941 aurait
fini par adopter la forme sous laquelle il est connu aujourd'hui.
Enrique AYNAT, « Le gouvernement polonais en exil et Auschwitz, d'après le périodique Polish Fortnightly Review, 1940-1945 », Revue d'histoire révisionniste, n° 5, novembre 1991, p. 30-70.
Eugeniusz DURACZYNSKI, « Delegatura », Encyclopedia of the Holocaust, 1, New York, Macmillan, 1990, p. 356-357.
Zeszyty oswviecimskie [Cahiers d'Oswiecim] (Panstwowego Muzeum Oswiecimiu), numer specjalny (I), (1968), XXXIII + 194.
Obóz, p. XIV.
Charles-Victor LANGLOIS et Charles SEIGNOBOS, Introduction aux études historiques, Paris, Hachette, 1898.
Obóz, p. 11.
Idem, p. 50.
Idem, p. 93.
Idem, p. 110.
Idem, p. IX.
On trouvera dans l'ouvrage de Carlo MATTOGNO, Auschwitz : la prima gasazione (Padoue, Edizioni di Ar, 1992), une étude approfondie de cette action homicide présumée.
Hoover Institution Archives, Poland, Ambasada (U.S.), Box 29. Porte l'indication : « Strictly Confidential. »
Provenant du gouvernement polonais en exil. Porte une note de présentation de la Jewish Agency for Palestine datée du 18 août 1944. Public Record Office, FO 371/42806.
« Plan d'orientation du camp d'Auschwitz 2-Birkenau », Polish Underground Movement ( 1939-1945) Study Trust ; aucune cote n’est donnée.
Franciszek PIPER, « Extermination », Auschwitz. Camp hitlérien d'extermination, Varsovie, Interpress, 1986, p. 117 et suivantes. On peut trouver des détails relatifs au Zyklon B dans la brochure Zyklon for Pest Control, Francfort, Degesch, s.d.
Zyklon for Pest Control, p. 6.
Franciszek PIPER, « Extermination », art. cité, p. 121-122.
Danuta CZECH, Kalendarium der Ereignisse im Konzentrationslager Auschwitz-Birkenau, Reinbek bei Hamburg, 1989, p. 239.
Idem, p. 239.
Rudolf HOESS, Kommandant in Auschwitz, Munich, DTV, 1989, p. 160.
Franciszek PIPER, « Extermination », art. cité, p. 120.
Idem, p. 119-134.
Robert FAURISSON, Mémoire en défense contre ceux qui m'accusent de falsifier l'histoire, Paris, La Vieille Taupe, 1980, p. 153-156 (reproduction d'une lettre du directeur du Musée d'Etat d'Oswiecim, K. Smolen).
Jean-Claude PRESSAC, Technique and Operation of the Gas Chambers, New York, The Beate Klarsfeld Foundation, 1989, p. 284-285.
Idem, p. 399.
Danuta CZECH, Kalendarium, op. cit., p. 125-128. Les pages citées correspondent aux dix premiers jours d'octobre 1941.
Idem, p. 149-155.
Idem, p. 115-116.
Enrique AYNAT, « Le gouvernement polonais en exil et Auschwitz, d'après le périodique Polish Fortnightly Review, 1940-1945 », art. cité, p. 37-44.
L'Album d’Auschwitz, [Paris], Seuil, 1983, passim.
The Camp of Death, Londres, Liberty Publications, 1944, p. 23.
II existe deux précédents de la propagande au sujet de l'utilisation de Zyklon B comme agent homicide. Le premier concerne Auschwitz et correspond à un rapport qui aurait été rédigé par deux jeunes juifs slovaques évadés du camp le 7 avril 1944. Ce rapport fut diffusé par des membres de la communauté juive de Slovaquie (voir : Enrique AYNAT, Los « Protocolos de Auschwitz » : una fuente historica ?, Alicante, Garcia Hispan, 1990). Le second concerne le camp de concentration de Majdanek, libéré par les Soviétiques en juillet 1944. Dans une brochure d'origine soviétique publiée à Londres en 1944 on indique que le Zyklon B était utilisé dans une chambre à gaz homicide (Konstantin SIMONOV, The Death Factory near Lublin, Londres, Daily Worker League, [1944], p. 9-11)
Bibliographie
- AYNAT, Enrique, Los « Protocolos de Auschwitz » : una
fuente historica ? Alicante, Garcia Hispan, 1990, 233 p.
- AYNAT, Enrique, « Le gouvernement polonais en exil et
Auschwitz, d'après le périodique Polish Fortnightly Review, 1940-1945
», Revue d'histoire révisionniste [Colombes], n° 5, novembre 1991,
30-70.
- CZECH, Danuta, Kalendarium der Ereignisse im
Konzentrationslager Auschwitz-Birkenau, Reinbek bei Hamburg, Rowohlt, 1989,
1 059 p.
- DURACZYNSKI, Eugeniusz, « Delegatura », Encyclopedia
of the Holocaust, vol. 1., New York, Macmillan, 1990, 356-357.
- FAURISSON, Robert, Mémoire en défense contre ceux qui m'accusent de
falsifier l'histoire, Paris, La Vieille Taupe, 1980, 277 p.
- HOESS, Rudolf, Kommandant in Auschwitz [12e édition], Munich, DTV,
1989, 189 p.
- L'Album d'Auschwitz. D'après un album découvert par Lili Meier survivante
du camp de concentration, Paris, Seuil, 1983, 221 p.
- LANGLOIS, Charles-Victor et SEIGNOBOS, Charles, Introduction aux études
historiques, Paris, Hachette, 1898, XVIII-308 p.
- MATTOGNO, Carlo, Auschwitz: la prima gasazione, Padoue, Edizioni di Ar,
1992, 190 p.
- PIPER, Franciszek, « Extermination », Auschwitz. Camp hitlérien
d'extermination, Varsovie, Interpress, 1986, 91-139.
- PIPER, Franciszek, « Estimating the Number of Deportees to and Victims of the
Auschwitz-Birkenau Camp », Yad Vashem Studies [Jerusalem], XXI, 1991,
49-103.
- PRESSAC, Jean-Claude, Technique and Operation of the Gas Chambers, New
York, The Beate Klarsfeld Foundation, 1989, 564 p.
- SIMONOV, Konstantin, The Death Factory near Lublin, Londres,
Daily Worker League, [1944], 34 p.
- The Camp of Death, Londres, Liberty Publications, juillet 1944,
38 p.
- Zyklon for Pest Control, Francfort, Degesch, [s.d.], 27 p.
Annexe I
Documents
Les documents - en réalité les fragments de documents - que
nous reproduisons ci-dessous sont classés par ordre chronologique. Chaque
document est précédé de quelques notes qui nous indiquent s'il a été
publié ou s'il est inédit. Lorsqu'il a été publié, nous précisons
l'ouvrage dans lequel il l’a été. Dans l'immense majorité des cas, les
documents ont été publiés dans Obóz. Lorsqu'un document est toujours
inédit, nous indiquons l'archive et la cote. Par en-tête il faut entendre les
chiffres ou les codes d'identification des cellules qui obtinrent ou
diffusèrent l'information ou la publication clandestine où l’on a recueilli
le renseignement. Dans le cas de publication clandestine, il s'agit toujours de Informacja
biezaca [Information courante], bulletin interne de l’Armia
Krajowa.
Après les notes figure l'original du texte en polonais suivi de sa traduction.
Document n° 1
Publié.
Publication : Obóz, p. 11.
Date : 24 octobre 1941.
En-tête : 1631.
Titre: -
« [...] W Oswiecimiu w poczatkach pazdziernika
przywieziono 850 oficerow i podoficerow rosyjskich (jencow) i zastosowano do
nich smierc gazowa, jako probe nowego typu gazu bojowego, ktory ma bye uzyty na
froncie wschodnim. »
« [...] 850 officiers et sous-officiers russes (prisonniers)
furent conduits à Oswiecim au début du mois d'octobre et on leur a appliqué
la mort par le gaz, pour essayer un nouveau type de gaz de guerre qui doit être
utilisé sur le front de l’Est. »
Document n° 2
Publié.
Publication : Obóz, p. 14.
En-tête : -
Date : 15 novembre 1941.
Titre : Rapport sur la situation pendant la période du 15. VIII au 15.XI.1941.
« [...] Obóz byl widownia ohydnej zbrodni, gdy w nocy z
5 na 6.IX wtoczono do bunkra ok. 600 wieznibw sowieckich m. in. "politrukow"
z armii, oras ok. 200 Polakow - i po uszczelnieniu bunkra wytruto ich gazem, à
ciala wywieziono do krematorium i spalono. »
« [...] Le camp fut spectateur d'un crime odieux lorsque,
dans la nuit du 5 au 6 septembre, on a fait entrer dans le bunker environ 600
prisonniers soviétiques, en majorité des "politrucs" de l’armée,
ainsi qu'environ 200 Polonais, et qu'on les a empoisonnés avec du gaz dans un
bunker hermétique, les corps ayant été transportés au crématoire et
brûlés. »
Document n° 3
Publié.
Publication : Obóz, p. 14.
Date : 17 novembre 1941.
En-tête : 1631. Informacja biezaca 21.
Titre : -
« [...] Oswiecim. Potwierdzaja sie wiadomosci o
ponurej zbrodni, dokonanej w obózie. W nocy z 5 na 6 wrzesnia 41 r. wtloczono
do bunkra w Oswiecimiu ok. 600 przywiezionych cywilnych jencow sowieckich,
lamiac dragami rece i nogi. Dolaczono ok. 250 Polakow. Uszczelniono wszystkie
otwory bunkra i zamknietych gazami. Ciala wytrutych wywieziono noca na 80 wozach
do krematorium, gdzie zostaly spalone. »
« [...] Oswiecim. Les informations sur un sombre crime
effectué dans le camp se confirment. Dans la nuit du 5 au 6 septembre de
l'année 1941, on a fait entrer dans le bunker d'Oswiecim environ 600
prisonniers civils soviétiques, en leur brisant les mains et les pieds avec des
barres. On y a ajouté quelque 200 Polonais. Une fois que les ouvertures du
Bunker eurent été fermées et rendues hermétiques, ils ont été gazés. Les
corps de ceux qu'on a gazés ont été transportés pendant la nuit en 80
charretées au crématoire, où ils ont été brûlés. »
Document n°4
Publié.
Publication : Obóz, p. 16.
Date : 15 décembre 1941.
En-tête : -
Titre : Ajouté à l’annexe n° 21 de la période 1 - 15.XII.1941.
« [...] Za pomoca gazu bojowego wytruto w betonowym
schronie ok. 500 jencow. »
« [...] A l’aide d'un gaz de guerre, environ 500
prisonniers [soviétiques] ont été empoisonnés dans un abri en
béton. »
Document n° 5
Publié.
Publication : Obóz, p. 32.
Date : juin 1942.
En-tête : -
Titre: Oswiecim.
« [...] 7) Sposobow mordowania jest bardzo wiele,
a wiec rozstrzelania przy pomocy plutonu honorowego, mordowanie mloten
powietrnym (Hammerluft), a ostatnio gazowanie w komorach gazowych. Peirwszym i
drugim sposobem morduja wiezniow z wyrokow smierci przesylanych przez Gestapo,
trzecim - chorych niezdolnych do pracy i transporty, ktore juz z takim przeznac
zeniem przyjezdzaja (bolszewicy i ostatnie transporty Zydow). »
« [...] 7) Les méthodes d'anéantissement sont nombreuses,
on fusille avec des pelotons [d'exécution], on anéantit avec un marteau
pneumatique (Hammerluft), et, dernièrement, on intoxique avec du gaz dans les
chambres à gaz. La première et la deuxième [méthodes] anéantissent
les condamnés à mort envoyés par la Gestapo, la troisième les malades
incapables de travailler et les convois qui arrivent précisément dans ce but
(bolcheviques et dernièrement convois de juifs). »
Document n° 6
Publié.
Publication : Polish Fortnightly Review, n° 47, p. 2.
Date : ler juillet 1942.
En-tête : -
Titre : Documents de Pologne. Tentatives allemandes pour assassiner une nation. La prison de Pawiak à Varsovie et le camp de concentration d'Oswiecim.
[L'original en polonais n'a pas été localisé.]
« [...] Tout le monde sait que durant la nuit du 5 au 6
septembre de l'année dernière environ mille personnes ont été conduites [were
driven down] dans l’abri souterrain [to the underground shelter] à
Oswiecim, parmi lesquelles sept cent prisonniers de guerre bolcheviques et trois
cents Polonais. Comme l’abri était trop petit pour contenir ce grand nombre [de
personnes], les corps furent simplement introduits de force, sans
qu'on se soucie des os brisés [regardless of broken bones]. Quand
l'abri a été plein, on a injecté du gaz à l’intérieur [gas was
injected into it] et tous les prisonniers sont morts pendant la nuit.
Toute la nuit, le repos du camp fut troublé par les gémissements et les
hurlements [groans and howls] qui venaient de l’abri. Le
lendemain, d'autres prisonniers durent emporter les corps, tâche qui prit toute
la journée. Une charrette à bras [hand-cart] sur laquelle on ramassait
les corps s'est rompue sous le poids [broke down under the weight.] »
Document n° 7
Publié.
Publication : Obóz, p. 43.
Date : 29 août 1942.
En-tête : -
Titre : Lettre écrite au camp d'Oswiecim.
« [...] Najgrozniejsze sa egzekucje masowe przy pomocy
gazu w komorach specjalnie na ten cel pobudowanych. Jest ich dwie i moga
pomiescic 1 200 ludzi. Urzadzone sa laznie z prysznicami, z ktorich
niestety zamiast wody wydobywa sie gaz. Traci sie w ten sposob przewaznie cale
transporty ludzi, ktorzy nie sa na to przygotowani. Mo sie im, ze ida do lazni,
nawet daje sie reczniki - tym sposobem przeszlo juz 300 tysiecy. Kiedys
zakopywano w rowach, dzis pala na wolnym powietrzu, w rowach specjalnie
wykopanych. Smierc nastepuje przez uduszenie, bo nosem i ustami wydobywa sie
krew. »
« [...] Le plus terrible sont les exécutions massives au
moyen de gaz dans des chambres spécialement construites à cette fin. Il y en a
deux qui peuvent contenir 1 200 personnes. Elles sont aménagées en salles de
douches, d'où sortait du gaz au lieu d'eau. C'est de cette façon que sont
souvent exécutés des convois entiers de gens qui ne s'y attendent pas. On dit
que lorsqu'ils vont au bain on leur offre même des serviettes, déjà plus de
300 000. Auparavant ils étaient enterrés dans des fosses, maintenant ils sont
brûlés en plein air, dans des fosses creusées spécialement. La mort a lieu
par asphyxie car le sang s'échappe par le nez et par la bouche. »
Document n° 8
Publié.
Publication : Obóz, p. 48.
Date : 10 octobre 1942.
En-tête : D.I.
Titre : Rapport sur la situation dans le pays pour la période 26.VIII - 10.X.1942.
« [...] Komory gazowe. Pierwsze uzycie komor gazowych
nastapilo w czerwcu 1941 roku. Uformowano transport z 1 700 nieuleczalnie
chorych i "urzedowo" wyslano ich do sanatorium w Dreznie, faktycznie
zas do budynku, przebudowanego na komore gazowa. Budynek jadnak okazal sie za
maly i niepraktyczny. Postanowiono zbudowac 5 nowych komor w Brzezince, odledlej
o 7 km od obozu. Budowe ukonczono w kwietniu 1942 r. Te 5 komor - to piec
budynkow bez okien, z podwojnymi drzwiami, dociskanymi srubami oraz instalacjami
do doprowadzenia gazu i wentylacji ; kazdy budynek obilczony jest na 700 osob.
Miedzy budynkami przeprowadzone sa szyny kolejki, ktora odwozi sie trupy do
rowow, kopanych w pobliskich lasach. Gazowanie 3 500 ludzi, lacznie ze
wszystkimi czynnosciami wstepnymi i koncowymi, trwa 2 godziny. Gazowano glownie
jencow bolszewickich y zydow. Sposrod Polakow - przede wszystkim nieuleczalnie
chorych. W raportach kierowanych z obozu do berlina nie podaje sie cyfr
zagazowanych. »
« [...] Chambres à gaz. La première utilisation des
chambres à gaz eut lieu en juin 1941. On constitua un convoi de 1 700 malades
incurables et, "officiellement", on les envoya dans un sanatorium à
Dresde, mais, en fait, ils se dirigèrent vers un bâtiment reconstruit comme
une chambre à gaz. Le bâtiment se révéla néanmoins petit et peu pratique.
On décida de construire 5 nouvelles chambres à Brzezinka, à 7 km du camp. La
construction prit fin en avril 1942. Il y a 5 chambres, cinq bâtiments sans
fenêtre, à double ventail, fermées par des boulons, avec des installations
d'introduction du gaz et de ventilation ; chaque bâtiment est prévu pour 700
personnes. Entre les bâtiments il y a des rails de train par lesquels sont
emportés les cadavres vers les fosses, creusées dans des bois à proximité.
Intoxiquer avec du gaz 3 500 personnes, avec tous les travaux de préparation et
de finition, dure 2 heures. On intoxique avec du gaz principalement les
prisonniers bolcheviques et les juifs. Parmi les Polonais, avant tout les
malades incurables. Dans les rapports du camp adressés à Berlin, on ne donna
pas de chiffre des gazés. »
Document n° 9
Publié.
Publication : Obóz, p. 52.
Date : 23 octobre 1942.
En-tête : 163-A/1. Informacja Biezaca n° 39 (64).
Titre : -
« […] Do 15. VIII oficjalna "ksiega zmarlych"
liczyla 18 000 spalonych. Lecz poza to liczba oficjalna (wiezniowie z Polski i
Rzeszy) zginely tysiace Zydow z Polski, Francji, Holandii i Niemiec, dalej
Serbowie, Czesi, Slowacy, Wegrzy, nawet Wlosi, dalej pewna liczba "wysiedlencow"
polskich, wreszcie jency rosyjscy : tych przybylo w ciagu 1941 r. ok. 60 tys. i
nikt nie ocalal : probowano na nich dzial ania gazow bojowych. Majatek
zagrabiony w obozie Zydom z Francji i Holandii przekracza 60 milionow RM
wartosci przedwojennej, stanowi go zloto i klejtoni. Wedlug relacji SS-mana
zatrudnionego przy komorach elektr. dzienna liczba tych ofiar nieoficjalne
wynosi co nocy 2 500 Traceni sa lazni elektrycznej i w komorach gazowych. Psy
obozowe zgladzily tez wielka liczbe ofiar. »
« [...] Jusqu'au 15.VIII le "livre des morts"
enregistrait officiellement 18 000 incinérés. Mais, en dehors de ces chiffres
officiels (prisonniers de Pologne et du Reich), des milliers de juifs de
Pologne, de France, de Hollande et d'Allemagne sont morts, en plus des juifs
serbes, tchèques, slovaques, hongrois, même italiens, en plus sûrement d'un
certain nombre de Polonais "déplacés" et enfin des prisonniers
russes : environ 60 000 sont arrivés tout au long de 1941 et aucun n’en a
réchappé : ils ont tous subi l’action des gaz de guerre. Les biens - or et
bijoux - confisqués dans le camp aux juifs de France et de Hollande dépassent
les 60 millions de RM d'avant la guerre. Selon un rapport d'un SS en fonction
[sur place], le nombre de victimes non officielles dans les chambres
électriques s'élève à 2 500 chaque nuit. Les exécutions ont lieu dans des
bains électriques et dans des chambres à gaz. Les chiens du camp exterminent
également un grand nombre de victimes. »
Document n° 10
Publié.
Publication : Obóz, p. 60-61.
Date : novembre 1942.
En-tête : -
Titre : A la centrale. Copies de rapports et de mémoires du camp disciplinaire d'Oswiecim.
« [...] Pierwsze uzycie gazowych (Degasungskammer)
nastapilo w czerwcu r.1941. Uformowano transport z 1700 ludzi (nieuleczalnie
chorzy - weneryczni, Korperswache, kalecy, chorzy, ktorzy przeszli resekcje
zeber, chorzy na zapalenie opon mozgowych) i wyslano do sanatorium do Drezna (wg
oficjalnego komunikatu). W rzeczywistosci odtranspoprtowano ich do budynku
przebudowanego na komore gazowa. Budynek okazal sie za maly i niepraktyczny.
Postanowiono budowe pieciu nowoczesnych komor w Brzezince (Birkenau) o 7 km od
obozu. Budowe ukonczono w kietniu r. 1942. jest to 6 blokow (bez okien, drzwi
podwojne, dociskane srubami, nowoczesne instalacje doprowadzajace gaz i
wentylacyjne) na 700 osob kazdy. Miedzy blokami kolejki waskotorowe odwozace
trupy do dlugich na 4 km kazdy rowow, do pobliskich lasow. Inna kolejka dowozi
wapno do przysypywania cial. Caly teren D-kammer jest strefa zamknieta ; kazdy,
ktory nie pracuje tam à znajdzie sie na tym terenie, podlega karze smierci (odnosi
sie to i do SS, Wehrmachtu, cywili i wiezniow). Zagazowanie 3 500 ludzi trwa 2
godziny. »
« [... ] La première utilisation des chambres à gaz (Degasungskammer)
eut lieu en juin 1941. On constitua un convoi de 1 700 personnes (malades
incurables : vénériens, Körperschwache [physiquement faibles], invalides,
malades atteints de méningite) qui furent envoyées dans un sanatorium de
Dresde (selon le communiqué officiel). En réalité, on les transporta dans un
bâtiment reconstruit en chambre à gaz. Le bâtiment se révéla petit et peu
pratique. On décida de construire cinq chambres modernes à Brzezinka
(Birkenau), à 7 km du camp. La construction fut achevée en avril 1942. Il y a
6 blocs (sans fenêtres, à double ventail, fermées par des boulons, avec des
installations modernes d'introduction du gaz et de ventilation), chacun pour 700
personnes. Entre les blocs un train sur une voie étroite emporte les cadavres
vers des fosses longue chacune de 4 km, dans des bois à proximité. Un autre
train transporte la chaux pour recouvrir les corps. Tout le terrain de la
D-kammer est une zone fermée ; celui qui ne travaille pas là-bas et qui se
retrouve sur ce territoire est soumis à la peine de mort (qu'il soit SS, de la
Wehrmacht, civil et prisonnier). Le gazage de 3 500 personnes dure 2 heures. »
Document n° 11
Publié.
Publication : Obóz, p. 69.
Date : novembre 1942.
En-tête : -
Titre : A la centrale. De la correspondance d'un des prisonniers d'Oswiecim.
« [...] Co tydzien przychodza przecietnie dwa transporty
Zydow ze Slowacji, Francji, Zaglebia lub Guberni. Zydzi ze Zaglebia i Guberni sa
wytruwani masowo ; trudno ustalic jest nam cyfre, ale jest ona ogroma, tak ze
nie moga nadazyc wywozic ubrania po zatrutych. Lezy ich kolo komor gazowych
okolo 15 000, mimo ze co dzien wywozi sic je furami. Mamy dwa miejsca trucia :
w krematorium bozowym (pojemnosc 400 ludzi) i w Brzezince, gdzie przygotowano
w tym celu kilka domkow pod lasem, znacznie pojemniejszych. Zagazowanych
zakopuje sie w duze doly, do ktorych jest doprowadzona kolejka, specjalnie
wybudowana w celu ulatwiania transportow. Zatrudnieni przyzasypywaniu Zydzi
cywile, sa co jakis czas wytruwani. »
« [...] Chaque semaine arrivaient normalement deux convois
de juifs de Slovaquie, de France et du Gouvernement Général. Les juifs du
Gouvernement Général sont empoisonnés en masse ; il nous est difficile de
fixer un chiffre mais il est énorme, au point que l’on ne parvenait pas à
enlever les vêtements aux victimes empoisonnées. Environ 15 000 [cadavres]
gisaient autour des chambres à gaz, bien qu'on les emportait chaque jour
dans des charrettes. Il y avait deux lieux d'empoisonnement : dans le
crématoire du camp (qui pouvait contenir 400 personnes) et à Brzezinka, où l’on
a préparé à cette fin plusieurs petites maisons dans le bois, d'une capacité
considérable. Les gazés sont enterrés dans de grandes fosses auxquelles
conduit une voie ferrée construite spécialement pour faciliter le transport.
On utilise des civils juifs pour les remplir, qui sont empoisonnés après une
brève période. »
Document n° 12
Publié.
Publication : Obóz, p. 54.
Date : 1er novembre 1942.
En-tête : -
Titre : De la vie dans le camp.
« [...] Kiedy komenda rozeszla sie do pracy,
przeprowadzono ich na dziedziniec karnej kompanii, gdzie odbywaja sie egzekucje
przy pomocy "Lufthammer" (mlota powietrznego). Wiezniow wiaze sie rece
z tylu i po jednym wyprowadzaja rozebrwaszy do naga dziedziniec. Tam z tylu
przyklada mu sie lufe tej powietrznej ztrzelby i bez huku strzela. Mot uderza w
podstawe czaszki, a sprezone powietrze miazdzy caly mozg. Trupa odrzucaja na
kupe i wychodzi nastepny. Podobno dzialy sie tam straszne sceny. »
« [...] Quand les commandos sont envoyés au travail, on les
conduit dans la cour de la compagnie disciplinaire où ont lieu les exécutions
à l’aide du "Lufthammer" (marteau pneumatique). On attache les
mains des prisonniers par derrière et on les emmène nus, un par un, dans la
cour. Là on pointe sur eux par derrière le canon du fusil à air et l'on tire
sans bruit. Le marteau frappe à la base du crâne et l’air comprimé détruit
tout le cerveau. Le cadavre est mis sur un tas et le suivant entre. On dit qu'il
se produit là-bas des scènes horribles. »
Document n° 13
Publié.
Publication : Obóz, p. 79-80.
Date : janvier 1943.
En-tête : -
Titre : Supplément au K.B./r. O.K. n° 3. - Partie I.
« Dane cyfrowe za czas istnienia obozu w Oswiecimiu do
dnia 14.XII.42 r.
[…]
Zydzi :
Zagazowanych z Francji, Belgii i Holandii
502 000
Zagazowanych z Polski
20 000. »
« Données numériques pendant la période d'existence du
camp d'Oswiecim jusqu'au 15.XII.1942. [...]
Juifs :
Gazés de France, de Belgique et de Hollande : 502 000
Gazés de Pologne : 20 000. »
Document n° 14
Publié.
Publication : Obóz, p. 89.
Date : 24 février 1943.
En-tête : D.I.
Titre : Pro memoria sur la situation dans le Gouvernement Général pendant la période 24.I - 24.II.1943.
« [...] Zydow wytruto gazem 520 000, w tym okolo 20 000 z
Polski, reszta z Francji, Belgii, Holandii, Jugoslawii i innych krajow. »
« [...] Juifs gazés 520 000, parmi lesquels 20 000 de
Pologne, le reste de France, Belgique, Hollande, Yougoslavie et d'autres pays.
»
Document n° 15
Publié.
Publication : Obóz, p. 90.
Date : 28 février 1943.
En-tête : -
Titre : Annexe n° 48 à la période 16 - 28.11.1943.
« [...] Zagazowanych Zydow z Polski 20 000, z Francji,
Belgii, Holandii 502 000. »
« [...] Juifs gazés de Pologne 20 000, de France, Belgique et Hollande 502
000. »
Document n° 16
Publié.
Publication : Obóz, p. 97.
Date : 26 mars 1943.
Titre : -
En-tête : 252-A/1. Informacja biezaca n° 12 (85).
« [...] Poza numeracja sa transporty na gaz, glownie
Zydow, jak dotad ponad 500 tys. »
« [...] En dehors de la numérotation [des prisonniers officiellement morts]
les [membres des] convois pour le gaz, principalement des juifs,
sont jusqu'à présent de plus de 500 000. »
Document n° 17
Publié.
Publication : Obóz, p. 100-101.
Date : avril 1943.
En-tête : IV. 33.
Titre : -
« [...] W obozie oswiecimskim brak gazu dla trucia
wieznibw oszczednosciowych osoby zostaja polzatrute, ktore nastepnie sie spala.
W krematorium sciany pokrwione - gdyz czlowiek pod wplywem oszolomienia gazowego
odzyskuje w piecu przytomnosc - drapie palcami beton broniac sie przed smiercia.
To samo dzieje sie w spalaniach otwartych, gdzie zatruci w dolach spaleniowych
po pewnym czasie przytomnieja. O tych dolach spaleniowych kraza legendy - znane
sa one pod nazwa "Wieczne ognie", gdyz plona dniem i noca. »
« [...] Dans le camp d'Oswiecim, faute de gaz pour
empoisonner les détenus, en raison de considérations économiques, les gens
sont à moitié empoisonnés et sont incinérés aussitôt. Dans le crématoire,
le mur est ensanglanté car les hommes, étourdis sous l’effet du gaz,
reprennent conscience dans le four et grattent le ciment avec les doigts pour se
défendre face à la mort. Il se passe la même chose pour les incinérations en
plein air, où les empoisonnés sont conscients dans les fosses d'incinération
quelque temps plus tard. Une légende circule sur ces fosses d'incinération :
elles sont connues sous le nom de "feu éternel" puisqu'elles brûlent
jour et nuit. »
Document n° 18
Publié.
Publication : Obóz, p. 98.
Date : 2 avril 1943.
En-tête : -
Titre : Récit des événements les plus importants du pays pour la période 28.III - 2.IV.43, n° 12/43.
« [...] Wszystkie powyzsze dane nie obejmuja
transportbw przeznaczonych do komor gazowych, ktore maja oddzielna numeracje.
Tutaj numeracja przekracza juz 500 000 ludzi, glownie Zydow. »
« [...] Toutes les données mentionnées ne comprennent pas
les convois destinés aux chambres à gaz, qui ont une numérotation à part.
Là, la numérotation dépasse déjà les 500 000 personnes, principalement des
juifs. »
Document n° 19
Inédit.
Archive et cote : Yad Vashem, M-2/261.
Date : 18 avril [1943].
En-tête : -
Titre : Rapport rédigé le 18 avril à Londres. Je connais personnellement l’informateur.
« [...] Oswiecim. W Oswiecimiu mieszkalem przez
szereg tygodni. Znam dokladnie stosunki, gdyz badaniem sie zajmowal i w tym celu
tam siedzialem. Od ludzi zwalninych z Oswiecimia mialem najdokladniejsze
informacje o tym sietam dzieje. Gdy wyjezdzalem z Oswiecimia pod koniec wrzesnia
liczba rejstrowanych wiezniow w oswiecimiu przekraczala 95 000, ale procz tego
byli tez nierejstrowani. Wsrod nich 20 000 jencow bolszewickich ktorzy tam byli
sprowadzeni, latem 1940. Jako tez masy Zydow deportowanych z innych krajow.
Jency marli zglodu. Zydow tracono masami. Cdy wyjezdzalem stamtad bylo w
Oswiecimiu okolo 15 000 wiezniow. Co najmniej 60 000 z posrod zarejestrowanych
zostalo zamordowanych. Na podstawie tych pewnych informacji jakie zebralem na
miejscu moge stwier zic i potwierdzic, ze Niemcy stosowali nastepujace systemy
zabijania : a/ Komorygazowe : rozbierano ofiary do naga, pakowa no ich do
komor i wytruwano ; b/ komory elektryczne : komory to mialy metalowe
sciany, wprowadzano do nich ofiary i puszczano prad o wysokim napiecu ; c/ system
t. zw. Hammerluft: T.j. mlot powietrza. Bily to specjalne komory, w ktorych
tlok opadal ze sufitu i przy pomocy specjalnego urzadzenia sila preznosci
powietrza ofiary ulegaly smierci. d/ rozstrzelanie : stosowano je
przewaznie jako kare kolektywna w wypadkach niesubordynacji, dziesiakujac
zebranych.
Najczesciej stosowano pierwsze trzy metody : ostatnia rzadziej.
Gestapowcy wystawali na podwyzszonym miejscu nad komorami gazowymi z maskami
gazowymi i cynicznie przyptrywali sie masowej smierci ofiar.
Niemcy ladowali trupy i wywozili je, poza Oswiecim przy pomocy olbrzymich bagrow
kopali groby y doly i przylewali je wapnem. Spalanie ofiar przy pomocy piecow
elektrycznych jest sotusnkowo mniej sotosowane, bo na dobe w tych piecach mogli
spopielic tylko okolo 250 trupow. »
« [...] Oswiecim. J'ai vécu à Oswiecim durant
quelques semaines. Je connais bien les conditions car j'ai enquêté à ce sujet
et c'est après tout la raison pour laquelle je suis allé là-bas. J'ai obtenu
les informations les plus détaillées sur ce qui se passe là-bas par une
personne qui a été libérée. Lorsque j'étais à Oswiecim, à la fin du mois
de septembre, le nombre de prisonniers enregistrés était de plus de 95 000,
mais il y en a qui n'étaient pas enregistrés. Parmi ces derniers, 20 000
prisonniers de guerre russes amenés là-bas durant l’été 1940 [sic],
ainsi que des masses de juifs amenés là-bas d'autres pays. Les prisonniers de
guerre mouraient de faim, les juifs étaient exterminés en masse. Quand je suis
parti, il y avait environ 15 000 prisonniers de guerre à Oswiecim. Au moins 60
000 des prisonniers enregistrés ont été assassinés. D'après les
informations que j'ai recueillies sur le terrain, je peux confirmer que les
Allemands appliquaient les méthodes suivantes d'extermination : a/chambres
à gaz : les victimes se déshabillent et sont introduites dans les
chambres, dans lesquelles elles sont asphyxiées ; b/chambres électriques
: ces chambres possédaient des parois en métal, on faisait entrer les victimes
et l’on activait alors un courant électrique de haute tension ; c/le
système appelé Hammerluft : il s'agit d'un marteau à air. C'était des
chambres spéciales où le marteau tombait du plafond et, à l’aide d'une
installation spéciale, les victimes trouvaient la mort sous la pression de l’air
; d/fusillade : elle était utilisée comme une forme de punition
collective dans les cas d'insubordination, en en tuant un sur dix.
Les trois premières méthodes étaient utilisées le plus fréquemment, la
dernière rarement. Les hommes de la Gestapo se trouvaient dans une position qui
leur permettait de surveiller avec des masques à gaz la mort des masses de
victimes.
Les Allemands chargeaient les corps et les emportaient hors d'Oswiecim ; au
moyen d'énormes excavatrices on faisait des trous où l’on enterrait les
corps et l’on recouvrait les trous avec de la chaux. La crémation des
victimes à l’aide des fours crématoires était rarement appliquée. Et c’est
parce qu'on ne pouvait incinérer dans ces fours qu'environ 250 personnes en 24
heures. »
Document n° 20
Inédit.
Archive et cote : Polish Underground Movement (1939-1945) Study Trust, sans cote.
Date : 1943.
En-tête : -
Titre : Fragment du rapport du ministère [polonais en exil] des Affaires étrangères du premier semestre 1943.
« [...] Zydow wytruto gazem 520 000 z tego 20 000 z
Polski, reszta z Francji, Belgii, Holandii, Jugoslawii i innych krajow. »
« [...] Juifs gazés 520 000, parmi eux 20 000 de Pologne,
le reste de France, de Belgique, de Hollande, de Yougoslavie et d'autres pays.
»
Document n° 21
Publié.
Publication : Obóz, p. 107.
Date : 15 juillet 1943.
En-tête : S.Z. S.I.
Titre: Dépêche radio pour la BBC et pour le monde.
« [...] Do konca 1942 r. w obozie oswiecimskim zatruto
gazem 468 tysiecy Zydow, nie objetych ogolna rejestracja. Jest to cyfra urzedowa
stwierdzona. [...] Od wrzesnia ubr. do poczatku czerwca br. do Oswiecimia
przywieziono 181 tysiecy Zydow z Polski, Grecji, Belgii, Holandii i
Czecholslowacji. Ze tej cyfry stracono dotad 177 tysiecy przez zatrucie gazem.
[...] Ostatnio w Oswiecimiu wprowadzono rowniez pozbawienie zycia przez sciecie.
»
« [...] Jusqu'à la fin de 1942, on a gazé 468 000 juifs,
non inscrits dans le registre général, dans le camp d'Oswiecim. Ce chiffre a
été officiellement constaté. [...] Depuis septembre dernier jusqu'au début
de l’année en cours 181 000 juifs de Pologne, de Grêce, de France, de
Belgique, de Hollande et de Tchécoslovaquie ont été conduits à Oswiecim. Sur
ce chiffre, 177 000 ont été exécutés jusqu'à présent au moyen de gaz. [...]
Dernièrement à Oswiecim on a introduit également la privation de la vie par
décapitation. »
Document n° 22
Publié.
Publication : Obóz, p. 111-112.
Date : 18 août 1943.
En-tête : s.z.
Titre : Lettre d'un prisonnier d'Oswiecim. Annexe n° 1 à l’I.B. n° 32 (105).
« [...] Cale transporty przewozi sie wprost na gaz, bez
jakiejkolwiek numeracji. Liczaba takich przekracza juz 500 000 osob. Przewaznie
Zydzi. Ostatnio transporty Polakow z Lubelskiego ida wprost na gaz (mezczysni i
kobiety). Dzieci rzuca sie wprost na ogien. Za Birkenau pali sie tzw. "wieczny
ogien" - stos trupow na wolnym powietrzu - krematorium nie moze nadazyc.
Ostatnio robi sie proby z gazowaniem na wolnym powietrzu, zamiast w komorze -
dla celow wojskowych. [...] Nowe krematorium pali dziennie okolo 5 000 osob
przewaznie Zydow. »
« [...] Des convois entiers sont dirigés directement vers
le gaz, sans numérotation. Le nombre de ceux-ci dépassent déjà les 500 000
personnes. La plupart juifs. Dernièrement des convois de Polonais de Lublin
vont directement au gaz (hommes et femmes). Les bébés sont lancés directement
dans le feu. A Birkenau on incinère dans ce qu'on appelle le "feu
éternel" - un tas de cadavres en plein air - [;] le crématoire ne suffit
pas.
Dernièrement, on a eu des preuves de gazage [effectué] en plein
air, non dans une chambre, à des fins militaires. [...] De nouveaux
crématoires incinèrent quotidiennement environ 5 000 personnes, en majorité
des juifs. »
Document n° 23
Publié.
Publication : Obóz, p. 119-120.
Date : 27 août 1943.
En-tête : -
Titre : Récit des événements les plus importants du pays. Rapport hebdomadaire du 27.VIII.43 - 33/43. Chiffres d'Oswiecim et de Trawnik.
« [...] Poza nimi traci sie w komorach gazowych nieobjete
rejestracja transporty Zydow (dotad pol miliona). [...] W krematorium
spala sie 5 000 trupow dziennie, poniewaz jest wiecej, reszte pali sie zywcem w
"wiecznym ogniu" na otwartym powietrzu w Birkenau - do ognia wrzuca
sie zywcem dzieci. »
« [...] A part étaient empoisonnés dans des chambres à
gaz les convois de juifs qui n'étaient pas enregistrés (un demi-million
jusqu'à présent). [...] Dans le crématoire on incinère 5 000 cadavres par
jour, et quand il n'y en a plus les autres sont brûlés vifs dans le "feu
éternel" en plein air à Birkenau - les bébés sont lancés vivants dans
le feu. »
Document n° 24
Publié.
Publication : Obóz, p. 124-125 et 129.
Date : 22 septembre 1943.
En-tête : -
Titre : Annexe n° 1 à l’I.B. n° 37 (110). 22.XI.43. Traduction des renseignements d'un SS fonctionnaire du bureau du camp de concentration d'Oswiecim (pour la publication arrondir les chiffres, ne pas donner la source !).
« […]
Zydzi.
Do IX.42 zagazowano w Oswiecimiu 468 000 nierejestrowanych Zydow. Od. IX.42 do
VI.43 przybylo ok. 60 000 Zydow z Grecji (Saloniki, Ateny) ; ze Slowacji i
Protektoratu Czech i Moraw - 50 000, z Holandii, Belgii y Francji - ok. 60 000,
z Chrzanowa - 6 000 ; z Ket, Zywca, Suchej i Slemien (?) z okolic - 5 000. Z
ludzi tych zyje dzis 2 %. Z tych 98 % wyslano do gazu przewaznie zupelnie
zdrowych, mlodych ludzi i palono ich napol zywcem. Kazdy transport przychodzacy
do Oswiecimia zostaje wyladowany, odziela sie mezczyzn i kobiety i nastepnie bez
wyboru (masowo) laduje sie 98 % (glownie kobiety i dzieci) na samochody i odwozi
sie do komory gazowej w Brzezince ; po straszliwych mekach (duszenie sie),
trwajacych 10-15 minut, wyrzuca sie zwloki przez otwor i pali na stosie. Nalezy
zaznaczyc, ze przed wejsciem do komory gazowej obowiazuje skazancow kapiel.
Na skutek braku gazow trujacych palono rowniez polzywych jeszcze. Obecnie
zbudowano w brezince trzy duze krematoria na 10 000 ludzi dziennie, ktore
nieustannie pala zwolki i przez ludnosc miejscowa nazywane sa "wiecznym
ogniem". [...] Poza tym w obozie meskim kolo Rajska znajduje sie jeszeze
jedno krematorium, gdzie pali sie zwloki straconych z wiezien w Katowicach i in.
przecietnie [...].
Poniewaz krematoria nie mogly podolac ilosci ludzi, palono zwloki zwyczajnie w
otwartej jamie na polu kolo Brzezinki i przez 3 dni nie widziano nic innego
procz plomieni buchajacych tam, gdzie byli paleni ludzie. [...]
Brzezinka siwecila swoj rekord zagazowania w ciagu 1 dnia 30 000 ludzi. »
« [...]
Juifs.
Jusqu'en IX.42 [septembre 1942] 468 000 juifs non immatriculés ont été
gazés à Oswiecim. De IX.42 [septembre 1942] à VI.43 [juin 1943]
environ 60 000 juifs de Grêce (Salonique et Athènes) sont arrivés ; de
Slovaquie et du Protectorat de Bohême et Moravie : 50 000 ; de Hollande,
de Belgique et de France : environ 60 000 ; de Chrzanowa : 6 000 ; de Ket, Zywca,
Suchej et de Slemien (?) et de la région : 5 000. 2 % d'entre eux vivent
aujourd'hui. Parmi les 98 % restants on envoyait souvent au gaz des personnes
totalement saines et des jeunes qui étaient brûlés à moitié morts. Chaque
convoi arrivé à Oswiecim était débarqué, on séparait les hommes et les
femmes et aussitôt, sans sélection, massivement, on chargeait les 98 %
(surtout des femmes et des enfants) dans des véhicules et on les transportait
dans les chambres à gaz de Brzezinka ; après d'horribles tortures ils sont
asphyxiés, ce qui dure 10 à 15 minutes, et les dépouilles mortelles sont
jetées par une ouverture et brûlées sur un bûcher. Il convient de signaler
qu'on oblige les condamnés à prendre un bain avant d'entrer dans la chambre à
gaz.
A la suite d'un manque de gaz toxique, on incinère même à moitié mort.
Actuellement, on a construit à Brzezinka trois grands crématoires pour 10 000
personnes par jour, qui brûlent sans arrêt des restes humains et qui sont
appelés le "feu éternel" par la population du lieu. [...] A part,
dans le camp des hommes de Rajsko se trouve en plus un crématoire, où l’on
brûle les restes humains de ceux qui sont exécutés dans les prisons de
Katowice et d'autres lieux. [...] Comme les crématoires ne peuvent recevoir une
telle quantité de personnes, on brûle régulièrement les restes humains dans
une fosse ouverte dans un camp près de Brzezinka et pendant 3 jours on ne voit
rien d'autre que des flammes qui jaillissent là-bas, où sont brûlés les
corps. [...]
Le nouveau record à Brzezinka de gazage en un jour est de 30 000 personnes. »
Document n° 25
Publié.
Publication : Obóz, p. 142.
Date : 30 novembre 1943.
En-tête : -
Titre : Annexe n° 61 à la période du ler au 30 novembre 1943.
« [...] Nadal odbywa sie masowe mordowanie Zydow w
komorach gazowych - glownie kobiety. [...] Podczas zagazowania 30 000
Zydow z Zaglebia Dabrowskiego krematoria nie nadazaly w paleniu zwlok, tak ze
palono na stosach, a dzieci rzucano zywcem do ognia. »
« [...] Des massacres de juifs en chambres à gaz,
principalement des femmes, ont toujours lieu. [...] Durant le gazage de 30 000
juifs de Zaglebia Dabrowa, les crématoires avaient du retard dans l’incinération
des cadavres, de sorte que l’on incinérait en tas, et les bébés étaient
lancés vivants dans le feu. »
Document n° 26
Inédit.
Archives et cote : Polish Underground Movement (1939-1945) Study Trust, sans cote.
Date : 2 février 1944.
En-tête : -
Titre : Le camp de concentration d'Oswiecim.
« [...] Krematorium miesci sie pod ziemia zbudowane na
wzor scronu przeciwlotniczego. Nad powierzchnia ziemi unosi sie jedynie komin,
przy budowie ktorego byl zatrudniony rowniez informator.
Gdzie mieszcza lie komory gazowe, informator nie wie, slyszal jedynie, ze sa pod
ziemia, zbudowane na zwor krematorium. »
« [...] Le crématoire se trouve sous terre, construit selon
le modèle d'un abri antiaérien. Au-dessus, en surface, s'élève une unique
cheminée, à côté de laquelle il y a une construction dans laquelle
travaillait également l’informateur.
Où se trouvaient les chambres à gaz, l’informateur ne le sait pas, il a
seulement entendu dire qu'elles étaient sous terre, construites selon le
modèle du crématoire. »
Document n° 27
Inédit.
Archives et cote : Polish Underground Movement (1939-1945) Study Trust sans cote.
Date : 12 avril 1944.
En-tête : -
Titre : Lichtenstein. Note d'un entretien le 12.IV.44.
« [...] Do Oswiecimia spedzano ze wszystkich krajow
zachodnieh jak : Holandii, Belgii, Francji tysiace zydow. Nastepowala segregacja
silniejszych zabierano na roboty, ktorych przydzielano do obozow pracy. Wiekszos
nienadajacych lie do pracy, slabszych fizycznie, czestokroc cale rodziny
zapedzano do tak zwanej dezynfekeji. Byly to wlasciwie komory stracenia.
Ludziom kazano rozbierac lie, wlosy byly zgalane a nastepnie wpedzano do
ogromnych hal, gdzie nastepowala dezynfekcja.
Hal tych bylo siedem. Kazda z nich mogla pomiescic okolo 1500 ludzi. Po
zapelnieniu hal ludzmi, wypompowywano powietrze, a nastepnie przez male okienko
wrzucano srodek do dezynfekcji lokalnej -kreuzolit. Po trzech do pieciu minut
ludzie zanjdujacy sie wewnatrz byli straceni. W poblizu znajdowalo sie siedem
piecow do spalania cial, kazdy piec zawieral siedem otworow do wrucania trupow.
Proces spalania trwal zaledwie kilka sekund. »
« [... ] A Oswiecim arrivent de tous les pays occidentaux :
des milliers de juifs de Hollande, de Belgique et de France. Se produit la
séparation des forts, emmenés comme ouvriers, lesquels sont affectés à des
travaux dans le camp. La majorité des inaptes au travail, physiquement
débiles, des familles entières, sont emmenés à la désinfection, ainsi qu'on
l’appelle. En réalité ils vont dans les chambres d'exécution.
On ordonnait aux personnes de se déshabiller, on leur coupait les cheveux et
aussitôt on les faisait entrer dans d'énormes salles, où avait lieu la
désinfection.
II y avait sept de ces salles, chacune d'elles pouvait contenir environ 1 500
personnes. Après avoir rempli les salles de gens, on vidait l’air et
aussitôt, par de petites fenêtres, on lançait du kreuzolit au milieu du local
de désinfection. Après trois à cinq minutes, les personnes qui se trouvaient
à l’intérieur étaient mortes. A proximité se trouvaient sept fours pour
brûler les corps, chaque four avait sept ouvertures pour l’introduction des
cadavres. Le processus de crémation durait à peine quelques secondes. »
Document n° 28
Inédit en langue polonaise. Une traduction en anglais a été publiée dans la Polish Fortnightly Review, n° 115, 1er mai 1945, p. 1-6.
Archives et cote : Polish Underground Movement (1939-1945) Study Trust, 3.16.
Date : 24 mai 1944.
En-tête : -
Titre : Lettre adressée à « Monsieur le Président de la République de Pologne ».
« [...] Na terenie Birkenau znajduje sie 6 kominow, czyli
krematoriow. Nie sa nigdy bezczynna. [...] Palenie trupow zmarlych na largze to
zaledwie drobna czesc krematoryjnej dzialalnosci. Kominy sa przeznaczone dla
zywych nie dla umarlych. I codzien, codzien, bocznica kolejowa wchodzaca w obreb
lagru zajezdzaja pociagi zwozace Zydow z Bulgarii, Grecji, Rumunii, Wegier,
Wloch, Niemiec, Holandii, Belgii, Francji, Polski, do niedawna Rosji. Transport
zawiera n mezczyzn, kobiety i dzieci, atarcow. 10 % kobiet z kazdego transportu
zostaja odstawiona do lagru, otrzymuje wytatuowani numer, gwiazde na ubraniu i
powieksza liczenby stan obozu. Reszta odsy lana jest wprost do komory gazowej.
Sceny, ktore sie przy tym odbywaja sa niemozliwe do opisania. Skoro zas owe 10 %
transportow wynosi przeszlo 30 tysiecy numerowanych Zydowek - jakaz jest ogol
cyfra ofiar ktore komin pochlania. Straszno pomyslic, straszno patrzec, gdy
przez lagerstrasse tocza sie ciezarowki wzozace na smierc 4 tysiece dzieci
ponizej 10 lat (dzieci z ghetta w Teresznie w Czachach). Niektore plalaly i
wolaly : Mamo. Inne zas usmiechaly sie do przchodzacych i trzepotaly raczkami. W
kwadrana potem zadne z nich nie zylo a cialka odurzone gazem plonely w
straszliwych piecach. I znow ktoz prawdziwosci tej sceny uwierzy. A przeciez
recze i stwierdzam, ze tak bylo istotnie, biorac na swiadkow zywych i umarlych .
[...] Odurzone gazem [...] Tak, bo gaz jest drogi i "sonderkommando"
obslugujace smiertelna komore stomuje go b. oszczednie. Otrzymana dawka gazu
zabija slabsze osobniki, na krotki tylko moment usypia silniejsze. Te ostatnie
odzyskuja przytomnosc na wozach krematoryjnych i zywcem wpadaja w nuczaca,
ognista czelusc. »
« [...] Sur le territoire de Birkenau se trouvent 6
cheminées, c'est-à-dire des crématoires. Aucune n’est inactive. [...] La
crémation des cadavres morts dans le camp est à peine une petite partie de l’activité
du crématoire. Les cheminées étaient destinées aux vivants et non aux morts.
Et quotidiennement, quotidiennement, arrivaient sur la voie de raccordement de
chemin de fer située à l’intérieur du camp des trains transportant des
juifs de Bulgarie, de Grêce, de Roumanie, de Hongrie, d'Italie, d'Allemagne, de
Hollande, de Belgique, de France, de Pologne et de Russie. Le convoi comprend
des hommes, des femmes et des enfants. 10 % des femmes de chaque train sont
envoyées au camp, on leur tatoue un numéro, on leur met une étoile sur le
vêtement et le nombre des membres du camp s'accroît. Le reste est envoyé
directement à la chambre à gaz. Il est impossible de décrire les scènes qui
se produisent. [...] De terribles pensées, de terribles visions [nous
assaillent] quand quatre mille enfants de moins de 10 ans (enfants du ghetto
de Theresienstadt en Tchéquie) traversent la lagerstrasse [rue principale du
camp] en camions en direction de la mort. Certains pleurent et
appellent leur mère. Mais d'autres sourient au passage et agitent leurs petites
mains. Un quart d'heure après aucun d'entre eux n’est plus en vie et les
corps étourdis par le gaz brûlent dans d'horribles fours. Et de nouveau, qui
croira ces scènes ? Et cependant, je garantis et j'affirme que cela s'est
réellement passé et j'appelle comme témoins les vivants et les morts.
[...] Etourdis par le gaz [...]. Oui, parce que le gaz est cher et que le "sonderkommando"
qui fait fonctionner la chambre mortelle l’administre avec beaucoup de
parcimonie. L'administration de la dose de gaz tue les individus faibles et, en
quelques brefs instants, endort les plus robustes. Ces derniers reprennent
connaissance dans les wagonnets du crématoire et sont précipités vivants dans
le tourbillon de feu. »
Document n° 29
Publié.
Publication : Oboz, p. 162.
Date : 4 juin 1944.
En-tête : -
Titre : Rapport du territoire [et de Silésie, 4.VI.1944.
« [...] Dziennie gazuje sie okolo 3 000 Zydow, nastepnie
spala w krematorium. Polacy ulokowany w murowanych barakach twierza, ze baraki
to sa podminowane. Pod podloga podobno znajduja sie dwie grube, metalowe rury,
biegnace rownolegle wzdluz barabu, ktore polaczone sa z przewodami elktrycznymi
prowadzacymi do Politische Abteilung blok nr 11. »
« [...I Quotidiennement on gaze autour de 3 000 juifs, qui
sont ensuite incinérés dans le crématoire. Les Polonais installés dans de
grandes baraques en briques affirment que ces baraques sont minées. On dit que
sous le sol se trouvent deux gros tubes en métal, qui courent parallèlement le
long de la baraque et sont reliés à des conduites électriques qui vont à la
Politische Abteilung dans le blok n° 11. »
Document n° 30
Publié.
Publication: Obóz, p. 164-166.
Date : 8 juin 1944.
En-tête : Département de l’Information, matériaux d'informations pour Lo. 6005 xxx. WL-23/44.
Titre : Anéantissement de juifs hongrois à Oswiecim.
« [...] Organizacja likwidacji Zydow prowadzona jest
nastepujaco :
Zamkniete pociagi oczekuja na specjalnej bocznicy na swe wyladowanie. Transporty,
ktorym nie moga nadazyc hale gazowe, koczuja w pobliskim lesie, gesto pilnowane
przez ss-ow. Oczekiwanie na smierc trwa nieraz po kilka dni. Pomiedzy rampa
kolejowa a gazownia dzien i noc sunie pieprzerwany korowod ludzi ku swej kolejce,
w tempie uzaleznionym od usuwania trupow. Srodkiem szosy kraza samochody
ciezarowe, wiozace z rampy slabych, starych i dzieci. Zdrowi ida pieszo, do
ostatniej chwili nie wiedzac, ze ida na smierc. Po drodze w rowach leza SS-mani
z karabinami maszynowymi. Na rampie kolejowej zostaja wszystkie walizy i dobytek
prywatny. Przywozi sie je nastepnie do magazynow zwanych "kanada",
gdzie specjalna ekipa wiezniow sortuje je. Przy rampie pietrzy sie masa walizek
i tobolow dlugosci 300 metrow, szerokosci 20 m. wysokosci 1-go pietra. Przed
olbrzymin barakiem "Effektenkammer" leza sterty garderoby, ktorej nie
mozna nadazyc sortowac i pakowac. Przed wejsciem do komory gazowej wszyszy oddaj
; à posiadane przy sobie pieniadze i kosztownosci do "depozytu",
nastepnie rozbieraja sie do naga, oddaja garderobe - przeszukiwana jeszcze
pozniej, czy nie znajduja sie w niej zaszyte kosztownosci. Po zlozeniu garderoby
wprowadza sie neiszczesliwcow do kapieli tj. komory gazowej, partiami po 1 000
osob. Nie daje sie im nawet, jak to bylo poprzednio, recznikow i mydla, nie ma
na to czasu. Obie komory gazowe pracuja bez przerwy dzien i noc, nie mogac
nadazyc. Miedzy usmiercaniem poszczegolnych partii istnieje tylko przerwa, ktora
potrzebna jest do usuniecia trupow, wyrzucanych na druga strone komory, czego
nie widza przeznaczeni na smierc. Z tej stromy komor znajduja sie cale gory
trupow. Krematoria nie moga nadazyc z paleniem. Wszyscy usmierceni sa strzyzeni
przez osobna ekipe fryzjerow, wlosy laduje lie do workow jako surowiec. Ekipa
dentystow przeglada dokladnie jamy ustne wszystkich trupow, wyciagajac zloto i
platynowe korony ; pomewaz czasu jest malo, wylamuje lie cafe szczeki. Inna
ekipa "specjalistow" zanurza rece w pochwach trupow kobiecych,
poszukujac ukrytych kosztownosci. Dopiero tak obrobione i skontrolowane trupy
ida na spalenie. Pracuja 4 krematoria, 1 cegielnia a oprocz tego pala lie stosy
na wolnym powietrzu. Czarne i geste dymy widoczne sa z daleka. Jedno krematorium
jest chwilowo nieczynne, ale w pospiesznym tempie remontawane. remont okazal lie
konieczny wskutek przepalonych od ciaglego uzywania rusztow i czesci pieca.
Obsluga przy rabowaniu, mordowaniu i noszeniu trupow, noszaca miano "Sonderkommando"
wynisi 2 tys. osob. Sa to zdrowi i mocni Zydzi, skazani rowniez na smierc po
ukonczeniu swojej roboty. W chwili obecnej cyfra zagazowanych. Zydow wegierskich
przekroczyla sto tysiecy i z kazdym dniem wzrasta. W najblizszym czasie Oswiecim
ma usmiercic 1 200 000 Zydow wegierskich. »
« […] L'organisation de la liquidation des juifs se fait
de la manière suivante :
Des trains fermés attendent sur des voies spéciales le déchargement. Les
convois qui n’ont pas de place dans la grande salle de gazage campent dans des
bois proches surveillés étroitement par des hommes de la SS. L'attente de la
mort dure plus d'une fois plusieurs jours. Entre le quai et le bâtiment du gaz
s'avancent jour et nuit en une procession continue les personnes jusqu'à ce que
vienne leur tour, qui dépend du temps d'enlèvement des cadavres. Dans le
centre de la chaussée circulent les camions qui conduisent les faibles, vieux
et enfants, depuis le quai. Les bien portants vont à pied, ils ne savent pas
jusqu'au dernier moment qu'ils vont à la mort. Sur le chemin étaient postés
dans de petites fosses des SS avec des mitrailleuses. Sur le quai restent toutes
les valises et les effets privés. Ils sont emportés aussitôt dans des
magasins appelés "Kanada" ou des groupes spéciaux de prisonniers les
trient. Près du quai s'entasse une masse de valises et de paquets de 300
mètres de long, de 20 mètres de large et de 1 mètre de haut. Devant la
colossale baraque "Effektenkammer" se trouvent des montagnes de
vêtements que l’on peut à peine trier et emballer. Devant 1'entrée de la
chambre à gaz tout le monde remet de 1'argent et des objets de valeur "en
dépôt", on se déshabille tout de suite complètement, on remet ses
vêtements - pour vérifier plus tard si l’on ne trouve pas d'objets de valeur
cousues. Après la remise de leurs vêtements, les malheureux sont introduits
dans 1'établissement de bains, c'est-à-dire dans la chambre à gaz, par lots
de 1 000 personnes.
On ne leur donne même pas, comme on le faisait auparavant, des serviettes et du
savon, on n’avait pas le temps. Les deux chambres à gaz travaillent sans
interruption jour et nuit, elles ne suffisent pas.
Entre le massacre de chaque lot, il n'y a qu'une interruption, qui est
nécessaire pour enlever les cadavres, jetés dans une chambre située à
côté, que ceux qui sont destinés à mourir ne voient pas. Dans cette chambre
contiguë se trouvent des montagnes entières de cadavres. Les crématoires ne
suffisent pas à la crémation. Tous les morts sont rasés par des équipes
spéciales de coiffeurs et les cheveux sont chargés dans des sacs comme
matière première. Une équipe de dentistes examine avec précision les
cavités orales de toutes les victimes, pour extraire les couronnes en or et en
argent ; comme ils ont peu de temps, ils cassent toutes les mâchoires. Une
autre équipe de "spécialistes" introduit les mains dans les vagins
des cadavres des femmes pour rechercher des objets de valeur dissimulés. Seuls
les cadavres examinés et vérifiés de cette manière vont à l’incinération.
4 crématoires et une briqueterie travaillent, et en plus on incinère sur des
bûchers de plein air. De grandes fumées noires et épaisses sont visibles de
loin. Un crématoire est momentanément inactif mais on le répare à marche
forcée. La réparation s'avère nécessaire en raison de la surchauffe due à l’usage
incessant des foyers et des composants du four. Le service chargé du pillage,
du massacre et du transport des cadavres porte le nom de "Sonderkommando"
et s'élève à 2 000 personnes. Il s'agit de juifs sains et robustes,
condamnés également à la mort au terme de leur tâche. Actuellement, le
chiffre des juifs hongrois gazés dépasse les cent mille et augmente chaque
jour. Dans les temps prochains Oswiecim doit tuer 1 200 000 juifs de Hongrie. »
Document n° 31
Publié.
Publication : Obóz, p. 168.
Date : 17 juin 1944.
En-tête : KW.
Titre: Camps. Oswiecim.
« [...] Natychmiast po przyjezdzie musza oddac wszystkie
kosztownosci i piedniadzie, kt. odbior jest im dokladnie kwitowany, nastepnie
czekaja na "kappiel". Przed kapiela kobietom obcinaja wlosy, ktore
potem sa segegowane przez specjalne komando i wysylane w pakach do Reichu.
Ubrania tez sa segregowane przez oddzielne komando, niby do dezynfekcji. Caly
czas az do zamkniecia komory gazowej, traktowanieb b. grzeczne, spokojne. Po
zagazowaniu (kwas pruski) trupy sa jeszcze raz przegladane przez komando pod
scislym nadzorem ssmanow, przede wszystkim dokladnie wyrywaja wszystkie zlote
zeby. Dzienna zdobycz zlota z trupow wynosi 10-13 kg. Nastepnie trupy sa palone.
Od 1.5 dzien i noc sa czynne 4 krematoria, cegielnia, czasem pala i na stosach.
Likwidacja dzienna wynosi do 10 tys. W ten sposob maja byc wykonczeni wszyscy
Zydzi wegierscy -jest ich 1 200 000. [...] Wsrod SS-manow sa wypadki zalaman
nerwowych, oblakania - tacy ida do krematorium razem z Zydami. W obozie kurs
lagodny. Od pazdziernika, po ustapienie dawnego komendanta, zostala zniesiona
kara smierci za probe ucieczki. Jednak od 1.5 wrocil dawny komendant Grabner,
slynny organizator masowych egzekucji, na razie jest zajety likwiddacja Zydow.
»
« [...] Tout de suite après la réception on les oblige [les
juifs] à donner tous les objets de valeur et l’argent, après quoi on
leur remet un reçu exact, et ils attendent le "bain". Avant le bain,
on coupe les cheveux des femmes qui sont aussitôt triés par un commando
spécial et envoyés en paquets dans le Reich. Les vêtements sont également
triés par un commando différent, apparemment pour la désinfection. Jusqu'à
la fermeture de la chambre à gaz, le traitement est très courtois, pacifique.
Après le gazage (par acide prussique), les cadavres sont examinés une fois de
plus par un commando sous l’étroite surveillance d'hommes de la SS et l’on
extrait avec précision l’or des dents. Quotidiennement le butin d'or des
cadavres s'élève de 10 à 13 kg. Les corps sont aussitôt incinérés. Depuis
le 1.5, 4 crématoires et une briqueterie sont en action jour et nuit et l’on
incinère parfois sur des bûchers. L'anéantissement quotidien se monte à 10
000. De cette manière tous les juifs hongrois peuvent être exécutés : 1 200
000. [...] Parmi les SS, il y a des cas d'effondrement nerveux, de folie : ils
se rendent au crématoire en même temps que les juifs. Dans le camp, les
conditions s'assouplissent. Depuis octobre, après la démission de l’ancien
commandant, la peine de mort pour tentative de fuite à été abolie.
Néanmoins, depuis le 1.5 est revenu l’ancien commandant Grabner, célèbre
organisateur d'exécutions massives, mais pour le moment il est occupé à l’anéantissement
des juifs. »
Document n° 32
Publié.
Publication : Obóz, p. 174.
Date : 7 juillet 1944.
En-tête : 362/A-1. Informacja biezaca n° 27 (151).
Titre : Massacre de juifs hongrois à Oswiecim.
« Dotad zagazowano w oswiecimiu pareset tysiecy Zydow
wegierskich. Ofiary do ostatniej chwili sa przekonane, ze przeznaczone sa na
osiedlenie na Slasku lub na wymiane z jencami niemieckimi w Anglii. Transporty
sa posortowane : mezczyzni, kobiety, dzieci. Walizy, ubranie, kosztownosci i
pieniadze oddaje sie "do przechowadnia", a po rozebraniu do naga
nastepuje zboirowa "kapiel", czyli smierc w komorze gazowej. Specjane
zespoly strzyga trupy i magazynuja wlosy, wylamuja zeby ze zlotymi koronami i
szukaja kosztownosci w pochwach kobiecych. Krematoria nie moga nadazyc z
paleniem zwlok. Powstaly zatory, trzeba pare dni czekac na "kapiel". 2
000 zdrowych Zydow odseparowano od reszty, umieszczono w obozie w Gliwicach i
kazano pisac optymistyczne listy na Wegry. Nie maja oni pojecia o losie
pozostalych. »
« Jusqu'à maintenant, plusieurs centaines de milliers de
juifs hongrois ont été gazés à Oswiecim. Les victimes étaient persuadés
jusqu'aux derniers instants qu'elles étaient destinées à la déportation en
Silésie ou à un échange avec des prisonniers allemands en Angleterre. Les
convois sont classés : hommes, femmes et enfants. Valises, vêtements, objets
de valeur et argent sont remis "en consigne", et, complètement
dévêtus, ils marchent collectivement vers le "bain", c'est-à-dire
vers la mort dans la chambre à gaz. Des groupes spéciaux coupent les cheveux
des cadavres et les entassent, brisent les dents avec des couronnes en or et
recherchent des objets de valeur dans les vagins des femmes. Les crématoires ne
suffisent pas à la crémation des cadavres. Des encombrements se produisent, il
est nécessaire d'attendre deux jours pour le "bain". 2 000 juifs
sains et robustes ont été séparés du reste et ont été installés dans un
camp à Gleiwitz et on leur a ordonné d'écrire des lettres optimistes en
Hongrie. On n'a aucune idée du sort des autres. »
Akribeia, n° 2, mars 1998, p. 60-113
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