Enrique Aynat : Les « Protocoles d’Auschwitz » sont-ils une source historique digne de foi ?
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7. Les déclarations de Rudolf Vrba et d’Alfred Wetzler
7. 1 Les déclarations de Rudolf Vrba
Des cinq auteurs présumés des Protocoles, Rudolf Vrba a été le plus
loquace. Ses déclarations lors de procès, dans des articles de journaux et
dans des livres sont nombreuses et s’étendent sur une période comprise entre
1961 et 1996. Nous énumérons ci-dessous les contradictions, mensonges et
inexactitudes que l’on trouve dans les différentes déclarations de Rudolf
Vrba sur des aspects précis de sa vie à Auschwitz. On pourra juger de cette
manière le crédit que mérite cette personne, coauteur présumé du Protocole
1.
Les sources employées, que nous indiquons entre parenthèses après chaque
citation, ont été les suivantes :
a. Protocole 1 : texte du document YVA, reproduit dans l’appendice 1
b. I Cannot Forgive : livre de Rudolf Vrba et d’Alan Bestic, édité
par Sidgwick & Jackson and Anthony Gibbs & Phillips, [Londres],
1963.
c. Daily Herald : articles de Rudolf Vrba parus dans les numéros des
27 février 1961, 28 février 1961, 1er mars 1961, 2 mars 1961 et 3 mars 1961 du
quotidien britannique.
d. France-Dimanche : articles de Rudolf Vrba parus dans les numéros 921
(16 avril 1964), 922 (23 avril 1964), 923 (30 avril 1964), 924 (7 mai 1964) et
925 (14 mai 1964) de l’hebdomadaire français.
e. Procès Zündel : témoignage de Rudolf Vrba lors du procès intenté contre
Ernst Zündel, publiciste canadien (In the District Court of Ontario.
Between : Her Majesty the Queen and Ernst Zündel. Before : The Honorable Judge
H. R. Locke and a Jury, Toronto, Ontario, 1985. Comptes rendus des
séances).
[Addition de 1998. f. « Die missachtete Warnung. Betrachtungen über den
Auschwitz-Bericht von 1944 » . article de Rudolf Vrba publié dans
Vierteljahrshefte für Zeitgeschichte, 44e année, n° 1, janvier 1996.]
CONTRADICTIONS
- Sélection à l’arrivée du convoi de Rudolf Vrba à Majdanek.
Ceux qui ne furent pas sélectionnés pour le travail – les vieillards,
les malades, les femmes et les enfants – « furent assassinés et
brûlés » (Daily Herald, 27 février 1961, p. 4).
Ceux qui ne furent pas sélectionnés pour le travail poursuivirent le voyage en
train (Protocole 1, p. 21 ; I Cannot Forgive, p. 56-57).
- Ceux qui descendirent du convoi à Majdanek.
Tous les hommes entre 16 et 45 ans (I Cannot Forgive, p. 56).
Toutes les personnes aptes au travail entre 15 et 50 ans (Protocole 1, p.
21).
- Date du voyage en train de Majdanek à Auschwitz.
Il commença le 20 juin 1942 (Procès Zündel, p. 1246).
Il commença le 27 juin 1942 (Protocole 1, p. 23).
- Combien de détenus ont-ils voyagé dans le train de Majdanek à Auschwitz
?
Ils furent « autour de 1 500 détenus » (Daily Herald, 27
février 1961, p. 4).
Quatre cents juifs slovaques (Protocole 1, p. 8).
- Nourriture pour le voyage de Majdanek à Auschwitz.
Les détenus reçurent « du pain, de la confiture et du salami » (I
Cannot Forgive, p. 72).
Les détenus firent le voyage « sans nourriture ni eau » (Protocole 1, p. 23).
- Premier travail de Rudolf Vrba à Auschwitz.
Il consista à « déterrer et brûler les corps de 20 000 prisonniers de
guerre russes qui avaient été assassinés » (Daily Herald, 27
février 1961, p. 4).
Dans l’entrepôt de nourriture des SS (I Cannot Forgive, p. 92).
À l’usine Buna (Protocole 1, p. 23).
- Parcours du camp de concentration à l’usine Buna.
Il se faisait dans « un train de marchandises de soixante-dix ou
quatre-vingt wagons » (I Cannot Forgive, p. 108).
« Le trajet pour se rendre au travail [à la Buna] devait être parcouru
dans un ordre militaire rigoureux [in strammer, militärischer Ordnung]
» (Protocole 1, p. 23-24). Par conséquent, en marchant.
- Fin du travail à l’usine Buna.
Le 29 août 1942 (I Cannot Forgive, p. 120).
« Fin juillet 1942 » (Protocole 1, p. 24).
- Dimensions des tranchées vues lors d’une première visite à Birkenau.
Elles étaient « assez vastes pour contenir une rangée de maisons » (I
Cannot Forgive, p. 165).
Elles avaient « des côtés de six mètres chacun et six mètres de profondeur
» (Procès Zündel, p. 1316).
- Date du transfert à Birkenau.
« Après peu de temps, je fus transféré à Birkenau en guise de punition,
où je passai plus d’un an et demi [wo ich über 1/2 Jahre verbrachte].
Le 7 avril 1944 je réussis à m’échapper avec mon compagnon » (Protocole 1,
p. 26). Le transfert vers Birkenau s’effectua donc au plus tard en octobre
1942.
Le transfert à Birkenau s’effectua à une date qui n’est pas antérieure à
décembre 1942 (I Cannot Forgive, p. 167-170).
Rudolf Vrba arriva à Birkenau le 15 janvier 1943 (Procès Zündel, p. 1268).
Par conséquent, si Vrba est arrivé à Birkenau le 15 janvier 1943 et qu’il y
est resté plus d’un an et demi, cela veut dire qu’il n’a pas pu s’enfuir
avant le 15 juillet 1944.
- Le commando de déblaiement.
« Je ne pus conserver très longtemps ma relativement bonne position dans
le commando de déblaiement [Meine verhältnismassig gute Einteilung
beim Aufräumungskommando konnte ich aber nicht lange beibehalten]. Après
peu de temps, je fus transféré à Birkenau en guise de punition, où je passai
plus d’un an et demi » (Protocole 1, p. 26). Quand il est arrivé à
Birkenau, il ne travaillait donc plus dans le commando de déblaiement.
Rudolf Vrba a déclaré qu’il avait continué de travailler dans le commando
de déblaiement après son arrivée à Birkenau (Procès Zündel, p. 1319-1320).
- Le crématoire de Birkenau.
Lorsque Rudolf Vrba arriva à Birkenau il put voir « les lignes
régulières du crématoire en béton flambant neuf qui se détachait devant
nous d’une manière résolue, poignardant le ciel d’une flamme jaune du haut
de sa grande cheminée » (I Cannot Forgive, p. 170).
On sait qu’aucun crématoire n’a commencé à fonctionner à Birkenau avant
le 22 mars 1943 [179]. Selon cette version, par conséquent, Rudolf Vrba ne fut
pas transféré à Birkenau avant le 22 mars 1943, ce qui contredit ses versions
antérieures. En outre, si Vrba est resté plus d’un an et demi à Birkenau,
cela veut dire qu’il n’a pas pu s’échapper avant le 22 septembre 1944.
- Secrétaire du « camp de quarantaine ».
Rudolf Vrba travaillait comme « secrétaire » (registrar) dans
la « section de quarantaine » de Birkenau en janvier 1943 (Daily
Herald, 28 février 1961, p. 4).
Vrba fut nommé secrétaire du camp de quarantaine de Birkenau en juin 1943
(déclaration sous serment faite le 16 juillet 1961 à l’ambassade
israélienne de Londres pour le procès engagé contre Adolf Eichmann, I
Cannot Forgive, p. 271).
En 1985, Vrba déclara que le camp de quarantaine de Birkenau avait été ouvert
en juillet 1943 (Procès Zündel, p. 1347).
- Inauguration du premier crématoire de Birkenau.
En janvier 1943 (I Cannot Forgive, p. 15-19).
« Fin février 1943 » (Protocole 1, p. 11) ou « début mars 1943 »
(Protocole 1, p. 12).
- Capacité des crématoires de Birkenau.
Ils pouvaient anéantir et incinérer quotidiennement 12 000 personnes (France-Dimanche,
n 921, p. 8).
Ils pouvaient anéantir et incinérer 6 000 personnes par jour (Protocole 1, p.
12).
- Ceux qui furent anéantis lors de l’inauguration du premier crématoire
de Birkenau.
3 000 Polonais (Daily Herald, 28 février 1961, p. 4).
3 000 juifs polonais (I Cannot Forgive, p. 16).
8 000 juifs de Cracovie (Procès Zündel, p. 1409).
- Durée de l’opération d’extermination dans la chambre à gaz.
De 15 à 30 minutes (« quinze à trente minutes plus tard, tout le monde
était mort ») (France-Dimanche, n° 923, p. 8).
Trois minutes (« Nach 3 Minuten ist in der Kammer alles tot »)
(Protocole 1, p. 12).
- Transport des cadavres de la chambre à gaz jusqu’aux fours.
Après l’extermination dans la chambre à gaz, les cadavres étaient «
poussés [trundled] mécaniquement jusqu’à une autre pièce où
des dentistes enlevaient les dents en or et des chirurgiens faisaient la
dissection de ceux qui étaient soupçonnés de dissimuler des objets de valeur
dans leur corps. Et bientôt le tapis roulant [assembly belt]
avançait jusqu’à l’intérieur du crématoire » (Daily Herald,
28 février 1961, p. 4).
Le transport des cadavres de la chambre à gaz « jusqu’au crématoire » se
faisait au moyen d’« ascenseurs spéciaux » (special lifts)
(I Cannot Forgive, p. 18).
La communication entre la chambre à gaz et la salle des fours se faisait au
moyen d’un « rail » (Gleispaar) sur lequel circulaient des «
wagonnets plats » (flachen Feldbahnwagen) avec les cadavres
(Protocole 1, p. 11-12).
- Durée de la crémation des cadavres.
20 minutes (I Cannot Forgive, p. 16).
Une heure et demie (Protocole 1, p. 11).
- Tatouage des juifs déportés de Theresienstadt.
Ils étaient « tatoués avec un numéro spécial qui n’avait aucun
rapport avec Auschwitz » (I Cannot Forgive, p. 180).
Ils étaient enregistrés à leur arrivée à Auschwitz avec le numéro
correspondant à l’ordre de série général du camp (Protocole 1, p. 14 et
16).
- La « veste hollandaise ».
Il est fait allusion dans le Protocole 1 à un vêtement qu’un des
évadés aurait porté au moment de rédiger le témoignage : « La veste, que
je porte encore aujourd’hui, appartenait à un juif hollandais (on trouvait
effectivement à l’intérieur la marque d’un tailleur d’Amsterdam) »
(Der Rock, den ich noch heute anhabe, gehörte einem holländischen Juden (im
inneren desselben ist tatsächlich das Firmenzeichen eines Amsterdamer
Schneiders angebracht)) (Protocole 1, p. 10).
Ce passage contredit la version de Rudolf Vrba. Selon ce dernier, la fuite
depuis Auschwitz jusqu’à la frontière slovaque fut très mouvementée. À
leur arrivée à la frontière, Vrba et Wetzler avaient l’air de « deux
hommes d’affaires hollandais qu’on aurait rouler dans la boue et
précipités dans un gigantesque tas de ronces » (I Cannot Forgive, p.
246). Leur état était tel qu’un paysan slovaque qu’ils rencontrèrent à
la frontière les avertit qu’ils n’iraient pas très loin avec ces habits,
et c’est pourquoi, après les avoir emmenés chez lui, « il chercha dans sa
maigre garde-robe et s’en revint avec quelques vêtements de paysan [peasant’s
clothes] » que Vrba et Wetzler enfilèrent (I Cannot Forgive, p.
246). Cette version a été confirmée plus tard par Rudolf Vrba qui déclara
que lui et son compagnon d’évasion étaient « habillés comme des
paysans » (dressed as peasants), et « avec des chemises de
paysans » (in peasant shirts) depuis leur rencontre avec le paysan
slovaque [180]. C’est la raison pour laquelle, selon le témoignage de Rudolf
Vrba, ni lui ni Wetzler ne portaient de « veste hollandaise » lorsqu’ils
présentèrent leur témoignage devant les dirigeants juifs slovaques.
[Addition de 1998.
- École du rabbin Weissmandel à Bratislava.
Weissmandel avait une « école secrète [secret school] dans
l’une des plus anciennes parties de la ville » (I Cannot Forgive, p.
259).
L’école de Weissmandel était « presque au centre de la ville », «
bénéficiant manifestement de la protection tant des autorités slovaques
pronazies que des institutions officielles allemandes locales » (« Die
missachtete Warnung », p. 16).]
MENSONGES ET INEXACTITUDES
- Himmler, accompagné d’Adolf Eichmann, visita Auschwitz en août 1942 (Daily
Herald, 28 février 1961, p. 4).
Faux. Himmler n’a pas visité Auschwitz en août 1942 [181].
- Himmler, accompagné d’Adolf Eichmann, revint à Auschwitz en janvier
1943 pour inaugurer un grand crématoire (Daily Herald, 28
février 1961, p. 4). Himmler, sans Eichmann cette fois, a visité le camp d’Auschwitz
en janvier 1943 (I Cannot Forgive, p. 15).
Faux. Heinrich Himmler n’a pas visité Auschwitz en janvier 1943. En
outre, on n’a inauguré aucun crématoire à Auschwitz en janvier 1943 [182].
- Rudolf Vrba dit qu’il a vu en janvier 1943 le docteur Mengele, médecin
SS, en train d’assister au déchargement d’un convoi de malades mentaux en
provenance de Hollande (I Cannot Forgive, p. 151-152).
Faux. Le docteur Josef Mengele est arrivé à Auschwitz le 30 mai 1943
[183].
- Rudolf Vrba a déclaré avoir travaillé comme secrétaire au camp de
quarantaine de Birkenau soit à partir de janvier 1943, soit à partir de juin
1943 ; il a indiqué ailleurs que ce camp avait été ouvert en juillet 1943
(voir p. 113).
Ces déclarations sont fausses en plus d’être contradictoires. Le camp de
quarantaine de Birkenau (Quarantänelager BIIa) fut créé en
août 1943 [184].
- Le premier crématoire fut inauguré à Birkenau en janvier 1943 (I
Cannot Forgive, p. 15-19).
Faux. On n’a inauguré aucun crématoire à Birkenau avant le 22 mars
1943 [185].
- Rudolf Vrba a déclaré en 1985 qu’il pouvait voir « parfaitement bien
» ce qui arrivait dans les crématoires II et III de Birkenau car il se
trouvait d’eux à une distance inférieure à 50 ou 60 yards (45 ou 55
mètres) (Procès Zündel, p. 1322).
Faux. Dans ce cas Rudolf Vrba n’aurait jamais dessiné un croquis de ces
crématoires comme celui du Protocole 1 qui ne ressemblait en rien à la réalité
(voir Illustrations n°
7 et n° 8).
- Rudolf Vrba a également déclaré en 1985 que la chambre à gaz du
crématoire II de Birkenau avait « approximativement la hauteur d’un homme
adulte » (approximately the height of a grown-up man) (Procès
Zündel, p. 1444).
Faux. Comme on peut le constater avec le plan de l’Illustration
n° 13, la chambre à gaz présumée du crématoire II – elle figure sur le plan
comme étant une morgue – était semi-enterrée et dépassait à peine du sol de
20 ou 30 centimètres. Il est évident que Rudolf Vrba n’a jamais vu le crématoire
II de Birkenau.
- Rudolf Vrba a toujours déclaré que la principale raison de son évasion
avait été d’informer les juifs hongrois du sort qui les attendait à
Auschwitz après la déportation : « Le 7 avril 1944, je m’enfuis d’Auschwitz
avec mon ami Wetzler. Nous nous étions proposé d’avertir le monde de ce qui
se passait à Auschwitz et d’empêcher avant tout qu’on laisse déporter
sans résistance les juifs hongrois à Auschwitz. Puisque nous savions à cette
époque, à Auschwitz, qu’on préparait de grands convois de Hongrie.
[186] »
Faux. Bien que les Allemands soient entrés en Hongrie le 19 mars 1944,
Rudolf Vrba ne pouvait pas savoir le 7 avril 1944 qu’on était en train
de préparer à Auschwitz l’extermination des juifs hongrois. Ce fut plus tard
qu’on annonça à Auschwitz l’arrivée de ces derniers. Dieter Wisliceny
[187] a déclaré en effet après la guerre que le 20 avril 1944 le gouvernement
hongrois avait demandé au gouvernement allemand de prendre en charge les juifs
regroupés dans des camps de concentration à l’intérieur de la Hongrie.
Eichmann envoya alors un télégramme à son subordonné Rolf Günther, « l’invitant
à informer immédiatement l’inspecteur des camps de concentration, le
Brigadefuehrer Glicks [sic], de l’arrivée des juifs hongrois à
Auschwitz et 1ui demanda d’effectuer tous les préparatifs nécessaires pour
leur réception » [188].
De plus, il n’y a aucune allusion dans le Protocole 1 aux menaces qui pesaient
sur les juifs hongrois. Il n’est fait qu’une seule fois référence à la
Hongrie, mais avec un sens diamétralement différent, qui laisse entendre qu’il
s’agissait d’un lieu de refuge pour les juifs de Pologne : « De l’un d’eux
[un juif polonais], nous apprîmes que beaucoup de juifs polonais se
réfugiaient en Slovaquie et, de là, en Hongrie » (Protocole 1, p. 17). D’après
le contexte, on en déduit que cette conversation eut lieu trois semaines à
peine avant l’évasion.
- Vrba a rapporté que le 15 janvier 1944 on commença la construction d’une
rampe ou voie de chemin de fer à l’intérieur de Birkenau. « Le but de cette
rampe n’était pas secret à Birkenau, les SS parlaient du "salami
hongrois" et d’"un million d’unités". [189] » Vrba suggère
ainsi que les Allemands avaient commencé les préparatifs à Birkenau pour l’anéantissement
de la communauté juive hongroise.
Faux. Nous avons déjà vu au point précédent que les autorités d’Auschwitz
eurent connaissance de l’arrivée des juifs hongrois après le 20 avril 1944.
D’autre part, Hitler décida l’invasion de la Hongrie le 8 mars 1944 en s’appuyant
sur des rapports secrets qu’avait reçus Ribbentrop en février de la même
année. On révélait dans ces rapports que la Hongrie était en pourparlers
secrets avec l’ennemi [190]. Il est par conséquent absurde de soutenir que
les gardiens d’Auschwitz étaient en train d’effectuer des préparatifs pour
la réception des juifs hongrois deux mois avant qu’Hitler prenne la décision
de faire entrer ses troupes en Hongrie. Enfin, la voie de chemin de fer située
à l’intérieur de Birkenau avait été prévue dès le 14 octobre 1941,
lorsqu’on traça le « plan de localisation » du camp [191].
- « Par les journaux allemands, qui étaient interdits aux prisonniers, bien
entendu, mais que nous, vieux renards, "organisions" régulièrement,
nous eûmes connaissance de l’agitation en Hongrie. Puis il y eut des
nouvelles selon lesquelles des troupes allemandes étaient entrées pour
"rétablir l’ordre" ; et alors un événement [se
produisit] qui sembla fantastique et ridicule à la fois : Szalasi avait
été déclaré Premier ministre. Szalasi, le petit jouet nazi qui avait été l’objet
de risée dans son pays tout au long de son existence pathétique ! » (I
Cannot Forgive, p. 198)
Faux. Rudolf Vrba n’a rien pu lire de semblable durant son séjour à
Auschwitz. Ferenc Szálasi [192] n’a pas pris la direction du gouvernement
hongrois avant le 15 octobre 1944. D’autre part, les Allemands ne sont pas
entrés en Hongrie pour « restaurer l’ordre », que rien n’avait troublé,
mais pour éviter le changement de camp de son allié hongrois et faire face au
danger de la proximité des troupes soviétiques.
- Rudolf Vrba a signalé que pour réussir à s’évader d’Auschwitz il s’était
introduit dans une cachette proche du camp. Il resta trois jours avec son
compagnon d’évasion dans cette cachette jusqu’à ce que les SS renoncent à
les rechercher. Il se produisit une attaque aérienne pendant l’un de ces
trois jours : « Au cours de la nuit du 9 avril, nous eûmes un choc d’une
nature différente. Vers huit heures nous entendîmes soudain le grondement
lointain de gros avions, chose que nous n’avions jamais connue pendant tout le
temps que nous avions été à Auschwitz. Ils se rapprochaient de plus en plus ;
les bombes commencèrent alors à s’écraser non loin de là » (I Cannot
Forgive, p. 233).
Faux. Le premier bombardement aérien sur la région d’Auschwitz se
produisit le 20 août 1944. Le bombardement eut pour objectif l’usine d’essence
et de caoutchouc synthétique de l’I.G. Farben, située à proximité du camp
[193].
Lors du procès d’Ernst Zündel, l’avocat de la défense, Douglas Christie,
fit remarquer à Rudolf Vrba cette impossibilité. Vrba répondit alors qu’une
batterie d’artillerie antiaérienne se trouvait près de sa cachette et qu’il
n’avait pas pu distinguer si l’origine des explosions « était un
bombardement ou si l’artillerie avait été activée ». Cependant, poursuit
Vrba, « il est très probable que le feu d’artillerie qui fut ouvert le 9 [avril]
contre l’avion ait été un bombardement, étant donné la situation dans
laquelle je me trouvais » (Procès Zündel, p. 1459). En définitive, Vrba dit
qu’il avait confondu le feu antiaérien avec l’explosion des bombes de l’avion.
Néanmoins, cette déposition de Vrba contredit ce qu’il a déclaré dans son
livre, où il fait nettement la distinction entre le fracas des bombes de l’avion
et l’entrée en action de la batterie antiaérienne : « Les explosions [des
bombes de l’avion] se rapprochaient à présent, encore plus violentes.
Puis, soudain, presque à nos côtés nous sembla-t-il, il y eut un son
nouveau, le fracas discordant et insistant des canons antiaériens venant de
l’intérieur du camp » (The explosions were nearer now, heavier. Then
suddenly, almost beside us, it seemed, there was a new sound – the harsh,
urgent crash of anti-aircraft fire from guns on the camp itself) (I
Cannot Forgive, p. 233. C’est nous qui soulignons).
7. 2 Les déclarations d’Alfred Wetzler
Nous mettons en évidence ci-dessous les contradictions, mensonges et inexactitudes que l’on trouve dans les rares déclarations auxquelles nous avons eu accès d’Alfred Wetzler, l’autre auteur présumé du Protocole 1, sur son séjour à Auschwitz.
CONTRADICTIONS
- Arrivée à la gare d’Auschwitz.
Wetzler et ses camarades durent marcher jusqu’au camp de concentration
chargés de leurs « lourds bagages » (mit unserem Schweren
Gepäck) (Protocole 1, p. 1).
Wetzler et ses camarades durent « laisser tous les paquets dans le
wagon » [194].
- Tatouage.
Le numéro matricule fut tatoué à Wetzler et à ses compagnons de voyage
« sur la poitrine gauche » (an die linke Brust) (Protocole 1, p.
1).
Les numéros matricules furent tatoués à Wetzler et à ses camarades sur le
bras [195].
MENSONGES ET INEXACTITUDES
- « J’atteste que 64 000 juifs de Slovaquie sont arrivés au camp jusqu’en
octobre 1942. [196] »
Faux. Les juifs slovaques déportés à Auschwitz durant toute la
guerre furent 20 000 [197].
- Dans sa déposition devant le tribunal de Francfort qui jugeait d’anciens
gardiens d’Auschwitz, Alfred Wetzler déclara que lorsque lui et son compagnon
arrivèrent à Presbourg (Bratislava) après leur évasion, les dirigeants juifs
slovaques écoutèrent avec scepticisme leur récit sur les atrocités d’Auschwitz.
Mais, très opportunément, Wetzler « avait emporté avec lui une des
prétendues cartes de Waldsee [er habe damals eine der sogenannten
Waldseekarten mitgebracht] et put prouver grâce à cela comment les SS
camouflaient en Hongrie le massacre des juifs hongrois qui avait commencé. Les
premiers juifs arrivés à Auschwitz devaient indiquer à leurs proches laissés
en Hongrie, à l’aide de cartes portant des cachets de Waldsee et antidatés
[vordatierten], leur arrivée dans cet endroit présumé situé en
Thuringe. Ils étaient déjà morts depuis longtemps lorsque les cartes
antidatées furent envoyées par la suite dans leur pays. [198] »
Faux. Alfred Wetzler n’était plus à Auschwitz lorsqu’arrivèrent
les juifs déportés de Hongrie. Le premier convoi avec des juifs hongrois
arriva à Auschwitz le 2 mai 1944 [199], 26 jours après l’évasion de Wetzler
et de son camarade.
[Addition de 1998.
7. 3 Contradictions dans les déclarations de Rudolf Vrba et d’Alfred Wetzler
D’après Vrba, « [n]i [lui] ni Wetzler n’emport[èrent]
de papiers dans [leur] évasion de Birkenau » (« Die missachtete
Warnung », p. 10).
Wetzler affirme qu’ils s’étaient enfuis de Birkenau avec des informations
« sous forme écrite cachées dans deux tubes de métal »] [200].
Notes
| [179] |
Franciszek PIPER, « Extermination », dans : op. cit., p. 122. |
| [180] |
Lettre de Rudolf Vrba à Martin Gilbert, dans : Martin GILBERT, Auschwitz and the Allies, op. cit., p. 203. |
| [181] |
Danuta CZECH, « Kalendarium », n° 3, 1960, loc. cit., p. 76-86. |
| [182] |
Danuta CZECH, « Kalendarium », n° 4, 1961, loc. cit., p. 64-71. Dans son témoignage lors du procès d’Ernst Zündel et sous la pression de l’avocat de ce dernier, Rudolf Vrba s’est montré hésitant à propos de cette visite présumée d’Himmler. À cette occasion, Vrba a reconnu que la seconde visite d’Himmler s’est produite « à un certain moment de l’année 43 » et qu’il n’avait pas vu Himmler « directement » mais seulement sa suite, et c’est pourquoi il pouvait s’agir d’Himmler lui-même ou de « quelqu’un d’autre » (Procès Zündel, p. 1532-1534). |
| [183] |
Zdenek ZOFKA, « Der KZ-Arzt Josef Mengele. Zur Typologie eines NS-Verbrechers », Vierteljahrshefte für Zeitgeschichte [Munich], 1986, p.255. |
| [184] |
Danuta CZECH, « Konzentrationslager Auschwitz. Précis d’histoire », dans : op. cit., p. 29. |
| [185] |
Franciszek PIPER, « Extermination », dans : op. cit., p. 122. |
| [186] |
Témoignage lors du procès de Francfort, dans : Hermann LANGBEIN, Der Auschwiz Prozess, op. cit., p. 122. |
| [187] |
Subordonné d’Adolf Eichmann. Il était membre du « Groupe spécial d’intervention » (Sondereinsatzkommando) chargé de diriger la déportation des juifs hongrois. |
| [188] |
Nazi Conspiracy and Aggression, U.S. Government Printing Office, Washington, 1946, vol. VIII, p. 615. |
| [189] |
Lettre de Rudolf Vrba à Martin Gilbert, dans : Martin GILBERT, Auschwitz and the Allies, op. cit., p. 194. |
| [190] |
David IRVING, Hitler’s War, 1942-1945, Papermac, Londres, 1983 (1977), p. 611. |
| [191] |
Danuta CZECH, « Konzentrationslager Auschwitz. Précis d’histoire », dans : op. cit., p. 24. |
| [192] |
Dirigeant du mouvement antisémite et anticommuniste hongrois des Croix Fléchées. |
| [193] |
Raul HILBERG, La Destruction des juifs d’Europe, op. cit., p. 975. |
| [194] |
Déposition d’Alfred Wetzler devant un tribunaI slovaque de Bratislava en 1946, dans : Livia ROTKIRCHEN, The Destruction of Slovak Jewry, op. cit., p. 159. |
| [195] |
Ibidem. |
| [196] |
Idem, p. 161. |
| [197] |
Gerald REITLINGER, The Final Solution, op. cit., p. 500. |
| [198] |
Bernd NAUMANN, Auschwitz, op. cit., p. 193. |
| [199] |
Danuta CZECH, « Kalendarium », n 7, 1964, loc. cit., p. 91. |
| [200] |
[Lettre d’A. Wetzler à M. Karny, dans : Miroslav KARNY, « The Vrba and Wetzler Report », dans : op. cit., p. 564.]
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Source: Akribeia, n° 3, octobre 1998, p. 5-208
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