Enrique Aynat : Les « Protocoles d’Auschwitz » sont-ils une source historique digne de foi ?
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8 Vérification des témoignages
Avec cette vérification nous avons l’intention de confronter les
Protocoles avec d’autres documents indépendants de la même époque. Nous
voulons contrôler de cette façon si les événements relatés dans les
Protocoles ont été recueillis également, en totalité ou partiellement, dans
d’autres rapports et témoignages contemporains sur le camp d’Auschwitz.
Nous voulons savoir en définitive si ces documents confirment ou démentent le
contenu des Protocoles.
Dans ce but, nous avons examiné les documents suivants :
– Document OSS 66059, Record Group 226, National Archives, Washington : Description
of the Concentration Camp at Oswiecim (« Description du camp
de concentration d’Oswiecim »). Il s’agit d’un document de source polonaise
daté des 10 et 12 août 1943. Nous désignerons désormais ce document par le sigle
NA 1. Nous le reproduisons dans l’Appendice 9.
– Document OSS 61701, Record Group 226, National Archives, Washington. Informations
provenant d’un « Belge digne de foi » (Reliable Belgian) sur les
camps de concentration allemands en territoire polonais. Il porte la date du
27 septembre 1943. Nous désignerons désormais ce document par le sigle NA 2.
Nous le reproduisons dans l’Appendice 10.
– Document OSS 81854, Record Group 226, National Archives, Washington. Informations
provenant d’un journal clandestin polonais et relative au transfert à Oswiecim
d’installations de la Krupp. Il contient des informations jusqu’au 12 avril
1944. Nous désignerons désormais ce document par le sigle NA 3. Nous le reproduisons
dans l’Appendice 11.
Document NA 1
Le texte signale qu’entre septembre 1942 et début juin 1943 « environ 50
000 juifs de Slovaquie et du Protectorat » sont arrivés à Auschwitz (p. 1).
Cependant, pour la même période, le Protocole 1 n’enregistre l’arrivée
que d’un convoi de Slovaquie et de 6 000 juifs du Protectorat de
Bohême-Moravie (juifs de Theresienstadt) (YVA, p. 9-13). Ce document indique
également qu’en août 1943 trois grands crématoires fonctionnèrent à
Brzezinka (Birkenau) qui pouvaient consumer 10 000 personnes par jour (p. 1).
Cependant, dans les Protocoles, les crématoires qui fonctionnaient alors à
Birkenau étaient au nombre de quatre, avec une capacité maximale totale de 6
000 personnes par jour (YVA, p. 12).
Contrairement à ce qui est indiqué dans les Protocoles selon lesquels on n’appliquait
la mort au moyen de gaz toxiques aux Polonais « seulement dans des cas
exceptionnels » (YVA, p. 12), le document NA 1 signale que le « gazage [gassing]
des Polonais dans le camp est devenu très populaire » (p. 2).
Le document NA 1 indique également que les juifs déportés de Sosnowiec et de
Bedzin étaient anéantis à Auschwitz de la manière suivante : « Dans un
champ à ciel ouvert ils étaient jetés des camions, les enfants étaient
piétinés à mort [children were trodden to death], les femmes
étaient battues jusqu’à ce qu’elles perdent connaissance ; et tous
étaient laissés à demi-nus, pendant tout un jour, sous le soleil ardent, dans
la vague de chaleur [in the heat wave], sans une goutte d’eau,
sans aide.
Il est impossible de décrire les souffrances de ces gens avant que la mort
vienne les délivrer. Mais c’est la manière de procéder habituelle : les
enfants, les femmes, les malades incapables de marcher sont déchargés quelque
part, frappés à coups de pied et battus » (p. 4).
Selon les Protocoles, en revanche, les juifs de Sosnowiec (Sosnowitz) et de
Bedzin (Benzburg) furent gazés (YVA, p. 13-14).
Document NA 2
Ce document contient une liste de camps de concentration allemands situés
en territoire polonais. Les informations proviennent du « mouvement
clandestin polonais ». Le document indique que les « trois "camps de la
mort" ["death camps "] les plus connus sont Belzec,
Sobibor et Tremblinka III près de Malkinia », précisant qu’ils sont « pour
les exécutions immédiates » (p. 2). D’autres camps sont également cités,
comme Starogad II, Potulice III, Trawniki et Pomiechwek II, où les Allemands
laissaient mourir de faim les prisonniers « à la suite de mauvais traitements
ou de travaux forcés au-dessus de la résistance humaine » (p. 2). Le camp d’«
Oswiecim » (Auschwitz) est classé, avec 23 autres, dans la catégorie des
camps « où les conditions sont particulièrement dures » (p. 1). Oswiecim est
désigné comme « [l]e camp le plus grand et le plus ancien » (The
largest and oldest camp) (p. 1). Ce document, qui porte la date du 27
septembre 1943, à un moment où Auschwitz fonctionnait depuis trois ans et
demi, ignore donc complètement le gigantesque massacre qui s’y serait produit
selon les témoignages contenus dans les Protocoles.
Document NA 3
Ce document recueille les informations provenant d’un « bulletin clandestin
polonais » qui contient des renseignements sur la Pologne jusqu’au 12 avril
1944. Au second paragraphe, le document indique ce qui suit : « D’après des
informateurs de la région d’OSWIECIM [Auschwitz], le site du
fameux camp de concentration polonais est en train de devenir le centre de
nombreuses usines. Les "camps de la mort" ont été transformés en
"camps de travaux forcés" au cours du printemps 1944 » (The
« camps of death » were being converted to « forced labor camps » during
Spring 1944).
Cette révélation est en contradiction directe avec le témoignage du
Protocole 2 qui révèle que c’est précisément à partir du printemps 1944
qu’on effectua des préparatifs pour anéantir encore un grand nombre de
personnes. Ces préparatifs consistaient dans la construction d’une voie
ferrée qui allait jusqu’aux crématoires de Birkenau et dans le creusement de
quatre fosses dans le « bois de bouleaux » pour incinérer les cadavres (MDW,
p. 2-3).
Conclusion : seul un des trois documents examinés contient des éléments
qui corroborent la thèse soutenue par les Protocoles et selon laquelle on
était en train de perpétrer à Auschwitz un gigantesque massacre. Néanmoins,
de nombreux de détails figurant dans ce document (NA 1) ne sont pas
conciliables avec les informations contenues dans les Protocoles.
Le second document (NA 2) ignore qu’il s’est produit à Auschwitz quelque
chose d’extraordinaire et le troisième (NA 3) comporte un élément qui s’oppose
catégoriquement aux informations contenues dans le Protocole 2.
On peut donc affirmer que les événements rapportés dans les Protocoles non
seulement ne sont pas confirmés par les documents contemporains mais qu’ils
sont en grande partie démentis par eux.
Source: Akribeia, n° 3, octobre 1998, p. 5-208
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