A propos des jumeaux d'Auschwitz
Jean-Marie Boisdefeu
Il existe aux USA une association du nom de CANDLES qui regroupe un certain nombre de jumeaux juifs ayant été déportés à Auschwitz. Cette association a été créée en 1985 par l’un de ces jumeaux, Eva Kor née Mozes. Le site Internet de l’association (http://users.abcs.com/candles) contient beaucoup de cornichonneries, certes, [1] mais aussi de très intéressantes listes de jumeaux déportés à Auschwitz (en tout, 397 dont une très grande majorité sont Hongrois). On notera toutefois que Kor ne nous donne pas la preuve que tous ces jumeaux ont été sélectionnés comme jumeaux. De ces 397 jumeaux, 208 (des enfants) ont été libérés à Auschwitz (ce sont eux que montrent les célèbres photos prises par les Russes) ; 67 (des adultes) ont été libérés on ne sait trop où (probablement en Allemagne centrale) ; enfin, on ne sait rien du sort des 122 autres (sauf que quelques-uns sont morts à Auschwitz même). Kor indique pour la plupart de ces jumeaux la date de naissance et le numéro d’immatriculation.
1. Rappel de l’histoire de la déportation des juifs hongrois à Auschwitz
Le Dr. Mengele arriva à Auschwitz en mai 43 ; chercheur
déjà chevronné en anthropologie, il voulut profiter de l’occasion
extraordinaire offerte par la déportation massive des juifs par le sas d’Auschwitz
pour en sélectionner les jumeaux. Mengele obtint de ses supérieurs les
autorisations nécessaires et les crédits lui furent alloués le 18 août de la
même année mais, apparemment, ce n’est vraiment qu’avec l’arrivée des
juifs de Theresienstadt et surtout l’afflux massif des Hongrois à partir de
mai 44 que les jumeaux furent sélectionnés en grand nombre. Pour les
historiens, plus de 400.000 juifs hongrois arrivèrent en quelques semaines à
Auschwitz et la plupart de ces malheureux -jusqu’à 90, voire 95 %- furent
aussitôt gazés : c’est l’une des deux pages les plus sanglantes de l’histoire
d’Auschwitz ; jusqu’à 20.000, voire 24.000 personnes étaient parfois
gazées et incinérées sur la journée ! Si la « sélection pour le
gaz » des inaptes avait bien lieu à l’arrivée, il n’en allait pas de
même pour l’immatriculation des déportés jugés aptes au travail ; ils
étaient si nombreux que l’administration du camp fut débordée et le plus
souvent, les aptes étaient mis en « dépôt » (« Depot »)
dans le camp de transit (« Durchgangslager ») de Birkenau. Par la
suite, on les en sortit pour les envoyer dans les usines du Reich ou dans des
camps de travail. L’entrée du Kalendarium la plus commune à cette
époque est du type de celle-ci (datée du 17/5/44) : « Arrivés dans les
convois hongrois du RSHA, 19 juifs –des paires de jumeaux ou des jumeaux
séparés- sont sélectionnés et admis dans le camp sous les n° A-1419 à
A-1437. Vraisemblablement une partie des jeunes et des bien-portants sont mis en
‘dépôt’. Les autres [les inaptes] sont gazés. »
[« Aus den Transporten des RSHA aus Ungarn werden 19 Juden –Zwillingsbrüder
und einzelne Zwillinge- selektiert und als Häftlinge ins Lager eingewiesen ;
sie erhalten die Nummern A-1419 bis A-1437. Wahrscheinlich wird ein Teil der
Jungen und Gesunden als sog. ’Depot-Häftlinge’ ebenfalls im Lager
festgehalten. Die übrigen Menschen werden in den Gaskammern getötet. »]
On en retiendra donc ce point essentiel de la vulgate
exterminationniste : à l’exception d’un certain nombre de jumeaux, tous
les inaptes hongrois ont été gazés à l’arrivée ; pas une semaine ou une
quinzaine après l’arrivée mais directement à la descente du train ; dans l’heure
ou, en tous cas, dans les 24 heures. [2]
Il s’est trouvé un certain nombre de chercheurs pour
mettre tout cela en doute. Ainsi, en ce qui concerne le nombre de Hongrois
arrivés à Auschwitz, Carlo Mattogno avait exposé jadis que, s’il n’est
guère douteux qu’à cette époque, 147 convois (environ 440.000 déportés)
ont quitté la Hongrie vers Auschwitz, une partie seulement y est arrivée ;
ainsi, la première mouture du Kalendarium ne mentionnait-elle l’entrée
à Auschwitz que de 58 convois (173.000 déportés), ce qui donnait à penser
que 89 convois (265.000 déportés) avaient été déroutés et n’y étaient
pas entrés ; il s’ensuivait aussi que ces 265.000 déportés n’avaient pas
pu y être gazés (pour autant qu’on y ait jamais gazé qui que ce soit).
Certes, la deuxième mouture du Kalendarium opte finalement pour 147
trains mais on ne peut qu’en douter. Toutefois, on sait que, depuis, Carlo
Mattogno a radicalement changé d’avis et qu’il estime que la grande
majorité des juifs déportés de Hongrie sont bien descendus à Auschwitz.
Jean-Claude Pressac, lequel cherchait à réduire le nombre de déportés
entrés à Auschwitz pour rendre plus crédible la thèse des gazages, admit
aussitôt sans discuter la première thèse de Mattogno et il réduisit à 53
convois de 3.000 déportés chacun, soit 160.000 déportés, le nombre de
Hongrois descendus à Auschwitz, les autres ayant été déroutés ou n’ayant
fait qu’y changer de train. Toutefois, ce point de vue n’a pas encore été
admis par l’histoire officielle et il est toujours politiquement correct de
croire que quelque 400.000 Hongrois ont été gazés et incinérés à l’été
44 à Auschwitz.
Il n’entre pas dans nos intentions de rouvrir le débat récent entre Arthur R. Butz, Jürgen Graf et Carlo Mattogno sur le nombre de Hongrois déportés et arrivés à Auschwitz ; néanmoins, on peut se demander s’il n’est pas possible d’y voir plus clair à la lumière des informations trouvées sur le site de CANDLES. Nous allons donc examiner 3 points, à savoir :
Combien de trains de juifs hongrois ont-ils été réceptionnés à Auschwitz ?
Combien de juifs hongrois sont-ils entrés dans le camp d’Auschwitz (éventuellement pour y être gazés) ?
Est-il vrai que les inaptes hongrois (notamment les enfants) étaient systématiquement gazés à leur arrivée à Auschwitz ?
2. Nombre de trains de juifs hongrois entrés à Auschwitz
On ne peut pas se baser sur les dires du Kalendarium, car Czech a –malignement ?- confondu « convoi » et « liste d’immatriculation ». Il est facile de s’en convaincre par quelques exemples.
2.1. Premier exemple. Le Kalendarium indique (au milieu d’autres informations) :
17/5/44 : « Arrivés dans les convois hongrois du RSHA » [« Aus den Transporten des RSHA aus Ungarn »], 19 juifs (des paires de frères jumeaux et des jumeaux séparés) ont été immatriculés A-1419 à A-1437 ;
18/5/44 : « Arrivées dans les convois hongrois du RSHA » [« Aus den Transporten des RSHA aus Ungarn », 20 juives (des sœurs jumelles) ont été immatriculées A-3622 à A-3641.
Le Kalendarium donne ainsi à penser qu’il y eut un
convoi le 17/5 et un autre le 18/5. (C’est en tous cas ce que tous les
chercheurs ont compris.) [3] Or, on constate que, curieusement, il n’y a que
des garçons dans la sélection du 17/5 et que des filles dans la sélection du
18/5. On est en droit de se demander si ces garçons et filles ne sont pas venus
dans un seul et même convoi, l’employé chargé de l’immatriculation ayant
réparti les jumeaux immatriculés par sexe dans deux états statistiques de
dates différentes. Cette impression se renforce quand on constate, grâce aux
listes de CANDLES, que les (faux) jumeaux Istvas et Agnes P. (12 ans) ont été
respectivement immatriculés A-3630 le 17/5 et A-1437 le 18/5 ; or, à n’en
pas douter, ces jumeaux étaient arrivés à Auschwitz en se tenant par la main
dans un seul et même convoi.
Si le cas de ce couple mixte était isolé, on pourrait avoir
des doutes mais on peut citer d’autres exemples :
Mor et Eva Z. (11 ans) ont été immatriculés à 2 jours d’écart, soit les 21/5/44 (A-3102) et 23/5/44 (A-5419).
Ethel et Yiczhak L. (15 ans) ont été immatriculés respectivement les 27/5/44 (A-6033) et 28/5/44 (A-5722). Même chose pour Sara et Oscar G. (19 ans, il est vrai) immatriculés respectivement A-6030 le 27/5/44 et A-5719 le 28/5/44.
Gabor et Judith N. (17 ans) ont été immatriculés respectivement A-14327 le 17/6/44 et A-7259 le 18/6/44. Même chose pour Ander et Vera S. (15 ans) immatriculés respectivement A-14328 le 17/6/44 et A-7258 le 18/6/44.
Leora et Menashe L. (10 ans) ont été immatriculés respectivement les 1/6/44 (A-7059) et 2/6/44 (A-12090). Même chose pour les triplés Hedi, Josef et Otto S. (1 an) immatriculés respectivement A-7044 le 1/6/44 pour la fille et A-12087 et A-12088 le 2/6/44 pour les deux garçons.
2.2. Deuxième exemple : Le 7/6/44, à en croire le Kalendarium, il y eut 2 convois dont le sort fut réglé comme suit :
1er convoi : 2002 juifs hommes [adultes] sont immatriculés A-12091 à A-14092, les autres étant gazés [dont toutes les femmes -aptes comme inaptes-, les vieux et les enfants]
2ème convoi : 5 jumeaux sont immatriculés, soit 2 garçons (A-14093 et A-14094) et 3 filles (A-7206 à A-7208) ; une partie du convoi [des jeunes et des bien-portants] est vraisemblablement envoyé au Durchgangslager ; les autres déportés [les inaptes] sont gazés.
Comment peut-il donc se faire que dans le premier convoi, on n’ait pas trouvé de jumeaux et qu’on en ait trouvé 5 [cette fois-ci des deux sexes] dans le second [il en manque d’ailleurs un !] ? On peut raisonnablement penser que ces deux convois forment, eux aussi, un seul et même convoi.
On objectera peut-être que le préposé à l’immatriculation regroupait les jumeaux de différents convois ; peut-être bien mais, sachant ce qu’on sait de la façon fantaisiste dont est écrite l’histoire d’Auschwitz, on est aussi en droit de se demander si Czech n’a pas tout simplement inventé un convoi chaque fois qu’elle est tombée sur une liste d’immatriculés. [En effet, il n’y avait pas qu’une seule liste par convoi mais plusieurs : une pour les jumeaux hommes, etc.]
2.3. Comment en douter encore à la lecture du compte rendu de la sélection des 4 prétendus convois du 17/6/44 ? Qu’on en juge :
1er convoi : Sélection de 10 juifs (4 paires de jumeaux et 2 jumeaux isolés qui sont immatriculés A-14319 à A-14328) et de 2 juives de 19 ans (immatriculées A-7254 et A-7255). Les déportés jeunes et en bonne santé sont vraisemblablement envoyés au camp de transit. Les autres déportés sont gazés.
2ème convoi : Sélection de 320 juifs (immatriculés A-14329 à A-14648). Une partie des déportés jeunes et en bonne santé est vraisemblablement envoyée au camp de transit. Les autres déportés sont gazés.
3ème convoi : Sélection de 300 juifs (immatriculés A-14649 à A-14948). Une partie des déportés jeunes et en bonne santé est vraisemblablement envoyée au camp de transit. Les autres déportés sont gazés.
4ème convoi : Sélection de 120 juifs (immatriculés A-14949 à A-15068). Une partie des déportés jeunes et en bonne santé est vraisemblablement envoyée au camp de transit. Les autres déportés sont gazés.
Tout cela n’est évidemment pas vraisemblable et il est probable qu’on n’a affaire qu’à un seul et même convoi dans lequel il y a eu 750 sélectionnés répartis sur 5 listes, ce qui, bien entendu, réduit déjà le nombre de gazés éventuels.
Finalement, on ne peut trouver ici d’indications sur le nombre de convois de juifs hongrois ; on peut par contre y trouver la preuve que la relation que fait le Kalendarium de l’arrivée desdits Hongrois est erronée : à défaut d’autres documents, Czech a procédé à une reconstitution macabre et elle a inventé un convoi avec un maximum de gazés à chaque fois qu’elle est tombée sur une liste d’immatriculation.
3. Combien de juifs hongrois sont-ils entrés dans le camp d’Auschwitz (éventuellement pour y être gazés) ? (extrapolation du nombre de jumeaux immatriculés)
On peut retenir qu’en Europe, il y avait jusqu’il y a peu un accouchement de jumeaux tous les 80 accouchements, d’où on peut conclure qu’il y a 2,5 % de jumeaux, plus précisément 2,38 % dans le cas de la Hongrie. Un tiers sont des vrais jumeaux ; nés d’un même œuf, les vrais jumeaux sont parfaitement ressemblants et de même sexe. Par contre, les faux jumeaux proviennent d’œufs différents : ils ne sont pas plus ressemblants que des frères et sœurs nés d’accouchements différents et ils peuvent être de sexe différent ; les deux tiers de ces faux jumeaux étant tout de même du même sexe, il s’ensuit que, sur 9 jumeaux (vrais ou faux), 7 sont de même sexe, soit 77,7 %. Cela signifie que sur une population homogène de 160.000 Hongrois (chiffre retenu par Pressac), on doit trouver quelque 1.900 paires de jumeaux dont 1.480 de même sexe. [4] Or, de tout ce que disent les historiens, on en est manifestement très loin [5] mais ce n’est pas étonnant car Mengele ne pouvait évidemment pas sélectionner tous les jumeaux de cette communauté.
Il n’en avait pas les moyens financiers et matériels.
C’était sans intérêt sur le plan scientifique.
C’était impossible, ne fût-ce que parce que les couples de jumeaux se défont généralement à l’âge adulte. Sans compter que les paires de jumeaux disparaissent à la mort d’un seul des jumeaux.
Les observations pouvaient se faire aussi bien (et même mieux) sur des enfants, les jumeaux adultes étant mis au travail.
De la sorte :
La sélection des jumeaux se fit plus rare au bout de 2 semaines et on trouve peu de jumeaux immatriculés après le 2 juin.
Mengele ne sélectionna que des enfants et des adolescents ; certes, on retrouve quelques jumeaux adultes dans la liste de CANDLES mais ce n’est pas pour autant la preuve qu’ils furent sélectionnés comme jumeaux ; ils purent l’être comme aptes au travail.
Par contre, Mengele a sélectionné un grand nombre de faux jumeaux de sexe différent (19,1 %) et cela est étonnant vu que les faux jumeaux n’offrent pas plus d’intérêt pour le chercheur que des frères et sœurs nés d’accouchements différents. L’explication la plus vraisemblable est qu’il s’agit de bévues de la part de sélectionneurs sans formation médicale.
Il est évidemment tentant de calculer à quelle population
correspond le nombre de jumeaux sélectionnés à Auschwitz bien qu’on sache
qu’on ne puisse obtenir qu’un chiffre minimal, très inférieur à la
réalité.
La liste de CANDLES contient 131 paires de jumeaux
hongrois (41 masculines, 65 féminines, 25 mixtes) ; on pourrait tenter d’affiner
le calcul en essayant de déterminer le nombre de vrais jumeaux mais le jeu n’en
vaut pas la chandelle. De son côte, le Kalendarium indique qu’il a
été immatriculé 162 paires de jumeaux hongrois et nous retiendrons ce
chiffre. Notons que le chiffre du Kalendarium ne reprend pas un certain
nombre de jumeaux figurant dans la liste de CANDLES : il doit donc être
considéré comme inférieur à la réalité : il y a là une nouvelle
raison pour laquelle on doit s’attendre à ce que notre extrapolation
débouche sur un minimum. L’extrapolation donne donc 2 x 162 : 2,38/100 =
13.613 déportés hongrois. On n’est pas plus avancé et on se doutait bien
depuis le début de ce paragraphe qu’il en serait ainsi. Encore fallait-il le
faire et, nous semble-t-il, le faire savoir !
On pourrait ensuite tenter d’extrapoler le nombre de
jumeaux trouvés dans la classe d’âge par sexe la mieux représentée (En l’occurrence,
les filles de 12 ans : on en trouve 13 dans la liste de CANDLES.) ;
compte tenu du fait que, actuellement en France, les femmes de 12 ans
représentent 0,60 % de la population, ces 13 jumelles correspondraient donc à
une population de 13 : 2,38/100 : 0,6/100 = 91.036 ; ce chiffre
est le chiffre maximum qu’on puisse obtenir par extrapolation mais il reste,
en bonne logique, un chiffre inférieur à la réalité ; malgré quoi on n’est
guère plus avancé.
Il reste encore une possibilité à partir des jumeaux venus
de Theresienstadt (Bohème-Moravie) qui constituent le second grand groupe
sélectionné par Mengele. On sait que les juifs tchèques avaient été
ghettoïsés dans la petite ville de Theresienstadt ; certes, des catégories
privilégiées de juifs étrangers y avaient également été envoyées (juifs
allemands âgés qui y étaient morts en grand nombre, etc.) mais, globalement,
la population finalement déportée de ce ghetto vers Auschwitz reflétait bien
la communauté judéo-tchèque avec, tout comme dans la communauté hongroise,
un déséquilibre des sexes (les hommes ne représentant que 39 % des
déportés) mais, en définitive, elle devait être en tous points comparable à
la communauté judéo-hongroise qui fut déportée en 1944. Entre le 8/9/1943 et
le 29/9/44, 7 grands convois de juifs de Theresienstadt arrivèrent à Auschwitz
(dont 2 en pleine déportation des Hongrois) ; par la suite, il vint encore 10
convois, encore que plus petits, mais nous ne tiendrons compte que des 7
premiers convois pour les deux raisons suivantes :
d’une part, on connaît avec précision le nombre de juifs de ces 7 convois (19.918 déportés qui furent sélectionnés en bloc -en fait, à 90% selon le Kalendarium- à l’arrivée) ;
d’autre part, les jumeaux tchèques de la liste de CANDLES proviennent de ces seuls 7 convois.
On compte dans cette liste (après élimination de 3 cas douteux) 22 paires de jumeaux (14 masculines, 3 féminines, 5 mixtes) ; il y a donc un déséquilibre entre sexes mais dans l’autre sens que dans le cas des Hongrois et la question se pose de savoir si cette différence entre les deux déportations permet de poursuivre la comparaison. Nous pensons que oui mais nous comprendrions qu’on ne partage pas notre opinion. Il n’a donc été sélectionné que 22 paires de jumeaux alors qu’il devait y en avoir 237 (19.918 x 2,38/100 : 2) : il n’a donc été sélectionné que 9,3 % du nombre de jumeaux qu’il aurait dû ou pu s’y trouver. (Et peu importe les raisons pour lesquels il n’y a pas eu davantage de jumeaux sélectionnés.) On ne voit pas pourquoi la sélection des jumeaux dans les convois hongrois aurait été menée de façon différente ; le fait, notamment, que certains jumeaux hongrois ont été repérés longtemps après leur arrivée ne devrait rien y changer. Dans ce cas, il aurait pu arriver de Hongrie 162 : 9,3/100 = 1.742 paires de jumeaux correspondant à 2 x 1.742 : 2,38/100 = 146.386 déportés. Ce chiffre, qui ne constitue plus un minimum comme dans les extrapolations précédentes, est assez proche de l’estimation de Pressac (160.000) mais certains pourraient le contester de bon droit pour la raison que nous avons dite plus haut ; nous ne nous battrons d’ailleurs pas pour le défendre.
4. Est-il vrai que les inaptes hongrois (notamment les enfants) étaient systématiquement gazés à leur arrivée à Auschwitz ?
4.1. Reprenons le cas étudié ci-dessus des deux convois du 7/6/44 (s’il y a eu deux convois, ce dont on peut douter, avons-nous vu) ; le Kalendarium dit que le sort de ces deux convois fut réglé comme suit :
1er convoi : 2002 juifs hommes [adultes] sont immatriculés A-12091 à A-14092, les autres étant gazés [dont toutes les femmes, aptes aussi bien qu’inaptes ! -, les vieux et les enfants]
2ème convoi : 5 jumeaux sont immatriculés, soit 2 garçons (A-14093 et A-14094) et 3 filles (A-7206 à A-7208) ; une partie du convoi est vraisemblablement envoyé au Durchgangslager ; les autres déportés [les inaptes] sont gazés.
La chose est claire : qu’il y ait eu un ou deux convois, les enfants ont tous été immédiatement gazés sauf les jumeaux sélectionnés par Mengele. Or (et cela, le Kalendarium ne le signale pas.), on trouve au milieu des 2002 juifs [aptes] sélectionnés 2 jumeaux, en l’occurrence Aleksandor et Ernest G. (9 ans), immatriculés A-13202 et A-13203. Ces deux enfants ne furent donc pas sélectionnés comme jumeaux (peu importe le motif : loupé du sélectionneur, non-sélection parce que faux jumeaux, etc.) et ils ne firent d’ailleurs peut-être même jamais partie de la section de Mengele : ils ont donc reçu le même traitement que les enfants non jumeaux de leur convoi, lesquels sont censés avoir été gazés. Or, ils ne l’ont pas été et ils ont même survécu à leur internement. Alors, comment peut-on affirmer que les autres enfants ont été gazés à l’arrivée ? [6]
4.2. Il y a surtout les nombreux cas de jumeaux qui
furent sélectionnés, certes, mais pas à leur arrivée comme les jumeaux de l’exemple
précédent (Aleksandor et Ernest G.) mais plus tard, parfois beaucoup plus
tard. Prenons un exemple : Peter et Wenzel (alias Tomas) S. (9 ans) sont
arrivés, dit le Kalendarium, entre le 15/5/44 et le 30/6/44 mais ils n’ont
été immatriculés (A-17454 et A-17455) que le 10/7/44, soit 10 à 55 jours
après leur arrivée. Le Kalendarium n’avait pu que les déclarer
gazés à l’arrivée, eux aussi, puisqu’ils n’ont pas été repérés
comme jumeaux à ce moment-là, ce qui constituait, vu leur âge, la seule
raison pour laquelle ils auraient pu être épargnés.
On relève d’autres cas tout à fait semblables à la même
date :
Katalin et Martha D. (14 ans), (A-9745 et A-9746)
Andreas et Karl B. (9 ans), (A-7456 et A-7457).
Mais on relève aussi d’autres cas à peu près semblables :
Olga et Vera G. (6 ans) qui ont reçu les n° A-21945 et A-21946 le 11/8/44 c’est-à-dire très longtemps après leur arrivée (au moins 30 jours, les derniers Hongrois étant arrivés vers le 10 juillet). Elles ont été immatriculées avec 1.999 juives (dont, dit le Kalendarium, vraisemblablement des Hongroises et des Polonaises) extraites du Durchgangslager.
Paul et George H. (6 ans) ont été extraits du Durchgangslager et immatriculés A-17545 et A-17546 le 15/7/44. Les numéros précédents de cette série ont été donnés à des juifs de Trieste et les numéros suivants à des Juifs polonais de Sosnowitz. Dans le même temps, des milliers de juifs et de juives quittaient le Durchgangslager pour Buchenwald, Danzig et d’autres camps et c’est probablement à l’occasion de cette sélection que nos deux jumeaux ont été repérés et sélectionnés. C’est donc qu’eux non plus n’avaient pas été gazés à l’arrivée comme l’affirment les historiens.
Arrivées entre le 15/5/44 et le 30/6/44 comme tous les jumeaux hongrois cités dans ce chapitre, Sara et Margit S. (14 ans) ont été immatriculées A-9271 et A-9272 le 8/7/44 au milieu de 999 juives extraites du Durchgangslager et immatriculées A-8741 à A-9739 (2 autres jumelles, Katalin et Suzanne G. (47 ans) faisaient également partie de ce groupe mais, vu leur âge, il n’est pas anormal qu’elles aient été épargnées à l’arrivée, ce qui n’est pas le cas des petites Sara et Margit).
Georg et Laslo F. (14 ans) ont été immatriculés le 29/6/44 en dehors de tout convoi hongrois ; ils ont reçu les n° A-15675 et A-15676, lesquels font suite à une série de numéros donnés à des juifs grecs arrivés le même jour et précèdent une série de numéros donnés à des juifs italiens arrivés eux aussi le même jour. Eux non plus n’ont pas été sélectionnés à leur arrivée et sont donc censés avoir été gazés comme tous les autres enfants que nous venons de citer.
5. Conclusions
Les deux premières analyses ne permettent donc pas de
déterminer avec précision le nombre de juifs hongrois entrés à Auschwitz et,
donc, éventuellement gazés. On y verra au moins la preuve que le Kalendarium
n’est pas fiable.
Par contre, on ne peut contester les conclusions de la
troisième analyse : il est clair que le Kalendarium et tous les
historiens-théologiens (de Hilberg à Gayssot) ont tort d’affirmer que les
juifs hongrois inaptes étaient systématiquement gazés à l’arrivée à
Auschwitz. Et c’est le moins qu’on puisse dire !
On a donc ici une confirmation de plus de ce que l’histoire
d’Auschwitz est constituée d’exagérations grossières et ridicules sur des
points essentiels.
Notes
| [1] |
Nous ne pouvons résister à la tentation d’en citer une ; il s’agit d’une notice sur le célèbre Rudolf Vrba : « Evadé du camp [d’Auschwitz], il traversa l’Europe jusqu’en Suisse en possession d’un film pris clandestinement en vue de convaincre les autorités de ce que les Juifs étaient assassinés à Auschwitz. A la suite de ses efforts, la déportation des Juifs fut arrêtée après que le pape s’en soit plaint. ». Nous aimerions aussi raconter l’histoire de la petite fille de 9 ans qui échappa à la chambre à gaz parce qu’elle prétendit être « la meilleure éplucheuse de patates au monde » mais on n’en finirait pas. |
| [2] | Une seule exception : un convoi hongrois arrivé tardivement le 3/11/44 et dont tous les occupants (hommes, femmes et enfants dont les jumeaux Gaszpar et Uszn B., 6 ans, immatriculés B-14005 et B-14006) furent épargnés et immatriculés. Le Kalendarium n’en donne pas la raison. |
| [3] | On relèvera le tour de passe-passe de Czech : elle commence benoîtement par « Arrivés dans les convois hongrois du RSHA » [« Aus den Transporten des RSHA aus Ungarn »], ce qui n’est pas une formule propre à un convoi bien déterminé, mais elle poursuit par « une partie des jeunes et des bien-portants » [« ein Teil der Jungen und Gesunden »] et termine par « Les autres » [« Die übrigen Menschen »], formules propres à un seul convoi. |
| [4] | Les juifs de Hongrie déportés à Auschwitz constituaient une population homogène, à ceci près qu’il y manquait une partie des hommes adultes (en fuite, incorporés dans les bataillons du travail de l’armée hongroise ou déjà en camp de travail). On peut toutefois estimer que cela est sans importance pour notre raisonnement. Pour le % de jumeaux hongrois, voyez J. Rostand et A. Tétry, Atlas de génétique humaine, SEDES, Paris, 1955. |
| [5] | Nous ferons grâce au lecteur des diverses estimations que nous avons trouvées mais nous les communiquerons bien volontiers à ceux qui nous en feraient la demande. |
| [6] | Parmi les rescapés d’Auschwitz, on trouve d’ailleurs de nombreux enfants, notamment hongrois : voir Jean-Marie Boisdefeu, « Des enfants rescapés d’Auschwitz », Akribeia, n° 6, mars 2000, p. 94-99. |
Une première version de cet article a été publiée dans Etudes révisionnistes, Volume 1, sd (vers 2001), pp. 257-267.
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