CONTRE LE RÉVISIONNISME HISTORIQUE
LA LOI FABIUS ALIAS GAYSSOT
Le 14 juillet 1990 est paru au Journal Officiel de la République française le texte des nouvelles dispositions législatives prises à l'encontre du révisionnisme historique. L'essentiel de ces dispositions tient en les lignes suivantes dont nous soulignons les mots qui paraissent importants :
Seront punis des peines prévues par le sixième alinéa de l'article 24 ceux qui auront contesté, par un des moyens énoncés à l'article 23, l'existence d'un ou plusieurs crimes contre l'humanité tels qu'ils sont définis par l'article 6 du statut du tribunal militaire international annexé à l'accord de Londres du 8 août 1945 et qui ont été commis soit par les membres d'une organisation déclarée criminelle en application de l'article 9 dudit statut, soit par une personne reconnue coupable de tels crimes par une juridiction française ou internationale.
Le sixième alinéa de l'article 24 prévoit une peine d'un mois à un an de prison et/ou une amende de 2 000 à 300 000 F ainsi que l'obligation d'affichage et de publication aux frais du condamné. L'accord de Londres du 8 août 1945 a créé le tribunal militaire international qui allait siéger, à Nuremberg, pour y juger les Allemands et, à Tokyo, pour y juger les Japonais. Des vainqueurs allaient juger des vaincus en vertu, par exemple, des articles 19 et 21 d'un statut prévoyant :
Le Tribunal ne sera pas lié par les règles techniques relatives à l'administration des preuves […] Le Tribunal n'exigera pas que soit rapportée la preuve des faits de notoriété publique mais les tiendra pour acquis.
La nouvelle loi sera d'application difficile à cause du
fragment «et qui ont été commis» ; elle exigera, de la part des
plaignants, des recherches, d'ordre à la fois juridique et historique, qui
pourront se révéler infructueuses ; il leur faudra, de plus, se limiter aux
ressources offertes par la juridiction «française ou internationale»,
à l'exclusion des juridictions étrangères (allemande, israélienne,
américaine, britannique, …). Ils devront, par exemple, chercher des cas de
personnes condamnées pour crime de «gazage» ou crime de «génocide»
(assassinat dans le cadre d'une politique d'extermination systématique). A
supposer que de tels cas précis puissent être trouvés, il faudra les exposer
et les analyser. A ce moment-là, on révélera aux yeux de tous, et en
particulier à ceux des juges français d'aujourd'hui, l'étendue du désastre :
dans tous ces procès, on ne s'était guère soucié d'établir la matérialité
des faits, d'expertiser l'arme du crime, de prouver l'existence d'une intention
criminelle prenant la forme d'une politique d'extermination systématique. Dans
le cas du «procès du Struthof», on avait, par exception, songé à expertiser
la prétendue chambre à gaz et les prétendus gazés : les résultats avaient
été négatifs. Chaque procès antirévisionniste deviendra pour les
révisionnistes l'occasion de démontrer quel degré de cynisme et de
désinvolture ont atteint les juges de Nuremberg ainsi que les juges de France
qui ont eu à traiter de ces affaires.
Les juges de Nuremberg ont été conduits à qualifier de «vérités
établies» les «erreurs» suivantes parmi bien d'autres :
Katyn est un crime allemand (c'est un crime de nos alliés soviétiques) ;
Le nombre des victimes d'Auschwitz s'élève à 4 millions (aujourd'hui on nous dit :1 million) ;
Le total des victimes juives de la seconde guerre mondiale s'élève à 5 700 000 ou 6 000 000 (aujourd'hui ces chiffres sont tenus pour «symboliques») ;
Les Allemands fabriquaient du savon à partir de graisse humaine (bobard de la première guerre mondiale recyclé en 1945) ;
Les Allemands ont fabriqué des têtes réduites ainsi que des abat-jour en peau humaine (la tête réduite montrée au tribunal avait été volée à un musée d'ethnographie ; la peau était de chèvre) ;
A Treblinka, on exterminait les juifs à la vapeur d'eau (on nous dit aujourd'hui : au Diesel) ;
Hitler a donné l'ordre d'exterminer les juifs (cet ordre n'a jamais existé).
On serait en droit, au nom de la nouvelle loi, de poursuivre
les historiens qui sont aujourd'hui d'accord avec nous pour dire que toutes ces
vérités de 1945/46, et bien d'autres encore, sont autant d'erreurs
historiques.
L'un des premiers chez qui ait germé l'idée d'une telle loi semble avoir été
l'avocat Serge Klarsfeld. Ce dernier allait, dans les années 70, lancer en
Allemagne le projet d'une loi dite «du mensonge d'Auschwitz». Au terme de
longues années de discussions, le Bundestag votait l'adoption de l'article 194
du code pénal allemand. Contrairement à ce que prétendent ceux qui, en
France, suggéreront d'imiter «le modèle allemand», cet article n'est, en
définitive, qu'une pâle copie de son projet. L'article 194 n'interdit
nullement la contestation des «crimes [du vaincu] contre l'humanité». Il
autorise seulement un procureur à déposer plainte pour dommage causé «au
membre d'un groupe qui a été persécuté sous un gouvernement de violence ou
d'arbitraire, national-socialiste ou autre» ; le mot «autre» vise, par
exemple, le gouvernement d'un pays communiste.
Le premier groupe d'intellectuels qui, en France, ait proclamé son désir de
voir instituer dans notre pays une loi spéciale contre le révisionnisme est
celui qui s'est constitué autour de Pierre Vidal-Naquet et de François
Bédarida, avec Serge Klarsfeld, Georges Wellers (directeur du Monde juif,
revue du Centre de documentation juive contemporaine de Paris), le grand rabbin
Sirat, Mme Ahrweiler, Harlem Désir et J.P. Azéma. De ces personnes, le
bulletin quotidien de l'Agence Télégraphique Juive du 2 juin 1986 dira,
en première page :
Ils ont aussi formulé l'espoir d'une extension à tous les pays européens de la loi allemande interdisant la mise en doute du génocide.
Pour appuyer leur suggestion, ces personnes inventaient une
loi qui ne figure nullement dans le code pénal allemand ; l'argument servira
souvent par la suite et il a, en grande partie, facilité le passage de la loi
française. Cette loi sera-t-elle étendue à «tous les pays européens» ? On
peut en douter mais il n'est pas dit qu'avec une bonne orchestration de «carpentrasseries»
à répétition on n'y parvienne pas.
En attendant, la France se trouve être le seul pays à avoir une telle
législation.
En 1987, Laurent Fabius prenait l'initiative de proposer au Parlement une «loi
contre les négateurs». Il est le père fondateur de la nouvelle loi. Il n'y a
pas à proprement parler de «loi Gayssot» mais une loi «Fabius alias Gayssot».
Le 2 avril 1988, L. Fabius faisait déposer par Georges Sarre une proposition de
loi socialiste contre les révisionnistes. C'est cette proposition qui, avec
quelques changements, a été glissée dans la loi contre le racisme prévue par
le Parti communiste et J.C. Gayssot.
Dès qu'il est apparu, en 1987, que la France adopterait l'idée de Pierre
Vidal-Naquet et de F. Bédarida, ces deux derniers affectaient de prendre leurs
distances. Trop tard, le train était lancé.
A l'arrivée, P. Vidal-Naquet recevait la Légion d'honneur. La même livraison
du Journal Officiel qui publie le texte de la nouvelle loi se trouve
annoncer, quelques pages plus loin, l'élévation de P. Vidal-Naquet au grade de
chevalier de la Légion d'honneur sur proposition du ministre Jack Lang.
La République française a donc décidé, le jour même où
«la Patrie des droits de l'homme» célèbre sa fête nationale, d'instituer et
de fixer une vérité historique officielle, sous la signature de François
Mitterrand, maréchaliste éminent, puis grand Résistant, juriste de formation.
Cette vérité qu'il faudra respecter — avec la récompense des bons et la
punition des méchants — ne porte essentiellement que sur les années
1941-1944. Pour tout le reste de nos quatre mille ans d'histoire, on pourra
s'exprimer à peu près librement.
Des voix s'étaient élevées, y compris dans la communauté
juive, contre l'institution d'une telle loi. Mais, quand l'affaire de Carpentras
est apparue, ces voix se sont tues et, depuis l'adoption de cette étrange loi,
aucun de nos hommes politiques n'a osé saisir le Conseil constitutionnel,
présidé, il est vrai, par Robert Badinter, partisan farouche d'une répression
du révisionnisme.
Comme le faisait remarquer François Terré, à la veille du vote définitif de
la loi par l'Assemblée nationale (Le Figaro, 29 juin 1990, p. 2) :
Face à la proposition Gayssot [encore une fois, il faudrait dire : «la proposition Fabius alias Gayssot»] le silence infini de presque tous les juristes, de presque tous les historiens effraie.
Le journaliste Alain Rollat ne connaît pas d'historiens révisionnistes mais seulement de «prétendus historiens révisionnistes» qu'il ne manque pas une occasion de flétrir. Pourtant, dans Le Monde en date du 27 juillet (p. 6), sous le titre «Une belle occasion manquée», il écrivait :
Mais comment ne pas relever, surtout, pour souligner encore
davantage l'absurdité de la situation, que la période parlementaire de
printemps s'achève ainsi sous la forme d'un pied de nez, sans que personne ait
osé soumettre au Conseil constitutionnel la loi «tendant à réprimer tout
acte raciste, antisémite ou xénophobe» ? Voilà un texte qui, d'un point
de vue strictement juridique, soulève une question fondamentale, au regard de
la liberté d'opinion et d'expression, puisqu'il voue aux tribunaux, en visant
les prétendus historiens «révisionnistes», les citoyens «qui auront
contesté l'existence d'un ou plusieurs crimes contre l'humanité». Or,
faute de saisine du Conseil constitutionnel, cette question ne sera pas
tranchée. Sauf peut-être, si, un jour, quelque avocat avisé se tourne vers
les institutions européennes pour pallier cette anomalie.
Ont-ils craint de paraître s'aligner sur le Front national ? Ont-ils eu peur
des éventuelles réactions des organisations antiracistes ? En préférant
occulter un débat qui méritait pourtant d'avoir lieu dans un pays qui se
prévaut de l'état de droit, les parlementaires ont, en tout cas, laissé
passer, une nouvelle fois, une belle occasion de rehausser leur image.
Le révisionnisme poursuivra sa route.
La Revue d'Histoire Révisionniste continuera, sous la forme que
décidera son destin. [1]
*
QUELQUES PRISES DE POSITION HOSTILES
Simone Veil, Joseph Rovan (qui se reniera), Jacques Julliard, Philippe Boucher (3 fois), Théo Klein, Yves Jouffa (qui se reniera), Jacques Chirac (qui se reniera), Le Droit de vivre (qui se reniera), Jean Kahn (qui se reniera), Pierre-André Taguieff, Michel Rocard (qui se reniera), Bernard Cahen, Annie Kriegel (?), Charles Millon, …
Souhaitez-vous l'adoption, par la France, d'une loi
transformant en délit toute remise en question de l'existence des chambres à
gaz ?
Non. Il n'existe pas de loi pour interdire d'affirmer que Jeanne d'Arc
n'a pas existé ou que Verdun n'a pas eu lieu. Si l'on fait une loi, c'est que
le débat est ouvert. Ce n'est pas le cas, même si quelques olibrius
prétendent le contraire.
(Propos de Simone Veil recueillis par Dominique de Montvallon, L'Express,
25 septembre 1987, p. 23)
La France doit-elle imiter la République Fédérale et,
comme le suggère Charles Pasqua, faire de la négation du génocide un délit ?
L'historien Joseph Rovan, l'un des meilleurs spécialistes de l'Allemagne,
directeur de la revue Documents, donne son point de vue.
Joseph Rovan : Je suis contre toutes les lois d'exception. Un nouveau
texte législatif donnerait, en France, de l'importance à des phénomènes qui,
pour l'instant, ne sont pas contagieux.
(Propos de Joseph Rovan recueillis par Evelyne Fallot, L'Express, 25
septembre 1987, p. 26)
L'idée d'une loi réprimant toute dénégation des crimes
nazis fait son chemin puisqu'elle paraît avoir séduit des esprits aussi
différents que ceux de Charles Pasqua et de François Mitterrand. C'est une
fausse bonne idée. Et quel triomphe pour l'antisémite Faurisson, pour tous les
pervers et tous les cerveaux malades du révisionnisme que le recours au bras
séculier pour venir à bout de leurs aberrations ! Ne leur offrons pas
l'injuste privilège de se comparer à Galilée.
(La chronique de Jacques Julliard, Le Nouvel Observateur, 25
septembre 1987, p. 39)
Pareille confusion des registres n'est pas moins perceptible
dans la suggestion émise par M. Pasqua de faire de la négation des crimes
nazis un délit. D'abord parce que, c'est l'humour noir de la chose, cela
reviendrait à faire entrer dans la législation pénale française un étrange
«délit de révisionnisme», ce dont feu Joseph Staline pourrait se dire post
mortem très satisfait.
Ensuite, au bon prétexte de préserver la morale, ce serait enrégimenter
l'histoire. Or celle-ci ne se porte pas bien si sa vérité n'est admise que
sous la protection des juges et de la maréchaussée.
Le président de la République a sans doute parlé un peu vite, lorsqu'il a
approuvé la semaine dernière sur TF 1 l'idée de «son» ministre de
l'Intérieur. Comme si une idée de ministre de l'Intérieur n'appelait pas
l'inventaire avant l'approbation.
A l'appui de sa proposition, M. Pasqua invoqua l'exemple allemand. Il est dans
le vrai. Mais, outre que cela ne change rien à l'affaire, les circonstances
allemandes ne sont pas les françaises et il n'est pas besoin d'en dire plus. A
suivre un tel précédent, ne faudrait-il pas imiter l'Allemagne (de l'Ouest)
dans toutes ses interdictions et, aussi, écarter les communistes de la fonction
publique ? A défaut de pouvoir établir que le Front national cousine de trop
près avec le parti des chemises brunes, hors la loi, lui aussi, de l'autre
côté du Rhin.
Assurément, il est aussi bête qu'ignoble de nier la réalité des camps de
concentration et du génocide qui y fut entrepris ; ou encore de traiter cela du
bout des lèvres, comme on le ferait d'une mythologie.
Malheureusement, contester, douter, sont des droits qui ne se divisent pas. Il
ne saurait y avoir de canon pour distinguer le doute permis et la contestation
légitime. Au risque pour celui qui s'aventure à tort de subir la vindicte et
la réprobation qu'appellent ses thèses ou ses soupçons.
Le droit de douter ne peut pas davantage être réservé aux esprits honnêtes
et subtils. Quelle loi le dirait ? Il appartient aussi, quoi qu'on en pense, aux
crétins et aux malfaisants.
De plus, comme l'a judicieusement fait observer un lecteur du Monde (ils
sont décidément très bien !), où devrait-on s'arrêter en pareil chemin ? De
quelle sanction faudrait-il punir celui qui soutiendrait que Jeanne d'Arc finit
grand-mère et non pas pucelle embrasée ?
De plus encore, à partir de quel critère jugerait-on que le délit est avéré
? Où commencerait la négation ? Où finirait la critique ? Où serait la
divergence, ou bien la simple interprétation ? Quand on sait combien il est
difficile de prouver le caractère raciste d'un propos (et il en est au moins un
pour s'en réjouir), l'arme de la loi est un sabre de bois. S'il n'y avait plus
que la loi pour empêcher que l'on doute à haute voix de l'étendue des
horreurs nazies, la société française donnerait des idées d'exil.
(Philippe Boucher, «Limites», Le Monde, 27-28 septembre 1987, p. 8)
Pensez-vous nécessaires des sanctions pénales contre la
négation des crimes nazis ?
On ne peut pas édicter des vérités historiques par la voix
législative ou réglementaire. On peut, en revanche, condamner ceux qui
incitent à des actes criminels ou ceux qui portent atteinte à la mémoire des
gens qui ont souffert. Les protections légales peuvent peut-être, sur ces deux
points, être améliorées.
(Propos de Théo Klein, président du CRIF, recueillis par Patrick Jarreau, Le
Monde, 30 septembre 1987, p. 2)
D'une part, nous ne pensons pas que la ratification de
l'article 24-3 de la loi du 29 juillet 1881 tendant à créer un délit de
négation des crimes contre l'Humanité soit de nature à faciliter la lutte
contre certains écrits racistes. Par contre, cela risque de poser de sérieux
problèmes, tant au regard de la Liberté de la Presse, qu'au regard de la libre
recherche universitaire ou historique.
Plus que de modifier la loi du 29 juillet 1881, il serait plus utile que les
Parquets exercent systématiquement des poursuites lorsque des écrits
manifestement antisémites, ou faisant directement ou indirectement l'apologie
des crimes nazis, comme le tract dénommé L'Aigle Noir, leur sont
signalés par nos sections.
D'autre part, nous ne pouvons accepter que vous envisagiez de renforcer les
pouvoirs de l'Administration en ce qui concerne la saisie des publications.
(«Lettre du Président de la Ligue des Droits de l'Homme [Maître Yves Jouffa]
au ministre de l'Intérieur Charles Pasqua», Après-demain [organe de la
Ligue des Droits de l'Homme], octobre-novembre 1987, p. 1)
Les grands esprits se rencontrent. L' «Amateur» intitulé
«Limites» doutait qu'il fût opportun d'incriminer pénalement les historiens
mettant en cause l'existence des chambres à gaz. Au même moment, M. Yves
Jouffa, président de la Ligue des droits de l'homme, écrivait ceci à M.
Pasqua, auteur d'une telle suggestion : «Nous ne pensons pas que la
modification de l'article 24-3 de la loi du 29 juillet 1881, tendant à créer
un délit de négation des crimes contre l'humanité, soit de nature à
faciliter la lutte contre certains écrits racistes.
Par contre, cela risque de poser de sérieux problèmes, tant au regard de la
liberté de la presse qu'au regard de la libre recherche universitaire ou
historique.
Plutôt que de modifier la loi du 29 juillet 1881, il serait plus utile que les
parquets exercent systématiquement des poursuites lorsque des écrits
manifestement antisémites, ou faisant directement ou indirectement l'apologie
des crimes nazis, comme le tract dénommé L'Aigle Noir, leur sont
signalés par nos sections.»
(Philippe Boucher, «Odeur», Le Monde, 10 octobre 1987, p. 6)
Une loi existe en RFA qui condamne toute action
révisionniste en ce qui concerne la Choa. M. Pasqua, ministre de l'Intérieur,
a laissé entendre qu'une telle loi pouvait être proposée en France. Qu'en
est-il ?
J.C. : Je comprends parfaitement l'indignation légitime de toute la
communauté juive, à laquelle s'associe d'ailleurs l'ensemble du peuple
français, quand on entend, ici et là, les discours révisionnistes. Je crois
qu'il faut tout faire pour sensibiliser l'opinion à la tragédie qu'a été la
Choa et faire en sorte que son souvenir ne s'éteigne jamais. Je m'y emploie, et
j'ai pris des initiatives dans ce sens. Je ne crois pas pour autant, à titre
personnel, qu'il faille aller jusqu'à transformer la négation du génocide en
délit passible de sanctions pénales, car cela pourrait s'apparenter au délit
d'opinion. Ce ne serait pas, dans mon sentiment, la manière la plus efficace de
combattre ces thèses odieuses.
(Propos de Jacques Chirac recueillis par Roger Ascot et Haïm Musicant, L'Arche,
novembre 1987, p. 46)
Synthèse du président Trocmé
Priorité à l'éducation pour lutter contre les négateurs
M. Etienne Trocmé, président de la Conférence des
présidents d'universités, président de la fédération du Bas-Rhin de la
LICRA, présentait en conclusion une synthèse de ce colloque autour de cinq
points :
Le colloque a réaffirmé une base solide, une certitude incontournable : Les travaux des Faurisson n'ont aucune valeur scientifique, ils constituent une déformation des documents, une utilisation abusive des sources. On ne peut leur opposer une réfutation scientifique qui s'abaisserait. La véritable réplique aux négateurs est la poursuite d'un travail acharné, historique, sur les témoignages, les documents, les preuves inébranlables de ce phénomène unique.
Résister à la tentation de certains d'encourager une loi qui serait suffisante pour réprimer les négateurs. Nous ne sommes pas favorables à une telle loi au nom de nos convictions démocratiques et libérales. En effet, une loi peut être détournée. Quelques condamnations ne réduiraient pas les dangers insidieux de personnes habiles venant des extrêmes de droite ou de gauche qui accuseraient de cacher «une» vérité.
Il faudrait entreprendre une réflexion européenne, par exemple dans le cadre du Conseil de l'Europe et de la Commission des droits de l'homme. Une déclaration précisant des règles communes serait plus féconde qu'une législation nationale. La LICRA devrait y réfléchir et en prendre l'initiative dans les prochains mois.
(Colloque de Strasbourg sur le révisionnisme, Le Droit de vivre, [organe de la LICRA], novembre-décembre 1987, p. 19)
Le ministre a voulu rassurer les élus du Front national sur la portée des amendements introduits par le garde des sceaux, M. Albin Chalandon, en première lecture, amendements qui avaient déclenché la fureur de l'extrême droite. Le premier condamne l'apologie des crimes contre l'humanité, la loi sur la presse ne réprimant jusqu'à présent que l'apologie des crimes de guerre. Cette nouvelle incrimination «ne modifie en rien les règles applicables à la recherche historique, même quand les conclusions de celles-ci apparaissent comme des plus contestables», a affirmé M. Pandraud, en faisant implicitement allusion aux thèses dites «révisionnistes». Quant à l'interdiction à l'exposition et à la vente aux mineurs des publications incitant à la haine raciale, le ministre a expliqué qu'il s'agissait avant tout de «protéger la jeunesse».
La loi antiraciste de 1972 constitue-t-elle un arsenal
législatif suffisant ?
Nous avions souhaité qu'elle fût étendue à la négation du génocide et
aux falsifications de l'Histoire. Mais les juristes ont estimé que cela aurait
été créer un délit d'opinion. Ce qui nous paraît important, aujourd'hui,
c'est que dans l'Europe qui se forme, il y ait une harmonisation des
législations des divers pays, tendant à combattre la diffamation raciale,
l'antisémitisme, les attaques contre les minorités.
(«Un entretien avec M. Jean Kahn, président du CRIF [successeur de Théo
Klein]», propos recueillis par Patrick Jarreau et Henri Tincq, Le Monde,
3 octobre 1989, p. 16)
Ensuite, il y a le cas des révisionnistes. On peut condamner quelqu'un qui fait l'apologie de crimes contre l'humanité ; mais quand ces crimes sont niés, que peut-on faire ? Là aussi, il faudra réfléchir sur la loi de 1972, de manière que l'on puisse poursuivre des gens comme Faurisson sans limiter pour autant la liberté d'expression. Je ne cache pas que c'est un énorme problème.
Pour lutter contre la banalisation de l'antisémitisme, le premier ministre souhaite également créer un délit spécifique sanctionnant la négation des «
Propositions donnant lieu à controverses et nécessitant un
consensus des familles politiques :`
— Faut-il extraire la législation contre le racisme de la loi de 1881 sur
la presse, pour la traiter selon la procédure du droit commun ?
— Faut-il créer un délit spécifique sanctionnant la négation des «crimes
contre l'humanité» ?
— Faut-il incriminer le mobile raciste ?
(«Prévenir et réprimer» [le plan que M. Rocard soumettra à ses
interlocuteurs politiques], Le Monde, 29 mars 1990, p. 10)
Il y a de l'Église dans tout cela ; de celle qui, incapable
de prouver qu'elle avait raison, fulminait que l'adversaire avait tort par
nature. Le racisme a tort, mais c'est d'autant moins aux tribunaux de le dire
qu'ils ne le peuvent pas.
Pas plus qu'il n'y a lieu, comme on le prévoit, de les saisir du procès du
révisionnisme. Mais comment démontrer que c'est une fausse bonne idée ? Que,
saisis d'une telle loi, directement ou plus tard grâce à sa réforme à venir,
le conseil constitutionnel pourrait le juger contraire aux principes généraux
du droit, en particulier aux libertés de pensée, d'expression et de diffusion
?
Qu'est-ce qu'une société, qu'est-ce qu'une démocratie sans
droit à l'erreur, sans droit à la sottise ? Qu'est-ce qu'une démocratie où
un comportement jugé erratique par la collectivité vaut qu'on en bannisse son
auteur et qu'on rétablisse à son intention la «mort civile» que Napoléon
s'était bien gardé de supprimer ? L'horrible société où régnerait la
perfection. L'ambitieux gouvernement qui croit y parvenir. L'imprudent
gouvernement qui ignore que l'eau pure est médicalement imbuvable.
Contre les historiens fous qui nient l'existence des camps nazis et de leurs
millions de morts, faisons donner les historiens sensés qui savent ce qu'il en
fut. Si ceux-là devaient ne pas convaincre, croit-on que c'est un articula de
loi qui vaincrait là où l'intelligence et l'honnêteté auraient échoué ?
N'attendons rien des magistrats qui, étonnante découverte, se prononceront en
juges ; c'est-à-dire en droit et non selon l'équité, pour dire le droit et
non pas la vérité.
Ce «trop d'État» dont se plaignent les libéraux façon XXe siècle, il est
là tout autant que dans l'économie sous la forme d'ailleurs d'un «trop de
lois» plutôt que d'un «trop d'action». Quand on ne sait comment agir, on
fait charger la loi. Quand la politique patauge, elle légifère, elle
décrète. Elle interdit plutôt que de convaincre.
Reste que Michel Rocard n'exclut pas d'alourdir le dispositif répressif en créant un délit spécifique «sanctionnant la négation des crimes contre l'humanité». La proposition est entourée d'un grand luxe de précautions oratoires tant elle est sujette à controverse. Pour le gouvernement, «seul un large consensus des familles politiques» permettrait de la prendre en considération. On ne cache pas à Matignon que l'on veut à tout prix éviter «le grief dit de l' "histoire officielle"». Pas question, donc, de condamner le révisionnisme en lui-même.
- Bernard Cahen : Sur le principe, je suis opposé à une
loi spécifique. Je regrette qu'en démocratie, à chaque fois qu'on vote un
nouveau texte, il s'agisse d'un texte répressif. Pour dépasser le débat, je
ne crois pas qu'une démocratie puisse vivre longtemps en reposant sur des
textes de répression. J'oppose ce principe aux propositions de la LICRA. Nous
avons eu un débat au RAJF et nous sommes tombés d'accord sur la conclusion
suivante : les textes actuels sont suffisants, ils ont permis de condamner tous
les négateurs, il n'y en a pas eu de relaxés pour insuffisance de texte…
- Serge Klarsfeld : … Si. A Auschwitz.
- Bernard Cahen : A cause de l'interprétation des magistrats, pas du texte en
lui-même. Enfin, nous avons très peur que l'on crée une sorte d'histoire
officielle. Ce serait très dangereux. C'est pourquoi je rends hommage à la
proposition de la LICRA qui a su éviter cet écueil. J'y suis sensible et c'est
la raison pour laquelle je suis prêt à faire un pas.
J'émets une dernière réserve. Ce texte est ce qu'il est aujourd'hui. Comment
sera-t-il après les amendements que ne manquera pas de voter l'Assemblée
Nationale ?
- Patrick Quentin : Limiter un texte nouveau à la Shoah ne correspond pas, à
mon sens, à l'esprit du législateur républicain qui est là pour statuer sur
des textes d'application générale…
- Bernard Cahen : … C'est une loi d'exception qui serait proposée…
- Patrick Quentin : Et nous donnerions des arguments grand public à nos
ennemis.
(Fragments d'une discussion entre Me Patrick Quentin, président de la
Commission Exécutive de la LICRA, Serge Klarsfeld, président de l'Association
des Fils et Filles des Déportés juifs de France, et de Me Bernard Cahen,
président du Rassemblement des avocats juifs de France, Actualité juive
hebdo, 28 mars 1990, p. 5-6).
Les effets pervers de cette pratique de l'interdit sont éclatants. En confiant au pouvoir judiciaire la tâche détestable de paraître traquer le délit d'opinion et d'expression, en espérant de la concurrence entre organisations «antiracistes» une obsessionnelle chasse aux sorcières qui présente les mêmes excès que n'importe quelle chasse de cette nature, en s'abritant derrière des institutions juives inquiètes pour légitimer une insupportable police juive de la pensée — par exemple dans un cas navrant récent où on a suspendu un professeur d'université coupable d'avoir laissé s'exprimer un jeune collègue qui exposait des énormités (comme si l'université, depuis vingt ans, n'avait entendu que des propos équilibrés et raisonnables) — Michel Rocard devrait s'interroger en conscience s'il ne se prête pas à une assez répugnante instrumentalisation des concepts de racisme et d'antisémitisme en vue d'objectifs peu avouables.
Charles Pasqua se dit «content» d'être là, suscite des sourires quand il affirme qu'il n'est toujours pas prêt à faire campagne pour les socialistes, reconnaît qu' «il n'est pas facile de combattre le racisme» et se déclare partisan de la qualification d'un délit nouveau pour la négation du génocide. Charles Millon veut croire que désormais le racisme ne pourra plus être un «enjeu partisan» et dénonce «les mouvements qui spéculent sur le racisme comme sur l'antiracisme». Il dit son opposition à toute «pénalisation du délit de révisionnisme». Point de vue partagé par Michel Rocard.
A l'exception de Charles Pasqua et du CNI, partisans de la qualification d'un délit nouveau pour la négation du génocide, l'opposition manifeste une grande réticence.
Au nom du groupe UDF de l'Assemblée nationale, Charles Millon, faisant écho à André Santini, s'interroge, avec le souci de préserver la liberté de la recherche scientifique, sur l'opportunité de sanctionner les «révisionnistes».
Sur le sujet de la loi antirévisionniste, il est conseillé de lire :
Georges-Paul Wagner, «Il n'appartient pas aux législateurs d'écrire l'histoire ni aux historiens de dire le droit», Présent, 27 septembre 1989, p. 3 ;
Gérard Spitéri, «Le PS, le droit d'expression et la lutte antiraciste/Les révisionnistes en prison ?», Le Quotidien de Paris, 16-17 décembre 1989, p. 8.
*
LETTRE CIRCULAIRE ADRESSÉE PAR M. FAURISSON
A 700 CORRESPONDANTS LE 14 JUILLET 1989
Monsieur, Madame,
MM. Laurent Fabius et Jacques Chirac se sont prononcés pour des mesures
législatives permettant de poursuivre et de condamner les auteurs d'écrits
révisionnistes (Le Monde, 26/27 mars 1989, p. 18).
Une proposition de loi déposée par les députés socialistes en vue de
«combattre les thèses révisionnistes» prévoit contre les auteurs de ces
thèses une peine d'emprisonnement d'un mois à un an, une amende de 2 000 à
300 000 F ou l'une de ces deux peines seulement, et les frais afférents de
publication judiciaire forcée (Journal Officiel, Assemblée Nationale,
n° 1247, 2 avril 1988).
Ainsi la France pourrait-elle légiférer contre la libre recherche historique
à l'heure où, aux États-Unis, s'instaure un débat public autour de l'ouvrage
d'Arno J. Mayer, historien juif de l'université de Princeton, qui écrit à
propos d'Auschwitz :
Les sources pour l'étude des chambres à gaz sont à la fois rares et douteuses (Why Did the Heavens not Darken ? The "Final Solution" in History, New York, Pantheon Books, 1988, p. 362).
[Cet ouvrage de 500 pages, qui défend la thèse du "judéocide",
a été lu en manuscrit par les trois historiens d'origine juive : Raul Hilberg
(E.-U.), Hans Mommsen (R.F.A.) et Pierre Vidal-Naquet (France) ; ce dernier
tient à y saluer "le plus important effort jamais fait par un historien
pour penser l'impensable, de façon critique".]
Visé, comme bien d'autres, par cette tentative de répression, je me permets de
vous poser les questions suivantes :
Approuvez-vous le principe de telles mesures ?
Si vous réprouvez ces mesures (qui conduiraient, par exemple, à envoyer un professeur en prison parce qu'il ne croit pas aux "chambres à gaz"), comment entendez-vous manifester votre réprobation ?
M'autorisez-vous à faire état de votre réponse dans l'étude que je me propose de publier sur le sujet ?
Je vous remercie de l'attention que vous voudrez bien accorder au dossier
ci-joint ainsi que de votre réponse à mes questions.
Veuillez recevoir, je vous prie, mes salutations distinguées.
Robert FAURISSON
Professeur à l'Université Lyon-II
P.J. :
– Texte de la proposition de loi L. Fabius/G. Sarre (2 pages)
– «Le révisionnisme français après le Rapport Leuchter» (3 pages)
– «Pour qui ne croirait pas aux chambres à gaz : la prison !» (2 pages)
SEPT PREMIÈRES RÉPONSES
MICHEL RACHLINE
(Secrétaire Général,
Directeur des Éditions Albin Michel)
Monsieur le Professeur,
J'ai bien reçu les documents que vous m'avez adressés et je vous en remercie.
J'ai apprécié la subtilité due, je le pense, à une action de votre
inconscient concernant la phrase de votre carte de visite : "Pour Michel
Rachline […] et à qui j'offre une dernière occasion d'agir", rectifiée
par : "à qui s'offre une dernière occasion d'agir".
Pour en terminer avec ces reproches que vous m'adressez souvent, je me permets
de vous rappeler que j'ai écrit et publié, en 1974, un ouvrage intitulé : Un
Juif Libre dans lequel je prenais un certain nombre de positions qui m'ont valu
scandales, contestations, semi-persécutions et interdictions d'être vendu dans
certaines librairies.
J'y attaquais, entre autres, la politique sioniste, et j'y exprimais
instinctivement de sérieux doutes sur les chiffres avancés officiellement des
victimes juives dans les camps de concentration.
Depuis, j'ai lu, relu, et relu encore vos textes, et bien que j'aie pu acquérir
de la sorte un esprit critique et de très graves inquiétudes quant à la
réalité du génocide et des chambres à gaz, je me demande toujours quelle
différence peut faire, pour un mort, d'être mort dans une chambre à gaz ou
dans de tout autres circonstances, en opposition avec la loi, telles que les
camps de concentration. A moins que, ce que vous n'avez jamais fait à ma
connaissance, on ne nie également l'existence de tels camps.
Une phrase m'a particulièrement touché dans votre lettre du 1er janvier 1989
intitulée : "Le révisionnisme français après le rapport Leuchter".
Cette phrase de la page 2 indique que le vrai sens du révisionnisme n'a rien à
voir avec le racisme. Or, étant abonné à X…, il n'est pas de lecture que je
fasse d'aucun numéro de cette revue qui ne me dégoûte profondément par la
trivialité, la stupidité et le racisme constants de ses propos. Si le
révisionnisme doit conduire à de telles insanités, alors le révisionnisme
est une mauvaise action.
Cependant, votre message a un sens précis. Il s'agit de
répondre à trois questions.
Premièrement, concernant la tentative de répression exercée par des
parlementaires à travers une proposition de loi nouvelle : je vous réponds
donc : je désapprouve le principe de telles mesures, ce qui revient à dire
que, si je ne partage pas toujours les vues du révisionnisme, j'estime
nécessaire la liberté, qu'elle soit exprimée sous une forme ou sous une
autre, selon la forme de pensée de leurs auteurs.
Deuxième question : vous me demandez comment j'entends manifester ma
réprobation : très précisément en répondant à votre troisième question
qui consiste à vous autoriser à faire état de mes réponses dans votre
étude. En outre, je vous signale que je publierai le 10 septembre prochain un
ouvrage dans lequel figure un important chapitre sur la question juive telle que
je la conçois, en référence naturellement à la situation créée entre 1933
et aujourd'hui.
Enfin, j'aimerais vous poser à mon tour une dernière question, Monsieur le
Professeur, et cette question concerne le rapport Leuchter. Il est, je pense, de
notoriété publique que les chambres à gaz prétendues ou non homicides des
camps de concentration situés en Pologne, et notamment à Auschwitz et à
Birkenau, sont des reconstitutions à l'initiative des Soviétiques ou des
Polonais. Dans ces conditions, je vois mal comment Monsieur Leuchter aurait pu
déceler dans des reconstitutions des traces d'exécution par les gaz.
Je vous remercie de bien vouloir me donner une réponse à cette question
peut-être stupide, et dans l'attente du plaisir de vos nouvelles, je vous
renouvelle, Monsieur le Professeur, mon soutien intellectuel pour la liberté de
vos entreprises.
Michel RACHLINE
Cette lettre a été suivie d'un échange de correspondance entre son auteur et son destinataire.
JACQUES ROBICHEZ
Mon cher collègue,
Je réponds à votre lettre du 14.
Vous savez que je trouve inique la persécution dont vous êtes victime et dont
je me suis efforcé, sans succès, de vous défendre quand je présidais le
C.C.U. [2]
Je trouve, d'autre part, insupportable qu'une loi prétende limiter, sur
quelque question que ce soit, les droits de la recherche historique.
Mais je regrette que vous ayez, historien de la littérature française,
abandonné votre domaine pour vous vouer à l'histoire des chambres à gaz, - ou
du mythe des chambres à gaz.
Estimez-vous, oui ou non, qu'Hitler a persécuté les Juifs et que cette
persécution était inexcusable ? Si vous dites "pas persécuté", ou
"a eu raison de les persécuter", alors je me sépare de vous
catégoriquement.
Si vous admettez qu'il y a eu persécution, à quoi bon passer sa vie à se
demander si les victimes ont été empoisonnées, gazées ou pendues ? Je ne
comprends pas cette espèce de monomanie à la Balthazar Claes. Les
circonstances de l'exécution du massacre sont évidemment d'une importance
mineure par rapport à l'importance majeure du massacre.
Publiez ma réponse, si vous voulez, à condition de la publier intégralement,
et croyez, je vous prie, à mes sentiments les plus cordiaux.
Jacques ROBICHEZ
Cette lettre d'un professeur honoraire à la Sorbonne a été suivie d'un échange de correspondance entre son auteur et son destinataire.
MARCEL RENOULET
(Directeur de publication de "L'Homme Libre")
Monsieur,
Voici les réponses aux trois questions que vous me posez par votre lettre en
date du 14 juillet 1989.
1/ - Je n'approuve pas le principe de mesures législatives qui seraient une
atteinte grave à la liberté individuelle, ainsi qu'aux droits de l'homme, que
les politiciens de toutes nuances prétendent défendre !
2/ - Je compte manifester ma réprobation, chaque fois que j'aurai l'occasion,
contre toute condamnation des auteurs d'écrits révisionnistes.
3/ - Je connais particulièrement la question, depuis la publication du livre de
mon ami Paul Rassinier : Le Mensonge d'Ulysse. J'avais organisé pour lui
une conférence à la Bourse du Travail de Saint-Étienne.
Je vous autorise à faire état de ma réponse dans l'étude que vous devez
publier.
Recevez, Monsieur, mes salutations distinguées.
Marcel RENOULET
Marcel Renoulet est militant anarchiste.
JACQUES WILLEQUET
Je soussigné, professeur honoraire à l'Université Libre de
Bruxelles, déclare qu'au stade actuel de mes recherches, je ne puis m'associer
aux thèses de mon collègue Robert Faurisson, parce que je les trouve
pointillistes et parcellaires.
Cette circonstance me met d'autant plus à l'aise pour condamner, avec
indignation et ahurissement, certaine proposition de loi qui tendrait à
considérer comme nuls et non avenus quatre siècles de progrès, à priver
davantage encore les historiens de leur liberté académique, à nuire donc
gravement à la cause juive elle-même, et à donner une interprétation
inattendue de toutes les déclarations officielles qui ont émaillé le
bicentenaire de la Révolution française.
Pas la France, ou pas cela.
Jacques WILLEQUET
Jacques Willequet est l'auteur d'ouvrages de référence sur la seconde guerre mondiale. Dans une carte d'accompagnement de cette lettre, il autorisait M. Faurisson à faire état de sa réponse.
GEORGES CONCHON
Cher Monsieur,
Parce qu'aucun auteur, fût-ce parmi ceux que vous citez, ne m'a porté à
douter un instant de l'extermination systématique par les nazis des Juifs et
des Tziganes ; parce que, plus précisément, je suis allé il y a peu à
Auschwitz, où tout parle de l'holocauste et des chambres à gaz, j'ose espérer
que vous ne m'accuserez pas d'aveuglement (ou de lâcheté, mais je ne suis pas
historien), si mes réponses à votre questionnaire sont les suivantes :
Question n° 1 : Oui.
Question n° 2 : Sans objet.
Question n° 3 : Oui.
Croyez, en tout cas, que je garde un excellent souvenir de notre rencontre au
lycée de Clermont-Ferrand.
Georges CONCHON
G. Conchon, romancier, «prix Goncourt» 1964, essayiste politique, est mort un an après cette réponse.
VLADIMIR VOLKOFF
Monsieur,
En réponse à votre lettre du 14 juillet 1989, j'ai l'honneur de vous prier
d'abord de m'excuser de ne pas connaître vos travaux, et d'être par
conséquent incapable de porter un jugement sur le fond du débat.
Mais, pour répondre à votre première question, il me paraît évident que
tout groupe ou toute personne souscrivant à la Déclaration des droits de
l'homme se doit de laisser s'exprimer librement toute opinion, quelle qu'elle
soit, et qu'il est à la fois absurde et déshonorant pour un soi-disant
démocrate d'envisager de poursuivre au pénal un historien, quel qu'il soit,
défendant la thèse même la plus invraisemblable ou la plus offensante pour
quiconque.
Il devrait suffire, me semble-t-il — mais je ne suis pas un homme politique
—, de démontrer à l'opinion publique qu'il se trompe. S'il se trompe.
Absurde et déshonorant, mais non pas inédit, hélas.
Je vous autorise, bien entendu, à "faire état de ma réponse", à
condition naturellement de la citer en totalité, et, pour répondre à votre
deuxième question, ce sera là ma manière de "manifester ma
réprobation".
Veuillez recevoir, Monsieur, toutes mes salutations.
Vladimir VOLKOFF
JACQUES SOUSTELLE
(de l'Académie Française)
Monsieur le Professeur,
Je réponds à votre circulaire du 14 juillet, et je le ferai en toute
franchise.
En premier lieu, je suis en désaccord avec vous et avec les
"révisionnistes" en général. Je considère qu'il est impossible de
nier le fait du génocide, autrement dit la mise en application de la
"solution finale" par l'extermination systématique du peuple juif. Je
comprends mal l'acharnement que certains apportent à effacer cette réalité.
Pour ce qui est des "chambres à gaz, je ne mets pas en doute les
témoignages, notamment ceux de déportés que j'ai connus personnellement ;
j'ajoute que la controverse sur le point précis de savoir si les millions
d'infortunés disparus dans les camps sont morts gazés plutôt que pendus ou
fusillés me paraît macabre et déplacée.
En deuxième lieu, je tiens à préciser que le racisme sous toutes ses formes,
y compris l'antisémitisme et aussi le racisme antioccidental et antifrançais
camouflé en antiracisme, est à mes yeux odieux et condamnable.
Troisièmement, je réprouve toute mesure autoritaire, législative ou
policière, tendant à interdire l'expression d'une opinion, même si cette
opinion me paraît profondément erronée. Laissons les ayatollahs fanatiques du
chiisme dénoncer et menacer de mort quiconque ne pense pas comme eux. Autrement
dit, Monsieur le Professeur, je peux me sentir en complet désaccord avec vos
thèses, mais je ne saurais admettre qu'on fasse appel à la police ou à la
gendarmerie pour vous faire taire.
Ma réponse comporte, vous le voyez, trois éléments que je tiens pour
inséparables. Dès lors, à moins de la publier intégralement — et elle est
malheureusement fort longue — je n'autorise pas qu'il en soit fait état.
Veuillez agréer, Monsieur le Professeur, l'expression de mes sentiments
distingués.
Jacques SOUSTELLE
de l'Académie Française
Pour les débats au Parlement au sujet de la loi Fabius/Gayssot,
on consultera les J.O. (1990) suivants :
- 3 mai, Ass. nat., p. 897-973
- 12 juin, Sénat, p. 1445-1464
- 29 juin, Ass. nat., p. 3103-3116, 3122-3142
- 30 juin, Ass. nat., p. 3195-3201
- 30 juin, Sénat, p. 2308-2313
- 1er juillet, Sénat, p. 2341-2344, 2349-2350
- 1er juillet, Ass. nat., p. 3207-3209
- 14 juillet, Lois et décrets, p. 8333-8334.
Comité consultatif des universités.
Revue d’Histoire Révisionniste, n° 2, p.16-35
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