JEAN-CLAUDE PRESSAC ET LA TECHNIQUE DES CHAMBRES A GAZ
AUSCHWITZ : TECHNIQUE AND OPERATION OF THE GAS CHAMBERS
[Auschwitz : Technique et fonctionnement des chambres à gaz], par Jean-Claude PRESSAC, New York, Beate Klarsfeld Foundation, 1989, 564 pages (préface de Beate et Serge Klarsfeld).Compte rendu de
Cet ouvrage utile et révélateur du pharmacien français
Jean-Claude Pressac constitue une ambitieuse défense de l'histoire de
l'extermination d'Auschwitz face à la critique grandissante des révisionnistes
de l'Holocauste. L'auteur et les éditeurs — «les chasseurs de nazis» Beate
et Serge Klarsfeld — se rendent très clairement compte que le révisionnisme
de l'Holocauste n'est pas un phénomène provisoire et frivole mais une remise
en question sérieuse et redoutable à laquelle beaucoup d'intellectuels ont
d'ores et déjà donné leur adhésion.
Ce livre est présenté par les éditeurs comme «une réfutation scientifique
de ceux qui nient les chambres à gaz». Un article à son sujet est paru dans The
New York Times (18 décembre 1989) sous le titre de «Un nouveau livre
réfuterait la thèse révisionniste de l'holocauste» ou (dans d'autres
parutions) «Auschwitz : un sceptique vérifie l'horreur».
Imprimé sur 564 pages en grand format de 45 cm x 30 cm, Auschwitz :
technique et fonctionnement des chambres à gaz contient des centaines de
reproductions de bonne qualité, des plans et des schémas architecturaux
allemands d'origine, des photographies prises aussi bien pendant qu'après la
guerre, et beaucoup de documents, avec des traductions. On a fait don d'environ
la moitié des mille exemplaires à d'importantes bibliothèques et centres de
recherches dans le monde entier. Le reste des exemplaires est vendu 100 dollars
pièce (environ 550 FF), avec l'espoir qu'on en fera don à des bibliothèques
moins importantes.
Pressac présente deux types de preuve de l'extermination massive des juifs dans
les chambres à gaz.
Il commence par citer quelques «témoignages directs», y compris ceux déjà
bien connus de Miklos Nyiszli et de Charles Sigismond Paul Bendel. En même
temps, cependant, Pressac admet franchement que ces témoignages sont truffés
d'«erreurs», d'«absurdités», d'«inventions» et de «contradictions» (p.
469-479).
Puis il cite ce qu'il appelle des «indices criminels» documentaires de l'extermination à Auschwitz et à Birkenau. Ces «indices» sont présentés comme une sorte de réponse au professeur Robert Faurisson qui demande avec insistance «une preuve, une seule preuve» de gazages homicides. Pressac reconnaît que ce ne sont pas véritablement des «preuves» et ajoute qu'il n'existe pas de vraies preuves. Quelques-uns, au moins, des «indices» documentaires peu convaincants et douteux de Pressac sont déjà connus des révisionnistes (Enrique Aynat fournit une excellente critique révisionniste de ces «indices» dans le numéro d'automne 1988 du Journal of Historical Review).
Le livre de Pressac renforce plutôt le point de vue révisionniste sur
l'histoire de l'extermination d'Auschwitz et, par la même occasion, sur celle
de l'Holocauste tout entière. Pour commencer, en présentant sa thèse
centrale, il est obligé de faire beaucoup de concessions importantes à la
position révisionniste. Explicitement comme implicitement, il met en doute
d'innombrables affirmations, «témoignages» et interprétations de
l'Holocauste.
Par rapport à l'histoire «orthodoxe» de l'extermination, il situe ainsi son
propre livre :
Cette étude démontre déjà la faillite complète de l'histoire traditionnelle [de l'Holocauste] … une histoire fondée principalement sur des témoignages, rassemblés pour les besoins du moment, tronqués pour correspondre à une vérité arbitraire et parsemés de quelques documents allemands de valeur inégale et sans lien les uns avec les autres (p. 264).
Ainsi rejette-t-il implicitement, comme une «faillite», le
travail d'historiens de l'Holocauste tels que Raul Hilberg, Lucy Dawidowicz et
Nora Levin.
Pressac et les Klarsfeld sont comme des responsables militaires qui, serrés de
près par l'ennemi, ont décidé de répondre à l'inexorable avance des
révisionnistes par l'abandon des espaces, vastes mais intenables, de l'histoire
orthodoxe de l'Holocauste, pour se retrancher dans une petite forteresse
apparemment plus aisée à défendre.
Pressac fait de nombreuses concessions explicites à la vérité ; en voici quelques exemples :
Il n'y a pas de preuve concluante ou documentaire en faveur des récits souvent répétés de gazages homicides dans le crématoire du camp principal d'Auschwitz I. Le bâtiment tout entier a été radicalement «restructuré» et «reconstitué» après la guerre, et la cheminée de ce crématoire est factice (p. 123, 131-133, 144-146, 551).
L' «autobiographie» si souvent citée de l'ancien commandant d'Auschwitz Rudolf Höss est criblée d'erreurs. En outre, le «manuscrit» de plusieurs centaines de pages écrites à la main ne contient aucune rature ni correction, ce qui suggère qu'il a été recopié (p. 127-128, 551).
Un film soviétique de 1945 qui «authentifie» l'extermination par gaz dans la section «Canada I» est «un montage complet». Il n'y a jamais eu de gazages homicides dans cet endroit (p. 46, 49, 264).
Le procès du tribunal militaire britannique qui, en 1946, se termina par la condamnation à mort et la pendaison des fournisseurs de Zyklon, le Dr. Bruno Tesch et Karl Weinbacher, fut inique et probablement une «mascarade» (p. 17).
Le chiffre largement cité de quatre millions de morts à Auschwitz est de «propagande» et «symbolique» (p. 13, 501).
La crémation est beaucoup plus complexe et nécessite beaucoup plus de temps que veulent bien le prétendre les historiens de l'Holocauste, et les récits largement propagés sur la crémation de 10 000 ou même de 25 000 cadavres par jour à Auschwitz est absurde et impossible (p. 244, 247, 253, 334, 384, 413, 420).
«Sonderaktion» («action spéciale») n'était pas un euphémisme voulant dire assassinat ou extermination (p. 210, 213).
Le schéma des «chambres à gaz» de Birkenau, dans le rapport largement diffusé du War Refugee Board en 1944, est «erroné» (p. 459, 461).
Un projet de construction d'août 1942 pour Auschwitz-Birkenau démontre que les autorités allemandes prévoyaient un camp suffisamment grand pour contenir en fin de compte 200 000 détenus (p. 203).
Des photographies et des schémas montrent de vastes installations de quarantaine et d'hospitalisation pour les détenus malades ou blessés de Birkenau (p. 510-513).
Les quatre crématoires de Birkenau (Kremas II-V) sont au cœur
de l'histoire de l'extermination à Auschwitz. Des centaines de milliers de
juifs sont supposés avoir été gazés dans ces bâtiments entre mars 1943 et
novembre 1944. Cependant, les preuves documentaires présentées dans ce livre
ne peuvent en aucun cas se concilier avec le moindre plan ou la moindre
politique d'une extermination organisée et systématique.
Comme le démontrent clairement les archives allemandes, ces quatre bâtiments
furent construits à la fin de 1942 et au début de 1943, et furent terminés
entre mars et fin juin 1943. Pressac pense qu'un «plan» pour l'extermination
systématique des juifs à Birkenau a, par conséquent, dû être décidé entre
juin et août 1942, avec sa première mise en œuvre entre mars et juin 1943 (p.
212-213, 246, 348).
L'auteur s'écarte là radicalement de l'histoire «standard» de
l'extermination. La plupart des historiens de l'Holocauste ont soutenu que la
décision d'exterminer les juifs d'Europe avait été prise entre mi-1941 et
début 1942. Par exemple, la conférence de Wannsee à Berlin, où des
dirigeants allemands coordonnèrent la politique de «solution finale», eut
lieu le 20 janvier 1942. Et, d'après le «témoignage» d'après-guerre,
largement cité, de l'ancien commandant d'Auschwitz Rudolf Höss, les
«exécutions massives par le gaz» commencèrent à Auschwitz pendant l'été
de 1941.
Se fondant sur de copieuses preuves documentaires présentées dans ce livre,
Pressac conclut à juste titre que les crématoires (Kremas) II et III à
Birkenau furent conçus et bâtis comme des crématoires ordinaires. Leurs
prétendues «chambres à gaz» étaient dessinées et construites comme des
morgues ordinaires («Leichenkeller»), exactement comme l'indiquaient les
schémas architecturaux et comme le précisaient bien d'autres documents. Ces
«caves pour cadavres» furent partiellement construites sous terre afin
d'entreposer les cadavres au frais et d'en retarder la décomposition (p.
284-285). C'est seulement plus tard, soutient Pressac, que ces bâtiments furent
modifiés de façon improvisée ou transformés en installations pour
l'extermination (p. 184, 224, 264, 285, 289, 415, 429).
Mais, à première vue, cette assertion est fort improbable. L'acide
cyanhydrique (du Zyklon B) adhère naturellement aux surfaces humides, et, ces
morgues souterraines étant humides, le gaz mortel aurait assurément adhéré
aux murs et aux sols, mettant ainsi en danger la vie de tous ceux qui auraient
tenté de sortir les cadavres imprégnés de gaz.
Pour les crématoires (Kremas) IV et V de Birkenau, l'auteur a une théorie un
peu différente. La décision de construire ces deux crématoires
supplémentaires fut apparemment prise en août 1942, conclut Pressac, presque
certainement pour faire face à l'épidémie dévastatrice qui ravageait le
camp. Ces bâtiments n'étaient pas «conçus» comme des installations
d'extermination, écrit-il (p. 384, 392, 398). Mais Pressac prétend de façon
illogique que ces deux bâtiments — contrairement aux Kremas II et III —
furent construits en tant qu'installations d'extermination, alors que les quatre
bâtiments furent construits en même temps (p. 448).
Malgré cela, la technique selon laquelle les juifs étaient, paraît-il, gazés
dans les Kremas IV et V était illogique et inappropriée jusqu'à l'absurde.
Pressac décrit la procédure des prétendus gazages comme suit :
Même si la suite des opérations semble relativement simple, elle était devenue [?] irrationnelle et ridicule. Il était irrationnel de faire passer les victimes de la pièce centrale aux chambres à gaz, [et] ensuite de rapporter les cadavres dans cette salle, en brisant ainsi la suite logique de la conception initiale. Il était ridicule d'avoir un SS, avec un masque à gaz, en équilibre sur sa courte échelle, un bidon d'un kilo de Zyklon B dans la main gauche, lorsqu'il ouvrait et refermait l'imposte de 30 cm x 40 cm à travers laquelle il introduisait les granulés de la main droite. Cette action devait être répétée six fois… Quelques marches installées sous chaque ouverture lui auraient épargné toute cette performance (p. 384, 386).
En fin de compte, la finition des bâtiments Krema IV et V
dut être retardée de plusieurs semaines, et ceux-ci ne furent respectivement
terminés qu'en mai et fin avril 1943 (p. 348, 349, 384). Ils furent si vite et
si mal construits que le Krema IV fut bientôt définitivement fermé et le
Krema V ne put être utilisé que de façon intermittente (p. 413, 420).
Pressac concède que, dans les Kremas IV et V, les pièces qualifiées de
«chambres à gaz», pourtant construites, paraît-il, comme des locaux
d'extermination, n'avaient pas de ventilateurs. Mais ce fait à lui seul
signifie que ces chambres auraient été impropres à des gazages homicides.
Sans de puissants ventilateurs pour évacuer le poison mortel, il aurait fallu
de nombreuses heures d'aération «naturelle» avant que quiconque, même
porteur de masque à gaz, pût pénétrer en toute sécurité dans les chambres
saturées de gaz. Pressac reconnaît que ce fait gênant présente quelques
difficultés pour sa thèse de base, mais il mentionne seulement et sans
conviction que «la ventilation des lieux posait un sérieux problème» (p.
386, 416, 498) (les pièces supposées être les «chambres à gaz» des Kremas
II et III avaient des systèmes de ventilation, écrit-il, mais il reconnaît
que ceux-ci étaient clairement «conçus pour une morgue fraîche, non pas pour
une chambre à gaz relativement chaude», p. 224, 285, 289).
Le danger du Zyklon, et son importance à Auschwitz, est souligné dans un
important «ordre spécial» du commandant Höss, daté du 12 août 1942 (p.
201). Quarante copies en furent distribuées aux officiels dans tout le camp :
Aujourd'hui s'est produit un accident de santé accompagné de légères manifestations d'empoisonnement par acide cyanhydrique, qui conduit à rappeler à tout participant d'une opération de gazage ainsi qu'à tout autre membre de la SS que, particulièrement à l'ouverture des locaux pleins de gaz, les membres de la SS doivent, au moins pendant 5 heures, se tenir à 15 mètres de la chambre [à gaz]. Faire alors spécialement attention à la direction du vent.
Des travailleurs civils venaient de l'extérieur pour aider à la construction des quatre crématoires de Birkenau, ce qui semble étonnant si ceux-ci avaient été construits pour être des installations ultra-secrètes en vue d'une extermination massive. Par exemple, des travailleurs venant de neuf entreprises civiles de l'extérieur participèrent à la construction des Kremas IV et V (p. 350, 384). Il semble aussi qu'il n'y ait pas eu d'urgence anormale à finir ces quatre installations, puisque tous les travaux furent suspendus entre le 23 décembre 1942 et le 4 janvier 1943, afin que les travailleurs en civil pussent rentrer chez eux pour passer Noël et le Nouvel An dans leurs familles (p. 210, 213).
Les quatre crématoires de Birkenau ne furent à aucun moment cachés, dissimulés ou «camouflés». Ils étaient à la vue de tous, y compris des nouveaux arrivants juifs. Les Kremas II et III étaient particulièrement visibles (p. 247, 250, 251, 464, 556). Ne fût-ce que sur ce point, l'histoire de l'extermination à Auschwitz défie toute vraisemblance. Il est simplement incroyable que les autorités n'aient pas essayé de cacher ou de dissimuler leurs prétendues installations d'exterminations massives.
Pressac est parfois d'une ignorance qui surprend. Par exemple, il attribue aux
photos, qui montrent des conditions de vie très humaines dans le camp d'Auschwitz-Monowitz,
à une «source révisionniste», sans plus (p. 506-507). En fait, ces photos
proviennent du dossier Dürrfeld tel qu'il figure dans les documents du procès
de Nuremberg n° 6 : on les trouve aux Archives nationales de Washington.
Pressac mentionne brièvement l'important rapport de l'ingénieur américain
Fred Leuchter, qui a effectué la première expertise des «chambres à gaz»
d'Auschwitz, de Birkenau et de Majdanek. Mais il donne une fausse idée du
rapport et ignore la conclusion catégorique de Leuchter selon laquelle aucune
des prétendues «chambres à gaz» n'aurait pu être utilisée pour des gazages
homicides (p. 133).
Ce livre n'est pas facile à lire. Son style est embarrassé, alambiqué et
fréquemment obscur. Il est souvent nécessaire d'aller et de revenir d'un point
à un autre de son livre, sur de longues distances, pour comprendre telle ou
telle tentative de démonstration. Mais nous devrions sans doute lui être
reconnaissants de cette confusion, parce que, si Pressac avait écrit de façon
précise et logique, les Klarsfeld auraient peut-être bien refusé de publier
son livre.
Pressac ne semble pas être une personne psychologiquement solide. Par exemple,
il confesse s'être «presque» tué dans le camp principal d'Auschwitz en
octobre 1979 (p. 537). Ses rapports avec le professeur Faurisson et l'éditeur
révisionniste français Pierre Guillaume — auxquels il consacre plusieurs
pages — ont changé, passant d'une sorte d'admiration à une animosité
personnelle pleine d'aigreur. Il ne mentionne rien dans le comportement de
Faurisson à son égard qui justifierait une telle haine viscérale, même
compte tenu de l'intensité de son désaccord avec lui sur la thèse de
l'Holocauste. La nature affective et même vicieuse de l'hostilité furieuse de
Pressac envers Faurisson laisse augurer d'une personnalité anxieuse et
instable.
Malgré ses imperfections, ce livre est un ouvrage important et révélateur,
même si ce n'est pas pour les raisons qu'avaient à l'esprit l'auteur ou ses
éditeurs.
L'abondance des matières ne nous permet pas d'ajouter au compte rendu de Mark Weber une longue recension due au professeur Faurisson et intitulée : «Une thèse semi-révisionniste ("Bricolage et gazouillage" à Auschwitz, selon J.-C. Pressac)». Cette recension paraîtra dans la troisième livraison de la R.H.R.
Revue d’Histoire Révisionniste, n° 2, août-septembre-octobre 1990, p. 163-170
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