A PROPOS DE MM. BOUDAREL, NOTIN, FAURISSON …
Serge Thion
La guerre produit toujours des nouveautés. Le son du clairon
a électrisé quelques vétérans des guerres de l'Empire, en France et en
Amérique. Malgré la fatigue qu'ils éprouvent à remâcher leurs anciennes
défaites, la guerre du Golfe a libéré une dose d'adrénaline qui leur a
donné fugitivement la sensation de retrouver une jeunesse perdue et une
occasion de venger leurs hontes passées.
Pendant que Bush croit enfin pouvoir dire «Goodbye Vietnam», d'anciens soldats
de l'armée coloniale française, vaincus aussi au Viêt-Nam, se lancent à
l'assaut d'une moindre forteresse, celle de l'impunité dont jouirait un
universitaire, M. Georges Boudarel, aujourd'hui entouré de l'estime de ses
pairs. Celui-ci, communiste à l'époque stalinienne, professeur à Saigon (et
non pas, comme le dit curieusement le parti républicain, «membre des forces
françaises») est passé au maquis en 1950 pour lutter, aux côtés du
Viêtminh, contre la tentative de reconquête coloniale française. Dans ce
cadre il fut pendant quelques mois adjoint du commissaire politique d'un camp de
prisonniers de guerre français (non reconnus comme tels par la France, qui ne
voulait pas admettre qu'elle faisait la guerre, comme d'ailleurs en Algérie).
Le blocus imposé par l'armée aux régions viêtminh y provoquait une famine
endémique. Le manque de médicaments et de nourriture entraîna chez les
prisonniers, comme aussi parmi leurs gardiens, de lourdes pertes en vies
humaines. Ils recevaient la même maigre pitance que leurs geôliers, ce qui
correspond d'ailleurs aux prescriptions de la Convention de Genève. C'était la
vie concentrationnaire, avec son cortège habituel d'horreurs, y compris la
manipulation des consciences et l'appel à la collaboration avec les autorités
du camp pour sauver sa peau. Les mêmes causes produisent les mêmes effets,
sous tous les climats. On comprend très bien que ceux qui ont survécu à cet
enfer, et qui ne s'en sont peut-être pas tous sortis moralement intacts,
conservent une rancune entière. Ceux qui n'ont pas traversé de telles
épreuves feraient mieux de ne pas porter de jugements trop péremptoires.
La différence d'avec les grands systèmes concentrationnaires de l'époque est
dans le fait que les prisonniers étaient tous des soldats capturés au combat,
membres d'une armée qui ne reculait devant rien pour régner par la terreur,
les massacres, les incendies de villages, l'emploi systématique de la torture,
les bombardements aveugles, etc. C'est l'époque où commence l'emploi du
napalm, cadeau de nos amis américains qui subventionnent de plus en plus
largement cette sale guerre. Il fallait ainsi compenser la faiblesse numérique
de cette armée coloniale, composée exclusivement de volontaires, de
résistants qui continuaient à rêver plaies et bosses, et de délinquants dont
on vidait ainsi les prisons françaises. Individuellement, ces soldats
n'étaient sans doute pas tous des tortionnaires, mais le mépris des «niak» (nhà-quê,
paysans) était total. Le bilan des exactions de l'armée française était et
reste extrêmement lourd. Et il n'apparaît généralement pas dans la vaste
littérature qu'on ne cesse de produire depuis bientôt quarante ans à la
gloire de nos «valeureux soldats» qui ont «défendu le drapeau» dans la
gadoue des rizières pour succomber sous le poids des «rouges». Si, dans
certains milieux, on croit qu'il faut «réviser» l'histoire de la guerre
d'Indochine qui serait trop favorable aux partisans de Hô Chi Minh, un travail
sérieux sur les archives militaires françaises, encore fermées, et sur les
archives viêtnamiennes risquerait surtout de montrer que leur drapeau a
beaucoup traîné dans la boue et dans le sang.
Certes, les communistes dirigeaient la guerre, mais leur force résidait dans
l'immense et continuel désir de la quasi-totalité des Viêtnamiens de voir les
Français s'en retourner chez eux et de recouvrer leur indépendance
millénaire. C'est cette volonté d'éjecter les étrangers qui a brisé ensuite
l'intervention américaine. Si les communistes ont pu ainsi chevaucher la
volonté d'émancipation nationale, c'est que les Français, et les Américains
après eux, ont toujours soit détruit, soit corrompu les autres forces
nationalistes qui faisaient naturellement contrepoids aux communistes. Ils ont
fait le lit des communistes dans toute l'Indochine, comme ils ont fait celui de
Menguistu en Éthiopie, de Khomeyni en Iran, et ainsi de suite.
ÉLOGE DE LA TRAHISON
Georges Boudarel a trahi le drapeau français. Il est passé
à l'ennemi, comme d'ailleurs bon nombre d'antifascistes et de communistes le
firent à l'époque, dans les mêmes circonstances, en particulier des
Allemands, dont plusieurs anciens de la guerre d'Espagne, que les hasards de
cette époque avaient versés dans la Légion étrangère. Tous ceux-là
trahissaient la cause nationale, et ils ont été condamnés à mort [1]. A
MORT, par des tribunaux français. Comme, plus tard, en Algérie, le militant
communiste Iveton (voy. Jean-Luc Einaudi, Pour l'exemple — L'Affaire
Iveton, éd. de l'Harmattan). Celui-là a été exécuté. Son recours en
grâce a été refusé à l'initiative du Garde des Sceaux de l'époque, un
certain Mitterrand, qui aura le sang de l'anticolonialiste Iveton sur les mains
jusqu'à la fin de ses jours.
«Un peuple qui en opprime un autre ne saurait être un peuple libre.» C'est
pourquoi nous fûmes aussi quelques-uns à trahir durant la guerre d'Algérie.
Nous n'étions pas communistes ; nous étions même, pour la plupart,
antistaliniens. Mais les autorités de la France nous demandaient d'aller
massacrer des Algériens qui se battaient pour une cause dont on nous disait
que, dans les années 40, elle valait tous les sacrifices : la libération et
l'indépendance nationales. Si l'on acceptait le fait que la lutte contre
l'occupation allemande et le nazisme avait un sens, alors il fallait
reconnaître ce même sens à l'insurrection algérienne. Les partis de gauche
étaient si loin d'accepter ce minimum de cohérence qu'ils faisaient cette
guerre, trahissant ainsi leur propre raison d'être. Si, à en croire la rumeur
publique, Le Pen a torturé en Algérie, c'est sur ordre d'un gouvernement où
siégeaient des socialistes et des Mitterrand. Pour défendre l'idée de
liberté, il était donc nécessaire de trahir une gauche totalement compromise,
une République fourvoyée, une France radicalement infidèle à sa prétention
d'être le pays des Droits de l'homme. Elle les foulait aux pieds tous les
jours, aussi bien en Algérie qu'en «métropole». Ce cancer a fini par tuer la
IVe République et le parti socialiste SFIO, qui a mis vingt ans à s'en
relever.
Cette même nécessité s'imposait dans la guerre du Golfe. Il fallait se
désolidariser de cette effroyable volonté d'aller matraquer des peuples
lointains, au nom d'intérêts tellement inavouables qu'on les camouflait sous
les mensonges d'un appel au droit. Nous serons toujours prêts à trahir ces
volontés mesquines de domination, d'influence, de guerre, d'expansion qui
cachent, sous le nom d' «intérêt de la France», des affaires qui rapportent
à quelques-uns un surcroît de pouvoir, de fortune ou de gloire de pacotille,
aux dépens et des Français et des peuples que nous allons, de temps en temps,
comme on va en pique-nique, massacrer chez eux. «Un peuple qui en opprime un
autre ne saurait être un peuple libre» : appliquez ce principe à la planète
et jugez du chemin qu'il reste à faire pour que les hommes conquièrent ce qui
est le premier de tous les droits, la liberté. Seule la trahison des principes
infâmes qui permettent aux États d'écraser les hommes peut assurer la
possibilité d'une fraternité entre eux. Il faut peut-être rappeler, parce
qu'on l'oublie généralement, que l'article II de la Déclaration des droits de
l'homme (1789) range parmi les droits «naturels et imprescriptibles» de
l'homme celui de «la résistance à l'oppression».
C'est l'honneur de Boudarel d'avoir trahi les massacreurs de femmes et d'enfants
viêtnamiens, malgaches, algériens, africains, irakiens qui réclament
aujourd'hui sa tête. L'extrême droite qui, lors du conflit du Golfe, s'était
mise dans la contradiction de refuser l'engagement des forces françaises et de
soutenir en même temps notre vaillante armée, cherche sans doute ainsi, par un
sursaut de militarisme, à se dédouaner auprès d'un électorat qu'émoustille
toujours la vue d'un drapeau. Le son du clairon fait perdre bien des têtes.
L ' ART DU RENIEMENT
Georges Boudarel n'est plus stalinien. C'est dans le cadre de
sa vie au Nord Viêt-Nam, employé à divers travaux politiques et littéraires
au sein de l'appareil du parti communiste viêtnamien qu'il a entamé un
cheminement critique. Il lui fallut encore de nombreuses années pour obtenir de
quitter le Viêt-Nam, pour prendre ses distances à l'égard du communisme et
retourner en France après que sa trahison eut été amnistiée. C'est grâce à
l'appui d'universitaires anciennement communistes et pro-Viêtminh qu'il put
entrer, par la petite porte, dans l'institution universitaire. Contrairement à
beaucoup d'autres, il n'a jamais caché son passé. A l'inverse, il n'a cessé
de revenir dessus, de retravailler la matière historique à laquelle il avait
pris part. Il s'est engagé pas à pas dans une révision critique de l'histoire
du mouvement communiste au Viêt-Nam, où son histoire personnelle avait sa
minuscule part. Il a apporté une contribution importante à la réflexion
collective qui se fait dans ce pays entre les chercheurs, les enseignants
spécialisés, les «politologues», à laquelle participent aussi des exilés
indochinois et quelques anciens administrateurs ou militaires rescapés de
l'aventure coloniale. Dans ce petit monde, Boudarel a toujours tranché par son
honnêteté, ses doutes, sa tolérance, bref, sa démarche d'un homme qui a
connu l'aveuglement idéologique et qui consacre ensuite sa vie à le démonter
pour se l'expliquer.
C'est un cas assez rare parmi ceux qui ont renié leur engagement au service des
doctrines autoritaires. Pour un Boudarel ou un Edgar Morin, on a des multitudes
de renégats qui demeurent mentalement staliniens après avoir quitté le Parti,
une Annie Kriegel, qui défend Israël avec les mêmes méthodes qu'elle
employait à défendre Moscou, un Alain Besançon, qui n'a pas plus compris
l'URSS après qu'avant son départ du Parti, un André Glucksmann, aussi
bêtement terroriste dans sa défense de Soljenitsyne que dans celle de Mao, un
Kouchner, aussi publicitaire dans un gouvernement socialiste que dans l'Union
des étudiants communistes. On pourrait citer ainsi des centaines
d'intellectuels qui, pour avoir renié qui Staline, qui Mao, sont passés à la
réaction la plus noire sans changer d'esprit. Ils continuent simplement, par
les voies les plus appropriées, leur chemin vers le pouvoir. Il n'y a pas de
meilleure carte de visite, dans l'intelligentsia française, que le reniement
public : la marchandise se vend toujours bien. Certains assoiffés de publicité
vont même jusqu'à s'inventer un passé répréhensible, comme Le Roy Ladurie
ou Jean Lacouture, prétendant faussement avoir soutenu Pol Pot, pour mieux
vendre leurs jérémiades de renégats enfin patentés.
Et puis, il y a les renégats cachés, ceux qui préfèrent occulter leur
passé, les Longuet et autres anciens fascistes du parti républicain, les
anciens apparatchiks venus de l'Est qui ont colonisé certains secteurs de
l'université, les anciens soutiens de l'OAS, comme Poniatowski et Giscard, les
anciens faux résistants, comme Mitterrand, les anciens pétainistes rhabillés
en gaullistes, les anciens maos reconvertis dans le business et la manipulation
médiatique, les anciens démocrates recyclés dans le soutien à Israël, les
anciens militants de gauche passés à un atlantisme plus ou moins honteux, les
anciens «amis des Arabes», comme Roland Dumas, devenus chauds partisans du
massacre de ces mêmes Arabes, les anciens anticolonialistes se glissant avec
délices dans les pantoufles de Foccard, sans compter l'immense plèbe des
anciens intellectuels communistes avachis, reconvertis dans une défense des
Droits de l'homme qui ne coûte pas cher et qui peut rapporter gros, ou
démissionnaires, neutralisés, clients d'Ikéa.
Nous voulons bien qu'on fouille dans le passé de Georges Boudarel. La liberté
d'investigation intellectuelle doit être totale. Mais alors, que tremblent
aussi non seulement ceux qui veulent, grotesquement, le poursuivre pour «crime
psychologique contre l'humanité», mais aussi ceux qui, par leur passivité ou
leurs discrets encouragements, laisseraient sonner l'hallali contre un homme
honnête et dont le seul tort est de ne pas s'être prémuni contre les chacals
par une bassesse à la mode («J'étais le salaud rouge du camp 113…»)
dont mille autres ont donné le spectacle accoutumé.
La notion de crime contre l'humanité a été élaborée pour nier l'existence
de la légalité du IIIe Reich et la Raison d'État allemande, afin de donner
une forme légale à la condamnation et à l'exécution des dirigeants nazis. Il
fallait d'abord tordre le cou à une notion fondamentale du droit, nettement
affirmée par la Déclaration universelle des droits de l'homme, à savoir la
non-rétroactivité des lois. On a donc appliqué une loi de 1945 aux
événements de 1939-1945.
Cette notion n'a été introduite dans le droit français que par la loi du 26
décembre 1964 qui déclarait imprescriptibles les «crimes contre
l'humanité», à la veille de la prescription qui allait jouer en Allemagne
(les Allemands ont d'ailleurs changé leur loi ensuite). Elle n'a été
invoquée en justice qu'au moment du procès Barbie, appliquant donc à l'ancien
policier allemand une incrimination qui n'existait pas au moment des faits. La
Cour de cassation, le 20 décembre 1985, donnait d'ailleurs une définition
dudit «crime contre l'humanité» différente de celle de Nuremberg en parlant
d'«actes inhumains qui, au nom d'un État pratiquant une politique
d'hégémonie idéologique, ont été commis de façon systématique, non
seulement contre des personnes en raison de leur appartenance à une communauté
raciale ou religieuse, mais aussi contre les adversaires de cette politique»,
ce qui avait pour but de réintégrer les résistants dans la procédure contre
Barbie (faits autrement prescrits), au grand dam des avocats des parties juives
qui entendaient se réserver le monopole, si l'on peut dire, de l'humanité,
victime de crimes éventuels.
Me Jean-Marc Varaut, au nom de l'Association nationale des anciens prisonniers
d'Indochine, vient de déposer plainte contre Boudarel pour crime contre
l'humanité. Il ne semble pas prendre en compte que, si des crimes sont
imprescriptibles, ils peuvent néanmoins faire l'objet d'une amnistie. C'est ce
qu'a dit la Cour d'appel de Paris le 12 mars 1986. Me Varaut se prévaut d'une
décision de la Cour de cassation du 3 juin 1988 qui affirme que
l'imprescriptibilité l'emporte sur les règles de droit interne, décision
certainement contraire à la constitution qui affirme la non-rétroactivité des
lois. Passons sur cet imbroglio. Si Me Varaut parvenait à imposer son point de
vue, alors tous les dossiers des atrocités coloniales pourraient se rouvrir
devant la justice. En effet, les innombrables massacres, tortures, camps de la
mort et autres incendies de village sont bien des «actes inhumains» commis
contre des «adversaires» d'une «politique d'hégémonie (française)
idéologique (coloniale, républicaine, de l'Empire français, etc.)». Des
millions d'immigrés viêtnamiens, malgaches, algériens, africains seront dès
lors fondés à réclamer justice et à poursuivre les militaires français qui
ont commis ces crimes incontestables, lesquels ont été soigneusement, et
rapidement, couverts par différentes lois d'amnistie votées après la guerre
d'Algérie.
Nous sommes plutôt partisans, non pas de l'oubli, mais de la réconciliation,
de la cicatrisation, du deuil et de la lucidité vis-à-vis d'un passé que les
vengeances actuelles ne répareront pas. Si des crimes de ce genre devaient
être punis, nous voudrions que ce soient les plus récents, les plus chauds,
ceux, par exemple, que les coalisés ont commis en Irak, en massacrant les
civils par dizaines de milliers, sans la moindre justification. Mais pourquoi
vouloir ouvrir les vieilles boîtes de Pandore ?
SOMBRE MÊLÉE DANS LA CAPITALE DES GAULES
Lionel Jospin, ministre de ce qui tient lieu d'Éducation
(qui, d'ailleurs, ne se vante guère de ses anciens liens avec les trotzkystes),
a affirmé qu'il n'interviendrait pas dans l'affaire Boudarel, pas plus que dans
l'affaire Notin, car la nomination des enseignants ne dépendrait pas du
ministère. On sait pourtant que, lors des délibérations du conseil de
l'Université Lyon-III, le téléphone avait beaucoup sonné entre Lyon et la
rue de Grenelle. Embarrassés, suant sang et eau, soumis à un violent chantage
de Michel Noir, maire de Lyon, les collègues de Bernard Notin, qui n'étaient
pas favorables à une sanction pour ce qui leur apparaissait comme une vétille,
avaient dû délibérer deux jours, au lieu des deux heures prévues, pour finir
par s'incliner devant les puissances extra-universitaires et suspendre leur
collègue pour un an. Bernard Notin, dans un article consacré au pouvoir des
médias, avait commis la naïveté d'écrire une phrase où il mentionnait les
doutes qui, pour certains, planent sur l'existence des chambres à gaz et de
citer en note mon livre sur cette affaire (Vérité historique ou vérité
politique ?, La Vieille Taupe, 1980).
Naïveté, parce que cette phrase n'était qu'une incidente, qu'il citait
simplement l'opinion d'autrui, qu'il n'avait nullement étudié la question et
que son article portait sur un tout autre sujet, et enfin qu'il ne savait pas
où il mettait les pieds. Son avocat, Me Gilbert Collard, n'en savait pas plus
et, pour prix de sa décision d'entreprendre la défense d'un cas typique
d'atteinte à la liberté d'expression, se voyait immédiatement expulsé du
MRAP où il militait depuis longtemps. Lors des débats qui ont précédé la
mesure de suspension, le président de Lyon-II , M. Michel Cusin, était venu
déclarer que le professeur Faurisson, le principal défenseur de la thèse
selon laquelle les chambres à gaz décrites dans la littérature sont une
impossibilité matérielle et physique, avait fait des «cours de
révisionnisme» du temps où il enseignait à Lyon-II avant d'être, lui aussi,
suspendu. Averti par la presse de cette étrange déclaration, je contactai M.
Notin pour lui apprendre, et lui suggérer de faire savoir à son avocat, qu'il
s'agissait là d'un pur et simple mensonge. Cette affaire s'étant passée dix
ans auparavant, il n'était pas étonnant que MM. Cusin, Notin et Collard
ignorassent la réalité. Ce n'est donc pas du tout, comme l'affirme Le Monde
(20 mars 1991), avec une hypocrisie calculée, Me Collard qui aurait tendu un
piège et fait dire à M. Cusin que Faurisson «avait donné des cours de
révisionnisme». C'est M. Cusin qui a offert cette affirmation, qu'il a
cherché à rétracter le lendemain en envoyant au «tribunal» un texte où il
dit avoir évoqué ces prétendus cours de révisionnisme «par erreur ou abus
de langage». L'universitaire Michel Cusin ne sait donc pas ce qu'il dit. C'est
sur cette erreur qu'est fondé le vice de forme utilisé par le CNESER, conseil
supérieur des universités, pour annuler la sentence de Lyon. A Paris, le
forcing du maire de Lyon était évidemment moins efficace, sans compter que sa
piètre performance électorale, le mois dernier, et son déclin rapide lui ont
ôté une bonne partie de ses moyens.
Dans cette affaire, qui est une atteinte caractérisée à la liberté
d'expression (un auteur est condamné pour avoir cité un livre qui n'a jamais
été condamné ni même attaqué en justice), l'attitude des universitaires a
été exemplaire de la lâcheté générale du monde intellectuel. Malgré une
campagne de presse lancée par Le Monde, présentant l'affaire comme si
la production culturelle tremblait sur ses bases, l'université n'avait pas
bougé. Il a fallu que les politiques s'en mêlent, dépeignant Bernard Notin
comme une personnalité du Front National (pur mensonge), pour que les enjeux
électoraux fassent monter la pression. Or, devant cette persécution si
manifestement riche d'arrière-pensées, dans une ville où les convoitises
politiques, les conflits internes à la droite, le grand banditisme et la
manipulation des souvenirs de la Résistance forment un mélange explosif, où
les cadavres d'ailleurs ne manquent pas, les universitaires ont choisi la
soumission, se résignant à des sanctions qu'ils ne souhaitaient pas vraiment,
pour sauver leurs jobs, les promesses conditionnelles de locaux
supplémentaires, en abandonnant tous les principes. Ils ont vainement cherché
un appui à Paris où Jospin, déjà aux prises avec Fabius, a préféré la
prudence du ver de terre à la protection des franchises universitaires, qui
étaient de sa responsabilité. Enfin, en guise de punition de leurs péchés,
cette bande de falots est menacée du débarquement de Me Klarsfeld, un fin
spécialiste de la lutte contre le révisionnisme, qui a réclamé comme son dû
un poste d'enseignant en histoire à Lyon-III. Les commissaires politiques
arrivent, il va s'agir de marcher au pas.
LE RETOUR DE WEIMAR
Dès l'annulation de la sanction frappant Notin, l'Union des
étudiants juifs de France a fait savoir qu'elle ne le laisserait pas enseigner.
Des commandos de nervis sont intervenus à Jussieu pour tâcher d'empêcher
Boudarel de faire son cours. Des commandos juifs avaient rendu impossibles les
cours de Faurisson et, à l'époque, l'université avait refusé d'assurer la
sécurité de ses cours. La persécution judiciaire et l'agression physique se
combinent, au gré des circonstances, pour interdire l'expression de pensées
qui déplaisent à telle ou telle officine spécialisée dans la police de la
pensée. Un autre commando, se donnant pour juif, a essayé de tuer Robert
Faurisson à coups de pieds, le 16 septembre 1989. Des manifestations
accompagnées d'actes de violence ont lieu régulièrement devant La Vieille
Taupe, pour provoquer la fermeture d'une librairie qui vend des livres,
révisionnistes et antirévisionnistes. La LICRA se porte partie civile contre
Jean-Edern Hallier, non pas tant pour faire condamner les éditoriaux de l'Idiot
International qu'elle juge déplaisants, mais pour — elle le dit
ouvertement — ruiner un journal en tapant dans la caisse. Robert Faurisson est
inculpé au terme de la loi du 13 juillet 1990, dite loi Gayssot, qui fait
obligation aux citoyens français de croire à tout ce qui s'est dit au procès
de Nuremberg [2].
Cette loi, qui prétend interdire la contestation intellectuelle d'une vaste
opération juridico-politique menée par les Alliés en conclusion de la guerre,
est en totale contradiction avec l'article XIX de la Déclaration internationale
des droits de l'homme, adoptée par les Nations unies le 10 décembre 1948, qui
stipule : «Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce
qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de
chercher, de recevoir et de répandre, sans considération de frontière, les
informations et les idées par quelque moyen que ce soit». La Constitution de
1958 ayant adopté ce texte dans son Préambule, il en découle que la loi du 13
juillet 1990 est totalement anticonstitutionnelle. Sous le titre de «Déni de
justice constitutionnelle» (Le Monde, 15-16 juillet 1990), Olivier
Duhamel faisait les observations suivantes :
Indépendamment de ce que chacun pense au fond, est-il
acceptable, dans un État de droit développé, qu'une loi de ce type ne soit
pas soumise au juge constitutionnel ? Des parlementaires de l'opposition ont
dénoncé ce texte comme liberticide. Certains y ont même vu un premier pas
vers le totalitarisme. Mais il ne s'en est pas trouvé soixante pour saisir le
Conseil constitutionnel. Probablement parce qu'ils craignaient de passer pour
des défenseurs de Le Pen. Notre système de saisine du juge constitutionnel est
politique. Il aboutit ainsi à des non-saisines politiques.
Une loi vient d'être votée alors qu'une majorité de l'opposition estime
qu'elle porte atteinte à un droit fondamental, mais sans que, pour autant, elle
saisisse le Conseil constitutionnel. Triste démonstration des insuffisances du
système français de contrôle de la constitutionnalité des lois.
On notera, dans le même sens, l'article d'Alain Rollat,
«Une belle occasion manquée» (Le Monde, 27 juillet 1990, p. 6) ; voy. R.H.R.n°
2, août-octobre 1990, p. 20.
Nos législateurs ont la Déclaration des droits de l'homme à la bouche comme
les paons ont des plumes au cul : c'est joli, mais sans conséquence.
On chercherait en vain dans les colonnes de nos quotidiens ces amples pétitions
qui circulaient parfois, avant 1981, quand les libertés étaient menacées par
telle ou telle initiative du gouvernement, ou telle menée factieuse d'un groupe
décidé à empêcher la circulation d'idées qui lui déplaisaient. Ceux qui
avaient participé le plus activement à la persécution des révisionnistes se
donnèrent les gants de critiquer cette loi pour mieux s'en laver les mains, par
un joli tour d'illusionniste. Le consensus mou, le ralliement des intellectuels
dits de gauche à un pouvoir qui, il est vrai, les représente assez bien,
l'alignement impeccable d'une magistrature qui se répète toujours in petto
la formule de son allégeance au pouvoir que seul Pétain lui a fait prononcer
à haute voix, la servilité d'une presse pénétrée par l'argent socialiste,
le conformisme des opposants de sa majesté, à quoi s'ajoutent dix ans de
stupeur crétinisante provoquée par la présence de la «gauche» au pouvoir
aboutissent à faire du domaine de la pensée un vaste terrain vague, inculte,
où errent quelques chiens perdus, entourés de barbelés et de miradors et où
des flics de la pensée tirent sur tout ce qui bouge, heideggeriens en cavale,
savants fous, marxistes perdus, révisionnistes isolés, francs-tireurs de la
critique du Coca-Cola, toute cette petite foule hétéroclite, issue d'une
culture, aujourd'hui en perdition, où autrefois le respect de la pensée, la
nécessité de la critique, le sens des mots, le choix du sens contre le
non-sens, le principe de la responsabilité étaient les valeurs suprêmes.
Cette nouvelle trahison des clercs, cette résurgence des groupes de nervis,
surtout sionistes, cette adoration de l'État et de sa violence guerrière, tout
cela nous semble exhaler un parfum de Weimar. Une République qui n'a plus de
principes, une démocratie qui se passe de parlement en temps de crise, une
conception de la culture comme objet et comme marchandise, une politique de
l'image réduite à manipuler les sondages, un royal mépris pour la question
sociale, une intelligentsia concentrée sur sa misérable besogne d'ingénierie
sociale, tout cet ensemble de phénomènes converge et nous dirait, si les mots
avaient encore un sens : la patrie est en danger. La France est hydrocéphale.
Nous sommes gouvernés par des ombres.
La liberté, disait Léon Bloy, est une salope qui ne se donne qu'aux pourceaux
et aux assassins, et, si on la veut, il faut la mener au lit à coups de bottes.
Nous serons encore quelques-uns à chausser nos bottes.
21 mars 1991
Voy. Jacques Doyon, Les Soldats de Hô Chi Minh, les transfuges antifascistes et les communistes français dans le camp du Viêt-Minh, Paris, Fayard, 1973. La trajectoire de Boudarel, appelé Boris dans le livre, est décrite dans le chapitre 7. L'auteur ne donne pas de détails sur la période du camp 113.
Le prix de la liberté d'expression vient d'être estimé par le Tribunal de Paris (jugement Grellier, Laporte, Mme Marlier) le 18 avril 1991 : 180 000 F pour Patrice Boizeau, responsable du Choc du Mois, et 250 000 F dont 100 000 F avec sursis pour Robert Faurisson. — NDLR.
Revue d'Histoire Révisionniste, n° 4, février-avril 1991, p. 13-24
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