DAVID IRVING ET CHURCHILL
David IRVING - CHURCHILL'S WAR / The Struggle For Power (Veritas Publishing Company Pty. Ltd., Australie 1987), xx + 666 pages.
Compte rendu de
Joseph Coutelier
La revue juive Regards [1] publiait récemment un
minuscule écho, où on lisait cette mise en garde inattendue : «…on évitera
avec fruit le Goering de David Irving. Outre qu'il écrit avec une râpe
à fromage et que son ouvrage fourmille d'erreurs, l'auteur se revendique de la
mouvance négationniste des Roques et Faurisson…»
C'est désobligeant, mais bien observé, et même sans doute bien senti.
Seulement l'échotier, ne maîtrisant qu'imparfaitement notre langue, ignore que
l'outil manié par David Irving n'est pas une râpe, mais bien une étrille, que
l'Anglais passe sans ménagement sur la panse rebondie de l'histoire
contemporaine racontée par des scribes accroupis. Il en hérisse le poil,
faut-il s'en étonner ? Quant au fourmillement de l'erreur, il faudrait en
apporter la preuve documentée. Gageons que nous l'attendrons longtemps encore.
Arrêtons-nous plutôt au premier des deux tomes — le seul paru, et non
traduit en français à ce jour — qu'Irving a l'intention de consacrer à
Winston Spencer Churchill, de belliqueuse mémoire. La publication anglaise, qui
a rencontré elle-même pas mal de traverses, a fini par voir le jour début
1988, en Australie, soit aux antipodes de la patrie de tous les courages et de
toutes les libertés.
*
On ne peut pourtant pas raisonnablement accuser Irving de
vouloir irriter systématiquement son lecteur, mais si la vérité est irritante
? Et de fait elle l'est ici au point que l'auteur, en dépit d'une sympathie de
principe pour son personnage, n'arrive pas à lui épargner un verdict final de
déchéance et de déshonneur, sinon — pire encore — de ridicule.
L'analyse de David Irving procède d'un triage méthodique au travers d'une
grille indéformable : le temps. Il s'en est expliqué ailleurs. Sa recherche
consiste à marquer aussi rigoureusement que possible le moment, c'est-à-dire
la date, bien sûr, mais parfois l'heure, sinon la minute, de l'événement ou
du document. Ensuite, leur classement selon cet ordre impitoyable fera sauter
aux yeux les impossibilités, les mensonges, les montages, les impostures dont
on a émaillé l'histoire en général, mais surtout celle de notre siècle.
Pour le cas de Churchill, le résultat est souvent stupéfiant, rarement
édifiant, hélas. On frémit à l'idée d'un monde qui considérait, et
considère encore, avoir été sauvé et libéré par cet alcoolique profond,
fils d'un père alcoolique, décédé d'éthylisme à 46 ans (p. 2). D'autant
plus que le vice de Winston était notoire. Neville Chamberlain, entre cent
autres, se méfiait de Churchill, notamment parce qu'il buvait (p. 143). Voyez
aussi cette note que David Irving prend dans le journal du général Pownall,
sur un Churchill «incapable de s'entretenir de rien — trop fatigué et trop
d'alcool», alors que le pochard tenait en ses mains les destinées de
l'Angleterre (p. 384). Trop fatigué ? Pourtant Churchill «tous les après-midi
enfilait son pyjama et dormait», pendant que ses collaborateurs, eux, n'avaient
qu'à continuer à travailler, sans parler du troupier sur le terrain et face à
l'ennemi (ibid.). Cela s'inscrivait dans une méthode, parce que les
séances du cabinet de guerre se prolongeaient toutes les nuits jusqu'aux
petites heures. C'est alors que Churchill prenait ses décisions (presque
toujours mauvaises). Personne n'était plus en état de le contredire, tout le
monde voulait son lit (p. 374).
La toile de fond de l'immoralité churchillienne est dense et continue. Le futur
homme d'État avait confié un jour à la petite amie de son fils comment «son
esprit de décision et d'entreprise» lui avait permis de changer la devise
familiale des Marlborough. Les anciens de la race se voulaient loyaux mais
malchanceux. Lui, le rejeton, allait être déloyal mais chanceux (p. 9).
Somme toute, une volonté de principe de placer, si l'on peut dire, son
déshonneur dans l'infidélité. C'est tout un programme et, à juste titre,
Irving fait de la nouvelle devise du champion le titre de son premier chapitre.
Programme qui se déroulera à travers tout le récit qu'on nous en fait avec un
cynisme certain, tantôt à l'occasion d'incidents mesquins et scabreux, comme
celui où son ami Bernard Baruch — dont il avait fait la connaissance en 1919
— à la conférence de la paix — à l'occasion d'une visite à sa plantation
de Caroline du Sud, lui «fournit» trois drôlesses pour lui faire passer le
temps (p. 117), tantôt par le mépris des principes qui inspiraient, ou
auraient dû inspirer son action politique, tantôt aussi par la trahison de ses
engagements les plus solennels. Que penser, par exemple, de ses retournements
d'attitude à l'égard de l'Espagne (p. 470) ? «Si j'avais été espagnol,
j'aurais été franquiste», «Je vomis le communisme autant que vous [les
nationalistes ]», et, peu de temps après, il fait preuve d'une hostilité
résolue.
L'indivisibilité des droits et des torts lui était étrangère, remarque
Irving (p. 181), et il est bien connu qu'après avoir fulminé la guerre à
l'Allemagne pour l'invasion de la Pologne, il n'a pas eu un clignement de
paupière quand Staline a franchi la frontière orientale du même pays, quinze
jours plus tard (17 septembre 1940).
On pense aussi à la mauvaise foi la plus imperméable à tous scrupules, qui
permettait à Churchill de prétendre en septembre 1940, devant les Communes,
que la RAF ne visait que les objectifs militaires à l'instant même où il
donnait en sous-main l'ordre de ne pas épargner les civils (p. 440). Autre
exemple : Churchill savait parfaitement bien que l'Allemagne n'avait aucunement
construit plus de sous-marins que ne lui permettaient les accords
anglo-allemands de 1935. Or, non seulement il prétendit le contraire sur le
moment, mais il ne craignait pas de le soutenir encore dans ses mémoires, alors
que le plus léger prétexte à son mensonge avait disparu (p. 189).
Même mauvaise foi à l'occasion de bien d'autres affaires graves. L'affaire de
l'Altmark, par exemple, navire marchand et désarmé qui convoyait 300
prisonniers de guerre anglais et que Churchill ordonna d'aborder dans les eaux
territoriales norvégiennes. L'Altmark s'y trouvait de plein droit
puisqu'il n'était pas armé ; en revanche, le destroyer anglais Cossack,
nullement, pour la raison contraire. Il lui était moins encore permis
d'attaquer sans sommation une unité civile allemande. Le coup de main,
diamétralement contraire au droit maritime et véritable meurtre collectif, eut
lieu selon les directives de Churchill. Six marins allemands perdirent la vie,
mais qu'importe, si cela permettait de récupérer 300 sujets de Sa Majesté. La
belle-fille de Churchill, lorsqu'elle l'apprit, écrivit : «Il est
réconfortant de constater que nous pouvons être féroces (p. 217)» En voilà
une au moins qui avait l'esprit de famille.
Au fil des pages, les échantillons de ce genre se succèdent jusqu'à la
nausée. Grand redresseur de torts aux yeux des générations ultérieures,
Churchill, en 1938, est contre la Pologne — que l'Angleterre était censée
protéger — dans l'affaire de Teschen (p. 154), parce que ce territoire était
revendiqué par les Tchèques auxquels Churchill était vendu (p. 143).
Protecteur des neutres, il avait fait le projet, en 1940, d'envahir la Belgique
(p. 243), comme il avait envahi la Norvège (p. 238 et sq.).
Le manque de discernement politique chez ce conducteur de peuple a quelque chose
de stupéfiant. Dix ou quinze ans avant l'événement, il ne se faisait pas la
moindre idée de la guerre à venir. La perspective d'un conflit avec le Japon
lui paraissait d'une invraisemblance ridicule (p. 9 et 10). Ajoutons-y une
volonté de nuire singulièrement anormale, comme ce plaisir non dissimulé
«d'avoir appris à tuer», dont il fait part dans son livre autobiographique My
Early Life (p. 362). Il pensait donc très logiquement, par exemple, que :
la guerre des Boers avait été la dernière guerre agréable (p. 35).
De même, le 16 septembre 1940, n'eut-il pas l'aplomb de dire à ses ministres leur chance d'avoir vu le jour où ils avaient décidé l'attentat de Mers-el-Kébir [2] (p. 424). Cynisme affligeant chez ce sybarite, que l'on disait «très simple de goûts, facile à satisfaire, puisqu'il se contentait du meilleur de toute chose» (p. 18). Du côté de la probité intellectuelle, le tableau n'est guère plus rassurant. Churchill était historien, mais de quels principes ? :
Donnez-moi les faits [disait-il], que je les torde pour les plier à mes raisons.
Un immoralisme tranquille et une intelligence au moins
discutable, une ambition solide et une situation financière fragile,
composaient chez Churchill un personnage voué à servir de pantin entre les
mains de puissants conducteurs.
Et c'est bien ce qui se passa en effet. Parlons-en, de cette situation
financière pénible et parlons des requins croisant dans les eaux où se
propulsait la baudruche churchillienne. Fin 1937, début 1938, au moment de l'Anschluss,
Churchill se trouve dans le dénuement. Ses titres en banque s'effondrent et il
suit les conseils de son bon ami, le banquier Bernard Baruch. Ces conseils se
révèlent désastreux (p. 99). Chartwell, la chère propriété de famille, est
proposée en vente. Déjà, par deux fois, une annonce a paru dans le Times,
lorsque tout à coup une bonne fée apparaît pour éponger, d'un coup de
baguette, 18 000 livres de dettes — soit 800 000 livres 1987. Ce jour
mémorable était le 28 mars 1938 et la fée se nommait Sir Henry Strakosh, juif
sud-africain natif de Moravie (p. 99, 104 et 108).
C'est que Churchill fréquente l'un de ces clubs de conspirateurs qui sortent de
terre, mais non de l'ombre, dans la capitale anglaise (et ailleurs) depuis
l'accession d'Hitler au pouvoir, en 1933 (p. 54). Le sien s'appelait d'abord Anti-Nazi
Council et affichait donc la couleur, mais il devint plus discrètement le Focus
— le Foyer — au sens optique du terme. N'allons pas croire pour autant que
tout y fut transparent (p. 59). L'origine de l'argent n'est pas limpide, qui le
maintenait en vie et lui permettait d'agir. Les fonds lui étaient venus à la
suite d'un dîner offert par le Board of Deputies of British Jews (Conseil
des représentants des juifs anglais). D'autre part, l'âme du Focus allait
être Sir Robert Waley-Cohen, et Irving sait aussi que le Jewish Defense Fund
contribua pour 50 000 livres à son escarcelle (p. 60). Plus tard, le Focus
aura le devoir de dépenser à bon escient, c'est-à-dire à des fins de
propagande, les trois millions de dollars que lui procure l'Americain Jewish
Committee (p. 167). Est-il téméraire de penser que cet organisme est rarement
désintéressé ? La propagande est en faveur de la guerre, il n'est pas permis
d'en douter (p. 152).
Dans cette prison, dont chaque barreau valait des dizaines de milliers de
livres, de quel degré de liberté Churchill pouvait-il encore disposer ?
Lui-même répond à la question. Un soir, à la fin de 1938, avant que Bernard
Baruch ne retourne aux États-Unis, Churchill lui déclare :
Bientôt la grande pièce va commencer. Vous, vous la dirigerez des États-Unis et moi je resterai ici dans la coulisse (p. 118).
Irving montre encore comment, dans le même temps, le cercle
autour de Churchill se laissait corrompre par l'argent provenant directement de
Masaryk (p. 143, note), un argent que le Tchèque ne distribuait qu'en faveur de
la guerre ; et comment il intriguait aussi avec Maisky, l'ambassadeur d'URSS à
Londres (p. 145).
Les fréquentations du héros étaient loin d'être rassurantes. Il sympathise
d'instinct, dirait-on, avec les grands aigrefins de la coulisse politique, comme
ce Guy Burgess, espion de haut vol, déjà à la solde des Soviétiques, auquel
il dédicace si complaisamment l'un de ses livres, le 1er octobre 1938, donc au
lendemain des accords de Munich, de la paix retrouvée in extremis et
célébrée par un soulagement universel. Et que dire de cet «Allemand», Fred
Lindemann, qui pourrait bien avoir été l'âme damnée de Churchill ? Les deux
hommes sont intimement liés dès le début des années 30 (p. 21), et
Lindemann, qui avait étudié les sciences physiques à Berlin et à Darmstadt,
allait jouer un rôle particulièrement odieux en mettant au point avec un
raffinement inhumain la technique des bombardements incendiaires par la RAF
dirigés expressément contre les quartiers populeux des villes cibles. En 1940,
Lindemann était le conseiller le plus écouté d'un Churchill ignare en
matière scientifique et facilement ébloui par celui qu'il n'appelait jamais
que «le Prof» (p. 362).
Sans doute le trait le plus affligeant de l'affligeant portrait qui se dégage
sous la plume acide de David Irving est-il la haine dont son personnage était
capable. La malveillance est monstrueuse, qui s'occupe d'inventer
méticuleusement l'exterminationnisme : ne nous montre-t-on pas un Churchill, en
juillet 1940, «sans aucun besoin d'encouragements pour haïr les Allemands»,
«toujours entouré de ses amis du Focus», «parlant partout des
atrocités que les nazis n'allaient pas manquer de commettre» ? «C'était la
seule façon», expliquait-il en privé, «d'amener tout homme, toute femme,
tout enfant à se battre avec l'énergie du désespoir». Le grand homme disait
à la même époque, au sortir d'un dîner avec trois généraux, qu'«il avait
eu grand plaisir à manger du Boche avec eux». «Je n'ai jamais haï les
Boches pendant la dernière guerre», ajoutait-il en souriant, «maintenant je
les hais comme la teigne» (p. 367). Et que dire de la mise en œuvre de cette
haine ? En septembre 1940, il avait lancé un jour, en parlant des Allemands,
qu'il fallait «les châtrer en bloc». Simple boutade ? Peut-être, mais un
autre cerveau malade et officiel, Franklin Delano Roosevelt, à Yalta, en mai
1945, envisageait d'en réaliser le projet industriellement, lui aussi (p. 425).
Et l'objet de la haine était bien les Allemands en tant que peuple, non pas
«les nazis», comme on aime souvent à le faire croire aujourd'hui. «Les
Anglais ne combattent pas Hitler», avait remarqué l'ambassadeur américain,
Joe Kennedy, «mais le peuple allemand» (p. 189). Ajoutons, pour l'honneur
britannique, que Kennedy parlait d'une clique d'Anglais qu'il devait
fréquenter, non des Anglais en général. Ceux-ci, Irving nous les montre
suppliant leur chef de gouvernement, Chamberlain, d'accepter les conditions de
paix d'Hitler, en juin 1940 (p. 197). Et déjà précédemment, le 8 novembre
1939, le député travailliste Clement Attlee et une vingtaine de ses collègues
voulaient ouvertement accepter la paix proposée par Hitler au mois d'octobre
précédent (p. 202). Tandis que la haine de Churchill était agissante et sans
compromis. Quand même Roosevelt était disposé, l'année suivante, à faire
exception au blocus alimentaire en faveur des enfants français, Churchill
refusait de pareils atermoiements (p. 499 et 517). En fait, il considérait la
famine sur le continent européen comme une arme bénie et ne montrait, pour
«les populations déshéritées et désespérées» qui la subissaient, qu'une
totale indifférence (p. 498).
On peut dire que la paix s'est fracassée contre le roc de la haine
churchillienne, mais qui n'était à vrai dire que l'éperon d'une haine plus
vaste et antique. Le monde entier se détournait de la guerre avec horreur,
juste après la Campagne de France, et cherchait arrangement. Le Vatican avait
dépêché un légat à Berne, pour y ménager si possible des pourparlers.
Il faut que le nonce sache clairement [écrivit alors Churchill] que nous n'envisageons aucune tentative de paix avec Hitler et que nous avons interdit à nos agents de soutenir de pareilles propositions (p. 341).
Le terrorisme d'État est l'un des héritages les plus funestes de cette haine élémentaire. Aussi les pages les plus noires de cette biographie sont-elles celles où s'inscrit la naissance de la stratégie inaugurée par la résistance, la guerre de l'ombre et la guérilla insurrectionnelle. Pour ce travail, Churchill avait trouvé l'homme idoine, s'il en fut, en la personne, peu ragoûtante, du Dr Hugh Dalton, fervent partisan de «tous ces moyens déloyaux de gagner la guerre», qu'il accusait au préalable «les nazis» d'employer à toute occasion. C'est à ce civil que Churchill, après lui avoir défini sa mission en le présentant au Cabinet de Guerre au grand complet, allait lancer, le 22 juin 1940, l'apostrophe célèbre :
Maintenant, allez-y, mettez le feu à l'Europe ! (Go and set Europe ablaze) (p. 373).
Le projet n'allait pas tarder à se réaliser en gros comme
en détail, et il fut organisé par les plus hautes instances du gouvernement et
de l'armée. «Dès le mois de novembre [1940], l'Angleterre avait eu pour
objectif de provoquer l'insurrection», écrit textuellement Irving, «depuis
que les chefs d'états-majors avaient commandé au Special Operations
Executive (Direction des opérations spéciales) de fomenter en Europe des
"révoltes coordonnées et organisées", comme action préparatoire
contre l'Allemagne» (p. 498-499). L'homme de main Dalton déversa sur les
Balkans, «où l'Angleterre avait peu d'amis», des torrents de bank-notes (p.
514). L'or anglais fit merveille en Yougoslavie, où ses effets durent toujours,
et transforma de pauvres hères en meurtriers suréquipés. Il n'est pas
évident qu'il fît pour autant leur bonheur, car, si c'est bien là que le feu
prit pour la première fois (p. 531), le fait est qu'un demi-siècle plus tard
il y brûle encore.
L'équipée de Rudolf Hess est l'objet d'un long intermède (p. 557-562), dont
les péripéties nous apparaissent d'autant plus douloureuses que nous en
connaissons aujourd'hui l'épilogue lointain : l'assassinat différé, pendant
près d'un demi-siècle, de l'émissaire de la paix. Ce martyre et ce meurtre
furent voulus par le même parti qui vouait à la mort par la guerre des
dizaines de millions d'êtres humains.
On ne pourrait pas, même dans une relation, si brève fût-elle, du copieux
ouvrage d'Irving, omettre d'évoquer au passage une constante des mœurs
intellectuelles de notre époque prétendument éclairée. D'autant moins
qu'elle concerne directement le révisionnisme historique. Nous voulons parler
de la séquestration des archives. Cela signifie au mieux leur dissimulation, au
pire leur destruction pure et simple, en passant par les innombrables
mutilations, maquillages et toilettages de documents écrits ou graphiques.
N'est-il pas stupéfiant, par exemple, que les renseignements sur la société
secrète du Focus soient toujours inaccessibles, et qu'ils le restent à
la requête expresse de Churchill ? C'est lui, en effet, qui a demandé en
personne à Eugen Spier, l'un de ses financiers de second rang, auteur d'un
manuscrit sur ce sujet, de ne pas le publier de son vivant (p. 54). Et, depuis
la disparition de Churchill, on en est toujours là. N'est-il pas pour le moins
étrange que le journal de l'ambassadeur américain à Londres durant l'année
cruciale de 1938, Joe Kennedy, soit toujours inaccessible au chercheur, et cela
parce que Kennedy y témoignait franchement de ce qu'il voyait et de ce qu'il
savait de première main au sujet des juifs (p. 152) ? Dans les papiers de Paul
Schmidt, l'interprète officiel du Führer, la relation des entretiens d'Hitler
avec les personnalités anglaises a disparu des archives après la guerre (p.
170 et p. 610 note 14). Autre cas encore, cité par Irving, concernant les
pourparlers de paix que le gouvernement anglais, sous N. Chamberlain, désirait
entamer avec les autorités du Reich, au début d'octobre 1939, via l'ambassade
d'Allemagne à Dublin. Les archives britanniques du Foreign Office ont décidé
de consigner jusqu'au XXIe siècle les cartons concernant les acteurs de ces
approches pacifiques (p. 192, note). Manifestement, c'est confondre deux genres,
l'histoire d'une époque et l'éloge funèbre de personnages protégés, mais il
faut se demander si l'on ne célèbre pas pour autant les funérailles de la
science historique en tant que telle.
Le sommet de l'ingéniosité dans la découverte de la vérité, Irving
l'atteint quand il décortique l'agenda de Churchill à la date du 14 novembre
1940. Ce jour-là — Churchill le savait par les services d'écoute, qui
connaissaient le code allemand et recevaient donc, pratiquement en clair, tous
les messages de la Luftwaffe — les Allemands préparaient la première
attaque massive sur la Grande-Bretagne, et tous les initiés pensaient que
l'objectif ne pouvait être que Londres. Aussi, le premier ministre avait-il
prévu de pouvoir quitter la capitale à la tombée du jour, donc à 18 heures
en cette saison. Mais entre-temps la détection anglaise remarquait que les
faisceaux de guidage radio de l'aviation allemande se croisaient, non pas sur le
centre de Londres, mais à 150 kilomètres plus au nord, sur Coventry.
Conformément aux ordres, la limousine présidentielle sortait du n° 10 Downing
Street à 6 heures de l'après-midi. Le chauffeur s'arrêta à la grille et
reçut un pli qu'il remit à son patron. Churchill le décacheta aussitôt et
lut les dernières nouvelles sur le raid allemand de cette nuit : les bombes
tomberaient ailleurs. Au carrefour suivant, Kensington Gardens, il fait faire
demi-tour au chauffeur. Comme son prompt retour intriguait le personnel, il
déclara pompeusement que, quand le renseignement indiquait une attaque
imminente et massive de la ville, «il n'avait pas l'intention de passer une
nuit à la campagne, pendant que la métropole subirait une lourde attaque».
Après avoir renvoyé le personnel féminin à la maison, et fait descendre à
l'abri ses deux secrétaires de service, il monta ostensiblement sur le toit
pour affronter en brave un danger qu'il savait parfaitement inexistant (p.
463-464).
*
La conclusion de l'ouvrage se lit dans les toutes premières pages, où Irving nous instruisait sur la personnalité de Churchill. Parmi les traits annoncés, il en est un qui fait frémir ; celui d'une incapacité naturelle de gouverner, jointe à l'aveuglement et à une forme de débilité mentale (p. 9-10). Ce trait se confirme tout au long de l'ouvrage. Le drame qui en est résulté semble tout de même s'être un jour fugitivement manifesté à la conscience du malheureux. Le 1er janvier 1946, emmuré dans une double surdité physique et morale, Churchill bougonnait :
L'Europe est une vaste mer de sang, et tout cela par notre faute (p. 167).
Il mourut dans son lit neuf ans plus tard. Ses commettants avaient pris soin d'en faire monter d'autres sur le gibet de Nuremberg pour «crimes contre la paix», «crimes de guerre» et «crimes contre l'humanité».
Regards, Cahiers du Centre Communautaire Laïc Juif, hebdomadaire, Bruxelles, n° 276, 4 juillet 1991, p. 33.
Le 3 juillet 1940, la marine britannique avait pilonné et gravement endommagé les unités de la marine française qui mouillaient dans le port de cette base : 1 300 tués français.
Revue d’Histoire Révisionniste, n° 5, novembre 1991, p.198-208
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