LA CONTRE-EXPERTISE DE CRACOVIE
Pierre Marais
Dans notre dernière livraison de la R.H.R. (p.
101-104), nous avions signalé que, mues par le désir de répliquer à
l'Américain Fred Leuchter, les autorités du Musée d'Auschwitz avaient
commandé une sorte de contre-expertise à l'Institut d'expertises
médico-légales de Cracovie. Mal leur a en pris. Le moins qu'on puisse dire est
que la contre-expertise de Cracovie tend à confirmer l'expertise américaine
des prétendues chambres à gaz d'Auschwitz et de Birkenau.
Nous sommes aujourd'hui en mesure de livrer à nos lecteurs une traduction de
cette sensationnelle «contre-expertise». Nous la devons à un
expert-traducteur-juré près la cour d'appel de Versailles, spécialiste de
polonais.
Voici donc cette traduction d'un texte quelque peu confus où se marque bien
l'embarras de toxicologues et de chimistes qui ont découvert le contraire de ce
qu'ils espéraient découvrir.
Selon l'usage qui régit la traduction des textes techniques, nous tenons à
prévenir nos lecteurs que seule la version originale, qui est en polonais, peut
faire foi, sinon auprès des tribunaux, du moins pour l'histoire.
*
INSTITUT D'EXPERTISES JUDICIAIRES PROFESSEUR JAN SEHN DE
CRACOVIE
DEPARTEMENT DE TOXICOLOGIE LEGALE
Westerplatte 9, code : 31-033 / Tél. : 505-44, 592-24, 287-50 / Télex :
0325213 EKSAD
Cracovie, 24 septembre 1990
Réf. : 720/90
Au Musée d'État d'Auschwitz-Birkenau
Concerne : Dossier n° I-8523/51/1860/89
L'Institut d'Expertises Judiciaires «Pr Jan Sehn» de Cracovie soumet
un avis
élaboré par les Experts judiciaires suivants : le Pr Jan Markiewicz, le Dr Wojciech Gubala, Jerzy Labedz, ingénieur, Beata Trzcinska.
Compte tenu des publications présentées et des avis émis
en Occident au cours de procédures judiciaires, selon lesquels le gaz Zyklon B
n'avait pas été utilisé dans le camp de concentration d'Auschwitz pour
exterminer les gens, le Musée d'Auschwitz a demandé de procéder à l'analyse
d'échantillons d'enduit des murs des chambres à gaz afin de détecter la
présence de cyanure d'hydrogène.
Suite à des décisions convenues par écrit et par téléphone, une équipe de
collaborateurs de l'Institut d'Expertises Judiciaires, représentée par le Dr
Wojciech Gubala et M. J. Labedz, ingénieur, s'est rendue le 20.2.1990 dans le
camp — Musée d'Auschwitz-Birkenau — en vue de prélever des matériaux pour
analyse, visant à rechercher la présence éventuelle de composés d'acide
cyanhydrique. Des matériaux, essentiellement sous forme d'enduit et de
fragments de briques des locaux du Bloc 3 et du Crématorium 1 d'Auschwitz ainsi
que des Crématoriums 2, 3 et 5 de Birkenau ont été prélevés et enregistrés
au procès-verbal en présence du Dr. Franciszek Piper, Conservateur en chef du
Musée, et des échantillons d'enduit du Bloc 11 d'Auschwitz ont été
prélevés en présence de M. Piotr Setkiewicz, collaborateur dudit Musée. Au
total, il a été procédé au prélèvement de 22 échantillons sur matériaux,
dont 2 échantillons de contrôle provenant d'endroits éloignés de ceux
supposés avoir été en contact du cyanure d'hydrogène.
Parmi 20 échantillons, 10 provenaient des locaux du Bloc 3 d'Auschwitz (locaux
n° 1, 2, 3 et 4), où on procédait à la désinsectisation des vêtements des
prisonniers avec utilisation du mélange Zyklon B.
D'après les renseignements obtenus, ces locaux auraient été peints pendant la
guerre. Par endroits apparaissaient sous la peinture des murs des dépôts
légèrement colorés en bleu-bleu foncé.
Les 5 échantillons suivants ont été prélevés dans les décombres de la
chambre à gaz du Crématorium 2 de Birkenau et 1 échantillon dans les
décombres du Crématorium 5 et un autre sur les murs du Crématorium 1
d'Auschwitz. On n'a pas prélevé d'échantillons dans les décombres du
Crématorium 4, car les éléments de 30-40 cm de hauteur qui en restent ont
été reconstruits après la guerre.
En outre, il a été remis aux collaborateurs de l'Institut d'Expertises
Judiciaires mentionnés ci-dessus une enveloppe contenant environ 150 g de
cheveux humains (sous la désignation PMO II-6-476), prélevés par un
collaborateur du Musée ainsi que 4 morceaux d'étoffe de crin, également
prélevés par un collaborateur du Musée (PMO-II-6-477 à 480).
Chaque échantillon desdits matériaux (enduit, brique, cheveux et étoffe de
crin) ont été émiettés et placés dans des chambres à micro-diffusion.
Ensuite, ces échantillons ont été traités à l'acide sulfurique et exposés
à la diffusion dans des chambres Conway pendant 24 heures à la température
ambiante.
Les vapeurs et les gaz se dégageant dans ces conditions ont été absorbés
dans une solution d'hydroxyde de sodium.
Après la diffusion, on a réalisé une réaction colorée avec un réactif
composé de pyridine et de pyrazole) et l'intensité de la couleur ainsi obtenue
a été mesurée par spectrophotométrie (630 nm). La concentration
correspondante du composé de cyanogène a été déterminée sur la base d'une
courbe de calibrage qui a été contrôlée dans chaque série de mesures à
l'aide d'un étalon préétabli.
Résultat
Parmi les 10 échantillons prélevés dans les locaux du Bloc 3 où on procédait aux opérations de désinsectisation avec le mélange Zyklon B, 7 échantillons ont révélé la présence de composés dérivés de l'acide cyanhydrique dans une concentration de 9 à 147 microgrammes pour 100 g de matériau après conversion en cyanure de potassium, qui avait été utilisé comme étalon de référence dans l'établissement de la courbe de calibrage.
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Concentration des cyanures dans les matériaux analysés |
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Numéro d'échantillon d'après procès-verbal du 20 février 1990 |
Concentration des cyanures par conversion en cyanure de potassium (microgramme/100 g de matériaux) |
| Echantillon n° 1 Echantillon n° 2 Echantillon n° 7 Echantillon n° 8 Echantillon n° 9 Echantillon n° 10 Echantillon n° 11 Echantillon n° 15 |
17 9 19 35 101 132 147 6 |
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Remarque : La présence des cyanures dans les autres échantillons prélevés n'a pas été constatée. |
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Tous les échantillons positifs ont été soumis ensuite à
une analyse spectrophotométrique à l'infrarouge par un spectrophotomètre F TS
15 B de marque «Digilab». L'analyse effectuée par cette méthode a révélé
dans 5 échantillons la présence de bandes de cyanogène à une fréquence de
2000 – 2200 cm¹
Les 5 échantillons «positifs» d'enduit qui ont été analysés ont révélé
un dépôt bleuâtre plus ou moins apparent.
Un tel dépôt peut provenir de combinaisons complexes de cyanures avec des
composés ferreux et connues sous le nom de «bleu de Prusse».
Parmi les échantillons prélevés dans les chambres à gaz des Crématoriums 1,
2, 3 et 5, seul l'échantillon n° 15 prélevé sur une colonne intérieure dans
les décombres de la chambre à gaz du Crématorium 2 de Birkenau contenait une
trace infime de composés de cyanures (6 mg/100 g d'enduit). L'analyse des
échantillons de cheveux et d'étoffe de crin a donné des résultats négatifs.
Des résultats également négatifs ont été aussi obtenus à l'analyse des 2
échantillons de contrôle.
Le 18.07.1990, le Dr. W. Gubala s'est à nouveau rendu sur le terrain de
l'ancien camp d'Auschwitz et a prélevé à nouveau 7 échantillons d'enduit
dans les endroits où la présence de composés d'acide cyanhydrique a été
révélée par la méthode d'analyse chimique. Ces matériaux ont été à
nouveau soumis à une analyse selon les modalités définies ci-dessus, donnant
à nouveau des résultats positifs.
Le cyanure d'hydrogène (HCN) qui se dégage du mélange Zyklon B est un liquide
dont la température d'ébullition est d'environ 27°C.
Il a un caractère acide et avec les métaux il forme donc des sels, appelés
cyanures. Les sels de métaux alcalins (p. ex. de sodium et de potassium) sont
solubles dans l'eau.
Le cyanure d'hydrogène est un acide très faible et par conséquent ses sels se
décomposent facilement en présence d'acides plus forts. C'est même le cas de
l'acide carbonique qui se forme par la réaction du bioxyde de carbone et de
l'eau. Les acides plus forts comme par ex. l'acide sulfurique décomposent les
cyanures plus facilement. Les combinaisons complexes d'ions de cyanure avec des
métaux lourds sont plus résistantes. Parmi celles-ci se trouve par ex. le bleu
de Prusse déjà nommé, mais lui aussi se décompose lentement dans
l'environnement acide.
Aussi était-il difficile de s'attendre à ce qu'après une période de 45 ans
puissent se conserver des composés dérivés de l'acide cyanhydrique dans des
matériaux de construction (enduit, brique), exposés à l'action des facteurs
atmosphériques (précipitations, oxydes acides — notamment ceux du soufre et
de l'azote). L'analyse d'enduit prélevé dans des locaux fermés, non exposés
aux effets des précipitations (y compris des pluies acides) pouvait présenter
plus de probabilité.
Ainsi les résultats des analyses des enduits prélevés dans des locaux du Bloc
3 ont-ils révélé la présence de composés dérivés de l'acide cyanhydrique
quoique en très petites quantités. Ces résultats ont confirmé les
renseignements déjà signalés, selon lesquels des mélanges de cyanogène, par
ex. de Zyklon B, ont été utilisés dans les locaux du Bloc 3 pour
désinsectisation.
La découverte de composés de cyanogène dans des matériaux exposés à
l'action des facteurs atmosphériques ne peut aboutir que par hasard.
L'examen macro- et microscopique de l'étoffe de crin obtenue (PMO-II-6-477 à
480) a révélé dans sa trame la présence de cheveux ayant les
caractéristiques des cheveux humains — photos 1, 2 et 3.
Photo 1. — étoffe de crin
Photo 2. — étoffe de crin
Photo 3. — poils d'étoffe de crin
P – par comparaison, cheveux humains.
Les Experts judiciaires :
Signature : Jerzy Labedz, ing. / Spécialiste des analyses techniques
Signature : Dr. Wojciech Gubala / Chef du Laboratoire d'analyses d'alcools
Signature : Beata Trzcinska / Assistante en chef
*
Dans l'expertise Leuchter (voy. A.H.R., été-automne
1988, p. 51-102), les résultats du laboratoire américain [1] sont exprimés en
milligrammes par kilo tandis que, dans la «contre-expertise» de Cracovie, les
résultats sont exprimés en milligrammes pour 100 grammes. Si l'on effectue la
transformation nécessaire, on s'aperçoit que les Polonais ont trouvé encore
moins de cyanure que l'Américain dans les prétendues chambres à gaz homicides
! Les échantillons prélevés par ce dernier avaient fourni des quantités
comprises entre 0 et 7,9 mg/kg, cependant que les échantillons prélevés par
les Polonais fournissent des teneurs comprises entre 0 et 0,06 mg/kg. A vrai
dire, les Polonais n'ont même découvert cette quantité de 0,06 mg/kg que dans
un seul de leurs échantillons tandis que, dans le reste, ils n'ont trouvé
aucune trace de cyanure (rappelons, pour mémoire, que ces infimes quantités de
cyanure peuvent être dues à de banales opérations de désinfection au Zyklon
B).
Passons aux échantillons prélevés dans les chambres à gaz de désinfection.
F. Leuchter n'avait prélevé qu'un échantillon et le résultat de l'analyse
était spectaculaire : 1 050 mg/kg de cyanure. Les Polonais ont prélevé
plusieurs échantillons et les résultats sont modestes : de 0,09 à 1,47 mg/kg.
L'explication de la différence est la suivante : soucieux d'authenticité, F.
Leuchter avait prélevé son échantillon à Birkenau dans une chambre à gaz de
désinfection en état d'origine, tandis que les Polonais ont prélevé
leurs échantillons à Auschwitz dans des locaux qui, après avoir servi de
chambres à gaz de désinfection, ont été affectés par les Allemands à
d'autres usages ; entre-temps, les murs avaient été grattés et repeints !
Les Polonais le savent puisqu'ils écrivent :
D'après les renseignements obtenus, ces locaux auraient été peints pendant la guerre. Par endroits apparaissaient [en 1990] sous la peinture des murs des dépôts légèrement colorés en bleu/bleu foncé.
Pourquoi les Polonais, qui disposaient de chambres à gaz de
désinfection en état d'origine sont-ils allés examiner des chambres à
gaz de désinfection qui n'étaient plus en état d'origine ? Pourquoi,
sinon pour avoir quelque chance de découvrir beaucoup moins de cyanure et,
donc, pour atténuer l'extraordinaire différence de traces de cyanure
découvertes par F. Leuchter : des traces nulles ou infimes là où on était
censé avoir tué des hommes (par centaines de milliers ou par millions) et des
traces considérables là où l'on avait tué des poux ?
Enfin, les Polonais cherchent à donner le change lorsqu'ils soutiennent qu'
«après une période de 45 ans» il était difficile de s'attendre à trouver
d'importantes traces de cyanure, vu notamment «l'action des facteurs
atmosphériques». Ces facteurs exercent si peu d'influence sur la formation et
le maintien des ferro-cyanures qu'aujourd'hui encore le visiteur attentif du
camp de Birkenau peut noter à l'extérieur de telle chambre à gaz de
désinfection des traces bleuâtres, prouvant que le cyanure a en quelque sorte
«transpiré» de l'intérieur vers l'extérieur ; ces traces se trouvent
toujours là, exposées aux intempéries et aux «facteurs atmosphériques».
Jean-Claude Pressac lui-même en reproduit la photographie, commentée, dans son
ouvrage Auschwitz, Technique and Operation of the Gas Chambers [2]; à la
page 53, il mentionne, à propos des chambres à gaz de désinfection
répertoriées BW5a et BW5b, ce qu'il appelle le «phénomène du mur bleu» et,
à la page 59, la photo n° 6 montre ces traces de cyanure sur le mur extérieur
de la chambre à gaz de désinfection BW5b.
Aux dernières nouvelles, les autorités du Musée d'Auschwitz envisageraient la
possibilité d'une autre expertise.
Pour notre part, nous sommes en mesure d'annoncer que l'expertise Leuchter
recevra cette année deux confirmations, provenant l'une d'Autriche et l'autre
d'Allemagne [voy., ci-dessous, «L'Expertise de Vienne», p. 151].
Alpha Analytical Laboratories, Ashland, Massachussetts, USA. (2) Pour le compte rendu de cet ouvrage, voy. R. Faurisson, «Bricolage et "Gazouillages" à Auschwitz et à Birkenau selon J.C. Pressac», R.H.R. n° 3, novembre 1990, p. 65-154.
Revue d’Histoire Révisionniste, n° 5, novembre 1991, p. 143-150
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