Traduit de l'anglais
COMBIEN EST-IL MORT DE JUIFS DANS LES CAMPS ?
Carl O. Nordling
Il est bien connu que la majorité de ceux qui ont été
internés dans les camps de concentration allemands durant une partie de la
seconde guerre mondiale ne sont pas revenus après la libération. La plupart de
ces gens étaient juifs et il s'est instauré la croyance générale qu'environ
6 millions de juifs sont morts dans ces camps, tués délibérément selon un
grand programme d'extermination physique de l'entière communauté juive
européenne. La plupart des profanes supposent que tout cela a été démontré
par le Tribunal international de Nuremberg en 1946. En tout cas, c'est ce que
j'ai cru jusqu'aux alentours de 1985. Cependant, les historiens qui ont eu à
traiter de l'histoire contemporaine allemande ou juive ont depuis longtemps
modifié cette description à des degrés divers. Le Tribunal international n'a
rien prouvé du tout en la matière.
Récemment, un nouvel éclairage a été porté sur les pertes en population
juive de la seconde guerre mondiale par l'Allemand Walter N. Sanning dans son
livre, The Dissolution of the Eastern European Jewry [La dissolution de
la communauté juive est-européenne, Costa Mesa, 1990]. Il s'agit d'une
enquête sur la démographie et la migration des juifs au XXe siècle,
réalisée avec beaucoup de soin et d'objectivité. L'ouvrage se fonde sur plus
de cinquante publications contenant des informations statistiques sur les
populations juives en différents pays, y compris les migrations, la
fécondité, la mortalité, etc. La source la plus citée est, cependant, le
livre de Gerald Reitlinger, The Final Solution [la solution finale],
écrit dès les années 50. On pourrait dire, à juste titre, que Reitlinger a
jeté les bases du travail de Sanning. Quant à la grande majorité des données
statistiques employées par Sanning, elles proviennent de l'American Jewish
Year Book [Annuaire juif américain] (éditions diverses), l'Encyclopedia
Judaica (1971) et l’Universal Jewish Encyclopedia [Encyclopédie
juive universelle] (1943). Pour autant que je puisse en juger, ces sources
semblent être les meilleures que l'on puisse obtenir.
On a dit du travail de Sanning que pas un étudiant sur mille ne pourrait y
trouver un défaut et que seuls quelques diplômés seraient assez compétents
pour en relever ses imperfections ou mettre en question sa crédibilité. S'il
en est ainsi, je me sens plus ou moins obligé d'apporter mon commentaire. Au
cours de près de trente ans de carrière professionnelle, j'ai travaillé avec
la même sorte d'ensembles et de processus démographiques, et, par conséquent,
je me considère comme l'une des rares personnes à avoir la compétence
nécessaire pour identifier au moins les plus gros défauts et les erreurs dans
un travail de ce genre. Pourtant, après une lecture attentive du livre de
Sanning, je n'ai pas trouvé cette erreur ou fausse interprétation qui
changerait ses conclusions de manière sensible. Je n'ai pas non plus
connaissance de l'existence d'une autre critique sérieuse des résultats ou des
méthodes de Sanning dans les huit années qui se sont écoulées depuis la
sortie de son livre, paru d'abord en allemand sous le titre de Die Auflösung
des osteuropäischen Judentums [Tübingen, Grabert Verlag, 1983). Pour
donner mon appréciation générale, je dirais que pour tout ce qui, dans ce
livre, a trait aux pertes de population juive dans la zone d'influence
allemande, c'est l'enquête la plus sérieuse qui ait été faite de toute la
période d'après-guerre. Ce qui ne veut pas dire, évidemment, qu'elle soit
garantie sans erreur ni qu'elle réponde à la question du nombre de juifs morts
dans les camps de concentration allemands.
Bien que personne n'ait été capable d'y découvrir des fautes, il se peut,
bien sûr, que le livre en contienne. Par conséquent, d'autres méthodes
devraient être utilisées pour contrôler la fiabilité des chiffres
significatifs. Je suis heureusement en possession d'un matériel statistique qui
se prête à une vérification de quelques-uns des résultats de Sanning. En
outre, si l'on réunit mon propre matériel et celui de Sanning et qu'on les
compare, en plus, à quelques autres éléments de renseignements statistiques,
nous serons peut-être à même de formuler une réponse relativement sûre à
la question posée en tête du présent article.
Le matériel statistique dont je dispose consiste en des données concernant 722
juifs européens identifiés provenant de la zone d'influence allemande.
On trouvera la biographie de ces 722 personnes dans l'Encyclopedia Judaica
et on peut les considérer comme un échantillon représentatif de juifs d'un
certain niveau de culture à la fin des années 30. Cependant, les personnes
âgées sont surreprésentées dans ce groupe et aucune de ces 722 personnes
n'est née après 1909 (en vertu du critère de sélection que j'ai retenu). Le
point est à retenir, puisqu'il apparaît que l'émigration est beaucoup moins
fréquente chez ceux qui sont nés avant 1880 que chez les plus jeunes. Et, bien
sûr, la mortalité était beaucoup plus forte dans le groupe de gens âgés que
dans le reste de la population. Il est important aussi de noter qu'un grand
nombre de juifs éminents avaient déjà émigré avant 1938 et ne pouvaient
donc pas prendre part à l'émigration plus générale qui semble avoir eu lieu
dans les années 1939-1941. Vraisemblablement, les juifs éminents avaient
davantage de contact avec l'étranger et s'étaient peut-être rendu compte plus
tôt que les autres du danger des persécutions qui les menaçaient. En
conséquence, mon groupe de juifs identifiés de 1938 comprend probablement une
proportion relativement élevée de personnes qui avaient tendance à rester où
elles étaient, même dans l'adversité. La Revue d'histoire révisionniste
(n° 2, août 1990, p. 50-64) a publié une étude statistique sur le sort de
ces 722 juifs.
Sanning a pris comme «ligne d'arrêt» l'année 1939 et, pour cette année-là,
il a recensé 5 044 000 juifs dans la zone prise en considération. Grâce à
une série de calculs complexes, il arrive à démontrer qu'au minimum près de
2 200 000 juifs ont émigré de la région au cours de la période qui s'est
écoulée entre l'attaque allemande contre la Pologne et celle contre l'Union
soviétique (c'est-à-dire 1939-1941). En d'autres termes, 44 % de la population
juive de ce qui était devenu la zone d'influence allemande auraient quitté la
zone dangereuse avant que ne se concrétise le vrai danger. Malgré la surprise
que ce chiffre a provoquée chez moi, je ne vois pas d'erreur sur ce point de la
part de Sanning. En le rapprochant avec le groupe des juifs identifiés, on
s'aperçoit que 33 % de ces derniers (parmi ceux qui étaient présents en 1939)
ont émigré avant la fin de 1941 (voy. Tableau).
Compte tenu de la constitution particulière de mon groupe échantillon, la
cause de la différence entre 44 % et 33 % s'explique facilement. Par exemple,
si l'on prend les juifs identifiés nés entre 1890 et 1909 et que l'on
considère la période de 1938 à 1944, on s'aperçoit que pas moins de 51 % ont
émigré. Ceux qui sont nés après 1909 (c'est-à-dire la moitié de la
population) ont probablement été encore plus enclins à émigrer. En outre,
les juifs qui n'étaient pas célèbres ou n'appartenaient pas au secteur public
ont eu certainement la possiblité (dans bien des cas) de changer leur
affiliation ethnique et (dans quelques cas) même leur nom et leur identité.
Par de tels moyens, les juifs ordinaires ont pu s'éclipser plus facilement que
les gens connus.
Évidemment, il faut considérer le chiffre de Sanning de 2 844 000 juifs
présents dans la zone d'influence allemande en juin 1941 comme la meilleure
estimation à ce jour (avec certainement une marge d'erreur). C'est pourquoi ce
chiffre servira de base à la comparaison qui va suivre. A l'aide du Tableau,
nous allons à présent comparer les pourcentages de certains sous-groupes
significatifs.
Heureusement, grâce à leur sens de la bureaucratie, les Allemands ont
soigneusement enregistré et numéroté les détenus du camp de concentration
d'Auschwitz et du ghetto de Theresienstadt. Tandis que ce dernier était habité
uniquement de juifs, le premier avait une clientèle mélangée comprenant
divers groupes de gens persécutés, tels que des Tsiganes, des objecteurs de
conscience, des homosexuels, des vagabonds, des adversaires politiques et des
criminels endurcis. Étant donné qu'il est généralement admis que les juifs
constituaient de loin le groupe le plus important, nous supposerons ici qu'ils
représentaient 60 % de tous les détenus d'Auschwitz. Cela étant admis, on
s'aperçoit que 8,6 % de la totalité des juifs dont on dispose (le groupe «de
base») ont été enregistrés, tôt ou tard, au camp d'Auschwitz. Dans bien des
cas cela se produisait après un séjour à Theresienstadt. Le chiffre
correspondant pour le groupe des juifs identifiés est de 8,5 %. Compte tenu du
caractère arbitraire du chiffre de 60 % cité plus haut, il n'est pas possible
de voir là une différence statistique significative. Selon l'Encyclopedia
Judaica, 65 % des détenus d'Auschwitz ont été enregistrés comme morts
dans le camp et 20 % sont censés être morts après leur transfert vers des
camps satellites ou lors de l'évacuation finale du camp lui-même
(c'est-à-dire d'Auschwitz et de Birkenau). Le chiffre total des détenus
d'Auschwitz disparus serait donc de 207 000, soit 7,3 % du chiffre «de base».
Ce qui peut être rapproché, et confirme, la proportion de 7,6 % de disparus
par rapport au chiffre «de base» des juifs identifiés (voy. Tableau).
Dans le livre de H.G. Adler sur Theresienstadt, nous apprenons que 141 000
personnes ont été enregistrées comme détenues dans cette ville juive de
Bohême créée par les Allemands. Ce chiffre équivaut à 5,0 % du chiffre «de
base», ce qui correspond parfaitement avec le fait que 5,0 % des juifs
identifiés (de 1941) avaient été amenés à Theresienstadt. Cependant, la
majorité des détenus de ce ghetto ont été envoyés à Auschwitz (et sont
donc inclus dans le chiffre ci-dessus mentionné des prisonniers enregistrés).
Ce sort a touché seulement un quart des détenus identifiés du ghetto —
probablement parce qu'ils comprenaient une plus forte proportion de juifs dits
«proéminents» qui étaient dispensés d'être déplacés vers d'autres camps
(tous les Danois ont été pour une raison quelconque placés dans cette
catégorie). Le groupe des juifs identifiés a aussi connu un taux de mortalité
beaucoup plus bas que les autres (31 % de morts contre 63 % parmi les survivants
du ghetto dans chaque cas). Il s'ensuit que le pourcentage de survivants fut
beaucoup plus élevé chez les juifs identifiés que chez les détenus en
général.
Il n'y a guère de raison de contester l'exactitude des chiffres
d'immatriculation du camp cités plus haut. Et s'ils sont exacts, il s'ensuit
que le chiffre «de base» de 2 844 000 juifs vivants en juin 1941 doit aussi
être assez juste. Cela est vrai parce que nous savons, grâce à l'échantillon
des personnes identifiées, à quel pourcentage de détenus on doit s'attendre
et que nous avons trouvé des pourcentages qui répondent à cette attente.
Ceux qui sont morts à Auschwitz et à Theresienstadt représentent un peu moins
de la moitié des pertes totales de tous les camps de concentration allemands
dans le cas des juifs identifiés. Quant à la population juive en général, le
chiffre total des morts dans les camps fait forcément partie de la catégorie
que Sanning appelle «Juifs disparus dans la zone d'influence allemande». Il se
trouve que ce chiffre de «disparus» est de 304 000 d'après la première
méthode de calcul de Sanning. En guise de contrôle, Sanning a utilisé
également une autre méthode. Ce deuxième mode de calcul aboutit à un chiffre
de disparus de 330 000 sur un chiffre «de base» de 2 738 000 (à l'intérieur
d'une sphère d'influence légèrement plus étroite). Le premier chiffre de
«disparus» représente 10,7 % du chiffre «de base», le second 12,1 %. Ces
pourcentages sont à rapprocher des 12,3 % de «disparus pour causes autres que
la mort naturelle» du groupe des juifs identifiés. A première vue, ces
chiffres semblent s'accorder assez bien. Mais, en raison des méthodes
grossières de statistiques employées par Sanning, ces chiffres «ne peuvent
pas prétendre à la certitude absolue» — pour employer les propres termes de
Sanning. Il indique que les données dont on dispose sur le volume de la
population, les émigrations, les fuites et les déportations, les taux de
natalité et de mortalité, les mariages mixtes et les tendances à
l'assimilation sont souvent si vagues qu'une légère variation dans le mode de
calcul peut très bien modifier le résultat des «disparus» de plusieurs
centaines de milliers. Aussi, ce que Sanning a véritablement réussi à
montrer, c'est seulement que le chiffre des juifs disparus à la fin de la
guerre dans la sphère d'influence allemande doit se situer entre, disons, 150
000 et 500 000. Le chiffre le plus bas peut être tout de suite écarté en
raison du chiffre des morts enregistrées à Auschwitz et à Theresienstadt. La
meilleure estimation semble être l'hypothèse selon laquelle ces morts
représentaient environ 51 % de la totalité des juifs disparus des camps de
concentration allemands conformément à la proportion relevée chez le groupe
des juifs identifiés. Ce qui signifierait approximativement 470 000 disparus en
totalité dans les camps. Étant donné que 50 000 environ seraient morts de
mort naturelle, il y aurait, d'un point de vue statistique, quelque 420 000
«disparus». C'est-à-dire 14,7 % du chiffre «de base», à rapprocher des
12,3 % chez les juifs identifiés.
Il est peut-être possible de contribuer à la vérification de ces chiffres en
disant quelques mots sur le nombre des survivants des camps de concentration. Un
des hommes qui devaient bien connaître le chiffre des détenus juifs des camps
était le responsable SS Heinrich Himmler. Heureusement, un certain
représentant juif a pu encore l'interviewer à ce sujet en avril 1945. Il
s'agit de M. Norbert Masur, de Suède, qui s'était rendu auprès d'Himmler pour
négocier l'éventuelle libération de juifs emprisonnés. Au cours de ces
entretiens, Himmler a mentionné le chiffre des juifs vivant encore dans
quelques-uns des camps : 25 000 à Theresienstadt, 20 000 à Ravensbrück, de 20
000 à 30 000 à Mauthausen, 50 000 à Bergen-Belsen et 6 000 à Buchenwald. Une
information plus récente indique que certains de ces chiffres étaient trop
élevés et le chiffre de Buchenwald beaucoup trop faible. Le total était
probablement assez juste. Mais Himmler a laissé entendre qu'il fallait aussi
compter 150 000 juifs d'Auschwitz parmi les survivants. D'après le responsable
SS, ces derniers seraient restés en vie dans le camp jusqu'à son évacuation.
Ce peut bien être vrai, mais apparemment on n'a pas dénombré les survivants après
l'évacuation, et Himmler ne semble pas avoir eu la moindre idée de ce qu'il
était advenu des évacués. Nous savons, par d'autres sources, que seule une
minorité d'entre eux ont survécu au transport dans des wagons à ciel ouvert
au cours d'un hiver particulièrement glacial, peut-être environ 30 000 à 50
000. Ensuite, il y avait beaucoup d'autres camps non cités par Himmler qui
contenaient des détenus juifs, et il semble raisonnable d'estimer à 30 000 à
40 000 les survivants de ces camps. Cela voudrait dire qu'il y aurait eu aux
alentours de 200 000 juifs survivants de tous les camps de concentration
allemands. Il résulterait de ces hypothèses une mortalité totale de 70 %
parmi les détenus juifs. C'est là un chiffre très élevé à d'autres points
de vue. La mortalité dans le groupe correspondant des juifs identifiés était
«seulement» de 75 % alors qu'ils étaient beaucoup plus âgés que les
détenus en général et auraient dû avoir beaucoup plus tendance à mourir
dans les circonstances où ils étaient. Peut-être, après tout, avons-nous un
peu trop surestimé le nombre des morts et/ou un peu trop sous-estimé le nombre
des survivants.
Quoi qu'il en soit, le chiffre des juifs disparus dans la sphère allemande
apparaît très éloigné du chiffre «reconnu» de six millions. Faut-il que,
précisément à cause de cet énorme écart, nous supposions quelque erreur
fondamentale dans le raisonnement pris en son entier ? Certes, des
vérifications plus approfondies semblent être nécessaires. Mais rappelons,
premièrement, que nous n'avons considéré ici que le chiffre des juifs qui
sont morts dans les camps de concentration, et non pas tous les juifs européens
qui sont morts pendant la guerre. D'après les recherches de Sanning, des 5 500
000 juifs qui se trouvaient dans la sphère soviétique (en 1941), plus d'un
million sont morts. Ces morts comprennent à la fois les victimes «normales»
de la guerre et les victimes des persécutions allemande et soviétique.
Deuxièmement, il n'est pas possible que la population juive «de base»
d'environ 2 850 000 personnes ait subi une perte de quelque chose comme six
millions. Ce chiffre aurait dû être écarté depuis longtemps, et
particulièrement dès l'époque où, voilà quarante ans, Reitlinger prouva que
ce chiffre était irréaliste. La question qu'on est fondé à se poser est
plutôt celle-ci : compte tenu de la politique antisémite déclarée des
nationaux-socialistes et des propos d'Hitler sur l'Ausrottung
[extirpation ou extermination], comment se fait-il que deux millions de
personnes aient échappé aux déportations ? Où est la fameuse efficacité
allemande ?
Himmler répond lui-même partiellement à cette question, puisqu'il déclara à
M. Masur : «J'ai laissé 450 000 juifs en Hongrie» — comme s'il avait fait
cela par humanité (la véritable raison était probablement le manque de moyens
de transport au moment où la Hongrie est passée sous l'autorité directe des
Allemands). La Roumanie n'est jamais passée sous l'autorité directe des
Allemands et, en conséquence, très peu de juifs roumains ont été déportés
vers les camps allemands. Le gouvernement roumain (du parti légionnaire)
poursuivait sa propre politique antisémite et Hitler s'en satisfaisait. Plus
d'un demi-million du chiffre «de base» étaient des juifs roumains. On
trouvait des conditions pratiquement identiques en Italie, en France, en Croatie
et en Slovaquie, et, la plupart du temps, la Gestapo devait se contenter des
transports de juifs non naturalisés organisées par ces pays. Les juifs
naturalisés de Belgique, de Bulgarie et de Finlande semblent avoir entièrement
échappé à la déportation. En Pologne, des centaines de milliers de juifs
eurent le droit de rester dans les ghettos des villes (jusqu'à ce qu'ils se
révoltent comme à Varsovie en 1943). La plupart des juifs du Danemark ont
échappé à la déportation planifiée en fuyant par le Détroit du Sund vers
la Suède — et l'armée et la marine allemandes n'ont pratiquement rien fait
pour les en empêcher.
Le sort des juifs non déportés était souvent très malheureux, spécialement
dans le cas de la Pologne, et cela mériterait certainement une étude
particulière.
Une autre question qui mériterait une étude particulière d'un point de vue
statistique, c'est celle du prétendu système de transport des juifs âgés
inaptes au travail vers quelque camp de l'Est avec l'unique intention de les
tuer immédiatement à l'arrivée. On chercherait en vain des cas de ce genre
dans les registres, puisque l'allégation veut que le meurtre ait eu lieu sans
qu'aient été relevés le nom et l'identité des victimes. Tout ce que l'on
peut dire à ce sujet c'est que cette prétendue pratique n'aurait guère pu
être responsable d'un grand nombre de morts. Si cela avait été le cas, il y
aurait certainement eu beaucoup plus de 32 disparus après Auschwitz parmi tous
les juifs identifiés répertoriés dans l'Encyclopedia Judaica . Et,
puisqu'un quart des juifs identifiés envoyés à Auschwitz étaient âgés de
65 à 80 ans, nous aurions probablement vu plusieurs cas de «tué à
l'arrivée» dans leur notice biographique. Au lieu de cela, nous trouvons deux
exemples plutôt inattendus. L'Encyclopedia Judaica rapporte, au sujet de
Gisi Fleischmann (47 ans), qu'elle fut «tuée à l'arrivée» et, au sujet de
Raymond Lambert (49 ans), qu'il fut «gazé à l'arrivée». D'autre part, on
lit par exemple que Béla Bernstein (76 ans) «est mort» à Auschwitz et qu'Eduard
Duckesz (76 ans) «a péri» à l'intérieur du camp. Il n'est même pas certain
que l'on doive se fier à l'Encyclopedia dans le cas de Fleischmann,
puisqu'une information plus récente signale qu'elle a été déportée à
Birkenau (Auschwitz) en août et tuée aux environs du 18 octobre (Martin
Gilbert dans son ouvrage, The Holocaust, 1986).
La conclusion générale que nous devons en tirer est que la question du titre de cet article ne pourra pas recevoir de réponse précise tant que nous aurons recours seulement aux sources ci-dessus mentionnées. L'ordre de grandeur global est certainement d'un demi-million, mais le chiffre réel des juifs qui sont morts dans les camps de concentration allemands peut très bien descendre à 300 000 ou monter à 600 000. Afin d'établir une réponse plus précise à la question, il faudrait effectuer d'autres enquêtes sur échantillons. N'importe quelle société juive, club juif, classe d'école ou petite communauté juives pourrait servir ainsi d'échantillon, à condition que l'on puisse suivre la trace de tous ses membres, ou presque, au cours de la guerre. L'étude d'un nombre suffisant de tels échantillons répondrait probablement à la question soulevée ainsi qu'à un certain nombre d'autres questions également.
Je terminerai cet article en citant, d'après la littérature de l'«Holocauste», juste un petit groupe échantillon de juifs déportés :
Albert Düssel : emmené à Auschwitz, puis à Neuengamme, mort dans ce camp en 1945
Mme "van Daan" : emmenée à Auschwitz, puis à Buchenwald, morte dans ce camp en 1945
Peter "van Daan" : emmené à Auschwitz, puis à Mauthausen, mort dans ce camp en 1945
Margot Frank : emmenée à Auschwitz, puis à Belsen, morte dans ce camp en 1945
Anne Frank : emmenée à Auschwitz, puis à Belsen, morte dans ce camp en 1945
Mme Frank : emmenée à Auschwitz, morte dans ce camp en 1945
M. "van Daan" : emmené à Auschwitz, vu pour la dernière fois dans ce camp en 1945
M. Frank : emmené à Auschwitz, a survécu dans l'hôpital du camp.
On a là un aperçu des résultats auxquels on peut arriver par l'étude d'échantillons d'individus connus.
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COMPARAISON DES DONNEES STATISTIQUES CONCERNANT LA POPULATION JUIVE DE LA ZONE SOUS CONTROLE ALLEMAND AVEC LES CHIFFRES CORRESPONDANTS APPLIQUES A UN ECHANTILLON DE JUIFS IDENTIFIES DE LA MEME REGION |
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|
POPULATION JUIVE TOTALE |
PERSONNES IDENTIFIEES |
||||
|
Catégorie |
Milliers |
% |
% |
Nombre |
Catégorie |
| Présents en 1939 (Source : Sanning) | 5044 | 629 | Présents en jan. 39 (Source : Enc. Enc.) | ||
| Ont émigré de 1939 à 1941 (Source : Sanning) | - 2197 | - 206 | Ont émigré de 1939 à 1941 (Source : Enc. Jud.) | ||
| Présents en 1941 | = 2847 | 100,0 | 100,0 | = 423 | Présents en déc. 41 |
| Juifs enregistrés à Auschwitz (en supposant que 60% des enregistrés étaient juifs) (Source : Enc. Jud.) | 244 | 8,6 | 8,5 | 36 | Déportés vers Auschwitz (Source : Enc. Jud.) |
| Manquants en mai 45 (85 du total selon l'Enc. Jud.) | - 207 | 7,3 | 7,6 | - 32 | Manquants en mai 45 (Source : Enc. Jud.) |
| Ont survécu à Auschwitz | = 37 | 1,3 | 0,9 | = 4 | Ont survécu à Auschwitz |
| Enregistrés à Theresienstadt (Source : H.G. Adler) | 141 | 5,0 | 5,0 | 21 | Déportés à Theresienstadt (Source : Enc. Jud.) |
| Envoyés de Theresienstadt (Source : H.G. Adler) | - 88 | 3,1 | 1,2 | - 5 | Envoyés de Theresienstadt (Source : Enc. Jud.) |
| Morts à Theresienstadt (Source : H.G. Adler) | - 33,5 | 1,2 | 1,2 | - 5 | Morts à Theresienstadt (Source : Enc. Jud.) |
| Ont survécu à Theresienstadt | = 19,5 | 0,7 | 2,6 | = 11 | Ont survécu à Theresienstadt |
| 17,0 | 72 | Disparus après déportation vers les camps de concentration (Source : Enc. Jud.) | |||
| Disparus ni par émigration ni par mort naturelle (Source : Sanning) | 304 | 10,7 | 12,3 | 52 | Disparus non par mort naturelle (72-20) |
| En vie dans les camps en avril 45 selon Himmler (Source : N. Masur) | 275 | 9,6 | 5,7 | 24 | En vie dans les camps en mai 45 (Source : Enc. Jud.) |
|
N.B. Tous les chiffres se rapportent aux juifs vivant dans les pays sous contrôle allemand en juin 1941 Sources :
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ANNEXE
Lettre du professeur Yehuda Bauer [1] à Carl O. Nordling 10 mai 1991
Cher Monsieur,
Nous sommes en possession de votre lettre et de l'article sur le nombre de juifs
morts dans les camps de concentration. Nous sommes une revue universitaire et
n'acceptons pas d'articles qui soient aussi manifestement dénués de fondement.
Il n'est pas nécessaire d'examiner en détail votre papier puisqu'il est
simplement un recueil de contrevérités reprenant la littérature néo-nazie de
bas étage. Walter N. Sanning, votre source, est un nazi de plus dont les
chiffres sont un salmigondis d'argumentation infantile habillé en statistiques.
Les juifs qui, au nombre de près de six millions, ont disparu dans
l'Holocauste, ont été victimes massivement de fusillades, de privations, de
tortures et de gazages à grande échelle dans un certain nombre de camps
d'extermination, et non de concentration. Veuillez consulter l'Encyclopédie de
l'Holocauste pour les détails.
Nous vous prions de ne plus nous importuner avec d'autres articles ; nous ne
répondrons pas non plus à vos lettres.
Rédacteur en chef de la revue internationale Holocaust and Genocide Studies. Élie Wiesel préside le comité de rédaction de cette revue publiée par Pergamon Press (Oxford) et financée par le milliardaire, d'origine juive, Robert Maxwell. Curieusement, le Français qui s'abonne à cette revue publiée en Grande-Bretagne se voit demander un règlement en monnaie allemande. Ce dernier point à lui seul tendrait à confirmer que le professeur Faurisson voyait clair lorsque, dans des conclusions déposées devant un tribunal le 14 novembre 1988, il écrivait notamment :
«On est en droit de considérer que la solidité du DM est garantie par l'intérêt que portent à la bonne santé de cette devise les bénéficiaires principaux des "réparations" (voy. la déclaration de David Horowitz, directeur de la Banque d'Israël, à l'occasion de l'une des nombreuses réévaluations du DM : "La majorité des devises d'Israël est composée de marks […]. Après la réévaluation, ce montant sera augmenté de 8,50 %" — La Tribune des Nations, 31 octobre 1969)», Annales d'histoire révisionniste, n° 6, hiver 1988/1989, p. 120).
Revue d’Histoire Révisionniste, n° 5, novembre 1991, p. 94-106
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