UNE CENSURE CATHOLIQUE
L'hebdomadaire La Vie (Groupe des Publications de la Vie catholique) annonçait dans sa livraison du 18 avril 1991 (p. 7) :
L'Actualité religieuse dans le monde, éditée par notre groupe de presse, publie un dossier très complet sur les négateurs des chambres à gaz : qui sont-ils ? que veulent-ils ? quels sont leurs soutiens politiques et religieux ? Pour se procurer ce numéro spécial, daté du 15 avril, écrire à l'ARM, 163, boulevard Malesherbes, 75859 Paris Cedex 17. 35 F, port compris.A l'occasion du procès Faurisson,
Effectivement, l'ARM du 15 avril 1991 portait en couverture : «Enquête sur les négateurs des chambres à gaz». En page 2, Jean-Paul Guetny y signait un éditorial intitulé «En parler ou pas…», qui commençait en ces termes :
Annales d'histoire révisionniste .L'homme, vous l'avez aperçu à la télé, se pavanant sous les flashes. Il s'appelle Robert Faurisson. Il a soixante-sept ans. C'est un spécialiste de littérature française, discipline où il s'est médiocrement illustré. Sa notoriété vient d'ailleurs. Ancien pétainiste, zélateur de l'OAS, qui ne dédaigne pas la compagnie des adeptes du Ku Klux Klan ni des néo-nazis anglais, il a fondé en 1987, à l'occasion du procès Barbie, une revue, les
Suivait un dossier de 15 pages (p. 6-24) sur Les
Falsificateurs de l'histoire . Les révisionnistes y étaient vivement pris
à partie mais on ne leur accordait pas le droit à la parole. La thèse
révisionniste était exposée par les adversaires du révisionnisme. En page
13, figurait une photo de choc ainsi présentée : «Au camp de Dachau : la
manette des gaz». La preuve du crime était là : les Allemands avaient mis au
point une machinerie comme il ne s'en rencontre nulle part ailleurs. Et pour
cause : selon un procédé assez courant (voy. le livre d'Evelyn Le Chêne sur Mauthausen
ou la comptabilité de l'horreur , Belfond, 1974, photo 6a), on avait
reproduit la photo à l'envers ; le sol était au plafond et le plafond, au sol
; entre sol et plafond, deux innocentes canalisations et deux manettes en
prenaient un aspect parfaitement diabolique.
Robert Faurisson et Henri Roques, gravement mis en cause, adressaient à la
revue, chacun de son côté, un texte en droit de réponse (recommandé avec
accusé de réception) dont nous reproduisons des extraits :
Dans votre livraison du 15 avril 1991, vous prétendez soumettre à vos lecteurs le dossier d'une «enquête» sur les révisionnistes. En réalité, vous dressez là un réquisitoire contre les révisionnistes que vous baptisez «les négateurs des chambres à gaz» et ce réquisitoire fourmille d'erreurs. […]Réponse de R. Faurisson (19 avril 1991) :
Réponse de M. Roques (23 avril 1991) :
Deux mois plus tard, dans sa livraison du 15 juin, l'ARM consacre quatre pages au courrier reçu à propos de ce dossier (p. 48-51) :
Notre dossier intitulé : Les falsificateurs de l'histoire […] a provoqué une avalanche de lettres. Nous en avons sélectionné quelques-unes, les plus caractéristiques.
Ces quatre pages ne contiennent pas les réponses de R.
Faurisson et d'H. Roques. Il n'est fait, pour les lecteurs, aucune allusion à
l'existence de ces réponses. Max Gallo (le nègre du faussaire Martin Gray) est
cité pour avoir écrit : «Je veux vous féliciter pour le remarquable numéro
de l ' ARM : un travail tout à fait essentiel.» Est également cité le
rabbin Sirat (initiateur de la loi Fabius/Gayssot contre les révisionnistes) :
«Permettez-moi de vous féliciter d'avoir le courage de rétablir la vérité
contre les négationnistes.»
Pour ce qui est de la photo, la rédaction s'engage dans de longs commentaires
sur une «expertise» de la chambre à gaz de Dachau ; rédigée en 1967, cette
«expertise», selon l'ARM, «n'a jamais été publiée ni en Allemagne,
ni en France» ; le commentaire s'achève ainsi :
Bien sûr, rien ne prouve qu'une telle chambre à gaz homicide ait servi. Pour cela, une autre expertise serait nécessaire.
L'ARM omet de dire à ses lecteurs qu'un panneau installé
par les autorités du Musée de Dachau prévient expressément les touristes que
cette prétendue chambre à gaz «N'A JAMAIS SERVI».
Quant à l'étrange photo, elle fait l'objet d'un long développement sur son
«authenticité» et sur l'absence de toute erreur… dans la légende. Mais,
alors que la rédaction de la revue avait été prévenue par le professeur
Faurisson que la photo avait été mise sens dessus dessous, on n'en souffle pas
mot au lecteur et on se garde bien de lui dire : «Pour comprendre cette photo,
il vous suffit de la retourner».
A en juger par cette affaire, les responsables actuels de L'Actualité
religieuse dans le monde se soucient peu du droit (le droit de réponse, par
exemple), de l'exactitude des faits rapportés et des obligations du
journaliste.
Revue d’Histoire Révisionniste, n° 5, novembre 1991, p.157-161
Retournez à la table de matières de RHR n° 5