AAARGH
Si les Palestiniens étaient noirs, Israël serait désormais un état paria soumis à des sanctions économiques menées par les Etats-Unis. Son développement et son installation sur la rive droite du Jourdain seraient considérés comme un système d'apartheid dans le quel la population autochtone est autorisée à vivre sur une minuscule partie de son propre pays, dans des "bantoustans" autogérés, tandis que les "Blancs monopolisent la fourniture d'eau et d'électricité. Et exactement comme la population noire d'Afrique du Sud avait le droit de vivre dans des bidonvilles dépourvus de tout dans les zones peuplées par les Blancs, la façon dont Israël traite les Arabes israéliens, c'est-à-dire une discrimination flagrante dans le domaine du logement et de l'éducation, serait considérée comme tout aussi scandaleuse.
Une des conséquences de la violence actuelle sur la rive droite est que le monde commence à admettre que les Palestiniens sont traités par Israël avec une injustice extraordinaire. Israël aime à se faire passer pour un ilôt de civilité démocratique dont les efforts pour la paix ont été anéantis par un massacre palestinien dirigé par Yasser Arafat. Oui, il y a une haine terrible. Et oui, Arafat, cynique et corrompu, n'est pas Nelson Mandela. Mais le devoir d'interrompre la haine pèse sur le camp le plus fort.
Après le sombre tableau de cette semaine qui a fait près de cent morts palestiniens et beaucoup plus de blessés, alors qu'Israël n'a que perdu que deux soldats, on sait de quel côté est la force.
La population israélienne, enragée et unie par la peur et le désespoir, considère que ces critiques sont d'une injustice grossière. Ils [Les Israéliens] rappellent qu'ils ont signé les accords d'Oslo il y a sept ans et qu'en juillet de cette année, à Camp David, le premier ministre Ehoud Barak a offert de restituer partiellement Jérusalem Est et de mettre les lieux saints hors du contrôle juif, et ce afin de parvenir à un accord de paix. Il y avait en Israël un courant favorable à la reconnaissance d'un état palestinien indépendant. On le leur a renvoyé dans la figure tandis qu'Arafat incitait les Palestiniens à se rebeller, ce qui a contraint la police et l'armée israélienne à réagir.
Mais ce point de vue est vicié. Les accords d'Oslo ont reconnu à Israël un avantage territorial écrasant sur la rive droite du Jourdain, ce qui a fait d'Arafat un chef compromis. Il est pris entre un adversaire intransigeant dans les négociations et une population maussade et soupçonneuse sur laquelle il n'a que peu d'influence directe, et n'est plus qu'un fantoche suscité et soutenu par la politique israélienne. Et pendant ce temps-là, les colons israéliens étendent leur occupation sur la rive droite.
Israël n'aura jamais de véritable légitimité durable au Proche-Orient tant que cette situation durera et c'est cela, la menace contre la survie d'Israël à long terme. Ce n'est pas la visite de Sharon à l'esplanade el-Aqsa, le 28 septembre, qui a mis le feu à la révolte actuelle; ce sont les soldats israéliens, qui ont tué sept Palestiniens et en ont blessé deux cent vingt le lendemain, ce qui constitue une oppression volontaire dont Barak doit reconnaître la responsabilité.
Il est très facile de réclamer des rencontres et des trêves, et lorsqu'elles aboutissent à un calme provisoire on les approuve. Mais c'est l'instant de vérité pour Israël: il peut agiter la menace d'une guerre totale et même d'une nouvelle occupation du sud du Liban. Mais cette course ne mène nulle part. Si Israël veut une paix authentique et durable, il doit s'employer à contruire un état palestinien légitime, se retirer de toutes les colonisations illégales de la rive droite pour créer une atmosphère de confiance en proposant un calendrier accepté par les deux parties et, d'ici là, restreindre ses méthodes en matière de police. Adopter une attitude de conquête systématique des non-juifs, sur le modèle de l'Ancien Testament, n'est pas une solution permanente à la crise.
C'est cela, la politique que l'Union européenne doit défendre, et sans perdre de temps. L'Union européenne doit rompre avec le soutien apparemment maladif des Etats-Unis à tout ce que fait Israël, qui a pour cause la peur qu'inspirent à tous les présidents des Etats-Unis les voix des juifs dans des états-clefs comme New York ou la Floride. Le président Clinton pourrait même parler franchement de la situation pendant le mois qui lui reste à la présidence; il n'a plus rien à perdre. Mais avec l'augmentation inquiétante du prix du pétrole et le soutien massif que les Palestiniens reçoivent peu à peu de tout le monde arabe, l'Occident a besoin d'être du bon côté.
Cela ne signifie pas que nous devons approuver la bouche ouverte Arafat ou la civilisation médiévale dont il émane. Mais deux maux ne font pas un bien: la politique d'apartheid d'Israël est indéfendable et il faut l'appeler par son nom et la condamner. Tant que ce ne sera pas fait, la méfiance, la haine et la violence ne feront que croître.
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