AAARGH
Dans le supplément à notre dernier numéro, nous avons brièvement évoqué le cas de Jean-Louis Berger, professeur de français au collège "La Paraison" (à Lemberg, Moselle), suspendu de ses fonctions depuis le 31 mai dernier pour avoir tenu des propos révisionnistes à ses élèves. De nouvelles informations nous sont parvenues depuis.. Celles-ci illustrent l'emprise toujours croissante de Big Brother sur l'Education nationale, un milieu où la volonté d'embrigadement des élèves est maintenant exprimée dans des circulaires ministérielles et où des méthodes staliniennes sont utilisées afin de débusquer les professeurs politiquement incorrects.
L'équipe du V.H.O. France Informations
Utilisation abusive de pluriels
Dans l'affaire qui se déroule au collège "La Paraison", les autorités cherchent à faire croire qu'une majorité des parents d'élèves de troisième qui avaient J.-L. Berger comme professeur se sont plaints de l'enseignant. Ainsi, dans son "Rapport concernant M. Berger Jean-Louis", le principal du collège, J.-M. Fischer, n'apporte aucune précision d'ordre quantitatif mais utilise des pluriels qui suggèrent le nombre. Après avoir évoqué " la démarche individuelle de parents d'élèves", il écrit: "Les parents d'élèves se sont dits très choqués par les informations rapportées par les enfants". Dans sa conclusion, enfin, on lit: "La plainte des parents d'élèves est fondée" (1)
Or, lorsqu'il présente la genèse de l'affaire, M. Fischer ne mentionne qu'une intervention d'un seul parent d'élève. Sous le titre: "La présentation des faits par M. Berger", on lit:
Dans la suite du document, on ne trouve nulle mention d'un autre parent d'élève qui aurait entrepris une démarche auprès du principal. Par conséquent, celui-ci n'est nullement en droit d'évoquer les "parents d'élèves [...] choqués"; l'utilisation d'une telle formule est uniquement destinée à impressionner.
Un dossier qui ne contient que deux lettres de parents
Certains pourront nous répondre que J.M. Fischer n'a pas cru bon de mentionner toutes les plaintes qu'il a reçues, mais que celles-ci sont conservées dans le dossier établi par le Rectorat. Or, la liste des pièces contenues dans ce dossier permet de réfuter cet argument.
Trois lettres de parents y figurent (pièces IV-1, IV-2 et IV-8). Sachant que les deux premières (celles des 7 et 26 avril) ont été écrites par la même personne (l'écriture est la même), on en déduit que deux parents, seulement, ont jugé bon de prévenir les autorités.
Une plainte suscitée pour faire nombre
Les deux lettres de dénonciation, en outre, suscitent de nombreuses remarques. La deuxième date du 28 mai, soit près de deux mois après le début de l'affaire (2). Son auteur, qui s'adresse au recteur d'académie, écrit:
Début avril mon fils [suit un nom qui a été rayé afin qu'on ne puisse découvrir l'identité du dénonciateur] élève de 3ème D, me rapporte les propos tenus par son professeur de français, Monsieur Berger, à l'occasion d'un commentaire portant sur une pièce de théâtre présentée auparavant.
Ces propos, nettement révisionnistes qui niaient l'extermination des Juifs dans les camps de concentration, ont considérablement choqué les élèves.
Après que son fils lui ait parlé, le parent de l'élève aurait attendu près de deux mois pour signaler au recteur les propos prêtés à J.-L. Berger. Outre qu'un si long laps de temps entre l'arrivée de l'information et la décision de se plaindre paraît suspect, il faut savoir que le 28 mai, l'affaire avait publiquement éclaté depuis de nombreuses semaines; il y avait donc bien longtemps que le principal du collège et le recteur connaissaient les propos prêtés à J.-L. Berger. Par conséquent, la lettre du parent d'élève était sans objet. On en déduit qu'il s'agit d'une plainte suscitée afin de faire nombre.
Un dénonciateur qui parle abusivement au nom des parents...
La première lettre, quant à elle, date du 7 avril 1999. Son auteur, dont l'identité a été rayée pour les même raisons que précédemment, s'adresse au principal du collège (3). Il débute sa missive en écrivant: "Je tiens à porter à votre connaissance en vous joignant la copie de la lettre que j'ai envoyée à l'inspection académique de Metz, un fait qui s'est produit au collège "la Paraison" de Lemberg". La procédure suivie ici surprend. Lorsqu'un parent d'élève désire se plaindre d'un professeur, il s'adresse non pas à l'inspection académique mais au principal de l'établissement. Le fait que l'auteur de la lettre se soit tout d'abord adressé à l'Inspecteur indique qu'il ne s'agit pas d'un simple parent d'élève, mais d'une personne qui connaît bien les rouages de l'Education nationale, c'est-à-dire soit d'un enseignant, soit d'un responsable d'un syndicat.
Dans un second paragraphe, l'auteur écrit: "Si j'agis ainsi [...] c'est parce ce que nous, parents, attendons des autorités compétentes une sanction rapide et exemplaire, à la mesure de la gravité des propos tenus [par J.-L. Berger]". La formule utilisée est claire: l'auteur de la missive prétend parler au nom de tous les parents d'élèves. Plus loin, d'ailleurs, il récidive lorsqu'il écrit: "Lorsqu'une personne [...] profite de son statut d'enseignant pour inculquer à nos enfants les thèses révisionnistes, nous sommes, je pense, en droit d'intervenir auprès de vous"(4). Or, rien, dans la lettre, ne prouve qu'il a reçu un mandat des autres parents, bien au contraire: la missive n'est contresignée par personne. Une nouvelle fois, donc, les expressions utilisées ici sont destinées à impressionner.
...et qui est aveuglé par sa haine idéologique
De plus, soulignons que le dénonciateur rendu anonyme ne se contente pas, comme c'est l'usage, d'alerter les autorités; non, ce qu'il réclame, c'est "une sanction rapide et exemplaire", sans même accorder à J.-L Berger le droit de s'expliquer et de se défendre. Curieuse conception de la justice.
Mais il est vrai que l'auteur de la lettre ne cache pas ses motivations idéologiques. Dans sa plainte, il rappelle -- ce qui est hors propos -- que J.-L.. Berger est "militant du Front National" et qu'il "se présent[e] régulièrement aux élections dans [la] région" (5)
Fausses accusations en rafale
Aveuglé par sa haine idéologique, le dénonciateur n'hésite pas à recourir aux fausses accusations afin de noircir le professeur "politiquement incorrect". Dans sa lettre du 7 avril, il avait écrit que: "selon certaines personnes, M. Berger n'en [était] pas à sa première prestation de ce genre". Plus tard, il ira plus loin et prétendra rapporter des faits précis. Dans une missive adressée le 26 avril à l'Inspection d'académie, il écrit:
"Je tiens à ajouter qu'entre temps, plusieurs personnes (dont des professeurs) ont affirmé que M. Berger serait parti du LEP [Lycée d'Enseignement Professionnel] de Bitche suite à des agissements du même genre (entre autres, distribution de tracts FN). Une maman m'a dit que l'année dernière déjà, elle avait vu ce professeur à la suite du même genre de propos et que celui-ci lui avait répondu que sa fille avait "mal compris". Elle n'a pas osé insister. Un autre élève m'a appris que M. Berger avait vendu des porte-clefs en cours." (6)
Ce texte présente J.-L. Berger comme un militant fanatique, distribuant des tracts dans les lycées, proposant du matériel FN en cours et exposant régulièrement les thèses révisionnistes à ses élèves.
Dans un premier temps, on pourra se demander comment un tel prosélyte n'aurait pas depuis longtemps été sanctionné. Cette première interrogation ébranle la crédibilité des accusations portées. Ensuite, on remarquera le flou entretenu autour des informateurs ("plusieurs personnes (dont des professeurs)", "une maman", "un autre élève") ainsi que la tournure conditionnelle: "M Berger serait parti". A supposer que la version des faits rapportés soit conforme à la vérité, le dénonciateur aurait été beaucoup plus catégorique et beaucoup plus précis.
Interrogé, J.-L. Berger n'a eu aucun mal à rétablir la vérité sur toutes ces accusations:
Nous sommes donc loin de l'image donnée par le dénonciateur dans sa lettre du 26 avril.
De tous ces éléments, on conclut que, dans cette affaire, seules trois personnes ont jugé nécessaire de se plaindre. Sachant que J.-L. Berger enseignait à quarante-huit élèves de troisième, c'est donc 6% des parents d'élèves qui ont réagi à ses propos.
De plus, on notera que, sur ces trois personnes, une -- l'auteur de la dénonciation en date du 28 mai -- a agi très tardivement, de façon télécommandée, probablement pour faire nombre, ce qui enlève toute valeur à sa plainte; une autre a agi pour des motifs idéologiques, ne reculant pas devant les fausses accusations afin de noircir l'enseignant "politiquement incorrect", ce qui amoindrit considérablement sa démarche. Quant à la troisième personne, celle qui est venu voir le principal du collège le 31 mars au matin, on ignore totalement ce qu'elle a dit.
Par conséquent, les autorités abusent lorsqu'elles osent parler de "la plainte des parents d'élèves".
Des élèves transformés en délateurs anonymes
Malgré la faiblesse des éléments de départ, le principal du collège a décidé de débuter une enquête. Après avoir entendu J.-L. Berger, il a profité de l'absence de ce dernier pour, sans le prévenir, interroger ses élèves de troisième. Dans son rapport déjà cité, il écrit:
Mon travail avec les élèves des deux classes concernées mercredi 7/4·99 a consisté:
-- à faire exprimer individuellement et anonymement les propos de leur professeur de français, propos estimés choquants.
-- à mesurer leur ressenti quant à la nature de la relation pédagogique depuis la journée du 30 mars 99 (p. 1)
Ce compte rendu appelle une remarque: on peut comprendre que, soucieux de ne pas mettre les élèves dans une position délicate, le principal du collège ait choisi de recueillir leur témoignage en l'absence du professeur concerné. Mais la demande de témoignages anonymes est extrêmement inquiétante: J.-M. Fischer aurait dû s'adresser aux élèves en disant: "Dans le cadre d'une enquête que je mène, je vous demande de rapporter les propos tenus devant vous par votre professeur de français le 30 mars dernier. Sa carrière étant en jeu, c'est une grande responsabilité qui vous incombe et je souhaite que vous me rapportiez uniquement ce dont vous vous souvenez ou ce dont vous êtes certain. Je vous préviens qu'en cas de mensonge ou d'exagération manifeste, vous aurez à rendre des comptes. C'est pourquoi je vous demande de bien vouloir noter votre nom en haut de votre feuille, sachant qu'en aucun cas votre témoignage ne sera montré au professeur concerné". Le fait que le principal n'ait pas agi ainsi et qu'il ait, au contraire, demandé des témoignages anonymes démontre non seulement que les autorités de l'Education nationale vivent dans un climat de délation permanente, mais aussi qu'elles estiment ce climat normal au point d'y faire participer les élèves.
Quoi qu'il en soit, l'étude des témoignages récoltés est intéressante, pour plusieurs raisons.
Les leçons tirées de l'étude des témoignages d'élèves.
Tout d'abord, elle permet d'appréhender la chute du niveau scolaire des élèves, au moins en français. Il y a cinquante ans encore, des élèves de quatrième et de troisième étaient capables de rédiger correctement des textes, dans un style et avec une orthographe acceptables (8). Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Dans les témoignages récoltés, on lit des phrases du genre (l'orthographe et le style ont été scrupuleusement respectés, il en est de même dans les paragraphes suivants): "...les douches à gaz seraient à ôter les poux et les puces... (9); "Il a dit que les juifs ont allumé le Reichstag [...]" (pièce IV-4 f);" Il dit que les professeurs d'histoire nous raconte des mensonges, mais qu'ils sont car c'est dans le programme" (pièce IV-4 e); "[...] il nous a montré 2 articles de journaux: -- l'on montrai de cadavres (une sorte de charnière) et l'article disais que c'était un camp d'extermination de Hitler." (pièce IV-4 k).
"Il nous a dit que Hitler n'existait pas vraiment"
Plus grave, certains témoignages contiennent des allégations si farfelues qu'ils démontrent uniquement l'incapacité de leurs auteurs à comprendre ce que dit le professeur. D'après un élève, ainsi, J.-L.. Berger aurait déclaré que "les chambres à gazs étaient [faites] pour nettoyer les poux" et que les "fours crématoires n'avaient pas été conçu dans le but d'incinérer les gens, mais a brûler les habits, les déchets" (pièce IV-4 d). Selon un autre: "Il a aussi raconté qu'à Auschwitz, il y a quelques années, on disait qu'il y avait eu 6000 mort, et que aujourd'hui il y en aurait juste encore 1000" (pièce IV-4 l) Ailleurs, on lit que J.-L.. Berger "a découvert que les camps de concentration n'ont pas existé enfin pas tous" (pièce IV-4 h), la palme revenant à cet élève qui écrit: "Il nous a dit aussi [...] que Hitler n'existait pas vraiment" (pièce IV-4 j).
Malgré cette incapacité à comprendre les discours tenus, certains élèves sont persuadés d'avoir un esprit critique très aiguisé. Par exemple, celui qui parle des 1000 morts à Auschwitz écrit:
"Bien que M. Berger ait exagéré en disant que les douches à gaz seraient à oter les poux et les puces ou que ce sont les juifs qui ont déclaré la guerre à Hitler et que cet homme n'était pas raciste, je pense que ces propos ne partaient pas d'un mauvais sentiment. Mais il est vrai que nous, 3ème, savons reconnaître le vrai du faux. Tandis que s'il raconte aux 6ème des choses comme ça, un bon nombre va y croire". [pièce IV-4 l]
Avec des élèves si imperméables à
la propagande, les autorités n'ont rien à craindre.
"il était pour Hitler" dit l'un, non: "il
n"était pas de son côté", dit l'autre.
D'autres élèves, quant à eux, ont manifestement interprété les propos du professeur actuellement suspendu. L'exemple le plus flagrant peut être relevé dans les pièces IV-4 g et IV-4 h. Un élève écrit:
Monsieur Berger nous a dit qu'il n'aimait pas le contenu de 1a pièce de théâtre car elle parlait de juifs et car elle signifiait pour que les allemands étaient les seuls responsables de 1a guerre, mais lui il pense que c'était la faute des anglais et des français. En quelque sorte, il était pour Hitler.
Or, voici ce que l'ont peut lire dans le deuxième témoignage: "Il nous a juste dit que Hitler n'était pas le seul responsable de la guerre et qu'il n'était pas de son côté [...]". Cette contradiction démontre que l'un parmi les deux élèves a interprété les propos du professeur et ne les a pas fidèlement rapportés.
La partialité manifeste des autorités
Seuls un quart des témoignages d'élèves recueillis figurent au dossier
Avant d'aller plus loin, on notera que sur les 48 témoignages recueillis, seuls 12 figurent dans le dossier (pièces IV-4 d à IV-4 o), soit un quart exactement. Or rien ne vient expliquer pourquoi les autres ont été écartés; en particulier, aucun critère de sélection n'est exposé. Ce mutisme surprend, et on en vient à se demander si, conformément à ce qui a été fait à Nuremberg en 1945 et après, seuls les témoignages les plus accablants ont été retenus contre l'accusé. De tels agissements trahiraient la partialité des autorités.
Le principal ne prend pas en compte l'opinion des élèves
Mais il est vrai qu'une telle partialité apparaît en plusieurs occurrences dans le dossier. Souvenons-nous, par exemple, que le principal de collège s'était donné pour mission de "mesurer le ressenti quant à la nature de la relation pédagogique depuis la journée du 30 mars 99". A la dernière page de son rapport, il livre les résultats obtenus. Ils sont sans appel: sur les 48 élèves interrogés, 8 "estiment que le cours est plutôt "normal" (français mais parfois autre chose)", 31 "estiment bénéficier d'un enseignement "normal"" et 9 ne se prononcent pas ("sans opinion exprimée"). Par conséquent, pas un seul élève interrogé n'a estimé que le cours de J.-L.. Berger était "anormal"; bien au contraire, 81 % d'entre eux considèrent qu'ils bénéficient d'un enseignement "normal" ou "plutôt normal".
Or, malgré ce résultat sans appel, le principal -- qui parlait d' enfants [...] marqués par les propos "révisionnistes" de leur professeur" (10) -- conclut:
La plainte des parents d'élèves est fondée. L'égarement de M. Berger appelle un avertissement sans complaisance qui ne saurait le dispenser d'un geste en direction de ses élèves, de leurs parents et de ses collègues historiens [Ibid, p 2]
Lorsqu'on lit cela, on se demande pourquoi le principal a enquêté. "Condamnez-moi tout de suite, ce sera plus clair" s'était écrié Pierre Laval lors de son simulacre de procès (11).. Cinquante-quatre ans après, J.-L. Berger pourrait s'exclamer la même chose.
Une Inspectrice qui réclame une sanction contre J.-L. Berger... avant même de l'avoir inspecté
Un autre exemple de partialité peut être relevé dans l'attitude de l'Inspecteur d'académie chargé de se prononcer sur le cas de J.-L. Berger, Madame Dominique Pierrel. Celle-ci a inspecté l'enseignant actuellement suspendu le 3 mai dernier. Onze jours plus tard, elle a rendu un rapport extrêmement sévère à son encontre (pièce IV-5 dans le dossier du Rectorat) (12), l'accusant entre autres de "manipulation" et de "montage" afin d'exposer à ses élèves l'argumentaire révisionniste.
Or, dix jours avant l'inspection, le 26 avril, D. Pierrel avait envoyé une "note" au recteur dans laquelle elle écrivait:
Ma collègue Hélène Pomme m'ayant transmis le dossier, j'ai l'honneur de porter à votre connaissance les faits suivants [...]
2) Les écrits des élèves des deux classes de troisième de Monsieur Berger (auquel le principal a demandé de mettre par écrit ce qu'ils avaient retenu des propos de leur professeur) montrent que les mêmes arguments apparaissent régulièrement. On ne peut donc douter du fait que Monsieur Berger a tenu en classe des propos négationnistes.
Une sanction est nécessaire, et rapidement (13)
Ainsi, avant même d'avoir inspecté le professeur mis en accusation et après n'avoir entendu qu'une seule partie (les élèves, et encore pas tous), Madame l'Inspecteur se prononçait pour une "sanction" rapide. Que peut valoir le rapport d'une personne aussi manifestement partiale?
Un rapport truffé d'erreurs et d'arguties tendancieuses
Notons d'ailleurs que de nombreuses erreurs et approximations peuvent être relevées dans son rapport de trois pages. Dans une première partie, D. Pierrel analyse le document "révisionniste" que J.-L. Berger a montré à ses élèves le 30 mars 1999. On reconnaît la page 14 du VHO France Informations.No 3-4 dont les vingt-cinq dernières lignes du texte, ainsi que les deux notes, ont été amputées. Dans cette page, l'encadré (à droite) avait été extrait de l'hebdomadaire L'Express (livraison du 31 décembre 1998). En même temps que la photographie montrant les cadavres au camp de Nordhausen, L'Express en avait publié une deuxième qui montrait un déporté libéré pointant un doigt accusateur vers un soldat allemand; l'équipe du VHO France Informations, qui s'intéressait uniquement au cliché de Nordhausen, n'avait pas jugé bon de la reproduire.
Ignorant qu'il s'agissait d'une page du VHO France Informations, l'Inspectrice a cru que J.-L.. Berger avait lui-même réalisé ce document à partir d'une page de L'Express. Elle écrit:
[...] Monsieur BERGER a aménagé ce document [issu de L'Express]: il enlève 1a photographie en haut de l'article (un déporté pointe un doigt vers un soldat allemand), ce qui d'ailleurs ôte tout sens à une partie de l'article: quel est alors le sens des phrases "Ce soldat rouage anonyme dans la grande mécanique du génocide, pourra-t-il encore dormir tranquille après avoir vu sa victime pointer vers lui un doigt accusateur, et le regarder sans céder à la haine?" Monsieur BERGER place le texte de l'article au-dessus d'une photographie, et non plus à côté, qui présente des alignements de cadavres dans la cour de la Boelke Kaserne à Nordhausen [...] Monsieur BERGER a sciemment procédé à un montage de manière à présenter aux élèves une photographie isolée de son contexte journalistique et son commentaire par ses soins. Or il s'avère que l'épisode des alignements de cadavres dans la cour de la Boelke Kaserne à Nordhausen est un argument régulièrement utilisé par les révisionnistes qui ensuite procèdent à une généralisation, à tous les camps, à partir de ce cas précis: voir par exemple le courrier de Monsieur Faurisson au journal Sud Ouest en date du 4 octobre 91 (pièces jointe 3) et Serge Thion, Vérité ou vérité historique (chapitre V, l'argumentaire) dans la note 10 (pièce jointe 4).
Conclusion: Monsieur Berger a procédé à un montage de manière à placer les élèves devant cette seule photographie qui représente un argument habituel des révisionnistes.
Les remarques à effectuer sont nombreuses:
3- D. Pierrel prétend enfin que les "alignements de cadavres dans la cour de la Boelke Kaserne à Nordhausen est un argument régulièrement utilisé par les révisionnistes qui ensuite procèdent à une généralisation, à tous les camps, à partir de ce cas précis". En guise, de "preuve", elle joint à son rapport une lettre de R. Faurisson ainsi que le cinquième chapitre du livre de Serge Thion, Vérité historique ou vérité politique. Or, la lecture de ces deux documents démontre que jamais les révisionnistes n'ont procédé par généralisation à partir du cas de Nordhausen. Dans sa lettre, R. Faurisson demande uniquement au journal Sud Ouest de corriger une information erronée, sans généraliser à aucun autre camp. Dans l'ouvrage de Serge Thion, il est seulement dit que le cliché de Nordhausen "a l'avantage de montrer que beaucoup de prisonniers ont été d'abord victimes de la guerre"; or, non seulement cette réflexion n'engage que son auteur, mais elle n'apparaît qu'au détour d'une note, et n'a jamais été reprise ni par R. Faurisson, ni par aucun autre libre chercheur (H. Roques, J. Graf, C. Mattogno, G. Rudolf...). Par conséquent, seules l'ignorance ou la mauvaise foi peuvent faire prétendre qu'il s'agirait d'un "argument habituel des révisionnistes". Notons d'ailleurs que, dans son rapport, l'Inspectrice, déclare que l'ouvrage de S. Thion s'appelle: "Vérité ou vérité historique"; cette erreur en dit long sur ses connaissances en matière de révisionnisme historique.
La vérité ne compte plus au sein de l'Education nationale
A supposer que le cliché des alignements de Nordhausen ait toujours été utilisé avec honnêteté par les journalistes et les historiens officiels, les révisionnistes n'auraient jamais eu besoin de rappeler la vérité et de demander des rectificatifs aux journaux. Dans le cas de L'Express, il y a eu volonté de tromper en présentant, sans explication, un cliché terrible. Face à ses élèves, J.-L. Berger n'a fait que dénoncer cette tromperie et rétablir la vérité. Cette initiative était la bienvenue dans un cours qui portait justement sur "l'argumentation". Il semble d'ailleurs que ses explications aient été comprises par certains élèves puisque l'un d'eux n'a pas hésité à écrire:
[...] en nous montrant un document de journal [...], il a voulu nous montrer que souvent les journaux disaient de fausses choses pour tromper les gens. Dans ce cas là, il avait certainement raison [pièce IV-4 l].
J.-L. Berger aurait donc dû être félicité pour ce choix qui, n'en doutons pas, a permis à certains élèves de comprendre la nécessité du doute face à des documents. Le fait que l'Inspectrice se soit noyée dans des arguties ineptes afin, au contraire, de lui en faire grief, démontre l'état de décomposition de la pensée au sein de l'Education nationale. Dans ce milieu la vérité ne compte plus, l'important est de délivrer aux élèves un message "politiquement correct".
Un autre exemple, d'ailleurs, toujours pris dans le rapport de l'Inspectrice, vient confirmer cette constatation. Devant ses élèves, J.-L. Berger a évoqué la révision du nombre de morts à Auschwitz par les autorités polonaises (de 4 millions, on est passé à environ 1 million) (14). Cette révision étant désormais officielle et admise par tous les historiens, on ne pouvait lui reprocher de l'avoir signalée*. Or, l'Inspectrice le lui a tout de même reproché en écrivant: "dans ses propos Monsieur BERGER a de fait développé des thèses révisionnistes avec des arguments récurrents: [...] minoration du nombre des morts [...] ("seulement" un million de morts)". Aujourd'hui, ainsi, il n'est plus possible d'énoncer des vérités admises par tous lorsque celles-ci donnent raison à ce que disaient les révisionnistes depuis des années.
L'Inspectrice ignore les éléments à décharge dans les témoignages des élèves
Si l'Inspectrice avait été honnête, elle aurait dû en outre remarquer que dans les témoignages des élèves figurent des éléments à décharge pour le professeur. Un d'eux, par exemple, déclare:
Lors de la pièce [adaptée du livre Mon Ami Frédéric] il nous a clairement fait comprendre que ce n'était pas la vérité. Cependant, il m'a confié qu'il préférait en rester là car il ne voulait pas que l'histoire prenne de trop grandes proportions Mais dans la classe, certains élèves remettaient toujours ces propos [tenus atours que la pièce de théâtre était jouée] en cause mais il nous a dit qu'il n'avait pas le droit de parler de ce genre de chose (15)
C'est clair: bien que J.-L. Berger ait alerté ses élèves sur les mensonges que l'on pouvait relever dans la pièce de théâtre, celui-ci restait prudent et ne souhaitait pas que les cours de français deviennent des cours d'histoire. Ce sont des élèves qui, à plusieurs reprises, sont revenus à la charge.
Ce témoignage n'est pas unique. Après avoir rapporté les propos "révisionnistes" de son professeur, un autre élève a écrit:
Mais d'un autre côté, c'est un peu la classe qui a cherché à ce qu'il dise ceci. Parfois, il disait qu'il n'avait pas le droit de parler de ça en classe alors il voulait faire autre chose mais à chaque fois on revenait sur le sujet. Mais quand il était lancé, alors il parlait, parlait et parlait. (16)
"Il voulait faire autre chose mais à chaque fois, on revenait sur le sujet"; là encore, aucun doute n'est permis: ce sont les élèves qui voulaient en savoir plus. Il y a avait donc une demande, et l'enseignant n'a fait qu'y répondre en donnant une autre version que celle enseignée par le professeur d'histoire. Par conséquent, le dénonciateur a tort lorsque, dans sa lettre, il prétend que J.-L. Berger a "inculqué" à aux élèves les thèses révisionnistes. S'il y a eu inculcation, c'est sur la demande des élèves eux-mêmes.
De plus, 1e verbe "inculquer" sous-entend que l'enseignant se serait livré à une véritable propagande, refusant aux élèves le libre choix entre les différentes versions de l'Histoire. Or, c'est le contraire qui est vrai, comme l'attestent deux témoignages d'élèves:
M. Berger nous a dit qu'il voulait qu'on sache les deux parties, qu'on ait un esprit critique afin de ne pas croire tout ce qu'on raconte [pièce IV-4 n]
il a dit qu'il [y] avait moins de morts que l'on ne le dit, et il a clairement ajouté "ceci est ma version qui est différente de celle que l'on entend tous les jours, avec les deux versions que vous connaissez maintenant, vous pouvez former votre propre opinion, vous n'êtes pas obligés de me croire moi, ni obligés de croire les autres [pièce IV-4 k]
Ces deux témoignages démontrent que, loin d'être un propagandiste, J.-L. Berger est un professeur qui souhaite donner des éléments d'information aux élèves afin d'éveiller leur esprit critique.
Big-Brother triomphant: orthodoxie et surveillance des mal pensants
Mais il est vrai que -- malgré les belles envolées que l'on entend un peu partout -- l'esprit critique est une notion repoussée avec horreur dans notre société où le "politiquement correct" règne en maître.
Un parent réclame que les élèves bénéficient d'un "enseignement conforme au programme officiel"
Aujourd'hui, certains parents d'élèves (soutenus par les autorités de l'Education nationale) exigent que les enfants soient soumis à un seul enseignement, officiel, afin de ne pas être mis dans le doute. Ce fait apparaît à de multiples reprises dans le dossier de J.-L. Berger.
Dans sa lettre de dénonciation du 26 avril, un parent a écrit:
[...] je sais combien un adolescent est fragile. M. Berger en profite pour les faire douter d'eux mêmes, de leurs professeurs (d'histoire en particulier) ainsi que des adultes qu'ils côtoient. C'est extrêmement grave. (17)
Le principal du collège où travaillait J.-L. Berger s'est fait l'écho de cette demande. Dans son rapport déjà cité, il a écrit:
[Les parents d'élèves] réclament:
-- des garanties pour leurs enfants à bénéficier d'un enseignement conforme au programme officiel;
-- le prononcé d'une sanction à l'égard du fonctionnaire sachant qu'en cas de récidive de sa part, ils refuseront définitivement de lui confier leurs enfants [pièce IV-4 p. 1]
Arrière, donc, le doute. Un adolescent doit bénéficier d'un enseignement "conforme au programme officiel" et n'entendre qu'une seule version. Quant à l'enseignant politiquement incorrect il doit être sanctionné et se taire, faute de quoi les enfants lui seront retirés.
Le principal défend l'"enseignement orthodoxe" de l'Histoire
Naturellement, les autorités se sont empressées de prendre au sérieux de telles demandes. Après avoir tenté de reconstituer les propos tenus en classe par J.-L. Berger, le principal du collège a déclaré:
Cette approche à forte connotation révisionniste prend le contre-pied de l'enseignement prodigué par les professeurs d'histoire de l'établissement; elle déstabilise les élèves et provoque la colère de leurs parents [Ibid., p. 2].
C'est la raison pour laquelle, parallèlement à l'enquête qu'il a menée, le principal s'est donné pour mission de "consolider la crédibilité des professeurs d'histoire-géo et leur enseignement orthodoxe" (Ibid., p. 1.). On savourera la formule: "enseignement orthodoxe». Quel aveu! Pour les autorités de l'Education nationale, l'Histoire est devenue une religion, avec ses dogmes, son orthodoxie, et, par conséquent, ses hétérodoxies véhiculées par les hérétiques qu'il convient de traquer et d'éliminer.
De son côté, après avoir parlé avec J.-L. Berger, l'Inspectrice a écrit:
Pour Monsieur Berger, sa faute professionnelle n'est pas dans ses convictions mais dans le fait de s'être laissé aller à parler au-delà de son but, qu'il présente comme "le fait de montrer qu'on pouvait manipuler des photographies et qu'il y avait deux vérités entre lesquelles les élèves devaient pouvoir choisir.
Et l'Inspectrice de préciser: "Monsieur Berger a été rappelé à ses responsabilités de professeur de l'Education nationale de la manière la plus claire et la plus ferme".
On en déduit que les responsabilités de professeur de l'Education nationale ne consistent pas à exposer aux élèves plusieurs versions entre lesquelles ils peuvent choisir. Non, dans le monde gouverné par Big-Brother, les élèves ne doivent pas choisir, ils doivent admettre sans réfléchir l'enseignement "orthodoxe".
L'Inspectrice appelle à la "surveillance de l'Administration"
Cette volonté d'empêcher l'expression de thèses non-conformistes se double d'un ardent désir d'espionner les professeurs suspectés de pensée "hétérodoxes». D. Pierrel ne s'en cache nullement. Dans son rapport d'inspection, elle écrit en guise de conclusion:
Je dois par ailleurs signaler que le programme des classes de Troisième (entraînement à l'argumentation), le caractère allusif des cahiers de texte réglementaires (allusion à des arguments sans communication de leur nature, par exemple), l'usage du rétroprojecteur [qui permet aux professeurs de montrer aux élèves des documents sans leur en fournir une photocopie] laissent au professeur des espaces non contrôlables de sorte qu'il n'est pas possible de se faire une idée exacte des propos tenus ou des idées promues [...] Dans l'immédiat, j'ai demandé dès le 6 mai au principal de retirer à Monsieur Berger l'usage du rétroprojecteur dans ses classes, ce qui l'empêche désormais d'utiliser des textes sans en fournir photocopie aux élèves, ce qui permet la communication aux parents et la surveillance de l'Administration (Ibid. p. 3).
A quand les cours filmés et visionnés, le soir, par des commissions chargées de préserver le "politiquement correct"?
[...]
L'"éducation à la citoyenneté" ou la machine à former des électeurs "politiquement corrects"
Dans le même ordre d'idée, signalons qu'à la fin de son rapport d'inspection, D. Pierrel reproche à J.-L. Berger de "proposer à ses élèves des textes qui recoupent ses convictions"; elle précise ensuite que l'enseignant "a été solennellement rappelé à ses devoirs et obligations de professeur de lettre en collège" Il s'agit là d'une allusion implicite au "devoir de réserve" ainsi qu'à la "neutralité" qui, dit-on, s'imposent à tout enseignant. Or, rappelons que ces principes sont aujourd'hui violés tous les jours dans les établissements scolaires, et ce sur l'ordre même des autorités. En guise de preuve, nous citerons le texte paru le 16 juillet 1998 dans le Bulletin Officiel de l'Education nationale (No 29) à propos de 1' "éducation à la citoyenneté" dans l'enseignement primaire et secondaire. En guise d'introduction, on lit:
L'éducation civique à l'école connaît de profondes évolutions répondant aux attentes de la société. Elle ne peut plus se limiter à une simple instruction (présentation des institutions) ou à quelques pratiques élémentaires répondant aux obligations administratives (élections des délégués). Elle doit explicitement prendre en charge l'éducation aux valeurs universelles des droits de l'homme, de la démocratie et de la République.
Jetée, donc, aux oubliettes, l'instruction civique traditionnelle qui consistait à apprendre aux enfants le fonctionnement les institutions sans autre considération politique. Dans notre société régie par Big Brother, elle est remplacée par l'"éducation à la citoyenneté" qui doit former des citoyens "politiquement corrects", ce que les autorités traduisent par: "prendre en charge l'éducation aux valeurs [...] des droits de l'homme, de la démocratie et de la République".
Afin d'être sûr que les professeurs qui seront chargés d'embrigader les élèves -- pardon: de les "éduquer à la citoyenneté" -- s'acquittent bien de leur mission:
Avant les élèves, ce sont donc les professeurs qui seront éduqués.
L'utilisation de l'Histoire (falsifiée) comme arme de propagande dans les écoles
L' "éducation à la citoyenneté" n'est cependant pas la seule arme dont dispose l'Education nationale afin d'embrigader les élèves. Depuis plusieurs années, les lycéens et les collégiens sont appelés à participer annuellement au "Concours scolaire de la Résistance et de la Déportation". Certains naïfs nous répondrons qu'il s'agit d'un concours portant sur des événements passés et donc non susceptibles d'être utilisés pour l'embrigadement des jeunes. Nous leur opposerons les propos tenus le 4 février 1999 -- lors de la remise des prix -- par Ségolène Royal, ministre déléguée auprès du ministre de l'Education nationale, chargée de l'enseignement scolaire. Devant les lauréats du concours, elle a déclaré:
Si le Concours national de la Résistance est, à nos yeux, aussi important dans l'enseignement scolaire, c'est parce que les jeunes ont à mon sens besoin de modèles pour grandir et de repères clairs pour se construire. A cet égard, l'histoire est une discipline essentielle à l'école, c'est plus encore par la conscience qu'elle promeut que pour le savoir qu'elle prodigue [...] Et je compte donc sur les générations de résistants, de combattants, d'internés, de déportés, pour raconter, parler, expliquer, afin de porter aux jeunes élèves le témoignage de l'horreur du nazisme, de la torture, des camps, de l'extermination. Je veux intégrer ces témoignages vivants à un enseignement concret de l'instruction civique, de l'histoire. (18)
On relèvera l'affirmation du ministre selon laquelle l'Histoire est une "discipline essentielle" "plus encore par la conscience qu'elle promeut que par le savoir qu'elle prodigue". Ces propos prouvent avec éclat l'utilisation que les autorités souhaitent faire de cette matière afin de promouvoir, auprès des jeunes, l'idéologie dominante (ce que l'on traduit dans les discours officiels par: donner aux élèves des "modèles" et des "repères clairs").
De façon extrêmement révélatrice, d'ailleurs, S. Royal parle uniquement "de l'horreur du nazisme". Il ne saurait être question d'évoquer auprès des élèves les horreurs du communisme et de la démocratie à tel point que si, aujourd'hui, on parle à un jeune des crimes contre l'humanité commis par les Alliés, son visage reflète la même surprise (ou la même incrédulité) que s'il entendait parler de cercles carrés.
Utilisation de sujets orientés
Dans un tel climat, on ne sera pas surpris que, très souvent, les sujets donnés au Concours de la Résistance et de la déportation soient indéniablement orientés. Pour l'année scolaire 1997-1998, par exemple, le thème proposé était:
Entre les deux guerres mondiales, la France a largement accueilli des immigrés. Que rôle ont pu jouer ces étrangers dans la résistance à l'occupant? Beaucoup d'entre eux sont morts pour le France, soit au cours d'actions de résistance, soit dans les camps de déportation.
De façon évidente, ce sujet avait pour objectif, à partir d'événements passés, de convaincre les jeunes que les immigrés servaient la France. Si l'on en croit Jean Gavard, inspecteur général et président du jury national au concours, ce but a été atteint. Prenant la parole lors des cérémonies de distributions des prix, le 4 février dernier, celui-ci a déclaré avec satisfaction:
Enfin, le souci d'actualisation des acquis du concours est récurrent dans les copies et les mémoires [...]. Parmi nos lauréats, un lycéen de Troyes remarque, à l'issue de son travail: "S'il existe un ennemi de la France, ce n'est pas l'étranger, mais le xénophobe". Dans la copie du Mans déjà citée, on peut lire: "l'étranger, le seul, c'est l'occupant" (19)
Certains nous répondront que ce concours est facultatif et qu'une minorité d'élèves y participe, puisque les deux villes où la participation est la plus élevées sont Limoges et Besançon "avec plus de 30% des collèges et 20% des lycées" (Ibid., p. 22, col. B). C'est exact. Cependant, un nombre croissant d'initiatives sont prises afin que, petit à petit, la participation s'étende. Dans le Maine-et-Loire, ainsi, l'Inspecteur d'académie "a bâti un dossier complet conduisant à tenir compte dans l'attribution du brevet des collèges de la qualité du travail fourni par les élèves de 3e pour la réalisation des mémoires confectionnés pour le concours" (Ibid., p. 23, col. C). A quand l'attribution du baccalauréat uniquement aux élèves qui auront fourni un bon travail au Concours de la Résistance et de la Déportation?
On apprend également que: "A partir de ce projet, une action expérimentale "ateliers de la mémoire" s'est développée dans quelques collèges du département» (Id.). Dans la ville d'Angers, le lycée Du Bellay "a élaboré un projet d'établissement dont l'une des assises est la participation de groupes d'élèves au concours" (Id.); et J Gavard de préciser: "Dans ce projet, le 'devoir de mémoire' contribue à la formation civique des jeunes" (Id.).
Appel aux associations de Résistants et de déportés
Afin de renforcer la propagande, les autorités de l'Education nationale n'hésitent pas, aujourd'hui, à demander l'aide et le soutien d'associations qui ne sont guère réputées pour leur neutralité. Le 5 novembre 1998, ainsi, S. Royal a envoyé à l'Union nationale des associations de déportés, internés et familles de disparus (UNADIF) la lettre suivante:
Ségolène ROYAL
L'UNADIF publie tous les deux mois un bulletin appelé: Le Déporté pour la Liberté. La simple lecture de cet organe démontre la façon dont son équipe pratique la "mémoire sélective". Faute de place, nous nous contenterons d'un seul exemple, relevé parmi ceux trouvés dans le dernier numéro (No 515, juin 1999). A la page 27, sous la rubrique "Nos peines", il est question de Madame Andréa Robert, décédée le 26 avril 1999. En 1944, elle avait été arrêtée, en même temps que son mari, pour faits de Résistance. Le couple fut envoyé en déportation, l'homme vers Neuengamme, la femme à Ravensbrück. On lit: "Elle fut libérée le 1er mai 1945 alors que son mari était embarqué par les Allemands sur un bateau qui coula avec ses passagers cinq jours seulement avant l'armistice". Pour le lecteur non averti, ainsi, l'époux de Madame Robert périt lors du naufrage d'un navire sur lequel l'avaient embarqué les Allemands. Or, rappelons que les deux principaux navires sur lesquels les déportés avaient été entassés, le Cap Arcona et le Thielbeck coulèrent le 3 mai 1945 vers 15 heures après avoir été touchés par les bombes de... Typhons de la RAF (Voy. le Catalogue alphabétique des camps de concentration, déjà cité, p. 286). Cet exemple de dissimulation d'une partie de la vérité est typique; elle révèle que, pour les chantres de la Mémoire, tout ce qui n'est pas en faveur des Alliés doit être occulté.
D'autres groupements, pour leur part, ne cachent nullement les enjeux politiques de leur combat. Citons le cas de l'Association nationale des anciens combattants de la résistance (ANACR); dans son bulletin trimestriel du département de l'Isère (Résistance isère, No 115, livraison de mars 1999), celle-ci écrit, sous la plume de son éditorialiste Martine Peters:
Mais le rôle qui me semble le plus capital c'est celui de la lutte contre les résurgences des idéologies fascistes, c'est le combat incontournable contre les "deux et pourtant unique" F.N., c'est la dénonciation sans complaisance de tous les discours racistes, xénophobes, haineux, des héritiers de ceux qui collaborèrent avec les nazis, c'est le refus de toutes les compromissions même les plus minimes avec ceux qui parlent de purification, de nationalisme [...] c'est enfin et surtout plus qu'un simple devoir, l'obligation absolue de montrer aux jeunes que "si la bête est revenue", ce n'est pas par hasard, qu'elle n'est que la copie conforme de celle née bien avant 1940 qui a su engendrer ses petits partout dans le monde et qui si on la laisse reprendre de la vigueur avec elle reviendront les crétins casqués et les bourreaux bottés (20).
Lorsqu'on lit ces lignes, on peut légitimement émettre des doutes de la "neutralité" du message que ces individus délivrent aux jeunes générations lorsqu'ils viennent "témoigner" dans les établissements scolaires.
Les professeurs étant désormais, et sur l'ordre des autorités, transformés en vecteurs de l'idéologie dominante, on ne peut nier que l'Education nationale viole le principe de "neutralité" qu'elle s'est imposée. Dès lors, le reproche formulé contre J.-L.. Berger d'utiliser des textes qui "recoupent ses convictions" relève du cynisme le plus odieux. C'est vraiment la paille et la poutre.
Conclusion
L'affaire J.-L. Berger illustre l'emprise toujours croissante de Big Brother sur nos sociétés. Aujourd'hui, nos gouvernants ne cachent même plus le fait qu'ils utilisent l'Education nationale afin d'embrigader les élèves et les transformer en citoyens "politiquement corrects". Sans surprise, l'arme principale utilisée est l'Histoire de la seconde guerre mondiale, une discipline que le Ministre chargé de l'Education scolaire qualifie d'"essentielle à l'école [...] plus encore par la conscience qu'elle promeut que pour le savoir qu'elle prodigue". Grâce à des concours ayant pour objet la Résistance et la déportation, grâce à d'anciens Résistants invités dans les établissements scolaires afin de dénoncer "l'horreur du nazisme" et de "l'extermination", les autorités tentent de convaincre les jeunes que, sans le rempart dressé par la démocratie et des Droits de l'Homme, les "bourreaux bottés" déferleraient à nouveau sur le monde afin, comme leurs aînés, de construire des camps de concentration et de nouvelles chambres à gaz.
Une telle façon d'agir pourrait, à la rigueur, se comprendre si l'Histoire enseignée aux jeunes était le reflet de la vérité. Or, nous savons qu'il n'en est rien. Les programmes scolaires pour l'Histoire sont truffés de mensonges; ceux qui les élaborent mentent en accusant les Allemands de crimes qu'ils n'ont pas commis et en occultant les atrocités commises par les vainqueurs de la seconde guerre mondiale. A l'aube du troisième millénaire, nous assistons donc à la plus formidable entreprise d'intoxication des masses -- et notamment des jeunes -- qui ait jamais été orchestrée.
Pour nos gouvernants, cependant, cet embrigadement se révèle chaque jour plus nécessaire. Car après cinquante ans de règne sans partage, leur faillite s'étale dans une multiplicité des domaines. Ils nous avaient promis un monde de paix, or plus de 150 guerres ont éclaté depuis 1945; ils criaient: "Plus jamais ça!", or non seulement les camps de déportation n'ont pas disparu après la chute du national-socialisme, mais aussi, plusieurs génocides -- bien réels ceux-là -- ont été perpétrés depuis (Cambodge, Rwanda...), ils nous avaient promis l'avènement d'une ère de bien-être, notamment avec la production de masse, et voilà "l'air empesté, la vue bouchée, la pétarade et la bousculade, l'encombrement et le souci, les tonnes de camelotes et les vivres en boîte, le gratte-ciel et la cuisine-usine" (21); ils prétendaient respecter l'Homme, et dans leur course au profit, ils l'ont déraciné (populations entières qui ont quitté leurs pays sous l'attrait du gain et qui ont fourni des contingents entiers de travailleurs sous-payés), l'ont rendu esclave de la machine et ont empoisonné sa nourriture ("chimification" des aliments, crise de vache folle, des poulets et des porcs à la dioxine, scandale des farines animales....); ils promettaient un niveau de vie en perpétuelle augmentation et une paix sociale définitive, or, avec la pauvreté qui s'étend, les banlieues sont devenues des poudrières allumées et l'insécurité s'accroît.
Devant cet échec, de multiples citoyens désabusés et las des désordres soit désertent les urnes, soit portent leurs suffrages sur les partis dits "nationalistes". En France, certes, la crise au FN a fait reculer ce parti, mais la poussée des nationalistes en Belgique et en Autriche -- pour ne parler que des pays voisins -- illustre parfaitement ce phénomène.
Aujourd'hui, donc, nos gouvernants sont aux abois. Incapables, face à la montée des nationalismes, d'exhiber aux peuples un bilan positif, ils n'ont plus qu'une solution: apeurer les électeurs en leur répétant que l'arrivée des nationalistes au pouvoir plongerait le monde dans la barbarie.
Sachant de plus que les collégiens et les lycées d'aujourd'hui seront les électeurs de demain, les propagandistes portent leur principal effort dans leur direction. Pour nos gouvernants, c'est une question de survie. C'est la raison pour laquelle chaque année, ils verrouillent davantage l'enseignement. Aujourd'hui ainsi, le principal d'un collège n'hésite pas à parler d' "enseignement orthodoxe" de l'Histoire. L'Histoire est donc devenue une religion avec ses vérités révélées, incontestables.
Dans cette atmosphère, malheur aux professeurs qui osent exprimer des opinions hétérodoxes. Ceux-ci seront dénoncés et impitoyablement éliminés: hier Vincent Reynouard et Michel Adam; aujourd'hui Jean-Louis Berger (père de quatre enfants, dont deux encore à charge et dont l'épouse ne travaille pas).
Le plus inquiétant est de constater que nos gouvernants n'ont même plus besoin d'espions ou de commissaires politiques afin de débusquer les hérétiques. Non, les dénonciations sont l'oeuvre de citoyens ordinaires: parents d'élèves, collègues de travail. Ceux-ci trouvent immanquablement un accueil favorable auprès des principaux, des inspecteurs d'académie et des recteurs. Comme l'a écrit B. Notin:
L'industrie des justiciers, des mouchards ct provocateurs est la seule qui ne connaisse point de chômage et qui pratique d'incessants embauchages [...]. Préfets et recteurs prennent un avancement de renommée dans la terreur administrative. A chaque inculpation d' "Affreux", ils bombent le torse, enflent le communiqué [...] Ainsi se crée le simulacre de l'ordre cosmopolite, qui n'est rien de plus qu'un silence généralisé des hommes de qualité et surtout le caporalisme du petit chef. (22)
La tyrannie en France est donc assurée par les citoyens eux-mêmes qui s'érigent en censeurs et qui adoptent des conduites staliniennes. L'affaire Berger l'illustre avec éclat lorsqu'un principal de collège pousse les élèves à la délation anonyme et lorsqu'une inspectrice, après s'être désolée qu'un professeur puisse, dans ces cours, bénéficier d'"espaces non contrôlables", suggère l'adoption de mesures afin de permettre "la surveillance de l'Administration".
Toutefois, ne commettons pas l'erreur de conclure que ces personnages sont des staliniens dans l'âme. Si on les traitait de staliniens, ceux-ci repousseraient très certainement cette accusation avec sincérité et déclareraient qu'ils sont au contraire pour la liberté, la tolérance et le pluralisme. En vérité, leur attitude est le résultat d'une propagande de plus de cinquante ans. Celle-ci présente le national-socialisme comme l'"ennemi mortel de l'homme". Or , contre un ennemi mortel, tous les coups sont permis, y compris les plus staliniens.
La tyrannie moderne, née sur les ruines du national-socialisme, perdure et se renforce donc grâce aux mensonges colportés à propos du national-socialisme. Telle est la raison pour laquelle le combat révisionniste s'impose chaque jour davantage. Tant que le mythe des chambres à gaz et du génocide ne se sera pas écroulé, nos gouvernants pourront garder le pouvoir et renforcer une tyrannie qui enserre chaque jour davantage les hommes d'esprit, menant l'Europe à l'abîme.
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Reproduction, un peu raccourcie d'un article paru dans le numéro 17-18 de VHO France Informations..., 26 juillet 1999 (VHO, BP 60, B-2600 Berchem-2). Les opinions appartiennent aux rédacteurs de VHO F. I., of course
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