AAARGH

| Accueil général | Accueil français | Actualité février 2001|

LE SYNDROME DE LA GUERRE DU GOLFE

Par Ginette Hess, présidente de «l'Olivier et la Pierre»



Près de dix ans après la guerre du Golfe, de nombreux militaires français, ayant participé à cette guerre souffrent d'affections, de symptômes neurologiques, de douleurs musculaires ou d'une fatigue généralisée . Une députée de l'Assemblée nationale française (apparentée Parti Socialiste) a décidé selon le Journal du dimanche du 11/06/2000 de rompre la loi du silence concernant le syndrome de la guerre du Golfe et de mettre sur la place publique le problème sur le mai étrange qui frappe des dizaines de soldats français.

En effet, de nombreux soldats français de l'opération Daguet se plaignent aujourd'hui des mêmes symptômes que les vétérans américains, anglais et canadiens, dix ans après les bombardements sur l'Irak.

La députée, Michèle Rivasi, ancienne présidente et fondatrice de la CRII - RAD, laboratoire d'analyse independant sur les mesures de radioactivité créé après la catastrophe de Tchernobyl afin de dénoncer l'opacité du secteur de l'atome, est en train de constituer une commission d'information parlementaire sur le sujet.

Aux USA, où la polémique a été déclenchée dès 1993 par les lobbies des associations de vétérans de l'armée américaine, le débat sur les conséquences dramatiques pour des milliers de victimes de ces expérimentations nucléaires, bat son plein.

A l'origine de ce mal mystérieux dont sont victimes un quart des 697.000 militaires engagés ayant déjà reçu des indemnisations, les experts ont avancé plusieurs hypothèses: une exposition à des gaz irakiens toxiques, des vaccinations mal supportées, la toxicité des médicaments ingurgités, le stress et surtout le contact avec des poussières d'uranium appauvri contenu dans les obus balancés sur l'Irak.


ARME RADIOACTIVE
Une étude publiée dans Le Monde diplomatique d'avril 1995 par les journalistes Naima Lefkir et Roland Laffite, "Les révélations de la guerre du golfe", démontre largement la toxicité chimique et radioactive des armes utilisées.

"Durant la guerre du Golfe, les militaires irakiens furent frappés de stupeur en voyant leurs chars T72 détruits par des projectiles très rapides tirés en particulier par les canons des MI AI Abrams, dont la portée était supérieure de plus de 1000 mètres à celle des leurs. Ils ne savent pas e ncore que les troupes américaines utilisaient des munitions à uranium appauvri. Depuis les années 70, l'industrie emploie l'uranium appauvri (UA) pour sa résistance et sa forte densité. Mais c'eit la première fois qu'il était fait usage de munitions de ce type sur un champ de bataille.
M. William M. Arkin, président de l'institut pour la science et la sécurité internationale de Washington, estime à 940 . 000 le nombre de cartouches de 30 mm contenant chacune 300 grammes d'uranium appauvri tirées par les a vions A - 10 Thunderbolt et à 4000 le nombre d'obus de 120mm en contenant 1 kg, tirés par les chars, ce qui permet d'évaluer à 300 tonnes l'ensemble de cet uran ium lâché sur l'Irak et le Koweit."

Selon un entretien réalisé le 25 janvier 1995 par les deux journalistes avec Raymond Sené du laboratoire de physique corpusculaire au collège de France et animateur du groupement des scientifiques pour l'information sur l'énergie nucléaire (GSIEN).

L'article du Monde diplomatique d'avril 1995 fait aussi référence à un rapport confidentiel publié en novembre 1991 sur la guerre du Golfe par l'Autorité britannique de contrôle de l'énergie atomique au gouvernement.

Le rapport signale que le danger le plus grave provient de la poussière d'uranium produite quand les projectiles frappent et incendient des véhicules. Si des particules sont inhalées, elles peuvent entraîner "une dose inacceptable pour l'organisme". Lors de l'impact, une fort e proportion de la masse du métal se transforme en aérosol dont les fines particules, facilement emportées par le vent, sont aisément absorbées, chimiquement toxiques pour les reins et radiologiquement dangereux pour les poumons.

Quand ils évoquaient la menace pour les populations, notamment pour les villes de Bassora et de Koweït, les experts britanniques estimaient à quarante tonnes l'uranium appauvri utilisé, une quantité bien inférieure à la réalité.

Ils n'ont pas non plus comptabilisé la part importante de la poussière pro p agée sur les populations à des k ilomètres à la ronde par les vents soufflants du désert de la péninsule arabique.

L'Agence Internationale pour l'Energie Atomique (AIEA) basée à Vienne, affirme de son côté, que le vrai danger est l'UA dégagé par les bombes et roquettes qui ont incendié les blindés irakiens.

"Jamais dans mes rêves les plus fous, je n'aurais imaginé que les Etats-Unis pourraient tirer des cartouches nucléaires pour empoisonner leurs propres soldats et les populations civiles des alentours avec des isotopes radioactifs", s'exclamait Helen Caldicott , physicienne australienne, prix Nobel en 1985.


L'ORIGINE DE L'URANIUM

L'UA est un déchet de l'industrie nucléaire civile et militaire. L'uranium naturel comprend seulement 0,7% d'uranium fissible, c'est à dire d' isotope d'uranium 235. L'ind ustrie n ucléaire civile a besoin d'un uranium contenant au moins 3 à 4% d'U235. Quant à l'industrie nucléaire militaire, elle ne peut utiliser qu'un uranium contenant au minimum 90% d'U235. Toutes deux ont besoin d'uranium enrichi (UE).

La production d'un kilogramme d'UE entra îne 5 à 10 kilogrammes d'ura nium non fissible ou isotope uranium 238, appelé uranium appauvri car moins radioactif que l'uranium naturel.

Robin Cook, le ministre des affaires étrangères britanniques a justifié le recours à ces armes, en raison de leur plus grande puissance de percement et de destruction par rapport aux autres projectiles.

L'UA n'est pas seulement radioactif, il est aussi toxique, à l'image du plomb et des autres métaux lourds qui sont souvent à l'origine de malformations et autres graves problèmes de santé.

L'usage d'UA a pour effet de contaminer l'air, la terre et l'eau, causant des dommages humains irrémédiables. D'autant que la population n'étant pas informée de cette contamination, celle - ci n'a pris aucune mesure pour se protéger. Surtout que les microparticules qui se répandent dans l'air s'y déplacent sur de très grandes distances et se fixent également dans la terre et les eaux (souterraines et de surface) polluées et pour très longtemps. Les forcés armées US ont été dotées de grandes quantités d'UA.

Les bombes et roquettes à UA sont - elles devenues une nouvelle façon de recycler ces déchets nucléaires occidentaux qui posent tant de problèmes aux populations environnantes des sites où ils sont entreposés? Les écologistes auraient intérêt à s'en inquiéter avant leur prolifération, car, ces armes, meurtrières à court et à long terme, ont aussi été testées en Serbie et au Kosovo lors des derniers bombardements de l'OTAN, l'année passée.


CONTAMINATION DURABLE

La durée de vie de l'uranium est de 500 millions d'année, c'est à dire qu'à partir de là, il perd la moitié de sa radioactivité. La contamination à base UA est donc durable. Quant à une éventuelle contamination, elle ne peut être prise en compte par un pays ruin é par la guerre et un embargo qui n'en fini t pas d e durer.

Cette situation fait dire au général Pierre Marie Gallois, en mars 1995:

"Les Américains se sont conduits en apprentis sorciers. L'utilisation de ce type de munitions relève du mépris le plus absolu de toutes les règles qu'un militaire se doit de respecter [...]. Reste peut - être la seule chose la plus importante dont le monde entier n'a cure: le peuple d'Irak, déjà soumis à un embargo criminel qui, comme tous les embargos, n'atteint que des innocents, est en prime affligé par nos soins d'un inguérissable fléau dont les peuples "civilisés" que nous prétendons être détiennent la responsabilité ."

Outre l'exposition directe aux radiations subie par les populations, l'uranium appauvri pénètre dans la peau à travers la moindre petite plaie, ainsi que par la respiration ou par la nourriture qui est contaminée. Les éclats qui pénètrent dans le sol se propagent à travers les eaux de pluie. Sa radioactivité provoque le cancer non seulement sur les personnes exposées directement, mais aussi sur les générations futures, comme ce qui est apparu à travers les études menées sur les survivants d'Hiroshima et de Nagasaki.

Le bureau américain de la population a estimé en 1992 que la contamination radioactive a contribué à la réduction de la moyenne d'âge des Irakiens qui a baissé de vingt ans pour les hommes et de onze ans pour les femmes.

Un rapport publié en 1991 indique qu'en quelques mois seulement le nombre de décès d'Irakiens de moins de cinq ans a été multiplié par cinq, environ. Ces enfants ressemblaient par leur apathie et leur insensibilité aux victimes de la bombe d'Hiroshima.

Un autre rapport datant de 1994, fait par des spécialistes américains indique la probable mort en 1991, de 150 .000 petits Irakiens des suites de différentes pathologies causées par l'uranium telles que le cancer, l'insuffisance rénale ou des maladies inconnues auparavant, comme des troubles de la vue, des vertiges, engourdissement des mains. Cette étude relève également un taux élevé de cas de leucémie, de différents cancers (poumon, peau, appareil digestif) et de malformations congénitales telles que l'existence de membres supplémentaires, de têtes enflées, absence ou altération d'un oeil, perte de cheveux. De nombreuses personnes sont atteintes de stérilité, les femmes avortent spontanément ou donnent naissance à des prématurés ou des morts-nés. (Mission d'enquête de la Commission arabe des droits humains , mars 2000).

Ce sont, par delà les océans, les mêmes symptômes décrits par les vétérans américains de la guerre du Golfe. Leur descendance est aussi atteinte de ce syndrome.

Notons que la majorité des conséquences catastrophiques de l'utilisation inconscien te de ces armes sur l'être humain et sur l'environnement n'apparaîtront qu'avec le temps en Irak, au Koweït ainsi que dans les pays environnants.

Le syndrome de la guerre du Golfe, dont le sujet vient d'être soulevé en France, mérite une enquête sérieuse, non seulement sur les militaires et leur descendance, mais aussi et surtout sur toutes les populations du Golfe, ainsi que sur cell es des Balkans afin d'arriver rapidement à une condamnation de l'utilisation de ces armes de destruction de masse.


Le dossier euro-arabe
, n* 98, octobre 2000.
+++++++++++++

 


L'adresse électronique de ce document est: http://aaargh-international.org/fran/actu/actu001/doc2001/ura.html

Ce texte a été affiché sur Internet à des fins purement éducatives, pour encourager la recherche, sur une base non-commerciale et pour une utilisation mesurée par le Secrétariat international de l'Association des Anciens Amateurs de Récits de Guerre et d'Holocaustes (AAARGH). L'adresse électronique du Secrétariat est <aaarghinternational@hotmail.com>. L'adresse postale est: PO Box 81475, Chicago, IL 60681-0475, USA.

Afficher un texte sur le Web équivaut à mettre un document sur le rayonnage d'une bibliothèque publique. Cela nous coûte un peu d'argent et de travail. Nous pensons que c'est le lecteur volontaire qui en profite et nous le supposons capable de penser par lui-même. Un lecteur qui va chercher un document sur le Web le fait toujours à ses risques et périls. Quant à l'auteur, il n'y a pas lieu de supposer qu'il partage la responsabilité des autres textes consultables sur ce site. En raison des lois qui instituent une censure spécifique dans certains pays (Allemagne, France, Israël, Suisse, Canada, et d'autres), nous ne demandons pas l'agrément des auteurs qui y vivent car ils ne sont pas libres de consentir.

Nous nous plaçons sous la protection de l'article 19 de la Déclaration des Droits de l'homme, qui stipule:
ARTICLE 19 <Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considération de frontière, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit>
Déclaration internationale des droits de l'homme, adoptée par l'Assemblée générale de l'ONU à Paris, le 10 décembre 1948.


aaarghinternational@hotmail.com


| Accueil général | Accueil français | Actualité février 2001 |