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(ce texte de 1987 a été publié dans les Annales d'histoire révisionniste, nº 8, printemps 1990, p. 15-82. C'est la suite du texte"Le révisionnisme devant les tribunaux francais", publié dans les Annales n°nº7, printemps-été 1989, p. 51-115.)

 

 

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MON EXPERIENCE DU REVISIONNISME

(septembre 1983 - septembre 1987)

par Robert Faurisson

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(Etude publiée en anglais à l'occasion de la 8e Conférence internationale révisionniste, 9-11 septembre 1987, tenue sous les auspices de l'Institute for Historical Review à Los Angeles: "My Life as a Revisionist: september 1983 to september 1987", The Journal of Historical Review, Spring 1989, p. 5-63.

 

 

Ce qu'il est convenu d'appeler "l'affaire Faurisson" a commencé le 16 novembre 1978 avec la parution d'un article dans Le Matin de Paris. Je savais depuis plusieurs années que, le jour où la presse rendrait publiques mes opinions révisionnistes, j'affronterais une tempête. Par sa nature même, le révisionnisme ne peut que troubler l'ordre public; là où règnent les certitudes tranquilles, l'esprit de libre examen est un intrus et il fait scandale. La première tâche des tribunaux est moins de défendre la justice que de préserver l'ordre public. La vérité, au sens où j'entends ce mot (c'est-à-dire: ce qui est vérifiable), n'intéresse les magistrats que si elle ne provoque pas un trouble profond de l'ordre public. Je ne me faisais pas d'illusion: on me traînerait en justice et je serais condamné, et cela en plus des agressions physiques, des campagnes de presse et du bouleversement de ma vie personnelle, familiale et professionnelle.

Ma précédente conférence a eu lieu en septembre 1983; le titre en était: "Revisionism on Trial: Developments in France, 1979-1983" ("Le Révisionnisme devant les tribunaux francais, 1979-1983"). La présente conférence en est la suite; je lui ai donné pour titre: "Mon expérience du révisionnisme (septembre 1983-- septembre 1987)". Ce qui avait marqué en France la période 1979-1983, c'était l'activité judiciaire déployée contre le révisionnisme. La période 1983-1987 se signale par un ralentissement de cette activité, laquelle, je le crains, va reprendre à partir de 1987-1988. En France, les organisations juives, initiatrices des poursuites judiciaires, ont été fortement décues et même déconcertées par la légèreté relative de ma condamnation en avril 1983. Elles attendaient mieux de la justice francaise. Elles voulaient ma "peau" et elles n'ont obtenu qu'une livre de ma chair. Elles souhaitaient que les magistrats déclarent: Faurisson est un faussaire de l'histoire; son travail sur les chambres à gaz est plein de légèretés, de négligences, d'ignorances délibérées et de mensonges; Faurisson est malveillant et dangereux. Or, le 26 avril 1983, les magistrats de la première chambre de la cour d'appel de Paris en quelque sorte concluaient: Faurisson est un chercheur sérieux; nous ne trouvons dans son travail sur les chambres à gaz ni légèreté, ni négligence, ni ignorance délibérée, ni mensonge; mais Faurisson est peut-être malveillant et il est certainement dangereux; nous le condamnons pour cette probable malveillance et pour ce danger, mais nous ne condamnons pas son travail sur les chambres à gaz, qui est sérieux. Au contraire, vu le sérieux de ce travail, nous garantissons à tout Francais le droit de dire, si telle est son opinion, que les chambres à gaz n'ont pas existé.

Ce que les organisations juives n'ont pas pu réaliser en France de 1979 à 1983, elles l'ont ensuite tenté dans d'autres pays et, notamment, au Canada, avec l'énorme procès intenté à Ernst Zundel. J'ai activement participé en 1984 et 1985 à la défense d'Ernst Zundel et, dans la première partie de mon exposé, je traiterai de ce procès qui a eu, malgré tout, l'avantage de faire faire un bond en avant à la recherche historique. La deuxième partie de mon exposé portera sur les multiples "affaires", comme on les appelle, qui, principalement en France, ont marqué à la fois l'échec de ceux qui veulent bloquer la recherche historique (les exterminationnistes) et le succès de ceux qui prônent cette recherche (les révisionnistes). Dans une troisième partie, je tenterai de faire le point des acquisitions du révisionnisme historique à ce jour et de vous dire quelles sont, à mon avis, nos perspectives d'avenir.

Mon impression générale est la suivante: je suis optimiste pour l'avenir du révisionnisme mais pessimiste pour celui des révisionnistes. Le révisionnisme connaît aujourd'hui une telle vigueur que rien ne l'arrêtera plus; nous n'avons plus à craindre le silence. Mais les chercheurs révisionnistes vont payer cher ce développement de leurs idées et il n'est pas exclu que, dans certains pays, nous ne soyons contraints à une activité de samizdat pour des raisons de danger accru et de pauvreté croissante (en particulier à cause des frais de justice et des condamnations judiciaires).

 

I

Le procès Zundel (1985)

ou "le procès du procès de Nuremberg"

 

L'année 1985 marquera une grande date de l'histoire du révisionnisme. Elle restera l'année du procès Zundel ou, pour être plus précis, du premier procès Zundel puisque un second procès est actuellement en préparation.

 

Je crois connaître assez bien Ernst Zundel. J'ai fait sa connaissance à Los Angeles en 1979 au premier colloque de notre Institute for Historical Review. Nous sommes restés en bons termes et, en juin 1984, je me suis rendu à Toronto, où il habite, pour l'assister dans son "pretrial" (au Canada, procédure d'instruction publique où un magistrat décide de l'opportunité d'ouvrir ou non un véritable procès devant un juge et un jury). Je suis retourné à Toronto en janvier 1985 et, pendant presque tout le temps de son procès, lequel a duré sept semaines, j'ai de nouveau assisté Ernst Zundel. A l'avenir, je continuerai de l'aider dans la mesure de mes compétences. L'homme est exceptionnel.

Jusqu'à cette époque, il exercait à Toronto la profession de graphiste et de publicitaire. Il est âgé de quarante-neuf ans. Né en Allemagne en 1938, il a conservé la nationalité allemande. Sa vie a connu de graves bouleversements du jour où, au début des années quatre-vingt, il a commencé à diffuser la brochure révisionniste de Richard Harwood: Did Six Million Really Die? Cette brochure avait été publiée pour la première fois en Grande-Bretagne en 1974 et elle avait suscité l'année suivante une longue controverse dans Books and Bookmen. Sur intervention de la communauté juive sud-africaine, elle fut interdite en Afrique du Sud.

En 1984, au Canada, Sabina Citron, responsable d'une association pour le Souvenir de l'Holocauste (Holocaust Remembrance Association), provoqua de violentes manifestations contre E. Zundel. Un attentat eut lieu contre le domicile de ce dernier. L'administration des postes canadiennes, assimilant la littérature révisionniste à la littérature pornographique, lui refusa tout envoi et toute réception de courrier et il ne recouvra ses droits postaux qu'au terme d'une année de procédures judiciaires. Entre-temps, son affaire commerciale avait périclité malgré l'excellente réputation dont il jouissait dans le milieu professionnel. A l'instigation de Sabina Citron, le procureur général de l'Ontario déposa contre lui une plainte pour publication de fausse déclaration, histoire ou nouvelle (publishing false statement, tale or news) de nature à troubler l'ordre public. La section 177 du Canadian Criminal Code prononce exactement:

«Est coupable d'un acte criminel et passible d'un emprisonnement de deux ans quiconque, volontairement, publie une déclaration, une histoire ou une nouvelle qu'il sait fausse et qui cause, ou est de nature à causer, une atteinte ou du tort à quelque intérêt public.» (Everyone who willfully publishes a statement, tale or news that he knows is false and that causes, or is likely to cause, injury or mischief to a public interest, is guilty of an indictable offense and is liable to imprisonment for two years).

 

L'accusation tenait le raisonnement suivant: l'inculpé avait abusé de son droit à la liberté d'expression; en diffusant la brochure de R. Harwood, il propageait une information qu'il savait être fausse; en effet, il ne pouvait pas ignorer que le "génocide des juifs" et les "chambres à gaz" sont un fait établi. Cette diffusion "affectait ou était de nature à affecter la tolérance sociale et raciale dans la communauté canadienne" (Transcription, p. 1682).

E. Zundel était également inculpé pour avoir personnellement écrit et diffusé une lettre de même inspiration que la brochure.

Les frais du procès incombèrent au contribuable canadien et non pas à l'association de Sabina Citron.

Le juge s'appelait Hugh Locke et le procureur, Peter Griffiths. Ernst Zundel était défendu par un avocat de Colombie britannique, Douglas Christie, assisté de Keltie Zubko. Le jury était de douze membres. Les médias anglophones couvrirent abondamment le procès.

Le jury déclara E. Zundel non coupable pour sa propre lettre mais coupable pour la diffusion de la brochure. Il fut condamné par le juge Locke à quinze mois de prison ferme et à l'interdiction de parler ou d'écrire à propos de l'Holocauste. Le consulat allemand de Toronto lui retira son passeport. Le Canada prépara contre lui une procédure dite de déportation. Auparavant, les autorités de la RFA avaient lancé sur tout le territoire allemand une gigantesque opération de descentes de police, le même jour, chez tous ses correspondants allemands.

Mais E. Zundel avait remporté une victoire médiatique. Malgré leur hostilité affichée, les médias et, en particulier, la télévision avaient révélé au grand public canadien de langue anglaise que les révisionnistes possédaient une documentation et une argumentation de première force tandis que les exterminationnistes étaient aux abois.

Dans les quarante années qui ont suivi la fin de la seconde guerre mondiale, une nouvelle religion s'est développée: la religion de l'Holocauste. Celle-ci a pris forme au procès de Nuremberg (1945-1946), lequel a été suivi d'une quantité d'autres procès qui, d'ailleurs, durent encore. De nombreux historiens se sont faits les chantres de cette religion: le premier d'entre eux est incontestablement Raul Hilberg. Une foule de témoins ou prétendus tels sont venus déposer à la barre des tribunaux en faveur de l'existence d'un génocide des juifs et de l'emploi par les Allemands de chambres à gaz homicides: l'un des plus importants aura été Rudolf Vrba.

Or, il se trouve qu'en 1985, au procès Zundel, l'accusation a principalement invoqué le procès de Nuremberg et a obtenu la comparution de R.Hilberg et de R.Vrba. E. Zundel avait prédit que son procès serait "le procès du procès de Nuremberg" et "le Stalingrad des exterminationnistes". Les événements lui ont donné raison. Le procès de Nuremberg est apparu dans son injustice, R. Hilberg dans son incompétence d'historien et R. Vrba dans son imposture. Je ne parlerai pas des autres témoins appelés à la barre par le procureur Griffiths et, en particulier, d'Arnold Friedman, présenté en témoin des gazages d'Auschwitz; poussé dans ses retranchements par les questions de l'avocat D. Christie, il finit par confesser qu'il avait bien été à Auschwitz-Birkenau (où, d'ailleurs, il n'avait jamais eu à travailler sauf une fois pour un déchargement de pommes de terre) mais que, pour ce qui était des gazages, il s'en était rapporté à des on-dit.

 

Injustice du procès de Nuremberg

 

"Tribunal militaire international": ces trois mots, comme on l'a fait remarquer, contiennent trois mensonges. Ce "tribunal" n'était pas une juridiction au sens normal du mot mais il ressemblait à une association de vainqueurs décidés à régler son compte au vaincu selon la loi du plus fort. Il n'était pas "militaire" puisque, sur les huit membres qui le présidaient (deux Américains, deux Britanniques, deux Francais et deux Soviétiques), seuls les deux Soviétiques étaient des juges militaires, le plus important d'entre eux étant un stalinien notoire, Nikitchenko, qui avait présidé les fameux procès de Moscou (1936-1937). Ce "tribunal" n'était pas "international" mais interallié. Il reposait sur l'Accord de Londres qui avait défini les crimes contre la paix (préparation et déclenchement d'une guerre d'agression), les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité; cet accord datait du 8 août 1945, c'est-à-dire qu'il suivait de deux jours l'atomisation d'Hiroshima par les Alliés et précédait de vingt-quatre heures l'atomisation de Nagasaki tandis que, ce même 8 août, l'Union soviétique agressait le Japon. La bombe atomique avait été préparée essentiellement en vue de son utilisation contre des villes allemandes et on se demande, dans ce cas, quelle lecon morale les Alliés pouvaient prétendre infliger aux Allemands et de quel droit un autre "Tribunal militaire international" jugeait, à Tokyo, les Japonais.

Ce "tribunal" avait recours à la rétroactivité des lois et à la responsabilité collective. Il jugeait sans appel, ce qui signifie qu'il pouvait se permettre d'user d'arbitraire sans craindre un désaveu. Le procès était criminel mais il n'y avait pas de jury. L'accusation disposait de moyens formidables et, notamment, du contrôle des archives de guerre prises à l'ennemi. La défense disposait de moyens dérisoires; elle était sous contrainte et sous haute surveillance; les avocats n'avaient, par exemple, pas le droit de parler du Traité de Versailles ni de montrer que le national-socialisme s'était en partie développé comme une réaction aux effets de ce traité. Les articles 19 et 21 du statut prononcaient:

«Le Tribunal ne sera pas lié par les règles techniques relatives à l'administration des preuves (...) Le Tribunal n'exigera pas que soit rapportée la preuve de faits de notoriété publique, mais les tiendra pour acquis.»

Le pis était peut-être que ce même article 21 accordait en quelque sorte force de loi aux rapports des commissions des crimes de guerre instituées par les Alliés.

Pour ma part, le procès de Nuremberg me suggère la comparaison suivante: au terme d'un combat de boxe qui a tourné à la boucherie, restent en présence un colosse debout sur ses jambes-- il s'agit du vainqueur-- et, au tapis, sa victime ensanglantée: le vaincu. Le colosse relève la victime et lui tient ce discours: "Ne crois surtout pas que c'en est fini! Laisse-moi le temps de me rendre au vestiaire! Je reviendrai avec la robe du juge et je te jugerai selon ma loi. Tu devras rendre compte de tous les coups que tu m'as portés cependant que, sauf exception que je tolérerai peut-être selon mon bon vouloir, tu n'auras pas le droit de parler des coups que je t'ai administrés."

Ce faisant, les Alliés sont partis en 1945 du mauvais pied. Ils ont agi, à l'égard du vaincu, avec arrogance et cynisme. Ils se sont donné toute liberté d'inventer et de mentir. Ils ont été imprudents. Ils auraient dû chercher, selon les méthodes d'une saine justice, à vérifier leurs accusations. Il existe pour cela des moyens éprouvés. Prenons des exemples. Si les Allemands avaient effectivement ordonné et planifié l'assassinat de tous les juifs, il convenait d'établir l'existence d'un ordre et d'un plan; autrement dit, il fallait prouver l'intention criminelle. S'ils avaient effectivement mis au point de formidables usines de mort appelées chambres à gaz, il convenait d'établir l'existence de ces abattoirs à gaz; autrement dit, il fallait prouver la réalité de l'arme du crime: il fallait des expertises. Si les Allemands avaient effectivement utilisé cette arme, il convenait de prouver que des détenus avaient été tués par gaz-poison: il fallait donc des rapports d'autopsie.

Or, ni au cours du procès de Nuremberg, ni lors de tous les procès du même genre, les vainqueurs n'ont produit soit une preuve de l'intention criminelle, soit un rapport d'expertise de l'arme du crime, soit un rapport d'autopsie d'une victime de ce crime. Nous voilà donc en présence d'un prétendu crime, aux proportions gigantesques, mais où l'on ne semble avoir trouvé ni intention criminelle, ni arme, ni cadavre. On s'est contenté d'aveux non vérifiés et de témoignages sans contre-interrogatoire sur la matérialité même des faits.

 

Retour aux méthodes d'une saine justice

 

Le mérite d'E.Zundel est d'avoir compris que les révisionnistes ont raison quand ils proclament que, pour découvrir la vérité sur ce point d'histoire, il suffit de revenir aux méthodes traditionnelles à la fois des juristes et des historiens. L'audace d'E.Zundel est d'avoir mis en pratique de telles évidences. Le génie d'E.Zundel est d'avoir été simple et direct là où, depuis quarante ans, tous les avocats ou défenseurs des prétendus "criminels contre l'humanité" avaient louvoyé. En effet, depuis 1945 et jusqu'en 1987 avec le procès Barbie, je note que pas un seul avocat n'a osé prendre le taureau par les cornes. Pas un n'a exigé de l'accusation qu'elle prouve la réalité du génocide et des chambres à gaz. Tous les avocats ont adopté des méthodes dilatoires. Généralement, ils ont plaidé que leur client n'avait pas été personnellement impliqué dans un tel crime: leur client, disaient-ils, n'était pas sur les lieux du crime ou bien il en était trop éloigné pour en avoir eu une connaissance claire, ou bien il en avait tout ignoré. Même Jacques Vergès a plaidé que Klaus Barbie, selon la formule consacrée, "ne pouvait pas savoir". Cette formule alambiquée signifie que, pour Me Vergès, l'extermination des juifs a eu lieu à Auschwitz ou ailleurs en Pologne mais que le lieutenant Barbie, résidant à Lyon (France), ne pouvait pas le savoir.

Wilhelm Staglich, dans son livre sur Le Mythe d'Auschwitz, a décrit de facon convaincante comment, au procès de Francfort (1963-1965), les avocats ont ainsi renforcé l'accusation; ils ont cautionné le mythe de l'extermination. Les motifs de ce comportement peuvent être soit l'intime conviction chez ces avocats, comme chez certains des accusés, que ce crime abominable avait vraiment existé, soit la peur de susciter le scandale par de simples demandes d'éclaircissement sur la réalité du crime. Pour la quasi-totalité des gens, il serait blasphématoire de réclamer dans le procès d'un "nazi" le respect des règles traditionnelles; il doit être entendu qu'un "nazi" n'est pas un homme "comme un autre" et qu'en conséquence il n'y a pas lieu de le juger "comme un autre". Mon expérience personnelle des avocats dans des procès de ce genre me conduit à penser que beaucoup d'entre eux sont également effrayés par leur propre incompétence dans le domaine historique ou scientifique. Ils ont l'impression qu'il doit être impossible de répondre aux arguments des exterminationnistes et c'est à peine s'ils ont entendu parler des arguments, en sens contraire, des révisionnistes.

En la personne de D. Christie, E. Zundel a su trouver un avocat qui, plus que courageux, est héroique. C'est pour cette raison que j'ai accepté de seconder D.Christie, jour après jour, dans les préparatifs et dans l'exécution de sa tâche. Je m'empresse d'ajouter que, sans l'aide de son amie, Keltie Zubko, nous n'aurions pas pu mener à bien cette entreprise exténuante qui m'a laissé un souvenir de cauchemar. L'atmosphère qui régnait dans la salle du tribunal était irrespirable, à cause, en particulier, de l'attitude du juge H. Locke. J'ai assisté à bien des procès dans ma vie, y compris en France à l'époque de l'Epuration. Jamais je n'ai rencontré de magistrat aussi partial, autocratique et violent que le juge H. Locke. La justice anglo-saxonne offre beaucoup plus de garanties que la justice francaise mais il peut suffire d'un homme pour pervertir le meilleur des systèmes: le juge H. Locke a été cet homme. Je me souviens de Locke criant à mon adresse: "La ferme!" (Shut up!) parce que, de loin, sans dire un mot, je brandissais un document en direction de D.Christie (cette exclamation et quelques autres du même acabit n'ont pas été consignées par la "lady-reporter" dont la charge était pourtant de tout transcrire dans les sténogrammes). Parmi les innombrables crises de colère du juge, je me rappelle aussi celle provoquée par... un mètre carré. Pour faire comprendre au juge l'impossibilité de placer 28 à 32 personnes dans l'espace d'un mètre carré (c'est ce que Kurt Gerstein disait avoir vu), nous avions préparé quatre tiges d'un mètre et nous nous disposions à appeler 28 à 32 personnes. Le juge avait bondi, crié; notre procédé lui apparaissait indigne et il nous avait interdit de l'employer, ajoutant, pour faire bonne mesure, cette remarque qui mérite de passer à la postérité:

«Avant de permettre au jury d'accepter un mètre carré, il me faudrait [en l'absence du jury] écouter une quantité de témoins qui en ont pris la mesure (Transcription, p. 912)»

 

Notre méthode déconcertait l'adversaire ainsi que le juge; elle était résolument matérielle ou matérialiste. Nous avions une abondance de cartes et de plans des camps de concentration, y compris des photographies aériennes prises pendant la guerre par les Alliés. Nous disposions d'une foule de photographies, en particulier grâce au chercheur suédois Ditlieb Felderer qui connaît les moindres recoins des camps d'Auschwitz et de Majdanek. Les documents techniques ne manquaient pas sur la crémation à ciel ouvert ou en fours crématoires, sur le Zyklon B, sur les chambres à gaz de désinfection. J'avais, pour ma part, apporté à Toronto cinq valises de livres et de documents mais je n'étais qu'un chercheur parmi quelques autres qu'E. Zundel avait rassemblés de différents points du monde.

Locke s'employa à neutraliser nos efforts. C'est ainsi qu'il me refusa le droit de parler du Zyklon, des photos aériennes, des bâtiments des crématoires situés à Auschwitz et censés contenir des chambres à gaz homicides. J'avais été pourtant le premier au monde à publier les plans de ces bâtiments et à prouver, par la même occasion, que ces prétendues chambres à gaz n'avaient été en réalité que des dépositoires (Leichenhalle ou Leichenkeller). Grâce à ces plans, E. Zundel avait fait fabriquer, pour les montrer au jury, de grandes maquettes mais, là encore, le juge s'interposa et nous interdit d'exposer ces maquettes exécutées par un professionnel. Par-dessus tout, Locke m'interdit de parler des chambres à gaz d'exécution aux Etats-Unis. Il ne voyait pas le rapport, disait-il. En fait, le rapport était le suivant: pour leurs exécutions, les Américains emploient le gaz cyanhydrique; or, le Zyklon B, dont les Allemands se seraient servi pour tuer des millions de détenus, était essentiellement, lui aussi, du gaz cyanhydrique. Quiconque voulait étudier l'arme du crime par excellence censément utilisée par les Allemands devait, à mon avis, examiner les chambres à gaz américaines. C'est ce que j'avais fait, pour ma part, et j'en avais déduit que les gazages homicides attribués aux Allemands constituaient une impossibilité physique et chimique radicale.

Pourtant, malgré Locke et ses oukases, nous allions, D. Christie et moi-même, réduire à néant l'expertise de Raul Hilberg et le témoignage de Rudolf Vrba.

 

Incompétence de leur expert nº1: Raul Hilberg *

 

Raul Hilberg est né à Vienne (Autriche) en 1926. Il est d'origine juive. Il a obtenu en 1955 un doctorat "in public law and government". A l'instar de la grande majorité des auteurs, exterminationnistes ou révisionnistes, qui ont écrit sur l'Holocauste, il n'a pas recu une formation d'historien. Il appartient à l'Holocaust Memorial Council "by appointment of President Carter". Il est membre de "The Jewish Studies Association". Il est l'auteur d'un ouvrage de référence: The Destruction of the European Jews, publié en 1961. Une seconde édition, "revue et définitive", de cet ouvrage allait paraître en 1985, quelques mois seulement après le témoignage de son auteur au procès Zundel. Ce point a son importance et j'y reviendrai.

R. Hilberg déposa à titre d'expert. Il arrivait à Toronto revêtu de son prestige, sans livres, sans notes, sans documents, apparemment sûr de son affaire, en homme habitué à déposer dans de nombreux procès contre des "criminels de guerre". Il déposa pendant plusieurs jours à raison probablement de 150 dollars US de l'heure. Interrogé par le procureur Griffiths, il développa sa thèse de l'extermination des juifs: selon lui, Hitler avait donné des ordres pour exterminer les juifs; les Allemands avaient suivi un plan; ils avaient utilisé des chambres à gaz; le total des pertes juives s'élevait à 5.100.000. Hilberg ne craignit pas de se présenter en ces termes:

«Je me décrirais comme un empiriste, un analyste de documents... (Transcription, p. 687.)»

 

Dès que commenca le contre-interrogatoire, il perdit pied. Pour la première fois de sa vie, il avait affaire à un accusé décidé à se défendre et capable de se défendre. D. Christie, à côté duquel je me trouvais, le contre-interrogea pendant plusieurs jours sans faiblesse et sans rémission. Ses questions étaient aigues, précises, impitoyables. J'avais jusqu'ici une certaine estime pour Hilberg à cause de la quantité, mais non à cause de la qualité, de son travail; de toute facon, il dominait de quelques coudées les Poliakov et autres Wellers ou Klarsfeld. A cette estime relative se substitua chez moi, au fil des jours, un sentiment d'irritation et de pitié: irritation, parce que Hilberg multipliait les esquives, et pitié parce que, presque à chaque fois, D. Christie finissait par le terrasser.

En tout cas, si un résultat fut clair, c'est que R. Hilberg n'avait rien d'un "empiriste, un analyste de documents"; il en était exactement le contraire; il était un homme perdu dans la fumée de ses idées, une sorte de théologien qui s'était construit un univers mental où la matérialité des faits n'avait aucune place; il n'était qu'un professeur beaucoup trop doctoral, un "historien de papier" à la Vidal-Naquet. Il trébucha dès la première question. D. Christie lui annonca qu'il allait lui lire une liste de camps pour lui demander lesquels il avait examinés et combien de fois. Il se révéla qu'il n'en avait examiné aucun, ni avant de publier la première édition de son ouvrage majeur en 1961, ni depuis cette date et pas même pour l'édition "définitive" de 1985. Vu qu'il avait commencé de travailler sur la question de l'Holocauste en 1948, nous étions donc en présence d'un homme qui s'était acquis la réputation d'être le premier historien au monde dans son propre domaine de recherche sans avoir, une seule fois en trente-sept ans, examiné un seul camp de concentration. Il n'avait visité que deux camps, Auschwitz et Treblinka, en 1979: "Un jour à Treblinka et peut-être une demi-journée à Auschwitz et une demi-journée à Birkenau" (Transcription, p.774); encore était-ce à l'occasion de cérémonies. Il n'avait eu la curiosité d'inspecter ni les lieux, ni, sur place, les archives d'Auschwitz. Il n'avait jamais visité les endroits qualifiés de "chambres à gaz" (Transcription, p. 7713 et 8223). Prié de fournir quelques explications sur des plans de crématoires, des photographies, des graphiques, il refusa, déclarant:

«Si vous commencez à me montrer des plans de bâtiments, des photographies, des diagrammes, je n'ai pas [en ces matières] la même compétence que pour des documents écrits (Transcription, p.778).»

 

Il évaluait à plus d'un million le nombre des juifs et à "peut-être 300.000" le nombre des non-juifs morts à Auschwitz (Transcription, p.826), mais il n'expliquait pas comment il était parvenu à ces estimations, ni pourquoi les Polonais et les Soviétiques étaient arrivés à un total de quatre millions, chiffre inscrit sur le monument de Birkenau (Transcription, p. 826).

D. Christie l'interrogea ensuite sur les camps censés avoir contenu des chambres à gaz homicides. Il égrena les noms de ces camps, lui demandant à chaque fois si ce camp avait possédé ou non une ou plusieurs de ces chambres à gaz. La réponse aurait dû être simple pour cet éminent spécialiste mais, là encore, R. Hilberg perdit pied. A côté des camps "avec" et des camps "sans" chambre à gaz, il créa, dans la débâcle de ses improvisations, deux autres catégories de camps: ceux qui avaient "peut-être" eu une chambre à gaz (Dachau, Flossenburg, Neuengamme, Sachsenhausen) et ceux qui avaient eu une "très petite chambre à gaz"" (par exemple, le Struthof-Natzweiler en Alsace), si petite qu'on se demandait s'il valait la peine d'en parler (Transcription, p. 896); il ne révéla pas ses critères de distinction entre ces quatre catégories de camps. On lui demanda s'il avait connaissance d'un rapport d'expertise (expert report) établissant que telle pièce avait été effectivement une chambre à gaz homicide. Hilberg fit la sourde oreille, puis biaisa et multiplia les réponses les plus inappropriées. Ses manoeuvres dilatoires devenaient si manifestes que le juge Locke, généralement si prompt à se porter au secours de l'accusation, se sentit obligé d'intervenir pour demander une réponse. Alors seulement, sans plus chercher de faux-fuyant, Hilberg répondit qu'il n'avait connaissance d'aucun rapport de ce genre. On compte quatorze pages de transcription (p. 96881) entre le moment où cette embarrassante question est posée et le moment où la réponse est enfin donnée.

Connaissait-il un rapport d'autopsie établissant que tel cadavre d'un détenu était le cadavre d'un individu tué par gaz-poison? La réponse, là encore, fut: "Non" (Transcription, p. 9834).

Puisque Hilberg faisait, en revanche, si grand cas des témoignages, il fut interrogé sur celui de Kurt Gerstein. Il tenta de dire que, dans son livre, il n'utilisait guère les confessions de cet officier SS. A quoi D. Christie lui rétorqua que, dans The Destruction of the European Jews, le nom de Gerstein apparaissait vingt-trois fois et que le document PS-1553 du même Gerstein était cité à dix reprises. Puis, quelques fragments de ces confessions, sous leurs différentes formes, furent lus devant le jury. Hilberg finit par convenir que certaines parties de ces confessions de Gerstein étaient "un pur non-sens" (pure nonsense) (Transcription, p. 904)[(1)].

Même scénario avec les confessions de Hoess. Hilberg, effondré, dut admettre en une circonstance: "It's terrible" (Transcription, p. 1076), ce qui, dans le contexte, signifiait: "C'est indéfendable". A propos de la plus importante des "confessions" signées par Hoess (doc. NO-1210), il reconnut que nous étions en présence d'un homme qui faisait une déposition dans une langue (l'anglais) autre que sa propre langue (l'allemand), une déposition au contenu totalement inacceptable, une déposition qui semble avoir été le résumé de choses qu'il avait dites ou qu'il pouvait avoir dites ou qu'il pensait peut-être avoir dites, par quelqu'un qui avait fourré devant lui un résumé qu'il avait signé, ce qui est malheureux (Transcription, p.1230, souligné par moi). A propos du fait que, d'après cette "confession", 2.500.000 personnes avaient été gazées à Auschwitz, Hilberg alla jusqu'à dire que c'était là...

«un chiffre manifestement non vérifié, totalement exagéré, qu'on avait peut-être bien connu et répandu à la suite des conclusions erronées d'une commission d'enquête soviéto-polonaise sur Auschwitz.» (Transcription, p. 1087)*.

 

Sentant qu'il lui fallait lâcher du lest, il ne fit aucune difficulté pour admettre avec D. Christie que des "historiens" comme William Shirer n'avaient pour ainsi dire aucune valeur (Transcription, p. 1202). On lui demanda son opinion sur le témoignage de Filip Mueller, l'auteur de Trois ans dans une chambre à gaz d'Auschwitz. Des passages empreints du plus pur antinazisme de sex-shop lui furent lus et D.Christie démontra devant le jury, grâce à une analyse du révisionniste italien Carlo Mattogno, que F.Mueller ou son nègre, Helmut Freitag, avait tout simplement commis un plagiat en empruntant tout un épisode, quasiment mot pour mot, à Médecin à Auschwitz, ce faux notoire signé de Miklos Nyiszli. Là, R.Hilberg changea subitement de tactique: il feignit l'émotion et, sur un ton pathétique, il déclara que le témoignage de F.Mueller était beaucoup trop bouleversant pour qu'on pût en suspecter la sincérité (Transcription, p. 11512). Mais tout sonnait faux dans ce nouvel Hilberg qui, jusqu'à présent, s'était exprimé sur un ton monocorde et avec la circonspection d'un chat qui craignait la braise. D. Christie ne jugea pas utile d'insister.

En deux circonstances, R. Hilberg fut à la torture: d'abord à propos des prétendus ordres de Hitler d'exterminer les juifs, puis à propos de ce que, personnellement, j'appelle "la pierre angulaire de la thèse de R. Hilberg". A la page 177 de son livre, Hilberg aborde enfin le coeur de son sujet: la politique d'extermination des juifs. Dans une page qui a valeur d'introduction générale, il jette les bases de sa démonstration. Pour lui, tout a commencé avec deux ordres successifs d'Adolf Hitler. Le premier ordre prescrivait d'aller tuer les juifs sur place, notamment en Russie (les Einsatzgruppen auraient été chargés de cette mission); le second ordre était de se saisir des juifs et de les conduire dans des camps d'extermination (c'était prétendument le rôle d'Eichmann et des siens). Hilberg n'indiquait ni date précise ni référence pour ces deux ordres; en revanche, il fournissait une date précise (celle du 25 novembre 1944) et une référence (doc. PS-3762) pour un ordre que, selon lui, Himmler, sentant venir la défaite, avait donné d'arrêter l'extermination des juifs (The Destruction..., p. 631).

Il ne manquait rien à cette thèse sinon qu'il fût vrai que ces ordres eussent existé **. Or, aucun de ces trois ordres (les deux ordres de Hitler et l'ordre de Himmler) n'avait eu d'existence et tout cela n'était qu'une construction de l'esprit. Mais D. Christie dut livrer une véritable guerre de siège pour que R. Hilberg opérât enfin sa reddition et admît qu'il ne pouvait pas montrer ces ordres. Il s'écoule trente et une pages de transcription (p. 828-58) entre le moment où Hilberg se voit demander où sont ces deux ordres de Hitler et le moment où, de guerre lasse, il admet qu'il n'y en a "pas de trace". Entre-temps, D. Christie lui avait rappelé des propos qu'il avait tenus en février 1983 à l'Avery Fisher Hall, où Hilberg lui-même développait une thèse qui s'accommodait assez mal de l'existence d'un ordre quelconque d'extermination. Celui-ci avait déclaré:

«But what began in 1941 was a process of destruction not planned in advance, not organized centrally by any agency. There was no blueprint and there was no budget for destructive measures. They were taken step by step, one step at a time. Thus came not so much a plan being carried out, but an incredible meeting of minds, a consensus-mind reading by a far-flung bureaucracy.» (Newsday [Long Island, N.Y.], 23 février 1983, p. 11/3).

[Mais ce qui commenca en 1941, ce fut un processus de destruction sans planification préalable, sans organisation centrale par aucune agence. Il n'y eut pas de projet et il n'y eut pas de budget pour ces mesures de destruction. Celles-ci furent prises étape par étape, une étape à chaque fois. Ainsi fit son apparition non tant un plan qui fut exécuté, mais une incroyable rencontre des esprits, un consensus dans la divination télépathique au sein d'un vaste appareil bureaucratique.]

 

Cette explication quintessenciée nous plonge en pleine théologie et parapsychologie. L'extermination des juifs-- une gigantesque entreprise-- se serait faite sans aucun plan, sans le moindre organisme centralisateur, sans projet, sans budget, mais par divination télépathique au sein d'un appareil: la bureaucratie, dont, à mon avis, on peut tout attendre sauf précisément divination et télépathie.

Pour ce qui était de l'ordre venu de Himmler, Hilberg admettait aussi qu'il n'en restait "pas de trace" (Transcription, p. 860); la "référence" qu'il en avait donnée ainsi que la date précise se révélaient donc avoir été une pure tentative d'intimidation du lecteur.

Mais que dire de "la pierre angulaire" de sa thèse? Dans The Hoax of the 20th Century, Arthur R. Butz écrit:

«Le livre de Hilberg réussit ce que les ouvrages d'opposition [les ouvrages révisionnistes] n'auraient jamais pu faire. Grâce à lui, non seulement j'acquis la conviction que la légende des millions de juifs gazés ne pouvait être qu'une imposture mais j'allais en quelque sorte développer un assez bon "flair" pour la remarquable mentalité cabalistique qui avait donné sa forme à ce mensonge (ceux qui veulent prendre une idée du "réveil brutal" que j'ai alors connu peuvent suspendre ici leur lecture et se reporter aux pages 567-71 de Hilberg).» (p. 7).

 

A. R. Butz désigne ainsi ce qui constitue avec ces pages 567-71 le centre de la thèse de R. Hilberg. A mon tour, j'ai voulu chercher "le centre de ce centre", la "pierre angulaire", si l'on peut dire, de cette construction d'un esprit cabalistique et je pense avoir trouvé ce point au haut de la page 570 où on lit ceci:

«Les quantités [de Zyklon] demandées par Auschwitz, sans être énormes, étaient néanmoins appréciables. La presque totalité des approvisionnements du camp servait au gazage des gens; très peu servaient à la désinfection. Ce n'était pas l'administration du camp qui achetait le gaz. Les commandes étaient passées par l'Obersturmfuehrer Gerstein, chef de la désinfection au Bureau du chef de l'hygiène de la Waffen-SS (Mrugowski). En règle générale, toutes les commandes passaient par les mains de la Testa, de la Degesch et de Dessau. Les usines de Dessau, qui produisaient le gaz, expédiaient directement celui-ci à la Division d'extermination et de désinfection (Abteilung Entwesung und Entseuchung) d'Auschwitz.»

 

Dans ce passage, Hilberg dit clairement qu'à Auschwitz il y avait deux types d'emploi du Zyklon: pour le gazage des personnes et pour la fumigation des choses. Une seule "division" dirigeait ces deux activités: l'une criminelle et l'autre, sanitaire. Cette division avait même un nom: "Abteilung Entwesung und Entseuchung", que Hilberg traduit par: "Extermination and Fumigation Division". Autrement dit, les Allemands ne faisaient pas mystère de l'extermination de gens par les gaz à Auschwitz puisque, dans ce camp, existait une "division" dûment et clairement préposée à cet office criminel. Il n'y avait qu'un malheur pour Hilberg, c'est que "Entwesung" signifie "désinsectisation" et non pas "extermination" d'êtres humains (cependant que "Entseuchung" signifie "désinfection"). Placé devant cette évidence, que nous établissions à l'aide de dictionnaires, Hilberg commit l'erreur de vouloir maintenir sa propre traduction et, lors de son ré-interrogatoire par le procureur Griffiths, il apporta un dictionnaire allemand pour prouver que "Entwesung" se compose de "Ent-" marquant la séparation, et de "Wesen", qui se dit de tout "être animé" (Transcription, p. 1237). C'était confondre-- ou, plutôt, affecter de confondre pour les besoins de la cause-- étymologie et sens. Même le procureur Griffiths parut consterné par le laborieux subterfuge de son expert, qui était allé choisir un dictionnaire allemand où ne figurait pas le mot de "Entwesung" mais seulement celui de "Wesen"!

Peu de temps après le procès, je découvris que R. Hilberg avait commis un parjure. En janvier 1985, sous la foi du serment, en présence du juge et du jury, il avait osé affirmer que, dans la nouvelle édition de son livre, alors sous presse, il maintenait l'existence de ces ordres de Hitler dont il venait de reconnaître qu'il ne restait "pas de trace" (Transcription, p. 852). Or, il mentait. Dans cette nouvelle édition, dont la préface est datée de septembre 1984 (Hilberg déposait sous serment en janvier 1985), toute mention d'un ordre de Hitler est systématiquement supprimée; son collègue et ami Christopher Browning en fera lui-même la remarque dans une recension intitulée "The Revised Hilberg" (Simon Wiesenthal Center Annual, 1986, p. 294):

«Dans la nouvelle édition [celle de 1985], toutes les mentions du texte relatives à une décision de Hitler ou à un ordre de Hitler pour la "Solution finale" [entendue par Browning au sens d'"extermination"] ont été systématiquement supprimées. Enfouie au bas d'une seule note apparaît une seule et unique mention: "La chronologie et les circonstances donnent à penser qu'il y a eu une décision avant la fin de l'été [1941]". Dans la nouvelle édition, on ne prend plus de décisions et on ne donne plus d'ordres.»

 

Le fait est grave. Il prouve que, pour être plus sûr d'obtenir la condamnation d'E. Zundel (dont la thèse est notamment qu'il n'a jamais existé d'ordre de Hitler ou de quiconque d'exterminer les juifs), un professeur d'université n'avait pas craint de recourir au mensonge et au parjure.

Tel est R. Hilberg, un professeur et un chercheur à qui il ne restera plus, dans les années qui viennent, qu'à prendre la mesure de l'échec de toute une vie (the failure of a lifetime) (Transcription, p. 948)[(2)].

 

Imposture de leur témoin nº1: Rudolf Vrba

 

Le témoin Rudolf Vrba était de notoriété internationale. Juif slovaque, interné à Auschwitz et à Birkenau, il s'était, disait-il, échappé du camp de Birkenau en avril 1944 en compagnie de Fred Wetzler. De retour en Slovaquie, il avait, disait-il encore, dicté un rapport sur Auschwitz, sur Birkenau, sur leurs crématoires et leurs "chambres à gaz".

Par l'intermédiaire d'instances juives slovaques, hongroises et helvétiques, ce rapport parvint à Washington où il servit de base au fameux War Refugee Board Report publié en novembre 1944. C'est ainsi que tout organisme allié chargé de la poursuite des "criminels de guerre" et tout procureur allié responsable de procès de "criminels de guerre" allaient disposer de la version officielle-- et mensongère-- de l'histoire de ces camps. R.Vrba et son compère F.Wetzler sont à l'origine de l'officialisation du mythe d'Auschwitz; A.R.Butz en fait admirablement la démonstration (voy. dans The Hoax... les références à "Vrba" et au "WRB Report").

Après la guerre, R. Vrba devint citoyen britannique et il publia l'histoire de sa vie sous le titre de I Cannot Forgive (Je ne puis pardonner); en réalité, ce livre, publié en 1964, avait été écrit par un nègre, Alan Bestic, qui, dans sa préface, osait rendre hommage au "souci considérable [de R. Vrba] pour chaque détail" et à son "respect méticuleux, presque fanatique, pour l'exactitude" (the immense trouble he took over every detail... the meticulous, almost fanatical respect he revealed for accuracy) (p. 2).

Le 30 novembre 1964, R. Vrba témoigna au "procès de Francfort". Puis, il s'établit au Canada et acquit la nationalité canadienne. Il figura dans divers reportages filmés sur Auschwitz et, en particulier, dans Shoah, de Claude Lanzmann. Il est aujourd'hui, à Vancouver, "associate professor in pharmacology at the University of British Columbia".

Tout souriait à ce témoin jusqu'au jour où il eut à affronter D. Christie. Le livre d'A. Butz nous fournissait d'excellents éléments de base pour le contre-interrogatoire et mes documents (en particulier, le "Calendrier des événements du camp d'Auschwitz", les études réunies dans les différents volumes de l'Anthologie (bleue) d'Auschwitz, le Mémorial de la déportation des juifs de France, de S. Klarsfeld, et différentes pièces provenant des archives du Musée d'Auschwitz) permettaient de poser à R. Vrba quelques questions embarrassantes. L'imposteur fut démasqué en particulier sur trois points: sa prétendue connaissance des chambres à gaz et crématoires de Birkenau; la prétendue visite de Himmler à Birkenau en janvier 1943 pour l'inauguration d'un nouveau crématoire avec, à la clé, un gazage de 3.000 personnes; le prétendu total de 1.765.000 juifs gazés à Birkenau d'avril 1942 à avril 1944.

Sur le premier point, il devint clair que le témoin n'avait jamais mis les pieds dans ces crématoires et "chambres à gaz" dont il était allé jusqu'à donner le plan-- totalement faux-- dans son rapport du War Refugee Board (novembre 1944), plan qu'en 1985 il persistait témérairement à garantir pour vrai. Rien ne correspondait à la vérité: ni la distribution des pièces, ni leurs dimensions, ni le nombre des fours, ni le nombre des moufles; par exemple, le témoin placait sur un même niveau la "chambre à gaz" et la salle des fours, avec, pour les wagonnets (flat trucks), le tracé d'une voie ferrée de l'une à l'autre, alors qu'en réalité la salle des fours se trouvait au niveau du rez-de-chaussée tandis que la "chambre à gaz" (en fait, un dépositoire) se situait au sous-sol et qu'aucune voie ferrée n'aurait pu joindre une pièce située en sous-sol à une pièce située en rez-de-chaussée.

Sur le deuxième point, R. Vrba avait également tout inventé. La dernière visite de Himmler s'était située en juillet 1942 et, en janvier 1943, le premier des nouveaux crématoires de Birkenau était loin d'être achevé (nous possédons même des documents du Service de la construction où il est fait mention des difficultés de construction dues au froid de l'hiver 42-43). Le livre de R. Vrba s'ouvrait non sans ostentation sur cette visite, racontée avec un grand luxe de détails; même les réflexions et conversations de Himmler et de son entourage étaient rapportées. Or, tout cela aussi était sorti de l'imagination de R. Vrba.

Le témoin avait un aplomb exceptionnel. Il prétendait avoir été partout à la fois, de jour comme de nuit, dans le vaste camp de Birkenau. Et il avait tout enregistré et retenu grâce, disait-il, à des moyens mnémotechniques spéciaux (special mnemonic principles) (Transcription, p.1563). Selon lui, les Allemands avaient "gazé", dans le seul camp de Birkenau et dans un seul espace de vingt-cinq mois (d'avril 1942 à avril 1944), environ 1.765.000 juifs, dont 150.000 venus de France. Or, Serge Klarsfeld, en 1978, dans son Mémorial devait conclure que, pour toute la durée de la guerre, les Allemands avaient déporté vers tous les camps de concentration un total de 75.721 juifs de France (francais, étrangers ou apatrides). R. Vrba fut prié de s'expliquer sur son estimation particulière de 150.000 et sur son estimation générale de 1.765.000. Il commenca par qualifier de faux le chiffre de 75.721: "D'où tenez-vous ce chiffre?" demanda-t-il; "De journaux nazis?" (Transcription, p. 1579); or, ce chiffre venait de Klarsfeld. Puis il tenta d'improviser une justification de ses propres chiffres, mais en vain, ainsi qu'on le verra plus loin.

Malgré son aplomb, il lui fallut battre en retraite sur toute la ligne en ce qui concernait son livre. Au lieu de maintenir que dans ce livre il avait manifesté le plus grand souci de la vérité et de l'exactitude, il déclara qu'il ne s'agissait que d'une tentative littéraire où il avait fait appel à la licence poétique. Il utilisa les expressions suivantes:

"an artistic picture", "an attempt for an artistic depiction", "a literary essay", "an artistic attempt", "art piece in literature", "literature", "artist", "licence of a poet", "licentia poetarum"* (Transcription, p. 1390, 1391, 1392, 14468).

Bref, pour le témoin nº1 de l'accusation, représentée par le procureur Griffiths, ce contre-interrogatoire fut un désastre. Nous attendions avec curiosité comment Griffiths essaierait, lors du ré-interrogatoire (reexamination), de redonner quelque lustre à son témoin. A la surprise générale, Griffiths, probablement épuisé par le procès et exaspéré par les mensonges du témoin sur lequel il comptait tant, exécuta R. Vrba en deux questions qui furent comme deux coups de fusil. Sa première question-- attendue dans le plus grand silence-- fut la suivante:

«A plusieurs reprises, lors de la discussion sur votre livre I Cannot Forgive ("Je ne puis pardonner"), vous avez dit à M. Christie que vous aviez eu recours à la licence poétique pour écrire ce livre. Avez-vous eu recours dans votre témoignage [à la barre] à la licence poétique ? » (You told Mr. Christie several times in discussing your book I Cannot Forgive that you used poetic license in writing that book. Have you used poetic license in your testimony?) (Transcription, p. 1636)

R. Vrba, déconcerté, bredouilla une réponse, après laquelle, sans désemparer, Griffiths posa sa seconde question:

«Docteur, pouvez-vous nous dire brièvement comment vous êtes parvenu au chiffre de 1.765.000 ? » (Could you tell us, Doctor, briefly how you arrived at the number of 1,765,000?) (Transcription, p. 1637)

Pour apprécier à leur juste valeur à la fois la question dans son ensemble et le mot de "brièvement", il faut se rappeler que R.Vrba s'était vu poser cette question par D.Christie à de multiples reprises et que ses tentatives de réponse avaient été, à chaque fois, interminables, confuses, absurdes et parfois même involontairement cocasses. A la question de Griffiths, il ne sut guère que répondre sinon par son antienne:

«J'avais mis au point un système mnémotechnique spécial pour me rappeler chaque transport (I developed a special mnemonical method for remembering each transport) (Transcription, p. 1639).»

 

Griffiths, se perdant quelque peu dans sa documentation, annonca qu'il allait poser une dernière question sur la visite de Himmler. Il demanda une suspension d'audience. A la reprise, R.Vrba regagna la barre ou, plus exactement, le box des témoins, situé en hauteur, entre le juge et le jury. Il attendit le retour du jury et la question sur la visite de Himmler. C'est alors que Griffiths, s'adressant au juge, déclara:

»Votre Honneur, juste avant que ne revienne le jury, je n'aurai plus de question à poser au Dr.Vrba (Just before the jury is brought in, Your Honor, I will have no questions of Dr.Vrba) (Transcription, p. 1641).»

 

La stupéfaction fut générale. R. Vrba, je puis l'attester, devint livide. Il descendit du box. Il chancelait. Il gagna la sortie. Autant, le premier jour, il avait vu journalistes et caméras se presser autour de lui comme autour du témoin qui allait river leur clou aux révisionnistes, autant, le dernier jour, il quitta le palais de justice dans la solitude la plus affreuse. Je ne plains pas R. Vrba; il a l'arrogance des imposteurs de métier; il redressera la tête; il reprendra ses mensonges, j'en suis convaincu.[(3)]

 

Défaite et victoire d 'E. Zundel

 

Le procès prenait pour nous bonne tournure. Je ne veux pas dire qu'à cet instant le jury aurait acquitté E. Zundel, car une telle décision aurait exigé, devant le juge, devant les journalistes et devant l'opinion publique un courage qu'il est difficile, pour ne pas dire impossible, de trouver chez douze personnes prises au hasard dans une société qui, pendant quarante ans, a été soumise à la propagande que l'on sait sur les "crimes nazis". Mais le procureur Griffiths était manifestement abattu. Vinrent ensuite les témoins et les experts de la défense. Griffiths fut plus désemparé encore. Il ne s'attendait pas à une telle richesse d'informations de la part des révisionnistes. Le juge Locke ne décolérait pas. Il menacait D. Christie d'une procédure pour outrage à magistrat (contempt for court) à la fin du procès et cette épée de Damoclès resta, jusqu'au dernier jour, suspendue au-dessus de la tête de notre avocat. C'est alors que se produisit un retournement de situation en faveur de l'accusation. D. Christie décida d'en appeler au témoignage d'E. Zundel lui-même. C'était peut-être une erreur. En effet, Griffiths eut ainsi la possibilité de contre-interroger E. Zundel et le désastre se profila à l'horizon.

Zundel fut certainement digne d'admiration mais, par son refus de condamner le national-socialisme, il se condamna lui-même. Son érudition, son éloquence sans effets, sa sincérité, la hauteur de ses vues furent oubliées au profit de son admiration pour Adolf Hitler, tel qu'il se le représentait, et de sa compassion pour la patrie allemande humiliée et offensée par les vainqueurs. Griffiths, amaigri, nerveux, et, comme nous devions l'apprendre plus tard, épuisé d'insomnie et de tabagisme, reprit espoir. Dans sa plaidoirie finale (summation), il décrivit Zundel comme un dangereux nazi. Le juge, dans sa propre adresse finale au jury, fit de même. Le jury suivit. Zundel fut déclaré coupable pour la diffusion de Did Six Million Really Die? et non coupable pour l'envoi à des particuliers, hors du Canada, d'un texte personnel intitulé: "The West, the War and Islam". Il fut condamné à 15 mois de prison ferme et à l'interdiction de parler de l'Holocauste.

En janvier 1987, une cour composée de cinq hauts magistrats décida de casser le procès et d'annuler la condamnation de 1985 et cela pour des motifs de fond: le juge H. Locke n'avait permis aucune garantie à la défense dans le choix du jury; il avait abusivement interdit à nos experts l'emploi de documents, de photos et de matériaux divers et il avait, dans son adresse finale, trompé le jury sur le sens même du procès.

E. Zundel et les révisionnistes, une fois de plus, perdaient devant les tribunaux et gagnaient devant l'histoire. Pour reprendre les deux expressions de cet homme héroique, son procès fut bien "le procès du procès de Nuremberg" et comme "le Stalingrad des exterminationnistes". Je crains malheureusement que la vie ou la santé d'E. Zundel ne succombent un jour dans cette terrible épreuve; je le crains d'autant plus que se profile à l'horizon de 1988 un "second procès Zundel", encore plus long et plus lourd que celui de 1985.

 

II

Affaires judiciaires et autres affaires

 

En France, de septembre 1983 à septembre 1987, la répression judiciaire contre le révisionnisme a connu une relative accalmie. Les organisations juives, décues par ma condamnation du 26 avril 1983, décidèrent de s'en prendre au révisionnisme par une voie détournée: elles choisirent pour cible un officier allemand, Klaus Barbie, et elles obtinrent sa condamnation. Le procès de Klaus Barbie et sa condamnation ont été souvent présentés comme une réponse à la montée du révisionnisme.

La presse écrite et parlée a joué, en la circonstance, un rôle essentiel. Les journalistes ont orchestré contre Klaus Barbie une telle campagne que seule une condamnation maximum de l'accusé était possible.

Ils ont, en même temps, pendant ces quatre années, multiplié ce qu'on appelle des "affaires" ("affaire Roques", "affaire Paschoud", "affaire Le Pen" et bien d'autres) qui ont été pour eux autant d'occasions d'en appeler à une nouvelle répression judiciaire. Le journal le plus violent a été Le Monde. Le 1er juillet 1987, la Fédération francaise des sociétés de journalistes a demandé que les autorités judiciaires sanctionnent les révisionnistes et les réduisent au silence. Le 20 septembre, Charles Pasqua, ministre de l'Intérieur, a déclaré que ma place était en prison. Une loi spécifique contre le révisionnisme est en préparation: la "lex Faurissonia".

Trois autres événements ont marqué, à l'époque considérée, cette montée de l'antirévisionnisme: la projection du film Shoah, l'attribution à Elie Wiesel du prix Nobel de la paix et, enfin, le commencement, à Jérusalem, du procès Demjanjuk.

A une exception près (l'affaire du Recueil Dalloz-Sirey), les tribunaux francais ont persisté, mais avec une gêne croissante, dans la répression du révisionnisme, une répression exigée par l'ensemble des journalistes francais, à l'instigation de Claude Lanzmann.

Je vais maintenant revenir dans le détail sur ces différentes affaires judiciaires et non judiciaires.

 

J'obtiens la condamnation du Recueil Dalloz Sirey

 

Les organisations juives ne furent pas seulement décues par ma condamnation du 26 avril 1983; elles furent aussi déconcertées par le fait que, de mon côté, j'obtenais la condamnation du Recueil juridique Dalloz Sirey (condamnation en première instance, en appel et en cassation). En France, ce recueil a la réputation d'être "la Bible des juristes". Il publie, en particulier, des décisions judiciaires marquantes avec des commentaires appelés "notes sous jugement". Le Dalloz-Sirey s'était empressé de publier le texte de ma condamnation en première instance du 8 juillet 1981 (livraison du 3 février 1982, p. 59-64); ce jugement, qui allait être confirmé en appel le 26 avril 1983 mais sensiblement modifié sur le fond, était empreint, à mon avis, d'une certaine fièvre de châtier; il était rédigé par l'un de mes trois juges, Pierre Drai, qui se trouve être un juif, fidèle abonné d'Information juive. Mais il faut croire que M. Pierre Drai ne s'était pas encore exprimé assez durement sur mon compte. Aussi, le rédacteur choisi par Dalloz Sirey pour présenter le jugement du 8 juillet 1981 et pour commenter celui-ci dans une longue "note sous jugement" décida-t-il d'aller beaucoup plus loin. Il procéda de deux manières: 1. Il falsifia le texte du jugement de manière à me salir encore plus; 2. Il rédigea une "note sous jugement" d'un ton si violent et si vengeur qu'on l'aurait crue signée d'Ilya Ehrenbourg. Ce rédacteur était un avocat: un ancien communiste, d'origine juive, Bernard Edelman. Ami de Pierre Vidal-Naquet, il me présentait dans sa note comme un champion de la "méthode du mensonge absolu".

Le Dalloz Sirey n'avait jamais été condamné depuis sa fondation au début du XIXe siècle. Cette fois-là, il fut condamné pour "dommage à autrui" pour la manière dont il avait reproduit le jugement du 8 juillet 1981. Il dut publier le texte de sa propre condamnation (livraison du 4 juillet 1985, p. 3756) et me verser... 1 F de dommages-intérêts. Il fut condamné, en première instance, le 23 novembre 1983; en appel, le 8 mars 1985; et débouté en cassation, le 15 décembre 1986. B.Edelman avait réalisé le tour de force d'amputer le texte du jugement du 8 juillet 1981 de 57 mots de son contenu!

 

Effets ruineux de mes procès

 

Presque immanquablement, lorsque je gagne mes procès, je recois 1 F de dommages-intérêts cependant que, lorsque la partie adverse gagne, elle recoit de moi des sommes importantes, sinon même considérables.

Les attaques contre ma personne prenaient une forme si violente et si mensongère que je décidais d'en appeler à la justice dans deux cas pris parmi quelques milliers de cas possibles. Je portais plainte, d'une part, contre Jean Pierre-Bloch, responsable de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (LICRA) et auteur d'un livre de mémoires où j'étais présenté comme un nazi et un falsificateur condamné en tant que tel par les tribunaux francais et, d'autre part, contre le journal communiste L'Humanité.

Je perdis ces deux procès en première instance et en appel. Les magistrats reconnurent que j'avais été diffamé mais, ajoutaient-ils, mes adversaires m'avaient diffamé de bonne foi; en conséquence, ils devaient être acquittés et je devais payer tous les frais de ces procès. Le Droit de vivre (février 1985, p. 7), organe de la LICRA, titra triomphalement: "Traiter Faurisson de faussaire, c'est le diffamer mais 'de bonne foi'". C'était inviter à me traiter partout de faussaire et c'est ce qui se produisit*.

Par l'arrêt du 26 avril 1983, j'avais été condamné à payer la publication de toute une partie de cet arrêt. Les magistrats évaluaient les frais de publication à 60.000 F "sous réserve d'une plus juste appréciation au vu des devis et factures", ce qui pouvait signifier que cette somme n'était qu'un minimum. La LICRA procéda, sans m'en soumettre le texte, à une publication dans la revue Historia. Ce texte était gravement falsifié. Je poursuivis la LICRA et obtins 1F de dédommagement. En revanche, je dus verser, malgré tout, 20.000 F pour cette fausse publication. Mon salaire était saisi à la hauteur d'environ 60.000 F. A l'heure présente, la LICRA exige encore et toujours plus d'argent; elle obtient cet argent mais le garde par-devers elle et ne publie toujours pas l'arrêt.

 

Procès Barbie

 

Le procès Barbie et l'hystérie qu'il a provoquée ont été l'occasion de nouvelles offensives sur le plan judiciaire. Jacques Vergès a courageusement défendu Klaus Barbie qui, en France, à l'époque des faits qui lui sont reprochés, n'était qu'un lieutenant de l'armée allemande chargé d'assurer la sécurité de ses compatriotes. En 1939, nous avions déclaré la guerre à l'Allemagne, puis, en 1940, nous avions promis à nos vainqueurs de collaborer avec eux. Si le lieutenant Barbie avait agi à Lyon et dans sa région, en représailles contre l'action des résistants, des communistes et des juifs, de la même manière que les responsables israéliens contre l'action des Palestiniens (c'est-à-dire avec des chapelets de bombes de 500 kg), les pertes en vies humaines et les dégâts de toutes sortes pour la population francaise auraient été encore plus terribles qu'ils n'ont été.

Jacques Vergès semble avoir démontré que le fameux télégramme d'Izieu (qui est authentique et n'a rien de criminel) ne portait pas la signature de Klaus Barbie mais, personnellement, je ne dispose pas des pièces qui ont servi de base à sa démonstration et qui lui ont permis d'affirmer que Serge Klarsfeld avait été l'auteur de ce faux; je ne peux donc me prononcer sur ce point. En revanche, je peux dire qu'au procès de Lyon le procureur allemand Holtfort, venu à titre de témoin à charge, et André Cerdini, qui présidait la cour, ont utilisé un document tronqué: la note Dannecker du 13 mai 1942. Cette note se trouve au Centre de documentation juive contemporaine de Paris sous la cote xxvb-29. Dannecker y évoque, en passant, un entretien improvisé avec le Generalleutnant Kohl, responsable à Paris des transports par chemins de fer; au cours de cet entretien, Kohl était apparu à Dannecker comme un ennemi (Gegner) des juifs, d'accord à 100% pour "une solution finale de la question juive avec le but d'un anéantissement total de l'ennemi" (eine Endloesung der Judenfrage mit dem Ziel restloser Vernichtung des Gegners). Ainsi présentée, cette phrase peut donner à croire que Dannecker et Kohl connaissaient l'existence d'une politique d'extermination des juifs. En réalité, cette phrase signifie que Kohl était à 100% d'accord pour résoudre définitivement la question juive: le juif est un ennemi et, par définition, un ennemi, cela s'anéantit. Mais il n'est pas du tout précisé qu'il s'agit d'un anéantissement physique et même la phrase suivante, qu'on supprime toujours, apporte un éclaircissement: Kohl "se montra aussi un ennemi des églises politiques" (Er zeigte sich auch als Gegner der politischen Kirchen). Les camps "ennemis" sont ici bien marqués: d'une part, l'Allemagne et, d'autre part, les juifs et les églises politiques. Kohl voulait anéantir ou éradiquer l'influence ou la puissance de ces deux ennemis de l'Allemagne. Ni dans un cas, ni dans l'autre il ne s'agissait d'anéantissement physique. La phrase allemande de neuf mots est toujours supprimée et remplacée par des points de suspension parce qu'elle est trop gênante pour les exterminationnistes.

Parmi les historiens qui ont procédé à ce type d'escamotage, je me contenterai de citer:

- Joseph Billig, "Le Cas du SS-Obersturmfuehrer Kurt Lischka", Le Monde juif, juillet-septembre 1974, p. 29 et La Solution finale de la question juive, Centre de documentation juive contemporaine, 1977, p. 94;

- Serge Klarsfeld, Le Mémorial de la déportation des juifs de France, 1978, p. 28;

- Georges Wellers, "Déportation des Juifs de France. Légendes et réalités", Le Monde juif, juillet-septembre 1980, p. 97;

- Michael R. Marrus et Robert O. Paxton, Vichy et les juifs, Calmann-Lévy, 1981, p. 320.

Sur place, à Lyon, je faisais remettre à J.Vergès une lettre urgente pour l'informer de la nature de cette tricherie destinée à faire croire que, si Kohl et Dannecker étaient au courant d'une extermination des juifs, Barbie ne pouvait pas ignorer cette extermination. Malheureusement J.Vergès avait décidé de ne pas mettre en cause le dogme de l'extermination des juifs et, jusqu'au bout, il s'en tint à cette politique de prudence. A l'exemple de tant d'avocats allemands, il préféra plaider que Barbie "ne savait pas" que les juifs étaient exterminés.

 

En marge du procès Barbie

 

Pendant le procès Barbie, la vie devint difficile pour les révisionnistes, en particulier à Lyon où policiers et journalistes montaient bonne garde. A plusieurs reprises, la police me convoqua mais je refusai de me rendre à ses convocations et déclarai que je préférais la prison plutôt que de "collaborer avec la police et la justice francaises dans la répression du révisionnisme". Menacé d'arrestation, je restai ferme. Au cinéma, on projetait Shoah; au théâtre, on donnait une pièce sur le procès d'Auschwitz (Francfort, 1963-1965); sur une grande place de Lyon, les juifs organisaient une exposition-- essentiellement symbolique-- de l'Holocauste; dans les écoles, on endoctrinait vigoureusement les élèves; dans la presse locale on excitait à la haine de Barbie et des révisionnistes. Autour du palais de justice, le service d'ordre était là avec talkies-walkies, "juste assez sévère pour décourager les manifestants révisionnistes" (Le Monde, 18 juin 1987, p. 14).

Le feu fut mis aux poudres par la parution, juste avant l'ouverture du procès (mais ce n'était qu'un hasard), du premier numéro des Annales d'histoire révisionniste et par un tract au ton familier et polémique intitulé: "Info-lntox... Histoire-Intox... ca suffit. CHAMBRES A GAZ=BIDON" et signé d'un "Collectif Lycéens Lyon, Nancy, Strasbourg"; au verso, ce tract comportait des dessins de Konk prouvant l'impossibilité chimique des gazages à Auschwitz.

Cette atmosphère de chasse aux sorcières, où le journal Le Monde se distingua par sa violence, eut parfois des effets cocasses. On crut soudain découvrir des traces de révisionnisme dans un ouvrage scolaire vieux de huit ans, édité par une maison juive, laquelle s'empressa d'annoncer la refonte de l'ouvrage dans les meilleurs délais (Le Matin de Paris, 21 mai 1987, p. 12; Le Monde, 24-25 mai 1987 p.10). Quelques jours plus tard, Serge July, directeur de Libération, s'avisant de ce que deux lettres révisionnistes s'étaient glissées dans le courrier des lecteurs, décida de faire saisir dans les kiosques son propre journal, licencia sur-le-champ le responsable du courrier et décida une refonte totale du comité de rédaction (Libération, 28 mai 1987 p. 34; 29 mai 1987, p. 45; Le Monde, 3 juin 1987, p. 48). Le député gaulliste Jacques Chaban-Delmas en appelait la jeunesse francaise à une nouvelle forme de résistance: la résistance contre le révisionnisme (d'après Rivarol, 29 mai 1987, p. 8). Les facteurs de manuels d'histoire à l'usage des lycées avaient déjà recu conseils et menaces du "Comité des enseignants amis d'Israel" (Sens, décembre 1986 p. 3239) et il ne fait pas de doute qu'à l'occasion de l'affaire Barbie "les éditeurs scolaires n'ont pas dû rester insensibles à d'éventuelles remarques critiques ou suggestions dont l'inobservance risquait de peser sur la diffusion de leurs publications" (ibid, p. 325).

 

Les journalistes exigent une répression judiciaire immédiate

 

Claude Lanzmann était désemparé par l'insuccès en France de son film Shoah et par l'impossibilité de m'attaquer en justice pour le texte, riche de preuves et de références, que j'avais consacré à ce monument de propagande. P. Guillaume avait, en effet, publié et diffusé ce texte sous un titre emprunté à une formule des journées de mai 1968: "Ouvrez les yeux, cassez la télé!" C. Lanzmann se tourna vers l'Agence France-Presse (AFP) et obtint de cette dernière une initiative qui fera date dans l'histoire de la presse mondiale. Le ler juillet 1987, l'AFP publia un long communiqué où elle faisait part de son émoi devant les critiques révisionnistes adressées à Shoah et demandait, en conséquence, "un arrêt immédiat des agissements des révisionnistes" par les autorités judiciaires et cela au nom... "du respect de l'information et des Droits de l'homme".

Mon analyse de Shoah était dénoncée comme une infamie. Le texte du communiqué portait ensuite:

Des individus comme Robert Faurisson, estime la Fédération [francaise des sociétés de journalistes], ne devraient pas pouvoir écrire impunément ce qu'ils écrivent et diffusent. L'infamie et le racisme ont des limites. La déontologie de l'information interdit qu'on puisse écrire n'importe quoi, les contre-vérités les plus folles, au mépris de la vérité et donc de la liberté de savoir, en connaissance de cause. Salir un film comme Shoah, que personne ne peut voir qu'avec un terrible effroi et une infinie compassion, relève de l'atteinte pure et simple aux Droits de l'homme, écrit la Fédération, ajoutant: "Le journaliste est toujours témoin de son temps, et en ce sens Claude Lanzmann a fait oeuvre admirable de journaliste, recueillant dix années durant les plus effarants témoignages, non seulement des victimes, mais de leurs bourreaux, et des Polonais voisins des camps. C'est horrible, et c'est sans doute ce qui gêne ces révisionnistes-là, qui apparemment ne se sont toujours pas remis de la défaite nazie.

"En plein procès Barbie, et alors que les tentatives révisionnistes se multiplient, conclut la Fédération, il est urgent que les autorités judiciaires au nom du respect de l'information et des Droits de l'homme sanctionnent de tels tracts infamants et leurs auteurs, en les empêchant de récidiver."

La Fédération francaise des sociétés de journalistes regroupe plus de vingt sociétés (notamment TFI, A-2, FR-3, L'Agence France-Presse, Le Monde, Sud-Ouest, L'Equipe...,) soit plus de 2.000 journalistes au total.

 

Ce communiqué allait avoir de graves conséquences. TFI, A-2 et FR-3 sont les trois principales chaînes de la télévision francaise; l'Agence France-Presse est notre première agence de presse; Le Monde est le plus prestigieux de nos journaux; Sud-Ouest est le quotidien le plus vendu en France; L'Equipe est le plus lu et le plus populaire des journaux sportifs. Je me trouvais donc condamné par ce qu'on est en droit de considérer comme l'unanimité des grands médias de mon pays; même les journalistes sportifs portaient condamnation du révisionnisme. Les révisionnistes étaient décrits comme des individus aux arguments infâmes, diffusant l'infamie et le racisme, écrivant n'importe quoi-- les contre-vérités les plus folles--, méprisant la vérité et la liberté de savoir, portant atteinte aux droits de l'homme et ne se remettant toujours pas de la défaite nazie. En particulier, les révisionnistes passaient pour salir un film irrécusable et admirable, que personne ne pouvait voir qu'avec un terrible effroi et une infinie compassion.

 

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