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Les responsables de la seconde guerre mondiale

Paul Rassinier

1967

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CHAPITRE IV

LA QUESTION JUIVE

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1. Hitler et les juifs.

 

Les mesures prises contre les juifs par les autorités du Ill' Reich émurent l'opinion publique mondiale. Dans tous les pays où l'on ne rêvait que de l'effondrement du régime hitlérien, elles finirent par créer, autant par leur présentation dans la presse que par leur contenu réel, une psychose qui permit aux états-majors politiques de mettre en place, à l'abri de toute protestation sérieuse, le dispositif de la guerre contre l'Allemagne. Car, dans tous les pays qui lui étaient hostiles, les états-majors politiques étaient arrivés à cette conclusion que, les referendums organisés en Allemagne faisant la preuve de l'enthousiaste et indéfectible attachement du peuple allemand à Hitler, il n'y avait plus que ce moyen de provoquer cet effondrement.

Disons tout de suite que, même dépouillée de toutes les exagérations qui en ont faussé le sens, la politique de Hitler contre les juifs était une indiscutable atteinte au Droit des gens et, selon l'expression consacrée, « plus qu'un crime, une faute ». Mais reconnaissons que leur prétention à vouloir être, en Allemagne -- comme dans tous les autres pays, d'ailleurs, qu'ils ne considéraient que comme des « pays d'accueil » - une minorité nationale, n'était guère soutenable non plus : c'était avouer eux-mêmes qu'ils étaient des étrangers en Allemagne et s'enlever tout droit de protester si, à son tour, Hitler les traitait comme des [115] étrangers. Les autres états du monde étaient libres d'accepter cette prétention des juifs : c'était un problème de politique intérieure qui ne regardait pas Hitler. Que les juifs d'Allemagne aillent s'y installer, disait-il : le Ille Reich était un état totalitaire et, dans son sein, il n'y avait pas de place pour une minorité nationale.

Mais les autres états n'en voulurent pas. En eussent-ils voulu que la politique de Hitler fût restée, sans doute aucun, une atteinte au Droit des gens, mais elle ne le fût restée qu'au plan des principes et, au plan des faits, n'eût pas pris ce tour inhumain : l'affaire eût pu se régler par le biais d'un transfert de population accompagné d'un transfert de biens, comme l'Histoire en offre maints exemples 1. C'était ce que proposait Hitler.

Malheureusement, et aussi paradoxal que cela puisse paraître, il ne réussit à passer d'accord sur cette base qu'avec l'Agence juive -. les juifs appelèrent cet accord Haavarah et les Allemands, Chaïm-Arlossarof's Transfert Abkommen. Il fut signé entre les parties le 6 août 1933 et il prévoyait l'immigration de juifs allemands en Palestine par application de la Convention Balfour du 2 novembre 1917. Encore, les Anglais en limitèrent-ils la portée pour ne pas déplaire aux Arabes qui ne voulaient pas des juifs : ne purent immigrer librement en Palestine que les juifs qui possédaient 1000 livres sterling 2, c'est-à-dire les « capitalistes ». Les autres, les « travailleurs », avaient besoin d'un certificat de travail et ne pouvaient y être admis qu'à raison de mille cinq cents par mois. Il y avait 540.000 juifs en Allemagne : trsoi cent soixante mois soit trente ans pour qu'ils soient tous en Palestine. D'ici là, le roi, l'âne ou Hitler...

[116]

D'autre part, à 1.000 livres sterling par juif, le transfert des 540.000 juifs allemands représentait 540 millions de livres sterling (environ 3 milliards de dollars de l'époque ou 15 milliards de marks) que l'Allemagne ne pouvait exporter que si lui étaient consentis des accords de compensation étendus sur plusieurs années. Et l'Angleterre n'avait pas autorisé le Chaïm-Arlossarof's Transfert Abkommen à prévoir de tels accords. Aucun pays au monde, d'ailleurs, n'aurait pu exporter d'un seul coup une pareille somme, qui était, au surplus bien supérieure à la fortune des juifs allemands évaluée à 3 milliards de marks par les services du Dr. Schacht.

Entre juifs et nationaux-socialistes, c'est-à-dire entre cette infime minorité (pas même 1 %) et la presque unanimité du peuple allemand ainsi condamnées à vivre ensemble par la communauté des nations, le ton ne pouvait que monter. Si l'on avait une conscience claire du point où ce ton avait monté dans la discussion politique, on pouvait s'attendre à tout.

On connaît le point de vue de Hitler : il accusait les juifs d'avoir été les artisans de la défaite allemande dans la première guerre mondiale en ce sens qu'ils avaient été le facteur décisif de l'entrée en guerre des U.S.A. aux côtés des Alliés. C'était vrai mais, au demeurant, assez simpliste : dans le clan des Alliés, ils avaient aussi été les artisans de la Révolution bolchevique et de la défection de la Russie. Il les accusait encore :

- d'avoir été les principaux bénéficiaires du traité de Versailles et d'avoir réalisé des fortunes considérables sur les ruines de l'Allemagne ;
- d'avoir, toujours pour s'enrichir, provoqué l'effondrement économique et financier de 1923 et d'avoir voulu recommencer en 1930-1933 ;
- d'être des éléments de dissociation de l'esprit national ;
- des parasites qui vivaient du travail des autres et principalement du commerce, quand ce n'était pas, exclusivement, du commerce de l'argent 3.

[117]

Enfin, il prenait texte de leurs écrits pour démontrer qu'ils organisaient, dans le monde, une guerre contre l'Allemagne qu'ils voulaient détruire.

Physiquement, ils étaient des dégénérés qui prétendaient comiquement à la dignité de « peuple élu de Dieu ». Leurs communautés étaient des réceptacles de toutes les maladies. Leur sang était vicié par la pratique des mariages consanguins et, comme tous les dégénérés, le vice et la perversion morale les habitaient. Il fallait les mettre hors d'état de pervertir le moral de l'Allemagne et de vicier le sang allemand par des unions qui ne pouvaient être que malsaines. Ces dernières considérations étaient l'origine de sa doctrine du racisme et, le 24 février 1920, il les avait résumées en inscrivant les deux articles suivants dans le programme du Parti national-socialiste :

1. « Seul, peut être citoyen un compatriote 4. Celui-là seul qui est de sang allemand peut être un compatriote, indépendamment de sa confession. Un juif ne peut pas être un compatriote et donc pas un citoyen. » (Art. 4.)
2. « Celui qui n'est pas un citoyen ne peut vivre en Allemagne que comme étranger 5 et se trouve soumis à la législation sur les étrangers. » (Art. 5.)

Les juifs rétorquaient à Hitler qu'il était un paranoïaque, un fou dangereux, un dégénéré, un obsédé sexuel etc. A partir du jour où il accéda au pouvoir, tous les matins en prenant leur petit déjeuner, le Français, l'Anglais, l'Américain etc. trouvèrent dans leur journal habituel les récits les plus détaillés et les plus horribles sur les exactions commises contre les juifs par le régime national-socialiste. Ces récits, souvent illustrés par des photographies, étaient généralement repris des journaux juifs. Ils [118] étaient corroborés par les témoignages des nombreux juifs, sociaux-démocrates et communistes qui réussissaient à fuir l'Allemagne, clandestinement ou autrement. Ils reposaient tous sur un fond de vérité, mais étaient démesurément grossis en ce que l'exception qui, dans cette période révolutionnaire où tous les instincts étaient libérés, résultait, presque toujours, beaucoup plus d'une réaction grégaire que d'une initiative gouvernementale, était toujours présentée dans la presse comme la règle générale. Exemple : le juif promené dans les rues de la ville sous les lazzis de la foule et portant sur sa poitrine l'écriteau : « lch bin Jude ». Le 10 avril 1933, Goebbels avait décrété le boycottage de tous les magasins juifs et, à cette occasion, la scène se produisit sûrement. Tous les journaux en publièrent la photographie sous la légende : « Scène raciste en Allemagne. » Puis ils la reproduisirent périodiquement avec celle-ci : « Encore une scène raciste en Allemagne. » L'opinion publique en déduisit que tous les juifs allemands étaient en permanence promenés dans toutes les rues de toutes les villes allemandes. Seuls les esprits objectifs remarquèrent que c'était toujours le même juif, la même foule, et qu'en conséquence la scène n'avait pas dû se produire aussi souvent.

Quoi qu'il en soit, arrivé au pouvoir, Hitler devait mettre en application son programme raciste. Les premières mesures qui furent prises sont l'interdiction faite aux juifs d'exercer certaines professions (juges, fonctionnaires) le numerus clausus dans certaines autres (avocats, professions libérales, étudiants) et le boycott des magasins juifs (« N'achetez plus rien chez les commerçants juifs. ») Hitler pensait ainsi condamner au chômage 80 à 90 % d'entre eux, les contraindre à se rabattre sur les métiers manuels ou à émigrer clandestinement puisque la communauté des nations leur en refusait la possibilité ouvertement : confiant dans leur génie, il était sûr qu'ils préfèreraient la seconde solution à la première et trouveraient bien le moyen de la faire passer dans les faits. Et il donna l'ordre au service créé à Berlin par application du Chaïm Arlossarof's Transfert Abkommen 6 de faciliter cette émi[119]gration clandestine. C'est ainsi qu'alors que l'Angleterre avait limité l'immigration des juifs en Palestine à 1500 par mois soit 18 000 par an, 330 000 au lieu de 108 000 purent quitter l'Allemagne de 1933 à 1939 7.

C'est en 1935 seulement que Hitler fit un pas nouveau dans sa lutte contre les juifs.

2. - Les lois raciales de septembre 1935.

En septembre 1935, a lieu comme tous les ans, le congrès de la N.S.D.A.P. à Nüremberg. Depuis que Hitler est au pouvoir, c'est une manifestation grandiose rehaussée par le fait que le Reichstag y transporte aussi, parallèlement, ses assises et y vote, sur le champ et sur place, les lois qui se déduisent des discussions du congrès. Cette année-là, le thème du Congrès est la nationalité allemande, c'est-à-dire la race, c'est-à-dire encore le sang. Le Reichstag vote donc les trois lois qu'impliquent les décisions du Congrès sur ce thème. L'une est anodine : elle concerne les couleurs du Reich et le drapeau à croix gammée - emblème national. Les deux autres sont une mise en application et une inscription dans les lois générales, des articles 4 et 5 8 du programme du parti élaboré à Münich le 24 février 1920 et auront des conséquences plus dramatiques.

La première est la loi sur la nationalité allemande. Elle est ainsi conçue :

Art. I. - Jouit de la nationalité allemande quiconque fait partie de l'Association pour la protection du Reich allemand.
Art. Il. - Est citoyen du Reich, uniquement celui qui possède la nationalité allemande ou qui est de sang apparenté et qui prouve, par sa conduite ou par ses aptitudes, sa volonté de servir fidèlement le Reich et le peuple allemand.

[120]

Art. IlI. - Seul, celui qui est citoyen allemand jouit de la plénitude des droits politiques, tels qu'ils sont définis par la loi.

Ainsi les juifs se trouvent-ils exclus légalement de « la plénitude des droits politiques ».

La seconde loi sur la protection du sang et de l'honneur allemand se présente ainsi :

« Convaincu que la pureté du sang allemand est la condition essentielle de la survie du peuple allemand, et animé par la volonté inébranlable d'assurer la pérennité de la nation germanique, le Reichstag a adopté la loi suivante à l'unanimité :
« Art. 1. -- Les mariages entre juifs et citoyens allemands ou d'un sang apparenté sont interdits. Les mariages contractés à l'étranger dans le but de tourner cette loi sont nuls et non avenus. L'introduction de la plainte en annulation incombe au procureur général.
« Art. II. - Les relations extra-conjugales entre juifs et citoyens allemands ou d'un sang apparenté sont interdits.
« Art. III. - Les juifs ne sont pas autorisés à employer comme domestiques des citoyennes allemandes, ou d'un sang apparenté, d'un âge inférieur à quarante-cinq ans.
« Art. IV. - Il est interdit aux juifs d'arborer les couleurs allemandes ou de hisser le drapeau national du Reich. Ils ont le droit, en revanche, de hisser les couleurs judaïques. L'exercice de ce droit est placé sous la protection de l'état.
« Art. V. - Toute infraction à l'art. 1 de la présente loi est punie de travaux forcés, toute infraction à l'art. 2 est punie de travaux forcés ou de prison, toute infraction aux art. 3 et 4 est punie d'une peine de prison pouvant aller jusqu'à un an et une amende, ou de l'une ou l'autre de ces deux peines.
« Art. VI. - L'application de la présente loi incombe au ministre de l'Intérieur, en accord avec le représentant du Führer et le ministre de la Justice.
« Art. VII. - Cette loi entre en vigueur le jour de sa publication, à l'exception de l'art. III, qui n'entrera en vigueur que le 1er janvier 1936. »

[121]

Jusque-là, n'étaient internés dans des camps de concentration que les juifs qui étaient pris en flagrant délit ou même simplement soupçonnés - les dénonciations affluaient dans tous les commissariats - d'une activité oppositionnelle quelconque ou d'un autre délit, notamment et surtout de marché noir. Désormais, le furent aussi ceux dui étaient pris en flagrant délit ou simplement soupçonnés - les dénonciations affluèrent de plus belle dans les commissariats - d'infraction à la nouvelle loi. Il faut encore ajouter que, si un non-juif pouvait arriver à faire la preuve qu'il était injustement accusé ou soupçonné, c'était à peu près impossible pour un juif.

Dans toutes les communautés juives du monde où l'on vit, en cette loi, un des derniers pas sur le chemin du retour aux ghettos du Moyen Âge, ce fut un tollé général. Sur sa mise en application, la grande presse de France, d'Angleterre et des États-Unis s'emplit de scènes les plus déchirantes et les plus sadiques. Ces scènes n'étaient plus seulement reprochées à Hitler et au national-socialisme, mais encore au peuple allemand qui, manifestement les approuvait et faisait apparaître l'Allemagne comme un pays de monstres.

La campagne de préparation psychologique à la guerre contre l'Allemagne avait fait un nouveau bond.


3. - La conférence d'Évian.

 

C'est en 1938, année où, par ailleurs, l'Anschluss et les Sudètes apportèrent tant de troubles dans les esprits, que le problème juif fut porté à son paroxysme en Allemagne.

Un moment pourtant, il y eut une lueur d'espoir.

Depuis son entrée à la Maison blanche, le président Roosevelt n'est encore intervenu que deux fois dans les affaires européennes : la première pour apporter son soutien à la politique des sanctions décidées par la S.D.N. contre l'Italie (guerre d'Éthiopie) ; et la seconde, le 5 octobre 1937, par un discours prononcé à Chicago et dit « de la Quarantaine » parce qu'il préconisait « la mise en quarantaine des 10 % de la population du globe (Allemagne, Italie et Japon) qui sont sur le point d'anéantir tout ordre inter[122]national et toute équité, par les 90 % attachés à la paix, à la sécurité et à la liberté, afin de préserver la collectivité de la contagion. » En juillet, sans doute pour se racheter, il prend l'initiative d'une « Conférence Internationale d'étude des Problèmes politiques et économiques posés par l'expulsion des juifs du grand Reich ».

En 1937, la presse française avait soudain découvert que l'île de Madagascar était une colonie sous-peuplée et sous-équipée au point qu'elle était à peu près inexploitée. Encouragée par le gouvernement, elle s'était mise à faire campagne sur la nécessité d'y envoyer des colons pour la mettre en valeur. Mais les Français mettaient peu d'empressement à y aller. Ce que voyant, le colonel Beck, président du Conseil et ministre des Affaires étrangères de Pologne, demanda tout crûment, en décembre 1937, à M. Yvon Delbos, ministre français des Affaires étrangères en visite à Varsovie « s'il serait d'accord que tous les juifs polonais émigrent à Madagascar ». M. Yvon Delbos se contenta de sourire. Informée, la diplomatie allemande qui nourrissait des espoirs dans cette direction, se le tint pour dit. Elle ne prit le projet ouvertement à son compte qu'après l'écrasement de la France en juin 1940. Pendant son court passage au gouvernement (décembre 1940-février 1941) Pierre-Étienne Flandin le fit échouer par son refus. Jusqu'au 7 décembre 1941 (date de l'entrée en guerre des États-Unis qui rendit le projet irréalisable) la diplomatie allemande s'obstina pourtant à ne pas croire que ce refus était définitif et irréversible.

L'initiative du président Roosevelt relançait l'affaire sous une autre forme. La conférence eut lieu à Évian du 6 au 15 juillet 1938. Son but était de rechercher comment le principe du Chaïm Arlossarof's Transfert Abkommen relatif au transfert des biens des juifs allemands pouvait être étendu à d'autres nations et lesquelles. L'Allemagne qui, étant donné la position abrupte et sans aucun rapport avec les réalités prise sur ce point par l'Angleterre, n'espérait rien de la Conférence, n'y envoya qu'un observateur.

La thèse de l'Allemagne n'y fut pas exposée puisqu'elle n'y avait pas de représentant officiel. Mais on la connaît : expulsion globale de tous les juifs allemands et transfert de leurs biens globalement évalués - l'Allemagne avançait [123] le chiffre de 3 milliards de marks comme base de discussion - à un organisme international qui répartirait la somme entre les pays intéressés, à la condition que des accords de compensation fussent conclus, qui en transposeraient le règlement dans le cadre des échanges de marchandises entre l'Allemagne et ces pays, et s'échelonneraient sur plusieurs années 9.

L'Angleterre exposa sa thèse : 1.000 livres sterling par juif expulsé, payables sur le champ ; pas d'accords de compensation. C'était insensé - 6.000 dollars ou 27 à 28.000 marks par juif, - au total 15 à 18 milliards de marks, le budget de l'Allemagne pour une année !


L'Amérique ne voulait pas rompre. Sur ses instances. la conférence désigna l'Américain M. Rublee comme son représentant chargé de négocier avec l'Allemagne.

Et puis, on n'en parla plus. Sauf une fois encore : le 23 décembre, le Dr. Schacht et M. Rublee renouèrent avec l'assentiment de Hitler, mais l'Angleterre restant sur ses positions torpilla l'opération pour la dernière fois.

4. -- La nuit de cristal.

Aussi bien, même si un compromis avait été possible. un événement qui se produisit à Paris le 7 novembre suivant fit tout échouer définitivement : l'assassinat du troisième secrétaire de l'ambassade du Reich, Rath, par le jeune juif polonais Grynspan, dont les parents vivaient en Allemagne.

On a beaucoup écrit sur cet assassinat et même qu'il s'agissait d'une banale affaire de moeurs. La thèse qui pré[124]vaut encore actuellement est que Grynspan a agi seul et de sa propre initiative. Dans l'état actuel de la documentation sur cette affaire, rien ne permet de l'infirmer. Je n'y crois guère : on a dit aussi de Prinzip et de ses deux complices qui assassinèrent l'héritier du trône d'Autriche à Sarajevo en 1914, qu'ils avaient agi seuls et de leur propre initiative et on l'a cru longtemps. Mais on sait aujourd'hui que le gouvernement serbe était impliqué dans l'affaire. C'est généralement la règle dans les assassinats politiques : ils sont, pour ainsi dire, toujours concertés et la main de l'assassin est dirigée par les groupes politiques, États ou partis, qui ont intérêt à envenimer les choses. La thèse de la banale affaire de moeurs est, en tout cas, et de l'aveu même de l'assasin, infirmé par le fait que ce n'était pas le troisième secrétaire de l'ambassade qui était visé, mais l'ambassadeur lui-même.

Mais alors, pourquoi les choses furent-elles envenimées par les juifs polonais plutôt que par les juifs allemands, et pourquoi par Grynspan?

Les juifs polonais qui vivent en Allemagne sont nombreux : 56.500 fut-il dit au procès de Jérusalem qui jugea Eichmann 10. Ils y vivent sous passeport polonais. C'est le cas du père de Grynspan qui, lui, vit en France chez un oncle et très difficilement parce qu'il n'a pas de certificat d'embauche. En avril 1938, le colonel Beck, ministre des Affaires étrangères de Pologne, a décidé de retirer la nationalité polonaise à tous les juifs qui vivent à l'étranger et de ne pas renouveler leur passeport. L'Allemagne annonça aussitôt que, leur passeport expiré, elle ne tolèrerait plus de juifs polonais chez elle. La situation de ceux-ci n'était pourtant pas devenue tragique : protégés contre les lois raciales de Hitler par leur passeport, tant qu'il était valable, ils pouvaient tous quitter très légalement l'Allemagne pour un autre pays que la Pologne et la plupart d'entre eux adoptèrent cette solution. La France fut, dans la période qui suivit immédiatement la décision du colonel Beck (été 1938), l'objet d'une véritable invasion de juifs polonais. En octobre 1938, le passeport de mille deux cents environ d'entre eux qui s'étaient obstinés à rester en Allemagne étant venu à [125] expiration, ils furent arrêtés par les autorités allemandes et reconduits à la frontière polonaise à la fin du mois : dans le froid et même la neige le sort de ces malheureux coincés entre l'Allemagne qui ne les voulait plus et la Pologne qui ne voulait pas les reprendre fut tragique. La faim, le froid : beaucoup en moururent pendant les quelques jours que durèrent les pourparlers entre l'Allemagne et la Pologne. Finalement, le problème fut résolu par leur internement dans un camp de concentration. Parmi eux, le père et la famille de Grynspan...

Les conséquences de l'assassinat du troisième secrétaire de l'ambassade d'Allemagne à Paris furent terribles : l'Allemagne tout entière fut emportée par un vent d'une colère portée à son paroxysme contre les juifs et un incoercible besoin de représailles. De leur propre autorité, les responsables de la N.S.D.A.P. dans les différents Gau (régions) organisèrent des représailles dès que l'assassinat y fut connu, c'est-à-dire dès le matin du 8 novembre. La préparation de la riposte prit toute la journée du 8 et celle du 9. L'action commença dans la soirée du 9. Elle se solda par « le pillage et la destruction de 815 magasins pendant la nuit du 9 au 10 novembre 11, de 171 maisons appartenant à des juifs, de 276 synagogues, de 14 autres monuments des communautés juives, l'arrestation de 20 000 juifs, 7 aryens, 3 étrangers, 36 morts et 36 blessés 12. »

Les autorités responsables du IIIe Reich ont toujours soutenu n'avoir été pour rien dans l'organisation de ces manifestations et le tour qu'elles ont pris. Il faut reconnaître que les apparences, au moins, leur donnent raison. Historiquement, voici comment les choses se sont passées :

Le 9 novembre 1938, comme tous les ans à cette date, les chefs du parti et du gouvernement étaient réunis à Munich pour la commémoration du putsch de 1923. Tard dans la soirée, Goebbels fut téléphoniquement informé que de gra[126]ves démonstrations anti-juives se déroulaient dans les provinces de Hesse, de Magdebourg et un peu partout dans toute l'Allemagne. Après un bref colloque entre les principaux dignitaires du parti, tous surpris, et le Führer, à 1 h 20 de la nuit, un télégramme fut envoyé par Heydrich à tous les bureaux de police de l'Allemagne 13 : il enjoignait à tous les commissaires de police de toute l'Allemagne d'entrer en rapport avec les cadres régionaux du parti pour que les juifs ne fussent pas molestés, leur vie ou leurs propriétés pas menacées, leurs magasins ou leurs appartements pas pillés, etc. En somme, pour que tout rentre dans l'ordre. Le plus fanatique des anti-juifs allemands, Julius Streicher, directeur du Stürmer, qui avait dû quitter Munich avant que Goebbels ne fût informé des manifestations, ne les apprit que le lendemain à son réveil. Étant donné le tour qu'elles avaient pris, 174 nationaux-socialistes, cadres du parti, policiers, commissaires etc. furent arrêtés pour y avoir commis des excès, déférés devant les tribunaux et envoyés dans des camps de concentration 14.

Le 12 novembre, sur ordre de Hitler, Goering réunit en une conférence interministérielle les représentants des principaux ministères impliqués dans l'affaire pour la tirer au clair : Goebbels (propagande), Heydrich (police et sécurité), Frick (intérieur), Funek (économie), Schwering-Krosigk (finances) etc. Dès l'ouverture de la séance, voici ce qu'il leur déclara :

« Messieurs, j'en ai assez de ces démonstrations qui ne font pas de mal aux juifs, mais à moi, la plus haute autorité pour l'économie allemande. Si, aujourd'hui, une boutique juive est détruite, si des biens sont jetés dans la rue, la compagnie d'assurances paiera le dommage au juif, de telle façon qu'il ne subira aucun préjudice. De plus, des biens de consommation, des biens qui appartiennent au peuple allemand sont détruits. Si, à l'avenir, de pareilles démonstrations sont nécessaires et se produisent, alors je demande qu'elles soient dirigées de façon à ne pas nous faire du tort. Et je veux que l'on agisse de sorte qu'on ne [127] nuise pas à soi-même, car il serait fou de vider et d'incendier un magasin juif parce que cela nuirait à la compagnie d'assurances, de couvrir les dommages et de payer pour des marchandises dont j'ai besoin. Alors, je pourrais aussi bien prendre et incendier les matières premières en provenance de l'étranger, à leur arrivée en Allemagne 15. »

Pour des raisons, soit matérielles comme celles de Goering, soit morales, tous les présents regrettèrent, non les manifestations elles-mêmes, mais le tour qu'elles avaient pris, tous sauf Goebbels qui les excusait.

Or voici comment l'Américain justice Jackson, présenta l'affaire au procès de Nüremberg, le 21 novembre 1945 .

« La campagne antisémite devint forcenée en Allemagne, après l'assassinat à Paris du conseiller de la légation allemande vom Rath. Heydrich, chef de la Gestapo, envoya un télégramme à tous les bureaux de la Gestapo et du S.D. ordonnant de diriger un soulèvement « spontané », fixépour les nuits des 9 et 10 novembre 1938 [sic] afin d'aider à la destruction des biens juifs et de protéger seulement les biens allemands 16. »

Telle est l'opinion qui prévaut toujours.

En fin de compte, la conférence arrêta le principe des trois décrets que prendrait Goering :

- le premier qui frapperait les juifs d'une amende d'un milliard de marks 17 ;
- le second qui les exclurait de la vie économique allemande 18 ;
- le dernier décidant que les compagnies d'assurances verseraient à l'État, non à l'intéressé juif, le remboursement du dommage à lui causé au cours de la Nuit de cristal 19.

L'assassinat du troisième secrétaire de l'ambassade d'Allemagne à Paris avait ainsi obtenu des résultats analogues à ceux qu'obtinrent plus tard, sous l'occupation allemande en France, ces singuliers résistants qui provoquaient seule[128]ment l'arrestation de centaines d'otages et une aggravation du statut d'occupation lorsqu'ils faisaient sauter une pharmacie ou un café au plastic - le plus souvent pour assouvir une vieille rancune personnelle - ou assassinaient un soldat allemand dans une rue sombre et déserte, etc. sous prétexte de combattre l'Allemagne ou le nazisme. Après le 7 novembre 1938, la vie des juifs allemands que des négociations internationales, sur des propositions raisonnables, eussent sauvée, fut rendue encore plus difficile par leur exclusion de la vie économique du pays, les camps de concentration, l'expropriation et la mise sous séquestre de leurs biens etc.

Mais, associées aux scènes d'horreur de la Kristallnacht dont, en France, en Angleterre et aux États-Unis, les journaux s'emplirent automatiquement, ces mesures y portèrent l'émotion à son comble. Le 15 novembre, l'ambassadeur de l'Allemagne à Washington, Dieckhoff, écrit au secrétaire d'État Weizsäcker :

« Vous aurez appris par mes rapports télégraphiques l'effet causé ici, sur l'opinion publique, par les mesures spontanées et légales adoptées en Allemagne en réponse au meurtre du secrétaire de légation vom Rath. Il n'est pas étonnant que la presse nous soit encore plus hostile qu'auparavant (si, toutefois, cela est possible), mais ce qu'il y a de regrettable, c'est que les cercles modérés et responsables adoptent également une attitude hostile à notre égard - même les antisémites les plus farouches désirent se dissocier de méthodes de ce genre 20. »

Puis, l'ambassadeur des U.S.A. en Allemagne ayant été rappelé le même jour, il l'est à son tour, le lendemain, par le gouvernement allemand. Entre les U.S.A. et l'Allemagne, les ponts sont rompus : ils ne se rétabliront pas. Plus question, pour commencer, de la Conférence d'Évian.

En France, on se réjouit de l'attitude du président Roosevelt.

En Angleterre, cependant, on garde la tête froide, malgré les hurlements de douleur de la presse juive. La campagne anti-allemande à laquelle les représailles de la Nuit de Cris[129 ]tal ont redonné de la vigueur n'affole pas le gouvernement. L'intervention de Churchill (26 septembre) opposant bruyamment, dans la récente crise tchécoslovaque, un projet de « Grande Alliance offensive et défensive entre la France, l'Angleterre et la Russie, qui irait hardiment de l'avant 21 » à la politique de conciliation de Chamberlain, n'a pas plus de succès. Et pas davantage celle de Clément Attlee, le même jour, qui, au nom du parti travailliste, veut lui aussi constituer un « front unique anglo-franco-russe ». Mais cette Nuit de Cristal a tout de même mis les nerfs à vif.

Telles furent les conséquences de l'assassinat du troisième secrétaire de l'ambassade d'Allemagne à Paris, vom Rath, par le jeune juif Grynspan. Elles allaient trop dans le sens des buts poursuivis par les juifs pour que, même si, dans l'état actuel de la documentation sur cette affaire. rien ne permet d'affirmer qu'il s'agissait d'une action concertée dont Grynspan n'aurait été que l'instrument, cette hypothèse soit totalement exclue.

A un moment où, il n'est pas indifférent de le souligner, les accords de Münich qui venaient d'être conclus (29-30 septembre 1938) avaient replacé l'Europe sur la voie de la détente et autorisaient tous les espoirs.

 

[Note de l'AAARGH : l'édition sur papier comporte un encart photographique ; nous reproduisons les légendes]

LÉGENDE DES ILLUSTRATIONS

MANDEL à BENES (ci-dessous) : « Déclarez la guerre à l'Allemagne et les canons de France, d'Angleterre et de Russie soviétique partiront tout seuls... L'Allemagne sera vaincue en six mois sans Mussolini, en trois mois avec... »

ROOSEVELT : « Ce que je redoute le plus ce sont des négociations de paix, un nouveau Munich. » (Cf. p. 209)

CHURCHILL : « La seconde guerre mondiale était la plus facile à éviter de toutes les guerres. » (Mémoires)

HITLER : « Il n'existe aucun document portant la signature de Hitler, Himmler ou Heydrich parlant d'exterminer les juifs et le mot « extermination » ne figure pas dans la lettre de Goering à Heydrich concernant la solution finale. »

(La Terre Retrouvée, 15 décembre 1960)

STALINE : « Garantis sur notre frontière ouest par le Pacte (germano-soviétique), nous le serons au surplus en Extrême-Orient par l'influence que l'Allemagne, en reconnaissance, ne manquera pas d'exercer sur le Japon. » (24 août 1939)

Signature du pacte germano-soviétique par Molotov devant Ribbentrop, Staline et Schulenburg, ambassadeur d'Allemagne à Moscou




 

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