1. En réalité, la Yougoslavie ne portait pas encore ce nom qu'elle ne prit officiellement que le 3 octobre 1929. A l'époque, elle portait celui de « Royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes » né dans les circonstances suivantes : le 23 septembre 1918, un Conseil national de la Croatie s'était constitué à Zagreb qui, le 6 octobre suivant, dans une proclamation publique, demandait l'union avec la Serbie - dans le même temps, la diète bosniaque et l'Assemblée nationale du Monténégro se prononçaient dans le même sens et le 1er décembre le prince Alexandre de Serbie avait proclamé l'union de la Macédoine, de la Bosnie-Herzégovine, du Banat, de la Batchka, de la Barania, de la Syrmie, de la Slavonie, de la Dalmatie, de l'Istrie, de la Croatie et de la Slovénie, anciennes dépendances de l'Autriche-Hongrie, avec la Serbie et le Monténégro, dans un « Royaume des Serbes, Croates et Slovénes » ; c'est cet agglomérat hétéroclite qui avait été admis à siéger à la Conférence au titre d'état. Il y était représenté par des Serbes. On ne ait que plus tard ce que valait le Comité national comme expression de la volonté populaire En fait, les Croates n'étaient d'accord avec les Serbes que contre la double monarchie et plus particulièrement le gouvernement « Magyar » de Budapest mais pour rien d'autre. Entre les deux guerres, l'histoire de la Yougoslavie fut celle des Croates annexés et politiquement asservis par les Serbes. Tout cela se termina provisoirement en 1934 par l'assassinat à Marseille du roi Alexandre de Yougoslavie (et du ministre Barthou) par le Croate Kalemen réfugié en France.
2. La situation juridique
de la Tchécoslovaquie n'était pas plus claire que
celle de la Yougoslavie : le 3 septembre 1918, un gouvernement
provisoire tchécoslovaque avait été formé
à Paris ; le 18 octobre un Comité national
tchécoslovaque prenait le pouvoir à Prague et, le
14 novembre, sous le nom d'Assemblée nationale qu'il avait
pris le 9, il avait proclamé la déchéance
des Habsbourg et l'indépendance de la Tchéquie et
de la Slovaquie dont les frontières n'étaient pas
définies.
3. La situation juridique
de la Pologne était encore plus confuse que celle de la
Yougoslavie et de la Tchécoslovaquie. En 1914, la Pologne
qui était alors le Grand Duché de Varsovie et faisait
partie de la Russie, se partagea en deux courants d'opinion :
l'un, le plus important, qui avait à sa tête le militant
socialiste anti-russe Joseph Pildsuski se rangea aux côtés
des Empires centraux auxquels il apporta l'appui d'une légion
de volontaires polonais (sous le commandement de Pildsuski), l'autre
composé des hésitants et des pro-russes, prit plus
ou moins ouvertement et plus ou moins timidement le parti des
Alliés. Le 9 août 1915, les troupes allemandes entrèrent
à Varsovie. Le 5 novembre 1916, les Empires centraux reconnaissaient
l'indépendance de la Pologne dont les frontières
étaient à définir et y instituaient un Conseil
d'État provisoire, puis, le 12 septembre 1917 un Conseil
de régence. Dans son Adresse au Sénat du 8 janvier
1918, le président Wilson avait proclamé la nécessité
d'une Pologne indépendante et, dans le même temps,
le gouvernement bolcheviste de Moscou en avait fait autant
Le 14 novembre 1918, le Conseil de Régence s'était
retiré en passant ses pouvoirs à Joseph Pildsuski.
Mais le 2 octobre, les Alliés avaient reconnu officiellement
un Conseil national qui s'était, dès 1915, constitué
à Paris avec des éléments réputés
représentatifs du courant polonais d'opinion favorable
aux Alliés. On n'était sorti de cette situation
ambiguë que par la constitution d'un gouvernement d'unité
nationale sous la présidence de Paderewski (dont les tendances
proalliées s'étaient manifestées pendant
toute la guerre qu'il vécut hors de Pologne), mais Pildsuski
restant à la fois chef provisoire de l'État et des
armées. Les Allemands, les Tchécoslovaques et les
Russes revendiquant chacun une part des territoires sur lesquels
ce gouvernement désirait étendre son autorité,
la Pologne était un état à créer de
toutes pièces et ses représentants à la Conférence
de la Paix ne représentaient qu'une inAme partie de ce
qu'elle devint plus tard officiellement (1923 seulement).
4. En bordure de la mer
Rouge, le Hedjaz était un vilayet de l'empire ottoman auquel
passant, le 24 octobre 1915, un accord avec le chef arabe Hussein,
émir de la Mecque en rupture de ban avec le sultan, I'Angleterre
avait reconnu l'indépendance confirmée par la France
par les accords Sykes-Picot en mai 1916. Ce qu'il représentait
alors, on ne sait pas bien. Dans la suite, en 1926, il est devenu
une dépendance du Nedjed dont le sultan fut, en même
temps, roi du Hedjaz, un vice-roi l'y représentant. En
1932, l'union du Hedjaz et du Nedjed constitua le royaume d'Arabie
séoudite. A noter que les accords Sykes-Picot prévoyaient,
en outre, pour après la guerre, un partage d'influence
à peu près équitable entre la France et l'Angleterre,
la première recevant la côte de la Syrie et un arrière-pays
allant jusqu'au Tibre, la seconde St-Jean d'Acre et la partie
de la Mésopotamie allant de Bagdad au golfe persique. Les
deux puissances se partageaient, en outre, à égalité,
les vastes régions situées entre la Syrie et la
province de Bagdad.
5. Euphémisme - ou
périphrase - pour ne pas inviter officiellement le
gouvernement russe, mais on ne doutait pas qu'il répondît.
* Note de l'AAARGH : cf nos notes du chapitre précédent. Nous y ajouterons ici simplement que le secrétaire d'État était peut-être conscients que si Wilson forçait l'Europe à appliquer le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes comme il l'entendait, l'Europe le forcerait peut-être ensuite à l'appliquer chez lui aux Noirs ou aux Indiens, survivants du génocide du XIXe siècle.
6. Le 10 septembre précédent,
ils avaient retiré leur délégué au
Conseil suprême interallié qui avait été
nommé le 11 janvier 1919, pour, en veillant à l'exécution
des conditions de l'armistice, étudier les mesures à
prendre pour soulager les populations d'Europe en les ravitaillant
au mieux dans le cadre du blocus de l'Allemagne maintenu et définir
la politique à suivre par les Alliés en la matière.
7. Paraphé à
Londres le 16 octobre 1925, ce traité comprenait deux groupes
d'accords 1° Un traité entre l'Allemagne, la Belgique,
la France, l'Angleterre et l'Italie, dit Pacte rhénan (inviolabilité
réciproque des frontières entre la France, la Belgique
et l'Allemagne, maintien de la zone démilitarisée
sur la rive droite du Rhin, non recours à la guerre, etc.)
L'Angleterre et l'Italie n'interviennent qu'à titre de
garants. 2°) Des conventions d'arbitrage germano-belges,
germano-françaises, germano-polonaises et germano-tchèques.
8. Le Pacte Briand-Kellog
est un engagement de non-recours à la guerre pour le règlement
des différends internationaux. Il fut signé par
presque tous les États du monde.
9. Entre la France et l'Allemagne,
le charbon de la. Sarre fut, dès la fin du 18e siècle
et tout au long du 19e, un sujet de dispute. Bien qu'il fût
allemand par sa population, ce territoire fut annexé à
la France par Napoléon au moment de la création,
sous sa férule, de la Confédération germanique.
Les traités de Vienne (1815) le rendirent à l'Allemagne,
conformément au voeu de ses habitants. En 1919, les art.
49 et suivants du Traité de Versailles, tenant compte que,
le placer à= souveraineté française heurterait
par trop le sentiment populaire, le placèrent sous administration
d'un Comité de 5 membres (1 Français, 1 Sarrois,
3 neutres) désigné par la Société
des Nations. Qu'après quinze années de cette administration
de sentiment nettement germanophobe sinon francophile, les Sarrois
se soient prononcés pour le retour à l'Allemagne
malgré Hitler qui leur était présenté
comme un épouvantail, est significatif de la profondeur
de leurs sentiments nationaux. Après la seconde guerre
mondiale, on fit une nouvelle tentative dans le sens d'un rattachement
au moins économique à la France -. en moins de 10
ans, Il y fallut renoncer.
10. L'article 22 du Pacte
distinguait
11. En l'an 800, les Slaves
avaient atteint l'Elbe et l'Adriatique où une peuplade
d'origine mongole, les Avares, était venue les rejoindre.
Charlemagne les repoussa jusqu'à la Vistule et, pour stopper
leur migration vers le sud-ouest il avait fondé sur le
Moyen-Danube, un état placé sous sa protection,
l'Ostmark (Marche orientale) qui devint l'Österreich (Royaume
de l'Est) une fois germanisé. La résistance aux
Slaves qui se transforma rapidement en poussée germanique
s'exerça dans la suite de la Poméranie vers la Prusse,
puis en direction de l'Ukraine. Les guerres napoléoniennes
l'affaiblirent et Bismarck se tourna inconsidérément
vers l'Ouest. Au XXe siècle l'Angleterre et la France empêchèrent
successivement Guillaume II, la République de Weimar et
Hitler de revenir à la tradition germanique du Drang
nach osten. Note
de l'AAARGH: Rassinier commet une grave erreur d'appréciation
(qui serait bénigne s'ils ne faisaient pas des Slaves des
monstres sanguinaires). Les Slaves ont été entraînés
dans la confédération militaire des Avards, peuple
d'Asie centrale qui a envahi l'Europe de l'Est au VIIIe siècle.
Les Slaves n'ont jamais menacé personne, ce sont des populations
d'agriculteurs extrêmement pacifiques, qui ne pratiquent
guère que des guerres défensives. Penser que les
pacifiques Germains auraient été contraints à
la guerre au VIIIe par de sanguinaires Slaves, qui y auraient
préalablement contraint les gentils Avars est une erreur
d'interprétation monumentale.
12. Au Sleswig, par exemple,
deux courants d'opinion existaient : un fort qui était
philo-allemand, un faible qui était philo-danois. On fit
deux zones et deux plébiscites eurent lieu : I'un
le 10 février 1920, dans la première zone donna
83.000 voix à l'Allemagne, 18.000 au Danemark, I'autre
le 14 mars dans la seconde donna 13.000 voix à l'Allemagne,
51.000 au Danemark. N'eût-on fait qu'une zone, le Sleswig
se serait prononcé pour l'Allemagne par 96 000 voix contre
69.000 au Danemark et, en vertu du principe majoritaire-contestable,
c'est vrai - le Sleswig eût été attribué
à l'Allemagne. Mieux : dans la première zone,
la conférence des ambassadeurs chargée d'interpréter
les résultats du scrutin, enleva les communes à
majorité danoise pour les donner au Danemark mais elle
se garda d'enlever dans la seconde les communes à majorité
allemande pour les donner à l'Allemagne. Le tracé
de la frontière polono-allemande par ce procédé
donna des résultats qui empoisonnèrent par l'injustice
qu'ils constituaient toute la diplomatie internationale jusqu'à
la seconde guerre mondiale à l'origine de laquelle ils
figurent en bonne place au titre des causes.
13. Littéralement,
la Yougoslavie est le pays des Slaves du Sud.
14. Constituée
en Royaume en 1881 par la réunion de la Moldavie et de
la Valachie, à la suite d'une lutte séculaire qui
fait penser à celle des Armagnacs et des Bourguignons en
France, tantôt alliée des Russes contre le sultan,
et tantôt des Austro-Hongrois contre les Slaves, la Roumanie
était d'abord restée neutre en 1914 quoiqu'elle
eût des accords avec les Empires centraux. Cédant
aux instances des Alliés, le 17 août 1916 cependant,
elle entra en guerre à leurs côtés mais, abandonnée
à ses seules forces par les Russes, elle fut bientôt
envahie par les armées de Falkenhayn et de Mackensen. En
juillet 1917, Kornilov ayant enfoncé le front de Galicie
des Empires centraux, elle reprit la lutte aux côtés
des Russes. Puis les Russes s'effondrèrent : ayant
signé la paix de Brest-Litovsk qui leur laissait les mains
libres en Roumanie, les Soviets envahirent le pays et il fallut
signer avec eux le traité de Bucarest (7 mai 1918) annulé
par l'armistice du 11 novembre 1918. Le 1er décembre, le
roi Ferdinand Ier rentrait à Bucarest. Il fallait récompenser
la Roumanie : sous le prétexte que le même jour
une Assemblée de notables de Transylvanie, du Banat et
de la Crishana s'était déclarée Assemblée
nationale et avait réclamé son rattachement à
la Roumanie, on lui donna sans plébiscite les régions
dont il ne faisait pas de doute qu'elles avaient plus d'affinités,
au moins dans le peuple, avec la Hongrie. On lui donna aussi la
Bessarabie et la Bukovine où un comité semblable
s'était, le 9 avril 1918, prononcé dans le même
sens. Sans plébiscite aussi. Enfin, toujours sans plébiscite,
on lui donna aussi les 2/3 du Banat, l'autre allant à la
Yougoslavie, cependant que depuis toujours le Banat où
s'exerçait une forte influence latine, aspirait à
l'indépendance quoique sans avoir jamais fait d'éclat.
On lui donna enfin la Transylvanie où, dans une Assemblée
tenue à Carlsberg le 1er décembre 1918, un Comité
s'était prononcé en faveur de la Hongrie.
15. Note de l'AAARGH :
Rassinier, aveuglé par sa haine des Slaves (qui sous-tend
tout ce résumé historique très orienté)
et son amour de l'Allemagne, commet ici une erreur ; c'est
un Polonais qui repoussa les Turcs des portes de Vienne, en 1685 ;
il s'appelait Jan Potocki.
16. L'Empire austro-hongrois
était bicéphale et se composait d'après la
loi fondamentale du 21 décembre 1867, de deux Etats que
séparait la Leitha, affluent gauche du Danube : I'empire
d'Autriche (cap. Vienne) et le royaume de la Hongrie (cap. Buda-Pest).
Le premier contenait 17 royaumes ou pays ayant chacun à
sa tête un représentant de l'empereur et jouissant
d'une très large autonomie : Basse-Autriche, Haute-Autriche,
Styrie, Carinthie, Carmola, Kustinland (Istrie et Trieste), Dalmatie,
Tyrol, Vorarlberg, Salzbourg Bohême, Moravie, Silésie,
Galicie et Bukovine. La Hongrie était divisée en
63 comittats et 25 villes libres royales. Comittats et villes
libres formaient des municipes autonomes à la tête
desquels se trouvait un Foispan (Préfet). Les deux états
étaient indépendants l'un de l'autre sauf pour les
affaires qui leur étaient communes : Affaires étrangères,
guerre et finances. Un parlement à Vienne (Chambre des
députés et chambre des seigneurs) un autre à
Budapest (Chambre des députés et chambre des magnats).
En Hongrie, la Croatie-Slavonie avait obtenu son autonomie (1868)
sauf pour les affaires communes : une diète à
Agram, 40 députés à La Chambre hongroise.
Depuis 1908 la Bosnie et l'Herzégovine administrées
par un Condominium austro-hongrois (les ministères communs)
pour le compte du sultan jusque là, faisaient partie de
la Double-monarchie et y jouissaient d'un régime analogue
à celui de Croatie-Slavonie, sauf que, si elles avaient
une Diète et un gouvernement provincial le pouvoir suprême
y était exercé par un gouverneur militaire pour
le compte de l'empereur, ce qui lui donnait un caractère
arbitraire et oppressif indiscutable. Au plan des nationalités
ou groupes ethniques, l'Autriche était uniquement allemande,
la Hongrie partagée entre divers courants d'origines raciales :
Croates, Sorabes (Serbes), Slavons, Tchèques, Slovaques,
Moraves, etc. le plus important étant représenté
par les Magyars (Hongrois) .
Pour l'ensemble - sauf pour la Bosnie et I'Herzégovine
assujetties- ces 17 royaumes, 65 comittats et 25 villes libres
s'étaient articulés entre eux par une sorte de système
fédéraliste en somme assez souple et assez libéral.
Outre les Bosniens et les Herzégoviens, quelques difficultés
venaient aussi des Tchèques qui avaient assez mal supporté
la loi fondamentale de 1867, des Slovaques à peine représentés
au Parlement de Budapest, des Galiciens écartelés
entre Magyars, Ruthènes et Allemands, des Croates toujours
sur leurs gardes contre les Magyars, etc. Mais ces difficultés
étaient bien plus créées par « la
magyarisation » qui était la doctrine du gouvernement
autoritaire et de caste de Budapest que par la Couronne impériale
beaucoup plus libérale quoiqu'assez peu en prise sur les
événements.
17. On se souvient que
Guillaume II et Bethmann-Hollweg ont vainement essayé de
retenir l'Autriche-Hongrie et de la persuader que la réponse
de la Serbie à l'ultimatum austro-hongrois du 23 juillet
était satisfaisante. Le comte Tisza s'en fût accommodé
mais le comte Berchtold réussit à vaincre ses scrupules.
18. La République
ainsi conçue fut solennellement proclamée le 12
novembre. La veille, l'empereur Charles avait renoncé à
toute participation aux affaires de l'État et s'était
retiré en Hongrie sur laquelle il prétendait continuer
à régner sous le nom de Charles IV. Les élections
qui eurent lieu le 16 février 1919 consacrèrent
la victoire du Parti socialiste. Le 4 mars, l'Assemblée
se réunit mais sur les 255 sièges prévus,
157 seulement étaient occupés, les puissances alliées
n'ayant pas admis les élections dans les territoires quelles
avaient l'intention de distraire de la nouvelle Autriche. D'autre
part, le voeu de ces 157 députés qui par la bouche
de leur doyen d'âge, avait unanimement réclamé
le rattachement au Reich allemand, ne fut pas exaucé, l'article
88 du traité de St-Germain (10-9-1919) déclarant
inaliénable l'indépendance de l'Autriche et lui
interdisant de s'incorporer directement ou indirectement à
un autre Etat sans le consentement de la S.D.N. L'article 61 de
la constitution de Weimar (11 août 1919) prévoyait
parallèlement l'admission de représentants de l'Autriche
dans le Bundesrat quand ce pays serait rattaché au Reich.
Le 22-10-1319, on dit aux Allemands que cette disposition était
contraire à l'article 88 du traité de Versailles
et ils rétorquèrent qu'à leurs yeux, il n'était
pas question de sa mise en application sans le consentement de
la S.D.N. Iaquelle ne pouvait manquer de le donner par respect
du Droit des peuples à disposer d'eux-mêmes qui était
un de ses principes fondamentaux. On dut se contenter de cette
déclaration : la constitution de Weimar ne fut pas
modifiée.
19. Les Tchèques et les Slovaques n'étaient entrés en guerre en 1914 qu'à contre-coeur et, chez les uns et chez les autres : la levée des troupes avait donné lieu à des incidents sérieux. Réfugiés aux États-Unis, un certain nombre de leaders des partis politiques oppositionnels s'étaient réunis à Pittsburg le 30 mai 1918 et y avaient signé une convention fondant un état tchécoslovaque dans lequel les Slovaques auraient leur propre administration, leur propre parlement, leur propre langue, leur propre magistrature. Sur cette base (cf. p. 164 note 11) un gouvernement provisoire avait été constitué à Paris le 3 septembre 1918. En fait, les Tchèques envahirent la Slovaquie, s'y arrogèrent la primauté politique se contentant de créer « un ministère pour la Slovaquie » à Bratislava. A la conférence de la Paix, le nouvel Etat était représenté par des Tchèques et le droit des peuples à disposer d-eux-mêmes s'était transformé en droit des Tchèques à disposer des Slovaques.
20. Mais, en mars 1919, sous la direction de Bela Kun eut lieu une tentative de subversion dont le but était l'instauration d'un régime communiste et qui fit de la Hongrie la proie de la guerre civile jusqu'en juillet. Puis, à deux reprises, en mars 1920 et en octobre de la même année, le roi Charles IV, ex-Empereur d'Autriche-Hongrie tenta de reprendre le pouvoir. Entre temps, le traité de Trianon (4 juin 1920) avait enlevé les 2/3 de ses territoires à la Hongrie.
21. Les États-Unis, dès que le président Wilson eût saisi l'orientation des débats, ne voulurent plus être considérés comme puissance « alliée » mais seulement comme puissance « associée » (sous-entendu : par les autres puissances à leurs décisions), ce qui réservait pour eux la possibilité de s'y rallier ou non.
22. La Commission des réparations rendit son arrêt le 24 janvier 1921 on a vu (1re partie) que l'Allemagne fut condamnée à verser 132 milliards de Marks-or aux Alliés à titre de réparation. On voulut en exiger 210 milliards, mais au terme de discussions qui durèrent jusqu'au 27 avril, c'est à ce montant qu'on s'arrêta en précisant qu'ils seraient versés en 42 annuités. Entre eux, les Alliés se le répartirent ainsi : 52 % à la France, 22 % à l'Angleterre, 10 % à la Belgique, 8 % à l'Italie et le reste (8 %) partagé entre la Yougoslavie (5 %), la Roumanie, le Japon, le Portugal et la Grèce. Les Alliés de l'Allemagne étaient condamnés à verser des sommes beaucoup moindres.
**Note de l'AAARGH : comme nous le disions dans une note précédente, la haine de Rassinier pour les Slaves l'amène à des attitudes fort étranges : en quoi la présence des Russes à cinquante kilomètres de Hambourg serait-elle une catastrophe ? Quant à l'impérialisme russe et à la menace qu'il fait peser sur l'Europe de l'Ouest, que l'on examine l'histoire de l'Europe depuis le premier état russe : quand les Russes ont-ils eu une politique d'expansion à l'Ouest ? Le seul moment où l'armée russe est venue jusqu'à nous est la fin des guerres napoléoniennes et nous devons ici rappeler que la déroute de la Grande Armée a eu lieu en Russie, qu'Alexandre Ier n'a fait que poursuivre Napoléon pour mettre fin à la menace qu'il représentait pour l'Europe entière et que, contrairement à ce qu'on croit, la bataille de Waterloo n'est pas une victoire anglaise mais une victoire de la huitième coalition, dans laquelle le rôle principal a été tenu par les Russes.
Pour ce qui est de la menace slave à l'époque de Pépin le Bref ou de Charlemagne, voyez notre complément à la note 11. Rassinier, on le voit ici, n'était pas historien de formation mais militant politique, autodidacte en histoire, brillant, certes, mais autodidacte quand même.
23. Très probablement des deux, le manque d'esprit de décision étant généralement facteur de l'absence de sens politique. D'abord majoritaires dans les conseils d'ouvriers et de soldats, ils s'étaient laissés évincer du Directoire des Six où ils avaient été remplacés par des socialistes de tendance parlementaire. Ensuite, persuadés qu'ils y remporteraient aisément la majorité, ils avaient accepté le principe des élections sans se rendre compte que, si la classe ouvrière représentait le nombre, les conseils d'ouvriers et de soldats sur lesquels ils avaient la haute main, n'en représentaient malgré tout que la minorité agissante et que, d'autre part, ils donnaient la parole à la noblesse, à la grande et à la petite bourgeoisie résolument hostiles à leurs vues mais condamnés à se taire - voire à se terrer - avec la méthode des Conseils d'ouvriers et de soldats, qui ne pouvaient manquer de la prendre avec celle des élections. Enfin, parce qu'ils s'étaient ralliés aux élections, le 6 janvier 1919, alors qu'ils avaient rassemblé au Tiergarten une énorme foule en armes et qui n'attendait d'eux qu'un mot pour les porter au pouvoir dans un élan irrésistible, ils ne dirent pas ce mot. « Si la foule avait eu des chefs déterminés et lucides à la place de hâbleurs, ce jour-là, à midi, elle aurait été maîtresse de Berlin » a écrit Noske plus tard (Von Kiel bis Kapp).
24. Prenant son poste, Noske avait dit : « D'accord, il faut que l'un d'entre nous soit un Bluthund littéralement « un chien sanguinaire » mais au sens exact « un bourreau » avec la nuance péjorative qui s'est attachée plus tard à l'expression « le boucher d'Albacète » qui désigna le communiste Marty pendant la guerre d'Espagne Dans toutes les langues du monde, on traduisit : « D'accord, il faut que l'un d'entre nous soit un boucher. » De quoi, dans son livre Le III Reich W. L. Shirer s'autorise sans doute pour, traçant le portrait de Noske, dire qu'il était boucher de sa profession Or, il était bûcheron : un de ces autodidactes de la fin du XIXe siècle qui, sans moyens matériels et à force de persévérance avaient réussi à atteindre un niveau intellectuel très supérieur à celui de beaucoup de ces doctrinaires que leurs origines plus aisées destinaient à devenir des intellectuels authentiques mais ne furent que des ratés. Ceci doit être dit même si, comme c'est mon cas, on n'a aucune sympathie pour Noske Il faut profiter de l'occasion pour dire aussi que tous les renseignements ou à peu près qu'on trouve dans le livre de W. L. Shirer sont aussi exacts que celui-là Autre exemple à la p 371 (Tome II de l'édition française) de son livre, on peut lire que : « Le 1er janvier 1943, à l'état-major général, le seigneur de la Guerre (Hitler) pris d'un accès de colère frénétique, avait ordonné le désarmement de la flotte allemande de haute mer » et que « les bâtiments seraient « démolis et envoyés à la ferraille ». Sans autre commentaire.
25. La constitution n'était pas encore promulguée : elle ne le sera que le 11 août suivant. Le mot République n'y figure pas, le Dr Preuss jurisconsulte qui fut chargé d'en rédiger le projet l'a formellement déconseillé et a eu gain de cause devant le Reichstag « Il s'attache à ce mot Reich, a-t-il dit, des traditions plusieurs fois séculaires et tout le désir d'unification nationale du peuple allemand morcelé. Renoncer à ce mot qui exprime une unité durement conquise et réalisée à la suite de tant d'épreuves et de déceptions, serait blesser inutilement et sans raison des sentiments profond ment enracinés dans l'âme populaire ». On a beaucoup parlé de la république de Weimar : c'est le Reich de Weimar qu'il eût fallu dire. On dut attendre la fin de la seconde guerre mondiale pour que le mot république apparût dans les institutions politiques de l'Allemagne et ceci est plus lourd de signification qu'on ne le pense, la formule territoriale du peuple allemand restant toujours juridiquement à définir.
26. A la fin d'avril seulement - 8 jours avant que ne fussent remises les conditions de Paix à ses délégués! -le Conseil suprême autorisa pour la première fois la sortie de 29 millions de Marks-or en paiement de vivres venant des neutres. En mai, juste comme ses délégués partaient pour Versailles, I'Allemagne reçut autorisation d'entrer en possession des matières premières qu'elle avait payées antérieurement. Et ce ne fut qu'en octobre qu'elle fut autorisée à une nouvelle exportation d'or en échange de 74.875 tonnes de vivres venant des pays scandinaves et de 130.909 tonnes de froment d'Argentine. Il s'agit ici encore d'un échec du président Wilson qui était pour la levée du blocus dès la signature de l'Armistice et qui ne cessa de combattre pour le retour à la normalisation des relations commerciales internationales tout au long de la Conférence. Jusqu'à la levée du blocus en octobre, la Reichsbank dut exporter plus d'un milliard de marks-or, rien que pour obtenir des vivres au compte-gouttes.
27. Aux îles Orcades, au Nord de l'Ecosse.
*** Note de Guillaume Apollinaire : «...Tuteur de deux royautés folles...». L'AAARGH ne saurait trop recommander la lecture de ce grand poète (grand seulement, car en ces temps d'hyperbole journalistique et guerrière, nous prônons la litote.)
28. Le centre catholique n'avait perdu que 300.000 voix mais, par contre, il s'était scindé en deux parties, les catholiques bavarois l'ayant quitté pour former le Parti populaire bavarois qui avait recueilli 2.200.000 suffrages sur un programme monarchiste à l'intérieur et, à l'extérieur, résolument hostile au traité de Versailles et à ceux qui l'avaient signé. Les résultats donnés ici sont ceux qui ont été globalement obtenus par les deux tendances réunies par la statistique mais tout à fait artificiellement, car elles n'avaient plus rien de commun entre elles que la religion.
29. On a vu que les neutres
européens n'avaient connu qu'une prospérité
relative et passagère. Il n'en fut pas de même de
l'Argentine, du Brésil et de l'Espagne. La première
s'est enrichie par ses exportations de viande et de blé.
Le second exportait, en 1917, dix fois plus de sucre qu'en 1912.
L'Espagne dont les exportations représentaient sur les
importations un déficit de 248 millions de pesetas en 1913,
accuse en 1919 un excédent d'exportations de 417 millions
de pesetas. Quant au Japon, il a considérablement développé
ses industries textiles et métallurgiques sans améliorer
de beaucoup sa balance commerciale, étant donné
les prix très bas qu'il pratique, d'une part, et, de l'autre,
sa population extraordinairement prolifique.