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Le véritable procès Eichmann
ou les vainqueurs incorrigibles

Paul Rassinier

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CHAPITRE VI

LE PROBLÈME

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Entre les deux guerres, le point de vue qu'on vient de lire fut long. temps celui du socialisme international. En termes approchant, Jean Longuet, petit-fils de Karl Marx, l'avait exposé à la tribune de l'Assemblée nationale, le 18 septembre 1919 dans un discours qui fit date et par lequel il lui demandait de ne pas le ratifier. Le thème de ce discours était un passage d'une étude célèbre qu'Ernest Renan avait publiée au temps où il faisait autorité sous le titre : « Qu'est-ce qu'une nation ? » et que voici :

« Une nation est une grande solidarité constituée par le sentiment des sacrifices qu'on a faits et de ceux qu'on est disposé à faire encore. Elle suppose un passé, elle se résume pourtant dans le présent par un fait intangible : le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune. L'existence d'une nation est un plébiscite de tous les jours, comme l'existence de l'individu est une affirmation perpétuelle de vie. Oh ! je le sais, cela est moins métaphysique que le droit divin, moins brutal que le prétendu droit historique. Dans l'ordre d'idées que je vous soumets, une nation n'a pas plus qu'un roi le droit de dire à une province : « Tu m'appartiens, je de prends ! » Une province, pour nous ce sont ses habitants ; si quelqu'un en cette affaire a le droit d'être consulté, c'est l'habitant. Une nation n'a jamais un véritable intérêt à retenir un pays malgré lui. Le voeu des nations est, en définitive, le seul critérium légitime, celui auquel il faut en revenir. »

Et pour bien montrer que « le prétendu droit historique » de Renan sur lequel se voulaient fonder les partisans de la ratification au nom [198] desquels M. Barthou rapportait, était une construction de l'esprit, il [Longuet] enchaînait sur l'exemple même de la France :

« J'ai lu avec un grand intérêt, dans sa langue châtiée et élégante, le rapport de M. Barthou. Mais j'y trouve à chaque instant, cette vieille connaissance des droits historiques, cette vieille théorie du droit du plus fort, qui s'affirme en particulier dans sa conception de la frontière du Rhin et de l'unité allemande. Je voudrais y opposer l'enseignement. fécond d'un ouvrage que nous aurions tous intérêt à consulter : c'est l'étude des origines diplomatiques de la guerre franco. allemande faite, dans sa langue admirable, avec cette élévation de pensée et de coeur qui fait que jamais on ne le remplacera ici, par notre grand ami Jaurès. Dans son Histoire de la Guerre de 1870, Jaurès marque fortement que les prétentions d'un certain nombre de nos diplomates et de nos hommes d'État sur la rive gauche du Rhin furent à l'origine de toute la victoire bismarckienne, et l'ont servie constamment en Allemagne, ont par conséquent contribué à déclencher le conflit. Jaurès analyse et critique les différentes démarches, les tractations faites en 1866 par notre ambassadeur à Berlin, M. Bénédetti, réclamant la rive gauche du Rhin : Cologne, Mayence. Bonn. Et lorsqu'il n'obtenait pas satisfaction de Bismarck, lui proposant un autre Traité dans lequel il s'agissait de mettre la main sur la Belgique, avec le concours de l'armée prussienne. »

Tandis que « le désir clairement exprimé de continuer la vie commune » qui était d'une autre valeur, était au surplus abondamment fourni en références dont il citait les exemples les plus significatifs :

LA NOTE DU 30 NOVEMBRE 1918 ADRESSÉE AU PRÉSIDENT WILSON PAR LE COMITÉ EXÉCUTIF DE L'ASSEMBLÉE NATIONALE PROVISOIRE AUTRICHIENNE :
On ne peut inaugurer l'ère de la démocratie en Europe centrale, en assujettissant par la force des armes, un peuple de trois millions et demi d'êtres humains à un peuple de soixante-trois millions habitants. On ne saurait établir une paix durable en Europe en créant un irrédentisme allemand dont les appels qui s'adresseraient constamment à Berlin et à Vienne, mettraient la paix en péril.
 
LA PROTESTATION DES SYNDICATS DU PAYS DES SUDÈTES EN DATE DU 4 MARS 1918 :
Le pays des Sudètes, empêché par les mesures de violence de l'État tchécoslovaque d'exercer son droit de vote, adresse à l'Assemblée nationale de l'Autriche allemande, ses saluts fraternels et cordiaux à l'occasion de sa première réunion. En signe de protestation contre l'interdiction des élections, la grève générale est déclenchée aujourd'hui 4 mars dans toute la Bohême allemande et dans le pays des Sudètes.
[199]
Conscients des indissolubles liens qui nous unissent à la communauté ethnique allemande, nous sommes aujourd'hui, nous, Autrichiens. allemands, en pensée et de coeur au milieu de vous. Ne nous oubliez pas. Du plus profond de notre âme, nous aspirons au jour où nous serons délivrés de l'insupportable joug que fait peser sur nous la domination étrangère.

LE DISCOURS D'OTTO BAUER A L'ASSEMBLÉE NATIONALE AUTRlCHIENNE LE 7 JUIN 1919 :
Si la Bohême allemande et le pays des Sudètes allemands sont livrés à la Tchécoslovaquie, non seulement trois millions et demi d'Allemands seront dépouillés de leur droit de libre disposition, non seulement l'Autriche allemande perdra ses charbonnages, presque toute son industrie textile, ses verreries et ses fabriques de porcelaine, non seulement notre capacité de production, notre patrimoine national, notre capacité économique et fiscale subiront une réduction de plus de 50 %, mais en même temps, il sera créé en pleine Europe, un État qui deviendra le théâtre des plus farouches luttes de nationalités, le foyer de l'irrédentisme allemand, hongrois et polonais, une source d'hostilité constante entre nations limitrophes, un danger permanent pour la paix. Nous sommes impuissants à l'empêcher mais, une fois encore, à la dernière minute, nous lançons un cri d'avertissement.

UN EXTRAIT DU DISCOURS DU CHANCELIER Karl RENNER, LE 15 JUIN 1919 A ST-GERMAIN-EN-LAYE :
Les puissances créeraient par là (en incorporant de force les Allemands des Sudètes à la Tchécoslovaquie), au centre de l'Europe, un foyer de guerre civile dont le brasier pourrait devenir, pour le monde et son essor social, bien plus dangereux encore que ne le fut la fermentation continuelle dans les Balkans. (chancelier Karl Renner, 15 juin 1919. A St-Germain-en-Laye où il représentait l'Autriche).

LA RÉSOLUTION ADOPTÉE PAR LE CONSEIL NATIONAL DU PARTI SOCIALISTE FRANÇAIS LES 13 ET 14 JUILLET 1919 :
Ce traité qui est né de l'abus le plus scandaleux qui ait jamais été fait de la diplomatie secrète, qui viole ouvertement le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, qui réduit en esclavage des nations entières, qui multiplie les nouveaux risques de guerre, qui s'accompagne enfin de mesures de violence contre tous les mouvements de libération, non seulement en Russie et en Hongrie, mais dans tous les pays de l'ancien empire habsbourgeois, dans tout l'Orient et en Allemagne, ne peut, à aucun titre, recevoir un suffrage socialiste...
Ainsi, ils (les gouvernements alliés) ont abouti à étendre à toute l'Europe, la situation d'instabilité, de rivalité qui existait dans les Balkans et qui a été l'une des causes du conflit mondial...
[200]
La limitation des réparations aux dommages matériels de la guerre était la condition même d'une aide rapide et efficace pour les populations éprouvées, auxquelles un nationalisme incohérent a fait tort, en poussant jusqu'à l'absurde le chiffre de ses réclamations...
Dans l'ordre économique, le Parti socialiste constate que l'esprit de désordre et de lutte pour le profit a exclusivement dirigé les chefs des États capitalistes alliés...
Devant le Pays, devant l'lnternationale, devant l'Histoire, il affirme que le traité de Versailles doit subir, non pas seulement une révision partielle. à laquelle d'ailleurs, la cas échéant, il apporterait son concours, mais une transformation complète.

LA RÉSOLUTION ADOPTÉE LE 6 SEPTEMBRE 1919 APRÈS LA SIGNATURE DU TRAITÉ PAR L'ASSEMBLÉE NATIONALE AUTRICHIENNE :
L'Assemblée nationale proteste solennellement, par devant le monde entier, contre les dispositions du traité de paix qui, sous le prétexte de protéger l'indépendance de l'Autriche allemande, prive le peuple autrichien-allemand de son droit de disposer de lui-même, lui refuse de voir réalisé son ardent désir de réunion avec la terre maternelle de l'Allemagne, désir constituant une nécessité vitale, économique, intellectuelle et politique. L'Assemblée nationale exprime l'espoir que, aussitôt que la paix ;x aura dissipé l'esprit d'animosité et de rancune nationale, provoqué par la guerre, on ne continuera pas, grâce à l'intervention de la S.D.N. à refuser au peuple allemand le droit à son unité et à sa liberté nationales, droit accordé à tous les autres peuples.
C'est avec la plus douloureuse amertume que l'Assemblée nationale proteste contre l'arrêt des puissances alliées et associées, arrêt malheureusement irrévocable, en vertu duquel 3 millions et demi d'Allemands des Sudètes sont violemment séparés des Allemands des Alpes, ayant formé avec eux, depuis des siècles, une unité politique et économique. Par ledit arrêt, ils sont privés de leur liberté nationale et soumis à la domination étrangère d'un peuple qui, dans ce même traité de paix, se reconnaît leur ennemi.
Dépourvue de tout pouvoir pour détourner ce désastre et pour épargner à l'Europe les troubles inévitables devant découler de cette offense aux droits les plus sacrés d'une nation, l'Assemblée nationale de l'Autriche allemande charge, par devant l'Histoire, de la responsabilité de cette décision, la conscience des puissances qui, défiant nos avis les plus sérieux, la mettent à exécution.

 

Enfin, Jean Longuet concluait :

Nous ne pouvons pas admettre qu'on nous présente ce traité comme la conclusion logique d'une guerre dont on a dit qu'elle était ta guerre du droit. Ce n'est pas la paix du droit qu'on nous apporte, [201] c'est une paix de force, une paix de violence qui rappelle toutes celles que, dans le passé, à travers les siècles, ont terminé les conflits qui ont jeté les peuples les uns contre les autres...
Je crois surtout qu'on n'a pas assez insisté sur cette idée que, de même que la France avait donné pour tous le sang de ses enfants, il fallait demander en retour, au point de vue économique, qu'on fît peser les charges également sur toutes les nations...
Nous sommes indignés (Jean Longuet cite ici la revue anglaise La Nation) qu'un homme ait pu devenir plus riche et qu'un autre ait été ruiné par la guerre. Il est aussi inique que des nations soient devenues plus riches et d'autres plus pauvres, à la suite de la guerre, parmi les Alliés. Il n'est pas douteux qu'à l'heure actuelle nous sommes en présence de cette situation que, tandis que la France et l'Italie sortent de la lutte dans une situation financière désespérée .. et c'est une revue anglaise qui écrit cela ! . l'Angleterre en sort debout, forte, et l'Amérique prospère et riche. Avec un sentiment de loyauté et d'efforts de tous dans le même but, nous aurions dû éviter un sentiment aussi inique...
Je crois que si l'on avait moins porté l'effort sur les revendications territoriales, si l'on s'était davantage préoccupé de mettre en commun les charges et d'obtenir de l'Angleterre et de l'Amérique qu'elles prissent leur large part des charges d'une victoire dont elles avaient tant bénéficié, on aurait pu obtenir une paix qui, tant du point de vue français que du point de vue humain, eût été meilleure, plus juste et plus durable.

En 1938, cependant, la résolution adoptée par le Parti socialiste français à son Congrès de Royan, disait :

Le Socialisme français veut la paix, même avec les impérialismes totalitaires, mais il n'est pas disposé à s'incliner devant toutes leurs entreprises. S'il était réduit à cette extrémité, qu'il essaierait de prévenir par tous les moyens, il saurait défendre l'indépendance nationale et l'indépendance de toutes les nations couvertes par la signature de la France.

La signature de la France en question était celle qu'elle avait donnée à Versailles ou dans la suite en faveur du respect du traité... Autrement dit, les socialistes français étaient prêts à partir en guerre pour défendre ce traité contre lequel ils s'étaient, vingt années auparavant, avec tant de vigueur et tant de pertinence.

C'est là qu'ont commencé mes démêlés avec le Parti socialiste : la guerre, Nuremberg... Après Nuremberg, je continuai à soutenir notre point de vue commun de 1919 et ce fut la rupture.

Je fus vengé par Churchill qui, dans ses mémoires, écrivait en 1952 :

Les clauses économiques du traité de Versailles étaient vexatoires et si sottement conçues qu'elles en devenaient manifestement inopérantes. L'Allemagne était condamnée à payer des réparations s'élevant [202] à un chiffre fabuleux. Ces décisions imposées à l'Allemagne exprimaient la colère des vainqueurs et la conviction de leurs peuples qu'aucun pays, qu'aucune nation vaincue ne pourrait jamais payer un tribut assez lourd pour couvrir les dépenses d'une guerre moderne. Les masses restaient plongées dans l'ignorance des réalités économiques les plus élémentaires et leurs chefs, ne pensant qu'aux élections, n'osant pas les détromper. Les journaux, selon leur habitude, se faisaient l'écho fidèle ou amplifié des opinions dominantes. Peu de voix s'élevèrent pour expliquer que le paiement de réparations ne peut être effectué que par des services ou par le transport matériel de marchandises par chemins de fer à travers les frontières terrestres, ou par bateaux sur la mer ; ou pour faire remarquer que lesdites marchandises ne manqueraient pas de provoquer, à leur arrivée dans les pays importateurs, un désordre de la production industrielle locale, sauf dans les sociétés de caractère très primitif ou rigoureusement contrôlées... Et il ne se trouva personne en haut lieu, d'assez influent, d'assez préservé de la bêtise générale, pour dire aux électeurs ces vérités essentielles dans leur brutalité ; et s'il s'en était trouvé un, personne ne l'aurait cru ! Les Alliés triomphants continuaient à prétendre qu'ils presseraient l'Allemagne « jusqu'à ce que les pépins crissent ». Or, tout cela eut un effet puissant et désastreux sur la prospérité du monde et sur l'attitude de la race germanique. (Tome I, page 6.)

Et :

La seconde tragédie capitale de cette époque fut le complet démembrement de l'Empire austro-hongrois par les traités de St-Germain et de Trianon. Pendant des siècles, cette vivante réincarnation du Saint Empire romain et germanique avait apporté, dans le cadre d'une vie commune, des avantages, tant d'un point de vue d'économie que de sécurité, à de nombreux peuples dont aucun n'avait, en notre temps, la puissance ou la vitalité de résister par lui-même à la pression d'une Allemagne ou d'une Russie ressuscitées... Il n'est pas une des nations, pas une des provinces ayant constitué l'empire des Habsbourg, à qui le recouvrement de l'indépendance n'ait fait connaître les tortures que les poètes et les théologiens de jadis réservaient aux damnés. Vienne, la noble capitale, le foyer d'une culture et d'une tradition longuement défendue, le point de rencontre de tant de routes, de cours d'eau et de voies ferrées, Vienne fut laissée en proie à la famine, comme un grand marché vide dans une région appauvrie, dont presque tous les habitants sont partis. (Tome I, pages 8 et 9.)

Il est peu probable que si M. Churchill avait dit cela en 1919, on l'eût écouté : à l'époque, il n'était tout de même qu'un personne de seconde zone. Mais il n'est pas douteux que s'il l'avait dit en 1945, il n'y aurait pas eu de procès de Nuremberg.

C'était, d'abord, ce que je voulais dire.

[203]

***

En 1932, avec le petit groupe de syndicalistes non conformistes (anarcho-syndicalistes) de la tendance dite La Révolution prolétarienne, je participai à une entreprise d'édition et de vulgarisation en France, sous le titre Précis de géographie économique, d'un recueil de conférences prononcées devant les collèges ouvriers de son pays par l'économiste anglais J .F. Horrabin. Il nous était apparu que jamais le problème à résoudre n'avait mieux été posé et jamais mieux mis en évidence le manque de discernement, I'absence totale de perspectives historiques, la médiocrité en somme, des responsables du Traité de Versailles. Pour tout dire, nous y avions trouvé les raisons essentielles de toutes les guerres depuis la guerre de Cent ans, jusques et y compris celle que nous sentions venir. On m'excusera si, au risque d'être accusé d'un abus des citations j'en donne, associés les uns aux autres et sous-titrés par moi, les extraits qui me paraissent le mieux résumer une thèse qui, trente ans après, a conservé toute son actualité :

 

I.-HISTOIRE DE L'EMPIRE DES MERS
 
Pendant des milliers d'années, I'Histoire eut pour axe la Mer Méditerranée *. Les pays qui entourent cette mer faisaient alors les progrès les plus considérables dans les domaines technique, économique et social. Aussi longtemps qu'il en fut ainsi, la situation géographique de la Grande-Bretagne fut un désavantage pour ses habitants. Située au-delà des lisières du monde du commerce, très éloignée des routes principales et des centres, elle n'avait pas de place dans le monde connu. Elle resta dans cet état jusqu'à l'arrivée des Phéniciens, puis des Romains. Et lorsque la puissance romaine s'évanouit, la Grande-Bretagne se retrouva pour un autre bail de mille ans, parmi les pays perdus. Mais un moment vint où le commerce des cités méditerranéennes s'étendit vers le Nord par la vallée du Rhin, et où les marchands de la Ligue hanséatique firent de la Mer du Nord et de la Baltique une nouvelle Méditerranée. La Grande-Bretagne, quoique toujours fort loin, se trouva alors en contact plus étroit avec le reste du monde. Elle fut le terminus Nord-Ouest des grandes routes commerciales qui traversaient le continent à partir de la Méditerranée. Mais elle n'était toujours qu'un terminus, elle n'était pas une base pour elle-même. Finalement vint la conquête de l'Atlantique et la découverte du nouveau monde qui est à l'ouest de cet Océan. Alors, les pays du nord-ouest de l'Europe, les pays qui avaient des côtes atlantiques et [204] des côtes méditerranéennes se trouvèrent dans la plus désirable des positions, face aux côtes du nouveau continent.
C'est alors, et seulement alors que la position de la Grande-Bretagne tourne à son avantage. Et c'est de cette époque que date le commencement de la suprématie britannique en Europe et finalement dans le monde. Jusque là, I'Angleterre s'était trouvée dans une ruelle écartée. Maintenant, elle occupait le plus bel emplacement sur la rue principale **.
Les découvertes maritimes déplacèrent les centres de l'Europe. Elles les enlevèrent aux mers fermées pour les porter sur les rives de l'Atlantique. Venise et Gênes firent place à Bristol et à Lagos. L'actif mais étroit commerce de la Baltique qui, du XIIe au XVIe siècle fit la richesse et la prééminence historique des villes hanséatiques, perdit sa relative importance lorsque l'Atlantique devint le champ maritime de l'histoire. La prééminence se déplaça vers l'Ouest, passa de Lubek et Stralsund à Amsterdam et à Bristol.
L'histoire des trois siècles suivants est l'histoire de la lutte pour la suprématie de ces pays du nord-ouest européen. Déjà, deux siècles avant la fin du chapitre méditerranéen, on trouve un traité commercial portugais, signé en I291}, qui révèle un commerce d'une certaine importance le long des côtes de l'Atlantique. Mais l'Espagne et le Portugal arrivaient bonnes premières dans les grandes découvertes. Et quelques semaines après que Colomb fut revenu de son premier voyage, le pape promulguait une bulle allouant l'hémisphère occidental à l'Espagne et l'oriental au Portugal. C'était envoyer coucher dehors les nations nordiques, surtout la Hollande et l'Angleterre. Les navigateurs de ces deux pays se mirent alors, pendant plusieurs années, à chercher des passages vers les Indes par le Nord-Ouest et le Nord-Est, par le Nord de l'Amérique et le Nord de la Sibérie. L'une et l'autre voies se révélèrent impraticables. Les deux pays ne pouvaient donc prendre leur part de la richesse des Indes et de l'Amérique qu'en rompant avec l'édit papal. Aussi, dès avant le milieu du XVIe siècle, avaient-ils tous deux rompu avec le Pape et tourné au protestantisme. Le pouvoir du Pape était considérable. Mais il ne pouvait pas plus modifier les conditions géographiques que l'emprise de ces conditions sur le cerveau des hommes. A la fin du siècle, les Anglais avaient détruit l'Armada de Philippe d'Espagne. Et les Hollandais, après avoir secoué le joug espagnol, s'établissaient dans les Indes Orientales et Occidentales, en différentes régions arrachées aux Espagnols et aux Portugais. Le pouvoir du pape, seigneur de la Méditerranée, s'évanouissait comme déclinait l'importance de la Méditerranée elle-même.
Le siècle suivant voit la grande rivalité des bourgeoisies anglaise et hollandaise pour la maîtrise des routes océaniques, rivalité dans laquelle un troisième pays du nord-ouest de l'Europe, la France, intervenait, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. Pour réaliser à quel point [205] les quatre coins de la terre étaient à ce moment liés -- oui liés, littéralement enchaînés -- aux États du nord-ouest de l'Europe, il suffira de lire ce simple passage, avec un atlas à portée de la main
Au zénith de leur pouvoir, quelques années après, c'est-à-dire vers le milieu du XVIIe siècle, les Hollandais régnaient dans les Antilles Ils avaient des établissements au Brésil et en Guyane... Ils possédaient des stations commerciales sur les côtes de Guinée. Ils avaient des établissements à Cape Town ( le Cap de Bonne-Espérance) sur la route des Indes. Ils possédaient les îles de Ceylan et de Maurice (ainsi nommées du nom du prince hollandais Maurice de Nassau). Ils tenaient enfin les clefs de I'Amérique du Nord par leur ville de New Amsterdam (aujourd'hui New-York).-(Fairgrive, p. 151.)
Mais au commencement du XVIIIe siècle, la Grande-Bretagne avait pris la place de la Hollande comme roulier des mers et comme maîtresse des points cruciaux des grandes routes océaniques mondiales. Selon l'orgueilleuse déclaration d'un écrivain, « I'Angleterre se trouva au sortir des guerres, en mesure d'étendre son commerce maritime avec une vigueur accrue. Elle était prête à continuer, tout autour de toutes les mers, l'oeuvre que les Grecs, les Phéniciens et les Vénitiens avaient réalisé le long des côtes de la Méditerranée ». Mais, notons-le ceci n'était pas dû aux bienfaits d'une Providence tirant les Anglais d'une argile supérieure à celle des Français et des Hollandais. Cela résultait en premier lieu de l'avantageuse position géographique de la Grande-Bretagne sur les routes atlantiques ; en second lieu, du fait qu'elle avait, bien plus que ses rivaux, une agriculture et une industrie constituant un substantiel appui pour ses expéditions maritimes ***. La révolution industrielle avait en effet commencé dès avant la fin du siècle. Et dès lors, ses ressources naturelles de fer et de charbon lui furent une cause durable de préséance sur les autres nations. Elles assurèrent définitivement les bases de sa suprématie mondiale au XIXe siècle.

II. HISTOIRE DE L'ANGLETERRE

Le groupe britannique comprend l'empire britannique proprement dit et quelques états dépendants. La première observation fondamentale à faire au sujet de ce groupe est qu'il ne constitue pas une unité géographique comme le sont plus ou moins tous les autres groupes Les dominions et dépendances britanniques sont éparpillés sur toutes les mers. Leur seul lien est l'océan. L'empire britannique est ainsi basé sur la puissance navale ****. Et dans un monde de rivalités impérialistes, il ne pourra demeurer une unité qu'à la condition de conserver la suprématie maritime.
[206]
C'est avec l'ouverture des routes océaniques, au XVIe siècle, que l'Angleterre commença à devenir une puissance mondiale... au cours du siècle suivant, elle parvint à s'assurer le monopole des transports commerciaux du monde entier. En chaque partie du monde, elle se mit à établir des comptoirs commerciaux et des ports d'escale. Son but était alors de garantir ses routes commerciales, ses longues lignes maritimes le long desquelles ses navires marchands s'avançaient avec leurs cargaisons. Elle n'avait aucun besoin d'extension territoriale : au contraire... Au XVIIIe siècle, de nombreux membres du monde commercial anglais considéraient que deux petites îles des Petites Antilles, étaient plus importantes que le grand Canada. Ceci venait de ce qu'aux jours de la navigation à voile, ces îles des Antilles commandaient la grande route allant d'Europe aux ports américains. Poussé par les vents alizés, on commençait par faire route du Sud-Ouest jusqu'aux Antilles et, de là, on longeait les côtes, soit vers le nord, soit vers le sud. C'est pourquoi la Jamaïque, les Bermudes et les Barbades furent parmi les premières acquisitions britanniques. Et le cap de Bonne-Espérance, sur une autre route, n'avait d'importance que parce qu'il commandait la route des Indes. Si l'Angleterre acquit, à cette époque, des territoires de quelque étendue, ce fut surtout dans des régions où elle avait besoin de points d'appuis, contre sa rivale la France, comme aux Indes et au Canada, et où pour assurer sa position, elle devait prendre possession de larges espaces. Avec ses colonies nord-américaines - et celles-ci étaient plutôt que des colonies proprement dites, des lieux d'exil pour citoyens indésirables-  importantes, car elle en tirait ses matériaux de construction navale, ces territoires enlevés à la France étaient pratiquement les seules possessions territoriales de la Grande-Bretagne à la fin du XIXe siècle.
 
C'est sur cet ensemble de comptoirs et de ports d'escale, que se développa, au XIXe siècle, l'Empire britannique. De 1800 à 1850,a surface tripla. Et, en 1919, après la grande guerre, il avait de nouveau triplé, atteignant 13 millions 700.000 milles carrés, habités par 475 millions d'humains, plus du quart des terres émergées et de la population du monde. La base de cet énorme accroissement est la grande maîtrise maritime que donna à l'homme l'avènement du navire à vapeur. Les États-Unis et la Russie sont essentiellement des états de voie ferrée. Mais l'empire britannique d'aujourd'hui est, selon le mot de Wells, un empire de bateaux à vapeur. Cependant l'éloignement et l'extrême éparpillement des diverses parties de l'empire amènent une formidable complication dans ses questions intérieures, tant sociales que religieuses, politiques ou commerciales. De plus, un événement ne peut guère se produire en quelque partie du globe sans réagir plus ou moins directement sur quelque intérêt britannique. Et le sort du groupe tout entier dépend de la puissance navale et de la liberté des mers. Tel est son talon d'Achille.
[207]
En vérité, la puissance dominante du groupe est, encore aujourd'hui, la Grande-Bretagne.
Après la Révolution industrielle, I'Angleterre ne se contente pas de transporter les marchandises du monde entier. Elle fut elle-même le premier vendeur du monde. Ses navires transportèrent sur les mers son charbon et ses produits manufacturés. Non seulement elle avait de grandes réserves de charbon, mais celles-ci avaient l'avantage d'être situées tout près de la côte. Et, avant l'ère du transport terrestre, cela lui donna une large avance sur les pays à mines continentales. Le zénith de sa puissance est au XIXe siècle. Alors, ses capitalistes, sûrs de la solide possession de ses ressources, de sa flotte, de sa maîtrise de la mer, ne réclamaient que le libre-échange comme condition de l'universelle suprématie britannique.
La population de la Grande-Bretagne se trouvait concentrée dans les régions minières et industrielles. Et elle devint ainsi de plus en plus dépendante des pays d'outre-mer pour son approvisionnement alimentaire. Six pour cent de la population britannique s'occupent de travaux agricoles, alors que la proportion est de quarante pour cent en France et soixante-douze en Russie. Les habitants des îles Britanniques sont serrés en grandes agglomérations. Et leur bien-être est construit avec du charbon, du fer, de l'acier et la liberté des mers » 1 (d'après Bowmann, The New World).
On peut, d'après Bowmann faire une classification correcte des diverses parties de l'empire britannique. Ce sont :
1·) Les six « Dominions » à gouvernement autonome : Canada, Australie, Sud-Afrique, Nouvelle-Zélande, Irlande et Terre-Neuve. Ce sont tous des États capitalistes. Et leurs intérêts ne sont pas forcément identiques à ceux de la « mère-patrie ». Sauf en Afrique du Sud, les indigènes sont en minorité. Capitalistes et salariés sont également blancs.
2·) Les « Possessions » comme les Indes, le Soudan, l'Est et l'Ouest africains, la Mésopotamie. Certaines sont appelées « Protectorats », d'autres « Dépendances », d'autres « Territoires sous mandat ». L'Angleterre y gouverne des races indigènes à différents stades de civilisation. Aux Indes, cependant, le procès d'industrialisation est allé fort loin et a permis le développement d'une classe capitaliste indépendante. C'est ce groupe qui constitue l'empire à proprement parler  2.
3·) Des « bases navales » et des « clefs stratégiques », telles que Gibraltar, Aden, Singapour et Hong-Kong. A ces parties du groupe britannique il faut ajouter, bien qu'ils ne soient pas politiquement intégrés à l'Empire, certains états indépendants, comme le Portugal [208] et les colonies portugaises. Également l'Argentine. Quant aux Indes néerlandaises, elles sont unies à la Grande-Bretagne par la combinaison Royal-Deutsch-Shell, et leurs points de commandes stratégiques sont Singapour et l'Australie, tous deux britanniques. De même la Norvège et le Danemark sont étroitement unis à la Grande-Bretagne par des intérêts navals, comme par leur situation géographique. La Grèce, enfin, a soutenu les intérêts britanniques en Méditerranée et a reçu, en retour, toutes sortes de traitements de faveur.
Les Dominions britanniques sont largement dispersés. Mais il est une vaste région où se trouvent concentrés les principaux intérêts britanniques : c'est l'océan Indien et la grande route qui l'unit à l'Europe.
Il y a quatre siècles, I'océan Indien était un lac portugais. Maintenant, c'est un lac britannique. Les acquisitions territoriales d'après la guerre ont formé le cercle des possessions britanniques autour de ses rives : toute la côte orientale de l'Afrique est maintenant britannique sauf en deux régions, dont l'une est portugaise. Ensuite viennent Aden, sentinelle à la porte de la mer Rouge, puis l'Arabie, le golfe Persique qui conduit en Mésopotamie. Ensuite, c'est l'Inde elle-même, joyau sans prix, parmi toutes les autres possessions, puis la Birmanie et les établissements des détroits, qui conduisent à Hong-Kong et en Indonésie, et enfin en Australie.
Voici donc, tout autour d'un océan, un groupe de territoires qui constituerait à lui seul un empire de premier ordre pour une puissance industrielle, étant donné sa richesse en matières premières et son pouvoir d'absorption de produits industriels. Les avantages que constitue cette concentration des intérêts britanniques sont chose évidente tant au point de vue de la sécurité navale qu'à d'autres points de vue. D'autre part, cette concentration est encouragée par la rivalité croissante de l'Amérique dans les sphères atlantique et pacifique. Dans l'océan Indien, au moins, I'Angleterre possède un monopole de fait. Cependant, il est un désavantage évident : c'est la situation de ces territoires à des milliers de milles marins de l'Angleterre, centre industriel et financier du groupe. Le seul lien entre eux est une longue route maritime, dont la maîtrise est d'importance vitale pour l'Angleterre.
Cette voie maritime passe par la Méditerranée, Suez et la mer Rouge. Après quatre siècles d'éclipse, grâce au développement technique qui permet à l'homme * de couper l'isthme de Suez, la Méditerranée vient au premier plan de la scène du monde. Et quiconque a saisi l'importance de cette route comprend aisément les grandes lignes directrices de la politique internationale de l'Angleterre. C'est cette route que menaçait le projet allemand d'un chemin de fer Berlin-Bagdad. Ce chemin de fer aurait été une route terrestre joignant le Nord-Ouest de l'Europe aux rives de l'Océan Indien. Aussi, après la [209] guerre, le « règlement » de l'Europe fût-il en partie dicté par le désir de l'Angleterre de chasser un tel projet de la sphère des possibilités politiques. (De là l'agrandissement de la Grèce et le découpage de l'Autriche et de la Turquie en multiples petits états). Tout autant que le pétrole de Perse et de Mésopotamie, c'est le désir de sauvegarder cette route qui fait l'intérêt vital de la Grande-Bretagne, dans toutes les questions du Proche-Orient. Directement ou non, les pays en bordure de cette route doivent être amenés et maintenus sous le contrôle britannique. Qui occupera Constantinople ? C'est une question d'intérêt britannique, puisque Constantinople est l'une des portes de la Méditerranée et que « la voie britannique » passe par cette mer. Et surtout, une indépendance réelle de l'Égypte est chose hors de question, car l'Égypte commande Suez, clef de la route. Et si la Grande-Bretagne permettait à quelque puissance de s'établir en Égypte, ce serait comme si les États-Unis laissaient le Japon s'établir sur une rive du canal de Panama **. Dans le monde moderne, les peuples qui aspirent à l'indépendance devraient prendre soin de ne pas vivre en des régions qui commandent les grandes routes commerciales.

III. LE MONDE APRÈS 1919

Les réalités politiques du monde d'après-guerre ne sont pas les États nationaux, mais des groupes d'États dont chacun est dominé par une grande puissance industrielle et qui comprennent chacun un plus ou moins grand nombre de colonies ou de petits États vassaux, dont certains sont indépendants « de jure » mais qui, au point de vue économique, c'est-à-dire « de facto », sont tous également dépendants de la grande puissance.
Et chacun des grands groupes cherche à se suffire à soi-même, c'est-à-dire à s'assurer la jouissance, directe ou non :
1·) De quantités suffisantes de toutes les matières premières essentielles : charbon, fer, cuivre, pétrole, caoutchouc, coton, blé, etc.;
2·) De « débouchés commerciaux et de territoires non développés » propres à l'exportation des capitaux ;
3·) Des voies maritimes et terrestres nécessaires au transport et à la répartition des matières premières et des produits.

 

 
Nous rappelant que le partage (du monde) n'est pas terminé et qu'il y a encore diverses contrées mineures, nominalement indépendantes, non encore définitivement incorporées à l'un des groupes ; nous rappelant que les limites de chacun des groupes ne sont pas toujours parfaitement nettes et qu'il y a sur leurs lisières un certain nombre de « no man's land », nous pouvons évaluer à cinq le nombre des groupes. Ce sont :
[210]
- Le groupe américain ;
- l'empire britannique ;
- le groupe extrême-oriental (Chine et Japon) ;
- le groupe russe ;
- le groupe français (avec l'Europe centrale et l'Afrique du Nord)
 
Le gouvernement réel de chacun de ces groupes d'États, la Russie exceptée, est un groupe de capitalistes 3.
 
Ce n'est pas constamment le même groupe, mais c'est à tout moment un groupe de capitalistes qui possède l'influence sur toute la machine gouvernementale, y compris les politiciens qui sont nominalement à la tête des affaires. Ainsi quand nous disons Washington ou le gouvernement des États-Unis nous désignons en réalité la Standard Oil Cy ou le groupe Pierpont Morgan, ou quelque autre partie de Wall Street qui se trouve au moment considéré suffisamment forte ou suffisamment intéressée à une gestion donnée pour dicter la politique de l'Amérique. Ainsi, quand nous parlons de sa politique étrangère, au lieu de dire la France, nous devrions dire le Comité des Forges. Quant au gouvernement britannique, il est, suivant le temps, soit la Royal-Dutch-Shell, soit les grands maîtres de forge, soit les cinq grandes banques et les financiers.

IV. LA RIVALITÉ FRANCO-ALLEMANDE
 
 
La base de la puissance de l'Allemagne était en ses grandes réserves de fer et de charbon. Or, le traité de paix céda le fer à la France, au moins pour la plus grande part. Et le besoin incessant de la politique française après la paix fut de s'assurer le contrôle du charbon indispensable au traitement du minerai de fer. Avant la guerre, les grandes mines de Lorraine se trouvaient partagées entre la France et l'Allemagne . L'Allemagne tirait de sa part lorraine, les 75 % de sa production de fer. Elles sont maintenant entièrement françaises. « La France contrôle maintenant le minerai de fer le meilleur marché qui soit en Europe ou qui soit utilisé en Europe. »
Le fait capital de la France de l'après-guerre est que le groupe capitaliste le plus puissant y est le groupe de l'industrie lourde. Ainsi que l'ont répété des écrivains sans nombre, la France d'avant la guerre était surtout une nation de petits propriétaires paysans. Elle se suffisait pratiquement à elle-même, excepté pour le charbon. Pour les Affaires étrangères, elle était surtout une nation prêteuse d'argent. Sous forme d'emprunts, elle répandait sur les gouvernements étran[211]gers comme celui du tsar, les économies de ses paysans et de sa petite bourgeoisie. Mais, la nouvelle France, comme la nouvelle Allemagne, est bâtie sur le fondement plus moderne du fer et de l'acier. La politique de la France est aujourd'hui dirigée par les maîtres du fer et de l'acier, par le Comité des Forges et les financiers qui sont derrière. Ces hommes se sont emparés des rênes du pouvoir. L'acquisition de la Lorraine, leur en donna les moyens et l'occasion fut la nécessaire reconstruction du système économique français après l'ébranlement et la dislocation de la guerre. Leur instrument est le militarisme français. Et la passion française de la « sécurité » est le sentiment sur lequel ils se fondent pour obtenir que le peuple soutienne leur principale revendication : l'affaiblissement permanent de l'Allemagne.
Le développement industriel de la France, au sens le plus moderne est une chose qui ne date que d'hier. Il a été retardé par le manque de charbon. Le développement industriel de la France dépendait de la même cause que celui de l'Allemagne. Il a commencé au même moment que ce dernier, au milieu du XlXe siècle. Comme lui, il date du début de la construction des voies ferrées. Mais alors que l'Allemagne e avait beaucoup de charbon, la France en avait peu. Et, à l'exception des gisements du Nord-Est, près de la frontière belge, le peu qu'avait la France était divisé en petites mines répandues en diverses parties du pays.
Ces conditions ne permettaient pas le développement d'une industrie étroitement groupée, basée sur l'utilisation lourde du charbon. Mais elles devaient pousser à un éparpillement des manufactures locales, jamais très grandes, surtout dans les industries où l'on n'use que de petites quantités de combustible. Et c'est ce qui arriva effectivement. La France devint le meilleur exemple de pays à industrie largement éparse, alors que l'Angleterre, l'Allemagne et l'Amérique étaient des pays à industrie hautement concentrée, groupée autour des mines de charbon. (D'après Eckel).
Dans la partie de la Lorraine qui lui fut laissée en 1871, la France possédait de larges réserves de fer. Elle extrayait le minerai en quantités toujours croissantes. Mais elle devait l'exporter, n'ayant pas de coke pour le traiter elle-même. En 1913, elle était le plus grand exportateur de minerai de fer du monde. De sorte que, pour l'industrie de base des temps modernes, elle était vis-à-vis de l'Angleterre, de l'Amérique et de l'Allemagne, comme une simple colonie une simple source de matières premières.
Mais le traité de paix de 1919 fit plus que doubler les réserves de minerai de fer de la France. Allait-elle donc continuer à être un simple exportateur de matières premières ^ Ou ses capitalistes allaient-ils s'engager dans une voie plus profitable, traiter et manufacturer eux-mêmes le fer ? La réponse à cette question dépendait entièrement de la quantité de charbon que la France pourrait contrôler. Et c'est ce [212] facteur qui provoqua la montée d'une vague de pur et simple impérialisme sur le sol européen. Ce furent la saisie de territoires et l'exploitation - au moins la tentative d'exploitation - de leurs ressources sans aucune considération de la volonté de leurs habitants. Le Traité de Versailles avait donné à la France les mines de charbon de la Sarre. Mais la Sarre ne produisait que 15 % du coke qu'employait l'Allemagne pour traiter les minerais de Lorraine. C'est de la Ruhr que venait le gros de ce coke, environ les deux tiers. Et voici la considération vitale qui poussait les maîtres des forges français à saisir ce territoire. C'est qu'il faut plusieurs tonnes de charbon pour traiter une seule tonne de minerai. Il est donc plus économique d'amener le fer au contact du charbon que le charbon au contact du fer. Ainsi d une part, le fer de Lorraine était presque sans utilité en dehors du coke de la Ruhr. les deux régions sont reliées par des moyens de transport nombreux et bon marché, par voie et par canal. La frontière politique qui les séparait était un anachronisme.
Pour envahir la Ruhr, la France donna comme excuse le désir qu'elle avait de faire pression sur l'Allemagne pour l'amener à payer ses dettes des « Réparations ». Mais l'occupation avait évidemment besoin d'une base plus permanente. D'où le projet d'une République rhénane. État tampon « indépendant » qui devait comprendre les régions les plus hautement industrialisées de l'Allemagne, et qui aurait été, à la vérité, aussi indépendant de la France que la République de Panama peut l'être des États-Unis d'Amérique. Maîtres du minerai de Lorraine et du coke de la Ruhr, les maîtres de Forges français devaient ainsi apparaître comme les véritables vainqueurs de la grande guerre. Mais ce plan ne put être réalisé. L'Angleterre et l'Amérique derniers alliés de la France, n'étaient pas décidés à voir une si large part des dépouilles de la victoire aller aux maîtres de l'industrie lourde française. Ils intervinrent et imposèrent à l'Allemagne un joug économique connu sous le nom de plan Dawes et de plan Young. Ces plans devaient leur assurer, tout aussi bien qu'à la France, le paiement d'un tribut, ce qui entraînait dans une certaine mesure l'encouragement de I'industrie allemande. Dès lors, la politique française fut d'exiger que l'Allemagne paie jusqu'au dernier gramme de sa « livre de chair » et de l'empêcher par mille manières de se développer librement et pleinement comme un état indépendant.
[...]
 
Poser maintenir l'Allemagne en état de faiblesse, il fallait entre autres choses l'entourer d'États hostiles et unis eux-mêmes à la France par des liens économiques et politiques aussi étroits que possible. Sur la frontière est de l'Allemagne, il y a la Pologne occupant de larges surfaces du territoire allemand d'avant-guerre. Elle devint très rapi[213]dement une sphère d'influence française. La France conclut des traités avec la Tchécoslovaquie en 1924, avec la Roumanie en 1927, et avec la Yougoslavie la même année. Elle combattit amèrement la proposition d'unir l'Autriche à l'Allemagne, et ses financiers ont, depuis lors, fait de l'Autriche un état à peu près vassal. La barrière autour de l'Allemagne est ainsi complète et une chaîne d'alliances assure la domination de la France sur la plus grande part de l'Europe centrale, de la Baltique à l'Adriatique.

Et J.-F. Horrabin ajoute ceci, qui était prophétique à l'époque :

 
 La Belgique aussi fait partie du groupe français. Par ses réserves de charbon, elle en est une part fort importante. Aussi longtemps que l'Europe consista en une demi-douzaine de puissances rivales, approximativement égales, la Belgique s'assura une sorte d'indépendance en se consacrant à la neutralité permanente. Mais, lorsque, comme aujourd'hui, le développement économique a conduit à l'hégémonie une seule puissance, un État comme la Belgique est obligé de devenir satellite de cette puissance, surtout quand elle est son plus proche voisin.

L'Empire des mers... Si J.-F. Horrabin reprenait aujourd'hui son raisonnement, il aurait seulement à montrer que :

Double problème donc : celui de l'empire médian du monde et celui de l'empire médian d'Europe, I'antique Mitteleuropa. Et il semble bien que si nous voulons résoudre le premier en évitant un troisième conflit mondial, il faut d'abord et de toute urgence résoudre d'abord le second : I'Europe.

[214]

***

 

Ici, on me permettra encore de citer un texte emprunté à un autre historien, français celui-ci, Léon Émery qui publiait entre les deux guerres les célèbres Feuilles libres périodique pacifiste dont les thèses, quoique plus axées sur l'histoire que sur l'économie politique rejoignaient celles de J.-F. Horrabin 4. Voici ce que, dans Les Cahiers Libres (n· du 1er octobre 1951) périodique qui a pris sous sa direction la suite de Feuilles Libres depuis la fin de la guerre, disait Léon Émery :


Il semble que l'Europe, depuis plusieurs siècles, ait tendance à se définir par une division tripartite. A l'Ouest, sur les rivages atlantiques, il faut qu'existe une puissance maritime formant liaison avec les autres continents ; à son contact et plus à l'Est, on voit se former, mourir, renaître, un empire continental qui cherche son équilibre du Tibre à la Flandre, de la Seine à l'Elbe ; enfin, et plus à l'Est encore il se heurte à un vaste et confus État eurasiatique qui, en toute rigueur ne fait pas partie de l'Europe, puisqu'il ne participa point à ses diverses expériences culturelles et ignore, en ses profondeurs, l'essentiel de nos traditions *.
L'Histoire, familière entre toutes, de Napoléon Ier, permet ici d'abréger. On sait comment il constitua un empire composite où les états satellites, assimilés par la conquête, formaient ceinture autour de la France et comment il fut enfin vaincu par la double résistance de la mer britannique et de la steppe russe. Plus près de nous, l'empire bismarckien, habilement construit au prix de guerres limitées, et qui se flattait de transférer de Paris à Berlin le centre de gravité de l'Europe put durer et même s'arroger un rôle arbitral tant qu'il évita soigneusement de se heurter à la Russie et à l'Angleterre, mais, dès que l'Allemagne wilhelmienne voulut se lancer à son tour dans la grande compétition navale et coloniale, elle fit ressurgir la conjonction qui avait détruit l'oeuvre napoléonienne et, à son tour, succomba. La tentative de Hitler donne au retour des événements un caractère fatidique vraiment hallucinant. Sa signification historique vient, en effet, de ce que Hitler voulut interjeter appel contre les décisions du sort qu'il s'obstinait à expliquer, non par des causes profondes, mais par la trahison et l'impéritie. Il voulut réaliser un miracle de la volonté, violenter les hommes, les choses et le rythme du temps ; il créa, lui aussi, par l'intrigue, la diplomatie et la conquête, un empire médian qui, pour quelques mois, s'étendit de l'Atlantique à la Volga. Mais, après avoir juré qu'il ne retomberait pas dans les erreurs de ses devanciers, il ne put [215] éviter d'être pris et broyé entre les deux mâchoires de l'étau. Assistons-nous donc à une tragédie eschylienne ?

Les causes profondes dont parle Léon Émery, sont celles que met en évidence J.-F. Horrabin.

Et cette tragédie eschylienne qu'il ramène à l'échelle de l'Europe est, à l'échelle du monde, celle des migrations humaines et du déplacement des centres de la Civilisation. C'est le problème éternellement évoqué et toujours obscur, des invasions qui se faisaient jadis en ordre dispersé et qui se font maintenant en ordre concerté, a partir de bases d'appui qui sont des États ou des groupes d'États solidement organisés, suivant une technique minutieusement mise au point.

Ainsi arraché aux sentiers battus par le dieu Mars et circonscrit par les deux textes juxtaposés de J.-F. Horrabin et L. Émery qui se complètent si harmonieusement, le problème de l'Europe au XXIe siècle se ramène à la recherche d'une structure économique et une politique des migrations humaines susceptibles de neutraliser la grande migration slave aujourd'hui, et demain peut.être, la grande migration jaune qui déjà se dessine et menace. [Note finale de l'AAARGH : nous ne pouvons évidemment accepter cette conclusion. Mais c'est là matière d'opinion ou de sentiment et il n'en demeure pas moins vrai que l'analyse de Rassinier, dans son ensemble, est empreinte d'une lucidité exceptionnelle  même si l'on étend les termes de la comparaison à d'autres terrains que l'histoire du XXe siècle.]

Par quoi l'on voit que la solution du vrai problème se situe assez loin et très au dessus, aussi bien, des petites combinaisons de Versailles que de la macabre parodie de justice de Nuremberg.

 


| T. des m. et introduction | Ch.1 | ch.2.1 | ch.2.2 | ch.2.3 | ch.3 | ch. 4 | ch.5 | ch.6 | Annexes |


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