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Annales

D'HISTOIRE REVISIONNISTE

Historiographie et Société

Les Annales paraissent en quatre livraisons trimestrielles chaque année

Directeur de publication: Pierre GUILLAUME
ISSN: 0980 1391
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B.P. 98, 75224 PARIS cedex 05

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LE MYTHE de l'extermination des juifs

par Carlo Mattogno

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PREMIERE PARTIE

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Kurt Becher, ancien SS-Standartenfuhrer, affirma que Himmler donna cet ordre "entre la mi-septembre et la mi-octobre 1944" 1 , ce qui est en contradiction avec le témoignage de Reszo Kastner, d'après lequel Kurt Becher lui avait rapporté que Himmler avait ordonné, le 25 2 ou le 26 3 novembre 1944, de détruire les crématoires et les "chambres à gaz" d'Auschwitz et d'interrompre l'"extermination" des juifs.

Etrangement, cet ordre fantomatique, que même le Kalendarium d'Auschwitz fait remonter au 26 novembre4, est censé être parvenu aux crématoires d'Auschwitz le 17 novembre, soit neuf jours avant que l'ordre lui-même ait été délivré5!

Selon un autre témoignage, rapporté dans Het doedenboek van Auschwitz, l'ordre en question serait parvenu de Berlin encore plus tôt, le 2 novembre 1944 (6).

A Nuremberg, Wisliceny déclara que le contre-ordre de Himmler fut envoyé en octobre 1944 (7).

En conclusion, il n'existe aucun document établissant la réalité du "plan d'extermination" des juifs, de telle sorte qu'"il est difficile de dire comment, quand et par qui exactement l'ordre d'exterminer les juifs a été donné".

C'est aussi la conclusion de l'historiographie exterminationniste la plus récente.

Du 29 juin au 2 juillet 1982, l'Ecole des hautes études en sciences sociales et la Sorbonne ont organisé à Paris un important colloque international sur le thème de "L'Allemagne nazie et l'extermination des juifs". Dans le rapport introductif intitulé "Le débat historiographique sur l'antisémitisme nazi et l'extermination des juifs", Saul Friedlander a mis en évidence la présence de deux tendances fondamentales dans l'historiographie exterminationniste la plus récente quant à l'interprétation de la genèse et du développement de l'"extermination" des juifs8.

La première est la thèse de la continuité, qui "établit tout d'abord une relation de cause à effet entre l'idéologie nazie dès ses origines, en particulier celle de Hitler, et l'anéantissement des juifs"9.

L'autre est la thèse de la discontinuité, qui implique "une certaine anarchie au niveau des centres de décision, qui restitue leur importance à certains responsables subalternes de la hiérarchie nazie et élimine en partie l'idée d'un responsable suprême, Hitler, en ce qui regarde la politique juive"10.

Or, ces deux interprétations 11 sont non seulement contradictoires mais encore toutes deux dépourvues de fondement:

Ni la thèse de l'inexorable continuité et d'une planification de l'extermination totale des Juifs avant l'attaque contre l'URSS, ni celle de la discontinuité et de l'improvisation ne peuvent en réalité être démontrées vu l'état actuel des sources: telle est la conclusion à laquelle parviennent Krausnick et Wilhelm au terme de leur étude monumentale sur les Einsatzgruppen12.

A la fin de son rapport, Saul Friedlander trace un "cadre des acquisitions de l'historiographie" exterminationniste dans lequel, à propos de l'"extermination" des juifs, il admet:

La question de la date à laquelle fut décidée l'extermination physique totale des Juifs, tout comme le problème de l'élaboration du plan de la "solution finale", restent irrésolus13.

 

2. La politique nationale-socialiste d'émigration juive

Le prétendu "plan d'extermination" des juifs, outre qu'il n'est corroboré par aucun document, est démenti de façon décisive par la politique nationale-socialiste en matière d'émigration juive, dont nous ne pouvons tracer ici que les lignes essentielles.

Dans la lettre à son ami Gemlich, datée du 16 septembre 1919 et considérée comme "le premier document écrit de la carrière politique de Hitler"14, celui-ci déclare au sujet de la question juive:

L'antisémitisme de la raison doit toutefois conduire à la lutte contre les privilèges du juif, que celui-ci est seul à posséder à la différence des autres étrangers qui vivent parmi nous (législation relative aux étrangers), et à leur suppression légale et systématique. Mais son but dernier (letztes Ziel) doit être, inébranlablement et avant tout, l'éloignement des juifs (die Entfernung der Juden)15.

Le 13 août 1920, Hitler prononça à Munich le discours "Pourquoi sommes-nous (des) antisémites?" (Warum sind wir Antisemiter?) dans lequel il répéta que la connaissance scientifique de l'antisémitisme devait se traduire en action pour aboutir à "l'éloignement des juifs de notre peuple" (Entfernung der Juden aus unserem Volke)16.

Cette solution de la question juive devint le principe inspirateur du programme politique national-socialiste et de sa doctrine raciale. En effet, comme le note Poliakov,

qu'exterminations il devait y avoir ne ressortait, du reste, nulle part des dogmes des nationaux-socialistes ni de leurs principaux écrits. Mein Kampf, où le mot "juifs" revient presque à chaque page, est muet sur le sort qui leur sera dévolu dans l'Etat national-socialiste. Le programme officiel du Parti 17 déclarait qu'"un juif ne peut être compatriote" ni, par conséquent, citoyen, tandis que les commentaires du progamme exigeaient plus explicitement "l'expulsion des juifs et étrangers indésirables"18.

L'éloignement des juifs du Reich fut le point essentiel de la politique de Hitler à l'égard des juifs dès son accession au pouvoir. Le 28 août 1933, le ministère de l'Economie du Reich convint, avec l'Agence juive pour la Palestine, de ce qu'on nomme l'Havvara-Abkommen, qui est un accord (Abkommen) économique pour favoriser le transfèrement (Havvara19) des juifs allemands en Palestine20.

Une note du ministère des Affaires étrangères du 19 mars 1938 laissait présager la rupture de l'accord car, comme on le lit au point n· 3, il n'était pas dans l'intérêt de l'Allemagne d'organiser l'émigration des juifs riches avec leurs capitaux, mais cet intérêt résidait plutôt "dans une émigration massive des juifs" (an einer juedischen Massenauswanderung)21.

Les lois de Nuremberg du 15 septembre 1935 22 réaffirmèrent, du point de vue législatif, les articles 4 et 5 du programme du Parti élaboré à Munich le 24 février 1920. Le but de la loi sur la citoyenneté du Reich et de celle pour la défense du sang et de l'honneur germanique était de séparer et d'isoler de l'organisme allemand le corps étranger juif en vue de sa prochaine expulsion, comme le souligne Reitlinger:

En 1938, peu avant l'"agreement" de Munich, lorsque le Cinquième Décret Complémentaire eut tout juste fini d'évincer les juifs des dernières professions libérales, Wilhelm Stuckart, qui était non seulement le rédacteur mais en grande partie le promoteur des lois de Nuremberg, écrivait que l'objectif de la législation raciale était désormais atteint. Un grand nombre de décisions réalisées grâce aux lois de Nuremberg "perdent de leur importance à mesure que l'on s'approche de la solution finale du problème juif". La phrase, comme il apparaît évident, n'était pas encore un déguisement pour le concept d'extermination de la race; elle faisait clairement allusion, au contraire, au fait que les lois ne visaient pas à perpétuer le problème juif mais plutôt à en éliminer les raisons. Les juifs devaient quitter le Reich une fois pour toutes 23.

De fait, à la fin de 1936, un "Service pour les questions juives" fut constitué auprès du Service de Sécurité des SS. "Le but essentiel du nouveau service était l'étude de toutes questions préparatoires pour une émigration massive des juifs"24.

En avril 1938, fut instituée à Vienne la Zentralstelle fur judische Auswanderung (Bureau central pour l'émigration juive) dont la direction fut confiée par Heydrich à Adolf Eichmann (25).

Le 12 novembre 1938, quelques jours après ce qu'on appelle la "nuit de cristal", Goering réunit le Conseil des ministres pour faire face à la situation difficile qui s'était ainsi créée.

L'attitude des chefs nationaux-socialistes à l'égard des juifs allemands apparaît sans équivoque, lorsqu'on parcourt le procès-verbal sténographique de la réunion. Heydrich déclara que l'éviction des juifs dé la vie économique allemande n'avait pas résolu "le problème fondamental du but final" (dus Grandproblem letzten Endes): l'éloignement des juifs de l'Allemagne. A Vienne, sur l'ordre du Reichskommissar, un Service central pour l'émigration juive (Judenauswanderangscentrale) avait été établi, par l'entremise duquel 50.000 juifs au moins avaient quitté l'autriche alors que dans le même laps de temps 19.000 juifs seulement avaient abandonné l'Ancien Reich. C'est pourquoi il proposa d'établir dans le Reich également un service central semblable à celui de Vienne et d'organiser une opération migratoire à réaliser en l'espace de 8 à 10 ans. Le ministre des Finances von Krosigk approuva la proposition de Heydrich: il convenait de tout tenter pour l'évacuation des juifs à l'étranger. Le ministre de l'Intérieur Frick répéta que l'objectif devait être de faire émigrer le plus grand nombre de juifs possible 26.

Afin de surmonter les difficultés économiques entraînées par l'émigration juive, Hitler approuva le plan Schacht en décembre 1938.

La proposition discutée par Schacht à Londres au cours du mois de décembre avec Lord Bearsted, Lord Winterton et Mr. Rublee fut, dans ses grandes lignes, la suivante: le Gouvernement allemand aurait gelé les biens des juifs pour en faire le fonds de garantie pour un emprunt international amortissable en 20-25 ans. En supposant que les biens des juifs aient valu un milliard et demi de marks, il y aurait eu une quantité de devises suffisante pour financer l'émigration dans l'ordre des juifs du Grand Reich pendant 3 à 5 ans. Après quoi Schacht rentra en Allemagne et le 2 janvier 1939, à Berchtesgaden, il eut une entrevue avec Hitler sur l'accueil que ses propositions avaient reçu à Londres. Hitler sembla en être impressionné puisque trois jours plus tard il nommait Schacht délégué spécial pour l'accroissement de l'émigration juive 27.

En janvier 1939, Schacht et Rublee, directeur du Comité international à Londres pour l'émigration des juifs allemands, convinrent d'un projet de base prévoyant l'émigration d'environ 400.000 juifs en l'espace de 3 ans 28.

Reitlinger attribue l'échec du plan Schacht aux réactions suscitées chez Hitler par le refus de Schacht d'accroître la circulation du papier-monnaie, à la suite de quoi, le 20 janvier 1939, Schacht fut démis de la présidence de la Reichsbank. Toutefois, dans une interview accordée à Rolf Vogel en janvier 1970, Schacht déclara que l'échec du plan avait été dû à l'opposition de Chaim Weizmann 29.

La politique nationale-socialiste en matière d'émigration juive avançait cependant activement.

Le 24 janvier 1939, Goering promulgua un décret qui sanctionnait l'établissement d'une Reichscentrale fur judische Auswanderung (Service central du Reich pour l'émigration juive). Goering résumait en premier lieu de façon lapidaire le principe inspirateur de la politique nationale-socialiste:

L'émigration des juifs d'Allemagne doit être encouragée par tous les moyens (Die Auswanderung der Juden aus Deutschland ist mit allen Mitteln zu foerdern).

C'est précisément pour cela qu'il établit la Reichscentrale fur judische Auswanderung mentionnée plus haut, qui avait pour tâche d'"adopter toutes les mesures pour la préparation d'une émigration intensifiée des juifs", de s'occuper de l'émigration des juifs pauvres de préférence et enfin de faciliter les démarches bureaucratiques d'émigration pour chaque individu La direction du "Service central du Reich pour l'émigration juive" fut confiée par Goering à Heydrich, chef de la Police de Sûreté30.

Au cours de la première séance du Comité du service central du Reich pour l'émigration juive (11 février 1939), Heydrich discuta avant tout du plan Schacht-Rublee:

Ce plan est évidemment destiné à devenir la base d'une émigration juive, massive et organisée; mais son exécution ne semble pas encore assurée, et ce serait une erreur de compter uniquement sur lui. Il faut donc continuer à favoriser l'émigration par tous les moyens à notre disposition, en faisant abstraction du plan 31.

Un rapport du ministère des Affaires étrangères du 25 janvier 1939, intitulé Die Judenfrage als Faktor der Aussenpolitik im Jahre 1938 (La question juive comme facteur de la politique étrangère durant l'année 1938) confirmait sans équivoque le principe inspirateur de la politique nationale-socialiste à l'égard des juifs:

Le but final de la politique allemande à l'égard des juifs est l'émigration de tous les juifs qui vivent sur le territoire du Reich (Das letzte Ziel der deutschen Judenpolitik ist die Auswanderung aller im Reichsgebiet lebenden Juden) 32.

Ce rapport défendait: "une solution radicale de la question juive par l'émigration-- telle qu'elle a déjà été poursuivie ici depuis plusieurs années" (eine radikale Loesung der Judenfrage durch die Auswanderung --wie sie hier schon seit Jahren verfolgt wird), selon le commentaire du SS-Obersturmbannfuehrer Ehrlinger de l'Office central de sûreté du Reich 33.

Après la création du Protectorat de Bohême-Moravie, Eichmann reçut de Heydrich l'ordre d'établir à Prague un "Service central pour l'émigration juive" (Zentralstelle fur judische Auswanderung) 34. Dans le document correspondant, signé par le Reichsprotektor von Neurath le 15 juillet 1939, on lit ceci:

Conformément à la réglementation du Reich, afin d'éviter des embarras et des retards, il est nécessaire de regrouper le traitement de toutes les questions relatives à l'émigration juive. En vue de l'accroissement et du règlement accéléré de l'émigration des juifs de Bohême-Moravie, le "Service central pour l'émigration juive" de Prague est donc créé 35.

Bien qu'aux prises avec des difficultés croissantes, la politique nationale-socialiste en matière d'émigration juive fut poursuivie, même pendant la guerre.

La difficulté majeure fut indubitablement l'antisémitisme mal dissimulé des pays démocratiques, lesquels, si d'un côté ils poussaient de hauts cris contre la persécution des juifs par les nationaux-socialistes, de l'autre, se refusaient à accueillir les juifs persécutés, comme cela apparut clairement au cours de la conférence d'Evian, qui se déroula du 6 au 15 juillet 1938.

Cette conférence fut organisée sur l'initiative du président Roosevelt afin de faciliter l'émigration des victimes des persécutions nationales-socialistes et, en premier lieu, des juifs, Mais, dès le début, les bonnes intentions du président américain parurent suspectes. Michel Mazor écrit:

A sa conférence de presse de Warm Springs, le président Roosevelt limita déjà les possibilités d'Evian en disant qu'à sa suite aucune révision ni augmentation des quotas d'immigration aux Etats-Unis n'étaient prévues. Dans son invitation à cette conférence adressée aux trente-trois pays, Roosevelt soulignait qu'on n'attendait d'aucun pays qu'il consente à recevoir un nombre d'immigrés supérieur aux normes de sa législation en vigueur.

Sur de telles bases, la conférence d'Evian était vouée à l'échec dès le départ. En effet, son résultat fut que le "monde libre abandonnait les juifs d'Allemagne et d'Autriche à leur sort impitoyable" 36.

De son côté, Rita Thalmann rappelle:

Tirant la leçon de la conférence, le Dantiger Vorposten constate qu'on "aime à prendre les juifs en pitié tant que cette pitié alimente une agitation malintentionnée à l'égard de l'Allemagne, mais qu'aucun Etat n'est disposé à lutter contre la tare culturelle de l'Europe centrale en acceptant quelques milliers de juifs. La conférence, conclut ce journal, est donc une justification de la politique allemande contre les juifs".
Les dirigeants allemands ont en tout cas la preuve que les trente-deux Etats qui ont participé à la conférence d'Evian (l'URSS et la Tchécoslovaquie n'étaient pas représentées, l'Italie a décliné l'invitation, la Hongrie, la Roumanie et la Pologne ont envoyé des observateurs dans le seul dessein de demander qu'on les débarrasse de leurs propres juifs) n'ont pas l'intention de prendre en charge les persécutés, voire de se préoccuper sérieusement de leur sort 37.

Paradoxalement, juste après la conférence d'Evian, à partir de la fin de 1938, on enregistra une diminution de l'émigration à partir du Reich "car l'étranger s'opposait toujours plus à de nouvelles immigrations de juifs"38.

En mars 1943, Goebbels pouvait encore faire remarquer sarcastiquement:

Quelle sera la solution de la question juive, créera-t-on un jour un Etat juif dans un territoire quelconque? On le saura plus tard. Mais il est curieux de constater que les pays dont l'opinion publique s'élève en faveur des juifs refusent toujours de les accueillir. Ils disent que ce sont les pionniers de la civilisation, des génies de la philosophie et de la création artistique, mais lorsqu'on veut leur faire accepter ces génies, ils ferment leurs frontières: "Non, non! Nous n'en voulons pas!" C'est, il me semble, un exemple unique dans l'histoire mondiale, qu'on se refuse à accueillir des génies 39.

La rapide défaite de la Pologne suggéra aux dirigeants nationaux-socialistes une solution provisoire à la question juive.

Le 21 septembre 1939, Heydrich envoya un courrier rapide (Schnellbrief) à tous les chefs des groupes d'action de la Police de sûreté. Dans cette lettre, qui avait pour objet "La question juive dans le territoire occupé" (Judenfrage im besetzten Gebiet), il exposait les mesures qui avaient été concertées au cours d'une réunion tenue le même jour à Berlin et qui se résumaient en deux points: le but final (Endziel) et les étapes de sa réalisation. En vue de ce but final, les juifs devaient être concentrés dans les villes depuis les campagnes 40.

Poliakov commente:

Il est question d'un "but final". Quel était-il? Non point l'extermination, encore: nous ne sommes qu'en 1939. Un passage du document nous en donne la clé: dans le territoire "situé à l'est de Cracovie" on ne touchera pas aux Juifs; et si dans les autres régions on les groupe près des gares de chemin de fer, c'est évidemment pour pouvoir par la suite les en évacuer plus aisément. Vers quelle destination? Très certainement vers cette "région à l'est de Cracovie"41.

C'est ainsi que, toujours selon Poliakov, se dessina

le projet de résoudre la question juive en groupant dans la région de Lublin, à la frontière de l'URSS, tous les juifs sous la domination nazie. Ce plan d'une création d'une "réserve juive" connut une certaine publicité dans les colonnes de la presse allemande à cette époque. Un territoire fut choisi, délimité, semble-t-il (les renseignements sont incomplets et contradictoires) par la Vistule, le San et la frontière de l'URSS, dans lequel les juifs devaient se livrer à des travaux de colonisation sous la surveillance des SS 42.

Mais, en raison de circonstances défavorables, ce projet ne fut jamais réalisé complètement.

Pendant ce temps, le gouvernement du Reich continuait sa politique traditionnelle d'émigration. En effet, comme le remarque Poliakov:

parallèlement à ces déportations vers l'Est, le "Centre pour l'émigration juive" s'efforçait d'expulser les juifs allemands vers d'autres destinations. L'émigration légale était devenue presque impossible: un mince filet d'émigrants continuait cependant à s'écouler, d'Autriche en particulier, via l'Italie, vers les pays d'outremer. Quelques convois clandestins, formés avec le concours d'Eichmann, tentèrent de descendre le Danube en barque, à destination de la Palestine: mais le gouvernement britannique refusa de laisser entrer dans le Foyer national juif ces voyageurs sans visa. Nous retrouverons plus loin ce paradoxe amer de la Gestapo poussant les juifs vers leur salut, tandis que le gouvernement démocratique de Sa Majesté en barrait l'accès aux futures victimes des fours crématoires 43.

La défaite de la France fournit l'occasion d'une réalisation en grand de la politique d'émigration juive:

Lorsque après l'effondrement de la France des perspectives démesurées s'ouvrirent aux yeux des Nazis, un plan caressé depuis longtemps par certains d'entre eux revint sur le tapis avec une actualité nouvelle. Ils croyaient, enfin, tenir entre leurs mains la clé de la "solution définitive de la question juive". Nous avons vu qu'au cours de l'étonnante réunion du 12 novembre 1938 Goering avait mentionné la "question de Madagascar". Himmler, lui, y rêvait depuis 1934, assure un témoin. Parquer tous les juifs sur une grande île ce qui plus est, une île appartenant à la France voilà ce qui devait satisfaire leur amour du symbolisme. Quoi qu'il en soit, dès l'armistice de juin 1940, l'idée est lancée par le ministère des Affaires étrangères, reprise d'enthousiasme par le RSHA, et agréée par Himmler ainsi que par le Fuehrer lui-même, semble-t-il 44.

Au cours de la séance du 12 novembre 1938, Goering avait en effet informé l'assistance que le Fuehrer, selon ce qu'il lui avait dit personnellement trois jours auparavant, s'apprêtait à accomplir un geste de politique extérieure auprès des puissances qui avaient soulevé la question juive, afin de parvenir à une solution de la question de Madagascar. "Il dira aux autres Etats: "Pourquoi parlez-vous toujours des juifs? Prenez-les!" 45.

Himmler également était favorable à une émigration juive massive, comme on le voit d'après la note "Einige Gedanken ueber die Behandlung der Fremdvoelkischen im Osten" (Quelques réflexions sur le traitement des personnes de race étrangère à l'Est) de mai 1940, dans laquelle il écrivait:

J'espère voir la notion de juif définitivement effacée grâce à l'émigration de tous les juifs vers l'Afrique ou dans une colonie 46.

Dans la même note il repoussait

la méthode bolchevique d'extermination physique des peuples avec l'intime conviction qu'elle est incompatible avec l'esprit germanique et inconcevable (die bolschewistische Methode der physischen Ausrottung eines Volkes aus innerer ueberzeugung als ungermanisch und unmoeglish)47

Le 24 juin 1940, Heydrich communique au ministre des Affaires étrangères Ribbentrop que plus de 200.000 juifs avaient émigré hors du territoire du Reich, mais que

le "problème général" (Gesamtproblem) constitué par les 3.250.000 juifs qui se trouvaient être sous domination allemande ne pouvait plus être résolu par l'émigration (durch Auswanderang mots soulignés dans l'original); c'est pourquoi se dessinait la nécessité d'une "solution finale territoriale" (eine territoriale Endloesung)48.

A la suite de cette lettre, le ministère des Affaires étrangères élabora le "projet de Madagascar".

Le 3 juillet 1940, Franz Rademacher, responsable des affaires juives au ministère des Affaires étrangères, rédigea un rapport intitulé "Die Judenfrage um Friedensvertrage" (La question juive dans le traité de paix), qui s'ouvre sur la déclaration suivante:

La victoire imminente donne à l'Allemagne la possibilité et, à mon avis, le devoir également, de résoudre la question juive en Europe. La solution souhaitable est: tous les juifs hors d'Europe (Alle Juden aus Europa).

Après avoir exposé les tâches du ministère des Affaires étrangères relativement à cette solution, Rademacher continue:

Le Referat D III propose comme solution de la question juive: dans le traité de paix, la France doit rendre l'île de Madagascar disponible pour la solution de la question juive et doit transférer et indemniser les quelque 25.000 Français qui y résident. L'île passera sous mandat allemand 49.

C'est précisément en cela, ainsi que le remarque Joseph Billig, que consiste "la solution territoriale de la question juive, comme Heydrich la désigne à Ribbentrop"50.

Le rapport de Rademacher fut approuvé par Ribbentrop et transmis à l'Office central de sûreté du Reich qui "élabora un plan détaillé pour l'évacuation des juifs à Madagascar et pour leur installation sur place; ce plan fut approuvé par le Reichsfuhrer SS"51.

Le 12 juillet 1940, de retour de Berlin où il avait été reçu par Hitler, Hans Frank, gouverneur de Pologne, prononça un discours dans lequel il déclara:

Du point de vue de la politique générale, j'aimerais ajouter qu'on a décidé de déporter toute la communauté juive d'Allemagne, du Gouvernement Général et du Protectorat, dans une colonie africaine ou américaine, aussitôt que possible, après avoir fait la paix: on a suggéré Madagascar, que la France devrait abandonner dans ce but 52.

Le 25 juillet, Frank répéta que le Fuehrer avait décidé que les juifs seraient évacués complètement dès que les transports outre-mer le permettraient 53.

Otto Abetz, ancien ambassadeur allemand à Paris, déclara en revanche que la destination de l'émigration juive devait être les Etats-Unis:

Je n'ai parlé qu'une seule fois avec le Fuehrer de la question juive, c'était le 3 août 1940. Il m'a dit qu'il voulait résoudre la question juive pour l'Europe d'une manière générale, à savoir au moyen d'une clause du traité de paix en posant comme condition aux pays vaincus qu'ils transfèrent leurs ressortissants juifs hors d'Europe. Il voulait influer de la même manière sur les Etats qui lui étaient alliés. A cette occasion il mentionna les Etats-Unis d'Amérique comme un pays qui n'était pas depuis longtemps surpeuplé comme l'Europe et était de ce fait en mesure d'accueillir encore quelques millions de juifs 54.

En octobre 1940, Alfred Rosenberg écrivait un article intitulé "Juden auf Madagascar" (Les juifs à Madagascar). Déjà en 1927, y rappelait-il, au congrès antijuif de Budapest,

fut traitée la question d'une future évacuation des juifs de l'Europe et à cette occasion apparut pour la première fois la proposition de promouvoir justement Madagascar comme futur domicile des juifs.

Il réitérait cette proposition en souhaitant qu'à l'institution d'une réserve juive (juedisches Reservat) à Madagascar, affaire qu'il considérait comme un "problème mondial", collaborât "la haute finance juive" des Etats-Unis et de l'Angleterre 55.

D'après une communication de Bormann à Rosenberg, en date du 3 novembre 1940, Hitler s'opposait pour l'instant à la publication de l'article en question, sans exclure qu'il puisse être publié dans les mois suivants 56


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