AAARGH
Kurt Becher, ancien SS-Standartenfuhrer,
affirma que Himmler donna cet ordre "entre la mi-septembre
et la mi-octobre 1944" 1 ,
ce qui est en contradiction avec le témoignage de Reszo
Kastner, d'après lequel Kurt Becher lui avait rapporté
que Himmler avait ordonné, le 25 2 ou le 26 3 novembre 1944, de détruire
les crématoires et les "chambres à gaz"
d'Auschwitz et d'interrompre l'"extermination" des juifs.
Etrangement, cet ordre fantomatique, que même le Kalendarium d'Auschwitz fait remonter au 26 novembre4, est censé être parvenu aux crématoires d'Auschwitz le 17 novembre, soit neuf jours avant que l'ordre lui-même ait été délivré5!
Selon un autre témoignage, rapporté dans Het doedenboek van Auschwitz, l'ordre en question serait parvenu de Berlin encore plus tôt, le 2 novembre 1944 (6).
A Nuremberg, Wisliceny déclara que le contre-ordre de Himmler fut envoyé en octobre 1944 (7).
En conclusion, il n'existe aucun document établissant la réalité du "plan d'extermination" des juifs, de telle sorte qu'"il est difficile de dire comment, quand et par qui exactement l'ordre d'exterminer les juifs a été donné".
C'est aussi la conclusion de l'historiographie exterminationniste la plus récente.
Du 29 juin au 2 juillet 1982, l'Ecole des hautes études en sciences sociales et la Sorbonne ont organisé à Paris un important colloque international sur le thème de "L'Allemagne nazie et l'extermination des juifs". Dans le rapport introductif intitulé "Le débat historiographique sur l'antisémitisme nazi et l'extermination des juifs", Saul Friedlander a mis en évidence la présence de deux tendances fondamentales dans l'historiographie exterminationniste la plus récente quant à l'interprétation de la genèse et du développement de l'"extermination" des juifs8.
La première est la thèse de la continuité, qui "établit tout d'abord une relation de cause à effet entre l'idéologie nazie dès ses origines, en particulier celle de Hitler, et l'anéantissement des juifs"9.
L'autre est la thèse de la discontinuité, qui implique "une certaine anarchie au niveau des centres de décision, qui restitue leur importance à certains responsables subalternes de la hiérarchie nazie et élimine en partie l'idée d'un responsable suprême, Hitler, en ce qui regarde la politique juive"10.
Or, ces deux interprétations 11 sont non seulement contradictoires mais encore toutes deux dépourvues de fondement:
A la fin de son rapport, Saul Friedlander trace un "cadre des acquisitions de l'historiographie" exterminationniste dans lequel, à propos de l'"extermination" des juifs, il admet:
2. La politique nationale-socialiste d'émigration juive
Le prétendu "plan d'extermination" des juifs, outre qu'il n'est corroboré par aucun document, est démenti de façon décisive par la politique nationale-socialiste en matière d'émigration juive, dont nous ne pouvons tracer ici que les lignes essentielles.
Dans la lettre à son ami Gemlich, datée du 16 septembre 1919 et considérée comme "le premier document écrit de la carrière politique de Hitler"14, celui-ci déclare au sujet de la question juive:
Le 13 août 1920, Hitler prononça à Munich le discours "Pourquoi sommes-nous (des) antisémites?" (Warum sind wir Antisemiter?) dans lequel il répéta que la connaissance scientifique de l'antisémitisme devait se traduire en action pour aboutir à "l'éloignement des juifs de notre peuple" (Entfernung der Juden aus unserem Volke)16.
Cette solution de la question juive devint le principe inspirateur du programme politique national-socialiste et de sa doctrine raciale. En effet, comme le note Poliakov,
L'éloignement des juifs du Reich fut le point essentiel de la politique de Hitler à l'égard des juifs dès son accession au pouvoir. Le 28 août 1933, le ministère de l'Economie du Reich convint, avec l'Agence juive pour la Palestine, de ce qu'on nomme l'Havvara-Abkommen, qui est un accord (Abkommen) économique pour favoriser le transfèrement (Havvara19) des juifs allemands en Palestine20.
Une note du ministère des Affaires étrangères du 19 mars 1938 laissait présager la rupture de l'accord car, comme on le lit au point n· 3, il n'était pas dans l'intérêt de l'Allemagne d'organiser l'émigration des juifs riches avec leurs capitaux, mais cet intérêt résidait plutôt "dans une émigration massive des juifs" (an einer juedischen Massenauswanderung)21.
Les lois de Nuremberg du 15 septembre 1935 22 réaffirmèrent, du point de vue législatif, les articles 4 et 5 du programme du Parti élaboré à Munich le 24 février 1920. Le but de la loi sur la citoyenneté du Reich et de celle pour la défense du sang et de l'honneur germanique était de séparer et d'isoler de l'organisme allemand le corps étranger juif en vue de sa prochaine expulsion, comme le souligne Reitlinger:
De fait, à la fin de 1936, un "Service pour les questions juives" fut constitué auprès du Service de Sécurité des SS. "Le but essentiel du nouveau service était l'étude de toutes questions préparatoires pour une émigration massive des juifs"24.
En avril 1938, fut instituée à Vienne la Zentralstelle fur judische Auswanderung (Bureau central pour l'émigration juive) dont la direction fut confiée par Heydrich à Adolf Eichmann (25).
Le 12 novembre 1938, quelques jours après ce qu'on appelle la "nuit de cristal", Goering réunit le Conseil des ministres pour faire face à la situation difficile qui s'était ainsi créée.
L'attitude des chefs nationaux-socialistes à l'égard des juifs allemands apparaît sans équivoque, lorsqu'on parcourt le procès-verbal sténographique de la réunion. Heydrich déclara que l'éviction des juifs dé la vie économique allemande n'avait pas résolu "le problème fondamental du but final" (dus Grandproblem letzten Endes): l'éloignement des juifs de l'Allemagne. A Vienne, sur l'ordre du Reichskommissar, un Service central pour l'émigration juive (Judenauswanderangscentrale) avait été établi, par l'entremise duquel 50.000 juifs au moins avaient quitté l'autriche alors que dans le même laps de temps 19.000 juifs seulement avaient abandonné l'Ancien Reich. C'est pourquoi il proposa d'établir dans le Reich également un service central semblable à celui de Vienne et d'organiser une opération migratoire à réaliser en l'espace de 8 à 10 ans. Le ministre des Finances von Krosigk approuva la proposition de Heydrich: il convenait de tout tenter pour l'évacuation des juifs à l'étranger. Le ministre de l'Intérieur Frick répéta que l'objectif devait être de faire émigrer le plus grand nombre de juifs possible 26.
Afin de surmonter les difficultés économiques entraînées par l'émigration juive, Hitler approuva le plan Schacht en décembre 1938.
En janvier 1939, Schacht et Rublee, directeur du Comité international à Londres pour l'émigration des juifs allemands, convinrent d'un projet de base prévoyant l'émigration d'environ 400.000 juifs en l'espace de 3 ans 28.
Reitlinger attribue l'échec du plan Schacht aux réactions suscitées chez Hitler par le refus de Schacht d'accroître la circulation du papier-monnaie, à la suite de quoi, le 20 janvier 1939, Schacht fut démis de la présidence de la Reichsbank. Toutefois, dans une interview accordée à Rolf Vogel en janvier 1970, Schacht déclara que l'échec du plan avait été dû à l'opposition de Chaim Weizmann 29.
La politique nationale-socialiste en matière d'émigration juive avançait cependant activement.
Le 24 janvier 1939, Goering promulgua un décret qui sanctionnait l'établissement d'une Reichscentrale fur judische Auswanderung (Service central du Reich pour l'émigration juive). Goering résumait en premier lieu de façon lapidaire le principe inspirateur de la politique nationale-socialiste:
C'est précisément pour cela qu'il établit la Reichscentrale fur judische Auswanderung mentionnée plus haut, qui avait pour tâche d'"adopter toutes les mesures pour la préparation d'une émigration intensifiée des juifs", de s'occuper de l'émigration des juifs pauvres de préférence et enfin de faciliter les démarches bureaucratiques d'émigration pour chaque individu La direction du "Service central du Reich pour l'émigration juive" fut confiée par Goering à Heydrich, chef de la Police de Sûreté30.
Au cours de la première
séance du Comité du service central du Reich pour
l'émigration juive (11 février 1939), Heydrich discuta
avant tout du plan Schacht-Rublee:
Un rapport du ministère des Affaires étrangères du 25 janvier 1939, intitulé Die Judenfrage als Faktor der Aussenpolitik im Jahre 1938 (La question juive comme facteur de la politique étrangère durant l'année 1938) confirmait sans équivoque le principe inspirateur de la politique nationale-socialiste à l'égard des juifs:
Ce rapport défendait: "une solution radicale de la question juive par l'émigration-- telle qu'elle a déjà été poursuivie ici depuis plusieurs années" (eine radikale Loesung der Judenfrage durch die Auswanderung --wie sie hier schon seit Jahren verfolgt wird), selon le commentaire du SS-Obersturmbannfuehrer Ehrlinger de l'Office central de sûreté du Reich 33.
Après la création du Protectorat de Bohême-Moravie, Eichmann reçut de Heydrich l'ordre d'établir à Prague un "Service central pour l'émigration juive" (Zentralstelle fur judische Auswanderung) 34. Dans le document correspondant, signé par le Reichsprotektor von Neurath le 15 juillet 1939, on lit ceci:
Bien qu'aux prises avec des difficultés croissantes, la politique nationale-socialiste en matière d'émigration juive fut poursuivie, même pendant la guerre.
La difficulté majeure fut indubitablement l'antisémitisme mal dissimulé des pays démocratiques, lesquels, si d'un côté ils poussaient de hauts cris contre la persécution des juifs par les nationaux-socialistes, de l'autre, se refusaient à accueillir les juifs persécutés, comme cela apparut clairement au cours de la conférence d'Evian, qui se déroula du 6 au 15 juillet 1938.
Cette conférence fut organisée sur l'initiative du président Roosevelt afin de faciliter l'émigration des victimes des persécutions nationales-socialistes et, en premier lieu, des juifs, Mais, dès le début, les bonnes intentions du président américain parurent suspectes. Michel Mazor écrit:
A sa conférence de presse de Warm Springs, le président Roosevelt limita déjà les possibilités d'Evian en disant qu'à sa suite aucune révision ni augmentation des quotas d'immigration aux Etats-Unis n'étaient prévues. Dans son invitation à cette conférence adressée aux trente-trois pays, Roosevelt soulignait qu'on n'attendait d'aucun pays qu'il consente à recevoir un nombre d'immigrés supérieur aux normes de sa législation en vigueur.
Sur de telles bases, la conférence d'Evian était vouée à l'échec dès le départ. En effet, son résultat fut que le "monde libre abandonnait les juifs d'Allemagne et d'Autriche à leur sort impitoyable" 36.
De son côté, Rita Thalmann rappelle:
Paradoxalement, juste après la conférence d'Evian, à partir de la fin de 1938, on enregistra une diminution de l'émigration à partir du Reich "car l'étranger s'opposait toujours plus à de nouvelles immigrations de juifs"38.
En mars 1943, Goebbels pouvait encore faire remarquer sarcastiquement:
La rapide défaite de la Pologne suggéra aux dirigeants nationaux-socialistes une solution provisoire à la question juive.
Le 21 septembre 1939, Heydrich envoya un courrier rapide (Schnellbrief) à tous les chefs des groupes d'action de la Police de sûreté. Dans cette lettre, qui avait pour objet "La question juive dans le territoire occupé" (Judenfrage im besetzten Gebiet), il exposait les mesures qui avaient été concertées au cours d'une réunion tenue le même jour à Berlin et qui se résumaient en deux points: le but final (Endziel) et les étapes de sa réalisation. En vue de ce but final, les juifs devaient être concentrés dans les villes depuis les campagnes 40.
Poliakov commente:
C'est ainsi que, toujours selon Poliakov, se dessina
Mais, en raison de circonstances défavorables, ce projet ne fut jamais réalisé complètement.
Pendant ce temps, le gouvernement du Reich continuait sa politique traditionnelle d'émigration. En effet, comme le remarque Poliakov:
La défaite de la France fournit l'occasion d'une réalisation en grand de la politique d'émigration juive:
Au cours de la séance du 12 novembre 1938, Goering avait en effet informé l'assistance que le Fuehrer, selon ce qu'il lui avait dit personnellement trois jours auparavant, s'apprêtait à accomplir un geste de politique extérieure auprès des puissances qui avaient soulevé la question juive, afin de parvenir à une solution de la question de Madagascar. "Il dira aux autres Etats: "Pourquoi parlez-vous toujours des juifs? Prenez-les!" 45.
Himmler également était favorable à une émigration juive massive, comme on le voit d'après la note "Einige Gedanken ueber die Behandlung der Fremdvoelkischen im Osten" (Quelques réflexions sur le traitement des personnes de race étrangère à l'Est) de mai 1940, dans laquelle il écrivait:
Dans la même note il repoussait
Le 24 juin 1940, Heydrich communique au ministre des Affaires étrangères Ribbentrop que plus de 200.000 juifs avaient émigré hors du territoire du Reich, mais que
A la suite de cette lettre, le ministère des Affaires étrangères élabora le "projet de Madagascar".
Le 3 juillet 1940, Franz Rademacher, responsable des affaires juives au ministère des Affaires étrangères, rédigea un rapport intitulé "Die Judenfrage um Friedensvertrage" (La question juive dans le traité de paix), qui s'ouvre sur la déclaration suivante:
Après avoir exposé les tâches du ministère des Affaires étrangères relativement à cette solution, Rademacher continue:
C'est précisément en cela, ainsi que le remarque Joseph Billig, que consiste "la solution territoriale de la question juive, comme Heydrich la désigne à Ribbentrop"50.
Le rapport de Rademacher fut approuvé par Ribbentrop et transmis à l'Office central de sûreté du Reich qui "élabora un plan détaillé pour l'évacuation des juifs à Madagascar et pour leur installation sur place; ce plan fut approuvé par le Reichsfuhrer SS"51.
Le 12 juillet 1940, de retour de Berlin où il avait été reçu par Hitler, Hans Frank, gouverneur de Pologne, prononça un discours dans lequel il déclara:
Le 25 juillet, Frank répéta que le Fuehrer avait décidé que les juifs seraient évacués complètement dès que les transports outre-mer le permettraient 53.
Otto Abetz, ancien ambassadeur allemand à Paris, déclara en revanche que la destination de l'émigration juive devait être les Etats-Unis:
En octobre 1940, Alfred Rosenberg écrivait un article intitulé "Juden auf Madagascar" (Les juifs à Madagascar). Déjà en 1927, y rappelait-il, au congrès antijuif de Budapest,
Il réitérait cette proposition en souhaitant qu'à l'institution d'une réserve juive (juedisches Reservat) à Madagascar, affaire qu'il considérait comme un "problème mondial", collaborât "la haute finance juive" des Etats-Unis et de l'Angleterre 55.
D'après une communication
de Bormann à Rosenberg, en date du 3 novembre 1940, Hitler
s'opposait pour l'instant à la publication de l'article
en question, sans exclure qu'il puisse être publié
dans les mois suivants 56