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LA VIEILLE TAUPE

Organe de critique et d'orientation postmessianique

 B. P. 98. 75223 PARIS cedex 05


 

Pierre GUILLAUME Jeudi 4 décembre 2003

 

 

Emilio Madrid Exposito

C. Las Agudas, 33, 3° 4A

08033 BARCELONA

Espagne

 

 

Cher Camarade,

 

Denis Authier m'a remis un exemplaire de votre édition espagnole du Rapport de la délégation sibérienne de Léon Trotsky.

C'est une excellente idée d'avoir réédité ce texte prémonitoire et prophétique de Trotsky. Il constituait une critique de la pratique bolchévique-léniniste dès l'origine, critique à laquelle Trotsky a hélas renoncé dans sa pratique politique ultérieure, sans parler de la pratique désastreuse des organisations dites trotskistes.

Aujourd'hui l'effondrement du Mur de Berlin et le passage, sans contre-révolution et sans grande transformation des rapports de production, à un capitalisme plus classiquement libéral et maffieux met un terme définitif au débat engagé par les gauches allemandes et italiennes avec le trotskisme sur la nature de l'URSS, et met un terme aux fariboles non-marxistes sur les «bases du socialisme» et la criminelle[1] «défense de l'URSS».

Cette réédition me fait d'autant plus plaisir aujourd'hui, où le rôle d'anciens trotskistes à tous les niveaux de la politique spectaculaire en France, et la récente alliance électorale de LO et de la LCR, laissent craindre que le confusionnisme et l'opportunisme trotskistes n'aient pas terminé de faire leurs ravages.

La traduction espagnole de ce texte que la Vieille Taupe avait publié aux Cahiers Spartacus me paraît donc particulièrement opportune et stratégique. Elle m'incite à le rééditer en France dès que j'en aurai la possibilité matérielle.

C'est un grand honneur que vous m'avez fait en associant au texte de Trotsky mon propre texte Idéologie et lutte de classe, et celui de Jean Barrot Le "renégat" Kautsky et son disciple Lénine, consacrés tous deux à la critique du bolchevisme et du léninisme... D'autant plus que le texte de Jean Barrot date d'une époque dont j'ai la nostalgie où Jean Barrot était le porte-plume moins paresseux que moi des discussions que nous avions ensemble. Son texte expose des positions que je partage complètement.

Dans votre courte justification de la présence de nos textes dans votre édition du Rapport de la délégation sibérienne je relève ceci : (traduction orale par Denis, relevée au téléphone, donc approximative)

«Finalement nous voulons faire ressortir que le poids de la société capitaliste, dans sa conjoncture actuelle, et celui de la classe dominante en particulier, est d'une telle puissance qu'elle ne cesse d'avoir des effets pernicieux, y compris sur des personnes qui, à un certain moment, ont pu défendre des positions révolutionnaires.

C'est la raison pour laquelle les Éditions internationales Spartacus peuvent seulement répondre de la publication de ces articles, mais pas de l'évolution politique ultérieure de ses auteurs. Barcelone — juillet 2002

 

Je pense qu'il faut voir là une allusion à la défense (indéfectible dans mon cas, défectible dans le cas de Jean Barrot) de l'œuvre de Paul Rassinier, puis dans mon seul cas, à la défense de Robert Faurisson et des conclusions révisionnistes auxquelles l'un comme l'autre étaient parvenus.

Il va de soi que cette formule de mise en garde ne me choque pas.

Je dirais même qu'elle devrait aller de soi à l'égard de tout texte dont l'auteur est vivant. Plus généralement tout texte ne devrait-il pas être considéré d'abord et avant tout en raison de ce qu'il dit, indépendamment de tout élément contextuel.

Trotsky lui-même n'a-t-il pas constaté : «La révolution est une grande dévoreuse d'hommes et de caractères». Et lorsque la Vieille Taupe pour sa part avait décidé de publier en français le Rapport de la délégation sibérienne, en 1969, c'était déjà en raison de l'intérêt intrinsèque du texte, nonobstant l'évolution ultérieure de Lev Davidovitch Bronstein.

Pour ma part, dès mes jeunes années à Socialisme ou Barbarie, alors que c'était Max Eastman ou Boris Souvarine qui avaient le don d'exciter l'ire des militants, pour avoir, pensait-on, «trahi», je trouvais déjà cette colère inutile et préférais me borner à leur être reconnaissant de ce qu'ils avaient apporté au mouvement communiste, nonobstant leur «trahison» ultérieure, et c'est ce à quoi je pensais il y a peu, en assistant discrètement à la séance lamentable présidée par Claude Lefort d'un colloque consacré au renouvellement de l'anathème majeur lancé contre les révisionnistes et à leur trépignation publique.

Je préférais penser à Montal/Lefort auquel je dois beaucoup, à l'époque où il participait à Socialisme ou Barbarie.

Pourquoi reprocher aux uns et aux autres d'avoir perdu ou infléchi leur foi et leur espérance communistes, à plus forte raison dans des circonstances et à des époques où il fallait être un peu fou pour conserver cette foi et cette espérance. De toute façon cette foi et cette espérance sont sans objet si elles ne se régénèrent pas en permanence, non pas dans le cerveau des intellectuels petits-bourgeois (comme eux et comme moi) mais dans l'expérience prolétarienne et dans la situation insupportable faite aux êtres humains dans leur ensemble par la société spectaculaire-marchande.

Dans ces périodes désespérantes, il n'y a rigoureusement rien à faire, sinon transmettre le plus de vérités vérifiables possible, y compris les vérités apparemment contre-révolutionnaires, car la foi et l'espérance doivent rester réalistes, sauf à devenir irréelles et pathologiques.

Pourtant, à la réflexion, votre mise en garde à mon égard, qui devrait aller de soi pour les raisons exposées ci-dessus, comporte cependant une aporie irréductible:

Je n'ai jamais renié ou regretté ou oublié ces textes, et puisque votre édition espagnole m'a fourni l'occasion de les relire, je peux confirmer que je n'en renie pas une virgule. Tout au plus pourrais-je souhaiter, après 35 ans, développer l'argumentation pour la rendre plus percutante encore.

Mais surtout, et c'est bien là le plus curieux, si j'ai éprouvé à quel point «…le poids de la société capitaliste, dans sa conjoncture actuelle, et celui de l'idéologie de la classe dominante en particulier, est d'une telle puissance qu'elle ne cesse d'avoir des effets pernicieux, y compris sur des personnes qui, à un certain moment, ont pu défendre des positions révolutionnaires», les nombreuses et parfois énormes pressions que j'ai subies depuis vingt-cinq ans se sont toutes exercées sans aucune exception dans le but de me faire renoncer, sinon aux thèses révisionnistes, du moins à leur défense et à leur expression. Jamais je n'ai été l'objet de la moindre pression en sens inverse,… même pas de la part de Faurisson !

Peut-être même rien n'est-il finalement plus révélateur de «la conjoncture actuelle»  et de l'écrasante puissance pernicieuse de l'idéologie de la classe dominante que le fait que quelques cornichons de Spartacus France soient allés jusqu'à me dénoncer comme «raciste» et «fasciste» simplement pour n'avoir pas à modifier leurs convictions et leur réseau de relations. La prise en compte des arguments révisionnistes aurait rendu inéluctable et douloureux une remise en question et risqué de compromettre leurs minuscules carrières. Parce qu'ils étaient sensibles, eux, «au poids de la société capitaliste» et à «celui de l'idéologie de la classe dominante en particulier».

Cela a été un sujet de réflexion pour moi. En tant que directeur de publication du bulletin Pouvoir Ouvrier, ou en tant que diffuseur des Cahiers Spartacus et financeur de plusieurs numéros, je n'avais jamais eu le moindre ennui, en dehors de la visite polie, à mon domicile, d'un inspecteur des Renseignements Généraux que le hasard a fait tomber pendant que Guy Debord était chez moi.

En tant que révisionniste j'ai dû d'abord renoncer à mon emploi, survivre dans des conditions invraisemblables en fondant une maison d'édition avec mon indemnité de licenciement, puis fermer cette édition et continuer clandestinement. J'ai subi six perquisitions, je ne sais combien de gardes-à-vue, je ne sais combien de procès, des amendes très lourdes, je ne sais combien de mois de prison avec sursis (en matière de presse une nouvelle condamnation ne lève pas automatiquement le sursis, c'est le tribunal qui décide). J'ai eu contre moi la quasi-totalité de l'Université française, des médiats, la police, la justice, tous les partis politiques, y compris les gauchistes et le Front National[2]

 J'ai subi aussi un certain nombre d'agressions physiques, dont trois ont laissé des cicatrices. J'ai reçu des menaces de mort, par téléphone, par la poste, sur le paillasson et sur la porte de mon appartement. J'ai eu neuf fois un pneu de ma voiture crevé… Ma librairie a été l'objet de plusieurs attentats, sans compter les manifestations régulières plus ou moins violentes, parfois extrêmement violentes

En ce qui concerne des pressions d'une nature plus classiquement capitaliste, un certain Nicod, secrétaire général de la LICRA, m'a proposé de subventionner la Vieille Taupe !

Il avait bien connu Lefeuvre. Il appréciait beaucoup le travail que j'avais fait aux Cahiers Spartacus, et plus généralement l'exhumation de textes antistaliniens du mouvement ouvrier, et la diffusion de Socialisme ou Barbarie… Il était disposé à subventionner «de manière significative» cette activité là. Mais… il fallait que je renonce à publier Rassinier (à l'époque je venais de republier le Mensonge d'Ulysse) qui n'était pas un auteur bien sérieux. Cette publication n'était pas digne de moi. Elle allait entraîner des polémiques inutiles et préjudiciables et décevoir tous ceux qui avaient apprécié la Vieille Taupe. Et si j'avais espéré gagner de l'argent avec ça, il était prêt à me dédommager pour commencer en rachetant le stock au prix public…!

Mais pourquoi diable aller chercher tous ces arguments-là. N'est-il pas plus évident que le nez au milieu de la figure que Georges Bush croit au génocide-holocauste-shoah ou affecte d'y croire, tout comme Jacques Chirac, Lionel Jospin, Ariel Sharon et Yasser Arafat. Même Mahathir Mohamad, dont la récente déclaration sur le pouvoir occulte des Juifs (je voudrais bien savoir en quoi ce pouvoir est occulte)  a déclenché un hourvari mondial, commence par déclarer que les Européens (et pas seulement les Allemands !) ont exterminé 6 millions de Juifs sur les 12 millions qu'il y avait en Europe (prétend-t-il) !!

Il est manifeste que la classe dominante dans la quasi-totalité de ses composantes croit au génocide-holocauste-shoah et aux magiques chambres à gaz, ou affecte d'y croire.

Si donc je m'acharne envers et contre tout à démentir cette croyance, c'est peut-être parce que je suis fou, ou parce que, comme l'a suggéré Finkielkraut, par fidélité à un rêve ultra-gauchiste, je dénie la réalité et m'oppose à l'évidence simplement par haine de toute vérité officielle…

Mais dans tous les cas le combat révisionniste ne peut absolument pas être le produit d'une soumission à «l'idéologie de la classe dominante» pour la simple et unique raison que le génocide-holocauste-shoah fait partie de l'idéologie de la classe dominante, dont il est le fumet spiritualiste. Le génocide-holocauste-shoah est même devenu en France la seule religion de l'État prétendument laïque. Il est enseigné à tous les enfants des écoles en lieu et place du catéchisme ! Et il constitue un dogme républicain depuis que la loi Fabius-Gayssot interdit de le contester.

Mais Finkielkraut se trompe. Je nie l'existence des chambres à gaz parce que les chambres à gaz n'ont pas existé, un point c'est tout. Je nie le génocide-holocauste-shoah parce que le génocide-holocauste-shoah est un mythe antifasciste né des horreurs bien réelles de la guerre et de la persécution bien réelle et spécifique des juifs. Ce mythe a principalement servi au réarmement moral de la démocratie capitaliste et à la justification de la guerre, dès lors qu'elle se proclame antifasciste. Il a servi à criminaliser idéologiquement non seulement le pacifisme, mais à fortiori, le défaitisme révolutionnaire, dont plus personne, en dehors de la vieille taupe, qui a une mémoire d'éléphant, ne sait même plus ce que cela veut dire.

Je pense personnellement que le mythe des magiques chambres de destruction massive de Hitler était de toute éternité destiné à craquer en même temps que le mythe sioniste, ce qui ne saurait tarder. Et donc l'héroïsme des Palestiniens, et des Irakiens, qui ne doit rien à l'idéologie, fût-elle musulmane, mais doit tout aux conditions insupportables qui leur sont faites, aura joué un rôle beaucoup plus important que toute l'argumentation révisionniste que nous avons développée et diffusée depuis vingt-cinq ans. Mais c'est là une autre histoire.

D'ailleurs peu importe ce que je pense… On verra bien.

 

Dans l'immédiat pouvez- vous m'envoyer trois exemplaires de votre édition du Rapport de la délégation sibérienne, et m'indiquer le prix pour d'éventuelles commandes ultérieures. Plus généralement, pouvez-vous joindre un catalogue avec les prix… et toutes informations que vous jugerez utiles sur Ediciones Espartaco internacional

…Et enfin m'indiquer, si vous les avez, les coordonnées de Claude Bitot.

Avec tous les vœux de la Vieille Taupe pour le développement de vos activités et l'assurance de ma camaraderie révolutionnaire,

Bien à vous.

Pierre Guillaume

 

 

 

Cette lettre est restée sans réponse.



[1] Je dis bien «criminelle». La Vieille Taupe est favorable à l'amnistie des criminels trotskistes, comme elle est favorable à l'amnistie des criminels socialistes nationaux, et staliniens, comme elle sera favorable à l'amnistie des criminels sionistes, dès qu'ils auront cessé de nuire.

[2] Même si Jean Marie Le Pen est le seul homme politique à m'avoir adressé une lettre de sympathie, prudente mais digne, en rappelant que le FN avait «très explicitement fait figurer dans son programme de gouvernement l'abrogation immédiate des lois liberticides Pleven et Gayssot», le Front National en tant que tel n'a jamais accepté la diffusion de documents révisionnistes au cours de ses manifestations et son service d'ordre a toujours fait la chasse à ceux qui essayaient avec plus ou moins de succès de passer outre à l'interdiction.

Pour être complet, LO (Lutte Ouvrière) est la seule organisation politique dont le service d'ordre soit intervenu pour me laisser diffuser librement un tract de la Vieille Taupe à l'entrée de la Mutualité où se tenait leur meeting.



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