AAARGH
1er Mai 2009
« C‘est le mois de Marie, c’est le mois le plus beau,
À la Vierge chérie, offrons un chant nouveau !»
C’est plutôt au 1er Mai 1968 que je songeais en me rendant place Denfert-Rochereau, ce 1er Mai 2009. Souvenirs ! Souvenirs ! À l’époque, l’agitation étudiante se développait depuis quelque temps à Nanterre. Le « Mouvement du 22 mars » venait d’être créé autour de Cohn-Bendit (Daniel), qui passait régulièrement à La Vieille Taupe, librairie, 1, rue des Fossés-Jacques, Paris V°.
Le Conseil de nos Sages de l’époque considérait cette agitation estudiantine, et les intellectuels en général, avec une grande suspicion. Mais des grèves sauvages (hors contrôle des syndicats) avaient éclaté en plusieurs endroits en France et un certain bouillonnement théorique et pratique devenait perceptible dans le petit milieu des diverses relations de La Vieille Taupe, où s’effectuaient des rencontres et des confrontations improbables et où circulaient les informations stratégiques. Toujours est-il que je m’étais rendu à la manifestation, contrairement à mon habitude (puisque par principe je n’attends rien des manifestations syndicales). Et les circonstances avaient fait que nous avions escaladé en nombre la statue de la République, d’où j’avais lancé des diatribes, critiques des pratiques syndicales, en particulier au passage de banderoles C.G.T., sans susciter la moindre hostilité autour de moi, ni de réactions des bonzes syndicaux apostrophés, mais plutôt des sourires et des approbations de la part des travailleurs des « boîtes » qui les entouraient ! Et nous avions été plusieurs (je parle de gens expérimentés, au jugement pondéré) à percevoir comme un frémissement dans le classe ouvrière, et un relâchement de la chape de plomb syndicale … On sentait la présence en masse d’ouvriers et de prolétaires. Dans la manifestation les discussions les plus diverses s’engageaient dans un climat de grande liberté.
J’avais aussi ressenti quelque chose de similaire lors de la manifestation ouvrière du 29 janvier dernier qui s’était terminée place de l’Opéra (voir Bilan…5ter). Et je n’excluais pas d’être le témoin de phénomènes analogues lors de cette manifestation claironnée par tous les syndicats unis.
Eh bien, ce 1er Mai 09, je n’ai rien ressenti de semblable, à Denfert-Rochereau ! Dès l’arrivée à proximité de la Place, avec mes fidèles Sonderkommando, nous stationnons la voiture de fonction, bourrée de dynamite idéologique et spirituelle, grâce à l’aimable collaboration de policiers du service d’ordre, boulevard St Jacques. On devine, dès 13 heures, une grande affluence sur la place. Alors que le 24 janvier (la première grande manifestation organisée en protestation contre les bombardements de Gaza, j’avais remarqué immédiatement, et été indisposé, par la présence d’un grand ballon captif rouge marqué P.C.F. qui prétendait imposer sa marque sur toute la manif, cette fois c’est une bonne dizaine de ballons multicolores divers qui flottent au-dessus de la place ! Dès 13 heures, la place est quadrillée et contrôlée par toutes sortes de « Gentils Organisateurs », avant l’arrivée du bon peuple. Mais pas le temps d’aller inspecter tout cela. Nous ne sommes que trois ! Un sonderkommando a fait défection avenue des Ternes, ce matin. Mais surtout le seul Sonderkommando complètement opérationnel et capable d’assurer éventuellement seul, même en milieu hostile et dangereux, la diffusion que j’envisageais, m’avait fait faux bon ce matin, et je n’aurai l’explication de son absence que le soir, à mon retour au PC opérationnel, à Beaune. L’urgence était donc d’aller au rendez-vous donné à d’autres Sonderkommando potentiels à 13 h. 45 – 14 h. devant la gare du Métro-RER. Un seul fidèle au rendez-vous ! Un mathématicien rital.
Mais ! Mais ! Mai…Aucune importance, des copains du L.K.P. Gwadeloup diffusent justement là, et en nombre. Beaucoup d’entre eux ne veulent certes pas entendre parler du révisionnisme, auquel ils ne connaissent rien, ni avoir affaire avec la VT, mais en aucun cas ils ne nous laisseraient nous faire agresser par des stals-, des trots-, ou des anars sionistes des diverses orgas présentes, ce qui était le risque principal…ou tous autres agresseurs.
Si bien que c’est sans la moindre inquiétude que nous avons commencé à distribuer toutes sortes de documents historiques de la Vieille Taupe, qui ont en général la particularité d’aborder en situation des phénomènes historiques fondamentaux, et restent donc de ce point de vue d’une actualité éternelle.
Le poème de Wilhelm Stein, les dessins de Chard, le carton de Raymond Barre, que de braves policiers étaient venu naguère saisir chez moi, le tract Brigitte Bardot, le tract Intifada sans frontière, le tract Dessous : Descartes et la Seconde et dernière lettre ouverte à Lionel Jospin. Pendant 2 heures le Sonderkommando à diffusé des milliers de documents, sans le moindre incident ! Je n’appelle pas incident le fait qu’une dame m’ait rendu le tract BB, parce qu’elle n’appréciait pas l’usage dans le titre des mots « lobby sioniste », ni qu’un homme ait rageusement froissé un tract. (Il faut d’autant plus fermement défendre le droit des sionistes d’extérioriser leur mécontentement et d’exprimer leur déception que les occasions de le faire vont se multiplier pour eux). Au contraire, un nombre surprenant (c’est-à-dire quelques-uns – n’exagérons rien) des gens qui déboulaient du métro manifestaient qu’ils identifiaient la Vieille Taupe (– Ah !, ben vous êtes gonflés ! Mais vous ne craignez rien ?) ou au contraire s’arrêtaient incrédules à la lecture des premières phrases, puis rangeaient soigneusement la carte, ou pliaient soigneusement le texte. Des passants vinrent en réclamer plusieurs. En tout cas nous n’avons pas vu un seul des documents VT parmi les papiers par terre. Pas un seul ! Et nous avons eu des manifestations de sympathie de la part de porteurs de sigles divers, y compris de militants P.C.F. !
Cependant, je le répète, cette manifestation n’a pas été une manifestation des masses ouvrières. Les informations radiophoniques l’ont confirmé ce matin. Mes premières impressions avaient été justes. C’est une frange particulière qui s’est dérangée, pas la masse ouvrière. Numériquement c’est un échec pour la mobilisation syndicale. Après les marchands d’Orviétan de la politique, les syndicats ont aussi commencé à perdre le contrôle des masses ouvrières et ne font plus illusion.
La perte des illusions est un grand pas vers le réalisme. Et la réalité est complexe.
Les Sonderkommando de la Vieille Taupe étaient là comme des poissons dans l’eau !
Si bien qu’en dépit de l’absence au rendez-vous de plusieurs Kommando, de la désertion de quelques-uns, et du fait que les présents étaient encore de très jeunes recrues sans expérience, il fut décidé de procéder à l’essais en vraie grandeur et en situation, de l’arme secrète de destruction massive, péniblement mise au point par la Vieille Taupe au cours des années 2007-2008.
Ce sont Noël et Nicolas qui furent désignés pour faire trois fois le tour de la manifestation en lançant vers le ciel de petits paquets de « confetti VT », qui comportent sur une face un 18 (dont on se demande bien ce qu’il peut signifier, n’est-ce pas ?) afin de baptiser gentiment cette manifestation du 1er Mai, où la Vieille Taupe fait tout ce qu’il lui plait. Pas le moindre incident !
Mission accomplie !
Mais revenons maintenant sur les débuts de cette journée mémorable. À l’instigation de Léon Arnoux, et de Joël Bouard, rendez-vous avait été donné devant une chapelle privée, 17, avenue des ternes, pour une Messe en la mémoire et pour le repos de l’âme du Maréchal Pétain. J’évalue à environ 90 personnes, très âgées à quelques exceptions près, l’assistance à cette Messe. Nous avons le plaisir de rencontrez quelques connaissances révisionnistes et l’occasion de coller quelques « LEWKOWICZ A RAISON ». À la sortie de l’office, Noël distribue le tract Dessous : Descartes. Multiples discussions détendues et échanges d’informations. Les Sonderkommando sont comme des poissons dans l’eau !
Si bien que nous décidons, Noël et moi, avant le rendez-vous de 14 heures place Denfert-Rochereau, d’aller écouter, place des Pyramides, sous la statue de Jeanne d’Arc, la fin du discours de Jean-Marie Le Pen, qui suscite d’après mon expérience, à gauche comme à droite, des haines inextinguibles, mais que je n’ai jamais entendu personnellement dire des conneries , et qui est convaincu, lui que « Lewkowicz a raison ». Garé la voiture de fonction rue du Louvre sur une place de taxi miraculeusement libre, nous parvenons place des Pyramides à la fin du discours, en distribuant quelques documents et autocollants rue de Rivoli. Nous rencontrons quelques révisionnistes historiques, dont Michel, Françoise, Hervé, Georges… À l’idée que nous pourrions tester ici notre arme de destruction massive, Hervé ne cache pas son inquiétude, et quand je lui annonce que nous irons au défilé « syndical » l’après-midi, il y voit la confirmation que je suis décidément complètement fou et que j’ai la vocation du martyr. Mais nous lançons…en divers points, et sur la tribune officielle, et sur la tribune de la presse, où de multiples camera(s) (chambre en latin) sont braquées sur la tribune officielle, nos petits « confetti ». Si cela ne s’est pas encore vu dans les médiats, c’est que cela a été censuré ! C’est donc que cela méritait d’être censuré ! (Comme aurait dit le Président Mao, être censuré est une bonne et non une mauvaise chose ! L’avantage de la censure, c’est qu’elle signale aux gens intelligents ce qu’il est important pour le Pouvoir de cacher.) Aucun incident notable, même quand le bras puissant d’un membre du DPS s’est abattu sur les frêles épaules de Noël, qui n’en menait pas large (Il serait plutôt gauchiste d’origine) – « Ah ! La Vieille Taupe ! Circulez ! ».
Nous étions comme des poissons dans l’eau !