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« I understand your position,… »

« Je comprends votre position,… »
Chomsky-Faurisson
10 mai 2009

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LA VIEILLE TAUPE

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Ceci est la reproduction d’un courriel issu de « Bocage » qui diffuse des informations sur l’Affaire Faurisson et la question du révisionnisme historique concernant le sort des Juifs pendant la deuxième guerre mondiale.

L’échange complet de correspondances entre Faurisson et Chomsky peut être consulté dans les archives du blog :

http://robertfaurisson.blogspot.com/2008/08/un-echange-avec-noam-chomsky-sur.html

La position du professeur Faurisson lui-même ne semble pas différente de celle qui se dégage de la lecture attentive de ce courriel. Cela devrait au moins rappeler aux jeunes générations qu’au siècle dernier, l’ouvrage « scandaleux » du Professeur Faurisson, Mémoire en défense contre ceux qui m’accusent de falsifier l’histoire. La question des chambres à gaz, qui est le factum déposé par le Professeur au tribunal devant lequel il avait été attrait par la LIC(R)A et autres associations mémorielles, était précédé d’une préface du Professeur Noam Chomsky.

Chomsky était déjà intervenu dans cette affaire et dans ce procès, notamment par la signature remarquée d’une pétition comportant 500 signatures étrangères, principalement d’universitaires américains, déposée au tribunal. Cette pétition avait très certainement joué un rôle décisif pour faire comprendre au tribunal les véritables enjeux du procès, et l’inciter pour le moins, à soigneusement tremper sa plume dans l’encrier pour la rédaction d’un jugement qui ferait date. La préface de Chomsky n’apportait pas de novations décisives, sinon en ceci que, cette fois, elle interdisait pratiquement aux médiats de continuer à désinformer en rond et à ne présenter au public que la thèse de l’accusation licrasseuse, sans jamais donner le point de vue de la défense, ses documents et ses arguments.

Cette toute petite brèche dans le conformisme médiatique était LA grande novation. Elle ne s’est jamais complètement refermée…

Il est parfaitement exact que cette préface, après la pétition, réclamait pour le Professeur Faurisson le respect de ses droits. De tous ses droits. Mais ce qui est curieux c’est que l’auteur du courriel semble bien déplorer que le soutien de Chomsky se soit limité à cela ! En effet : « le professeur américain s’empressa (?) de préciser qu’il avait rédigé la préface sans avoir lu le livre de Faurisson ». Mais qu’aurait-on voulu qu’il fît d’autre ! Sur un sujet polémique et controversé dont il ne connaissait rien, il eût été ridicule et inconcevable de prendre la défense des thèses de Faurisson. C’eût été au surplus contre-productif, non seulement pour les combats que Chomsky avait choisi de mener, mais plus encore pour les thèses révisionnistes dont il eût été un piètre défenseur.

C’est peu, très peu, de dire que « cette préface lui fut vite reprochée ». Ce fut un déchaînement. Uniquement limité par la nécessité stratégique pour les censeurs de Faurisson de ne pas laisser voir au public le désarroi qui avait envahi leur camp, et de ne pas pousser Chomsky à s’engager plus avant. Peu ont perçu depuis la France, qu’au même moment, la montée en puissance de la réaction impérialiste américaine, suite à l’échec vietnamien, faisait subir à Chomsky, avant même cette prise de position, une répression vengeresse. Outre une censure croissante dans différents grands médiats, et la multiplication d’attaques perfides, un de ses livres avait été retiré de la vente et mis au pilon par son propre éditeur[1]  sur injonction des financiers propriétaires! L’accusation d’avoir soutenu Faurisson et les thèses révisionnistes était une nouvelle arme aux mains de ceux qui voulaient déconsidérer Chomsky et contrer son combat anti-impérialiste. Ils ne s’en privèrent pas. Et au surplus ce soutien allait jeter un désarroi durable parmi les propres supporters de Chomsky, qui n’eurent de cesse de la harceler pour qu’il renonce à ces principes, au moins dans ce cas particulier indéfendable !

Chomsky, cela va sans dire, juge ridicule de concept de « plus grand intellectuel vivant ». Mais sauf à croire qu’il soit un imbécile, il devait probablement  avoir mesuré les risques quand il a décidé de sauter le pas et de venir, envers et contre tout, au secours de Faurisson. Et comme il ne connaissait pas Faurisson et pas bien ses thèses, ce ne pouvait donc pas être un amour homosexuel pour Faurisson ni une passion négationniste cachée qui dictait son comportement !

En défendant les droits de Faurisson, Chomsky défendait donc d’abord ses propres principes et l’image qu’il avait de lui-même, et cela d’autant plus que la censure, et les justifications dont elle se couvrait, comme les palinodies des soi-disant défenseurs de la liberté, ressemblaient furieusement à ce qu’il venait de connaître lui-même aux États-Unis. Circonstance particulière, le principal et le plus acharné calomniateur de Faurisson en France se trouvait justement avoir été le meilleur supporter de Chomsky contre la censure aux États-Unis ! Il avait contribué à la traduction française de son livre censuré aux États-Unis ! Il s’agit de l’inénarrable Jean-Pierre Faye, qui avait instantanément oublié tous les beaux arguments contre le principe même de la censure, dés lors qu’il s’agissait cette fois de la tâche sacrée d’écraser l’infâme (Faurisson).

Que dans ces circonstances générales et particulières Chomsky soit parvenu à se faire une idée de la situation et à prendre la décision de se jeter à l’eau aux côtés de Faurisson après une conversation de 20 minutes avec moi, en présence de Serge Thion, en déambulant entre le Luxembourg, la rue Madame, la rue de Mézière et la rue Cassette, me permet de dire que Chomsky a été véritablement un homme exceptionnel, nonobstant le fait que je n’ai pas lu ses travaux linguistiques et n’ai pas les qualifications universitaires de cette andouille de Faye[2]

Depuis cet instant Chomsky a tenu à la perfection l’engagement qu’il avait pris, et j’ai essayé de faire de même. Engagement intransigeant en faveur de la liberté de recherche et de la liberté d’expression, ce qui ne signifie pas la liberté de dire n’importe quoi, contrairement à ce que pensent les imbéciles.

Les principes sur lesquels s’était établi notre accord sont tout simplement les règles élémentaires de l’honnêteté intellectuelle. Ce sont des règles qui ont été réaffirmées à la « Renaissance » et à l’époque dite « des Lumières » et qui semblaient acquises. Les apories de la censure avaient été analysées très complètement par Karl Marx dans un texte fondateur : Remarques sur la récente réglementation de la censure prussienne. Ce texte avait précisément été réédité par la Vieille Taupe, dans les Cahiers Spartacus (n°33 – avril – mai 1970), en dénonciation explicite dans une courte présentation [par Denis Authier] de la censure la plus agressive à l’époque, la censure [p]russ[ienne] et celle des partis soi-disant communistes, devenus la clef de voûte de la contre-révolution.

Ce ne pouvait être que sur cette base que se soit formée l’entente entre Chomsky et la Vieille Taupe, et certainement pas sur l’état instantané d’une opinion quelconque sur un sujet quelconque, état essentiellement fluctuant qui dépend des intérêts, du degré d’information et des recherches de chacun, et de beaucoup d’autres choses encore…

Cette entente sur des principes, et non pas un accord des opinions sur un sujet quelconque, a pu s’établir très rapidement, et jusqu’ici indéfectiblement, parce que, même si la pensée de Chomsky, comme celle de la vieille taupe, ne se laisse pas aisément découper en tranches destinées être placées dans les cases préétablies dont les Gayssots ont besoin pour se rassurer et croire qu’ils pensent, cette pensée s’est formée personnellement et historiquement dans une réflexion sur une expérience historique, celle de la révolution mondiale, celle de la révolution russe et de sa dégénérescence, celle de la révolution allemande, et de son écrasement.

Chomsky, idéologiquement, est issu de l’ultra-gauche, à la condition de ne pas faire de ce terme une nouvelle case pour la pensée de ceux qui ne pensent pas, mais de le comprendre comme le mot qu’ont choisi des courants issus des expériences révolutionnaires ratées du XXième siècle pour signifier que leur réflexion sur ces échecs les avaient conduit à des conclusions radicalement au delà de la gauche, et de la logique parlementaire et représentative[3].

Parmi ces conclusions, le respect intransigeant de la vérité historique, sans aucun doute, et la volonté de la rechercher au-delà des faux-semblants et des mensonges de la propagande et des constructions idéologiques. Ce qui suppose une liberté totale d’investigation, et le refus de toute vérité révélée, ou dogmatiquement obligatoire. La vérité, ce n’est pas ce qui est mis à l’abri de la critique, c’est ce qui résiste victorieusement à la critique exercée en toute liberté. La censure dénote toujours une incapacité des censeurs à répondre valablement à la critique.

C’est pourquoi on ne peut que s’étonner de voir Bocage déplorer que Chomsky ait défendu ces principes sans prendre d’abord position sur le fond historique des thèses de Faurisson, alors que c’est au contraire tout à son honneur, puisque, mesurant parfaitement tout ce qu’il risquait, et qui s’est effectivement produit, il a défendu un principe réellement et pratiquement. Ce qui suffit à le différencier radicalement de la valetaille intellectuelle et universitaire.

D’ailleurs, défendre la liberté d’expression uniquement pour des opinions dont on aurait soi-même vérifié la validité, ou au moins le sérieux, c’est se condamner, dans tous les cas pratiques de censure, à intervenir au mieux comme les cavaliers d’Offenbach, et laisser s’exercer toutes les censures réelles dans les faits. Chomsky ne pouvait pas avoir lu le Mémoire en défense de Faurisson avant qu’il ne paraisse, et il ne donnait pas une préface à l’appui des thèses de Faurisson, qu’il ne connaissait pas, et dont il venait de découvrir, avec stupéfaction, que Serge Thion et moi-même les partagions totalement !

Combien de temps aurions-nous dû lui accorder pour se faire lui-même son opinion sur un sujet difficile et controversé, que le tribunal puis la cour ont examiné pendant plus de quatre ans ? Vingt-quatre heures de réflexion ? Une semaine ? Quinze jours ? Six mois ? Un an ? Pour prendre connaissance et vérifier la documentation et les raisonnements de  Faurisson et de ses adversaires ! Et avec un revolver sur la tempe ! Et la conséquence inévitable d’entrer corps et âme dans un débat et d’y sacrifier son propre combat anti-impérialiste ! Et la certitude qu’entre temps Faurisson et les révisionnistes (dont Thion et moi) serions complètement submergés par l’adversité !

Tout au contraire sa prise de position claire, réelle, efficace et effective, en faveur de la liberté d’expression laissait aux révisionnistes la tâche de défendre leurs thèses et aux « licrasseux » la tâche de défendre leurs propres thèses, et de dévoiler les faussetés de la thèse révisionniste.

Quels étaient les risques de cette position de principe ?  Si les « exterminationnistes » parvenaient effectivement à invalider la documentation et les raisonnements de Faurisson, la thèse révisionniste s’en serait trouvée définitivement anéantie et la preuve aurait été apportée que la liberté d’exposer librement leurs thèses, et non pas la censure, aurait été le meilleur vecteur de l’anéantissement définitif de thèses erronées. Si, au contraire, Jean-Pierre Bloch et les licrasseux n’y parvenaient pas, cela démontrerait que les certitudes licrasseuses méritaient, pour le moins, d’être revisitées.

Sur le plan pratique de la dialectique de la polémique, l’éventuel ralliement de Chomsky à la thèse révisionniste, que semblent bien avoir souhaité aussi bien Bocage que Faurisson, n’aurait rien apporté dans l’ambiance de l’époque. Un juif connu et naguère respecté aurait rejoint les révisionnistes dans le sac dans lequel on s’apprêtait à les noyer ! Un point c’est tout. Le grand public ignore encore que les Juifs qui ne croient pas en l’existence matérielle des Chambres à gaz sont nombreux, mais qu’ils perdent instantanément leur autorité et leur crédibilité par le fait même qu’ils ne partagent pas le préjugé obligatoire.

Combien parmi mes lecteurs, révisionnistes et antirévisionnistes, qui croient bien connaître le dossier, se souviennent de J.G. Burg, juif religieux, auteur de nombreux livres révisionnistes dont la remarquable et dévastatrice brochure Maidanek in alle Ewigkeit ?(Maidanek jusqu’à la fin des temps ?) en 1979, et dont le premier livre d’inspiration « révisionniste » date de 1962 : Schuld und Schicksal (Culpabilité et destin). Il semble bien avoir largement disparu dans le grand trou de mémoire, pour des raisons contradictoires. Parce qu’il était Juif pour certains, parce qu’il ne croyait pas aux chambres à gaz pour d’autres ! Et les exemples semblables abondent : Alfred Lilenthal, Roger Dommergue Polacco de Ménasce, Aron Monus, ou Georges Perec, sans compter le nombre beaucoup plus considérable de juifs qui sont des révisionnistes convaincus sans avoir une œuvre littéraire révisionniste, ou qui, à un moment ou à un autre ont dû lâcher la rampe parce que le combat était trop dur et qu’ils se sont persuadés que les préjugés étaient invincibles ou que le combat révisionniste risquait de porter des fruits amers et non souhaitables. Chacun pourra établir sa liste. Elle est longue, tant de ceux qui ont été contraints de faire téchouva, que des marranes et des relaps révisionnistes.

Mais l’exemple de l’abbé Pierre est plus éclairant encore. Il était la personnalité la plus respectée et la plus aimée des Français. Inutile de dire que sa notoriété médiatique était infiniment plus grande que celle de Chomsky, mais il a suffi de quelques mots, et qu’il réaffirme son amitié et sa solidarité avec Roger Garaudy, et plus encore :« Pour moi, au monastère, j’ai pu au calme lire et annoter le livre incriminé. Je n’y ai rien trouvé de blâmable » pour qu’il arrive… ce qui arriva et dont toute la France a été témoin, sans que cela n’entraîne de réflexions capables de percer la cuirasse des rhinocéros intellectuels et fiers de l’être (intellectuels & rhinocéros).

D’ailleurs le cas de Garaudy lui-même : Ancien dirigeant du Parti Communiste Français, ancien vice-président de l’Assemblée Nationale, ancien résistant, ancien déporté. L’antifascisme était (et il est demeuré) son univers intellectuel et il avait entretenu des relations amicales avec de nombreux dirigeants et intellectuels juifs, dont Emmanuel Lévinas. Rien ne lui est plus étranger que le racisme et l’antisémitisme. Mais il a suffi de quelques pages  pas très orthodoxes dans un livre…

Ceux qui croient qu’une prise de position clairement révisionniste de Chomsky eût aidé Faurisson ne font que révéler par là qu’ils ne comprennent pas la manière dont fonctionnent les Pouvoirs et les croyances. Au contraire, en affirmant le principe de la liberté d’expression, qui n’est pas le droit de dire n’importe quoi, Chomsky a (nolens volens, ça se discute) tendu aux censeurs le piège dans lequel ils se sont pris les pieds, et, ce faisant, il a sauvé la mise, pour un temps décisif, au révisionnisme historique !

C’est la position inexpugnable adoptée par Chomsky qui m’a permis d’obtenir, dans la foulée, l’invitation de Faurisson par Ivan Levaï à son émission du matin sur Europe n°1, où, avec les réserves que j’ai dites ailleurs, Faurisson a pu pour la première fois, et la dernière, s’exprimer dans un grand médiat français. C’est encore la préface de Chomsky qui a été à l’origine de l’intérêt de Roger Garaudy pour les thèses révisionnistes et l’a conduit à franchir le pas et à venir chez moi se procurer de la documentation. C’est dire à quel point cette préface « uniquement en faveur de la liberté d’expression » a joué un rôle irremplaçable.

En reconnaissance des services rendus, Chomsky se voit reprocher…

Quoi au fait ?

« La réponse de Chomsky est à peu près la suivante : il remercie de l’envoi des articles et dit que la position du sionisme est, en effet, devenue moins défendable mais qu’en revanche il n’a jamais pensé que la position exterminationiste pouvait être mise en doute…

Suivent deux autres échanges où le Pr Faurisson explique, comme il sait le faire, les raisons prouvant que la position exterminationniste a pris beaucoup de plomb dans l’aile en 28 ans, et les réponses de Chomsky sont brèves, dénuées de tout argument, de toute explication, la seconde, du 21 août, se limitant strictement aux 8 mots suivants :

« I understand your position, but do not agree » [Je comprends votre position, mais je ne suis pas d’accord].

Voilà ce que Avram Noam Chomsky, le « grand intellectuel vivant » (sondage 2005 publié par le magazine britannique Prospect) a trouvé à répondre au Pr Faurisson…

Bocage et Faurisson sont beaucoup plus intelligents, et courageux, que Chomsky, et sa réputation est surfaite ! N’est-ce pas ?

 C’est ce qui ressort clairement de ce commentaire.

Mais Faurisson et Bocage ont-ils bien lu Chomsky ?

Avaient-ils, pour commencer, bien lu et bien compris la préface de Chomsky au Mémoire en défense. On peut en douter ! Et pour commencer avaient-ils compris le sens et la valeur du principe même qu’y défendait Chomsky. Là, on peut répondre non. À plusieurs reprises, dans le cours de l’affaire, et parfois en des moments stratégiques cruciaux, et sans crainte de torpiller ses amis, Faurisson s’est plu à dire, à contretemps, combien il méprisait la rhétorique de la liberté d’expression et combien il ne s’en revendiquait jamais !

Fort bien. Il y a à cela une bonne raison : la masse de ceux qui s’en revendiquent en toute occasion, en leur faveur et en faveur de leurs copains, mais prennent le ciel à témoin qu’il n’y a pas d’autre solution que la censure pour faire taire les méchants incorrigibles que sont… leurs adversaires ! En deux mots, la rhétorique de la liberté d’expression est effectivement le lieu de la mauvaise foi et de l’incohérence et sert à justifier l’injustifiable. C’est un fait facile à constater.

Mais alors la question qui se posait était : « fallait-il mettre Chomsky et la Vieille Taupe dans le même panier ? » Ou bien, chose inconcevable, y aurait-il un élément ? dans la position de Chomsky et de la Vieille Taupe, et dans leur attachement commun à ce principe, quelque chose qui échapperait à la perspicacité et à l’intelligence de Bocage et de Faurisson ?!

J’ai espéré pendant des années, en redoublant de dévouement à la cause révisionniste, conduire finalement Bocage et Faurisson à se poser cette question, ce qui aurait permis d’en parler librement pour commencer et de tenter de l’expliquer. En pure perte ! Même pendant les meilleures années de collaboration intense et fructueuse avec Bocage et Faurisson je ne suis pas parvenu une seule fois à aborder ce débat sans qu’un sarcasme définitif, et souvent méchant, ne vienne l’interrompre avant qu’il ne commence !

Si bien que dans l’ambiance obsidionale du minuscule mouvement révisionniste, la réalité qui prévalait, c’est que tout le monde avait le droit de s’exprimer à la condition expresse d’être entièrement d’accord, à la virgule près, avec Faurisson, et que la Vieille Taupe recevait parfois des témoignages d’estime, mais à la condition de ne jamais être complètement ce qu’elle était… et de s’abstenir de le manifester (ce qu’elle était) puisque cela résultait de lubies ou de délires « gauchistes[4] » de Pierre Guillaume. Situation qui m’a d’ailleurs parfois rappelé la situation qui prévalait, dans les années soixante, à Socialisme ou Barbarie, avec Barjot (alias Chaulieu, alias Cardan, alias Castoriadis). Il y a là un mystère du fonctionnement des groupes institutionnalisés, dont nous discutions avec Debord, sans parvenir à trouver la bonne solution. Ce qui sort du sujet en cause ici.

Faurisson et Bocage ont-ils bien lu la préface de Chomsky ? On peut en douter. (voir Bilan…(2) en particuliers « Dialogue entre Wilhelm Stein et Pierre Guillaume à propos du DVD « Chomsky et compagnie » produit par « Les Mutins de Pangée » (d’après une série de reportages de Daniel Mermet). Et ont-ils bien lu (c’est-à-dire compris) les très courtes réponses de Chomsky à ses demandes.

D’abord, il n’est pas tout à fait exact que depuis 1980, et jusqu’à sa lettre du 28 août, en 28 ans donc, Faurisson n’ait pas repris contact avec Noam Chomsky. Mais il est vrai que ces contacts, extrêmement ténus, n’ont rien donné, en dehors du fait que l’observateur pourrait y déceler une absence d’intérêt de la part de Faurisson, pour la problématique chomskienne, qui se trouve être la même que la problématique de la Vieille Taupe, à savoir que, quel que soit l’intérêt que puisse présenter l’établissement d’une vérité historique[5], il est plus important encore pour la pauvre humanité d’en profiter pour établir fermement le principe du refus de toute censure a priori, de toute opinion, quelle qu’elle soit, et quelque « répugnante » qu’elle puisse paraître.

Cette quasi-inexistence, et la stérilité, des relations entre Faurisson et Chomsky, dans lesquelles je ne me suis pas immiscé (pas du tout !) a été une terrible déception des espoirs échafaudés par la VT, qui avait voulu voir là les prolégomènes à la définition de l’unité du programme révolutionnaire[6] et contre-révolutionnaire[7], lors de leur rencontre aux États-Unis.

Les « relations » ténues précédant l’échange épistolaire divulgué par Faurisson ont donc été parfaitement polies et correctes, d’après les échos que j’en ai eus de Faurisson. Je n’ai eu aucun écho de la part de Chomsky. Je suppose que Faurisson a chaleureusement remercié Chomsky pour sa courageuse prise de position en faveur du respect de ses droits, mais qu’en dehors de cela le courant n’est pas passé. Un point c’est tout. Le courant passe où il veut…

Venons-en à l’ « échange » d’août 2008.

Comme nous l’avons vu, Chomsky avait beaucoup donné. En échange de quoi il ne demandait RIEN. Ce qu’il a entièrement obtenu. Et Faurisson ne devait RIEN à Chomsky puisque Chomsky en défendant efficacement les droits de Faurisson ne défendait que ses propres principes. La relation entre Chomsky et Faurisson ne relevait donc pas de l’échange et les choses échangées n’ont donc pas de prix.

Faurisson a reçu ce qu’il a reçu. Et Chomsky a reçu pour sa part la possibilité d’une connaissance historique, d’une co-naissance, dans la mesure où il s’approprierait ce qu’il peut y avoir de valable dans les travaux de Faurisson, qui abordent un sujet très important, puisqu’il est tabou, et lié à certaines doctrines constitutives du sionisme d’une part, du judaïsme d’autre part, et plus généralement de la judéïté. Chomsky a beaucoup donné pour que Faurisson puisse librement poursuivre ses travaux, et sans ce qu’il a donné, à un moment donné, on voit mal ce que serait devenu aujourd’hui Faurisson et tout le « révisionnisme historique ».

En août 2008, Faurisson éprouve le besoin d’écrire à Chomsky. Fort bien. Il lui demande de faire un pas de plus dans le soutien à Faurisson et de prendre, cette fois, position sur certains des résultats de ses recherches, ses findings, auxquelles il était fait allusion dans la pétition initiale signée par Chomsky, qui avait si violemment courroucé Saint Pierre Vidal-Naquet.

Mais Faurisson ne manifeste toujours pas le moindre intérêt pour les préoccupations de son interlocuteur, ni même pour les principes auxquels il doit pourtant l’intervention improbable, et salvatrice, de la VT puis de celui à qui il demande plus, sans lui accorder rien.

Chomsky répond par une brève fin de non-recevoir, que Bocage voudrait maintenant exploiter contre Chomsky.

En 28 ans Chomsky n’a absolument rien demandé à Faurisson. Il n’a mis aucune condition à son soutien. Il n’a demandé aucune garantie. Il n’a pas demandé à Faurisson de préciser ses intentions, de limiter ses fréquentations. Il ne lui a pas demandé l’assurance que ses recherches ne le conduiraient jamais jusqu’à réhabiliter le nazisme, sur lequel lui, Chomsky, avait quelques motifs personnels d’entretenir des préjugés. Il ne lui a pas demandé de déclaration d’intention formelle. Il ne lui a pas demandé si ses recherches, au-delà de la question camérale, sur le nombre réel des victimes juives durant la guerre et toutes causes confondues, ne risquaient pas de conduire à des réflexions qui pourraient elles-mêmes conduire à des considérations désobligeantes sur les Juifs en général et en particulier… Il n’a RIEN demandé, sinon implicitement de continuer les recherches et de les soumettre au public et à la critique.

Mais il a opposé une fin de non-recevoir à la prétention de Faurisson. Prétention de sommer quiconque de prendre position sur ses travaux et de lui faire allégeance.

Et cela pour la bonne raison que Chomsky ne pouvait pas faire allégeance à Faurisson, alors qu’il est manifestement et de toute façon en désaccord avec lui, au moins sur UN point. Et ce point est fondamental pour Chomsky : Le principe même de la liberté d’expression est une valeur qui doit être placée au-dessus de toutes, UBER ALLES, et aucune vérité scientifique, c’est-à-dire concernant le monde matériel et profane, établie selon les méthodes discursives de la connaissance, ne doit devenir une Vérité, un dogme, une obligation opposable aux tiers… Aussi « vraie » soit-elle.

— « Mais là, mon cher Wilhelm, il y a quelque chose que je ne comprends pas ! »

— « Mais mon cher, c’est parfaitement votre droit ! »

Chomsky lui-même est l’auteur de quelques travaux dans des domaines particuliers de la connaissance, et qui ont bien dû susciter des controverses. Tout être humain demeure libre de s’en tamponner le coquillard. Il est aussi l’auteur d’une œuvre politique considérable qui a contribué à dévoiler la réalité de l’impérialisme et du sionisme. Faurisson y a-t-il porté le moindre intérêt ?  —  Pas que je sache ! Et personne ne le lui a reproché, et Chomsky ne lui a jamais demandé de prendre position dans ses combats. Par contre peut-être aurait-il apprécié que le texte de sa préface soit compris à sa juste valeur et que le « Pape » du révisionnisme réaffirmât publiquement son adhésion personnelle à ce principe, qui implique la liberté d’expression même des ennemis. Ce que Faurisson se gardera bien de faire.

Dès lors la soudaine demande de Faurisson dénotait la schutzpah sans limite de celui qui, ayant subi des torts sans limites, a droit à des réparations sans limites, ce qui pouvait bien signifier simplement ceci : « Donnez-moi ce que je demande afin que je puisse prouver par là que je suis plus fort que vous » et dès lors la réponse de Chomsky à Faurisson ne pouvait être que la réponse (en huit mots) de la bergère peu habituée à la position du missionnaire, au berger qui lui faisait des propositions malhonnêtes :

—  « I understand your position, but I do not agree. »

C’est à l’aide de ce Sésame qu’il faut relire l’échange de correspondances d’août (08) 2008 entre Faurison et Chomsky. Ce que nous ne manquerons pas de faire sous peu pour découvrir le trésor d’Ali Baba. Mais en attendant ce jour…

Rappelons que l’exigence de Chomsky d’obtenir une claire affirmation du principe de liberté, après avoir mis le petit doigt dans l’engrenage… et avant d’y passer le bras, était d’autant plus nécessaire, même si l’on ne pensait pas que Faurisson soit personnellement menacé par une dérive autoritaire ou dogmatique. Il n’est pas seul et de telles dérives, qui ne peuvent que se trouver renforcées par le succès, sont très présentes et identifiables à l’intérieur du camp révisionniste, dès avant la victoire. Qu’en serait-il après ? C’est donc avant qu’il faut se prémunir autant que faire se peut.

Rappelons aussi que les relations de Chomsky avec Faurisson ne sont pas les mêmes que les relations de la Vieille Taupe avec Fausisson, même si elles peuvent s’éclairer l’une l’autre et présenter des analogies. Les lecteurs auront compris la principale analogie entre Chomsky et la Vieille Taupe. C’est celle qui résulte du texte même de la préface de Chomsky au Mémoire en défense… La principale différence tient à ce que la Vieille Taupe ne croyait déjà plus aux chambres fondatrices, bien avant de connaître l’existence de Faurisson et du courant révisionniste, et elle était, dès sa découverte du Mensonge d’Ulysse de Paul Rassinier, convaincue de la nécessité de lancer le débat, parce que la Vieille Taupe était convaincue que cette croyance universelle, loin de contribuer à éviter le retour du pire, conduisait tout au contraire à préparer le pire : la troisième guerre mondiale, dont elle savait, alors même qu’elle paraissait encore inconcevable, qu’elle était l’horizon du capitalisme et redeviendrait menaçante dès lors que le Capital entrerait en crise.

La Vieille Taupe, tout en défendant le droit de croire aux chambres à gaz (et très clairement depuis le n°18 du Bulletin confidentiel) comprend une majorité qui n’y croit pas, et notamment Pierre Guillaume, qui a affiché son accord total avec les findings de Faurisson et a fait autant qu’il a pu pour faire avancer le schmilblick, au point de subir plus d’inculpations que Faurisson, en tant qu’éditeur, plus de relaxes aussi, et plus de condamnations ! à des amendes qu’il a payé, grâce essentiellement aux bénéfices tirés de la vente du livre de Roger Garaudy. Il a aussi été condamné 2 ou 3 fois à 6 mois de  prison avec sursis (en matière de presse c’est le tribunal qui décide de faire tomber ou non le sursis du récidiviste) et à soixante jours de prison ferme, qu’il n’a toujours pas effectués et dont il suppose qu’ils sont amnistiés ou prescrits. Pour ces raisons et quelques autres, et contrairement à Chomsky, il s’était cru autorisé de demander à Faurisson, en échange de ses services, sinon par amitié, de bien vouloir mettre dorénavant un T aux médiats. Qu’a obtenu la VT de plus que Chomsky ?

 — « RIEN »                        (à suivre)                    Pierre Guillaume, le 10 mai 2009


[1] The Washington connection and third world fascism (in The Political Econimy of Human Rights, vol.1). Page XIV : A Prefatory Note by the Authors on the history of the Suppression of the First Edition of this book. South End Press, Boston 1979.

[2] Nom prédestiné à la faillite même dans le cas où le prénom semblerait pouvoir y remédier.

[3] Les notions de « droite » et de « gauche », plus ou moins extrêmes, sont issues de la Révolution française et de son « Assemblée nationale » en fonction de la place qu’occupaient les députés par rapport au Président de l’assemblée. Les courants ultra-gauches n’ont pas de représentants au Parlement et n’en veulent pas. Ils ne divisent pas les hommes en droite ou gauche, mais ils constatent que le monde est divisé, et que la division la plus significative et la plus lourde de conséquences se situe entre Prolétaires (ceux qui n’ont pour vivre que leur force de travail) et détenteurs du Capital.

[4] Bocage ni Faurisson ne se sont jamais informés sur ce que pouvaient être les idées ou l’histoire ou les objectifs de la Vieille Taupe, au delà du fait qu’il pouvait être « bon pour le révisionnisme » de pouvoir invoquer le ralliement  « même de gauchistes ! ». Quant à la différence entre « le gauchisme » et  l’ultra-gauche, ces nuances dénuées de sens et d’intérêt, faisaient parties des bizarreries de Guillaume, qui serait parfait (enfin… presque !) s’il abandonnait les fadaises de sa jeunesse.

[5] Et en particulier l’établissement du fait que les chambres à gaz n’auraient pas réellement existé dans les camps de concentration allemands, mais auraient été une rumeur diabolisante issue de la propagande de guerre, et la métaphore des terreurs nées des conditions atroces de la guerre, avalisée par les vainqueurs et exploitée de multiples façons après la guerre.

[6] Prolétarien

[7] Contre la révolution bourgeoise.

 


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