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Un ministre révisionniste ?
C’est du moins la question que se posait l’éditorialiste sur France-Inter à l’occasion de l’éventuelle nomination de Claude Allègre à un poste ministériel lors d’un prochain remaniement.
Claude Allègre serait-il « révisionniste » ?
Rassurez-vous ! Le journaliste n’était pas fou ni suicidaire. Il évoquait seulement le « révisionnisme » de Claude Allègre par rapport au dogme du réchauffement climatique.
Autant qu’on puisse en juger par les bribes qui filtrent à travers le flux médiatique, Claude Allègre ne conteste nullement la réalité d’un réchauffement, d’ailleurs mesurable, mais il conteste que l’activité humaine en soit la cause principale. L’enjeu économico-politique de cette controverse scientifique est à l’évidence énorme, puisque de la réponse à cette question peuvent résulter des décisions extrêmement graves aux conséquences potentiellement catastrophiques, dans les deux cas.
Par exemple, des décisions de limitation autoritaire de l’émission des « gaz à effet de serre » sont susceptibles d’entraver le développement de secteurs entiers de l’industrie et d’empêcher le retour de la croissance économique, que tout le monde attend comme [on a cessé d’attendre] le Messie. Au contraire, ne pas prendre ces mesures de sauvegarde serait criminel, si les gaz à effet de serre sont bien la cause du réchauffement.
Sur le plan scientifique, le problème est réellement complexe et ardu.
Il faudrait donc souhaiter que le débat reste sur un terrain scientifique, susceptible de parvenir à des connaissances certaines dans la mesure où il prendrait en compte les énormes incertitudes qui subsistent. Les vrais scientifiques en sont conscients et ils ne peuvent que déplorer le climat dans lequel se déroule le débat. Le « réchauffement climatique » est devenu comme une sorte de nouveau dogme impossible à contester médiatiquement sans être immédiatement suspecté des plus noirs desseins, tant par les uns que par les autres. En d’autres termes : sans que les arguments des uns ne soient diabolisés par les autres, et réciproquement. Le résultat en est que les éléments de vérité scientifique que sont susceptibles de contenir les arguments des uns et des autres sont rejetés sans entrer réellement dans le débat scientifique, qui n’a plus que l’apparence… d’un débat scientifique.
En fait il recouvre un affrontement politique et économique entre diverses perspectives de développement capitaliste et de contrôle des esprits.
La liberté de penser ne peut espérer se frayer son chemin que tant qu’un camp n’a pas écrasé politiquement l’autre, et n’a pas institué en dogme moral le caractère absolument « inhumain » de l’autre. Étant entendu que le terme « inhumain » n’est que la version pseudo laïque du terme religieux plus traditionnel « diabolique » et recouvre exactement le même mécanisme mental, avec seulement l’inconvénient supplémentaire de dissimuler (et de se dissimuler à soi-même) son caractère religieux. Mais si la conjonction des intérêts politiques et économiques, et l’accroissement des tensions, aboutissaient à l’écrasement politique d’un camp, cela n’aurait pas la moindre valeur scientifique. L’une des thèses serait censurée, interdite… Elle ne serait nullement invalidée, et l’institution en dogme (incontestable) de la thèse opposée, loin de garantir sa justesse constituerait la preuve de son caractère non scientifique.
La Vieille Taupe, qui n’a aucun intérêt séparé à défendre, n’a pas plus d’intérêt idéologique dans le développement d’un capitalisme « vert », « nouvelle technologie », que dans un capitalisme plus traditionnel, atomique, pétrolier ou charbonnier, pas plus qu’elle n’a d’objections au développement de telle ou telle technologie capitaliste, tant que le capitalisme s’avère capable de développer cette technologie sans détruire les bases de la survie de l’humanité. La Vieille Taupe souhaite donc la poursuite sur des bases purement scientifiques de tous les débats, et par conséquent de celui-ci.
Cela supposerait justement que chacun puisse exposer les arguments les plus iconoclastes sans être automatiquement diabolisé, afin que les arguments puissent enfin être pesés pour eux-mêmes et non pas pour les fins téléologiques qui leur sont attribuées par les uns ou les autres.
En particulier, si la Vieille Taupe est « pour la décroissance », ce n’est pas parce qu’elle serait « contre la croissance », au contraire ! C’est parce qu’elle sait, de toute éternité, que la vraie vie n’a pas de niveau, et qu’elle est contre la croissance de la non vie, l’envahissement exponentiel de la société du spectacle, la croissance démentielle d’une consommation illusoire, et que la première tâche à laquelle se trouve confronté le Prolétariat, c’est la tâche de se libérer lui-même des faux besoins qui contribuent à l’enchaîner au travail salarié.
Mais revenons à Claude Allègre.
D’abord je sollicite d’être dispensé d’avoir à entrer dans le débat sur le réchauffement climatique. Chat échaudé craint l’eau froide, dit-on. Mais plus généralement, je suis incompétent sur ce sujet-là. Même si je suis capable de détecter les glissements qui dénotent que l’on sort du cadre scientifique.
Je réclame donc, pour Claude Allègre, et tous autres, une totale liberté de recherche et une totale liberté pour publier recherches et convictions. Cela, on l’aura compris !
Non pas par sympathie pour la thèse qu’il défend, mais parce que la totale liberté d’exprimer ce qu’il pense reste le meilleur moyen de l’infirmer si ce qu’il pense est faux, et d’utiliser les éléments de vérité que contient éventuellement sa thèse, pour conforter la connaissance universelle.
Mais Claude Allègre ne serait-il pas un peu plus « révisionniste » que cela ?
Je veux dire révisionniste sur le sujet tabou ! Le seul révisionnisme qui compte, et qui coûte.
En vérité je n’en sais absolument rien !
Il était bien présent, comme moi, au premier mariage de Lionel Jospin avec Élisabeth, à une époque où je ne cachais déjà pas mes convictions sur la nécessité de lancer un vrai débat sur l’œuvre du déporté Paul Rassinier. C’est une raison pour laquelle aucune photo où je risquerais de figurer ne fut prise au cours de ce mariage, non plus que des « camarades » de l’O.C.I., dont Lionel était un adhèrent clandestin, alors qu’il faisait encore (ou déjà) de l’ « entrisme » au parti socialiste.
À cette époque, Lionel Jospin et Claude Allègre étaient des amis proches. Quand, cinq ans plus tard, après l’affaire Faurisson (septembre 78), explosa médiatiquement l’intervention publique en sa faveur de la Vieille Taupe et de Noam Chomsky, il est improbable que Claude et Lionel n’aient pas eu sur le sujet des conciliabules. Enfin, Lionel devint ministre. Puis Premier ministre. Puis Allègre devint son ministre de l’Éducation Nationale. Diverses affaires « négationnistes », comme ils disent, émaillèrent l’actualité. Certaines affaires impliquèrent, cela se sait moins, en plus de moi, d’autres connaissances de Lionel et de l’O.C.I., et furent traitées avec doigté.
Toujours est-il que ni Lionel ni Claude ne pouvaient croire un instant à la version médiatique qui présentait les révisionnistes comme des racistes et des antisémites forcenés issus de l’extrême droite fasciste. Mais jusqu’où sont allées leurs réflexions ?
De la part de Lionel, avant l’éclatement médiatique : « C’est politiquement ingérable ! »
Après l’éclatement médiatique : « Tu es devenu infréquentable ! »
Mais pas le moindre argument sur le fond du débat.
De la part de Claude Allègre, pas le moindre écho ne m’est parvenu.
Sinon que, à deux reprises, lors de débats publics à la radio j’ai entendu Claude Allègre tenir des propos qui prouvaient qu’il avait très soigneusement lu et compris le livre de Philippe Decourt, Les Vérités Indésirables, consacré à une étude approfondie du cas Galilée et du cas Pasteur. Dans chacun de ces cas, l’auteur analyse et déconstruit les légendes bâties autour de « gloires scientifiques incontestées »… et les rapports complexes de la science et de la religion. Ce livre de Philippe Decourt est probablement le moins connu des livres publiés par la Vieille Taupe, puisqu’il n’a pas bénéficié de la notoriété relative due à la persécution, et au sujet sulfureux par excellence. Serait-ce le seul livre de la Vieille Taupe que Claude Allègre aurait lu et compris ? Encore une fois, je n’en sais rien…
Mais même dans ce cas, et si Claude Allègre a eu la prudence de se tenir soigneusement à l’écart de tout questionnement caméral impie, il n’en reste pas moins que ce livre que, contrairement à Faurisson, il a bien lu, évoquait les questions centrales de la connaissance humaine et de l’épistémologie des sciences, comme disent les universitaires. Personnellement adepte du « révisionnisme restreint », ce qu’il signifiait suffisamment en choisissant la Vieille Taupe comme éditeur, Philippe Decourt y abordait la question de la nécessité d’un « révisionnisme généralisé », c’est-à-dire du refus par principe de quelque dogme que ce soit, concernant la vérité matérielle des faits et donc le refus de toute censure. En ce sens on voit mal que Claude Allègre puisse ne pas être adepte, par principe, de ce révisionnisme-là et n’être pas irréductiblement opposé à l’abomination intellectuelle que constitue la loi Fabius-Gayssot, dénoncée par anticipation dans la préface de Noam Chomsky au factum de Faurisson Mémoire en défense contre ceux qui m’accusent de falsifier l’histoire.
En ce sens là, il serait effectivement possible de qualifier Allègre de ministre révisionniste. Mais il serait téméraire d’aller plus loin et rien de permet d’affirmer qu’il ne croirait pas aux chambres sacrales, ou que, dans ce cas, il dirait ce qu’il pense !
Mais alors où le journaliste a-t-il pris qu’il serait le premier ministre dans ce cas ?
Tout le monde a été, est, ou sera révisionniste ! Pierre Guillaume. 27 mai 2009