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Le 26 décembre 2008, au Zénith de Paris, Dieudonné a invité l’historien révisionniste Robert Faurisson à monter sur scène et lui a fait remettre le « prix de l’infréquentabilité et de l’insolence ».
Le mardi 27 octobre 2009, sur plainte du ministère public et d’un certain nombre de parties civiles, les juges de la XVIIième Chambre du Tribunal de grande instance de Paris ont condamné Dieudonné pour « injure publique de caractère raciste envers [...] des personnes d’origine ou de confession juive ». Dans leur ensemble les médias ont annoncé que la condamnation s’élevait à 10 000 euros d’amende. En réalité, à cette somme il convient d’ajouter 6 000 euros de frais de publications forcées du jugement et 9 800 euros de dommages et intérêts au bénéfice de certaines parties civiles . Le total s’élève donc à 25 800 euros, sans compter ce que Dieudonné a dû verser à son avocat. Dès le lendemain, il a interjeté appel du jugement. Aussi longtemps que l’arrêt de la cour d’appel n’aura pas été prononcé et que d’autres voies de recours éventuelles n’auront pas été épuisées, Dieudonné doit bénéficier de la présomption d’innocence. Il reste que cette condamnation, s’ajoutant, comme on le verra ci-dessous, à d’autres condamnations en 2007 et 2008, on peut croire que Dieudonné est un raciste patenté.
Ces condamnations sont intervenues pour les déclarations suivantes :
- Dans le journal Lyon-Capital du 23 au 29 janvier 2002 : « Le racisme a été inventé par Abraham. « Le Peuple élu », c’est le début du racisme. Les musulmans aujourd’hui renvoient la réponse du berger à la bergère. Juifs et musulmans pour moi, ça n’existe pas. Ce sont deux notions aussi stupides l’une que l’autre. Personne n’est juif ou alors tout le monde. Je ne comprends rien à cette histoire. Pour moi, les juifs, c’est une secte, une escroquerie. C’est une des plus graves parce que la première ? Certains musulmans prennent la même voie en ranimant des concepts comme « la guerre sainte.... » (Arrêt de la Cour de Cassation du 16 février 2007, rendu contrairement à deux arrêts de la Cour d’Appel de Paris)
- Dans le Journal du Dimanche du 8 février 2004 : « Sale nègre, les juifs auront ta peau, voilà le genre de slogan que j’ai entendus. Ce sont tous ces négriers reconvertis dans la banque, le spectacle et aujourd’hui l’action terroriste qui manifestent leur soutien à la politique d’Ariel Sharon. Ceux qui m’attaquent ont fondé des empires et des fortunes sur la traite des Noirs et l’esclavage » (Arrêt de la Cour d’Appel de Paris du 14 novembre 2207)
- Lors d’une conférence à Alger, le 16 février 2005, à propos d’une surmédiatisation de la commémoration de la Shoah qualifiée de « pornographie mémorielle » (Arrêt de la Cour d’Appel de Paris du 26 juin 2008).
Pour notre part, en dépit de ces condamnations, nous considérons que la justice se méprend foncièrement, quelles que soient la portée juridique et la valeur sémantique qui s’attachent à une décision de justice revêtue de l’autorité absolue de la chose jugée, en l’absence d’un recours porté devant la Cour européenne des Droits de l’Homme ou devant le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU. Il serait intéressant de savoir si ces autorités supranationales s’accordent avec la justice française sur les limites que celle-ci fixe à la liberté d’expression de Dieudonné.
De plus, qu’elle relaxe ou qu’elle condamne, toute décision de justice est empreinte en définitive de subjectivité. Ainsi, peut-on toujours concevoir des décisions judiciaires antithétiques à celles qui sont retenues par les magistrats, obligés à un moment donné de faire prévaloir leur intime conviction.
Cela est manifeste avec l’affaire du « Peuple élu ». Ainsi, si, en dernière instance, l’assemblée plénière de la Cour de cassation a décelé une « injure visant un groupe de personnes en raison de son origine (Ndr, en l’espèce la communauté juive), dont la répression est une restriction nécessaire à la liberté d’expression dans une société démocratique », les deux cours d’appel qui avaient eu à connaître du litige avaient estimé que les termes « les juifs, c’est une secte, c’est une escroquerie » relevaient « d’un débat théorique sur l’influence des religions » et ne constituaient pas « une attaque dirigée contre la communauté juive en tant que communauté humaine ». Elles confirmaient l’opinion des premiers juges du tribunal correctionnel.
Par ailleurs, sur le fond de cette affaire, on peut regretter que les magistrats qui ont condamné Dieudonné n’aient aucunement été sensibles à l’absence d’élément intentionnel (indispensable pour qualifier un délit) chez Dieudonné qui rejette toutes les frontières et qui croit à l’universalité et l’unicité de l’espèce humaine, indépendamment des attributs raciaux, ethniques, religieux ou culturels qu’on peut imputer à une communauté.
De plus, en affirmant « juifs ou musulmans pour moi, ça n’existe pas », cela ne devrait pas plus choquer que quand on découvre chez l’apôtre Paul les propos qui suivent : « Il n’y a ni Juif, ni Grec, ni homme libre, ni homme ni femme ; car dans le Christ Jésus, vous ne faites tous qu’un » (Lettre aux Galates 3. 8) ou encore : « Il n’y a plus ni Grec ni Juif, ni circoncis ni incirconcis, ni barbare, ni Scythe, ni esclave ni homme libre amis le Christ en tout, et en tous » (Lettre aux Colossiens 3.11).
Les décisions de justice condamnant Dieudonné pour racisme ne nous apparaissent donc pas pertinentes et significatives.
Il est vrai que, si l’on faisait l’impasse sur elles, d’aucun pourrait être tenté de voir un certain infléchissement dans son ardeur antiraciste, en raison de rapports qu’il a noués avec des personnes supposées racialistes ou racistes comme Jean-Marie Le Pen ou Robert Faurisson.
Certains on cru déceler un virage idéologique de Dieudonné. Qu’en est-il ?.
Il est courant d’associer à Jean-Marie Le Pen et à Robert Faurisson les termes de raciste et d’antisémite. Les deux hommes sont réputés de droite, voire d’extrême droite. Nous les différencierions car, si Jean-Marie Le Pen se réclame d’une droite nationale et patriotique, Robert Faurisson est apolitique.
Sur ce dernier, nous nous sommes déjà expliqués dans un article : « Robert Faurisson est un humaniste »
En niant la Shoah et en soutenant que les chambres à gaz n’ont pas existé sous le IIIème Reich, on peut être tenté de voir dans la démarche de Robert Faurisson une volonté implicite de réhabiliter un régime racialiste et raciste. Tel n’est pas son propos, comme nous l’avons dit dans l’article précité. Robert Faurisson, dans ses Ecrits révisionnistes, entend contester le génocide juif au cours de la Seconde Guerre mondiale.
Pas plus qu’il n’est d’extrême droite, il ne se considère comme un disciple d’Hitler. Interrogé sur la question de savoir s’il est raciste, Robert Faurisson nous répond : « Le « racisme » (là encore, si le mot déplait, on peut en trouver un autre) est, pour moi, soit odieux quand il permet d’humilier ou de rejeter quiconque. S’il consiste, par exemple, à prétendre que le dernier des Allemands ou le dernier des Juifs vaut mieux que le premier des Bantous ou le premier des goïms, je trouve cela d’une fatuité infantile ». Reconnaissant l’existence des actes racistes, il nous explique encore : « Si j’en voyais un, je me rebifferais. Quant aux réflexions racistes, elles peuvent selon le cas soit m’agacer par la prétention que j’y décèle, soit m’amuser et même me faire rire de bon cœur. J’aime tellement la satire que, pour moi, on a le droit de rire des imitations que Dieudonné, par exemple, fait, en particulier, des Chinois, des Africains, des Juifs ou des nazis ».
Quant à Jean -Marie Le Pen, s’il s’est toujours défendu d’être raciste, c’est-à-dire : « selon le Code Pénal, user de discrimination à l’égard des gens en raison de leur race, leur religion ou leur nationalité, inciter à la haine et la persécution » (Jean-Marie Le Pen, Les Français d’abord, Ed. Carrère , 1984), sa reconnaissance de « l’inégalité des races » l’opposerait à Dieudonné. D’une manière générale, d’ailleurs, si un débat public intervenait entre ces deux personnes, de nombreuses divergences apparaîtraient.
De ces quelques indications, nous en conclurons que les rapports noués par Dieudonné avec Robert Faurisson et Jean-Marie Le Pen n’ont pu altérer les valeurs idéologiques antiracistes qui sont celles de Dieudonné.