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Le 22 décembre 2010 À Serge Quadruppanni, Tu fais sur ton blog, l'éloge du livre que François à écrit: D'Alger à mai 68, mes années de révolution en mettant en titre : «Mon ami François Cerutti», et où dis-tu, «il parle de la Vieille Taupe». Je n'ai pas lu ce livre. (j'ai adopté le ton familier car, si ma mémoire est encore bonne, j'avais entendu parler de toi comme du neveu de René Lefeuvre: Quadruppani, qui fréquentait la librairie.) On s'est peut-être croisé à l’époque, mais jamais rencontré. Tu évoques ces années-là ... et ce qui me conduit à réagir ici, c'est que tu ne peux pas encore t'empêcher, une fois de plus, dans cet éloge, de salir Pierre Guillaume, pour ses «nauséabondes entreprises négationnistes». Moi, j'ai fait et je fais toujours partie de cette «nauséabonde entreprise» exactement de la même manière et dans le même état d'esprit que j'ai fait partie du petit groupe qui se trouvait à la VT de l'époque de mai 68. Je n'ai donc jamais fait de différence entre la VT d'il y a 40 ans et celle de maintenant et je n'ai aucune raison de la dissocier en VT 1 (non-révisionniste) et VT 2 (révisionniste). La Vielle Taupe a toujours été révisionniste. En Mai 68 son révisionnisme gênait surtout les partis «ouvriers» constitués et les idées reçues de leurs militants, car elle révélait leurs mensonges et la réelle histoire du mouvement ouvrier. Tout ce petit monde étant déjà en voie de disparition, et on ne prenait alors pas trop de risques de s'affronter à ce qui leur restait de pouvoir. Ce fut une autre paire de manches quand la Vieille Taupe s'attaqua aux mensonges produits par les vainqueurs de la seconde guerre mondiale et des parties essentielles de son histoire et de sa mythologie. Là, justement, elle s'affrontait à un nouveau pouvoir et à un nouveau monde naissant. Cela impliquait pour des individus comme toi, fréquentant la VT, de prendre des risques de foutre sa vie en l'air et de ne pas faire carrière. Ça on peut parfaitement le comprendre. Mais dans ces cas-là il faut avoir la décence de se taire et foutre la paix à ceux qui ont cette audace, ne pas en rajouter des louches à tous moments sur les méchants négationnistes, comme pour se dédouaner de les avoir fréquentés. C'est certainement bien reçu dans l'air du temps et bon pour avoir une bonne image de pisse-copie radical et d'écrivaillon, mais c'est aussi là que l'on perd de l'honneur et qu'on devient ridicule. Si tu n'a pas compris ça aujourd'hui, c'est que tu ne l'avais pas d'avantage compris il y a 40 ans. Ou alors...? Hélas les pérégrinations des pingouins sur la banquise resteront inoubliables même si, comme on dit, elles sont déjà dans la poubelle de l'histoire. Mais revenons un peu sur le passé Je travaillais chez Bernard-Moteurs à St Ouen. J'avais 25 ans. Puis vint Mai 68. Dans mon usine, aucune rencontre entre ouvriers sous forme de comité d'action, comme dépassement de la mainmise syndicale sur les émotions ne s'était faite. Les syndicats gardaient parfaitement bien la «boîte». Je me sentais seul, mais quelque chose me poussait au cul. Je me suis donc retrouvé seulâtre dans la cour de la Sorbonne à écouter les discussions et participer aux différentes manifs, dont celle, mémorable, devant les usines Renault. Ce n'est que quelque temps plus tard, au mois d'août 68, en vacances en Yougoslavie, que j'ai rencontré deux gars du comité d'action de Sud-aviation, participants d'un certain comité Inter-entreprises à Paris. J'ai participé à ce comité Inter-entreprises. Sur la fin, c'est-à-dire en septembre 1968, je ne l'ai hélas jamais connu à Censier. Il s'était déplacé pour d’ultimes réunions près du bd St Germain. Pour l'anecdote et l'ironie de l'Histoire, la salle de réunion était mitoyenne de celle du nouveau parti socialiste naissant, fondé par Mitterrand. Le tout petit embryon de «Conseil ouvrier» croisait sur le même palier le futur gouvernement socialiste des années 80. Pour eux c'était le début, pour nous la fin... C'est à ce moment-là que J'ai rencontré Pierre Guillaume, Jean-Pierre Carasso, parmi les individualités les plus marquantes. J'ignorais encore alors qu'il y avait eu par le passé des Conseils ouvriers dans les usines et donc le livre de Pannekoek (que je n'ai d'ailleurs jamais lu). Pour moi, en mai 68, le peu de subversion pratique réelle qu'il y a pu avoir l'aura été par l'existence de ce CE, embryon mort-né d'hypothétiques Conseils ouvriers, c'est l'une des choses (pour moi) que mai 68 aura dégagé, avec aussi, pour les persévérants, la connaissance, par la VT, de l'existence et de l'histoire d'un mouvement ouvrier autre que celui présenté et représenté par le P"C"F. J'ai ensuite fréquenté régulièrement et traîné à la librairie la Vieille Taupe et j'ai fait partie de ces persévérants pendant quelques années, jusqu'à sa fermeture, fin 1972 je crois. Et j’ai participé à quelques-unes de ses activités quand c’était nécessaire. La permanence était tenue le plus souvent, il me semble, par François Martin (alias François Cerutti) et par Maurice Di Scuillo. Je ne me suis jamais considéré comme révolutionnaire. Je l'étais peut-être, mais alors sans le savoir en mai 68. Puis dans les activités que j'ai eues avec certains de la mouvance de la VT. J'ai toujours trouvé de mauvais ton de se proclamer soi-même «révolutionnaire» surtout lorsque l'on a appris, au contact de la VT, comme toi apparemment, beaucoup de choses sur la réalité du vieux mouvement ouvrier et sur les mouvements révolutionnaires du passé. Pourquoi afficher une radicalité où l'on savait confusément qu'elle aurait pu être réellement intenable dans des situations devenant sérieuses et qui nous dépassent. On risque évidemment à défaut de devenir «ultra-gauche pantouflard» de devenir aussi donneur de leçons de révolutions et d'en vivre (ce qui me parait complètement aberrant). J'ai lu sur le site toutsaufsarkosy ta «lettre à un jeune révolutionnaire». Mais au lieu de donner des conseils à un jeune, que fais-tu, toi? Aujourd'hui ceux qui pourraient sans honte et avec fierté avoir la prétention, et ils ne l'ont jamais eue, de se définir comme «révolutionnaires», ce sont les révisionnistes publics dits «négationnistes» qu'ils soient de l'ultra-gauche ou d’extrême droite. (Est-ce que tu peux le comprendre enfin maintenant? Ça va venir, il faut l'espérer.) Mais ce sont ceux-là qui ont affronté les situations sérieuses avec une grande maîtrise, et qu'un jeune vieux révolutionnaire proclamé comme toi, donneur de leçons, semble incapable d'imaginer. Il est à parier que si des Conseils ouvriers se reforment avec ampleur (on peut encore rêver), tout ce petit monde de petits radicaux prétentieux prendraient peur et iraient vite se cacher, d'ailleurs ça n'en serait que mieux. Mais en attendant (à défaut d'être devenu «ultra-gauche pantouflard») on se rassure, on est content de montrer aux autres sa radicalité. On se fait plaisir, car évidemment il est encore toujours, encore, et toujours. encore, de bon ton de traiter les révisionnistes comme des monstres, surtout antisémites, ça ne mange pas de pain. Mais les modes, c'est bien connu, ne durent pas... Maintenant, il semblerait, que certains s'approchent pour adhérer au club, alors que le travail a été fait et terminé et que les risques et les ennuis se soient bien estompés. C'est sûr, il arrivera un jour où le révisionnisme n'effarouchera plus les étourneaux. Serge Quadruppani, depuis le temps, ce que tu écris n'est pas intéressant pour moi, tu ne m'apprends rien, tu peux, tant que tu veux si ça te fait plaisir, ramener ta radicalité de néo-gauchiste soixante-huitard en donnant tes conseils au «jeune révolutionnaire Karl» et à toutes autres sauces à tout bout de champ et de t'en faire une éthique de vie, mais tu devrais éviter de salir à tous propos ceux qui ont été et sont encore capable d'avoir l'audace de prendre ces risques. Ça commence à bien faire! Je me répète encore: je reste toujours, aujourd'hui, fin 2010, faisant partie de ceux qui ont été désigné par feu Pierre Vidal-Naquet comme «la petite bande abjecte qui a donné son soutien à Pierre Guillaume et à Robert Faurisson» Ils ont toujours mon soutien, bien que je sois devenu moi aussi un «ultra-gauche pantouflard». Comme la Vieille Taupe, de bout en bout, j'ai toujours été révisionniste. Daniel Louis P.S.; Mais un «détail» m’intrigue. Depuis 1969 et jusqu’en 1972 en tout cas, la Vieille Taupe faisait activement circuler le Mensonge d’Ulysse, de Paul Rassinier puis les autres livres de Rassinier. Tout le monde avait été secoué, mais tout le monde avait été convaincu, dont Maurice Di Scuillo, Jean-Pierre Carasso, Denis Authier, François Cerutti, Françis Berbel, Gilles Dauvé et bien d’autres du réseau. Ce n’était pas le genre de cacher ses convictions sur ce sujet ni sur aucun autre. Comment as-tu fait pour ne pas t’en apercevoir? Et si tu t’en es aperçu, pourquoi n’as-tu jamais opposé le moindre argument contraire pendant 10 ans pour détromper tes amis? Et pourquoi as-tu attendu si longtemps pour affirmer tes propres convictions? et sous la forme d’une dénonciation? Et pourquoi n’as-tu jamais commenté la publication par René Lefeuvre, en 1984, avec une préface de P.G., les Réponses inédites à mes détracteurs parisiens, de Noam Chomsky? Pourquoi?
Copie à Pierre Guillaume.