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Dans la Chine pop 007

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LA VIEILLE TAUPE

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Pierre Guillaume

La Vieille Taupe

17, rue de la Bretonnière

45340 Beaune la Rolande

Dimanche 31 octobre

Lundi 1er novembre 2010

En la fête de tous les saints

 

 

À Madame V.

XX, rue des Fossés Saint Jacques

75005 Paris

 

 

Chère Madame,

 

Votre surprise, voire votre inquiétude, ou je ne sais quel trouble, lorsque vous m’avez reconnu juste devant l’ancienne librairie La Vieille Taupe, ce 27 octobre dernier, à 19 heures, prouve, s’il en était besoin, que cette modeste librairie n’a pas complètement disparu des mémoires du quartier, bien qu’elle ait fermé ses portes le 15 décembre 1972. Trente huit ans (déjà !) se sont écoulés depuis qu’avait été placé en vitrine, un texte et un calicot :

 

« BAIL À CÉDER POUR CAUSE DE TRANSFERT URBI ET ORBI »

 

Le même calicot et un autre texte avait été affiché en 1993, lorsque j’avais été contraint de fermer une autre librairie, ouverte au 12 de la rue d’Ulm cette fois, pour défendre en pratique un principe sans lequel il n’y a pas de liberté possible, et pas d’honnêteté intellectuelle concevable : le principe absolu de la liberté de recherche et de la liberté d’expression. Principe sans le respect pratique duquel il est vain de parler de socialisme, de communisme, de christianisme, et de n’importe quoi d’autre d’ailleurs.

 

Pour ma part, je me souviens fort bien de Maurice Duverger. Comme professeur, mais finalement surtout comme piéton de la rue des Fossés Saint-Jacques. Je me souviens qu’à l’époque de la rédaction du « programme commun de la gauche », François Mitterrand passait souvent devant la librairie, accompagné de sa secrétaire. Nous savions qu’il se rendait chez Maurice Duverger. C’est au retour, qu’une fois, il avait eu la tartufferie d’entrer et de demander l’exemplaire des Cahiers Spartacus qui se trouvait en vitrine : La critique des programmes de Gotha et d’Erfurt de Karl Marx.

Les hommes politiques sont de grands comédiens et Mitterrand était un orfèvre.

Ce n’était certes pas la première fois que la VT avait affaire à lui. Mais passons.

Nous savions aussi que cet orfèvre n’était pas complètement dupe des dents en or, et Maurice Duverger probablement pas non plus. Nous possédions un exemplaire fort rare d’un « Que sais-je ? » publié pendant « les heures les plus sombres de notre histoire » où le Professeur Duverger avait commenté le « statut des juifs » et n’ignorions donc pas les cabales qui pouvaient à tout instant être déclenchées par le lobby qui n’existe pas, si Maurice venait à traverser en dehors des clous. Et cela nous faisait sourire et nous paraissait tout à fait conforme à la nature des choses, que deux hommes venus de l’extrême droite Kollaborassent activement à la rédaction d’un « programme commun de la gauche » destiné aux poubelles de l’histoire.

Maurice Duverger et François Mitterrand, ne pouvaient pas ne pas être déjà parfaitement conscients de la réalité du danger que dénoncera clairement Raymond Barre par un carton daté du 18 mars 2007, adressé à Jean Robin, diffusé activement par la Vieille Taupe. Ce qui me valut arrestation, garde-à-vue, perquisition, et… plus rien depuis !

Autant j’imagine votre surprise lorsque je vous ai remis un exemplaire de l’édition, par la Vieille Taupe,  de l’homélie de la Pentecôte 2009,  prononcée par le bon Pape Benoît en la basilique

 

 

Saint Pierre de Rome, autant je vous prie d’imaginer la mienne quand vous avez affirmé, en des termes que ma mémoire ne me permet pas de reproduire exactement, et avant même d’avoir compris la nature et la teneur du document que je vous remettais, la nécessité d’en revenir, pour la France et les français, à un christianisme authentique.

Nous avons dû penser l’un et l’autre que, décidément, « les voies de Dieu sont insondables » !

Et je vous ai instantanément pardonné les regards que, pendant des années, vous m’aviez lancés chaque fois que vous m’identifiez dans le quartier.

Comme l’avait écrit Raymond Barre : « Attendons que l’histoire se prononce… » avant de juger et de craindre d’être jugé.  « N’ayez pas peur ! » avait dit le bon Pape Jean-Paul II. « Vaincre la peur » réitère Benoît XVI.

Facile à dire… mais que faire lorsque l’on est entouré d’une meute de zélotes et de sicaires prêts à tout pour empêcher que le travail de l’histoire ne puisse s’accomplir librement ?

Eh bien rien ! Rien ! RIEN ! C’est fini.

C’est déjà fini. Il n’y a plus lieu d’avoir peur. Les historiens sont en train de reprendre le taureau par les cornes. Et les règles de la critique historique, telles qu’elles avaient commencé à être codifiées par l’école des Annales, sont relativement simples et sûres, et beaucoup d’historiens salariés ont appris au cours des années ce qu’il ne fallait pas faire. Ils sont donc particulièrement aptes maintenant à travailler sérieusement. Les choses vont s’accélérer. La pensée va redémarrer.

J’en vois des signes précurseurs dans l’opposition manifestée récemment par le Vatican envers l’éventualité de l’adoption en Italie d’une loi liberticide comparable à la loi Gayssot. Un autre signe avait été la protestation immédiate d’un historien de profession, François Delpla, contre « l’histoire à l’estomac » pratiquée par l’histrion Kornfeld à l’occasion de la prétendue découverte de mentions marginales de la main du Maréchal Pétain sur le projet de statut des juifs.

La confirmation définitive que les temps ont changés nous est venue finalement de Turin par la déclaration de l’historien Angelo D’Orsi. Et je viens d’apprendre ce matin même que la condamnation qui semblait programmée d’un révisionniste en Tchéquie, se dirige vers une relaxe pure et simple.

C’est fini !

On va pouvoir enfin penser et disputer sans crainte sur ces sujets. Et penser au présent et à l’avenir.

Rara temporum felicitas, ubi quae velis sentire et quae sentias dicere licet.

C’était précisément la phrase latine par laquelle Charles Marx concluait ses « Remarques sur la récente réglementation de la censure prussienne » qui fut toujours un texte canonique pour la Vieille Taupe.

 

N’est-il pas réconfortant de penser que notre rencontre, le 27 octobre 2010 à 19 heures précise, devant le local de l’ancienne librairie « La Vieille Taupe », sur le trottoir d’en face, où se trouvait l’ancienne boucherie chevaline, y aura contribué.

            Je vous prie, Madame, de recevoir mes hommages respectueux.

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