AAARGH
Mais pourquoi donc les enfants juifs déportés de Vught (Pays-Bas)
à Auschwitz le 3 juin 1944 nont-ils pas été gazés ?
Jean-Marie Boisdefeu
Le Kalendarium est un ouvrage rédigé par Danuta
Czech du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau et qui résume, jour après
jour, les événements qui se sont déroulés à Auschwitz de 1939 à 1945.
Publié pour la première fois en plusieurs livraisons au début des années
1960 dans les Hefte von Auschwitz et republié sous forme d’ouvrage et
dans une version mise à jour en 1989, il peut être considéré comme
reflétant la version de l’histoire adoptée par les autorités responsables
de ce haut-lieu de l‘extermination des juifs. Sa lecture est rien moins que
déprimante, particulièrement pour la période de juin 1944, période au cours
de laquelle sont arrivés en masse à Auschwitz des centaines de milliers de
juifs hongrois, polonais (du ghetto de Lodz notamment) et autres qui, affirment
les historiens, y furent gazés et incinérés à un rythme dantesque. Le calcul
montre qu’il a dû nécessairement atteindre des pointes de 24.000 déportés
par jour, ce qui dépasse d’ailleurs de beaucoup les capacités d’extermination
admises par les mêmes historiens. Un mystère de plus !
Or, à la date du 6 juin 1944, on lit l’entrée suivante dans ledit Kalendarium
: « Arrivée de Vught [Pays-Bas] de 496 Juifs, hommes et femmes. Après la sélection, 99 hommes, immatriculés 188.926 à 189.024, et 397 femmes, immatriculées 78.253 à 78.533 et 81.735 à 81.850, sont admis dans le camp. » Le Kalendarium ne donne aucune autre indication. Il ne
signale notamment pas que l’ensemble du convoi a été immatriculé, donc
épargné, chose qu’on peut facilement vérifier, il est vrai, puisque 99 et
397 font 496. Mais, surtout, il donne à penser que tous les détenus du convoi
étaient des aptes. Or, la vérité est qu’il y avait des enfants, des vieux
et des malades dans le convoi !
Avec le développement d’Internet, l’historien amateur peut même vérifier
le fait facilement. En effet, on trouve sur le site du Musée de l’Holocauste
de Washington (US Holocaust Memorial Museum : http://www.ushmm.org) des extraits
d’un fichier microfilmé à Auschwitz et qui contient un certain nombre de
fiches signalétiques (Häftlingspersonalbogen) rédigées à Auschwitz préalablement à limmatriculation des détenus (soit, hélas, moins de 5.000 fiches étalées sur mai 1943 à octobre 1944). En interrogeant ce fichier soit à la recherche déventuels enfants soit à la recherche de détenus entrés à Auschwitz le 6 juin 1944, on trouve notamment 4 enfants juifs néerlandais, tous quatre arrivés le 6 juin et appartenant indubitablement au convoi venu de Vught, soit :
On notera qu’on trouve encore 7 adultes du même convoi
dans ce fichier : l’un est mort le 17 mars 1945 à Buchenwald, un autre le 31
mai 1945 à Bergen-Belsen et 5 sont revenus aux Pays-Bas.
Autre vérification à effectuer dans une publication faite au lendemain de la
guerre (décembre 1953) par Het Nederlandsche Roode Kruis (la Croix-Rouge
néerlandaise) sous le titre de Auschwitz - Deel V : De Deportatietransporten in 1944. Dans la rubrique consacrée à notre convoi, l’auteur (J.
Looijenga) précise qu’il comprenait 17 enfants de moins de 15 ans et que,
parmi les 60 survivants connus, on comptait 3 garçons d’environ 10 ans et 2
fillettes de 13 ans, de sorte qu’il semble bien qu’il faille y ajouter au
moins un des quatre garçons cités ci-dessus (Jack V., 6 ans). Looijenga, il
est vrai, n’a compté aucun autre enfant rescapé dans aucun autre convoi
mais, à une exception près, tous les convois partis des Pays-Bas sont
antérieurs : ils datent donc d’une époque au cours de laquelle les Allemands
avaient la possibilité de réimplanter les inaptes en Ukraine, ce qui n’était
plus le cas à l’époque du convoi venu de Vught en juin 1944, les Russes
ayant reconquis la plus grande partie de l’Ukraine au printemps 1944. Et quel
a donc été l’itinéraire ultérieur des déportés de Vught ? Looijenga dit
que, peu après leur arrivée, la plupart des déportés du convoi ont été
transférés à Langenbielau/Reichenbach, un camp de travail situé au
nord-ouest d’Auschwitz mais dépendant de Gross-Rosen. Un premier convoi est
parti le 10 juin, un second le 23 août et, précise Looijenga, il devait
comprendre « environ 50 femmes âgées, femmes malades et mères accompagnées denfants ». Sur ces 50 femmes et enfants, 31 ont eu un sort que la Croix-Rouge ignorait encore en 1953 et ils ont été considérés arbitrairement comme morts à la date de leur départ dAuschwitz.
En tous cas, une chose est sûre : personne parmi les enfants de ce convoi, leurs mères, les femmes et hommes âgés, les malades et invalides qui les accompagnaient na été gazé à larrivée à Auschwitz et cela nest pas conforme au dogme. Et pourquoi donc ? Serait-ce un mystère (un de plus) ?
Une première version de cet article a été publiée dans Akribeia n° 5, octobre 1999, p. 141-143. Directeur d'Akribeia : Jean Plantin, 45/3, route de Vourles, F-69230 Saint-Genis-Laval. Prix des n° 1 et 2 : 20,5 ¤ fco ; des n° 3 et 4 : 21,5 ¤ fco ; des n° 5 et 6 : 18 ¤ fco.
L'adresse électronique de ce document est
<http://aaargh-international.org/fran/bsdf/articlesbdf/bdf_104_106.html>
Afficher un texte sur le Web équivaut à mettre un document sur le rayonnage d'une bibliothèque publique. Cela nous coûte un peu d'argent et de travail. Nous pensons que c'est le lecteur volontaire qui en profite et nous le supposons capable de penser par lui-même. Un lecteur qui va chercher un document sur le Web le fait toujours à ses risques et périls. Quant à l'auteur, il n'y a pas lieu de supposer qu'il partage la responsabilité des autres textes consultables sur ce site. En raison des lois qui instituent une censure spécifique dans certains pays (Allemagne, France, Israël, Suisse, Canada, et d'autres), nous ne demandons pas l'agrément des auteurs qui y vivent car ils ne sont pas libres de consentir.
Nous nous plaçons sous la protection de l'article 19 de la Déclaration des Droits de l'homme, qui stipule:
ARTICLE 19 <Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considération de frontière, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit>
Déclaration internationale des droits de l'homme, adoptée par l'Assemblée générale de l'ONU à Paris, le 10 décembre 1948.