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UNE MISE AU POINT

de Pierre Guillaume en 1986


[p. 152]

Noam Chomsky a été attaqué avec la dernière grossièreté dans une lettre datée du 26 juin 1984, signée par Chantal Beauchamp et diffusée dans les milieux qui soutiennent Faurisson, lettre dans laquelle je suis qualifié moi-même de faussaire (voir nota bene p. 172).

Cela m'amène, un peu plus tôt que prévu, à préciser un point d'histoire.

J'ai rencontré Noam Chomsky dans le courant de l'année 1979. Il avait un rendez-vous avec Serge Thion pour une courte discussion technique sur le Cambodge. Serge Thion m'a présenté et nous avons pu parler quinze minutes environ. Je lui ai exposé sommairement les linéaments de l'affaire Faurisson, dont, évidemment, il n'avait jamais entendu parler. Rappelons qu'à cette époque le livre de Serge Thion n'était pas paru, ni écrit. Nous ne disposions donc à peu près d'aucun texte et d'aucun document et que, si nous avions pu mesurer le sérieux du travail de Faurisson, nous n'avions rien pour faire partager notre conviction et n'avions pas nous-mêmes d'opinion définitive sur la justesse des conclusions de Faurisson.

Chomsky m'a posé trois questions pour s'assurer de l'honnêteté de mon engagement et m'a assuré qu'il ferait de son mieux pour défendre la liberté d'expression et les droits de Faurisson.

Quelques mois plus tard, et sans autres relations entre nous, Chomsky signait et faisait signer autour de lui la pétition suivante:

DR. ROBERT FAURISSON HAS SERVED AS A RESPECTED PROFESSOR OF TWENTIETH CENTURY FRENCH LITERATURE AND DOCUMENT CRITICISM FOR OVER FOUR YEARS AT THE UNIVERSITY OF LYON-2 IN FRANCE. SINCE 1974 HE HAS BEEN CONDUCTING EXTENSIVE INDEPENDENT HISTORICAL RESEARCH INTO THE " HOLOCAUST " QUESTION.

SINCE HE BEGAN MAKING HIS FINDINGS PUBLIC, PROFESSOR FAURISSON HAS BE EN SUBJECT TO A VICIOUS CAMPAIGN OF HARASSMENT, INTIMIDATION , SLANDER AND PHYSICAL VIOLENCE IN A CRUDE ATTEMPT TO SILENCE HIM. FEARFUL OFFICIALS

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HAVE EVEN TRIED TO STOP HIM FROM FURTHER RESEARCH BY DENYINC HIM ACCESS TO PUBLIC LIBRARIES AND ARCHIVES.

WE STRONGLY PROTEST THESE EFFORTS TO DEPRIVE PROFESSOR FAURISSON OF HIS FREEDOM OF SPEECH AND EXPRESSION, AND WE CONDEMN THE SHAMEFUL CAMPAIGN TO SILENCE HIM.

WE STRONGLY SUPPORT PROFESSOR FAURISSON'S JUST RIGHT OF ACADEMIC FREEDOM AND WE DEMAND THAT UNIVERSITY AND GOVERNMENT OFFICIALS DO EVERYTHING POSSIBLE TO ENSURE HIS SAFETY AND THE FREE EXERCISE OF HIS LEGAL RIGHTS.

Cette pétition, déposée au tribunal, a eu l'effet d'une douche sur nos adversaires et a joué un rôle déterminant sur la suite de l'affaire.

Le procès lynchage que préparait la L.I.C.R.A. avec un dossier vide mais bourré des témoignages victimaires d'une foule de vengeurs et de tricoteuses a tourné court. Nos adversaires, mesurant enfin la nature de l'obstacle, partirent à la recherche de documents pour étayer leur dossier, permettant enfin de circonscrire le débat historique, de réunir et de délimiter un ensemble documentaire, permettant enfin un débat technique rationnel dans lequel ils s'enlisèrent.

La signature de Chomsky joua aussi un rôle déterminant sur l'attitude du tribunal qui comprit soudain qu'un jugement bâclé ne mettrait pas fin aisément à l'affaire.

A l'époque Faurisson, accablé par les soucis suscités par les répercussions de l'affaire sur sa famille, voyait ses capacités de travail presque réduites à néant, la tâche était écrasante, la situation quasi désespérée.

Alors qu'il était lui-même engagé, aux Etats-Unis, dans un combat difficile, assailli de calomnies, Chomsky s'est jeté à l'eau pour nous porter secours et pour affirmer en pratique ses propres principes sans tenir compte des risques personnels qu'il prenait.

Il est facile, maintenant, en 1984, après le colloque du 2 juillet 1982 et la conférence de presse de Raymond Aron et François Furet, après la publication de la Réponse à Pierre Vidal-Naquet, après l'arrêt du 26 avril 1983, de prendre au sérieux les recherches de Faurisson. Il fallait beaucoup de courage, de conscience et de rigueur pour prendre la position qu'a prise Chomsky en 1979.

Pour cette seule raison, le respect et la reconnaissance de la Vieille Taupe unanime sont acquis à Chomsky, quelles que soient les positions qu'il pourrait prendre par la suite.

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Mais Chomsky n'a pas borné là la mise en pratique concrète de ses principes.

Il a répondu amicalement à deux lettres de Faurisson, qui ne portaient pas sur la discussion technique historique, mais sur les circonstances générales du débat. Nous sommes bien placés pour savoir ce que cette civilité a de rare et de courageux.

Mieux: Jean-Edern Hallier, qui avait pensé se faire une publicité fulgurante, m'avait proposé la direction d'une collection, pour publier sur l'affaire Faurisson, puis, mesurant tout à coup les difficultés et les risques, il prit peur. Pour me dédommager de sa promesse, il me proposa de publier Economie politique des droits de l'homme, de Chomsky, et Khmers rouges, de Serge Thion, deux livres qui étaient en souffrance, faute d'argent, aux Editions de la Différence. Chomsky accepta sans barguigner que son livre fût publié dans une collection que je dirigeais et mentionnant Serge Thion et Michèle Noël pour la traduction. C'est-à-dire qu'il acceptait que son oeuvre personnelle puisse subir durement le contre-coup de la réputation infecte qui nous était faite plutôt que de se joindre, pour quelque raison que ce soit, à l'ostracisme et à la mise en quarantaine dont nous étions victimes. C'était peut-être aussi signifier de la manière la plus claire à nos adversaires qu'il restait ferme sur ses principes et très attentif aux suites de l'affaire.

Chomsky savait très bien que nous attachions une importance suffisante à son livre pour être prêts à nous effacer et ne pas entraver son audience. Il ne nous l'a pas même demandé. Or dès que fut connu ce projet d'édition, nos adversaires étaient prêts à assurer cette publication, à lui assurer la plus large publicité, à couvrir Chomsky d'éloges, à louer même sa "courageuse défense de la liberté d'expression" en affirmant qu'eux-mêmes n'avaient rien là contre, qu'il y avait eu malentendu, que Faurisson pouvait s'exprimer, etc., pourvu que Chomsky accepte de prendre ses distances avec nous. A l'époque Faurisson ne pouvait plus s'exprimer et nos adversaires croyaient encore triompher aisément sur le fond. Chomsky ne céda pas. Son livre parut aux Editions Hallier-Albin Michel, dans ma collection. Il fut accueilli par le silence impressionnant de la critique

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unanime. La diffusion resta confidentielle. La faiblesse des ventes conduisit l'éditeur à mettre le stock au pilon en 1984 (1).

J'écrivis à cette époque une lettre à Chomsky où, évoquant la puissance formidable de nos adversaires, je concluais en disant que les révolutionnaires conservaient sur eux un avantage décisif: nous communiquions instantanément par "transmission de pensée". Je m'explique. Face à des intrigues indémêlables, nous avions toujours en permanence la certitude absolue que nos comportements réciproques pouvaient toujours se déduire absolument de nos principes et étaient donc prévisibles. Pas de jésuitisme, pas de casuistique, pas d'opportunisme, et donc confiance absolue qui n'implique aucune allégeance et qui accepte comme allant de soi que chacun entretienne à l'égard de l'autre une "méfiance" non moins absolue. C'est le même type de rapports que j'entretenais avec Faurisson. C'est là la seule structure organisationnelle de la Vieille Taupe.

La pétition, déposée au tribunal, déclencha pour Chomsky une avalanche de lettres de ses bons amis parisiens, dont Jean-Pierre Faye, qui, revenu de diverses errances idéologiques, s'appuyait pour faire joli et refaire surface dans la pensée parisienne sur les travaux du savant américain et se présentait partout comme le chomskyen de Paris. On y décrivait une Vieille Taupe infernale. Toutes les ressources de la science politique, de la psychologie, de la psychanalyse et de la psychiatrie étaient mobilisées pour expliquer l'association diabolique de Faurisson et de la Vieille Taupe. La situation en France était décrite de façon apocalyptique. Le nazisme était aux portes. (C'était l'époque de la mise en scène médiatique de la F.A.N.E. et de Fredriksen, et où, parce qu'on avait découvert un policier infiltré dans la F.A.N.E., on présentait la police comme noyautée de part en part par les néo-nazis.)

Face à une bonne dizaine d'intellectuels de grand renom, dont certains l'avaient édité, l'avaient invité à des conférences, avaient diffusé ses textes, fait son éloge

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pour ses travaux scientifiques ou ses engagements politiques, Chomsky n'avait que la rigueur de ses principes et sa faculté d'analyse. Chomsky répondit avec fermeté. Il me communiqua pour information non pas les lettres de nos adversaires (principes obligent), mais certaines de ses réponses. Comme les attaques se déchaînaient contre nous, je lui demandai l'autorisation de rendre cette correspondance publique. A juste titre, il ne lui semblait pas correct de rendre publiques des lettres faisant allusion à une correspondance privée. Il offrit donc d'écrire un texte qui aurait le même contenu mais ne se référerait qu'aux écrits publics de nos adversaires. Telle est l'origine de l'avis figurant en préface du livre Mémoire en défense contre ceux qui m'accusent de falsifier l'histoire, de Robert Faurisson. Cet avis, envoyé à Serge Thion pour en faire le meilleur usage, fut déposé auprès du tribunal de Paris. Informés par la L.I.C.R.A., nos adversaires reprirent le siège de Chomsky. Celui-ci, inquiété par l'ambiance d'hystérie et de totale irrationalité qu'il perçoit, craint que le fait d'apparaître soutenir le contenu même des thèses de Faurisson ne vienne détruire toute efficacité à sa prise de position et que nous soyons tous balayés par la tempête. Nous sommes en octobre 1980. A ce jour, personne, absolument personne, dans l'Université, n'a pris position en faveur des thèses de Faurisson ni même en faveur de sa liberté d'expression. Le Mémoire en défense, par définition, n'est pas publié. Personne ne peut être certain, avoir l'assurance, que les conclusions historiographiques de Faurisson soient exactes. Il est tout à fait raisonnable d'établir plusieurs lignes de défense. Il faut imposer à nos adversaires le respect d'un minimum de formes. Notre camp, à l'époque, avait fait le plein, sa survie était en permanence menacée. Faut-il rappeler que le livre Intolérable Intolérance, avec les prises de position de Karnoouh, Monteil, Tristani, ne paraîtra que plus d'un an plus tard. Personne, en septembre-octobre 1980, ne peut prévoir comment évoluera le débat. Nos adversaires disposent d'arguments sérieux et apparemment solides qui nous imposeront un énorme travail de déconstruction. Beaucoup des arguments massues que nous utilisons maintenant ne nous étaient pas encore venus à l'esprit. Beaucoup des documents que nous utilisons en

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1984 n'étaient pas connus, sauf peut-être de Faurisson. A cette époque, ma propre conviction ni celle de Thion n'étaient pas tout à fait établies. C'est dans une large mesure le texte de Vidal-Naquet, Un Eichmann de papier, qui, après vérification et réflexion, nous a définitivement convaincus par son indigence, ses malhonnêtetés et ses ignorances que nos adversaires n'avaient effectivement rien à répondre. Encore nous a-t-il fallu du temps et du travail.

Revenons à l'avis de Chomsky. Il est daté du 11 octobre 1980. Dans une lettre écrite le 6 décembre 1980, postée le 9 et arrivée le 16 décembre 1980, Chomsky m'écrivait:

J'ai reçu des tas de lettres de France me demandant de retirer la chose que je vous ai envoyée sur les libertés civiles et sur Faurisson. Le ton général de ce que les gens m'écrivent indique que le niveau général d'hystérie est tellement élevé que personne ne fera en tout cas attention aux faits, et que tout l'effort anti-impérialiste sera miné par une campagne visant à m'associer au néo-nazisme. C'est avec réticence que je tends finalement à me trouver d'accord. J'ignore quelle est la situation à l'heure actuelle. Si la publication n'est pas encore en cours, je suggère fermement que vous ne la mettiez pas dans un livre de Faurisson [...] mais soit que vous laissiez tomber ce texte, soit que vous le publiiez séparément ailleurs. Je suis désolé, il est peut-être déjà trop tard.

Nous téléphonions (Thion et Guillaume) immédiatement à Chomsky qui, entre-temps, le 12 décembre, avait reçu des exemplaires du livre. Sa réaction immédiate était claire: il maintenait sa préface et nous demandait de considérer sa lettre comme nulle et non avenue.

Ainsi, au plus chaud de l'affaire, alors qu'aucun intellectuel français n'avait pris position, Chomsky, qui pouvait raisonnablement craindre de voir toute son oeuvre politique anéantie en un instant, n'avait pas même retiré son texte, comme il en avait le droit, mais nous avait "suggéré fermement" de le faire, pour nous faire comprendre par une litote que ses raisons étaient sérieuses et réfléchies, puis avait renoncé à cette ultime prudence à l'instant où il avait reçu le livre.

Faut-il rappeler que, de toute façon, Chomsky maintenait la lettre de son texte, qui était une véritable planche de salut dans l'ambiance de l'époque. Il avait déjà fait énormément pour défendre en pratique les droits de

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Faurisson et pour écarter la répression, y compris en s'engageant personnellement par de nombreuses lettres privées auprès de ses connaissances parisiennes, et c'est ce courage, unique parmi tous les intellectuels, qui lui vaut d'être aujourd'hui attaqué par Chantal Beauchamp!

Revenons à ce mois de décembre 1980. Les choses étaient donc parfaitement claires entre Chomsky et la Vieille Taupe. Mais, le jeudi 18 décembre, au cours de l'émission de Anne Sinclair, "L'Invité du jeudi", Jean-Pierre Faye, invité surprise, faisant état de "sa longue amitié avec Noam", citait une phrase tronquée et hors contexte d'une lettre personnelle de Chomsky, annonçait que Chomsky retirait son texte, et réclamait la saisie du livre de Faurisson, qu'il tenait pour assurée puisqu'il épiloguait sur la rareté bibliophilique que deviendraient les quelques exemplaires existants!

Le 18 décembre à 23 heures, après accord téléphonique de Chomsky, Thion communiquait à l'A.F.P. et à tous les journaux nationaux le texte suivant, que l'A.F.P. ne répercutera pas et sur lequel tous les journaux firent silence. En revanche, toute la presse du 19 annonçait la "volte-face" de Chomsky et répercutait la version de Jean-Pierre Faye.

AFFAIRE CHOMSKY-FAURISSON

Communiqué de Serge Thion

Paris, le jeudi 18 décembre 1980, 23 heures.

Dans l'affaire Faurisson, Noam Chomsky ne retire rien. Au cours de l'émission "L'invité du jeudi", sur Antenne 2, Jean-Pierre Faye a fait état d'une lettre que lui avait adressée Noam Chomsky et il en a cité les phrases suivantes: "O.K., vous m'avez convaincu. J'ai écrit aux éditeurs de Faurisson de ne pas publier la préface ou de la dissocier de toute publication qui ait une relation à Faurisson."

Dans la lettre privée qu'il a envoyée à Serge Thion pour les éditeurs de Faurisson (lettre écrite le 6 décembre, postée le 9, arrivée le 16), Chomsky dit notamment (et nous le citons avec son assentiment):

"J'ai reçu un tas de lettres de France, me demandant instamment de retirer la chose que je vous ai envoyée sur les libertés civiles et sur Faurisson. Le ton général de ce que les gens m'écrivent indique que le niveau général d'hystérie est tellement élevé que personne ne fera en tout cas attention aux faits et que tout l'effort anti-impérialiste sera miné par une campagne visant à m'associer au néo-nazisme. C'est avec réticence que je tends finalement à me trouver d'accord. J'ignore quelle est la situation à l'heure actuelle. Si la publication n'est pas encore en cours, je suggère fermement que vous ne le mettiez pas dans un livre de Faurisson (ou dans ce que vous aviez l'intention de publier) mais soit que vous laissiez tomber ce texte, soit que vous le publiiez séparément ailleurs. Je suis désolé -- il est peut-être déjà trop tard. "

Il y a donc eu, à Paris, une campagne concertée pour obtenir que Chomsky renonce à des positions libertaires qui sont pourtant chez lui constantes. Jean-Pierre Faye a même cité des noms: Pierre Vidal-Naquet, Mitsou Ronat, Jacqueline Guéron, Dan Sperber. Il se trouve que l'ouvrage de Faurisson est paru, précédé du texte de Chomsky. Ce dernier a reçu l'ouvrage de Faurisson et il n'est pour lui nullement question de désavouer son texte. Interrogé au téléphone, Chomsky vient de déclarer qu'il assume l'entière responsabilité d'un texte énonçant des principes que les détracteurs de Faurisson ne voudraient voir appliquer qu'à eux-mêmes.

Sans possibilité de diffuser, force nous était de laisser s'accréditer la version selon laquelle Chomsky aurait retiré son texte mais trop tard pour empêcher l'impression, mais qu'il maintenait fermement le contenu. Nous n'avions, contrairement à nos adversaires, aucun accès à la presse, et il est plus difficile de faire passer une information un tant soit peu exacte en matière de chambre à gaz que de remonter les chutes du Niagara à la nage.

Le safari Jean-Pierre Faye -- Anne Sinclair avait parfaitement réussi. Chomsky allait subir tous les inconvénients du courage de sa pensée, aggravés par le fait que le public avait l'impression que tout ça n'était pas très clair.

Mais si la tempête se déchaînait dans la presse et sur les ondes, le texte, lui, était déposé au tribunal, avec le livre. Et les juges comprenaient bien que, quoi que dise la presse unanime, si le livre n'était pas saisi, si nos adversaires ne produisaient même pas une lettre de Chomsky, c'est qu'en fait Chomsky ne s'était nullement départi de son soutien intransigeant à la liberté d'expression et aux droits civils de Faurisson. Il faudrait en tenir compte. Le reste n'était qu'écume des vagues.

Ce n'est que courant 1981 que l'étude systématique des communications massives de pièces faites par la L.I.C.R.A. nous permit de faire des progrès décisifs sur le plan de la stricte recherche technique sur les chambres à gaz et d'arriver à un ensemble de conclusions transmissibles à un esprit rationnel sans exiger de nos interlocuteurs un travail personnel écrasant, et qu'il fut

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donc possible de renforcer le noyau révisionniste initial. Et, il faut bien le dire, cette étape décisive n'a pu être franchie que grâce à l'appui inestimable que nous a fourni Chomsky non pas parce qu'il aurait en quoi que ce soit défendu les analyses de Faurisson, de façon ouverte, ou clandestine, comme veulent le croire les démoniaques, mais parce que Chomsky s'en était tenu, avec une fermeté rare, à ses principes: la connaissance des faits ne pourra sortir que d'un débat libre, loyal et honnête.

Le scandale déclenché autour de l'affaire Chomsky-Faurisson donnait à l'affaire une résonance internationale et conduisit de nouveaux lecteurs à prendre connaissance des textes.

Le 16 décembre 1980, Ivan Levaï recevait Jean-Pierre Bloch, président de la L.I.C.R.A., sur les antennes d'Europe 1, qui, en quelques minutes, ne proférait pas moins de treize mensonges objectivables. Le motif de cette invitation: la prise de position de Chomsky.

Le 17 décembre, en réponse, Faurisson passait sur l'antenne à son tour, où Ivan Levaï l'avait invité, pensant lui tendre un piège, le faire trébucher et le ridiculiser définitivement. Cette émission, où Faurisson prononça sa fameuse phrase de soixante mots, mit le feu aux poudres.

Toute cela, nous le devons à l'intervention de Chomsky qui se retrouve, lui, au centre d'une campagne sans précédent.

En France, se répand dans l'intelligentsia la rumeur convenue selon laquelle Chomsky se serait fait berner par la Vieille Taupe, que la liberté d'expression et les droits civils de Faurisson ne sont pas menacés, que Chomsky ne comprend rien à rien. Aux Etats-Unis et en Angleterre, où se reconstituait l'idéologie impériale de l'Occident, Chomsky avait déjà vu son audience se réduire et était victime de campagnes de calomnies grossières. Lui qui avait fait la critique de la guerre américaine au Vietnam, sans jamais idéaliser ou s'illusionner sur les régimes orientaux, se voyait accusé de soutenir Pol-Pot ou le stalinisme nord-vietnamien, y compris par ceux-là mêmes qui avaient eu précisément cette attitude et voulaient le faire oublier. On l'accusait maintenant de soutenir les vues de Faurisson dans le but de l'abattre

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tout à fait. De ce côté-ci de l'Atlantique, où la question faurissonnienne faisait trembler les vestales de la pensée, on soutenait que Chomsky, dans le fond, s'opposait aux thèses de Faurisson. De l'autre côté de l'Atlantique, on soutenait le contraire. Certains cornichons bien parisiens parvinrent à soutenir les deux imputations contradictoires en même temps (voir, de Chomsky Réponses inédites à mes détracteurs parisiens, Paris Cahiers Spartacus, 1984).

Chomsky s'est borné à répondre à ce déluge d'insanités et de délire pour rétablir les faits tout en "défendant concrètement, énergiquement et efficacement" la liberté d'expression et les droits civils de Faurisson. Il a successivement répondu dans des revues américains à Nadine Fresco, et à Gitta Sereny dans l'hebdomadaire britannique New Statesman, puis a tenté de répondre en France, mais ses réponses ont été censurées (voir Réponses inédites...). Il rappelle donc les faits face à ses calomniateurs en disant qu'il n'a jamais pris position en faveur des thèses de Faurisson. Il cite une phrase de lui-même, écrite en 1969 et reprise dans son livre Peace in the Middle East, 1974, selon laquelle "le massacre des juifs a été l'explosion la plus fantastique de la folie collective de toute l'histoire de l'humanité" et donc, tant qu'il n'a rien écrit qui démente cette phrase, tous ceux qui l'accusent d'être révisionniste doivent patienter et n'interpréter le texte de Chomsky qu'après qu'il aura été écrit.

En vérité, les adversaires de Chomsky sont d'abord les adversaires de la liberté de pensée, de la liberté d'expression. Ils s'opposent à un débat libre, loyal et honnête, parce que ce débat pourrait bien ne pas tourner à leur avantage. S'ils étaient vraiment convaincus que les chambres à gaz ont existé, ils devraient rechercher le débat, ou tout au moins ne pas le fuir.

La position adoptée par Chomsky est incontournable et irréfutable. Elle s'impose absolument à quiconque n'a pas abandonné toute dignité de l'esprit. Elle est minimale, nécessaire et suffisante pour que progresse la connaissance des faits et que triomphe la vérité.

Est-ce parce qu'ils sentent confusément le danger que nos adversaires tentent par tous les moyens de débusquer Chomsky de cette position de force?

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Et Chantal Beauchamp n'a pas trouvé de tâche plus urgente que de les y aider ?

Elle cite, en se gaussant, cette phrase de Chomsky:

Si, contrairement à ce que je crois, on démontrait qu'il n'y avait pas eu de chambres à gaz, mais que le massacre de millions de juifs avait été le résultat des conditions atroces dans les camps de travail forcé, cela ne changerait pas mon appréciation du génocide nazi.

Cette phrase, publiée en 1984, a été écrite en septembre 1981 (Réponses inédites, p. 46). A cette époque, si nous savions avec certitude que le chiffre de six millions de victimes juives du nazisme était très exagéré, nous n'avions aucun élément statistique sérieux ou revérifié pour avancer une évaluation fondée et il n'y a toujours pas de publication statistique sérieuse (2).

La mortalité énorme dans les camps n'est contestée par personne. Ce n'est qu'en 1983 que nous avons commencé à réunir des documents irréfutables prouvant que le nombre des survivants était beaucoup plus élevé que nous ne l'avions cru et surtout que la grande majorité des victimes étaient mortes dans les trois derniers mois de la guerre et les deux mois suivant la libération, et que, donc, leur décimation n'était imputable ni aux conditions de vie permanentes dans les camps, ni à une volonté délibérée d'extermination, fût-ce par la faim et le manque d'hygiène, ni à la Häftlingsführung verte ou rouge, mais au chaos infernal et incontrôlable résultant de la guerre totale et de l'effondrement final de l'Etat allemand, à la famine et aux épidémies qui décimaient aussi les civils allemands dans les villes.

Ce n'est qu'en mai 1984 que le témoignage d'un déporté m'a permis de confirmer cette analyse, et la phrase de Chomsky dont Chantal Beauchamp se moque en 1984 traduisait probablement la pensée d'une bonne partie de ceux qui soutenaient Faurisson en 1979-1980. Et si cette phrase peut paraître erronée et dépassée à un petit nombre de personnes informées, c'est grâce à un

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travail de recherche acharné qui n'a pu se développer que parce que les positions courageuses de Chomsky ont permis que s'en maintiennent les conditions minimales. De plus, cette phrase, écrite urbi et orbi par Chomsky, avait au moment où elle était écrite l'inestimable avantage de faire passer le message essentiel: la remise en cause de l'existence des chambres à gaz n'implique nullement que l'on renonce à la critique radicale des thèses nazies et à la condamnation du système concentrationnaire et des mesures antisémites.

Dernière remarque sur les prises de position de Chomsky: il a multiplié les prises de position en faveur de la liberté d'expression de Faurisson, dénoncé en termes particulièrement énergiques les procès qui lui étaient faits et les coups bas de ses adversaires, tout en laissant à Faurisson la charge et la gloire de défendre ses propres travaux. Chaque fois qu'il a rappelé que ses opinions restaient "diamétralement opposées" à celles de Faurisson, il l'a fait dans des termes qui n'étaient absolument pas susceptibles de nuire à Faurisson et il a toujours indiqué, par un mot ou une phrase, que son opinion "diamétralement opposée" ressortissait plus au domaine de l'opinion qu'à celui de la connaissance scientifique.

En fait, cette soudaine agressivité à l'égard de Noam Chomsky repose sur un fantasme et sur une illusion. Chomsky est perçu comme un universitaire jouissant d'un pouvoir médiatique considérable qui pourrait d'une seule parole et d'un coup de baguette magique renverser la situation. Tout cela est entièrement faux. Chomsky, dont les travaux linguistiques ont acquis une notoriété mondiale, a toujours été terriblement isolé dans ses engagements politiques, sauf à de courts moments où ses engagements correspondaient à de vastes mouvements sociaux (mouvement contre la guerre du Vietnam), mais où sa notoriété se faisait au prix d'une édulcoration médiatique de l'ensemble de ses positions. De 1973 à 1982, Chomsky était, à nouveau, totalement isolé. Une première version de son livre Economie politique des droits de l'homme avait été retirée de la circulation aux Etats-Unis par l'éditeur, et le second éditeur, South End Press, est un éditeur minuscule, très peu diffusé, essentiellement par des canaux militants. Alors que sa posi

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tion dans l'affaire Faurisson aurait logiquement dû recevoir un assentiment général, il s'est, au contraire, trouvé totalement seul, preuve qu'il y a dans cette affaire une dose d'irrationalité dont il faut tenir compte. S'il s'était engagé dans la controverse proprement historique, dans un sens ou dans l'autre, selon ses convictions, il lui aurait fallu accomplir un travail énorme, car il n'aurait pas pu se limiter à se former une intime conviction et à la dire, il lui aurait fallu la défendre, la justifier, donc assimiler un dossier écrasant, effectuer un travail de vérification, etc., faire ce que nous avons fait, contraints et forcés par la situation française.

Il lui aurait fallu -- et cela, nous sommes bien placés pour le savoir --abandonner toute autre activité, donc abandonner ses propres travaux et la rédaction de ses livres: Towards a New Cold War, 1982, The Fateful Triangle, 1983. Sans compter ses travaux de linguistique. Mais cela lui aurait évité d'être traité d'imbécile par Chantal Beauchamp.

Tout cela n'aurait pas beaucoup d'importance si cela n'était pas la manifestation d'un réel danger.

Chantal Beauchamp ne croit plus aux chambres à gaz. Elle est convaincue que Faurisson a raison. Soit. Moi aussi. Je souhaite que cette conviction se répande et je pense, si cette conviction vient à se généraliser, avoir été l'un de ceux qui auront joué un certain rôle dans ce processus complexe. Mais, pour Chantal Beauchamp, cette conviction récente devient instantanément une nouvelle vérité, autour de laquelle se construit une partition déterminée du bien et du mal qui va permettre une nouvelle inquisition contre tous ceux qui ne partagent pas son intime conviction. La logique de ses cinq pages, ce n'est plus la logique de la Vieille Taupe, c'est la constitution d'une ligue faurissonnienne, d'une nouvelle L.I.C.R.A. Au nom du nouveau dogme, on fera la chasse aux hérétiques. Bientôt, il faudra distribuer des cartes numérotées pour certifier la date d'entrée en faurissonnisme et créer un ordre des compagnons de la libération.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, cette logique conduira Chantal Beauchamp à utiliser immédiatement, et ipso facto, les mêmes méthodes que nos adversaires.

Elle cite Chomsky entre guillemets: "Il n'existe pas

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de données raisonnables qui permettent de douter de l'existence des chambres à gaz." Chomsky, lui, a écrit: "Pour moi, il n'existe pas... " Chantal Beauchamp fait sauter le "Pour moi, ... " et remplace le "i" minuscule suivant la virgule par un "I". Le "Pour moi, " est important; il ne fallait pas le supprimer dans cette page 3 de son texte, à l'appui de son raisonnement, même si elle l'avait déjà cité, correctement cette fois, en page 1 de sa lettre. D'autant plus que ce passage suivait un long développement où Chomsky prenait énergiquement la défense de Faurisson et était suivi d'une précision: "Seul un fanatique religieux pourrait refuser qu'on enquête sur des questions de faits"; puis d'une deuxième précision: "Il n'a pas fait lui-même cette enquête"; puis d'une troisième précision: "La thèse selon laquelle il n'y aurait pas eu de chambres à gaz me paraît grandement invraisemblable et la négation de l'holocauste me semble totalement impossible." Ainsi, Chomsky a clairement signifié que son opinion présente (septembre-octobre 1981) n'avait pas d'autre source ni plus de poids que l'opinion commune et que donc l'enquête était licite.

Par la suppression de ce "Pour moi, ...", Chantal Beauchamp dénature la position de Chomsky et peut s'offrir le luxe de "découvrir", chez lui, une inconséquence que précisément il avoue lui-même et met lui-même en scène en quelque sorte. Et, pour que tout soit parfaitement clair, Chomsky précise: "On a prétendu (par exemple Vidal-Naquet) qu'il était "scandaleux" de défendre le droit à la libre expression de Faurisson sans dénoncer ses conclusions." Comment mieux dire et montrer que Chomsky ne dénonce pas les conclusions de Faurisson, lui qui prend le soin de préciser: "Ce qui bien entendu obligerait à analyser scrupuleusement toute sa documentation, etc. "

Après la troncation captieuse d'un texte en page 3, Chantal Beauchamp va utiliser une autre méthode caractéristique jusqu'ici de nos adversaires: dénoncer et jeter l'anathème, campé fermement sur son bon droit et sa bonne conscience. Je serais un faussaire! Et cela, pour avoir publié intégralement, successivement, la pétition, l'avis et les mises au point inédites de Chomsky! Et je prendrais mes lecteurs pour des imbéciles pour avoir écrit: "Noam Chomsky, qui préfère ne pas prendre

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position sur le fond de l'affaire... "! Eh bien, je le maintiens, Chomsky n'a pas pris position sur le fond de l'affaire, lui qui n'évoque l'état de ses opinions qu'en mettant en scène sa propre incompétence relative et en soulignant l'égale incompétence de la plupart de ceux qui avaient cru pouvoir prendre position contre Faurisson. Je maintiens que Chomsky défend concrètement et énergiquement et efficacement la liberté d'expression de Faurisson. Et j'ajoute que j'aurais également publié toute mise au point de Chomsky, même s'il avait pris position contre les thèses de Faurisson.

Troisième attitude caractéristique de nos adversaires: la recherche d'explications occultes et louches pour expliquer les comportements adverses. Chantal Beauchamp écrit:

Quoi qu'il en soit, n'ayant aucune lumière particulière sur ce qui fait agir Guillaume, ainsi je ne peux donc pas trancher la question de savoir s'il faut parler devant ces faits consternants de connerie, de malhonnêteté, de tentative de manipulation de Chomsky par Guillaume ou réciproquement. Une chose est sûre cependant: Guillaume a tenté de manipuler des gens dont il sait qu'ils sont convaincus de la justesse des travaux de Faurisson, en leur mentant gravement sur le contenu d'un texte hostile auxdits travaux, qu'il a lui-même fait éditer.

Mes relations avec Chomsky comme avec Faurisson, comme avec les personnes présentes à la réunion du 16 juin 1984, et avec les lecteurs de ma circulaire du 18 mai 1984, sont d'une transparence cristalline. Il n'y a ni mensonge, ni dissimulation, ni accord occulte, ni manipulation. Libre à tout un chacun de se regrouper sur des bases autres que celles de la Vieille Taupe et de constituer une ligue des détenteurs de la vérité partant en guerre contre les hérétiques et les "tièdes". Ce type de comportement confortera immédiatement les délires de nos adversaires qui ne manqueront pas d'y trouver la justification pour refuser tout débat, pour refuser de prendre la mesure de la controverse et d'étudier nos arguments et pour substituer l'affrontement politique et idéologique au débat historique, scientifique. Le danger est grand alors que notre travail et tous nos progrès se voient balayés car nos adversaires ne feront pas le détail. C'est en tout cas une bonne chose que la lettre de Chantal Beauchamp manifeste à mon égard et à celui de

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la Vieille Taupe une agressivité si inconcevable qu'elle rende clair que ses comportements sont totalement étrangers à la Vieille Taupe.

Il n'en reste pas moins vrai que la publication en mai 1984 de textes de Chomsky censurés en leur temps, écrits en 1981-1982, apparaît comme déphasée par rapport au développement du débat historique en France. Cela permet de mesurer les formidables progrès accomplis en deux ans. La liberté de nous exprimer, nous l'avons conquise de haute lutte, même si elle est encore très loin de s'exercer dans les conditions normales et s'il faut encore beaucoup de courage et de détermination pour en user. Le débat historique a fait des progrès décisifs grâce aux procès dont il nous reste à faire connaître les résultats proprement historiographiques.

Chantal Beauchamp, historienne de profession, aurait été mieux inspirée d'écrire une synthèse d'une dizaine de pages, de la diffuser autour d'elle et de l'envoyer à Chomsky en lui demandant ce qu'il en pensait, plutôt que de jeter l'anathème et prononcer l'excommunication de Chomsky, de René Lefeuvre (éditeur des Cahiers Spartacus) et de moi-même dans un Herem collectif, ce qui manque à tout le moins de gentillesse...

Il est vrai que René Lefeuvre a manqué de clarté et de fermeté dans cette affaire et je l'ai épinglé en son temps (La Guerre sociale, supplément au numéro 3, p. 84). Il est non moins vrai qu'il s'est aussi opposé à mes calomniateurs et que son attitude dans son milieu a certainement évité à des projets d'agression contre moi de se matérialiser!

Dans cette affaire, bien peu sont ceux qui sont restés fermes et irréprochables sur les principes en toute occasion. S'il peut être opportun de dénoncer les faiblesses, il est souvent criminel et toujours absurde de dénoncer les faibles, et c'est souvent ce qui marque la dégénérescence de la camaraderie subversive en racket militant. Ce qui importe, c'est de saper les causes des pressions trop fortes que nous subissons tous.

Chomsky s'est engagé alors qu'il était par ailleurs personnellement engagé dans un travail et des combats éprouvants qui absorbaient toute son attention et toute son énergie. Des événements dramatiques se déroulaient au Moyen-Orient. Son propre travail de dévoilement des ressorts matériels et psychologiques de l'impérialisme

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américain, des réalités du sionisme et de l'Etat d'Israël acquéraient une importance immédiate, susceptible de conséquences pratiques. En quoi ce travail serait-il moins important que le travail de Faurisson et pourquoi aurait-il dû lui être sacrifié lorsque des apparences fallacieuses imposées par le fanatisme les pouvaient rendre contradictoires?

Devait-il, toutes affaires cessantes, ne se préoccuper plus que du débat qui faisait rage en France? Pourquoi Chomsky ne sommerait-il pas Faurisson ou Chantal Beauchamp de prendre position sans délai sur ses propres travaux? Ces attaques dont il est aujourd'hui l'objet confirment en tout cas son appréciation sur le caractère irrationnel et délirant des milieux intellectuels en France et justifient qu'il ait tenté avant tout, à l'occasion de cette affaire, de restaurer des principes généraux bien oubliés.

Imaginons un instant que, le tabou étant rompu, un réel débat s'instaure et que l'inexistence des chambres à gaz hitlériennes et du génocide des juifs soit admise par l'ensemble des historiens. Ceux qui continueraient à soutenir que ces chambres ont existé et publieraient des études compilant témoignages, aveux et documents que l'histoire officielle aura reconnus comme apocryphes, pourraient être accusés de troubler l'ordre social, d'inciter à la haine. Ne faudrait-il pas interdire cette littérature? Ne faudrait-il pas réprimer ces colporteurs de bobards de guerre haineux et vindicatifs? Il semble bien qu'en France les séquelles de la collaboration, de la résistance, du stalinisme sur fond de guerre de religions laissent l'intelligence désarmée devant une problématique aussi bébête.

Il y a une opposition fondamentale entre les conceptions de l'ordre social et politique structurées par le monothéisme (ou son retournement athée) qui font reposer l'ordre social sur une adhésion collective à une représentation universelle, donc sur une croyance partagée, et les conceptions qui considèrent que les représentations, les états de conscience, les croyances sont des produits de l'expérience sociale et sont des attributs de la personne ou d'un peuple. Selon cette deuxième conception, il appartient à l'ordre social d'organiser la cohabitation et la confrontation des représentations et des croyances, et de réagir contre les prétentions hégémoniques et totalitaires d'une représentation particulière.

La démarche scientifique dans ce cas a le privilège d'imposer l'universalité de ses conclusions hors de tout mécanisme d'autorité et de contrainte.

Pour mesurer ce que peuvent avoir d'odieux les attaques dont Chomsky est l'objet de la part de quelqu'un qui se pose en défenseur de Faurisson, qu'on veuille bien réfléchir à l'analogie suivante.

Au plus fort de l'affaire, lors d'un voyage en Bolivie, le professeur Faure rencontre un ami qui lui parle du cas d'un professeur bolivien persécuté pour avoir publié des conclusions en génétique des populations que la totalité de l'establishment intellectuel considère comme un encouragement au massacre des Indiens!

Le professeur bolivien s'en défend. Il semble connaître son dossier mais ne parvient pas à se faire entendre. Il est clair, pour Faure, que si les Indiens se font massacrer en Bolivie, c'est pour des raisons économiques, sociales et politiques dans lesquelles des arguments scientifiques sur le monogénisme ou le polygénisme de l'humanité n'ont rien à voir. Les réactions de l'establishment intellectuel relèvent plus de la protection des fantasmes de la tribu (des intellectuels) que de la protection des Indiens. De toute façon, les propositions savantes du professeur bolivien sont vraies ou fausses et leur vérité ou leur fausseté doit être établie dans le cadre du débat et des procédures scientifiques ordinaires. Il est clair aussi que soutenir ce professeur conduira aux amalgames les plus fous et paralysera un peu plus, sinon totalement, le débat naissant sur les propres travaux du professeur Faure. De plus, tous les amis boliviens de Faure le conjurent de ne pas s'engager, affirment que ce professeur bolivien est un dangereux cinglé, un excité, peut-être même un nazi, qu'il est manipulé! Il est clair que prendre position ne servira à rien ou presque, mais entraînera un recul terrible de toute possibilité de réflexion raisonnable sur les travaux de Faure et de toute l'école révisionniste.

Que faut-il faire ? Et qu'aurait fait Faure ? Personne ne peut le dire et personne n'a de titre à exiger quoi que ce soit. (S'ils s'obstinent, ces cannibales, à faire de nous des héros, ils verront bientôt que nos balles sont pour nos propres généraux!)

La seule chose qui puisse être dite, c'est que capituler sur un point ou un autre signifie une perte irrémédiable

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pour l'esprit. Si, au contraire, quelqu'un trouve en lui la force de ne rien céder, c'est probablement la manifestation que tout un cycle historique s'achève et qu'un esprit neuf est en train de naître.

Eh bien, Faure s'est jeté à l'eau. Il a subi tous les ennuis prévisibles et, trois ans plus tard, il se fait injurier; pour n'avoir pas pris position en faveur des thèses génétiques du professeur bolivien, par une agrégée bolivienne en génétique dont c'est la première intervention publique connue !

28 septembre 1984.

La première version du texte qui précède comportait de multiples erreurs de détail et une erreur d'appréciation que Chomsky nous a signalées tout en réaffirmant la constance et l'invariance de sa position. Nous avons corrigé dans le texte les erreurs qui ne modifiaient pas le raisonnement et donnons, ci-dessous, les remarques de Chomsky.

Mon cas ne fut pas le moins du monde unique; l'histoire est tout à fait commune et pourrait être illustrée de nombreux exemples. Mon cas fut peut-être plus frappant parce que j'avais, sans doute, été très visible de 1969 à 1973, au point que, dans une étude entreprise en 1970 sur l'"élite intellectuelle américaine" (un concept ridicule, cela va sans dire), la plupart des collaborateurs (plutôt paranos) m'attribuaient des pouvoirs quasi magiques sur les médias et l'opinion publique. Trois raisons expliquent pourquoi j'ai été particulièrement vilipendé: la première, j'étais particulièrement "visible"; la deuxième, en 1969 j'ai commencé à traiter de la politique israélienne de façon plutôt critique, ce qui, parmi les intellectuels américains, est comparable à critiquer l'Union soviétique parmi les staliniens; la troisième, une grande partie de mes écrits étaient consacrés à l'analyse critique des activités de l'"élite intellectuelle", ce qui n'est pas de nature à vous rendre sympathique aux commissaires.

Dans les premières années de la décennie soixante-dix, cette situation est dépassée. Les publications "qui comptent" ne publient plus d'articles de moi, à de très rares exceptions près, et un flot de calomnies et d'insultes telles que celles dont vous avez l'habitude depuis quelques années fit son apparition et continue encore, en fait continue de croître. La raison en est transparente, et la relation que vous faites peut induire en erreur. Bien qu'il soit parfaitement vrai que bien d'autres et moi-même, qui déviions de la ligne du parti, étions marginalisés (neutralisés, comme l'a écrit Vidal dans la New York Review) depuis les années soixante-dix, la situation n'est pas redevenue ce qu'elle avait été au milieu des années soixante. Au contraire, bien que les vastes mouvements populaires des années soixante soient devenus

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moins visibles, ils continuent d'exister, et même de grossir pendant cette période, au grand désarroi des commissaires -- je veux dire les intellectuels libéraux qui constituent le clergé de la religion d'Etat. Il existe même un terme technique pour désigner ce phénomène troublant: "le syndrome vietnamien" ou la "crise de la démocratie". Cela continue de nos jours. C'est la raison pour laquelle, en fait, Reagan estima qu'il ne pouvait pas attaquer l'Amérique centrale directement, comme son modèle, John F. Kennedy, avait pu attaquer le Vietnam vingt ans plus tôt. Aussi, pendant toute cette période, tandis que j'étais exclu des cercles bon chic, bon genre (sans beaucoup de regret, dois-je le dire, compte tenu de mon mépris global pour leur niveau intellectuel et moral), les demandes insistantes pour des conférences, etc., continuaient à augmenter, les auditoires s'agrandissaient et devenaient plus sympathiques et ainsi de suite.

Cela continue d'être vrai aujourd'hui, provoquant beaucoup d'hystérie dans l'establishment. La semaine dernière, par exemple, le New Republic, dans une nouvelle série de ses mensonges de style stalinien (invoquant comme il se doit ma "négation de l'holocauste" etc.), proclamait désespérément que je suis totalement discrédité et que même mes amis ne veulent plus être associés à moi. C'était écrit dans un papier distribué par un groupe de sionistes fanatiques plutôt effondrés, à l'extérieur d'une salle où je parlais du Moyen-Orient à un auditoire enthousiaste de plus de mille personnes, à l'université du Michigan, avant de me précipiter à Detroit le soir même, pour parler du même sujet devant une autre salle bondée. Et cela se produit tout le temps. Par exemple, Political Economy ot Human Rights, qui n'a fait l'objet d'aucun compte rendu dans la grande presse et que beaucoup de distributeurs refusent même de délivrer, se vend néanmoins à un beaucoup plus grand nombre d'exemplaires que les livres que j'ai écrits au sommet du mouvement anti-guerre. Il y a de fait un véritable Kulturkampf ici. Le clergé séculier a perdu le contrôle de l'opinion publique et ils en sont tout retournés. Ils n'arrêtent pas de prétendre que des gens comme moi sont "isolés" ou "discrédités" et ils le font avec d'autant plus de passion qu'ils savent que c'est exactement le contraire qui est vrai. Je ne peux pas accepter même une fraction des invitations qui me sont faites de venir parler, et ce n'est pas comme dans les années soixante, où je parlais à cinq personnes dans une église, mais bien de véritables foules dans les collèges et les communautés. De la même manière, ils écrivent sans arrêt sur la façon dont les mouvements populaires des années soixante ont disparu et ont été discrédités, et comment le pays "glisse à droite", tout en sachant que les mouvements populaires ont survécu et demeurent efficaces et vivaces, et que l'anti-interventionnisme est beaucoup plus puissant maintenant que par le passé. En fait, dans le dernier sondage Gallup que j'ai vu, plus de 70 p. 100 de la population (mais beaucoup moins de "leaders d'opinion" et pratiquement personne de l'intelligentsia structurée) répondait "oui" à la question: "La guerre du Vietnam était-elle "fondamentalement fautive et immorale", et pas simplement une erreur?" C'est le genre de phénomène qui terrifie les commissaires.

Chomsky, 27 octobre 1984.

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NOTA BENE. -- Afin de rendre intelligible ce texte, précisons simplement que la lettre à laquelle il répond avait été provoquée par l'édition réalisée par mes soins de Réponses inédites à mes détracteurs parisiens, de Noam Chomsky. Dans une circulaire aux clients de la Vieille Taupe, j'avais présenté ce texte comme "une défense concrète, énergique et efficace de la liberté d'expression de Faurisson". Dans la même circulaire, je stigmatisais "tout ce qui fait profession de penser et s'invente mille raisons pour ne pas prendre connaissance du dossier, pour fuir les textes décisifs, pour retarder la confrontation".

Or, dans les textes publiés, écrits à différentes époques, non seulement Chomsky ne prend pas position sur le fond, mais il écrit même que, pour lui, " il n'existe pas de données raisonnables qui permettent de douter de l'existence des chambres à gaz».

Inconséquence de ma part ?

Ce serait oublier que Chomsky a fait preuve d'un courage et d'une détermination exceptionnels, qu'il s'est engagé sans ambiguïté en dénonçant les malhonnêtetés des adversaires de Faurisson et qu'il a signifié fermement que la défense de la liberté d'expression ne se limitait pas à la défense de la liberté des copains. La lecture attentive de ses textes ne laisse aucun doute à cet égard.

Pour que les allusions soient moins sibyllines, précisons que Chantal Beauchamp est professeur agrégé d'histoire. Proche des courants ultra-gauches par lesquels elle eut connaissance du dossier dès l'origine, elle adhéra immédiatement aux thèses révisionnistes et, contrairement à beaucoup, déploya une activité conséquente.

Le monogénisme et le polygénisme, auxquels il est fait allusion à la fin du texte, sont deux doctrines opposées quant à l'origine de l'humanité. Le monogénisme tient pour une origine unique et une différenciation consécutive des groupes humains constituant, notamment, les trois grandes races. Le polygénisme tient pour une origine plurielle dès le processus d'hominisation des primates. Voltaire, par exemple, était polygéniste, plus par réaction contre le monogénisme biblique que pour des raisons scientifiques. Indépendamment du débat scientifique (essentiellement paléontologie et génétique), certains sectateurs du monogénisme accusent leurs adversaires des plus noirs desseins et, notamment, de vouloir exterminer leurs "hétérogènes". Pour ma part, je n'ai pas les compétences nécessaires pour trancher et, surtout, je m'en fiche.

NOTES

(1) Averti par l'éditeur Albin Michel je proposai de trouver une solution de solde. On me répondit que ie stock avait brûlé, à l'exception des exemplaires en magasin, soit quelques centaines.

(2) Depuis, est paru aux Etats-Unis: Walter N. Sanning, The Dissolution of Eastern European Jewry, qui clôt le débat démographique, en confirmant point par point, de façon exhaustive, le travail de Paul Rassinier, Le Drame des juifs européens, réédité par la Vieille Taupe.


Extrait de Droit et Histoire de Pierre Guillaume, Paris, La Vieille Taupe, 1986, ISBN 2-903279-10-1.


[Nous exhumons les deux textes suivants, non datés, des archives de la Vieille Taupe. Ils datent de la sortie du livre de Chomsky et Herman aux éditions J.-E. Hallier/Albin Michel, soit l'été 1981.]

Lorsque le sage montre la lune l'imbécile regarde le doigt.

(Proverbe chinois)

Lorsque Noam Chomsky a accepté que je prenne en charge l'édition française d'Economie Politique des droits de l'homme, il ignorait totalement l'exacte nature de mon engagement au côté du Professeur Faurisson, et nous ignorons tous deux l'importance que prendrait cette affaire.

Au moment où finalement le livre paraît, certains s'inquiètent, d'autres se réjouissent de ce qu'ils caractérisent comme un "effet de sens". Il m'appartient donc de préciser que si Chomsky s'est exprimé clairement sur l'affaire Faurisson, dans une préface au Mémoire en Défense, et dans la presse internationale, dans des termes dont on a si mal rendu compte, il a toujours manifesté un désaccord complet avec mes propres appréciations sur la valeur et l'intérêt des travaux de Faurisson.

Chomsky n'est intervenu dans l'affaire Faurisson que sur des questions de principe.

Si "effet de sens" il y a, il tient, non à une manipulation, mais à une réalité incontestable : le fait que j'existe et qu'un certain nombre (croissant) de personnes partage mon point de vue.

A savoir: nous ressentons un accord profond et jugeons fondamentales les thèses de Chomsky et Herman dans Economie politique des droits de l'homme, et nous accordons une grande importance théorique et méthodologique aux travaux de Faurisson.

On peut penser que nous sommes fous, complètement schizophrènes, ou vouloir nous exterminer mais il ne faut pas déplacer ce jugement sur la personne de Chomsky dont les positions sont totalement claires et autonomes.

Ce livre doit être l'occasion d'un débat fondamental sur l'impérialisme américain, la nouvelle guerre froide et les risques d'une troisième guerre mondiale.

Peut-on espérer que les relents de l'affaire Faurisson ne viendront pas perturber ce débat et que les intellectuels français ne se comportent pas comme l'imbécile du proverbe?

Qu'il soit donc clair que mes activités aux éditions Hallier/Albin Michel et mes activités comme éditeur de la vieille taupe sont totalement séparées. Ce n'est donc pas ici le lieu pour parler des initiatives en cours de la Vieille Taupe qui s'exprime quand bon lui semble, quand bon lui semble.

Chomsky n'a jamais apporté le moindre soutien aux thèses et aux recherches du professeur Faurisson. Ces thèses sont diamétralement opposées aux vues de Chomsky sur ce sujet, telles qu'il les a exposées jusqu'ici.

Chomsky ne s'intéresse pas particulièrement aux thèses et aux recherches de Faurisson. Il se refuse à entreprendre un travail personnel sur le sujet, à la fois parce qu'il n'en a pas le temps, qu'il considère les préoccupations des révisionnistes comme étrangères aux siennes et stériles, et qu'il se refuse à faire du sort des Juifs pendant le régime hitlérien la clef de voûte d'une conception du monde.

Par contre Chomsky accorde son soutien total à la lutte pour le respect des droits civils et humains du professeur Faurisson, à sa liberté d'expression, et dénonce sans la moindre ambiguïté les procédés administratifs et judiciaires choquants utilisés contre celui-ci.

Chomsky a signé, et n'a nullement pris l'initiative, une pétition en faveur des droits civils de Faurisson. Sa signature figure parmi celles de plus de 600 intellectuels internationaux. C'est la nature irrationnelle et choquante des attaques dont il a été l'objet à la suite de cette manifestation élémentaire, ainsi que le caractère inacceptable des procédés utilisés contre Faurisson qui l'ont conduit à écrire le texte publié en préface au Mémoire en défense de Faurisson.

Il n'a jamais renié ce texte, ni demandé de le retirer.

Par contre, il est vrai que les réactions de petits cercles en France dès que cette initiative fut connue, ont été tellement violentes et passionnelles qu'il s'est posé la question de savoir si cette publication dans cette forme était opportune et ne manquerait pas ses objectifs.

Ses craintes étaient absolument justifiées et ont hélas été entièrement vérifiées puisque, au lieu d'être l'occasion d'un débat de principes sur la liberté d'expression et sur les moyens réels de s'opposer au totalitarisme, cette préface a été l'occasion d'une campagne de presse dans laquelle aussi bien les positions de Chomsky que les thèses de Faurisson ont été totalement passées sous silence ou totalement déformées. La mise en épingle de l'Affaire Chomsky/Faurisson a permis à la presse de ne parler ni de Chomsky ni de Faurisson, et de les confondre dans l'opprobre. La révélation intempestive d'une lettre personnelle tronquée, où il faisait part de ses inquiétudes et de son désir que son texte soit séparé du livre de Faurisson, s'il en était encore temps a permis à la presse et notamment au Matin de Paris, de prétendre que Chomsky retirait sa préface en tout état de cause, alors que son souhait, et sa "suggestion ferme" n'était déterminé que par ses craintes justifiées sur la possibilité de mener un débat rationnel en France sur ces sujets. Toute tentative d'assimiler Chomsky et Faurisson relèvent donc du mensonge et de la désinformation de même que toute tentative de minimiser l'engagement de Chomsky en faveur des droits civils et humains de Faurisson (et notamment du droit de voir ses thèses et ses textes cités correctement, droit qu'il revendique pour lui-même au sujet de ses propres textes).

P. Guillaume


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