AAARGH
[Note de
l'AAARGH: Finkelstein a un site web où l'on trouve le dossier
de son livre: http://www.normanfinkelstein.com/index.html]
La parution en France et en Allemagne, six mois après l'édition en anglais, du pamphlet de Norman Finkelstein, politologue new-yorkais, suscite un malaise et des interrogations, comme en attestent les réactions des historiens interrogés par «Le Monde».
PUBLIÉ en juillet 2000 en Angleterre et aux Etats-Unis, le pamphlet intitulé Holocaust Industry n'a d'abord suscité que peu d'intérêt dans la communauté scientifique anglo-saxonne. Mais il a d'emblée provoqué une intense curiosité médiatique outre-Atlantique et outre-Manche (Le Monde du 14 août 2000). En Allemagne, la presse s'en est fait l'écho, avant même que le texte ne soit disponible.
Essai explosif ou long tract aux relents antisémites ? Révisionnisme d'ultragauche ou banale «haine de soi» juive ? Très rapidement, la polémique devança l'analyse, l'imprécation l'emporta sur l'esprit d'examen, et la rumeur se répandit au sujet de ce mince volume. Mais rares étaient ceux qui avaient déjà pu en prendre connaissance.
Son auteur, Norman Finkelstein, quarante-sept ans, enseignant de théorie politique à New York, juif et fils de déportés, avait déjà publié plusieurs ouvrages, dont La Thèse de Goldhagen et la vérité historique avec Ruth Birn (Albin Michel, «Le Monde des livres» du 3 septembre 1999), avant cette Industrie de l'Holocauste dénonçant l'exploitation idéologique et financière de la Shoah par les juifs américains. Aujourd'hui pourtant, alors que le livre paraît simultanément en Allemagne et en France, il apparaît que son propos ne se réduit pas à une offensive contre l'action des instances dites « communautaires » c par ailleurs largement critiquées par beaucoup de juifs américains eux-mêmes. Car, à bien se pencher sur les quelque 150 pages de cette charge contre l'idée de mémoire «concept, écrit l'auteur, qui fait fureur aujourd'hui mais qui est sûrement le plus pauvre qui soit apparu depuis bien longtemps», on perçoit aisément que sa véritable cible est ailleurs.
SENTIMENT D'ÉTRANGETÉ
« Sur le mur du salon, on avait accroché des photographies de la famille de ma mère », se souvient Norman Finkelstein, évoquant l'image des proches disparus, avant de confier : « Je n'ai jamais pu me sentir lié avec ces personnages (...) pour être franc, je ne peux toujours pas le faire.
Ce profond sentiment d'étrangeté vis-à-vis des morts a pour corollaire une suspicion radicale à l'égard de ceux qui échappèrent à la solution finale. A plusieurs reprises, il s'en prend à ce qu'il appelle «les affabulations des survivants de l'Holocauste». Pour lui, la motivation de ces femmes et de ces hommes qui réclament justice est d'abord «d'ordre matériel», leur récit des camps ne servant qu'à justifier «le racket des réparations de l'Holocauste», dont les banques suisses ont été, dit-il, les premières victimes : d'ailleurs, «cohorte composée de femmes juives âgées » ou « vieux plaignants juifs » venant gémir devant les commissions bancaires du Congrès américain, beaucoup de ces survivants ne sont-ils pas des imposteurs qui «se sont fabriqué un passé» ?
Car telle est, selon Finkelstein, la fonction
première du «dogme de l'Holocauste». Si cette
«construction idéologique» n'a qu'un lien «ténu»
avec la réalité, elle n'en fournit pas moins la
matière première d'une «industrie» planétaire
: tour à tour, en effet, banques suisses et firmes
allemandes ont été obligées de plier sous
les coups de «la machine de guerre de l'Holocauste ».
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D'un côté, cette «armada» peut compter sur «une presse infiniment servile et crédule» pour relayer ses «campagnes de calomnies» ; de l'autre, elle peut brandir la menace du boycottage économique via «la complicité du Congrès américain».
Aussi cet enseignant qui se réclame de l'extrême gauche en arrive-t-il à défendre bec et ongles le monde de la banque helvétique, « proie facile » hâtivement condamnée dans l'affaire des comptes dormants et des transactions d'or avec l'Allemagne nazie. D'autant qu'à ses yeux, les malversations financières éventuelles de ces banquiers ne seraient que broutilles à côté de « l'industrie de l'Holocauste, fondée sur un frauduleux détournement de l'histoire », et qui, pratiquant le « pillage de tombes », restera sans doute comme « le plus grand larcin de l'histoire de l'humanité ».
Toutefois, selon Finkelstein, il a fallu attendre la fin des années 1960 pour assister à l'émergence de cette « industrie ». Car, dans le monde de la guerre froide, les juifs américains faisaient montre d'une « grande indifférence envers le destin d'Israël ». Fiers de leurs « états de service anticommunistes », ils étaient totalement alignés sur les positions d'un gouvernement soucieux de ses bonnes relations tant avec le monde arabe qu'avec son allié ouest-allemand. Ce n'est qu'après la guerre de 1967, lorsque Israël victorieux devint « une tête de pont américaine au Moyen-Orient », que « les élites juives américaines découvrirent "soudain" leur nouvel ami » et décidèrent de propulser « la mémoire de l'Holocauste sur le devant de la scène ».
Dès lors, « l'industrie de l'Holocauste » était lancée, ne cessant par la suite d'« augmenter ses quotas de production ». Promptement dotée d'« une bureaucratie bien huilée » et d'« un formidable réseau opérationnel », cette immense machine à extorquer de l'argent ne devait pas tarder, selon Finkelstein, à trouver de puissants outils de propagande : musées de l'Holocauste, « pèlerinages vers les camps de la mort » et autres « opérations à grand spectacle » orchestrées par une kyrielle d'institutions bien connues. Ainsi Finkelstein ironise-t-il sur cette« affaire de famille » que serait le Centre Simon-Wiesenthal, « célèbre pour ses expositions de type "Dachau-Disneyland" ».
Il ne manquait plus à « l'industrie de l'Holocauste » qu'un vaste corpus théorique visant à la légitimer. D'où « le fatras qui encombre aujourd'hui les étagères des librairies et des bibliothèques », s'insurge Finkelstein, qui n'hésite pas à affirmer que la « littérature de la Solution finale » regorge de « mystifications » et d'« absurdités », alors que « la littérature négationniste n'est pas dénuée d'intérêt ». Cependant, pour Finkelstein, l'Holocauste ne sert pas seulement à faire de l'argent, il constitue également « un alibi précieux », « une matraque idéologique »qui permet de déjouer toute critique concernant la politique israélienne, notamment à l'encontre des Palestiniens. Mais, au-delà du Moyen-Orient, l'Holocauste occulte globalement « la souffrance des autres », et par exemple celle des enfants irakiens, dont Finkelstein affirme qu'ils ne sont pas moins d'un million à avoir trouvé la mort du fait de l'embargo économique, «soit autant que dans l'holocauste nazi». De même serait-ce à cause des «absurdités de l'Holocauste» qu'il serait interdit de parler du racisme dont souffrent les Afro-Américains, ou qu'aujourd'hui encore, d'après Finkelstein, «la mention d'un génocide des Arméniens est un sujet tabou».
NÉCESSAIRE PRUDENCE
On l'aura compris, l'ouvrage de Norman Finkelstein se soucie peu de nuance. Du reste, dans la postface à l'édition française, l'essayiste Rony Brauman s'efforce de nuancer le propos en le replaçant dans son contexte américain : «L'économie d'extorsion mise en place par certaines institutions juives et lawyers américains (...) reste largement un phénomène d'outre-Atlantique» ; «elle fut d'ailleurs critiquée sans ménagement par des personnalités juives en France». De même il affirme que certaines des hypothèses de Finkelstein sont dénuées de tout fondement (par exemple la fameuse «césure» de 1967) et que d'autres relèvent tout simplement de «la propagande».
Dans ces conditions, la nécessaire prudence qui aurait dû accompagner la traduction d'un tel pamphlet n'appelait-elle pas la rédaction d'un avertissement préliminaire, propre à mettre en garde le lecteur quant aux assertions les plus outrancières du polémiste américain ? A la vérité, lorsque les éditions La Fabrique, animées par Eric Hazan, décidèrent de publier ce livre en français, une préface fut bel et bien demandée à l'historien Pierre Vidal-Naquet, auteur d'un ouvrage de référence sur le négationnisme, Les Assassins de la mémoire (Seuil). Mais celui-ci se récusa. « La seule chose que je souhaite pour ce livre, nous a-t-il déclaré, c'est le silence. »
L'Industrie de l'Holocauste, réflexions sur l'exploitation de la souffrance des juifs, de Norman G. Finkelstein, éd. La Fabrique, 158 p., 89 F (12,19 ).
Jean Birnbaum
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