Comment écrire ou tenter d'écrire rationnellement sur un sujet quand, jusqu'ici, ceux à qui s'adresse ce texte refusent une discussion rationnelle ?
Pour que l'on accepte ce texte, il faudrait que l'idée même de réexaminer l'histoire de la solution finale apparaisse comme pertinente, or c'est cette pertinence même qui est mise en cause, c'est le fait de penser que l'histoire telle qu'elle nous est présentée pose d'énormes problèmes qui est nié... Comment peut-on, à moins d'être un fou, un salaud, un aveugle ou un ignorant se poser, non pas tel ou tel problème de détail, mais bel et bien la question : « L'Allemagne nazie a-t-elle réellement décidé au plus haut niveau l'extermination concertée de tous les juifs vivant sous sa domination ? Y a-t-elle quasiment réussi en en exterminant six millions sur neuf au moyen de gazage à l'aide du cyclon B ?
Je sais que j'en ai déjà trop dit, que certains refuseront d'aller plus loin, ces dernières lignes suffisent à me discréditer d'une façon ou d'une autre.
Il serait absurde de m'en indigner car j'aurais réagi de la même façon il y a encore un an passé.
Pourquoi ce conditionnel puisque j'ai réagi ainsi pendant près de dix ans vis-à-vis d'un ami qui me pressait de lire Rassinier ? Ce qu'il m'en disait me paraissait tellement aberrant que je ne voyais pas pourquoi je perdrais une seule minute avec de telles inepties. Je lui ai fait à peu près toutes les réponses qu'on me fait aujourd'hui.
1/ Tout cela est absurde, tant de faits massifs sont là pour attester du génocide, des chambres à gaz et des millions de morts.
2/ La discussion sur les chiffres est non seulement macabre mais ne change rien au fond du problème.
3/ Cela changerait-il d'ailleurs quelque chose que le nazisme resterait une abomination comme l'humanité n'en a point connue. Alors quel intérêt cette discussion peut-elle bien avoir ?
4/ L'unique avantage qu'elle pourrait avoir serait de réjouir quelques néo-nazis...
5/ Conclusion : j'ai vraiment autre chose à faire et à penser.
Cet ami m'agaçait avec son Rassinier, je le soupçonnais même, malgré son passé et son présent politiques, d'être un peu antisémite... Et me voilà aujourd'hui confronté au même scepticisme, aux mêmes suspicions. Je demande donc à ceux qui ont aujourd'hui l'attitude que j'avais hier et qui sont la quasi totalité de l'intelligentsia française, historiens ou pas, d'essayer de comprendre comment j'ai pu passer des certitudes qui sont les leurs aux doutes qui sont aujourd'hui les miens.
Je dis bien comprendre et non accepter car il est toujours possible que je me trompe ; mais si je ne suis devenu ni fou ni salaud ni stupide ni fanatique, il faudra bien tenter de me démontrer mon erreur par la discussion, par le débat, et non par l'injure, la suspicion ou le procès d'intention. Mais pourquoi ai-je ce désir de discussion, pourquoi ne pas accepter de m'en tenir à un travail de recherche et de réflexion solitaires ? Parce que je ne crois pas à la réflexion et encore moins à la science solitaires. L'échange est pour moi une donnée fondamentale de l'élaboration de toute vérité dans quelque domaine que ce soit. La solitude, parfois inévitable de fait, est toujours dangereuse, le discours délirant toujours possible. Je refuse d'accepter cette situation d'isolement sans rien tenter d'y changer. Pire ! Ces doutes, je ne suis pas seul à les avoir, je les partage avec ceux pour qui ils sont meême devenus certitudes et qui dans leur immense majorité sont gens de droite ou d'extrême-droite, fascisants, c'est-à-dire qui se situent à l'opposé de tout ce en quoi je crois, de tout ce pour quoi je combats, et cette situation m'est insupportable !
Alors oui, il y a chez moi un besoin de justification, il y a du plaidoyer dans ces lignes... Le tribunal est d'ailleurs la constante de l'historiographie de cette période... Chaque historien se fait procureur ou défenseur... l'histoire elle-même repose essentiellement sur des pièces de procès, de celui de Nuremberg à celui d'Eichmann. On avance des pièces rassemblées par la « Commission d'enquête sur les crimes nazis commis en Pologne »... Enfin quiconque parle de cette histoire est aussitôt sommé, nous y reviendrons, non seulement de dire si c'est en tant que témoin à charge ou à décharge du régime nazi, mais encore est decrété d'office défenseur du nazisme s'il conteste l'undubitabilité de certains faits (les chambres à gaz) ou la logique de certains arguments.
Pour ma part, je plaide non-coupable de la saloperie qui consisterait à être d'une façon ou d'une autre, subjectivement ou objectivement, comme disaient si joliment des procureurs grands et petits de la belle époque stalinienne, un défenseur du nazisme à quelque degré que ce soit.
Je plaide non-coupable d'ignorance ou de folie.
Je plaide non-coupable auprès de ceux qui penseraient qu'il y va du simple plaisir de la provocation.
Je plaide non-coupable auprès de ceux qui m'accuseraient de meubler par cette marotte stupide le vide idéologique et politique qui serait le mien.
Je plaide non-coupable de l'accusation de persuasion masochiste, d'autoflagellation.
Mais encore une fois j'accepte fort bien que je puisse me tromper. Par a priori idéologique par exemple : mon antistalinisme me fait douter de certains documents, alors qu'exceptionnellement, dans ce domaine, les staliniens pour une fois seraient purs de toute falsification...
Encore faudrait-il essayer de me comprendre, de me lire, de peser mes arguments, comme je le fais moi-même pour ceux des autres et tenter de me répondre, sans injure, en un mot accepter le débat.
Si la recherche de la vérité est une motivation suffisante pour qu'aujourd'hui, sur cette question, je veuille continuer mes recherches ; ce ne fut nullement le point de départ de celles-ci.
Car ce qui fait problème, c'est bien de savoir comment j'ai pu en arriver à douter de l'historiographie officielle, du discours admis de « la solution finale ».
La réponse est simple pour un néo-nazi que cette histoire dérange dans ses tentatives de réhabilitation d'Hitler de même que tout était simple pour le militant stalinien qui niait en bloc tout ce qui pouvait gêner sa vision du paradis socialiste en URSS.
Pour moi l'évidence du génocide, des six millions de morts et des chambres à gaz était l'une des rares que 25 ans d'errance politique n'avaient jamais entamée.
Si depuis quelques années la communauté scientifique des historiens dans sa grande majorité avait émis des doutes sur cette partie de l'histoire du 3ème Reich, j'aurais pu expliquer, par mon passé de Juif, fils d'émigrés, élevé dans des maisons d'enfants Juifs pourquoi moi, je n'arrivais pas à accepter cette remise en cause.
Mais c'est l'inverse qui se produit. Le problème est celui de mes doutes en opposition à la quasi-totalité de la communauté scientifique des historiens et de l'intelligentsia en général. Et mon histoire personnelle rend ces doutes encore plus incompréhensibles ! Alors je comprends qu'on aille y voir de plus près sur ma santé mentale...
Pour ceux qui voudraient tout de même tenter de comprendre, il faut partir du moment qui a précédé la rupture, de ce qu'il est convenu d'appeler désormais « l'affaire Faurisson ».
II
Liberté liberté chérie...
Du fait que la grande majorité de l'humanité vive dans des pays où la liberté d'expression n'existe pas, on pourrait tirer la conclusion qu'il faut s'estimer heureux de vivre dans un pays où elle existe, et s'en tenir là...
Les dissidents de l'Est et les réfugiés d'Amérique Latine sont là pour nous rappeler ce privilège qu'il serait absurde de nier.
Mais je pense pour ma part que ce privilègemême impose qu'on ne se contente pas de ce que nous avons ; il fautle défendre certes, empêcher qu'on ne l'ampute, mais aussi se battre pour obtenir encore plus. En ce domaine précis de la liberté d'expression il n'est pas de limites.
Si je sais leprix de la différence entre un régime démocratique et un état totalitaire, je ne me contente pas du repoussoir qu'est l'état totalitaire pour accepter ce qui dans l'état démocratique me paraît être une limitation à la liberté d'expression.
« L'obligation de réserve » des fonctionnaires est une limitation inadmissible de la liberté d'expression. Comment accepter que les citoyens d'une certaine catégorie se voient interdire de dire ce qu'ils pensent, comme ils le pensent sous prétexte qu'ils sont fonctionnaires ? Pour polémiquer, je dirais que les états totzalitaires font « obligation de réserve » à tous les citoyens.
Que certaines institutions comme l'armée ne puissent être jugées comme bon nous semble, que l'on puisse tomber sous le coup « d'injures à l'armée » ppour avoir dit d'elle ce que l'on peut dire de n'importe quelle autyre institution (l'école par exemple...) me paraît tout aussi grave. Et les états totalitaires ne font qu'(étendre cette interdiction à toutes les institutions et à la Société entière.
Qu'un étranger ne puisse s'exprimer librement sans risquer l'expulsion me paraît tout aussi inacceptable. Et je me souviens de Chirac, alors premier ministre rappelant Plioutch juste libéré des camps soviétiques à plus de retenue dans ses propos sur l'URSS. Voilà un homme qui, au risque de sa vie, avait parlé en URSS pour dénoncer le régime totalitaire et qui, arrivé en France pays démocratique, devait se taire ou faire preuve de plus de retenue !
Plioutch serait condamné à se taire en URSS « son pays » parce que la liberté d'expression n'existe pas, et en France où elle existe, parce que ce n'est pas « son pays ». Disons que là encore les états totalitaires traitent tous les citoyens comme des étrangers, puisque comme Hitler le fit jadis pour mon père, les dirigeants de l'URSS expulsent et rtetirent la nationalité soviétique aux dissidents.
En conclusion, il n'est pas d'homme, citoyen du pays ouétranger, fonctionnaire ou non, qu'on puisse empêcher de dire ce qu'il pense ; il n'est pas d'institution, armée, chef d'état dont on ne puisse dire ce que l'on pense.
mais le combat pour la liberté passe aussi par les moyens que l'on a d'expremierce que l'on pense, ce qui pose le problème du monopole d'état de la radio et de la télévision, du monopole d'argent dans la presse écrite, d'où le combat pour une radio libre et une presse différente.
J'ai toujours été frappé par cette absurdité qui veut que ceux qui, à un moment donné, ont des idées minoritaires, doivent les exprimer en moins de temps ou de caractères d'imprimerie que ceux qui ont des idées majoritaires.
Alors que le « bon sens » voudrait qu'on leur en donnât plus afin qu'ils puissent se bien faire comprendre de la majorité.
De même que les périodes électorales, et quoiqu'on pense des élections, ne soient pas des moments privilégiés où tous les candidats aient les mêmes temps de parole et la même place dans la presse est un fait que je n'accepte pas comme allant de soi.
Peut-être bien qu'une certaine forme, ou certains aspects de la démocratie sont en fait plus hypocrites que le totalitarisme. C'est dans ce cadre que se pose la question : est-il des idées, des opinions qui n'aiznt pas le droit de s'exprimer ?
J'ai moi aussi pensé : « Pasd de liberté pour les ennemis de la liberté ». J'étais pour l'interdiction d'un meeting fasciste, d'un journal raciste... J'ai manifesté en 1956 lorsque Guitton a été nommé professeur à la Sorbonne, sous prétexte qu'il aurait été pétainiste pendant la guerre, ce qui ne m'empêchait pas, en vertiu des grands principes démocratiques, de protester en même temps contre l'interdiction d'un meeti,ng d'extrême-gauche, la saisie d'un livre sur la torture en Algérie, l'interdiction sous la pression d'associations confessionnelles d'un film colle La religieuse.
Je me servais des principes démocratiques pour mon droit à l'expression et trouvais toute sortes de bons arguments pour justifier l'interdiction d'autres idées...
Lorsque j'ai entendu Gisèle Hamlimi demander la censure pour certains livres ou films sexistes, comme elle existe pour les propos racistes, lorsque j'ai appris qu'on voulait empêcher un chanteur de chanter ses chansons patriotardes comme des paras avaiznt vouylu empêcher Gainsbourg de chanter sa Marseillaise reggae, alors j'ai pris le parti définitif de défendre la liberté d'expression sans condition, sans restriction, quelque soit le contenu des idées émises, racisme y compris.
Dans cette attitude ceratins veulent voir de l'autoflagellation, du masochisme, parce que je me bats pour que piuissent s'exprimer ceux qui me crachent à la gueule. Si j'étais persuadé que laisser parler ses pires ennemis, ceux que peut avoir un Juif libertaire équivaudrait tôt ou tard à me voir priver de la mienne, je srais aussi, la mort dans l'âme certes, pour la censure et l'interdiction...
Mais justement, je ne crois pas que c'est en laissant la parole à des racistes, à des fascistes, à des staliniens que l'on favorise leurs idées...
1/ Parce que laisser s'exprimer, refuser la censure ne signifie nullement ne pas combattre.
2/ Parce qu'en censurant « les ennemis de la liberté » nous devenons nous-mêmes pour le moins des partisans de la liberté conditionnelle, ce qui est déjà plus qu'une demi-victoire pour eux.
3/ Parce que je pense qu'à moins d'utiliser des méthodes policières et répressives extrêmement dures et sophistiquées, il est impossible (et heureusement) d'empêcher que ne circulent clandestinement certaines idées.
4/ Parcequ'il me paraît non seulement juste du point de vue de la morale mais encore plus réaliste du point de vue de l'efficacité de laisser s'exprimer les idées que je veux combattre : On ne combat efficament que ce qui s'exprime librement.
5/ Enfin parce que les idées se combattent avec des idées, et que quand en face on passe aux actes il n'est plus temps alors de geindre en demandant au gouvernement d'interdire, mais il est alors grand temps de passer soi-même aux actes... Et j'ajoute que je ne suis pas non-violent par principe, même si la violence me paraît toujours être un « Mal ».
Voilà quel était mon état d'esprit lorsqu'éclata « l'affaire Faurisson ».
Je n'ai pas lu à ce moment-là son texte paru dans Le Monde, j'ai simplement été frappé par les réactions qu'il suscita dans la presse, au parlement et à Lyon : indignation, demande de sanction professionnelle, assignation en justice...
De même que je me souviens du tollé provoqué par la publication dans L'Express de l'interview de Darquier de Pellepoix, tollé non seulement sur le contenu de ses propos, ce qui me paraît parfaitement normal, mais aussi sur le fait même que L'Express ait publié cet interview !
Lorsque j'ai lu les déclarations de Faurisson, j'ai effectivement pensé que c'était l'oeuvre d'un néo-nazi, que ce qu'il disait était entièrement faux, et c'est pour cette raison que moi Juif d'extrême-gauche, j'ai voulu publiquement, en accord avec mes réflexions ci-dessus expliquées, prendre position pour son droit à l'expression libre...
La rédaction du texte joint en couverture [c'est-à-dire l'article paru dans Libération le 5 mars 1949]
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Déclaration internationale des droits de l'homme,
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