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LE MASSACRE d'ORADOUR

UN DEMI-SIECLE DE MISE EN SCENE

 

Partie 12

Sixième section

Le Procès de 1953

I

Justice sereine ou raison d'Etat?

Après la guerre, certains SS ayant appartenu au régiment Der Führer furent retrouvés. Leur procès débuta le 12 janvier 1953, soit près de neuf ans après les faits. Il dura un mois. A cette époque, le drame d'Oradour demeurait fort enténébré. Dès lors, on était en droit d'espérer que la lumière jaillirait des audiences. Bien au contraire, nous allons montrer que tout, dans le procès, de l'instruction au verdict, trahit une volonté d'occulter la vérité.

Les officiers curieusement absents du banc des accusés

Soixante-cinq anciens SS furent jugés. Toutefois, quarante-quatre d'entre eux, alors "en fuite", le furent par contumace (1). Parmi les vingt et un autres figuraient quatorze Alsaciens.

Quels avaient été les grades des accusés présents physiquement au procès ? L'un d'entre eux, un Allemand, avait été adjudant ; deux autres (un Allemand et un Alsacien), sergents et un quatrième (Allemand) caporal (2). Parmi les dix-sept restants, on ne comptait que de simples soldats. Par conséquent, aucun officier ne comparut devant les juges de Bordeaux; fait d'autant plus surprenant que, en 1953, le général Lammerding, le capitaine Kahn, le colonel Stadler et le lieutenant Barth, tous qualifiés de responsables, étaient encore en vie.

Aujourd'hui, les tenants de la thèse officielle refusent de considérer cette absence comme le résultat d'une machination ourdie par les organisateurs du procès pour étouffer la vérité. En guise de preuve, ils rappellent que, durant les audiences, accusateurs, accusés et défenseurs ne cessèrent de réclamer la comparution des gradés. Le 31 janvier 1953, ainsi, après avoir entendu la déposition de Mme Rouffanche, un prévenu, F. Pfeufer, lança :

[...] quand j'ai appris plus tard ce qui est arrivé aux femmes et aux enfants, j'en ai été indigné et troublé et j'ai compris que ces officiers avaient dépassé vulgairement l'autorité qu'ils avaient.

J'en ai honte pour eux et surtout du fait qu'ils n'ont pas le courage d'être ici pour en rendre compte aujourd'hui (3).

Quatre jours plus tard, l'avocat général, le lieutenant-colonel Gardon, reprocha au capitaine Kahn de ne pas s'être livré à la justice.

Je m'adresse [dit-il] à la presse qui a la noble mission d'informer l'opinion et la convie à démasquer et à faire connaître ce monstre. S'il se trouve un seul homme au monde et un seul gouvernement pour lui donner asile, il est à craindre que tous les efforts faits depuis 1945 pour faire régner la primauté du Droit l'aient été en vain (4).

Le 11 février, enfin, alors que le procès s'achevait, le président du tribunal, M. Nussy Saint-Saëns, déclara :

J'ai fait le nécessaire pour que l'on recherche tous les officiers responsables du massacre et pour les déférer devant la justice (5).

C'est là, disent les tenants de la thèse officielle, une preuve incontestable d'honnêteté. Peut-être mais bien tardive.

Nous allons démontrer que la crédibilité du procès n'en est pas sauvée pour autant.

Les lacunes de l'instruction

Le procès de Bordeaux ayant débuté neuf ans après les faits, les officiers instructeurs avaient disposé d'environ cent mois pour instruire l'affaire. Or, malgré ce délai extrêmement long, leur travail fut lacunaire. A l'audience du 29 janvier 1953, par exemple, le docteur Bapt, qui avait dirigé les opérations de sauvetage à Oradour, déclara n'avoir jamais été entendu avant ce jour (6). Le lendemain, la presse révéla que, "chaque jour", "une lettre parv[enait] au tribunal signalant l'existence d'un nouveau rescapé ignoré jusqu'à maintenant (7)".

On apprit également que le dossier de l'accusé Boos avait "partiellement disparu" (8).

Dans son compte rendu d'audience paru le 31 janvier, le correspondant du Monde parla des "incroyables lacunes d'une instruction de huit ans" (Id.). Ce dernier avait sans doute été frappé par les propos de Nussy Saint-Saëns qui, trois jours seulement après l'ouverture du procès, s'était écrié :

Si le code de justice militaire m'avait donné le pouvoir que le code d'instruction criminelle donne à un président de cour d'assises, j'aurais considéré comme un devoir de refaire toute l'information depuis A jusqu'à Z. Et c'est moi qui l'aurais faite ! Nous nous emploierons cependant très probablement à faire la lumière au cours de cette audience. Nous saurons toute la vérité, l'intégrale vérité, sans rien cacher sur l'affaire d'Oradour-sur-Glane (9).

Ces paroles trop lénifiantes suffiraient déjà à éveiller nos soupçons. En effet, on ne peut admettre qu'en neuf ans de recherches (qui auraient pu donner lieu à de multiples confrontations, reconstitutions et analyses d'experts) les instructeurs n'aient pas réussi à éclairer le drame d'Oradour. Il faut croire qu'en haut lieu des ordres avaient été donnés pour qu'aucune découverte compromettante ne soit réalisée.

Revenons au président du tribunal. Celui-ci promit la vérité au pays. Était-il sincère ou désirait-il uniquement jeter de la poudre aux yeux? Pour trancher la question, examinons les comptes rendus d'audience.

La déclaration préliminaire du président

Avant même que la première audience n'ait été déclarée ouverte, M. Nussy Saint-Saëns affirma :

Le véritable procès que nous jugeons ici est et demeure celui de l'hitlérisme (10).

Or, en 1953, il y avait sept ans que, par le biais des condamnations à mort prononcées à Nuremberg contre les principaux dignitaires du IIIe Reich, le national-socialisme avait été condamné. De plus, comment prétendre porter un jugement objectif sur une idéologie qui embrassa des domaines aussi divers que la science, l'économie, l'éducation, la géopolitique ou l'art, en ne s'intéressant qu'à l'action d'une compagnie dans un espace et un temps limités ? A-t-on jamais condamné le communisme sur ses massacres (Katyn, Hongrie, Cambodge...) ? ou la démocratie américaine sur ses exactions (Oradour viêtnamien de My Lai, génocide irakien...) ?

En vérité, les propos du président démontraient le caractère politique du procès qui allait s'ouvrir. Or, point n'est besoin d'être grand juriste pour savoir que jamais vérité ne ressortit de telles instances (11). A Bordeaux, celle-ci fut étouffée de différentes manières : on évita de s'intéresser aux détails techniques; on ne releva guère les contra-dictions dans les dépositions et, à la place, on parla d'autre chose.

Digressions superfétatoires

Nussy-Saint-Saëns disposait d'un mois pour réaliser un travail que les enquêteurs n'avaient pas mené à bien en cent mois. Par conséquent, toutes les audiences auraient dû être consacrées à l'étude des faits survenus les 9 et 10 juin à Oradour. Or, il n'en fut rien.

Développements sur la vie des accusés

Dès les premières audiences, la vie de certains accusés fut longuement exposée. Le 16 janvier, ainsi, le public put tout apprendre sur l'itinéraire de l'accusé Lenz : né en 1914, très tôt orphelin de mère, quitte l'école à quatorze ans, devient jardinier, puis chômeur. Entre chez les Casques d'acier en 1933, incorporé en 1935, s'engage dans l'aviation, participe aux opérations dans les Sudètes en 1938. Engagé sur le front russe en 1942, il est recruté en 1943 par la Waffen-SS qui manque d'hommes (12). Autant de détails qui, si intéressants soient-ils pour l'historien, ne contribuaient guère à l'établissement de la vérité sur Oradour.

Dans les jours qui suivirent, la vie des autres accusés fut également disséquée, plus ou moins longuement suivant les personnes. Dans la majorité des cas, cette dissection n'avait qu'un objectif : démontrer que les accusés s'étaient retrouvés dans la Waffen-SS non par idéal, mais sous la pression des événements ou pour de basses raisons matérielles. L'Alsacien Paul Graff, par exemple, aurait été incorporé de force car sa taille, ses yeux et ses cheveux lui faisaient incarner, selon les recruteurs, "le type même du pur Aryen"13. Son compatriote Albert Daul, qui était "perméable aux propagandes", aurait subi l'influence d'un camarade (Ibid., col. C). Louis Hoehlinger s'était retrouvé bloqué à Strasbourg suite à l'annexion, en 1940, de l'Alsace. Contraint d'entrer dans la SS, il aurait tenté de déserter le 26 juin et, après avoir été repris, y serait parvenu quatre jours plus tard14. Busch aurait été poussé par son père à entrer dans les Jeunesses hitlériennes. Ce dernier était lui-même entré dans les SA pour toucher des allocations familiales. Il avait contraint son fils "pour ne pas avoir d'histoires avec l'occupant qui était le plus fort". C'est ainsi que Busch devait, plus tard, devenir SS, avant de déserter le 1er juillet 1944 (Ibid., rubrique "Dernières nouvelles"). Quant aux Allemands, deux exemples suffiront: Blaeschke déclara être devenu SS "avec espoir d'entrer dans la police" (15). Boehme, quant à lui, prétendit n'avoir jamais été volontaire ; des recruteurs seraient venus le chercher dans le camp où il travaillait (Ibid., col. D).

Aujourd'hui, on reste stupéfait en pensant que de tels hommes auraient contribué à former une armée tant redoutée sur tous les fronts. En vérité, les juges de Bordeaux semblent avoir reçu l'ordre de forger une image négative de la Waffen-SS. Une telle manoeuvre de propagande servait l'intérêt des vainqueurs de 1945 mais pas du tout celui de la vérité.

Longs exposés sur la vie en Alsace-Lorraine occupée

Outre la vie des accusés, le destin de l'Alsace-Lorraine annexée fut largement évoqué durant les audiences. C'est ainsi que toute la journée du 31 janvier fut occupée à l'audition de MM. Georges Clément, Emile Cremer, Joseph Ray, Richard et Albert Martin. Tous racontèrent ce que le journaliste appela "le martyre de l'Alsace" (16). G. Clément dressa un historique des initiatives du Gauleiter Wagner : 1941, décret du STO ; 1942, recrutement (sans grand succès) de SA alsaciens ; août 1942, instauration de la conscription militaire pour les classes 1920-1924. Il évoqua la répression menée contre ceux qui se rebellaient (exécution capitale, internement...). Albert Martin se présenta comme un ancien incorporé de force dans la SS. Il expliqua qu'à l'époque "fuir était pratiquement impossible" (Ibid., col. D). Pour ne pas devenir SS, une seule solution se présentait : se porter volontaire pour entrer dans la Luftwaffe ou dans la marine. Mais ses professeurs, invoquant l'effet qu'une telle initiative aurait après la guerre, l'en avaient dissuadé. C'est ainsi qu'il était devenu SS.

Dans les jours qui suivirent, d'autres témoins évoquèrent les années d'annexion. Un député du Haut-Rhin, ancien incorporé de force, évoqua les menaces qui pesaient sur la famille de celui qui désobéissait (17). L'ancien préfet du Bas-Rhin en 1945 déclara : "Ceux qui fuyaient signaient l'arrêt de mort de leurs parents"18. Le 4 février, une Alsacienne, qui avait perdu un frère et une soeur dans la tragédie d'Oradour, évoqua de nouveau le drame des incorporés de force ; l'internement au camp de Schirmeck des fuyards qui étaient repris et des parents de ceux qui réussissaient leur tentative.

Lorsque j'ai appris [dit-elle] qu'il y avait eu à Oradour des incorporés de force, j'en ai été profondément peinée, mais ma plus profonde réaction a été de les plaindre. Ils sont eux aussi des victimes du régime hitlérien, et je ne peux les considérer comme des responsables du crime (19).

Evocation d'autres "crimes" commis par la division Das Reich

Mais Oradour ne fut pas l'unique "crime" abordé lors des audiences. Le 16 janvier, Nussy-Saint-Saëns déclara que le trajet emprunté par la troisième compagnie du régiment Der Führer pour rejoindre le front de Normandie "se tradui[sait] par une traînée de sang" (20). Un journaliste écrit :

"Nous avons des meurtres à Gourdon", précise le président qui indique ensuite qu'une bicyclette volée dans cette ville sera retrouvée à Nieul, où la compagnie a cantonné. Il y a des exécutions sommaires de maquisards. En Dordogne, à Carlux et à Peyrilhac, notamment, des meurtres ont été commis et des incendies allumés [Id.].

Le lendemain, l'accusé Pfeufer affirma (21) que "de temps en temps, une colonne partait vers le Lot ou le Lot-et-Garonne pour mettre à feu et à sang quelques localités".

C'est ainsi que furent évoqués les événements de Frayssinet-le-Gélat (Lot) où, le 21 mai 1944 selon l'histoire officielle, un coup de feu aurait été tiré sur les SS de la troisième compagnie qui passaient dans le village, tuant un grenadier. En guise de représailles, ces derniers auraient pendu trois femmes et fusillé deux hommes (22). Dès le 15 janvier, Lenz fut questionné sur cette affaire (23). Puis ce fut au tour d'A. Daul (le 19 janvier) (24), d'A. Spaeth (le 20 janvier) (25), de L. Prestel et de W. Boehme (le 21 janvier) (26). Les réponses que firent les accusés à ces occasions n'apportèrent rien de nouveau. Mais, pendant que l'on glosait sur la mort -- certes regrettable -- de ces cinq civils français, le "massacre" d'Oradour n'était toujours pas abordé.

Ce bref exposé démontre qu'à Bordeaux, et dès le début du procès, le drame d'Oradour ne fut pas l'unique objet des débats.

Aujourd'hui, comment nier que toutes ces digressions eurent pour objectifs:

-- de ternir une nouvelle fois le blason du national-socialisme (présentation de la Waffen-SS comme un assemblage hétéroclite d'hommes contraints de s'engager, d'Allemands opportunistes et de sadiques (les volontaires et les gradés) ; description complaisante du "martyre" de l'Alsace-Lorraine annexée, offrant par là un exemple sensible de la réduction en esclavage des nations vaincues par l'Allemagne nationale-socialiste ;

-- de perdre du temps afin de pouvoir ensuite éluder les questions gênantes sur les événements d'Oradour ;

-- de mettre l'accent sur les (prétendus) crimes antérieurs de la division Das Reich afin que le public, persuadé qu'Oradour s'inscrivait dans une suite logique de massacres, admette sans discussion la version officielle des faits (27).

Certes, on objectera que toutes ces considérations sur la vie des inculpés (enfance, conditions d'entrée dans la SS, tentatives de désertion...) étaient importantes d'un point de vue juridique parce qu'elles constituaient autant de circonstances atténuantes qui pèseraient sur le verdict final. Peut-être, mais, auparavant, une question devait impérativement recevoir une réponse : y avait-il réellement eu crime ? Et c'est seulement en cas de réponse positive que le problème des circonstances atténuantes aurait dû être abordé.

Refus d'étudier la matérialité du crime

Or, jamais, à Bordeaux, la matérialité du crime ne fut sérieusement étudiée. Un fait, d'ailleurs, reste, à ce sujet, extrêmement révélateur: M. Brouillaud, alors président de l'Association nationale des victimes d'Oradour, assura Nussy Saint-Saëns que "si un transport de justice se faisait à Oradour-sur-Glane, il n'y aurait à craindre aucune manifestation..." (28) ( audience du 17 janvier 1953).

C'était affirmer qu'une reconstitution du crime était possible. Celle-ci aurait été nécessaire afin, notamment, de contrôler les allégations de Mme Rouffanche concernant sa fuite par le vitrail. Or, le tribunal n'en profita pas. Pourtant, une telle reconstitution aurait été facilitée par l'état du bourg qui, dit-on, n'avait subi aucune modification depuis le soir du 10 juin 1944.

En réalité, le fait que les juges de Bordeaux n'aient pas commencé par le commencement, c'est-à-dire par l'étude matérielle du crime, et que les accusés n'aient pas protesté, démontre que le procès d'Oradour était truqué, dès le départ. Plusieurs éléments, d'ailleurs, viennent le confirmer. Ils font l'objet du prochain chapitre.

II

Un procès truqué

Rumeurs accusant le tribunal de "noyer le poisson"

Dès la première semaine d'audience, des bruits circulèrent selon lesquels le tribunal prolongeait inutilement les débats "pour ''noyer le poisson''" et obéir à une "mystérieuse consigne" (1). Ces rumeurs démontrent que, malgré le conditionnement du public, tous n'étaient pas dupes.

Les juges acceptent les témoignages les plus délirants

D'après l'histoire officielle, seul un écolier d'Oradour survécut au drame. Il s'agit d'un réfugié lorrain, appelé Roger Godfrin. Celui-ci fréquentait l'école aménagée spécialement pour les enfants dont les parents étaient venus à Oradour du fait de la guerre. En 1944, P. Poitevin écrivit :

Dès qu'il entendit à l'entrée de la classe un Allemand demander que les enfants soient amenés sur la place, le petit Roger Godfrin, âgé de huit ans, disparut derrière ses camarades. Se faufilant dans la classe enfantine, il sortit seul par une porte dérobée et personne ne remarqua sa fuite.

Une fois dehors, il se cacha dans un carré de salades et, dès qu'il voyait une sentinelle s'éloigner, il rampait de quelques mètres, cherchant, sans bruit, à fuir le plus loin possible.

A un certain moment, croyant avoir été aperçu, il fit longtemps "le mort" pour reprendre aussitôt sa marche à cache-cache.

Arrivé à la Glane, il n'hésita pas à se jeter dans la rivière, peu profonde à cet endroit, et à la traverser.

Sur l'autre rive, il aborda un pré dont l'herbe n'était pas coupée. Il put ainsi se dissimuler plus facilement et gagner les bois voisins. Il était sauvé !

-- "Ah ! non, en Lorraine on les connaît trop, ces sales boches, pour se fier à eux", nous dira ce courageux petit gars (2).

Plus évasifs, MM. Pauchou et Masfrand écrivirent :

un jeune élève d'origine lorraine, Roger Godfrin, qui, avisant un de ses petits camarades, lui dit : "Ce sont les Allemands, je les connais, ils vont nous faire du mal, je vais tenter de me sauver". Il s'échappa effectivement par le jardin situé derrière l'école, se dissimula parmi les massifs de verdure et disparut dans les bois (3).

En 1953, R. Godfrin vint témoigner à Bordeaux. Devant les juges, il raconta sa fuite hors du village. Mais, en quelques années, celle-ci s'était transformée en une odyssée rocambolesque. Voici ce qu'on peut lire dans les sténotypies du procès :

Nous [les élèves] sommes allés dans la cour de récréation de l'école. Il y avait un chemin. Dans ma course, je perdis un soulier. Je n'ai pas retourné : il y avait tant d'Allemands, et des brutes pareilles n'auraient pas hésité à tirer sur moi. J'ai fait cent mètres à peu près [...].

Je suis venu ensuite près de la route des Bordes. Je me penchai sur la palissade qui bordait la route, et je vis un Allemand. L'Allemand a tiré sur moi. Par un hasard..., je ne comprends pas..., je me suis laissé tomber. L'Allemand est venu aussitôt près de moi... je faisais le mort [...].

Il m'a donné des coups de pied dans les reins... j'ai juré de dire la vérité, n'est-ce pas ? Bon... [...]. J'attendis que l'Allemand soit parti. Je me suis relevé, j'ai pris le chemin qui conduisait au cimetière. Je me suis rappelé la parole de ma mère : "Si tu vois le Boche, va te cacher dans le bois qui est derrière le cimetière".

Alors, je suis arrivé à 25 mètres de la porte du cimetière. Je courais pour aller me mettre derrière le cimetière. J'entends siffler. Je me suis subitement arrêté, et j'ai vu deux Allemands qui étaient derrière les deux colonnes de la porte. Ils se sont rejoints au milieu et m'ont fait signe de repartir. Ils n'ont pas tiré sur moi, mais, en outre, ils se sont revanchés sur M. Poutaraud qui passait sur le même chemin.

Alors, en vitesse, j'ai rebroussé chemin et j'ai trouvé M. Thomas, qui était le patron de mon père et boulanger de sa profession. Je suis allé me cacher derrière une haie. Il y avait Mme Octavie, sa nièce et moi [...]. Il doit s'en souvenir, n'est-ce pas, M. Graff? [Graff, d'après l'histoire officielle, aurait fait partie du groupe de trois SS qui tuèrent M. Thomas ainsi que les deux femmes]. Graff aurait bien tiré sur moi, mais ma petite taille ne lui permettait pas beaucoup [...].

Alors, je suis parti. J'étais tellement effrayé que je courais n'importe où. Je suis arrivé à proximité de la route des Bordes. Là, il y avait un petit jardin et, au fond de ce jardin, il y avait une cabane (vous savez, où les jardiniers mettent leurs outils), et j'ai vu une chenillette qui s'avançait vers moi. La chenillette s'est arrêtée ; un Allemand est venu, a ouvert la porte, n'a vu personne. Il a contourné la petite baraque, j'ai contourné avec, mais heureusement, ceux qui étaient sur la route des Bordes ne m'ont pas aperçu, autrement, encore une fois, c'était la mort.

Ensuite, quand l'Allemand est remonté dans la chenillette et que la chenillette est partie, je suis parti moi aussi.

C'était au mois de juin ; au mois de juin il y a du blé, il y a des [mot illisible] ; je me suis caché dans un champ de [mot illisible], et je pensais que mes parents rassemblés sur le Champ de Foire devaient s'inquiéter de moi, devaient m'appeler ; comme ils voyaient que je n'étais pas là, ils pleuraient en silence, comme beaucoup le faisaient.

Alors, à Oradour, naturellement, les Allemands comme les Alsaciens, se faisaient des signaux. C'est alors que j'ai vu une espèce de balle enflammée qui montait en l'air [...]. C'étaient des signaux. Alors, effrayé par cette balle, je me suis enfui.

C'est alors la fameuse course qui s'est produite : six Allemands, deux par deux (ils étaient toujours deux par deux)... J'étais dans des herbes plus hautes que moi ; ils tiraient sur moi, ils ne m'ont pas eu, heureusement. Alors, un petit chien, qui était effrayé lui aussi, courait en direction de la Glane. Je ne savais pas que c'était la Glane : je courais, éperdu : j'étais tellement effrayé !... Les Allemands tiraient toujours sur moi. Je suis arrivé devant la Glane. Si j'hésitais à sauter dans la Glane, les autres m'attrapaient, n'est-ce pas ? Alors, je suis plongé dans la Glane, et le petit chien est resté de l'autre côté. Moi, je suis monté, il y avait un grand chêne, je me suis planqué derrière ; et par la rage que les Alsaciens avaient eue au coeur de ne pas m'avoir eu, ils ont tué le petit chien (4).

Nous ne nous attarderons pas à démontrer le caractère extravagant de ce récit. R. Godfrin avait huit ans le 10 juin 1944 et on peut admettre sans peine, chez cet adolescent de dix-sept ans au moment du procès, une tendance naturelle à la fabulation. La réaction du président du tribunal, après cette déposition, n'est pas moins étonnante et révélatrice : il félicita le jeune homme en disant :

Tu vas pouvoir te retirer, et je te dis au nom de tous mes assesseurs, qui sont des officiers, et ils ont tous des décorations qui montrent qu'ils ont bien fait leur devoir ; eh bien, quand on a fait preuve de telles qualités et de tant de courage, on se doit d'être un bon soldat pour la France et pour son pays [Ibid., p. 8].

Cette initiative, très surprenante, semblerait prouver qu'à Bordeaux les magis-trats avaient ordre de tout accepter des témoins à charge, même les récits les plus délirants. Mais il y a plus grave.

Les prévenus -- et leurs avocats -- jouent le jeu de l'accusation

Si l'on excepte les premières questions de droit qu'il fallut résoudre, le procès de Bordeaux débuta par l'interrogatoire des prévenus. Dans ses différents comptes rendus d'audience, le correspondant du Monde fit des remarques très intéressantes. Le 18 janvier 1953, alors que l'audition des anciens SS venait à peine de commencer, il écrivit :

M. Nussy-Saint-Saëns [...] n'obtient [des inculpés] que des réponses de ton égal. Les attitudes restent désespérément les mêmes. Déférentes, dociles, passives. On sent qu'un mur s'est formé, un mur d'inertie bien bâti sur une défense apprise par coeur (5).

Le surlendemain, après avoir remarqué que Daul avait raconté sa version des faits "comme un potache [aurait] ânonn[é] une page d'histoire" (6), ce même journaliste poursuivit :

L'affaire d'Oradour ne paraît plus être à leurs yeux que le texte d'une leçon plus ou moins bien apprise [Id.].

A. Lohner et le vieillard

Ces affirmations (qui ne furent jamais démenties malgré leur sévérité) semblent démontrer qu'à Bordeaux les prévenus ne disaient pas la vérité mais récitaient une leçon. Naturellement, les autorités prétendirent que les anciens SS s'étaient rencontrés avant les débats pour échafauder, ensemble, une version des faits qui atténue leur responsabilité (7). Cette accusation, bien qu'elle ait été rejetée par les prévenus (8), renferme probablement une certaine part de vérité. Rappelons, en effet, le cas d'A. Lohner qui, au cours de l'instruction, modifia sensiblement ses déclarations afin de présenter une version des faits qui lui fût favorable. En 1945, il avait déclaré :

[Après le drame] Un vieillard qui s'était attardé à Oradour a été interpellé par Len[z]. J'ai dû lui demander ce qu'il faisait là et comment il avait pu s'échapper. Il a expliqué qu'il s'était caché dans son jardin, que son fils travaillait à Limoges pour le compte des Allemands. Len[z] m'a ordonné de le reconduire hors d'Oradour en contournant le pays. Je lui ai donné un pain militaire que j'ai tiré d'un camion et lui ai conseillé de ne plus revenir dans la commune avant notre départ et celui de notre troupe de cette région (9).

Deux ans plus tard, voici comment A. Lohner raconta cette même anecdote (voy. le procès-verbal d'interrogatoire du 26 août 1947) :

[...] notre troupe a rencontré un vieillard de 65 à 70 ans, que Lenz a interpellé. Sur l'ordre de Lenz, j'ai demandé à ce vieillard d'où il venait et ce qu'il faisait là. Ce vieillard a déclaré qu'il s'était caché dans son jardin et il a expliqué que son fils travaillait à Limoges dans une usine, pour le compte des Allemands. Je suppose qu'il a dit ceci parce qu'il avait peur. Le Rottenführer Goerke voulait le tuer, mais j'ai insisté pour qu'on laisse la vie sauve à ce vieillard et Lenz a accepté. Il m'a donné l'ordre de le conduire hors du village et de le renvoyer à travers les prés.

Dans sa version de 1947, ainsi, A. Lohner prétendait avoir sauvé la vie du vieillard qu'un SS (nullement cité en 1945) voulait tuer. Nous trouvons là un cas typique d'inculpé qui cherche à diminuer sa culpabilité en revendiquant une bonne action.

On aurait tort, toutefois, de croire que ces variations eurent simplement comme objectif une dilution des responsabilités. En réalité, l'étude des différents procès-verbaux d'interrogatoires démontre que les prévenus modifièrent leurs déclarations dans le sens, notamment, d'une meilleure concordance avec la version officielle des événements. A l'appui de cette affirmation, nous citerons trois exemples.

L. Hoehlinger perd la mémoire

Le 14 décembre 1944, L. Hoehlinger fut entendu par le commissaire Arnet (de la police judiciaire française). Par trois fois, il mentionna le cas du commandant Kämpfe :

Dans le courant de la matinée du samedi 10 juin, le bruit a[vait] couru parmi les camarades de compagnie que le chef du 3ème bataillon avait été enlevé et que "ça allait barder" (10).

Ledit samedi après-midi, nous avons été mis en route, toute la compagnie, sans savoir la direction que nous prendrions. Mais il avait été répété qu'il fallait rechercher le chef du 3ème bataillon enlevé dans des circonstances que j'ignore [Ibid., p. 2].

Au départ de Saint-Junien pour aller à Oradour, on nous a fait croire que dans cette dernière localité le commandant du 3ème bataillon [...] avait été enlevé par le maquis, mais j'ignore si ce fait est exact, et s'il ne s'agissait pas plutôt d'un prétexte qu'autre chose [Ibid., p. 3].

Bien que le doute transparaisse dans la dernière mention du cas Kämpfe, le propos était clair : au départ de Saint-Junien, les SS avaient été informés que leur mission consisterait à délivrer un commandant allemand fait prisonnier.

Or, le 27 juillet 1946, L. Hoehlinger fut entendu sur ordre de la commission d'instruction de Bordeaux. A la question : "Que savez-vous des causes du massacre ?", il répondit :

Rien. Monsieur Arnet [...] m'avait dit qu'il existait deux Oradour, que dans l'autre Oradour un officier allemand avait été enlevé et que c'était par mesure de représailles qu'Oradour avait été massacré (11).

Le mensonge est net: l'inculpé prétendait n'avoir rien su des causes du drame avant que M. Arnet ne lui relate le cas d'un officier allemand qui aurait été fait prisonnier à Oradour-sur-Vayres. Pourtant, la simple lecture du procès-verbal rédigé deux ans plus tôt démontre que, dès le 10 juin 1944, L. Hoehlinger avait appris qu'un commandant SS était retenu à Oradour-sur-Glane. Il semble que l'inculpé fut invité à "oublier" ce qui s'était dit, ce 10 juin 1944, au départ de Saint-Junien, afin de fournir un récit concordant avec la version française (version d'après laquelle aucun lien n'existait entre l'enlèvement de Kämpfe et la venue des SS à Oradour).

La citation tronquée de A. Lohner

Autre exemple : nous avons vu qu'en 1945 l'inculpé A. Lohner avait déclaré s'être trouvé, à Oradour-sur-Glane, posté :

face à l'église, en contrebas, sur la route, pour veiller à ce que personne ne s'échappe, cela même au moment où les hommes avaient tenté de s'échapper par les vitraux (12).

Ces propos, avons-nous écrit, confirmaient que des résistants s'étaient bel et bien trouvés dans l'église et avaient tenté de fuir par les issues de la façade est. Or, plus jamais l'inculpé ne mentionna cet épisode. Lorsque l'acte d'inculpation fut lu au début du procès de Bordeaux, A. Lohner put entendre qu'il avait reconnu :

avoir fait le guet autour de l'église pour que personne ne s'échappe pas [sic] par les vitraux [...] [p. 18].

Cette phrase était terriblement accusatrice, car elle présentait Lohner comme un monstre qui se serait rendu complice d'un abominable crime en empêchant les femmes et les enfants de fuir la fournaise. Or, ni lui, ni son défenseur ne précisèrent que, dans le procès-verbal d'interrogatoire, il s'agissait d'hommes.

Travestissement des faits

Rappelons enfin qu'au procès de Bordeaux les prévenus (excepté K. Lenz) furent unanimes pour affirmer que l'ordre de fusiller les hommes avait été donné par le tir d'une arme (pistolet ou arme automatique). Or, cette version -- qui servait l'accusation puisqu'elle permettait d'occulter l'explosion énigmatique ayant précédé les fusillades dans les granges -- cette version, disions-nous, est aujourd'hui abandonnée. Les autorités officielles admettent que le massacre débuta par une "détonation". Le fait que tous les anciens SS aient raconté le même récit mensonger, un récit qui, de plus, servait l'Histoire officielle, prouve que ceux-ci -- et leurs avocats -- choisirent de jouer le jeu de l'accusation.

Contrairement à ce qu'on peut croire, cette tactique n'était pas nouvelle. Depuis 1945, elle avait été adoptée par tous les inculpés traduits en justice pour crime de guerre ou crime contre l'humanité. Le professeur R. Faurisson affirme que les chambres à gaz homicides dans les camps nationaux-socialistes n'ont pas existé et que jamais Hitler n'a voulu exterminer le peuple juif. Dans un article de synthèse paru en 1990, il a écrit :

[...] depuis 1945 et jusqu'en 1987 avec le procès Barbie, je note que pas un seul avocat n'a osé [dans une affaire de crime contre l'humanité] prendre le taureau par les cornes. Pas un n'a exigé de l'accusation qu'elle prouve la réalité du génocide et des chambres à gaz. Tous les avocats ont adopté des méthodes dilatoires. Généralement, ils ont plaidé que leur client n'avait pas été personnellement impliqué dans un tel crime : leur client, disaient-ils, n'était pas sur les lieux du crime ou bien il en était trop éloigné pour en avoir eu une connaissance claire, ou bien il en avait tout ignoré. Même Jacques Vergès a plaidé que Klaus Barbie, selon la formule consacrée, "ne pouvait pas savoir". Cette formule alambiquée signifie que, pour Me Vergès, l'extermination des juifs a eu lieu à Auschwitz ou ailleurs en Pologne mais que le lieutenant Barbie, résidant à Lyon (France), ne pouvait pas savoir.

Wilhelm Stäglich, dans son livre sur Le Mythe d'Auschwitz, a décrit de façon convaincante comment au procès de Francfort (1963-1965) les avocats ont ainsi renforcé l'accusation ; ils ont cautionné le mythe de l'extermination. Les motifs de ce comportement peuvent être, soit l'intime conviction chez ces avocats, comme chez certains des accusés, que ce crime abominable avait vraiment existé, soit la peur de susciter le scandale par de simples demandes d'éclaircissement sur la réalité du crime. Pour la quasi-totalité des gens, il serait blasphématoire de réclamer dans le procès d'un "nazi" le respect des règles tradition-nelles ; il doit être entendu qu'un "nazi" n'est pas un homme "comme un autre" et qu'en conséquence il n'y a pas lieu de le juger "comme un autre" (13)

Acceptation de la version officielle, minimisation des rôles personnels

Les constatations effectuées par R. Faurisson s'appliquent parfaitement au procès de 1953. A Bordeaux, avocats et accusés furent paralysés, soit par leur conviction personnelle, soit par la peur de susciter le scandale en demandant des éclaircissements. Aucun d'entre eux ne remit en cause la version officielle du drame véhiculée depuis 1944 par les milieux résistancialistes. Tous se contentèrent de minimiser les rôles personnels.

D'après les déclarations entendues :

-- Dagenhardt ne serait jamais allé à Oradour. Le 6 juin, en effet, il avait été muté au service de réparation des voitures. Il aurait été "versé de nouveau dans une unité combattante" plus tard, "sur le front de Normandie" (14) ;

-- Boehme ne serait passé dans Oradour que le soir, alors que la nuit était déjà tombée. Il convoyait le major Diekmann. Lors de son passage dans le bourg, il n'aurait vu aucun cadavre ; juste "l'incendie qui commençait à s'apaiser" (15) ;

-- Ochs, qui avait été blessé lors du rassemblement des villageois (voy. plus bas), serait resté tout l'après-midi dans les camions. Il aurait simplement vu "les incendies embraser le crépuscule" (Ibid., col. B) ;

-- L'infirmier qui le soigna, Blaeschke, aurait juste aperçu des groupes d'hommes s'éloigner du Champ de Foire, encadrés par des SS. Par la suite, seules des salves de mitrailleuses lui seraient parvenues aux oreilles alors qu'il soignait Ochs. Vers 17 heures, enfin, il aurait soigné l'adjudant Gnug "qui gisait près de l'église assommé par une pierre tombée du clocher rongé par le feu et ébranlé par l'explosion" (16) ;

-- Giedinger et Spaeth n'auraient pas pénétré dans le village. Tout l'après-midi, celui-ci serait resté aux alentours et aurait vu, outre l'incendie d'une ferme, le meurtre d'une jeune fille (17) ;

-- Weber, Prestel et Niess seraient, eux aussi, restés à l'extérieur du bourg, avec l'ordre de ne laisser entrer ou sortir personne (18). Tout comme Ochs, ils auraient vu, dans la soirée, l'incendie des maisons ;

-- Hoehlinger serait tout d'abord resté dans un champ, "attendant trois heures qu'on lui dise ce que l'on v[oulait] de lui" (19). Soudain, ordre lui aurait été donné de pénétrer dans le bourg (qui brûlait) et d'aider à évacuer les vaches d'une étable en feu. Par la suite, il se serait retrouvé non loin de l'église. Là, il vit, outre "des soldats qui couraient en tous sens", "une fumée épaisse sortir du portail" (Id.). N'ayant pas voulu s' "attarder à ce spectacle", l'inculpé serait finalement "retourné vers les camions" (Id.) ;

- -Lenz serait, dans un premier temps, resté à la sortie nord d'Oradour. Par la suite, il aurait vu, de loin, des SS alignés en position de tir devant une grange. Lorsqu'il se serait enfin approché, tout était terminé : "J'ai vu des cadavres, j'ignorais ce qui s'était passé et j'ai été fortement ému" (20). Peu après, il aurait rencontré le capitaine Kahn qui, lui ayant reproché sa tenue négligée, aurait décidé de le punir en lui ordonnant de... grimper dans un arbre (21) ;

-- Grienenberger aurait participé à deux "pelotons d'exécution" (22) ;

-- Daab aurait tout d'abord été affecté à la surveillance "des abords de la Glane". Puis, il aurait assisté, en tant que "servant de la mitrailleuse" (il tenait la bande de balles), à l'exécution d'hommes qui avaient été parqués dans le garage Desourteaux (23) ;

-- Pfeufer et Frenzel auraient eu, comme première mission, de monter la garde à la sortie nord du village. Par la suite, ordre leur aurait été donné de pénétrer dans le bourg et de former un "peloton d'exécution" devant le garage de M. Poutaraud. "J'étais tireur, au premier rang, derrière une mitrailleuse", déclara Pfeufer (24). Kahn ayant donné l'ordre de feu, ils auraient tiré vraisemblablement "à la poitrine" (Id.). Après la fusillade, les hommes du peloton seraient revenus à la sortie nord du village (Id.) ;

-- Graff aurait patrouillé, avec deux camarades (un Allemand et un Russe), autour du village. Arrivés dans un champ, ils auraient tué deux femmes et un homme qui se cachaient derrière une haie (25). Puis, Graff serait revenu, seul, dans le village. Là, ordre lui aurait été donné de porter des fagots dans l'église. "Il y avait déjà un gros tas, dans un coin, au fond, sur la gauche [...]. [J'ai entendu] des gémissements de femmes. Cela venait de sous les fagots" (Id.). Après être ressorti, l'inculpé aurait marché jusqu'à la Glane. C'est alors que le clocher se serait effondré "dans un bruit de pierres écroulées" (Id.) (26) ;

-- Daul et Elsaesser auraient monté la garde à la sortie ouest du village (le "chemin creux") avant de revenir dans le bourg et assister à la fusillade des hommes parqués dans la remise Beaulieu. "Ils essayaient tous de sortir [dit Elsaesser]. On les voyait brandir leur carte d'identité. Mais Kahn les a repoussés de la main et a commandé le feu. La mitrailleuse s'est mise à tirer. Ils sont tombés pêle-mêle" (Ibid., col. D) (27). Peu après, Elsaesser aurait reçu l'ordre de transporter des fagots sur les cadavres puis d'incendier, avec quelques autres, une maison (Ibid., col. D-E). Par la suite, tous les deux se seraient retrouvés place de l'église. Là, ils virent des SS qui "allaient et venaient, portant de la paille" (Ibid., col. C). Daul ayant reçu l'ordre de ne pas abandonner sa mitrailleuse, les deux prévenus n'auraient pas participé à cette besogne (Id.). Puis, prétend Elsaesser : "[Boos] remit à Kahn une charge d'explosifs et Kahn retourna seul dans la nef. On le vit ressortir en courant, et soudain l'église d'Oradour-sur-Glane commença à brûler" (Ibid., col. D) (28). Elsaesser aurait terminé sa journée juché dans un arbre afin de surveiller d'hypothétiques mouvements du maquis" (Id.) ;

-- Lohner, après avoir servi d'interprète sur la place du village, aurait fait partie du "peloton d'exécution" qui tua les hommes regroupés dans le chai Denis (29). Après avoir porté de la paille et des fagots sur les cadavres, il serait arrivé place de l'église. Là, ordre lui aurait été donné de transporter à nouveau de la paille et des fagots à l'intérieur du sanctuaire. "A deux reprises, j'ai donc dû me rendre, pour prendre de la paille, dans une grange qui se trouvait sur la place. Lorsque j'allais pénétrer pour la troisième fois, j'ai aperçu deux femmes qui s'étaient cachées là. Une minute de plus et j'aurais eu le temps de les avertir, de leur dire de disparaître ; mais c'était trop tard. Boos est arrivé, m'a dépassé et, sur le seuil de la grange, a exécuté les deux femmes à bout portant" (Ibid., col. D) (30). Par la suite, plusieurs sous-officiers (dont Boos et Steger) auraient lancé des grenades incendiaires dans l'église. Lohner, quant à lui, aurait terminé sa journée en enterrant des cadavres "du côté du chemin des Bordes" (Id.) ;

-- Busch, après avoir aidé au rassemblement des villageois sur le Champ de Foire, aurait participé à l'exécution des hommes qui avaient été parqués dans le garage Desourteaux ("Kahn avait ordonné de tirer simultanément à son coup de pistolet") (31). Puis, une fois achevé le recouvrement des corps avec des fagots, il serait descendu vers l'église où il aurait été "mis en faction" (Ibid., p. 3, col. A). "Nous avons vu deux femmes qui venaient chercher leurs enfants. Nous leur avons dit de rebrousser chemin ; sans cela, elles seraient fusillées. A ce moment, le sergent Boos est arrivé sur les lieux. Il était accompagné par un autre Allemand. Ils ont amené les deux femmes dans une grange, presque aussitôt après ils en sont ressortis seuls. A ce moment, on tirait partout, notamment dans l'église" (Id. ; rappelons que jamais Busch n'a cité ce fait au cours de l'instruction) ;

Si l'on résume toutes ces données, on obtient les résultats suivants :

Nombre total de prévenus -----20 (32)----100 %

N'auraient pas pénétré dans le village----7----35 %

Auraient pénétré dans le village mais n'auraient tué personne----3----15 %

Auraient été membres de "pelotons d'exécution"----6----30 %

Auraient apporté des fagots dans l'église----2----10 %

Auraient vu le feu mis à l'église----4----20 %

Auraient entendu la fusillade dans l'église----1----5 %

Auraient participé à la fusillade dans l'église----0----0 %

Afin de mieux apprécier ces chiffres, rappelons que, selon l'histoire officielle admise à Bordeaux, les SS auraient tué les femmes et les enfants en les mitraillant puis en les brûlant au point d'en réduire une majorité en cendres. Sachant que 600 kg de bois, environ, sont nécessaires pour brûler un corps et que l'incendie aurait détruit l'église du sous-sol jusqu'au toit, point n'est besoin d'être physicien pour imaginer le volume de combustible qui aurait été nécessaire à cette opération gigantesque et les efforts qu'il aurait fallu déployer pour l'allumer (33). Par conséquent, la quasi-totalité de la compagnie aurait dû être réquisitionnée non seulement pour transporter les fagots dans le lieu saint mais aussi pour le mettre à feu. Notons d'ailleurs que, dans son réquisitoire, l'avocat général déclara

En ce qui concerne le drame de l'église, j'ai la conviction que, à l'exception de quelques sentinelles, toute la compagnie y a pris une part active. Les uns en y apportant les fagots, les autres en tirant par les ouvertures et en allumant l'incendie (34).

Le procureur se fondait probablement sur les déclarations de Graff d'après lesquelles, au moment où des fagots étaient amenés dans le sanctuaire, "presque toute la compagnie se trouvait près de l'église (35)".

Or, si nous étudions le tableau ci-dessus, nous découvrons que seuls 20% des inculpés présents à Bordeaux auraient vu le feu mis à l'église. Bien plus, 10%, seulement, auraient participé au transport du bois. Quant à la fusillade, nul autre que Busch ne l'aurait entendue ; pas même Daul qui, pourtant, gardait sa mitrailleuse non loin.

Face à l'incohérence de ces chiffres, le tribunal aurait dû accuser les prévenus de mensonge et demander de nouvelles confrontations. Or, de façon extrêmement révéla-trice, les juges n'en firent rien. Certes, de temps à autre, Nussy-Saint-Saëns s'offusqua des divergences trop criantes qu'il remarquait dans les déclarations des prévenus (36). Mais aucune confrontation systématique des témoignages ne fut entreprise.

On peut objecter que, face à des accusés aussi peu bavards, toute prolongation des débats eût été inutile. Pourtant, la vérité semble être ailleurs : aujourd'hui, nous restons persuadés qu'avant même l'ouverture du procès défense et accusation s'étaient mises d'accord pour ne pas remettre en cause la version officielle du drame par une étude trop scrupuleuse des faits.

Tractations préliminaires entre les prévenus et les autorités

Dès lors, le marché suivant fut très probablement conclu entre les deux parties : les accusés ne contesteraient pas la version officielle des faits. Ils se contenteraient de minimiser leur responsabilité notamment dans le drame de l'église. Pour sauvegarder la crédibilité de leurs déclarations, quelques-uns avoueraient avoir porté des fagots dans l'église ou tiré sur des hommes. En outre, les accusés absents, à commencer par les gradés, seraient chargés de tous les crimes.

Bien que l'orchestration de l'affaire ait dû être minutieusement préparée, quelques imprévus survinrent. Par exemple, les prévenus minimisèrent si bien leur responsabilité que, le 4 février 1953, le correspondant du Monde écrivit avec ironie :

De l'affaire, on connaît tous les aspects, tous les détails [...]. On sait tout... Sauf le rôle joué par chacun des accusés (37).

Il était donc publiquement reconnu que les "aveux" des accusés concernant leur participation aux meurtres des hommes ou à l'incendie de l'église n'étaient pas pris au sérieux.

Quoi qu'il en soit, les accusés jouèrent parfaitement leur rôle et le procès se termina sans incident notable.

Le verdict, son application

Le verdict fut rendu le 13 février. Les accusés furent condamnés aux peines suivantes (38) :

-- Accusés allemands :

Tous les contumax (sauf Nobbe)------La mort

Lenz----------------------------------La mort

Pfeufer------------------------------10 ans de travaux forcés

Frenzel------------------------------10 ans de prison

Blaeschke---------------------------12 ans de travaux forcés

Boehme-----------------------------10 ans de travaux forcés

Daab---------------------------------12 ans de travaux forcés

Dagenhardt-------------------------Acquitté

-- Accusés français

Boos ---------------------La mort

Graaf---------------------8 ans de prison

Daul----------------------8 ans de travaux forcés

Elsaesser----------------6 ans de prison

Hoehlinger--------------6 ans de prison

Ochs---------------------5 ans de travaux forcés

Busch--------------------8 ans de travaux forcés

Lohner-------------------7 ans de travaux forcés

Giedinger----------------8 ans de travaux forcés

Spaeth--------------------5 ans de travaux forcés

Prestel--------------------6 ans de travaux forcés

Weber--------------------6 ans de prison

Niess---------------------5 ans de travaux forcés

On remarquera que, comme un fait exprès, la quasi-totalité des condamnations à mort avait été votée contre les absents. Peut-être le tribunal voulait-il compenser la mansuétude dont il avait fait preuve à l'égard des autres accusés...

Mais il y a plus. Ce verdict, que certains trouvèrent trop clément, ne fut pas exécuté. Albert Hyvernaud écrit:

[...] dès la rentrée parlementaire, le 17 février [1953], le gouvernement, saisi d'une demande d'amnistie [en faveur des Français incorporés de force dans les formations militaires ennemies] déposée par des résistants, en accepta l'urgence, pensant que c'était la seule issue au drame que vivait le pays [...].

La discussion fut menée avec une célérité exceptionnelle. Le jeudi 19 février, à 2 heures du matin, l'Assemblée votait l'amnistie par 324 voix contre 216 et une cinquantaine d'abstentions. Le Conseil de la République, revenant sur la décision de sa commission de justice qui s'était prononcée contre le projet, la votait à son tour par 114 voix contre 79 (socialistes et communistes) [...] (39).

C'est ainsi que, le 21 février, tous les Alsaciens (excepté Boos) quittèrent "discrètement la prison en voiture en direction de l'Alsace" (Ibid., p. 72).

Quant aux six Allemands condamnés à dix ou douze ans de détention, ils bénéficièrent de "plusieurs réductions de peine [et] furent relâchés quelques mois plus tard" (40).

Au mois de septembre 1954, les deux peines capitales furent commuées en réclusion à perpétuité. Cinq ans plus tard (1959), enfin, les deux condamnés à mort retrouvèrent la liberté (41).

Une grâce occulte

Seul le néophyte pourra être surpris de la disproportion entre l'horreur du "crime" reproché aux SS et la manière dont furent traités les condamnés. Pour qui connaît les dessous de l'affaire, l'explication s'impose: en récompense de leur coopération dans l'occultation de la vérité, les accusés bénéficièrent d'une grâce analogue à la grâce régalienne du chef de l'État. C'est ainsi que le verdict ne fut pas exécuté et que tous les anciens SS furent libérés le plus rapidement possible.

Dans un article publié en 1992, d'ailleurs, Carl-Georg Witte affirma que cette "grâce occulte" avait été promise avant même le début du procès:

Il était convenu [entre la France et la RFA] qu'aucun des jugements rendus dans le procès à grand spectacle ne pouvait être exécuté [...] (42).

Trois ans plus tard, un autre auteur allemand allégua, lui aussi, l'existence de cet accord:

Entre la France et l'Allemagne, il fut convenu que les jugements rendus dans le procès [...] ne seraient pas exécutés et tous les condamnés [...] seraient bientôt libérés (43).

Un fait majeur corrobore l'existence de cet accord. C'est l'absence des officiers au procès de Bordeaux.

L'absence des officiers au procès de Bordeaux

Raisons expliquant cette absence

Nous avons vu qu'en 1953 plusieurs d'entre eux (et non des moindres) étaient encore en vie. Comment, dès lors, expliquer leur non-comparution ? La réponse à cette question est simple: le "massacre" d'Oradour ayant été qualifié de "plus monstrueux crime de la guerre" (44), tout officier ou sous-officier assis sur le banc des accusés ne pouvait échapper à une condamnation à mort ; en outre, cette condamnation aurait dû être exécutée sous peine de provoquer un tollé général et de révéler l'imposture. Par conséquent, la grâce occulte dont bénéficièrent les subalternes n'aurait pu être consentie au commandement. Or, les autorités n'étaient pas naïves au point de croire qu'un officier ou qu'un sous-officier aurait accepté d'être condamné à mort dans un vrai procès puis exécuté sans avoir, auparavant, clamé haut et fort la vérité. A ce sujet, rappelons le cas de Kaltenbrunner (ancien chef de l'Office supérieur pour la sécurité du Reich [RSHA]) qui, à Nuremberg, déclara:

Le colonel responsable de la prison londonienne dans laquelle je me trouvais m'a dit qu'on allait me pendre de toute façon, quelle que soit l'issue. Comme j'en ai pleinement conscience, tout ce que je veux, c'est éclaircir des choses fondamentales qui ne vont pas ici (45).

Dès lors, une seule solution s'offrait: oeuvrer pour qu'aucun haut gradé ne soit jugé.

Naturellement, certains nous rappelleront que, le 11 février 1953, Nussy-Saint-Saëns déclara: "J'ai fait le nécessaire pour que l'on recherche tous les officiers responsables du massacre et pour les déférer devant la justice" (46). C'est là, nous diront-ils, une preuve de la bonne foi des juges et, par conséquent, la réfutation de toutes nos thèses.

Pourtant, plusieurs faits démontrent que, malgré cette déclaration tapageuse, les autorités françaises ne désiraient pas faire comparaître les gradés.

Tout d'abord, notons que l'ordre lancé pour la recherche des officiers se révélait bien tardif. Il intervenait à la veille de la clôture des débats. Pourquoi ne pas l'avoir solennellement lancé un mois plus tôt ? Mais ce n'est pas tout.

Stadler ne fut jamais interrogé sur le drame

Le 12 février 1945, Me Schrekenberg, le bâtonnier de Strasbourg qui défendait trois des accusés, produisit une lettre par laquelle il avait été informé que Stadler exerçait la profession d'électricien en Autriche, à Fohnsdorf (47). Ce document prouvait que l'ancien colonel ne se cachait point. Or, apprit-on le même jour, les autorités françaises en Autriche ne l'avaient "même pas interrogé une seule fois" (Ibid., col. C). Comment expliquer une telle lacune ? Et comment expliquer que, dans les années qui suivirent, cet homme n'ait jamais été interrogé ?

La justice française refuse d'entendre Lammerding

Dans le même registre, le cas de Lammerding reste très intéressant. Dès le début, cet ancien général SS, qui, après 1945, vécut en Allemagne, fut considéré comme le principal responsable de la tragédie d'Oradour. Le 30 janvier 1953, la France formula une (bien tardive) demande d'extradition. Toutefois, nous explique-t-on, ce dernier vivait à Düsseldorf, en secteur anglais, c'est-à-dire sur un territoire où les autorités refusaient d'inscrire toute demande d'extradition de criminels de guerre (48). Après d'interminables discussions et rebondissements, le président du Conseil de l'époque promit d'évoquer cette affaire devant les ministres britanniques (49). Mais cette promesse venait le... 12 février, alors que les juges de Bordeaux délibéraient. Finalement, jamais Lammerding ne fut extradé. Ce dernier mourut paisiblement, en 1971 (50).

Aujourd'hui, les tenants de la thèse officielle se fondent sur ces péripéties juridiques pour accuser l'Angleterre d'avoir entravé l'action des juges français. Ce motif n'est cependant pas acceptable. Le 30 janvier 1953, le Foreign Office rappela que, "à sa connaissance, l'extradition du commandant de la division Das Reich n'a[vait] jamais été demandée, même avant 1950 (51)".

Certes, les autorités anglaises admettaient qu'"une requête française, normalement adressée à la haute commission britannique en Allemagne, aurait pu être ignorée à Londres si, comme on a des raisons de le croire, l'affaire n'a[vait] jamais été portée au niveau gouvernemental [Id.]".

Toutefois, comment croire que la France ait pu laisser se perdre, sans insister davantage, une demande d'extradition adressée contre le général responsable du "plus monstrueux crime de la guerre" ? En vérité, il semble que les autorités françaises aient rechigné à entendre les explications de Lammerding sur Oradour. Plusieurs faits, d'ailleurs, le confirment. Le 31 janvier, René Pleven révéla que l'ancien général figurait "sur les listes des criminels de guerre, non au titre d'Oradour, mais des massacres de Tulle" (52). Comment expliquer cette surprenante lacune ?

Surtout, il faut savoir que Lammerding n'a jamais refusé de s'expliquer sur cette affaire. O. Weidinger, par exemple, rappelle que, d'après :

des pièces (documents et bandes sonores) laissées par le général de division Lammerding, mort entre-temps, [...] ce dernier s'était mis personnellement à la disposition du Gouvernement allemand pour le procès de Bordeaux en 1953. Le Gouvernement, représenté par le Service de Protection juridique auprès du ministère des Affaires étrangères, déclina l'offre, cette fois, et à nouveau par la suite (53).

Ces propos sont confirmés par l'ex-général lui-même qui, dans son "testament", écrivit :

Diekmann est mort. Il me revenait, à moi son supérieur, de répondre des morts d'Oradour. J'étais d'ailleurs disposé à le faire. C'était mon devoir de soldat. J'étais disposé à le faire, mais pas en France. Dans ce pays, en effet, les procès de ce genre se sont déroulés dans un climat passionnel et je pense que la justice doit, au contraire, se dérouler dans une atmosphère d'objectivité.

Il est impossible que la justice soit rendue par des personnes qui sont à la fois juge et partie. C'est ce qui s'est trop souvent passé dans beaucoup de procès relatifs aux crimes de guerre.

Me demander de me rendre devant un tribunal, c'était me demander de marcher à une mort certaine. Je serais même tenté de dire : à mon propre assassinat [...].

J'ai plusieurs fois proposé qu'un tribunal soit constitué en Suisse ou dans un pays neutre. J'étais prêt à me rendre devant ce tribunal. J'étais prêt à y être condamné si ma culpabilité avait été démontrée par une véritable enquête.

J'ai souvent déclaré qu'à ces conditions j'accepterais de paraître devant un tribunal. Mais la presse n'a jamais publié ma déclaration (54).

Les termes étaient clairs. Lammerding n'acceptait certes pas de venir comme accusé à Bordeaux, mais il acceptait de s'expliquer. Dès lors, pourquoi les juges français, qui prétendaient rechercher la vérité, n 'ont-il pas oeuvré pour obtenir sa déposition? Si, comme le prétendent certains, l'ancien général avait lui-même ordonné le massacre des femmes et des enfants (55), l'occasion de le confondre (56) et, par conséquent, de convaincre les autorités anglaises de l'extrader, aurait été excellente.

Mais il y a plus encore.

Des gradés SS relâchés avant le procès de Bordeaux

Selon Marcel Luthringer, secrétaire de l'ADEIF (section de Soultz), quarante et un officiers ayant appartenu au régiment Der Führer furent acquittés le 19 juin 1951 par la justice française puis libérés selon l'article 93 du code de justice (57). Combien d'entre eux avaient été présents à Oradour? Nous l'ignorons, mais une réponse des autorités françaises serait fort intéressante. Parmi eux, d'ailleurs, se trouvait l'ancien lieutenant-colonel O. Weidinger. Deux ans plus tard, celui-ci demanda à être entendu par le Tribunal de Bordeaux, qui refusa. Ce refus est d'autant plus incompréhensible que, lors des audiences, les thèses d'O. Weidinger sur les causes du drame furent évoquées puis qualifiées de mensongères. Dès lors, pourquoi avoir refusé à l'ancien lieutenant-colonel le droit de répondre et de s'expliquer?

Cette volonté de ne pas juger les gradés (ce qui, avec l'obligation de les condamner à mort et l'impossibilité de réduire leur peine, aurait compromis toute la machinerie mise en place pour occulter la vérité) démontre que le procès de Bordeaux fut un procès truqué, un procès uniquement destiné à entériner une version controuvée du drame d'Oradour.

Promesse de silence et d'acceptation du jugement

Deux autres faits, enfin, confirment les tricheries de Bordeaux.

Acceptation du jugement par l'ancienne RFA

Selon l'auteur d'un article paru en 1994 dans le journal allemand Der Freiwillige, des informations laissent penser qu'en 1953 "le gouvernement d'alors en RFA se serait engagé à ne jamais remettre les jugements [de Bordeaux] en question" (58). Deux ans auparavant, déjà, un autre auteur, Carl-Georg Witte, avait écrit :

Il était convenu qu'aucun des jugements rendus dans le procès à grand spectacle ne pouvait être exécuté, tandis que la République fédérale d'Allemagne s'engageait à ne jamais remettre en question les constatations établies dans le jugement et à tenir secrets les documents s'y rapportant (59).

Ces informations sont capitales, car les autorités qui rendent un jugement juste et conforme à la vérité ne craignent pas qu'il soit, un jour, remis en cause.

Promesse de silence faite par les condamnés

En 1994, V. Reynouard demanda à Me Mingès l'autorisation de rencontrer les condamnés alsaciens. Ce dernier refusa ; en guise d'explication, il déclara qu'à Bordeaux les autorités avaient obtenu des anciens SS la promesse "de se faire oublier, de se retirer dans un petit coin de France et de ne jamais parler d'Oradour". L'existence d'une telle promesse de silence a été révélée par C.-G. Witte ainsi que par la Deutsche National Zeitung (60).

De fait, jamais, depuis 1953, les condamnés ne furent entendus lors d'une émission ou lors d'un reportage sur le drame d'Oradour. Or, si, vraiment, les SS avaient été coupables, cette promesse de silence aurait été inutile. En vérité, les autorités ont vraisemblablement craint qu'un jour l'un des condamnés ne soit contacté par des curieux qui, à force de questions, le poussent à révéler la vérité. Dès lors, la prudence exigeait d'obtenir d'eux une promesse de silence éternel.

Ainsi, aujourd'hui, le mutisme observé par les anciens membres du bataillon Der Führer constitue une preuve supplémentaire du mensonge régnant.

 

NOTES de la section 6, I, Justice sereine ou...

1 Voy. l'acte d'accusation, pp. 1-2, liste nominale commençant par Otto Kahn et se terminant par Woltmann.

2 L'adjudant s'appelait Karl Lenz, les sergents s'appelaient Wilhelm Blaeschke et Georges-René Boos, le caporal s'appelait Wilhelm Boehme.

3 Voy. les sténotypies du procès de Bordeaux, audience du 31 janvier 1953, p. 8.

4 Voy. Ouest-France, 5 février 1953, p. 2, col. B.

5 Voy. Ouest-France, 12 janvier 1953, p. 1, col. A.

6 Voy. Le Monde, 30 janvier 1953, p. 5, col. D : "[...] en dépit d'une instruction qui a duré huit ans, des hommes comme M. Bapt n'ont jamais été entendus au cours de l'information".

7 Voy. Le Monde, 31 janvier 1953, p. 5, col. B.

8 Voy. Jens Kruuse, Oradour sur Glane, p. 160.

9 Voy. Le Monde, 15 janvier 1953, rubrique "Dernières nouvelles".

10 Voy. Le Monde, 13 janvier 1953, p. 12.

11 Voy., par exemple, le procès Pétain. En 1948, l'historien américain William L. Langer écrivit : "J'ai lu chaque mot de ce compte rendu [celui du procès Pétain] et j'ai peine à croire que quiconque, faisant de même, n'ait pas l'impression que la condamnation du Maréchal fut, au fond, un jugement politique" (voy. W. L. Langer, Le Jeu Américain à Vichy, Editions Plon, 1948, p. 400). Dans une excellente brochure récapitulative, le général Héring a rappelé que l'accusation s'était appuyée sur de multiples allégations reconnues fausses ou non fondées, allégations qui furent reprises dans l'arrêt final de la Cour (voy. Général Héring, La Grande Iniquité, Les Editions Nouvelles, 1948, 31 p.).

12 Voy. Le Monde, 17 janvier 1953, p. 5, col. A.

13 Voy. Le Monde, 20 janvier 1953, p. 7, col. A.

14 Voy. Le Monde, 21 janvier 1953, p. 7, col. A.

15 Voy. Le Monde, 23 janvier 1953, p. 4, col. B.

16 Voy. Le Monde, 1er-2 février 1953, p. 4.

17 Voy. Le Monde, 3 février 1953, p. 4, col. C-D.

18 Voy. Le Monde, 4 février 1953, p. 4, col. A.

19 Voy. Le Monde, 5 février 1953, p. 4, col. A-B.

20 Voy. Ouest-France, 17-18 janvier 1953, p. 3, col. B.

21 Voy. Le Monde, 18-19 janvier 1953, p. 4, col. C.

22 Voy. Le Monde, 23 janvier 1953, p. 4, col. D-E. Voy. aussi Vision d'épouvante..., p. 126. Se fondant sur les déclarations de Radio-Limoges en date du 18 septembre 1944, les auteurs prétendent que les SS auraient fusillé "une douzaine d'otages et brûlé un certain nombre d'habitations". Le massacre général n'aurait cependant pas eu lieu car "un contre-ordre [était] intervenu au dernier moment". Le fait que ces détails n'aient pas été repris à Bordeaux doit nous faire douter de leur véracité.

23 Voy. Ouest-France, 16 janvier 1953, p. 3, col. D.

24 Voy. Le Monde, 20 janvier 1953, p. 7, col. C.

25 Voy. Ouest-France, 21 janvier 1953, p. 3, col. C.

26 Voy. Ouest-France, 22 janvier, p. 1 col A-B et p. 3, col. B.

27 Dans leurs ouvrages, les auteurs modernes appellent également l'attention du lecteur sur les autres "massacres" commis (ou prétendument commis) par les Allemands (voy. P. Maysounave, Plus près de la vérité..., ch. II : "Oradour, crime unique ?" pp. 41-103 ; S. Farmer, Arrêt sur Mémoire..., ch. I : "Le massacre et son contexte", pp. 29-68).

28 Voy. Le Monde, 18-19 janvier 1953, p. 4, col. E.

 

NOTES de la section 6, II, Un procès truqué

1 Voy. Le Monde, 20 janvier 1953, p. 7, col. A : "Au début de la sixième audience, samedi, le président Nussy-Saint-Saëns s'est élevé contre les bruits qui circulaient au sujet de l'affaire d'Oradour-sur-Glane. [...] on parlait d'une prolongation inutile des débats pour "noyer le poisson" et obéir à on ne sait quelle mystérieuse consigne".

2 Voy. Dans l'Enfer..., pp. 24-25.

3 Voy. Vision d'épouvante..., pp. 31-33.

4 Voy. les sténotypies du procès de Bordeaux, audience du 28 janvier 1953, pp. 6-8. Voy. Annexes Doc. 5.3, 5.4 et 5.5.

5 Voy. Le Monde, 18-19 janvier 1953, p. 4, col. A.

6 Voy. Le Monde, 20 janvier 1953, p. 7, col. D.

7 Voy. Le Monde, 18-19 février 1953, p. 4, col. C : le journaliste raconte l'épisode où le président du tribunal, s'adressant à l'Alsacien Lohner qui variait dans ses déclarations, lança : "Je me vois dans l'obligation de vous rappeler une scène extrêmement pénible qui s'est déroulée au commissariat de Strasbourg, où vous aviez été convoqué pour être entendu dans la présente affaire. Vous étiez là, avant de passer devant le cabinet de l'officier de police, avec plusieurs de vos co-accusés alsaciens, et tous ensemble vous avez décidé au cours d'une réunion de tromper la justice. Cela, nous le savons et nous en reparlerons". Dès le lendemain, en effet, le président revint sur cette affaire et accusa l'Alsacien Daul d'avoir "proposé à tous les autres de s'entendre pour dire d'une même voix qu'aucun d'entre eux n'avait tiré à Oradour-sur-Glane" (voy. Le Monde, 20 janvier 1953, p. 7, col. D ; voy. aussi Le Monde, 25-26 janvier 1953, p. 4, col. B).

8 A. Daul contesta les faits en affirmant : "J'ai dit seulement que je ne pouvais déclarer avoir tiré si c'était faux" (Le Monde, 20 janvier 1953, p. 7, col. D). Dès 1948, H. Weber avait également déclaré : "Je n'ai pas entendu qu'un de mes camarades ait dit, lors d'une confrontation à la police judiciaire, le 26 août dernier, qu'il ne fallait pas avouer qu'on avait tiré à Oradour. Mais je me souviens parfaitement que Grienenberger a reproché, ce jour-là, à Giedinger Fernand, de l'avoir dénoncé à notre ex-chef de compagnie Kahn, lorsqu'il était sur le point de déserter" (voy. le procès-verbal d'interrogatoire d'H. Weber, p. 2).

9 Voy. le procès-verbal d'interrogatoire d'Auguste Lohner en date du 22 novembre 1945, 14 p., p. 9.

10 Voy. le procès-verbal d'interrogatoire de L. Hoehlinger en date du 14 décembre 1944, p. 1.

11 Voy. le procès-verbal d'interrogatoire de L. Hoehlinger en date du 26 juillet 1946, p. 4.

12 Voy. le procès-verbal d'interrogatoire d'A. Lohner en date du 22 novembre 1945, p. 7.

13 Voy. les Annales d'Histoire Révisionniste, n· 8, p. 24, article de R. Faurisson intitulé : "Mon expérience du révisionnisme (septembre 1983-septembre 1987)".

14 Voy. Le Monde, 23 janvier 1953, p. 4, col. E. Voy. aussi le procès-verbal de son interrogatoire en date du 1er décembre 1948 : "Je dois vous dire qu'à ce moment-là [10 juin], je n'appartenais pas à la 3ème compagnie du régiment Der Führer, mais à la compagnie de réparation du bataillon [...]. J'avais subi cette mutation le 6 juin 1944, auparavant, j'étais à la 3ème compagnie" (p. 2). Lors de cet interrogatoire, l'inculpé avait toutefois reconnu être allé à Oradour, mais il y serait arrivé "tard dans la nuit, y ayant accompagné le commandant Diekmann. A ce moment-là, tout était terminé" (Ibid., p. 1). En vérité, Dagenhardt fut un témoin embrouillé dont on ne peut connaître le rôle exact qu'il joua à Oradour (voy. le procès-verbal de son interrogatoire en date du 24 mai 1949).

15 Voy. Le Monde, 23 janvier 1953, p. 4, col. E. Voy. aussi le procès-verbal de son interrogatoire en date du 22 juin 1948 : "Je me souviens d'une localité où il y a eu un massacre total de la population suivi d'un incendie, je suis passé dans cette localité, tout était déjà détruit. Cependant, l'incendie durait encore, car il y avait de la fumée. J'ai accompagné le commandant Diekmann à Oradour, il y effectuait une reconnaissance" (pp. 1-2).

16 Voy. Le Monde, 23 janvier 1953, p. 4, col. C. Voy. également le procès-verbal de son interrogatoire en date du 30 juin 1948 : "Bien que vous me présentiez un plan sur lequel sont marqués les emplacements des exécutions, je persiste à dire que je n'ai rien vu [...]. J'ai chargé Knug [Gnug] sur un brancard et je l'ai transporté un peu plus avant dans la même rue [celle de l'église] près d'un mur [...]. Je nie formellement m'être rendu dans une grange d'Oradour pour examiner des cadavres, je n'ai vu aucun cadavre à Oradour. J'ai constaté que le village était en flammes, mais j'ignore qui a mis le feu" (p. 1).

17 Pour Giedinger, voy. Ouest-France, 21 janvier 1953, p. 3, col. C. Pour Spaeth, voy. Le Monde, 22 janvier 1953, p. 5, col. E.

18 Voy. Le Monde, 23 janvier 1953, p. 4, col. B. Voy. également le procès-verbal d'interrogatoire d'H. Weber en date du 1er septembre 1946 : "Une partie du régiment a été chargée d'encercler la localité, tandis que les autres sont restés dans la commune. Mon groupe a été placé dans les champs non loin de l'église. Nous avions pour mission de ne laisser sortir personne du village. Niess Jean se trouvait à mes côtés" (p. 2).

19 Voy. Le Monde, 21 janvier 1953, p. 7, col. A. Voy. également son procès-verbal d'interrogatoire en date du 27 juillet 1946. Tout y est expliqué dans le détail. L'inculpé affirme que sa participation au drame d'Oradour a été une "participation passive" (p. 2).

20 Voy. Le Monde, 18-19 janvier 1953, p. 4, col. B.

21 Voy. Ouest-France, 26 janvier 1953, p. 3, col. A-B et Le Monde, 18-19 janvier 1953, p. 4, col. B.

22 Voy. Ouest-France, 10 février 1953, p. 3, col. A.

23 Voy. Le Monde, 21 janvier 1953, p. 7, col. A. Voy. également son procès-verbal d'interrogatoire en date du 27 juillet 1949 : "nous avions la mission de contourner la localité vers la gauche, c'est-à-dire vers le sud, et d'établir un barrage destiné à empêcher qui que ce soit d'entrer ou de sortir" (p. 3) ; "j'ai fait partie d'un peloton d'exécution" (p. 4).

24 Voy. Le Monde, 18-19 janvier 1953, p. 4 col. B. Voy. aussi le procès-verbal d'interrogatoire de Frenzel en date du 19 mai 1948 : "Nous avons dû braquer nos mitrailleuses sur les hommes destinés à être fusillés" (p. 3).

25 Voy. Le Monde, 20 janvier 1953, p. 7, col. C. Voy. également le procès-verbal de son interrogatoire en date du 1er octobre 1946 : "[Dans un pré] le Russe [de son groupe] aperçut un homme couché à plat ventre. Il a tiré sur cet homme qui n'a pas bougé. Le Russe s'est avancé et nous a fait signe de venir le rejoindre. A ce moment, j'ai vu qu'il y avait deux femmes, également couchées à plat-ventre auprès de l'homme, l'une devant, l'autre derrière. Le Russe et l'Allemand ont immédiatement fait feu sur elles. L'une d'elles s'est levée et s'est mise à crier en tenant ses bras sur la poitrine. En voyant ce spectacle, j'ai été tellement affolé que j'ai à mon tour tiré un coup de fusil dans sa direction [...]. Je n'ai tiré qu'une seule fois" (p. 3).

26 Voy. également son procès-verbal d'interrogatoire en date du 10 octobre 1946 : "Le major Diekmann et le capitaine Kahn nous ont donné l'ordre de prendre des fagots qui se trouvaient à proximité de l'église et de les déposer à l'intérieur de cet édifice sur un tas de bancs. Derrière ces bancs, on percevait des plaintes et des gémissements [...]. Ensuite, je suis parti avec cinq Alsaciens et un Allemand sur le pont de la Glane, car nous voulions quitter ces lieux. Vingt minutes après environ, nous avons vu tomber l'église. Nous sommes restés là jusqu'à ce que le toit de l'église s'effondre, c'est-à-dire à peu près une demi-heure" (pp. 1-2).

27 Voy. le procès-verbal d'interrogatoire de J.-P. Elsaesser en date du 24 septembre 1945 : "Les civils tendaient à s'expliquer en brandissant des papiers d'identité qu'ils voulaient à tout prix montrer à Kahn, vers lequel ils se ruaient en l'implorant de ne pas faire feu sur eux. Kahn paraissait intransigeant et il les repoussait vers l'intérieur du garage pour finalement s'écarter brusquement et commander le feu" (p. 3). Voy. également le procès-verbal d'interrogatoire d'A. Daul en date du 16 juillet 1946 : "Nous sommes, notre groupe, restés à cet emplacement jusqu'à 19 heures environ, [heure] où un agent de liaison a apporté l'ordre de rejoindre la compagnie à la sortie de la route de Limoges. En passant devant un garage devant lequel deux mitrailleuses étaient en batterie, j'ai vu un groupe de civils, une vingtaine environ, qui ont été conduits sous forte escorte de SS dans ce lieu indiqué. Le capitaine Kahn [...] repoussait dans le garage ces civils et a fait tirer les deux mitrailleuses placées devant sur les civils [...]" (pp. 2-3). On remarquera que Daul situe cet événement... cinq heures trop tard dans le temps.

28 Voy. également le procès-verbal de son interrogatoire en date du 24 septembre 1945 : "J'ai vu venir le sous-officier Boos remettre au capitaine Kahn une charge d'explosifs. Kahn, accompagné de quelques SS armés, est entré dans l'église. Aussitôt une explosion s'est produite et en quelques instants tout l'intérieur dÍe l'édifice était en flammes, la fumée s'échappant par les vitraux" (p. 5).

29 Voy. Le Monde, 21 janvier 1953, p. 7, col. C. Voy. également le procès-verbal de son interrogatoire en date du 22 novembre 1945. L'inculpé prétend avoir "tiré trois coups de feu à cette occasion, mais tous trois dans le fond du chai sur un tas de bois" (p. 6).

30 Voy. également le procès-verbal de son interrogatoire en date du 22 novembre 1945 : "j'ai remarqué le Unterscharführer Boos qui s'est précipité sur deux femmes [...] qui sortaient d'une maison située en face de l'église [...]. Boos a refoulé les deux personnes en question vers la grange et a ouvert le feu sur elles, les abattant et les tuant net avec sa mitraillette" (p. 7).

31 Voy. Ouest-France, 21 janvier 1953, p. 1, col. A-C. Voy. également le procès-verbal de son interrogatoire en date du 2 août 1946 : "Moi, j'étais armé d'un fusil. J'ai tiré environ 4 cartouches, mais je ne sais pas si j'ai blessé quelqu'un car j'avais tellement peur de voir cela que je voyais tout trouble devant mes yeux" (p. 2).

32 Nous reviendrons plus tard sur le cas du 21ème inculpé : G. Boos.

33 Ces efforts durent être d'autant plus pénibles que, nous le verrons plus loin, les accès à l'église étaient devenus difficilement praticables.

34 Voy. Ouest-France, 5 février 1953, p. 2, col. A.

35 Voy. le procès-verbal d'interrogatoire de P. Graff en date du 10 octobre 1946, p. 2. Voy. également Le Monde, 20 janvier 1953, p. 7, col. C.

36 Voy., par exemple, Le Monde, 18-19 janvier 1953, p. 4, paragraphe intitulé : "Les variantes de Lohner".

37 Voy. Le Monde, 5 février 1953, p. 4, col. A.

38 Voy. Ouest-France, 14-15 février 1953, p. 3, col. A-B.

39 Voy. Petite histoire..., pp. 71-72.

40 Voy, Tulle et Oradour..., p. 48.

41 Voy. Petite histoire..., p. 72 : "quelques mois plus tard, en septembre 1954, les deux condamnés à mort verront leur peine commuée en travaux forcés" ; Tulle et Oradour..., p. 48 : "Les deux condamnations à mort furent, peu après, commuées en réclusion à perpétuité, puis privation de liberté. Ils furent enfin libérés en 1959".

42 Voy. Studiensammlung für Zeitgeschichte und Jugendforschung, Juli 1992, article intitulé : "Les cas de Malmédy et Oradour".

43 Voy. Deutsche National Zeitung, 8 septembre 1995, p. 1 : "Comment sont inventés des crimes de guerre".

44 Voy. la couverture de l'ouvrage de P. Poitevin.

45 Voy. Nouvelle Vision n· 27, p. 34, article de Mark Weber intitulé : "Les procès de Nuremberg et l'Holocauste".

46 Voy. Ouest-France, 12 janvier 1953, p. 1, col. A.

47 Voy. Le Monde, 13 février 1953, p. 4, col. B : "[Me Schrekenberg] a produit alors une lettre par laquelle il a été informé dernièrement qu'un nommé Stadler (c'est en effet le nom du colonel SS qui était à la tête du fameux régiment "Der Führer" au moment du massacre) habite actuellement en Autriche, où il exerce la profession d'électricien [...]. Ce Stadler, de nationalité autrichienne, a été SS. On sait à quelle date il l'est devenu. C'était à Munich, en 1934. On connaît également complètement ses états de service, ses campagnes, la façon dont il a conquis ses galons successifs. Mais on ne s'en est jamais inquiété. Les dirigeants français en Autriche ne l'ont même pas interrogé une seule fois".

48 Voy. Le Monde, 31 janvier 1953, p. 5, col. C : "Intervenant au Conseil de la République dans la discussion sur la responsabilité collective, M. René Pleven [...] a rappelé que, dès août 1945, un accord était signé à Londres sur la recherche et la livraison des criminels de guerre : "J'ai dit à l'Assemblée nationale que depuis 1950 les autorités anglaises refusaient d'inscrire toutes les demandes d'extradition de criminels de guerre. Un loyal communiqué du Foreign Office l'a confirmé cet après-midi"". De son côté, Me Moser parle d'anciens SS qui se sont réfugiés "dans les zones d'occupation américaine et anglaise qui se refusent de les rechercher et de les extrader" (voy. De la Ferme au Prétoire..., p. 95).

49 Voy. Le Monde, 13 février 1953, p. 4, col. C : "Le président du Conseil évoquera au cours des conversations qu'il aura aujourd'hui et demain vendredi avec les ministres britanniques le cas du général SS Lammerding".

50 Voy., par exemple, Le drame..., p. 33.

51 Voy. Le Monde, 31 janvier 1953, p. 1, col. A.

52 Voy. Le Monde, 31 janvier 1953, p. 5, col. C., encart au bas de la page.

53 Voy. Tulle et Oradour..., p. 36.

54 Voy. "Le testament de Lammerding", document de 1972 détenu par l'ANEC.

55 Au sujet des personnes qui accusent l'ancien général d'avoir lui-même ordonné le massacre d'Oradour, voy. Le drame..., p. 33 : "L'ordre du massacre d'Oradour fut certainement donné par lui". Peu après la mort du général, en 1971, un ancien résistant déclara : "[...] il est impossible de croire que le major Diekmann, simple officier, ait pris seul la responsabilité du massacre. Connaissant le sens de la hiérarchie et de la discipline des armées d'élite allemandes, je dis que jamais un simple commandant n'aurait pris sur lui de tuer plus de six cents civils. Lammerding était à l'Hôtel Central, à Limoges. C'est là, j'en suis certain, que le plan des représailles a été établi" (voy. Spécial Dernière, 6 février 1971, p. 8).

56 Les exemples de témoins devenant accusés ne manquent pas dans l'histoire. Voy., par exemple, le cas de Marcel Peyrouthon au procès Pétain. Le témoin fut attaqué si violemment par les jurés (et notamment par M. Jean Pierre-Bloch) qu'il s'écria : "Est-ce que c'est mon procès, ou est-ce que je suis ici comme témoin ?" (voy. les sténotypies du procès Pétain, 14e fascicule, p. 244, col. B). Plus tard, il déclara : "C'est mon propre procès, monsieur le président" (Ibid., p. 245, col. B).

57 Selon un document photocopié donné à l'ANEC par Maître Mingès.

58 Voy. Der Freiwillige, juillet-août 1994, p. 6.

59 Voy. Studiensammlung für Zeitgeschichte und Jugendsforschung, n· 19, Juli 1992.

60 Voy. Studiensammlung für Zeitgeschichte und Jugendsforschung, n· 19, Juli 1992 : "tous les condamnés ont été graciés par la partie française tandis que le côté allemand tient encore aujourd'hui sa promesse de garder le silence" ; voy. Deutsche National Zeitung, 8 septembre 1995, p. 1 : "Entre la France et l'Allemagne, il fut convenu que [...] tous les condamnés, après la promesse de garder un silence absolu, seraient bientôt libérés".


Extrait de Le Massacre d'Oradour, un demi-siècle de mise en scène, par un Collectif de libres chercheurs animé par Vincent Reynouard,VHO-ANEC, Anvers, 1997, 446 p., ISBN 90-73111-21-08, © Vincent Reynouard. Distribution: VHO, BP 60, B-2600 Berchem 2, Belgique. Nous conseillons très vivement à nos lecteurs de se procurer le livre auprès de l'éditeur. Pour que les livres existent, il faut que les éditeurs puissent les vendre.

Cet ouvrage traite des circonstances dans lesquelles un massacre s'est produit dans un village non loin de Limoges en juillet 1944, alors occupé par une division de l'armée allemande en retraite. Il a été édité en 1997 par un éditeur d'Anvers. Or Anvers a la tort de se trouver en Belgique, c'est-à-dire à l'étranger, pour ne pas dire en Anti-France. Le ministre (français) de l'Intérieur (français) a donc pu INTERDIRE CE LIVRE. C'est la principale raison pour laquelle nous le publions aujourd'hui sur Internet. Quant au citoyen-ministre, il ne reste qu'à le couvrir de ce qu'il mérite.

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