AAARGH
[C'est l'AAARGH qui souligne.]
Le procès en diffamation mené par David irving, auteur de livres d'histoire contre l'éditeur Penguin et le professeur Deborah Lipsatdt, universitaire américaine, s'achève aujourd'hui. M. Irving soutient que le professeur Lipstadt l'a accusé d'être un "négateur de l'holocoste" , comme le dit son avocat, "non pas un historien mais un falsificateur de l'histoire".
"La négation de l'holocoste" est un terme maladroit pour désigner ceux qui nient que l'holocoste, c'est-à-dire la tentative délibérée de Hitler d'exterminer la totalité de la population juive d'Europe, sous le couvert la guerre totale, a véritablement eu lieu, et affirment que les notoires "camps de la mort", Auschwitz, Birkenau, Theresienstadt et d'autres, équipés de chambres à gaz et de fours crématoires gigantesques dans lesquels jusquÕà six millions d'hommes, de femmes et d'enfants ont été tués, sont une invention des services secrets soviétiques et britanniques ou de la propagande ou des deux. [Note de l'AAARGH: Le premier "négateur de l'holocoste", Paul Rassinier, résistant et déporté, n'a jamais acccusé les Anglais ou les Soviétiques de quoi que ce soit dans cette affaire. Il a désigné comme auteurs de cette légende les déportés communistes français qui gouvernaient les camps et y rendaient la vie impossible aux non-communistes. Chauvinisme anglais ?]
Huit mois avant le début du procès, le New York Times a demandé à un certain nombre de grands historiens anglais et américains s'ils considéraient Irving comme un historien "de bon aloi". La large majorité des personnes interrogées, qui allaient de la droite ultra-conservatrice à la gauche ex-communiste, a répondu oui. Seuls ceux qui s'identifient aux victimes de l'holocoste n'étaient pas d'accord. Pour eux, les opinions d'Irving sont blasphématoires et le placent à égalité avec les pédophiles. Dans un certain nombre de pays, "la négation de l'holocoste" est un délit. En Grande Bretagne et aux États-Unis, on fait pression sur les éditeurs pour qu'ils ne publient pas de travaux reflétant ce point de vue historique. Irving affirme que l'accusation menace ses moyens d'existence; il a demandé réparation et il a voulu faire taire ses critiques. Ne nous y trompons pas: les deux parties au procès sont engagées dans ce que le grand historien R.H. Tawney a qualifié "d'école de gladiateurs de la controverse historique".
Les intentions de Penguin étaient sûrement sanguinaires. La société a fait appel aux services de cinq historiens aidés de deux assistants pendant une période considérable, pour produire sept cent cinquante pages de sources écrites, de recherche et d'examen de chacun des documents cités dans les livres d'Irving sur Hitler. Je voudrais connaître ne serait-ce qu'un historien qui ne mourrait pas de peur à l'idée de subir pareil traitement.
On s'en moque peut-être, mais j'admire certaines parties de l'oeuvre d'historien d'Irving. Il y a trente-cinq ans, j'ai collaboré avec lui à la publication d'un long document d'espionnage allemand sur la politique britannique durant les douze mois précédant la déclaration de guerre de la Grande-Bretagne à l'Allemagne en septembre 1939. Il y a dix ans, il a publié tout seul, en allemand, une nouvelle édition de l'ouvrage. A tout point de vue c'était une avancée considérable par rapport au travail auquel j'avais collaboré.Il avait trouvé beaucoup d'autres documents et avait interrogé un certain nombre de membres de l'organisation en cause. Il avait trouvé, dans les archives américaines, une longue étude américaine sur cette organisation, qui incluait un document d'espionnage britannique qui sera bientôt, espérons-le, donné au Public Record Office. Le livre d'Irving, The Rise and Fall of the Luftwaffe, [Naissance et chute de la Luftwaffe] est toujours un ouvrage de référence pour les historiens de la guerre aérienne.
C'est un aspect d'Irving.
Comme historien, il a certains des manques caractéristiques de l'autodidacte. Il refuse de voir au-delà des sources. Comme toutes les victimes d'escroquerie, en présence d'une source qui confirme son point de vue, il est séduit plus que mis sur ses gardes. Il peut être séduit par la notion de conspirations pour détourner, pour excuser les mauvaises actions des "bons". Il a un talent pour l'auto-publicité. Il a aussi une connaissance encyclopédique de la documentation allemande, véritablement énorme, dont se sont emparés les vainqueurs en 1945. Plus encore, son premier livre, sur le bombardement de Dresde, l'a mis en présence de documents privés, de journaux personnels, etc., jusqu'alors totalement inconnus, d'officiels allemands "respectables" qui s'étaient accommodés des nazis. Chacun de ses livres fait état de nouvelles sources.
Il a gagné énormément d'argent avec ses livres, surtout depuis le premier volume de ses études sur Hitler. Il est traduit dans de nombreuses langues. Et il a pris des positions qui lui ont fermé les portes de divers pays. La défense s'est beaucoup appuyée là-dessus pendant le procès. Il y a des vidéos où on le voit s'adresser à l'audience néo-nationaliste allemande il parle couramment l'allemand qu'il a appris en travaillant comme ouvrier métallurgiste avant de commencer à écrire où il resssemble à Hitler à un point indécent.
Toute cette affaire met les historiens professionnels très mal à l'aise. Beaucoup de distingués historiens anglais du passé, en commençant par l'image caricaturale que Gibbon a donnée du christianisme ancien pour arriver à AJP Taylor, peuvent être accusés d'avoir été influencés par leurs opinions politiques dans leur travail, dans le choix et l'interprétation des sources historiques.
Quant aux théories du complot, je vois sortir encore un livre sur la "conspiration de Hess", encore un autre soutenant que le président Roosevelt était prévenu de l'attaque japonaise à Pearl Harbour. La carrière de certains universitaires américains de premier plan n'a souffert en rien lorsqu'ils ont nié l'importance et l'ampleur des purges staliniennes. Ce sont des mensonges criants, mais je n'ai jamais vu de livre attaquant les auteurs de ces discours ridicules.
La pire conséquence de cette affaire pourrait être de renvoyer l'école de la négation de l'holocoste dans les profondeurs obscures d'où Irving l'a tirée. Cet effet se fait déjà sentir, car un bulletin confidentiel sollicitant une aide financière circule déjà. C'est ainsi que cela se passait auparavant, des brochures imprimées à compte d'auteur arrivaient dans des enveloppes anonymes. Or on trouve toujours des gens pour croire que ce qu'"on" veut les empêcher de lire est sûrement vrai. Beaucoup de ces gens travaillent dans la presse. Et on peut arriver à défendre n'importe quelle ânerie criminelle en la qualifiant de "controversée".
Je sais que l'holocoste est arrivé. J'ai grandi au milieu de gens qui avaient eu la chance d'en réchapper. Mais lorsque tous les témoins seront morts, qu'arrivera-t-il si la réalité n'a pas été passée au crible ? La vérité a besoin des défis d'Irving pour se maintenir en vie.
Le professeur Donald Cameron Watt est l'auteur de How War Came; the Immediate origins of the Second World War (Heinemann 1989)[Comment la guerre est arrivée. Les origines immédiates de la seconde guerre mondiale].Il a édité Mein Kampf (Pimlico 1991).
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