LE TEMPS IRREPARABLE
PARIS
12 mars 1997
Cela fait cent ans. Cent ans que ça dure, avec des hauts et des bas, des moments d'activité et des moments de moindre intensité, mais ça dure, ça perdure. Tous les jours. Chaque jour que fait Dieu sur cette Terre. Chaque jour, des morceaux de cette terre sont volés. Chaque jour, depuis cent ans, un morceau, un fragment, un champ, un bord de route, un verger, quelques arpents de rocaille, sont soustraits à leurs légitimes propriétaires, des Arabes, des petits ou grands propriétaires fonciers, des bédouins, des collectivités locales, des grandes familles ou des fondations religieuses qu'on appelle wakf, pour devenir propriété légale d'une institution juive, soit l'Etat israélien directement, soit une de ces dix mille créations du sionisme qui, depuis cent ans, a multiplié les fonds, les fondations qui recueillent l'argent des millions de pauvres juifs dispersés dans le monde et qui, dans la joie, la piété religieuse, la ferveur du respect aux ancêtres, donnent leur obole pour permettre à ces bureaucraties avides de torturer la Terre et se l'approprier.
D'abord, on utilisait l'argent des riches banquiers juifs. Les Rotschild et d'autres pouvaient s'acheter une bonne conscience civique et rituelle en donnant de l'argent pour la colonisation juive en Palestine. Elle permettait de se débarrasser à bon marché de tout un tas de crève-la-faim qui hantaient les ghettos de Pologne et de Russie.
Cinquante ans de ce petit jeu, démultiplié par la cynique Déclaration Balfour, pendant la première guerre mondiale, avaient abouti à créer un domaine foncier juif qui était loin d'être négligeable dans la Palestine d'avant 1948. L'argent trouve partout des serviteurs obligeants. Mais le résultat restait dérisoire par rapport aux ambitions des dirigeants sionistes. Il fallut la guerre de 48 et toutes les manoeuvres pour chasser les habitants arabes. (On voit d'ailleurs quelques historiens révisionnistes hébreux qui commencent à reconnaître, bien timidement, qu'on a chassé du monde en 1948.) Le domaine foncier juif s'est alors vastement étendu. Mais ça ne suffisait pas encore. De nouvelles guerres ont suivi, la plus profitable étant celle de 1967 qui a soumis la quasi totalité de la Palestine à la dictature sioniste.
Alors on a vu se déployer des moyens nouveaux pour voler la terre. On a élaboré un arsenal de lois, de règlements et d'actions policières totalement monstrueux. Il suffirait d'exposer ces règles en vigueur pour montrer que les Nazis étaient des enfants de choeur, à côté de la ruse et de la saloperie juridiques déployées par la "justice" et la police israéliennes. Il n'y a que la construction juridique de l'apartheid qui puisse rivaliser.
Donc, chaque jour, légalement, réglementairement, des terrains qui appartiennent à des familles palestiniennes sont saisis, déclassés, reclassé et deviennent des "terres juives". Le prétendu "processus de paix" n'y a évidemment rien changé. La dépossession continue, comme elle le fait depuis cent ans.
Chaque année, les Palestiniens fêtent ce Jour de la Terre. Chaque années, elle s'est un peu rétrécie.
Mais chaque année montre que la revendication palestinienne est irrésistible. C'est sur elle que s'est brisée l'ambition sioniste. Le processus de domination et de dépossesssion s'est enrayé. Les dirigeants israéliens n'ont plus aucune marge d'initiative. Ils en sont à nous baratiner sur la paix. C'est l'amorce du recul. Ils ont tué Rabin pour nier ce recul. Mais il est là. Le glas d'Israel a commencer à sonner. Peu à peu, les juifs d'Israel reprendront la route de l'exil (New York, Miami, Sarcelles...). Ils commencent à se rendre compte que c'est beaucoup plus sûre que de rester sur une terre volée, le dos tourné vers celui qu'on a dépouillé.
Afficher un texte sur le Web équivaut à mettre un document sur le rayonnage d'une bibliothèque publique. Cela nous coûte un peu d'argent et de travail. Nous pensons que c'est le lecteur volontaire qui en profite et nous le supposons capable de penser par lui-même. Un lecteur qui va chercher un document sur le Web le fait toujours à ses risques et périls. Quant à l'auteur, il n'y a pas lieu de supposer qu'il partage la responsabilité des autres textes consultables sur ce site. En raison des lois qui instituent une censure spécifique dans certains pays (Allemagne, France, Israël, Suisse, Canada, et d'autres), nous ne demandons pas l'agrément des auteurs qui y vivent car ils ne sont pas libres de consentir.
Nous nous plaçons sous
la protection de l'article 19 de la Déclaration des Droits
de l'homme, qui stipule:
ARTICLE 19
<Tout individu a droit à la liberté d'opinion
et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être
inquiété pour ses opinions et celui de chercher,
de recevoir et de répandre, sans considération de
frontière, les informations et les idées par quelque
moyen d'expression que ce soit>
Déclaration internationale des droits de l'homme,
adoptée par l'Assemblée générale de
l'ONU à Paris, le 10 décembre 1948.