L'un des plus formidables imbécillités de notre temps sera sans doute de confondre deux instances de la vie politique que les humanistes de l'ancien régime et les penseurs du siècle des Lumières avaient clairement distinguées: le pouvoir judiciaire et le pouvoir politique. C'est une régression intellectuelle de première importance. On traite aujourd'hui de certains problèmes du passé récent comme s'ils relevaient des tribunaux et non du jugement politique qui peut et qui doit être celui de l'ensemble des citoyens, si citoyens il y a. Il semblerait que ce soit l'absence d'un sens moral public qui entraîne son remplacement par le recours à des sentences judiciaires, étroitement déterminées par l'effrayant opportunisme des gens de robe.
Pour ne prendre qu'un seul exemple, on publie un livre intitulé Le Livre noir du communisme, sans d'ailleurs prendre garde que le plus récent des "livres noirs" publiés à Paris, avait comme auteur non-avoué mais tout à fait avéré M. Pol Pot en personne. Voici une entreprise qui s'abandonne entièrement au délicieux anachronisme mondain qui consiste à juger des méthodes et des pratiques des pouvoirs en place dans les Etats dits communistes, principalement jusqu'aux années 1970, au nom de principes de droits que l'Occident foulait aux pieds pendant toute cette période qui vit fleurir les guerres coloniales, les dictatures imposées au Tiers-Monde par Paris et Washington, l'entretien des guerres civiles, les massacres en tous genres, toujours pratiqués au nom des "droits de l'homme" et du capitalisme, comme ceux que couvraient Moscou et Pékin l'étaient au nom de la "démocratie populaire" et du "progrès de l'humanité".
Ce livre a été conçu comme une manière d'acte d'accusation. Bien que rédigé par des personnes pourvues de diplômes d'historiens, il évite absolument d'entrer dans une problématique historique où l'on pourrait voir se déployer le vaste jeu des causes et des effets. Ces messieurs, tranquillement rassis dans leurs pantoufles, viennent préjuger -- le terme s'applique exactement -- de situations que leur petite existence de cuistres patentés ne leur permet même pas d'imaginer. Ne parlons même pas de la colossale quantité d'erreurs de faits que contiennent ces 800 pages. Il n'y a qu'en France, sans doute, qu'un éditeur peut se permettre de publier un travail bâclé, qui réclamerait, pour le moins, de sévère révisions (que nous ne proposons pas de faire!).
Cette frénésie judiciaire aboutit au carnaval du procès Papon qui "déçoit" la meute médiatique, aux dires de L. Greilsamer, spécialiste en lynchage des dissidents. "Les contorsions juridiques de la Cour de cassation autour de la notion d'imprescriptibilité du crime contre l'humanité sont aujourd'hui discutées, critiquées -- écrit-il. Hier encore, ce débat était largement tabou." Il ne l'était pas pour les révisionnistes. Depuis dix ans, ils clament que ces "contorsions" détruisent le droit. Ils ne clamaient donc pas dans le désert. Ils sont entendus, et de plus en plus. Et même par les lecteurs du Monde, manifestement.
A chaque fois que l'on voudra mettre sur le même plan le voleur de poule ou l'assassin des vieilles dames et le responsable politique, on s'exposera aux conséquences de cette très regrettable confusion des rôles, des registres et des responsabilités. Mitterrand, avant et pendant l'exercice du pouvoir, s'est couvert de crimes, tout le monde le sait. On le savait fort bien du temps où il régnait. Mais, là, les procureurs amateurs, les juges improvisés, les bourreaux volontaires étaient moins fiérots. Ils ne la ramenaient pas, sauf Edern-Hallier qui s'est tu après avoir été menacé de mort. Encore tiède, la momie de Jarnac leur fout la trouille.
Michel Debré vient-il à mourir, tout le monde s'esbaudit sur cette belle carrière de serviteur de l'Etat, un Etat qu'il a pourtant trahi en complotant et qu'il a souillé en faisant massacrer à tour de bras en Algérie. Il faudrait cent Papon pour faire un Debré (Michel). Et bien les juges sont aux abonnés absents. Personne ne prosécute. Avec Chirac encore à l'Elysée, le plaideur en justice politique se fait rare. Cela est bien étrange et bien curieux. Il est plus facile de s'attaquer aux vaincus de la guerre. Ceux-là ne risquent guère de se rebiffer.
Cette idée imbécile de faire des procès à des dirigeants politiques pour leur politique n'est pas tombée du ciel. Elle vient de Nuremberg. Nuremberg est le paradigme de la justice politique. On sait bien que pour faire un Nuremberg, il faut commencer par détruire, si possible militairement, les pouvoirs en place que l'on veut juger. C'est bien ce qui gêne dans le cas de Pol Pot. On voudrait bien lui faire un procès, mais il n'a pas été écrasé militairement. Au contraire, les Nations-Unies lui avaient donné l'occasion de se ranger parmi les signataires du traité de Paris (1991) qui devait régler l'affaire cambodgienne et donc assurer à Pol Pot sa longévité politique. Les Allemands qui avaient eu des velléités de juger les dirigeants de la RDA ont assez vite abandonné. On ne peut juger que des gens totalement vaincus, désarmés, isolés et sans ressources. C'est pourquoi le procès de communisme est impossible. La justice politique est avant tout affaire de lâcheté, il faut bien le reconnaître.
Mais Nuremberg n'est pas tombé du ciel. A vrai dire, les Américains qui y ont joué le rôle déterminant que l'on sait n'étaient pas très chauds. En effet, l'idée est venue de Staline. C'est lui qui a insisté au point d'emporter la décision. Et Staline en connaissait un fameux rayon dans ce domaine. Il était loin d'être un pénaliste vétilleux mais les procès de Moscou lui avaient ouvert des horizons nouveaux. Il n'est donc pas sans intérêt de remonter la filière par laquelle s'explique ce prurit des procès politiques fait à des régimes défunts, quand il s'agit de nos ennemis officiels: nous reproduisons le modèle des procès de Moscou. Quand il s'agit de nous, c'est l'amnistie. On ne peut pas poursuivre Papon pour son action pendant la guerre d'Algérie. Là, les coupables ne sont ni vaincus ni désarmés, ni isolés, ils sont au pouvoir à Paris.
Pour rédiger les actes d'accusation, il faut des Vichinsky, des échines souples comme des gants. Pour le procès du communisme on a trouvé une fameuse brochettes de nullités universitaires, des historiens de troisième ordre: un Courtois, formé par la spécialistes des retournements de veste, le dragon femelle Annie Besse, relookée Kriegel, un Nicolas Werth, plagiaire connu et répertorié de longue main, Rémi Kauffer, porte-plume des services de police, un Margolin, spécialiste de Singapour, soudainement promu spécialiste de la Chine et du Cambodge, pays qu'il ne connaît pas mais sur lesquels il a lu une dizaine de livres, un Rigoulot, ancien propagandiste de mythes de la CIA sur la "pluie jaune": c'est vraiment n'importe quoi. Des enfilades d'anecdotes, des chiffres fantaisistes, une absence complète de ce que d'autres, en d'autres temps, appelaient l'histoire... Ceux qui ont toujours lutté contre le stalinisme n'ont évidemment que faire de cette très grosse crotte déposée sur leurs paillassons. Une lutte politique se mène par des moyens politiques et non par des simulacres juridico-littéraires. Ce livre est à l'histoire du mouvement communiste ce que les poupées Barbie sont aux vraies femmes.
Cette inflation judiciaire, où les "mémoires" refabriquées servent à cacher grossièrement des buts politiques, entraîne des réactions de toutes sortes. Jean-Marie Le Pen vient de répéter, comme en 1987, que les chambres à gaz nazies sont un détail de l'histoire de la seconde guerre mondiale. Cette fois-ci, il n'a pas été piégé par des journalistes, mais il a fait cette déclaration fermement, à Munich, lors du lancement d'un livre à lui consacré en Allemagne, et dont la radio française affirme qu'il ne se vendra pas parce que l'éditeur est un "imprimeur de calendriers".
A l'époque de la première affaire, le professeur Faurissson avait déclaré que, pour les révisionnistes, les prétendues chambres à gaz n'étaient pas même un détail puisqu'elles étaient un mythe. En revanche, avait-il ajouté, ce mythe-là étaient beaucoup plus qu'un détail puisque l'histoire officielle, sous la pression des organisations juives, en avaient progressivement fait la pierre angulaire de tout un édifice de mensonges. Qu'on vienne, disait-il, à retirer cette pierre angulaire et tout l'édifice s'effondrera. Ce sont les mythiques chambres à gaz, estimait-il, qui ont servi à justifier la création en Palestine d'un Etat juif théocratique et colonialiste; elles ont également permis le chantage, le racket et l'extorsion de milliards au titre des réparations dues aux juifs, les procès à grand spectacle comme celui de Klaus Barbie et l'impossibilité de condamner vraiment les crimes des Etats "communistes", quelle qu'ait pu en être l'étendue, puisque ces Etats avaient négligé d'inventer la chambre à gaz industrielle.
Ce commentaire du professeur pourrait s'appliquer aujourd'hui; il suffirait de remplacer le nom de Barbie par celui de Papon.
Le 18 mars 1991, à Versailles, le sieur Pierre Estoup a condamné J.-M. Le Pen à 900.000 F qui sont devenus 1.200.000 F, pour "consentement à l'horrible", une innovation judiciaire et une absurdité, car si M. Le Pen consentait à l'horrible, ce ne pourrait être que pour lui-même, ce qui n'apparaît pas comme condamnable. Qui ne dit mot consent: il ne semble pas que Le Pen soit de l'espèce consentante. La LICRA et le MRAP, toujours intéressés par les sous, avaient porté plainte et annoncent qu'elle vont le faire à nouveau. Rappelons que s'il y a délit, il vient d'être commis à l'étranger. On espère seulement que c'est dans une bonne brasserie de Munich.
Le règne des judicastres finira-t-il un jour ? Faudra-t-il rouvrir les mines de sel ? Suivre Brassens, qui livrait les juges au gorille ? Brecht ? Changer d'intellectuels ? Toutes ces âneries finiront-elles par nous faire périr d'ennui ?
Jean-Marie Le Pen est le responsable du Front national, mouvement populiste qui compte plus de trente députés à l'Assemblée nationale; il est candidat à la présidence de la République. Le 13 septembre 1987, à l'émission télévisée Grand Jury RTL-Le Monde, il était soudainement interrogé sur "les thèses de MM. Faurisson et Roques". Au cours de sa réponse, il était amené à dire:
Il faut écouter avec soin tout l'enregistrement de cette interview, plutôt confuse, pour bien saisir la situation où se trouvait J.-M. Le Pen et le sens de sa pensée. Les transcriptions parues dans la presse sont fautives. J'ai personnellement écouté mot à mot les paroles de J.-M. Le Pen et celles des journalistes qui l'interrompaient à plusieurs reprises. Pour moi, il est clair que l'interviewé a, dès la première question, perdu son sang-froid; il a pris conscience de la gravité du sujet abordé et un gouffre s'est ouvert sous ses pieds. Il a repris ses esprits à mesure qu'il parlait mais les interruptions des journalistes lui ont fait perdre le fil de sa pensée. Il avait employé l'expression de "point de détail". L'expression était fâcheuse et elle rendait mal compte de ce qu'il cherchait à dire. Car, ce qu'il cherchait à dire, c'est ce que beaucoup d'exterminationnistes finissaient par me déclarer dans les discussions qu'il m'arrivait d'avoir avec eux: "Que les chambres à gaz aient existé ou non, c'est un détail". Vingt fois, j'avais entendu des tenants de la thèse de l'extermination utiliser cet argument quand ils finissaient par se rendre compte, au cours de la discussion, que ces chambres à gaz, après tout, pouvaient bien ne pas avoir existé. J.-M. Le Pen, à son tour, défendait l'opinion que le moyen de faire disparaître les juifs n'était qu'un point de détail par rapport au résultat de cette disparition. Effectivement, si on admet qu'il y a eu, par exemple, un assassinat, l'arme du crime est d'une importance relative par rapport à l'assassinat lui-même. L'ironie a voulu qu'un argument invoqué par les exterminationnistes pour défendre leur thèse de l'extermination des juifs soit imputé à crime à J.-M. Le Pen, qu'on soupçonnait -- non sans raison, selon moi -- de révisionnisme.
Une autre ironie veut qu'aucun révisionniste ne sera d'accord pour affirmer avec J.-M. Le Pen que les chambres à gaz sont un point de détail de l'histoire de la deuxième guerre mondiale. En effet, sans cette arme spécifique, le crime spécifique du génocide est matériellement inconcevable. Sans un système de destruction, il n'y a pas de destruction systématique. Sans chambre à gaz, il n'y a plus d'Holocauste juif. Les chambres à gaz ne sont donc pas un point de détail.
Une dernière ironie veut que Claude Malhuret, secrétaire d'État chargé de la défense des Droits de l'homme, ait déclaré en réponse à J.-M. Le Pen que "les chambres à gaz sont une des clés de l'histoire du xxe siècle" (Libération, 15 septembre 1987, p.6). Tout révisionniste sera d'accord avec cette formule, à ceci près qu'il s'agit d'une clé de faussaire. Les chambres à gaz sont un mythe essentiel, un mensonge essentiel. Les chambres à gaz sont moins qu'un point de détail, puisqu'elles n'ont pas même existé, mais le mythe des chambres à gaz est bien "une des clés de l'histoire du xxe siècle".
Cinq jours après sa déclaration, J.-M. Le Pen s'est plus ou moins rétracté. Dans une mise au point destinée à la presse, il a mentionné "les chambres à gaz" comme une arme, parmi d'autres, en laquelle il disait croire. Mais la presse, dans son ardeur à l'accabler, ne voulut pas entendre ces explications.
Dans l'ensemble, pour les révisionnistes, le solde de l'affaire Le Pen est positif: grâce à cet homme politique, tous les Français ont entendu parler de ceux qui doutent de l'existence des chambres à gaz et savent maintenant, plus ou moins confusément, que ces sceptiques s'appellent des "révisionnistes"; aujourd'hui, quand un inconnu cherche, au cours d'une conversation sur la seconde guerre mondiale, à me situer, je peux me contenter de lui dire: "Je suis révisionniste"; avant l'affaire Le Pen, cette étiquette n'aurait été comprise que d'un nombre infime de Français.
Les exterminationnistes ne peuvent plus soutenir l'argument que, de plus en plus, ces derniers temps, ils avaient tendance à utiliser pour se tirer d'embarras; ils ne peuvent plus dire: "Les chambres à gaz sont un point de détail"; les chambres à gaz vont devenir leur tunique de Nessus; il leur faudra, jusqu'au bout, soutenir une thèse insoutenable (l'existence des chambres à gaz) comme on cherche à soutenir le pilier central de tout un édifice (ici: un édifice de mensonges).
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Ce texte de R.Faurisson est extrait de "Mon expérience du révisionnisme", étude d'abord publiée en anglais à l'occasion de la 8e Conférence internationale révisionniste, 9-11 septembre 1987, tenue sous les auspices de l'lnstitute for Historical Review à Los Angeles : " My Life as a Revisionist : September 1983 to September 1987 ", The Journal of Historical Review, Spring 1989, p. 5-63. Le texte en français est paru dans le dernier numéro des Annales d'histoire révisionniste, No 8, printemps 1990. L'extrait figure aux pages 54-56. Le passage ici cité sur l'affaire Le Pen, présent dans la traduction américaine parue en 1989, a été interpolé après la conférence de Los Angeles qui s'est terminée deux jours avant l'émission où Le Pen s'est fait piéger.
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Sources: Laurent Greilsamer, <Les "déçus" du procès Papon>, Le Monde, 5 décembre 1997, première page.
Serge Thion, "Pour crimes non prescrits, ou les délices de la rétroactivité", 1er décembre 1992, in Une allumette sur la banquise,1993.
Stéphane Courtois et al., Le Livre noir du communisme, crime, terreur, répression, Robert Laffont, 1997.
[Pol Pot], Livre noir, faits et preuves des actes d'agression et d'annexion du Viêt-Nam contre le Kampuchéa, Paris, Editions du Centenaire E-100, 1979. Cet ouvrage reste évidemment inconnu du pauvre hère qui écrit sur le Cambodge dans le livre cité plus haut.
Pierre Rigoulot, Les Temps Modernes,
402, janvier 1980.
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