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LA DESTRUCTION DE RAUL HILBERG

(PAR LUI-MÊME)

********

II

Le contre-interrogatoire d'Hilberg, témoin de l'accusation, par l'avocat de la défense, Douglas Christie
(2)

 


"Je pense que cela veut dire, maintenant que vous me demandez ce que je pense qu'il voulait dire, mais je pense que cela voulait dire qu'il n'y a aucun document signé par Adolf Hitler, bref, que nous n'avons pas d'ordre écrit. Et il disait que si nous voulions poser des questions après la guerre à des gens tels que Himmler, nous ne le pouvions pas parce qu'Himmler s'est suicidé tout juste après sa capture, et parce qu'Heydrich fut assasiné en 1942, et cela veut dire que plusieurs des principaux dirigeants ne pouvaient être interrogés," dit Hilberg. (4-845)
Christie produisit un article intitulé "The Holocaust Perspective" par George DeWan. Sous une photo de Hilberg, la légende se lisait: "Le conférencier Raul Hilberg, un professeur de sciences politiques de l'université du Vermont, médite une question concernant l'Holocauste."
Hilberg déclara, "C'est une question posée de l'audience. J'écoutais."
Chrisie lut un passage de l'article dans lequel Hilberg était cité:

"Si l'on considère les origines, on peut remonter très loin dans l'antiquité pour découvrir les fondations de la destruction des juifs européens." disait Hilberg, "mais ce qui commença en 1941 fut une destruction non planifiée, qui ne fut organisée par aucune organisation. Il n'y eut pas de plan ni de budget pour les mesures de destructions. Elles furent mises en place pas à pas, une étape à la fois. Alors se produisit ce qui n'était pas réellement l'accomplissement d'un plan précis, mais une incroyable convergence d'esprits, un consensus, quasiment de télépathie menée par une bureaucratie sorti de ses fonctions."

"J'ai dit cela", admit Hilberg. "Je n'ai pas dit que l'ordre n'existait pas."
Non, dit Christie, il n'y a en effet rien là qui concerne un ordre.
"Eh bien, vous avez dit précédemment qu'au cours de cette rencontre, j'avais dit, en même temps que d'autres choses, qu'il n'y avait pas d'ordre, et j'ai dit que je ne me souvenais pas d'avoir dit cela. Et, en effet, ce que vous venez de me montrer prouve que je n'ai pas parlé d'un ordre."
Je suis d'accord, vous n'avez pas parlé d'un ordre, dit Christie. En fait, vous avez dit qu'il s'agissait d'une incroyable rencontre des esprits.
"Oui"
Cela implique-t-il l'existence d'un ordre, demanda Christie.
"Cela n'exclut pas l'existence d'un ordre", dit Hilberg. "Si un ordre est donné oralement et transmis, et surtout s'il est donné d'une telle façon que celui qui donne cet ordre se fie à la compréhension de ses subordonnés, alors il devient important pour ces exécutants de comprendre, et d'être capable de lire entre les lignes et de comprendre ce qu'on attend d'eux. Et c'est ce que je voulais dire.
Y a-t-il eu un ordre, oui ou non?, demanda Christie.
"Je crois qu'il y a eu un ordre de Hitler", dit Hilberg. "Le professeur Krausnick le croit. D'autres croient qu'il n'y en a pas eu." (4-846 à 849)
Donc il sagit d'un acte de foi basé sur votre opinion?, demanda Christie.
"Non, il ne sagit pas du tout d'un acte de foi. C'est une conclusion. On peut l'interpréter d'une façon ou d'une autre."
Parce qu'il n'y a rien qui vienne à l'appui de l'une ou l'autre hypothèse?, dit Christie.
"Il peut y avoir des arguments pour , la question ici est qu'est-ce qui est une preuve suffisante", dit Hilberg.
Un ordre fut donné au printemps 1941, c'est ce que vous dites dans votre livre, dit Christie.
"C'est l'opinion d'un homme, la mienne."
Il n'est pas dit qu'il s'agit d'une opinion, dit Christie. C'est présenté comme un fait.
"Ecoutez", dit Hilberg, "combien de fois devrais-je le répéter? C'est au début d'un chapitre. C'est une façon de dire: "voilà ce que je vais aborder maintenant". Maintenant, lisez attentivement la suite. Vous n'avez pas à être d'accord avec ce que je dis après avoir vu les références, après avoir vu les preuves."
La même chose est vraie de Six Million Really Die?, dit Christie. Vous n'avez pas à le croire. Vous n'avez pas à l'accepter sans l'avoir vérifié. (4-850)
"Oh, non, non, ça n'est pas la même chose. Je suis désolé, vraiment désolé" dit Hilberg.
Christie retourna à la page 177 du livre de Hilberg où il avait écrit:

Cette méthode appellée "opérations de tueries mobiles". Peu après que le début de ces opérations sur le territoire soviétique occupé, Hitler lança son deuxième ordre. Cette décision condamnait le reste des juifs européens.

Où est ce deuxième ordre?, demanda Christie.
"Le problème" dit Hilberg, "avec cet ordre est le même qu'avec le premier. Il est verbal Et il y a des gens qui disent, non, il ne sagissait aucunement d'un ordre. Il y eut une série d'ordres, donnés à différentes personnes à différents moments C'est un sujet qui fait l'objet une discussion entre historiens, et pour l'alimenter, nous avons des rencontres et des deuxièmes éditions de livres, aussi." (4-851)
Je vois, dit Christie. Donc vous avez dû corriger cette affirmation dans votre deuxième édition, vrai?
" Non," dit Hilberg, "Je ne dis pas que j'ai dû corriger cette affirmation, mais il y a des corrections dans la deuxième édition, bien sûr."
Christie mentionna qu'il n'y avait, dans le texte, aucun des qualificatifs qu'Hilberg avait utilisés dans son témoignage et qui montraient qu'il s'agissait d'opinion matière à discussion.
"Non, il n'y a aucun qualificatif de cette nature", dit Hilberg. "Je concède que dans cette introduction je donne mes conclusions avant la démonstration."
Je vois, dit Christie. De sorte que si si M. Harwood avait été capable d'écrire un autre livre et de vous donner plus de preuves, il aurait pu compléter ses affirmations initiales avec plus d'informations aussi?
"Cela serait une grosse commande, n'est-ce pas?," répondit Hilberg. (4-852).
Je me demande, monsieur, dit Christie. Pouvez-vous nous montrer où se trouve ce second ordre d'Hitler?
"Ce n'est pas la question."
Si, dit Christie.
"Mais la question centrale telle que je l'ai comprise depuis le début est celle de la réalité de l'holocauste, et non-"
Ce n'est pas une question que j'ai posée, interrompit Christie. La question est de savoir si vous pouvez vérifier, de la façon dont vous avez dit qu'on devait le faire, que-
Hilberg interrompit Christie, "On doit sûrement pouvoir le faire, je suis parfaitement d'accord, mais certaines choses peuvent être montrées jusqu'à un certain point et pas au delà."
Pouvez vous apportert ici une seule preuve de l'existence de ce second ordre de Hitler?, demanda Christie. Et si oui, quelle est-elle?
"Je vous ai dit", répondit Hilberg, bien que j'aie revisé mon jugement, mais si vous voulez regarder, je ne dis pas que tout ce que j'ai dit dans cet ouvrage je le maintiens. J'ai le droit de changer d'opinion sur certains points, non?"
Et M. Harwood avait aussi le droit de changer d'avis?, demanda Christie. (4-853)
"Il a le droit de changer d'avis, mais je parle ici de ce que je considèrais alors comme une directive pivot d'Hitler d'après ce que rapporte Goering dans une lettre à Heydrich, le 31 juillet 1941. C'est cette lettre qui a mis en branle les événements qui aboutirent lors la conférence de
Wannsee."
Je vous ai signalé, déclara Christie, que la lettre de Goering à Heydrich parlait de la réinstallation à l'Est du peuple juif, n'est-ce pas?
"Et bien, le terme "réinstallation" a servi, dans la correspondance allemande durant la seconde guerre mondiale, à désigner la déportation des gens dans les centres d'extermination. En bref, c'était pour distinguer le fait de transporter les meurtriers vers les victimes. Ici les victimes sont transportées vers les meurtriers C'était mon interprétation, et ça l'est encore aujourd'hui." (4-854)
Mais il ne sagissait pas du tout d'un ordre ou d'une lettre d'Hitler, suggéra Christie.
"Non, pas du tout", dit Hilberg.
Christie revint à l'ouvrage d'Hilberg et signala qu'Hilberg avait écrit: "Hitler transmit son second ordre" Est-ce exact?
"C'est exact."
Cela pourrait porter à confusion, n'est-ce pas? demanda Christie.
"Oui, cela pourrait porter à confusion, et pour cette raison, nous écrivons de secondes éditions", dit Hilberg. "Ma croyance à l'époque était que l'ordre écrit par Goering l'avait été sous la directive d'Hitler, puisque Goering était le numéro deux du régime et pouvait parler de n'importe quel sujet, quel qu'il soit. Ce n'est plus ma conception aujourd'hui puisqu'il m'a été donné d'en découvrir un peu plus sur les circonstances entourant la rédaction de cet ordre, qui en fit un premier brouillon, en quelles circonstances, et j'en vins à la conclusion que l'instigateur réel était Heydrich."
Christie ramena la conversation sur le sens de la "réinstallation à l'est"; cela voulait-il dire un ordre d'extermination envers les juifs? était-ce l'interprétation d'Hilberg? (4-855)
"Je pensais à l'époque, et je le pense encore aujourd'hui, que ce mot était synonyme d'envoi vers les camps de la mort", dit Hilberg.
N'y avait-il pas un plan pour déporter les juifs à Madagascar?, demanda Christie.
"Il y avait un plan de ce type et il fut populaire auprès des dirigeants nazis pendant quelque temps en 1940, et, pour autant que je sache, il fut examiné sérieusement au plus haut niveau, jusqu'au 2 février 1941, mais pas plus tard."
N'y avait-il pas un plan aussi pour déporter les juifs hors d'Europe en Lituanie
[sic] ? demanda Christie.
Alors ça, c'est encore une autre affaire", dit Hilberg. "Quand vous parlez de déportations à Riga de juifs venant de Berlin ou d'autres villes d'Allemagne, à la fin de l'automne 1941, après l'opération des Einsatzgruppen, l'idée, pour autant que je puisse la reconstituer, était que l'on devait amener ces juifs jusque-là pour être fusillés dès leur arrivée par les Einstazgruppen stationnés à Riga. Ce n'était pas une colonisation on sait ce qui est arrivé à ces transports de juifs vers Riga." (4-856)
Je vous suggère monsieur, dit Christie, qu'il n'y a aucune preuve, d'aucune sorte, que cette "réinstallation à l'est" mentionnée dans la lettre de Goering ait eu d'autre sens que ce qui était écrit sur papier.
"Non, non" dit Hilberg. "D'une certaine façon, il y a des conclusions auxquelles on peut arriver et il y en a d'autres auxquelles on peut ne pas arriver parce qu'il y a quand même un ensemble de preuves Et le fait est que des ordres furent donnés pour ne plus permettre l'émigration individuelle des juifs. Le fait est que le nombre total des juifs sous contrôle allemand était devenu tellement élevé que l'émigration, autre que celle vers Madagascar qui fut considérée comme une solution viable jusqu'à février 1941 mais pas après, devint une impossibilité manifeste en plein coeur de la guerre." (4-857)
Et le deuxième ordre de Hitler, nous ne croyons pas qu'il n'ait davantage existé?, demanda Christie.
"Non, je n'ai pas dit ça. Bien au contraire. J'ai dit que l'opinion était divisée à savoir s'il y avait eu un ordre ou plusieurs. Je dois vous dire, ce qui peut être un point en votre faveur, qu'il y a une opinion minoritaire qui affirme, deux historiens allemands en fait, qu'il n'était pas besoin qu'un tel ordre d'Hitler existe. Bref, que le processus démarra sans celui-ci, mais c'est une opinion très minoritaire et discutable." (4-858)
Christie demanda à Hilberg s'il connaissait la définition de "exterminationisme" et "révisionnisme". Hilberg indiqua que "Ce vocabulaire est autre chose." Il nia avoir jamais utilisé ces termes et déclara qu'il n'employait pas le mot "exterminationnisme" pour définir les gens qui croyaient en l'Holocauste. "Non. Je ne connais pas la source de vos affirmations, mais c'est très loin de la réalité Je ne traite jamais de cette école de pensée telle qu'elle est définie par le défendant." Ils sont indignes de votre attention?, demanda Christie.
"Pas indignes, non, mais je ne perds pas mon temps en des discussions du type de celles que nous avons ici" dit Hilberg. (4-860)
Christie alla à la page 631 de The Destruction of the European Jews où Hilberg avait écrit:

En novembre 1944, Himmler décida que la question juive était réglée. Le 25 de ce mois il ordonna le démantèlement des installations d'extermination. (déclaration sous serment de Kurt Becher, 8 mars 1946, PS-3762). Comment expliquez vous le fait, dit Christie, que la déclaration de Becher ne soutienne en rien votre affirmation, que ce soit cette date ou la mention d'installatins d'extermination?

"Encore une fois" dit Hilberg, "cette question sort un énoncé de son contexte. Vous savez bien qu'aucun document ne s'explique de lui-même, et chaque citation demande une certaine interprétation, à moins que le texte ne soit cité dans sa totalité."
Christie montra une copie de la déclaration (3762-PS) datée du 8 mars 1946. Hilberg reconnut qu'il avait déjà vu ce document. Christie lut une traduction faite à l'avance:

"Je, soussigné, ancien SS-Standartenfuehrer Kurt Becher, né le 12 septembre 1909, à Hamburg, désire faire la déclaration suivante annulant toutes les autres:

1.Approximativement entre la mi-septembre et la mi-octobre 1944 j'ai persuadé le Reichfuhrer SS Himler de donner l'ordre suivant que j'ai reçu en deux copies originales, une pour le SS-Obergruppenfuehrer Kaltenbrunner et pour Pohl, l'autre pour moi:

"Dorénavant, j'interdis l'extermination des juifs et ordonne que des mesures contraires soit prises pour donner des soins aux faibles et aux malades. Je vous tiens (Kaltenbrunner et Pohl) personellement responsables de cela, même si cet ordre n'était pas strictement respecté de mes propres subordonnés."

J'ai personnellement remis la copie destinée à Pohl à son bureau à Berlin et j'en ai apporté une autre pour Kaltenbrunner à son secrétariat à Berlin.

Je considère qu'après cette date Kaltenbrunner et Pohl devraient donc être tenus responsables personnellement de tout assassinat de juifs perpétré par la suite.

2. A l'occasion de ma visite au camp de concentration de Mathausen, le 27 avril 1945, à neuf heures trente du matin le commandant du camp, le SS-Standartenfuehrer Ziereis m'a informé confidentiellement de cette façon: "Kaltenbrunner m'a déclaré que 1.000 personnes devaient encore mourir chaque jour à Mathausen."

Les fait mentionnés plus haut sont véridiques. Ces affirmations sont fournies par moi de mon propre gré et sans aucune coercition. Je les ai lues et je les signe sous serment.

Signé: Kurt Becher Signé sous serment devant nous à Oberursel, Allemagne, le 8 mars 1946.


Signé: Richard A. Gutman, lieutenant de première classe, AUS.


Est-ce cela qui, selon vos dires, justifie votre affirmation qu'en novembre 1944, Himmler décida que les buts pratiques ayant été atteints, la question juive était réglée et que les installations d'exterminations devaient être démentelées?, demanda Christie.
"Oui", dit Hilberg. "Je n'irai pas jusqu'à dire que le document parle de lui-même parce que c'est un sujet compliqué" Il concéda que le document n'était pas un ordre de Himmler; c'était une allégation de Becher qu'il y avait eu un ordre de Himmler. (4-861 à 864) "Becher a produit ce document, de mémoire, peut-on présumer, par le biais de cette déclaration sous serment. Il se peut qu'il ne sagisse pas exactement des mots employés par Himmler, mais la substance elle, me semble plausible et crédible" dit Hilberg. Donc votre affirmation à la page 631 de votre livre, dit Christie, est fausse en ce qui concerne la date et l'existence d'un ordre; le document dans les faits était une déclaration sous serment qui disait qu'un ordre existait, c'est cela?
"Pas nécessairement" dit Hilberg, "parce que Becher ne se rappelle pas précisément ce qu'il a fait. Il disait que quelque part entre septembre et le milieu d'octobre il avait approché Himmler. Il réussit à convaincre Himmler. Cela ne veut pas dire qu'Himmler a exécuté cet ordre, qu'il l'a donné le jour suivant."
Sauf votre respect, dit Christie, la déclaration sous serment ne dit pas "approcher Himler". Elle dit "persuader" Himmler.
"Persuader, bien. Persuader Himler ceci ne veut pas dire qu'il a obtenu cet ordre le jour même."
Donc vous savez quand l'ordre a précisément été donné?
"Non, je ne dirais pas que je le sais précisément. Je dirais que c'est en novembre, parce que je crois, sachant combien de temps il faut pour que des ordres soient consignés sur papier, distribués et exécutés, que la plus grande probabilité est que cet ordre fut donné en novembre --pas septembre ou octobre, parce que des gazages ont eu lieu à Auschwitz en octobre. Et ici cela voudrait dire que des gazages se produisaient malgré les ordres spécifiques ", dit Hilberg. (4-865)
Vous dites qu'Himmler décida "que la question juive avait été résolue". Mais la déclaration sous serment, dit Christie, semble indiquer que l'auteur prit une décision avant de persuader Himler de signer cet ordre, vrai?
"Oui", dit Hilberg.
Cela éclaire différemment cet événement, ne pensez vous pas?, demanda Christie.
"Pas vraiment, parce qu'il sagissait d'un colonel SS. Il essayait, en rédigeant cette déclaration sous serment, comme il arrivait souvent aux colonels qui étaient des témoins potentiels dans les procès pour crimes de guerre, de se présenter sous le meilleur angle possible. Ici il y a un élément qui pourrait être porté à son crédit, c'est pourquoi il a fait cette déclaration. La question est, est-il le seul à avoir fait cette suggestion? Peut-être pas. A-t-il agi exactement dans les circonstances qu'il a décrites? Peut-être pas. Mais que l'ordre ait été donné, je le crois."
Vous avez expliqué que ce type de déclaration sous serment était souvent faux, mais vous avez choisi de croire celui-là, n'est-ce-pas?, demanda Christie.
"Non, non, non. Encore une fois, vous essayez de me prêter des affirmations que je n'ai pas faites", dit Hilberg. (4-866)
C'est exact, dit Christie. J'essai ede vous suggérer qu'il y a une réponse courte, simple à propos de cette réponse tortueuse que vous avez donnée, et c'est qu'un colonel SS ne peut pas forcer quelqu'un du rang de Himmler à ordonner une telle chose, et que cette déclaration sous serment était une exagération faite par Bucher qui cherchait à se défendre, et vous devriez savoir cela en tant qu'expert. Je vous suggère, monsieur, que cette déclaration était hautement sujet à caution en tant que source.
"Mais voyez vous", dit Hilberg, "nous savons quand le dernier gazage a eut lieu. Nous connaissons assez bien la chronologie des événements, voyez vous. Bien sûr, lorsqu'on ne dispose pas, comme je l'ai dit au début, de la documentation adéquate, la correspondance originale, alors on doit recourir aux témoignages. Nous devons alors avoir recours aux affirmations faites par des personnes. Nous devons soupeser ces affirmations. Dans ce cas, l'historien n'est pas différent du membre d'un jury, ni d'un juge. Nous devons soupeser. Maintenant j'ai soupesé, du mieux que je le pouvais, et je le ferais, encore aujourd'hui, comme dans ce livre publié en 1961."
Dans ce livre de 1961, dit Christie, vous ne disiez pas que l'on ne possédait pas d'ordre de Himmler. Vous disiez que l'on a un déclaration sous serment d'un colonel de la SS qui affirmait avoir tenté de convaincre Himmler. C'est ce que vous avez dit? (4-867)
"En fait, j'ai donné une référence qui se lit comme suit: "Affidavit de Kurt Becher" Dans cet affidavit se trouve rapporté le texte de l'ordre de Himmler", dit Hilberg.
Christie suggéra de nouveau que le contenu de cet affidavit était douteux.
"Je ne suis pas d'accord avec vous", dit Hilberg. "Il semble que je doive le répéter cinquante fois."
Christie produisit alors un interview qu'Hilberg avait donné au Nouvel Observateur, dans le numéro du 9 juillet 1982. Hilberg se rappelait l'entretien et l'article. Il nia avoir parlé français au cours de l'entrevue. "Non, non. En réalité j'ai parlé en anglais. C'est une traduction de mes remarques." (4-868)
Hilberg confirma qu'au cours de cet entretien, il avait déclaré ceci:

Je dirais que, dans un certain sens, Faurisson et les autres, même si cela n'était pas leur désir dans les faits, nous ont rendu un grand service. Ils sont venus avec des questions qui ont eu l'effet d'engager les historiens à faire de nouvelles recherches. Les historiens sont obligés d'apporter avantage d'informations, de réétudier les documents pour de tenter de comprendre de façon plus approfondie ce qui s'est passé.

Hilberg admit qu'il faisait référence au professeur Robert Faurisson en France. "Je ne connais cet homme que par le biais de certaines de ses publications. Je ne le connais pas personellement. Il m'a un jour écrit une lettre très courtoise. Nous ne nous sommes pas rencontrés."
Christie fit remarquer à Hilberg que l'article montrait qu'à cause des questions posées par des gens comme Faurisson, Hilberg avait dû faire des recherches supplémentaires. (4-869)
"Non, non", dit Hilberg. "Je pense que vous exagérez un peu dans votre affirmation."
Je pensais pourtant qu'il sagissait d'une citation très claire, dit Christie.
"Oui, mais ici encore, n'oubliez pas le contexte. La question émanait d'un journaliste français qui désirait avoir mon opinion concernant les gens qui niaient l'Holocauste, et, incidemment, plusieurs d'entre eux ont utilisé un langage insultant à mon égard. Maintenant, étant donné ce langage insultant on pourrait être porté à croire que je suis furieux, mais ça n'est pas le cas. C'est vraiment le contraire."
Alors, dit Christie, vous n'accusez pas le docteur Faurisson de -
"Je ne l'accuse pas, mais la question était plus large. Elle concernait tous les gens qui affirment que l'Holocauste n'a jamais existé, et
Butz, ou des gens comme lui, et bien sûr, des gens comme Rassinier et Butz utilisent un langage insultant à mon égard. Eh bien j'ai dit que, malgré tout, je considère ce que dit n'importe qui sur n'importe quoi comme une occasion à repenser un événement. Ce n'est pas parce que je crois que quelque chose est survenu que je l'ai expliqué entièrement de façon adéquate. Je suis professeur depuis trente ans, et j'ai appris que l'on devait tout expliquer, que rien n'était évident, que l'on avait beau considérer certaines choses comme a priori claires et compréhensibles, ce n'était pas vrai. Donc à ce sujet j'ai dit" Eh bien, je veux bien regarder ce que n'importe qui dit, et quelle que soit ses motifs, et si cela peut mener à redire quelque chose autrement, à donner encore plus de détails, à faire des recherches supplémentaires, c'est bien." (4-870)
Donc cela vous a forcé à effectuer des recherches supplémentaires, comme vous le disiez?, demanda Christie.
"Et bien, il ne faut pas exagérer", dit Hilberg, "Je fais des recherches. Je fais toujours des recherches, bien sûr."
Ce sont là vos propres termes, dit Christie.
"Absolument. S'il y a quelque chose qui requiert plus de documentations et de détails, je vais, nécessairement, aller droit au but et les trouver ."
Je vous ai fait remarquer, dit Christie, que dans vos recherches sur Auschwitz, Treblinka, Sobibor, Chelmno, Stutthof, vous n'avez fait aucune recherche de première main, des recherches sur place avant d'avoir écrit votre livre.
"Ce que j'ai fait dans le cas de Sobibor, Belzec, Chelmno et Treblinka c'est de lire les documents des procès en Allemagne de l'Ouest. J'ai témoigné à maintes reprises que ce que j'ai appris de ces camps, je l'ai fait par le biais de documents et de témoignages. Je ne suis pas le genre de personne qui va se concentrer sur un lieu particulier et être capable de la décrire comme certains policiers professionels vont le faire. Je ne suis pas ce genre de personne, et mes méthodes de recherche sont différentes. En bref, j'ai, dans les années 60 et 70, examiné des documents, des témoignages à propos de ces camps. Il n'était pas nécessaire pour moi de m'y rendre parce que cela ne m'aurait pas aidé substantiellement."
Cela aurait pu, dans les faits, contredire votre théorie, monsieur, dit Christie.
Christie revint à la page 631 du livre de Hilberg:

En novembre, Himmler décida que la question juive était réglée. Le 25 de ce mois il ordonna le démentellement des installations d'extermination. (déclaration sous serment de Kurt Becher, 8 mars 1946, PS-3762).

Comment êtes-vous arrivé à cette conclusion, demanda Christie, que le 25 novembre, Himmler demanda le démentellement des installations d'extermination?
"C'est peut-être que, disons que j'aurais dû inclure une ou deux autres sources", dit Hilberg. "Il est parfois difficile de les présenter toutes lorsqu'il sagit de témoignages Il y avait plusieurs autres sources, et l'une d'entre elles concernait un homme qui parla à Becher et obtenut cette information." Hilberg admit que cette autre source était quelqu'un qui n'avait pas parlé à Himmler mais à Becher et que cette autre source n'était pas mentionnée dans son livre. (4-873)
Christie ramena le sujet du premier ordre de Hitler pour abattre les commissaires judéo-bolchéviques. Concédez vous qu'à cette époque, il y avait une croyance en Allemagne que le bolchévisme était d'origine juive et que les commissaires étaient juifs?
"Non. Je n'affirmerais pas cela", dit Hilberg. "Je suis famillier avec les théories de l'époque. Je sais aussi comment ces théories furent reçues par la population, incluant même les SS. Je ne pense pas que ceux-ci étaient des abrutis."
Je suggère, dit Christie, qu'une théorie en vogue chez les nazis était que les commissaires bolchéviques étaient des juifs.
"C'était de la propagande."
Mais ils affirmaient que c'était leur croyance, à l'époque?, dit Christie.
"Oui, en effet."
Ils affirmaient que Trotski était juif et Zinoviev était juif et Karl Liebknecht était juif?
"Il y a toutes sortes de personnes qui recoivent l'étiquette de juifs, qu'ils le soient ou non." Hilberg dut, cependant, admettre que Trotski et Zinoviev étaient tous deux juifs et qu'ils étaient aussi des figures importantes dans le mouvement communiste. (4-874)
Donc ils y croyaient et supposaient que les commissaires étaient juifs, vrai?, demanda Christie.
"Je n'irais pas aussi loin que vous en affirmant cela. Même Hitler ne le pensait pas. Je ne pense même pas que Hitler peut avoir pensé cela."
Oh, il est donc difficile pour nous de lire dans les pensées d'Hitler, n'est-ce pas?, demanda Christie.
"Oui, en effet, c'est difficile."
[sans transition] Hilberg admit avoir affirmé la veille, à la barre qu'il y avait environ 40.000 déclarations sous serment et documents concernant les procès de Nuremberg. Hilberg confirma qu'il avait témoigné aux audiences préliminaires du procès Zundel et que le professeur John H E. Fried de New York avait été convoqué pour y témoigner aussi, en tant qu'expert sur les procédures de Nuremberg. (4-876)
Christie lut un passage du témoignage de Fried aux audiences préliminaires, le 20 juin 1984, et demanda à Hilberg de dire si ce qu'il avait dit était vrai ou faux:

M.Griffiths: Avez-vous des commentaires à faire sur la proposition qui concerne des déclarations sous serment frauduleuses. Pouvez vous nous dire comment ces déclarations ont été obtenues?

-Toutes?

-Oui.

-Je pense qu'il y en avait plus de 100.000, rien que pour la défense.

-Pour la défense?

-Oui, pour la défense. Il y en a eu nettement moins de la part de l'accusation et ces déclarations, lorsqu'elles apparaissaient importantes pour les délibérations, n'étaient jamais employées sans être doublées d'un témoignage en personne devant la cour.

"Je pense", dit Hilberg, "que c'est un homme qui évoque le souvenir d'événements, et je ne vois rien de particulièrement erroné dans cela."
Hilberg admit que Fried était à Nuremberg alors que lui n'y était pas.
Vous avez dit 40.000, dit Christie. Il a dit 100.000. Griffiths objecta en disant que Fried parlait de 100.000 déclarations sous serment pour la défense, alors qu'Hilberg parlait de 4.500 documents pour l'accusation.
"Oui", dit Hilberg, "Et beaucoup plus pour la défense. C'est ce que j'ai dit les nombres pouvaient être additionés, et c'est ce que j'ai fait il y a plusieurs années." (4-877)
Christie aborda alors la question de Paul
Rassinier. Hilberg confirma que dans l'édition française de son livre, Paul Rassinier avait qualifié les statistiques d'Hilberg de nébuleuses et attribué le chiffre de 896.892 juifs morts à Hilberg. C'était le chiffre qu'Harwood, en citant le livre de Rassinier, avait, de façon erronée, attribué directement à Hilberg. (4-879)
Christie suggéra qu'Harwood avait rapporté de façon adéquate ce que Rassinier avait dit dans son livre, même si ce dernier était dans l'erreur.
Hilberg en convint: "J'ajouterais que si vous, vous utilisez l'édition française, moi je dirais que l'édition allemande est différente. Ce chiffre ne m'est pas attribué dans l'édition allemande Il semble l'être dans celle-ci. On peut l'admettre." (4-880,881)
Mais apparemment
Rassinier a modifié cette édition plus tard afin de dire qu'il ne faisait qu'analyser vos statistiques, n'est-ce pas?, demanda Christie.
"Il semble que ce soit le cas."
Christie suggéra que tout ce que
Rassinier avait fait était de soustraire les survivants en 1945 du nombre de juifs qui vivaient en Europe en 1931 (selon Hilberg) et de soustraire de surcroît de ce résultat un total préalablement calculé et que Rassinier appelait les "émigrés retrouvés".
Hilberg confirma que c'était ce que
Rassinier avait fait. A son avis, "erreur" était un mot faible pour qualifier les calculs de Rassinier. Hilberg considérait qu'il sagissait là d'une distorsion délibérée. "Le mot "erreur" peut évoquer une mauvaise interprétation d'un document," dit-il, "et ceci va beaucoup plus loin qu'une erreur d'interprétation. C'est plutôt une invention de chiffres." (4-882, 883)
Christie suggéra que pendant la guerre et peu après celle-ci il y eut des émigrés juifs d'Europe qui entrèrent aux Etats-Unis et ne furent pas comptés comme juifs. Hilberg admettait-il qu'il n'y avait pas de renseignements sur la religion des émigrés qui entraient aux Etats-Unis à cette époque-là?
"La commission a dénombré les juifs", dit Hilberg, "particulièrement les réfugiés et les personnes déplacées, et très, très peu de gens entrèrent aux Etats-Unis avant cela à cause des quotas mis en place par le gouvernement." (4-883)
Christie alla à la page 670 de La Destruction des juifs d'Europe où, dans le tableau 89: "Les Pertes de la Population Juive, 1939-1945", Hilberg déclarait que la population juive en Pologne était de 3.350.000 en 1939 et de 50.000 en 1945. Dans le tableau 96: "Changements dans la population juive d'Europe de L'Est", à la page 737, Hilberg mentionnait que la Pologne comptait 225.000 "survivants et rapatriés" durant les années 1945-46. D'où ces 175.000 survivants juifs polonais venaient-ils?, demanda Christie.

"D'Union Soviétique. Ces gens ont été rapatriés. Ils font partie de ces 200.000 personnes qui se sont enfuis en Union Soviétique. C'est la raison pour laquelle nous avons des gens qui sont retournés là ainsi que des survivants. Ce ne sont pas tous des survivants, et les années ici sont 1945-46, plutôt que 1945. Donc il s'agit là de deux décomptes différents, deux groupes différents de gens En d'autres mots, si vous soustrayez ce 50.000 des 225.000 vous avez le nombre approximatif de gens qui sont revenus d'URSS et qui ne sont pas techniquement des survivants, mais des gens qui se sont enfuis." (4-885)
Et vous vous fiez aux statistiques données par l'Union Soviétique pour dire combien de gens sont demeurés en URSS?, dit Christie.

"Il faut bien se fier à quelque chose dans la vie", dit Hilberg, "et dans ce cas particulier je ne me suis pas basé uniquement sur les statistiques de l'Union Soviétique, mais aussi sur celles de la Pologne d'après guerre, et les Polonais ont dénombré le nombre de survivants et de gens qui sont revenus. Nous avons cette donnée. Virtuellement la totalité de ces juifs dans la Pologne d'après guerre a par la suite émigré, donc nous avons un moyen de vérification supplémentaire en sachant où la population juive de Pologne est allée, grosso modo, puisque la majorité s'est établie en Israel. Nous avons donc un chiffre qui donne l'essentiel, soit un moyen de vérifier l'exactitude de ces données Il s'agit d'environ 175.000 personnes qui sont revenues. Ce nombre peut être un peu plus élevé, parceque des changements de frontières se sont produits, et il y avait, à l'est de la Pologne, quelques milliers de juifs de plus sur ce territoire qui fait maintenant partie de l'Union Soviétique." (4-886)
Ce chiffre donc, suggéra Christie, est fondé sur une estimation des autorités polonaises pour le nombre de ceux qui sont rentrés là-bas en 1946.
"Non. Il ne sagit pas d'une simple estimation, parce que le rapatriement a pris place après un accord entre l'URSS et la Pologne, et ces gens sont rentrés en train, des trains qui avaient un nombre défini de passagers, des trains spéciaux; et c'est la donnée que nous avons. Il ne sagit pas d'une simple estimation de gens qui ont pu traverser la frontière à un moment donné ou l'autre."
Comment savez-vous que tous les juifs polonais sont retournés en Pologne?, demanda Christie.
"Nous connaissons la population juive en Union Soviétique à cause de recensements subséquents qui y ont eu lieu."
Est-ce que tous les juifs se déclarent comme tels?, demanda Christie.
"Eh bien, c'est une question intéressante qui est souvent débattue", dit Hilberg. "Il y a quelques spéculations à ce sujet, si vous voulez appeler cela ainsi, des spéculations concernant le recensement d'après-guerre. Certains affirment que celui-ci at pu sous-estimer le nombre de juifs parce que ceux-ci auraient des hésitations à se dire tels. Cependant les 2 recensements suivants sont différents parce qu'alors, les gens s'identifiaient comme juifs puisqu'il leur était possible d'émigrer au moins, et en ce qui concerne les demi-juifs cela fait une certaine différence parce que, du mieux que je puisse comprendre la procédure soviétique, un adolescent de 16 ans peut choisir s'il désire être juif à la rubrique nationalité du recensement, ou bien Russe-Ukrainien, par exemple." (4-887)
Hilberg reconnut que cette question n'était "pas simple", que des pays comme la Pologne virent leurs frontières "certainement redéplacées à l'ouest" après la guerre, et que dans ces conditions il était difficile de donner des chiffres adéquats: "J'ai passé de longues heures à faire des recherches sur ce sujet, donc celui-ci n'est certainement pas facile." Pour ses estimations, Hilberg sa utilisé les chiffres du recensement en Pologne pour 1931 et une extrapolation pour 1939, et les données du recensement soviétique de janvier 1939." (4-888)
Christie tourna la page du livre de Hilberg à l'appendice III/ Statistiques des juifs morts, p 767, où Hilberg donnait les chiffres des pertes juives en France et en Italie, soit 70.000. Cependant à la table 89 de la page 670, Hilberg avait donné un chiffre pour ces deux pays de 87.000.
"En premier lieu", dit Hilberg, "mon estimation dans le deuxième tableau pour la France et l'Italie combinés était, je l'admets maintenant, trop basse. C'était une estimation très conservatrice. Le total des pertes pour la France uniquement est dans le voisinage de 75.000 et à cela nous devons ajouter les pertes pour l'Italie qui sont de l'ordre de 7.000." (4-889)
Hilberg connaissait le livre de Serge Klarsfeld où celui-ci donnait la liste de tous les déportés par nom et par date
1.
Etes-vous au courant, dit Christie, que les figures qu'il donne pour le nombre de déportés sont très proches des figures que vous donnez pour les pertes totales?
Hilberg confirma: "C'est vrai. Très peu de gens sont revenus d'Auschwitz ou d'ailleurs."
Christie revint à l'appendice III/Statistiques des juifs morts, page 767, où Hilberg donnait un chiffre de 5.100.000 pour le total des pertes juives. Dans la table 89 de la page 670 cependant, les pertes totales, si elles étaient additionnées, donnaient 5.407.500.
Hilberg protesta en affirmant qu'il n'avait pas "délibérément" omis d'additionner ces chiffres pour inscrire un total. "M.Rassinier a fait le total de ces pertes, moi je ne l'ai pas fait. Maintenant, attendez, excusez moi une minute Ces chiffres ne sont pas comparables. On ne peut pas soustraire l'une de l'autre parce que, comme je l'ai déjà dit, les frontières sont différentes." (4-890)
Christie nota que dans l'appendice III, les pertes données pour la Roumanie étaient de 270.000 alors que dans le tableau 89 elles étaient de 370.000. C'est une différence de 100.000.
"Oui", dit Hilberg. "C'est une différence substantielle dans les frontières de la Roumanie Il y a des données d'après-guerre qui sont utilisées. En d'autres mots, les données d'après-guerre sont utilisées, comme c'est indiqué clairement dans la table à la page 670 Cependant, les frontières d'avant guerre sont utilisées dans les autres tables, donc ces chiffres ne sont pas, encore une fois, comparables."
Devons nous alors considérer que la Roumanie s'est agrandie pendant la guerre? dit Christie.
"Non si on devait ajuster les frontières pour refléter les annexions de l'Union Soviétique, alors le chiffre de 430.000 devrait être augmenté afin de tenir compte des habitants des territoires cédés à l'Union Soviétique, et alors vous verriez que les deux chiffres sont comparables, ou comparables en gros, puisque le chiffre de 800.000 juifs vivant en Roumanie est arrondi." (4-891)
Hilberg continua son témoignage en disant qu'il était indiqué clairement dans le livre que, "Les statistiques pour 1939 se réfèrent aux frontières d'avant-guerre et les frontières d'après-guerre ont été utilisées pour 1945 C'est le signal, pour n'importe qui de compétent, qu'il ne faut pas soustraire les chiffres de gauche, puisqu'ils ne sont pas comparables. Et c'est justement ce que Rassinier a fait."
Christie se concentra sur les pertes juives données pour la Yougoslavie. Dans le tableau 89 le chiffre était de 63.000; dans l'appendice III, il était de 60.000. Hilberg ne se fondait pas sur des changements de frontières pour justifier la différence. "Je dois tenir compte du fait que la Yougoslavie était le théâtre d'une guerre: certains juifs étaient dans l'armée yougoslave, certains furent tués au combat. En temps de guerre les taux de natalité s'effondrent. Des ajustements devaient être faits, et nous parlons de 3.000 A la page 767 nous avons les morts de l'Holocauste. Je n'ai pas utilisé le terme 'Holocauste', mais c'est précisément ce dont il s'agit. Ce que nous avons dans l'autre tableau, ce sont des chiffres non ajustés, avant et après, qui ne tiennent même pas compte des frontières. Donc ce tableau ne devrait pas être utilisée, celle qui se trouve à la page 670 - celle que Rassinier a utilisé pour une raison difficilement justifiable. Il aurait dû utiliser l'autre." (4-893)
Avez-vous dit que vous étiez statisticien?, demanda Christie.
"Absolument pas," dit Hilberg. "Parce qu'un statisticien est quelqu'un qui a au moins un diplôme universitaire de premier cycle et dans le meilleur des cas une maîtrise ou un doctorat en mathématiques des statistiques, ce que je ne suis pas: j'additionne et je soustrais." (4-894)
La différence entre les deux tableaux à propos de ces 2.000 juifs grecs était due "au fait qu'il y a des soldats juifs qui ont été tués au combat, qu'il y a eu des pertes de ce côté; et dans les statistiques des morts juifs je me réfère aux victimes de l'Holocauste." La différence majeure entre les totaux pour la Pologne dans les deux tableaux provenait à la fois des modifications de frontières et du retour des juifs réfugiés en URSS. Selon Hilberg, "comparativement, très peu de juifs" furent tués au combat pendant la guerre. Il considérait un juif mort de faim ou du typhus dans un camp comme une 'victime de l'Holocauste'."(4-895) "Un juif présent dans un camp était là parce qu'il était juif. Donc c'est une victime de l'Holocauste." Donc cela ne veut pas dire, dit Christie, que ces gens ont été gazés. "Non. si je dis qu'ils sont morts dans certains camps, cela veut dire qu'ils sont morts dans ces camps, que ce soit à la suite de gazages ou de privations. Maintenant, lorsque je parle de certains camps, pratiquement 100% des victimes furent gazées mais pour certains autres camps, cela fait une différence."


Christie aborda le sujet des chambres à gaz. Hilberg déclara qu'à son avis, il n'y avait pas eu de chambres à gaz homicides à Bergen-Belsen, Buchenwald et Theresiensdat.
Natzweiler et Mathausen avaient "de très petites chambres à gaz dans lesquelles des gens furent tués de très récentes recherches en Allemagne ont été menées par des académiciens concernant le gazage de prisonniers de guerre soviétiques à Mathausen." (4-896,900)
Dachau: "Peut- être, mais ici je ne serais pas catégorique: vous savez, il y a certains problèmes pour savoir si certaines personnes ont été gazées ou non, et c'est un problème difficile à résoudre. Un petit nombre."(4-897)
Flossenburg: "Probablement pas, à l'exception d'une poignée ou de poignées. Des individus isolés --trop faibles pour travailler, des cas de ce genre." (4-897) Donc, dit Christie, vous pensez qu'il y a eu une chambre à gaz mais qu'elle n'a pas été très utilisée? "Pas nécessairement," dit Hilberg. "Je ne suis pas famillier avec tous les camps et leurs aspects parce que ma spécialisation est le gazage des juifs." (4-897)
Neunengamme: "Je ne pense pas qu'il y avait une chambre à gaz là, mais encore, vous faites référence à quelque chose de particulier, celles qui étaient utilisées pour tuer les gens peut-être." (4-897,4-898)
Oranienburg: "Même chose Je ne suis au courant d'aucun gazage de gens à cet endroit. Je n'en ai jamais entendu parler c'est une question ouverte. Si quelqu'un survient subitement et dit, oui, il y en avait une, je vais écouter; autrement je ne peux pas affirmer qu'il y en avait. En d'autres termes, je ne suis pas sûr qu'il y ait eu des gazages d'individus dans certains camps particuliers." (4-898)
Sachenhausen: "Même chose." (4-898)
Ravensbruck: "Même chose [peut-être]." (4-898)
Stutthof: "Pour Stutthof, il y a quelques témoignages à cet effet, mais je ne leur donnerais pas un poids emportant la certitude A Stutthof il y a eu des assasinats par balles." Hilberg admit qu'il s'agissait d'une possibilité concernant les gazages. (4-899)
Struthhof: "Peut-être." (4-899) Hartheim: "il sagit là d'un élément différent. Il y avait, dans les faits, 6 installations mises au point exclusivement pour le gazage des humains -et Hartheim en est l'une. Il ne s'agit pas d'un camp." (4-900)
Majdanek: "Oui à Majdanek, que les Allemands appelaient Lublin, il y avait trois chambres à gaz, et une ou deux --je ne sais laquelle, de mémoire-- furent équipées afin de pouvoir utiliser en alternance le monoxyde de carbone et l'hydro- cyanide. Les deux furent utilisés." (4-900)
Belzec: "Au départ, selon toute probabilité, trois. Avec l'accroissement des exécutions selon cette méthode en 1942, six Les trois premières étaient encore là en 1942, mais au bout de quelques mois, à cause du grand nombre d'arrivées dans ce camp, des travaux de construction y eurent lieu et six chambres à gaz furent bâties à la place des trois premières." Selon Hilberg, le monoxyde de carbone fut aussi utilisé à Belzec. "Je dois ajouter, cependant, que la cour allemande a laissé ouverte la possibilité, fondée sur certains témoignages, que de l'hydrocyanide a pu être utilisé de façon expérimentale au début." (4-900,901)
Chelmno: "Chelmno était équipé d'un camion à gaz. Du monoxyde de carbone." (4-901)
Sobibor: "Ces deux dernières avaient des chambres à gaz," dit Hilberg, utilisant le monoxide de carbone. (4-901).
Treblinka: "Des chambres à gaz au monoxyde de carbone, oui." (4-901)
Hilberg admit que dans son livre il avait indiqué que les chambres à gaz au monoxyde de carbone utilisaient un vieux moteur diesel d'un tank russe.
Je soumets à votre attention, monsieur, dit Christie, qu'un moteur diesel ne produit pas suffisament de monoxide de carbone, mais produisent surtout du dioxyde de carbone non toxique. Que dites-vous de cela? (4-901)
"Je ne peux pas réellement faire de commentaires là-dessus," dit Hilberg, "parce que lorsque je fis porter mon intérêt sur des questions techniques, bien que je préfère laisser cet aspect à des gens plus qualifiés présents aux procès en Allemagne, le mieux que j'aie pu comprendre, ce qui s'échappait de ces engins était un mélange de monoxyde et de dioxyde de carbone. Les proportions n'étaient pas mentionnées, et lorsque vous mentionnez Hartheim, qui était une installation totalement différente, utilisée pour les handicapés mentaux, il sagissait de `monoxyde de carbone pur'. J'ai appellé ça du monoxyde de carbone. J'utilise encore cette expression pour parler des émanations (du diesel) bien qu'il s'agisse d'une simplification, il sagissait en fait d'un mélange. Pour Hartheim il ne s'agissait pas d'un diesel mais de monoxyde de carbone en flacons, chimiquement pur."
A Auschwitz, Hilberg affirma que les deux premières chambres à gaz étaient des fermettes réaménagées, alors que quatre autres chambres à gaz furent construites par la suite. Il admit que sur les plans du camp, elles étaient identifiées comme des crématoires. Christie suggéra à Hilberg que la source principale à la base de sa croyance était un homme du nom de Kurt
Gerstein.
"Et bien, c'est l'une de mes sources, oui," dit Hilberg. (4-902)
Christie déclara que
Gerstein devait être une source importante pour Hilberg, puisqu'il le donnait comme référence à dix reprises dans son livre.
"C'est vrai. Je n'en doute pas, en effet," dit Hilberg. Hilberg pensait que la confession de
Gerstein, le document 1553-PS, avait été utilisée à Nuremberg mais il ne pouvait pas en jurer. Hilberg avait utilisé une partie de celle-ci dans son livre.
N'est-il pas vrai, demanda Christie, que Kurt
Gerstein s'était pendu à l'époque dans une prison française?
"Eh bien, quelles que soient les circonstances de sa mort, il était mort au moment des procès." (4-903,904)
N'est-il pas vrai, demanda Christie, que Kurt
Gerstein a rédigé une longue confession détaillée en français le 26 avril 1945 qui était, puis-je vous le suggérer, l'un des non-sens les plus incroyables que vous ou moi puissions imaginer?
"Je serais très, très prudent concernant l'utilisation de certaines de ses affirmations, on doit tout de même être prudents avec le document
Gerstein. Certaines parties sont corroborées. D'autres parties sont de véritables non-sens," dit Hilberg. Il déclara avoir pris les passages qu'il considérait comme dignes de foi et avoir laissé tomber ceux qui lui semblaient incroyables: "C'est une qualification correcte du travail que j'ai fait, oui." (4-904)
Lorsque quelqu'un fait une déclaration sous serment, dit Christie, ne pensez vous pas que si certaines des déclarations sont totalement ridicules, cela rejaillit sur l'auteur?
"Cela a sûrement un impact sur lui," dit Hilberg, "et la seule réponse que je peux vous donner est que je ne suis pas un tribunal, et je peux prendre la liberté de --" Christie interrompit Hilberg et lui mentionna qu'avec un minimum de sens commun, si quelqu'un lui disait que vingt-huit à trente-deux personnes pouvaient être entassées dans un mètre carré, et un mètre quatre-vingts de hauteur, que cette personne était un menteur ou un idiot?
"En ce qui concerne cet élément particulier je serais très prudent," dit Hilberg, "parce que
Gerstein, apparemment, était une personne très excitable. Il était capable de dire pas mal de choses qu'il n'a pas seulement dit dans cet affidavit mais son contexte [sic]."
Il n'était pas tout à fait sain d'esprit?, demanda Christie.
"Je ne suis pas psychiatre, mais je serais prudent à propos de ce qu'il a dit," répliqua Hilberg. (4-906)
Christie montra la confession de
Gerstein à Hilberg et lui demanda si certaines affirmations s'y trouvaient. Hilberg admit que dans sa confession, Gerstein affirmait que sept à huit cents personnes étaient entassées ensemble dans un espace de vingt-cinq mètres carrés ou un volume de quarante-cinq mètres cubes; il admit aussi qu'il avait omis de mentionner cette affirmation de Gerstein dans son livre. Donc pensez vous qu'il s'agissait juste d'une erreur, qu'il s'est tout simplement trompé?, demanda Christie.
"Il est difficile de décrire l'homme, parce qu'il était capable, dans son état d'excitation, de mêler la fiction et la réalité. C'est incontestable." (4-906)
Et il parlait de Hitler et Himmler qui avaient assisté à un gazage, vrai?, dit Christie.
Hilberg admit que
Gerstein avait affirmé cela et que c'était 'absolument' et `totalement faux' il attribue à quelqu'un d'autre l'affirmation que Hitler était là. Et Hitler n'y était pas, les recherches des Allemands l'ont montré." (4-907) Et il a déclaré deux fois, dit Christie, que sept à huit cents personnes pouvaient être entassées dans un espace de 45 mètres cubes?
"Il l'a dit trois fois peut-être, si je me rappelle bien, mais je n'ai pas utilisé cette affirmation."
Est-ce que vous admettez, demanda Christie, que sept à huit cents personnes personnes dans vingt-cinq mètres carrés représente entre vingt-huit et trente-deux personnes par mètre carré? Voudriez-vous le calculer?
"Et bien, voyez vous, je n'ai pas l'intention de faire de l'arithmétique," dit Hilberg, "je vous fais confiance." (4-907)
Christie affirma qu'en lisant la déposition de Hilberg aux audiences préliminaires, il avait déjà fait un calcul qui recoupait le sien. Christie donna le témoignage de Hilberg aux audiences préliminaires du procès
Zundel tel qu'il fut transcrit le 21 juin 1984:

Q- Maintenant je soumets à votre attention qu'il est mathématiquement et physiquement impossible de mettre huit cents personnes dans un espace de vingt-cinq mètres carrés. Est-ce que cela vous semble une exagération?

R- Eh bien, j'ai fait un calcul et c'est assez ahurissant combien de gens pourraient être entassés.

Hilberg confirma que cette question lui fut posée et qu'il donna cette réponse aux audiences préliminaires. (4-908) Christie suggéra que lorsqu'un témoin de ce genre donne ce genre d'information, il est difficilement acceptable d'utiliser celui-ci malgré tout comme un témoin plausible à dix reprises dans un livre.
"Disons tout de suite que les camps comme Belzec, Sobibor et Treblinka se trouvaient parmi les camps non documentés auxquels je m'intéressais.
Gerstein était un officier SS responsable de la livraison des gaz toxiques, de l'hydrocyanide, et en tant que tel, il fit son voyage, ce qui est vérifié, il fit son voyage en compagnie de plusieurs autres personnes à Belzec, et aussi à un autre camp. Et il est aussi confirmé qu'il fit des déclarations, lors de son retour dans l'express Varsovie-Berlin, à un diplomate suédois de l'époque, un fait confirmé par le ministère des affaires étrangères de Suède. Pour moi, le fait important est qu'un officier SS avait assisté à la procédure ceci est une histoire corroborée."
Comment cette histoire peut-elle être corroborée, demanda Christie, si aucun diplomate suédois n'a entrepris une action quelconque? Il pensait que l'homme était un fou?
"Je suis certain," dit Hilberg, "que c'est l'impression qu'il a eue, et ici vous devez garder à l'esprit qu'il sagissait de l'année 1942, quelqu'un qui est très excité raconte une histoire incroyable, quelque chose qui n'a jamais été entendu avant, quelque chose d'inimaginable qui n'a aucun précédent -- on a ici un diplomate prudent; il ne va pas donner immédiatement crédit à tout ce qu'il entend." (4-909) Hilberg ne nia pas qu'il citait Kurt
Gerstein dans son livre, à vingt-trois reprises, comme une source fiable. (4-910,911)
Christie demanda à Hilberg quel genre de calcul il avait fait pour vérifier si vingt-huit à trente-deux personnes pouvaient tenir dans un mètre carré.
"Oh, c'est plutôt simple," dit Hilberg, "parce que nous travaillons avec des pieds. Et en connaissant la dimension des locaux, on peut essayer d'estimer combien de gens peuvent être entassés dans un tel endroit, et c'est un nombre étonnamment élevé."
[note: A ce moment du contre-interrogatoire, Christie tenta de placer un mètre carré sur le plancher et demanda à quelques personnes de venir s'y tenir debout. Le juge Hugh Locke interrompit immédiatement Christie et demanda au jury de sortir. Après un pladoyer assez long, où Christie affirmait que la démonstration montrerait au jury que les données du document Gerstein étaient fantaisistes, le juge déclara que la démonstration proposée était un 'genre de spectacle non pertinent' qu'il ne permettrait pas. Lors de cette discussion faite en l'absence du jury, Hilberg parla ainsi du document Gerstein:


"Des mètres carrés conviendraient, parce qu'ils n'étaient pas accroupis. Ce qui peut être surprenant, c'est l'ordre de grandeur, que le nombre de gens qu'on peut pousser dans un tel espace, soit de l'ordre des centaines. Il se peut que ce ne soit pas huit cents, mais trois cents. De surcroît, ce témoin particulier peut ne pas avoir estimé correctement la surface. Nous ne savons pas à quelle superficie de chambres à gaz il se référait réellement, on ne peut donc pas dire que son affirmation soit complètement absurde, mais en aucun cas je ne l'ai acceptée et je ne l'utiliserais pas." (4-911 à 918)]


Après le retour du jury, Christie mentionna à Hilberg que la seule personne qu'il mentionnait comme source plus souvent que
Gerstein dans son livre était Rudolf Hoess.
"Non. Je ne suis absolument pas d'accord," dit Hilberg. L'index permet amplement de savoir qui est cité et combien de fois."
Christie suggéra de nouveau que
Gerstein était un témoin important aux yeux de Hilberg.
"C'est un témoin important de l'existence de ces camps, particulièrement Belzec, en 1942, et des gazages qui prirent place là- bas, les gazages au monoxyde de carbone. Le fait que cet homme, chargé de la désinfection, comme fournisseur de gaz toxiques, était présent là est très significatif. En dehors de cela, j'ai bien sûr compris quel genre de personne c'était, en voyant le contexte des mots qu'il employa, et je ne me suis pas fondé sur les affirmations qui m'ont semblé imaginaires ou exagérées. Je ne les ai pas utilisées," dit Hilberg.



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