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des juifs par les Allemands, Tome 2 : Réalités
de la "Solution finale"
Annexe 8 - Estimation du nombre de morts à Auschwitz
F. Piper (directeur du Musée d'Etat d'Auschwitz) n'extrapole pas le nombre de morts trouvés dans les Sterbebücher mais fait les remarques suivantes :
Grâce à la numérotation de 8.803 actes de décès conservés à Auschwitz, on sait qu'il y eut 83.000 morts en 1942 et 1943. [1]
Dans d'autres documents (livre de morgue, état
journalier des effectifs, registre mortuaire de l'infirmerie des prisonniers
de guerre russes, fichier des prisonniers de guerre russes : tous documents
qui, on le notera, sont des incongruités dans l'univers inhumain décrit
par les historiens), on trouve quelque 61.000 noms de morts.
En tout et après élimination des chevauchements, ces
documents livrent les noms de 100.000 morts, chiffre que Piper ne retient pas,
car, dit-il, ces séries statistiques comportent trop de lacunes.
Finalement, Piper préfère estimer le nombre de rescapés, donc de morts, par déduction :
| déportés transférés d'Auschwitz | 1940 à 1943 | 25.000 |
| déportés transférés d'Auschwitz (non compris 25.000 non immatriculés) |
1944 à 1945 | 163.000 |
| déportés transférés d'Auschwitz | s/total | 188.000 |
| déportés libérés | 1.500 | |
| déportés évadés | 500 | |
| déportés restés à Auschwitz | 8.000 | |
| déportés survivants | total | 198.000 |
Sur 400.000 immatriculés (385.000 civils et 15.000 militaires soviétiques), il y a donc eu, conclut-il, 202.000 morts à Auschwitz même (sans compter 880.000 détenus, presque tous juifs, gazés sans avoir été préalablement immatriculés). On peut toutefois faire remarquer que le chiffre de 188.000 transférés est contestable. Jadis, sur la base des documents trouvés à Auschwitz, on estimait les transferts à 25.000, chiffre ridiculement trop bas. En exploitant les sources documentaires trouvés dans les camps destinataires, L. Krysta est arrivé à 182.000, A. Strzelecki à 188.000 (chiffre retenu par Piper) et S. Iwaszko à 225.000 (ce qui donnerait 165.000 morts). On peut penser que ce chiffre de 225.000 (que Piper ne reprend pas parce qu'il n'a pas encore été vérifié) est encore trop bas : il ne peut d'ailleurs qu'être amélioré avec les recherches. De plus, s'y ajoutent tous ceux qui sont morts dans le cours de leur évacuation et dont la survie après Auschwitz n'a pas été enregistrée dans le camp qu'ils rejoignaient : nous avons déjà dit qu'ils durent être très nombreux. Bref, le chiffre des morts (immatriculés) à Auschwitz même retenu par Piper est nécessairement un maximum maximorum.

Ci-contre la photo de l'acte de décès de Maurice F., juif belge mort de
pleurésie à 28 ans le 3/12/42 à Auschwitz. Il était arrivé de Malines un
mois plus tôt, le 3/11/42.
Cliquez sur la photo pour l'agrandir.
Pressac (1994), lui, extrapole les 67.223 noms (c'est le
chiffre qu'on retenait à l'époque) des Sterbebücher à 126.000 morts
auxquels il ajoute 15.000 prisonniers de guerre soviétiques (ceux-ci ayant le
plus souvent fait l'objet d'enregistrements à part) et 20.000 Divers (Tziganes
et autres dont le décès aurait été enregistré par ailleurs dans des
registres spécifiques, ce qui est erroné puisque les morts tziganes figurent
bien dans les Sterbebücher).
Les Sterbebücher, dit-il, étaient au nombre de 59 (en fait, on sait
aujourd'hui qu'il y en eut 60) ; il y avait 1.500 noms maximum par registre (un
acte de décès par page), sauf dans ceux de fin d'année, qui pouvaient en
compter moins. La période couverte par les 46 registres retrouvés s'étend du
4/8/41 au 31/12/43, mais avec des trous ; ces 46 registres contiennent 67.223
noms (soit, en moyenne, 1.461 par registre). [2]
Pressac estime le nombre total des morts comme suit (dans l'édition allemande
de son dernier livre) :
Tout d'abord, en ce qui concerne les 13 registres manquants, il fait 1.500 x 13 = 19.500, qu'il ajoute aux 67.223 noms trouvés dans les Sterbebücher.
En ce qui concerne la période antérieure au 4/8/41, il retient 2.000 morts de mai 40 à fin 40 et 4.000 de janvier 41 à juillet 41.
En ce qui concerne 1944, il retient « 100 décès/jour pour un effectif moyen en 1944 identique à celui du second semestre 1943 » tout en faisant remarquer que la situation sanitaire s'est grandement améliorée en 1944 (notamment, dit-il, par la mise en service d'une installation d'épouillage à ondes ultracourtes mise au point par Siemens, dont le Dr Klein de Strasbourg, relève Faurisson, avait déjà parlé et dont Pressac a retrouvé la documentation à Moscou). Ceci donne 36.000 morts pour 1944, mais, finalement, Pressac préfère retenir 30.000 morts, chiffre calculé, dit-il, par le Musée d'Auschwitz sur la base de documents en sa possession. (Il serait intéressant de savoir lesquels, Piper affirmant ne posséder aucun acte de décès postérieur au 31/12/43.) [3]
En ce qui concerne 1945, Pressac retient 1.500 morts.
Tout cela donne :
| De mai 1940 à juillet 1941 | 6.000 | |
| Sterbebücher (reconstitués) | 5.988 | en 5 mois 1941 à raison de 1.200/mois |
| 45.618 | en 1942 à raison de 3.700/mois | |
| 36.991 | en 1943 à raison de 3.000/mois | |
| 1944 et 1945 (2 semaines) | 31.500 | à raison de 100/jour |
| Total arrondi des morts | 126.000 |
Ceci ferait 274.000 survivants (à Auschwitz mais souvent morts par la suite) sur les 400.000 immatriculés. Mais Pressac ajoute à ces 126.000 morts 15.000 prisonniers de guerre russes et 20.000 autres ; de la sorte, son bilan est de 161.000 morts mais sur une population de 435.000 immatriculés minimum.
Notre extrapolation sera :
pour la période de mai 40 à fin 43, reprendre l'estimation de Pressac ;
réintégrer 12 mois 44/45 (compte tenu de ce que le camp commença à être massivement évacué à partir d'octobre 44, on peut considérer cette période comme un ensemble de 12 mois pleins maximum) à 350/500 décès par semaine, chiffre donné par ailleurs pour le « courant 44 », soit 18.000/26.000 ; ceci correspond à un taux de mortalité mensuel moyen de 1,52 % / 2,17 %. [4]
Tout ceci donnerait un total de 113.000 à 121.000 morts.
Retenons 120.000 pour tenir compte de tous les décès des prisonniers de
guerre. Par contre, il faudrait logiquement en déduire les milliers de
résistants polonais condamnés à mort et envoyés à Auschwitz pour y subir
leur peine sans être préalablement immatriculés car les actes de leur décès
se trouvent dans les Sterbebücher.
On notera encore que, du côté des révisionnistes, Mattogno
retient provisoirement un chiffre beaucoup plus élevé : entre 150.000 et
180.000 morts (en aucun cas plus de 185.000) car, dit-il, les Sterbebücher
ne reprennent pas tous les décès du camp des femmes. Encore que cela soit
surprenant et inexplicable, Mattogno développe une argumentation dérangeante.
Il se pourrait qu'il ait raison, encore que, d'une part, on a vu que les
historiens officiels ne semblent pas dérangés par ce déséquilibre des sexes
dans les Sterbebücher et que, d'autre part, il existe au moins un début
d'explication à ce déséquilibre. [5] Nous en reparlerons.
Après avoir effectué le calcul du nombre des morts, Piper donne un bilan complet de la déportation à Auschwitz (en milliers) :
| Juifs | Autres | Total | ||
| Déportés | Enregistrés | 205 | 195 | 400 |
| Non-enregistrés | 890 | 15 | 905 | |
| S/total | 1.095 | 210 | 1.305 | |
| Transférés | Enregistrés | (103) | (85) | 188 |
| Non-enregistrés | (25) | (-) | 25 | |
| S/total | (128) | (85) | 213 | |
| Evadés et libérés | Enregistrés | (pm) | (2) | 2 |
| Restés à Auschwitz | Enregistrés | (7) | (1) | 8 |
| Morts à Auschwitz | Enregistrés | 95 | 107 | 202 |
| Non-enregistrés | 865 | 15 | 880 | |
| Total | 960 | 122 | 1.082 | |
Piper n'ayant pas ventilé certains chiffres, nous avons
tenté de le faire : ces chiffres sont entre parenthèses.
Piper ventile les morts non juifs comme suit : environ 75.000 Polonais, 21.000
Tziganes, 15.000 militaires soviétiques, 5.000 autres. En ce qui concerne les
sexes, nous n'avons trouvé qu'une seule ventilation, celle de 402.222 immatriculés
en 269.373 hommes et 132.849 femmes (Musée d'Etat, 1957, cité par Reitlinger).
Piper arrondit le chiffre des morts à Auschwitz à 1.100.000/1.500.000, mais
sans justifier ce dernier arrondi de façon convaincante (ne fût-ce déjà que
s'il y a eu 1.305.000 personnes à passer par Auschwitz, il n'a pas pu y avoir
1.500.000 morts.). En fait, il faut le comprendre : en 1986, du temps où les
amis du camarade Gayssot et de très nombreux autres historiens dirigeaient la
Pologne, Piper publiait encore le chiffre de « plus de 4.000.000 ».
Moins de trois ans plus tard, le communisme ayant été balayé, il peut enfin
refaire ses calculs plus sérieusement et il en trouve quatre fois moins. On
devine sa gêne et on peut comprendre qu'il essaie de tirer ses chiffres vers le
haut. [6]
Pressac, en 1993, dit que « le travail très consciencieux » de Piper nécessite néanmoins quelques corrections :
a) Pour les décès d'immatriculés (notion assez floue chez Pressac), nous venons d'en parler : le chercheur français réduit le chiffre de Piper de 202.000 à 161.000.
b) Pressac réduit également à la baisse le nombre de juifs déportés à Auschwitz et par conséquent celui des juifs gazés à l'arrivée :
En ce qui concerne les juifs polonais et russes, Czech dit qu'il y eut 119 convois à entrer à Auschwitz. Wellers pensait qu'il y avait 5.000 juifs par convoi ; ce chiffre parut tout à fait exagéré à Hilberg qui le réduisit à 2.000, chiffre que Pressac réduit à son tour à 1.000-1.500. De ce fait, le nombre de juifs polonais et russes déportés à Auschwitz (623.000 pour Wellers en 1983) tombe à 150.000 environ (dont les 2/3 gazés). On notera qu'il faudrait encore réduire ces chiffres, car on peut penser que les convois venant des ghettos de Pologne étaient composés d'un certain nombre de juifs de l'Ouest qui y avaient été déportés depuis 1939 et qui, même, dans un certain nombre de cas, avaient déjà pu passer une première fois par Auschwitz, n'y avaient pas été retenus pour le travail et avaient donc été réimplantés provisoirement dans les ghettos du Gouvernement Général ; certes, un certain nombre s'étaient retrouvés en URSS, mais, probablement pas tous et, à l'occasion de la liquidation de leur ghetto, ils ont fort bien pu revenir dans ce centre de tri qu'était Auschwitz. On verra plus loin un cas un peu semblable : celui de certains « Kozeliens » qui figurent deux fois dans le chiffre des déportés internés à Auschwitz : une première fois comme Français et une deuxième fois comme Polonais.
Pressac, enfin, constatant que les moyens de mise à mort d'Auschwitz étaient très insuffisants pour gazer 410.000 juifs hongrois en 2 bons mois (sans parler des autres) comme l'affirmaient les historiens, est bien obligé -dans le but de sauvegarder le dogme- d'admettre qu'un certain nombre des 438.000 juifs hongrois déportés ne passèrent pas par Auschwitz et que certains autres ne firent qu'y transiter et furent aussitôt transbordés, de sorte qu'ils ne peuvent figurer dans la statistique d'Auschwitz. En 1993, Pressac en fixait le nombre à 118.000 (soit un tiers de 438.000 -la partie jugée apte- moins 28.000 qui restèrent à Auschwitz et y furent immatriculés) ; en 1994, ainsi que nous l'avons vu, il considère que 198/278.000 ne passèrent pas par Auschwitz.
Le bilan de la déportation à Auschwitz pour Pressac est donc (à l'arrondi près et en milliers) :
| Juifs | Autres | Total | ||
| Déportés | Enregistrés | 200 | 200 | 400 |
| Non-enregistrés | 470/550 | (35) | (505/585) | |
| Total | 670/750 | (235) | (905/985) | |
| Morts | Enregistrés | (63) | (63) | 126 |
| Non-enregistrés | 470/550 | 35 | 505/585 | |
| Total | (533/613) | (98) | 631/711 | |
Pressac arrondit ce dernier chiffre à 630/710.000 (les
chiffres entre parenthèses sont de nous et non de Pressac).
Pressac, comme on l'a vu et contrairement à ce que fait Piper, exclut des
400.000 immatriculés et des Sterbebücher, les prisonniers de guerre
soviétiques, les Tziganes et quelques autres : il doit avoir en partie tort. [7]
Notre bilan de la déportation à Auschwitz sera plutôt le suivant (en milliers) :
| Juifs | Autres | Total | ||
| Déportés | Enregistrés | 205 | 195 | 400 |
| Non-enregistrés | * 485 | 15 | 500 | |
| Total | 690 | 210 | 900 | |
| Morts | Enregistrés | 40 | 70 | 110 |
| Non-enregistrés | - | 10 | 10 | |
| Total | 40 | 80 | 120 | |
* Sont donc exclus des « déportés à Auschwitz » un certain nombre de juifs hongrois pour la raison qu'ils n'y firent qu'y transiter ; par contre, y figurent un certain nombre de juifs d'autre origine (dont 16.000 Belges) bien qu'eux aussi ne firent qu'y transiter sans même, le plus souvent, entrer dans le camp. Notre statistique manque donc de cohérence, mais, pour le moment, nous n'osons faire mieux.
Nous terminerons cette annexe par quelques considérations
sur le calcul de l'évolution de la mortalité à Auschwitz.
Officiellement, avons-nous vu, les morts repris dans les Sterbebücher
font partie d'un ensemble de 388.000 immatriculés, soit, selon Piper :
| Juifs Polonais Tziganes Autres |
205.000 137.000 21.000 25.000 |
| Total | 388.000 |
Les prisonniers de guerre russes (12.000 immatriculés
auxquels il faudrait, dit Piper, ajouter 3.000 non-immatriculés, peut-être des
commissaires politiques ?), avaient leur propre registre mortuaire (le « Tötenbuch
»), du moins, selon Czech, jusqu'à fin février 42 (8.320 noms). On nous dit
qu'ils moururent pratiquement tous mais on ne nous dit pas dans quel registre
étaient notés leurs décès après cette date. Toutefois, il y a un doute ; en
effet, la mention « überstellt » qui figure parfois en regard du nom
des prisonniers de guerre et qui signifie « transféré » a été
assimilée par les historiens à « décédé » voire « mis à mort
», ce qui
est dogmatique et peut-être erroné.
En plus de ceux que nous avons comptés dans les 388.000, il y eut, dit Piper,
10.000 Polonais (probablement des résistants condamnés à mort) et 2.000
Tziganes à entrer au camp sans être immatriculés : leur décès éventuel a
donc dû être enregistré également dans les Sterbebücher (c'est le
cas pour les résistants, selon Grotum et Parcer).
Il y eut enfin les juifs non immatriculés :
Tout d'abord, ceux qui sont morts dans les trains qui les emmenaient à Auschwitz : les historiens disent qu'ils furent parfois très nombreux (mais n'est-ce pas là une exagération de plus ?) ; quand on connaît la méticulosité des militaires allemands, on ne doute pas que ces décès aient été enregistrés (et où ailleurs que dans les Sterbebücher ?) ; Grotum et Parcer en ont d'ailleurs retrouvé quelques-uns.
Enfin, il y eut, en 1944, les juifs (surtout des Hongroises) qui furent internés au « Durchgangslager » en attendant qu'il soit statué sur leur sort : les historiens disent qu'ils furent au nombre de 50.000 dès juin 1944, cet effectif étant renouvelé à mesure où ils étaient transférés dans d'autres camps et le solde au 1/10/44 (17.210 femmes) étant incorporé dans l'effectif du camp sans immatriculation individuelle. Ces hommes et ces femmes moururent, bien entendu, dans la même proportion que les détenus immatriculés et leur mort a dû être enregistrée dans les Sterbebücher de 1944.
De la sorte, les registres -connus et inconnus- des morts
d'Auschwitz reprennent les décès survenus dans une population très
supérieure à 400.000 détenus.
Cette mise au point faite, disons qu'il est difficile de reconstituer les
éléments du calcul du taux mensuel de mortalité :
Pour les décès, on ne dispose pas de registres pour la période antérieure à août 41 et pour 1944 : pour ces périodes, on a des données très fragmentaires extraites du Kalendarium et qui sont peu exploitables, ne fût-ce qu'en raison du dogmatisme dont Czech est coutumière. On a vu que, pour 1944, Pressac retenait 100 morts par jour mais que nous retenons plutôt 350/500 décès/semaine à un moment où la population d'Auschwitz devait être de 100.000 détenus, voire plus, et ceci, faute de mieux, pour toute l'année 1944. En fait, la population immatriculée fut de 85.000 au 1/1/44, tomba à 67.000 en avril pour remonter à 105.000 en septembre (sans tenir compte des 50.000 non-immatriculés du Durchgangslager, car avec eux, il y eut plus de 150.000 détenus à cette époque) et probablement encore plus en octobre, juste avant l'évacuation massive du camp. A fin 44/début 45, enfin, il y avait 67.000 détenus enregistrés au camp, lequel fut évacué à la mi-janvier (à l'exception de 8.000 détenus qui, le plus souvent pour des raisons de santé, choisirent d'attendre les Russes).
Il y a également beaucoup de difficultés à reconstituer mois par mois les effectifs du camp (ce qui manque le plus -et c'est curieux- ce sont surtout les chiffres des transferts dans d'autres camps).
Ceci signifie que les taux que nous avons calculés sont approximatifs, puisque nous avons dû retenir les seuls Sterbebücher pour fixer le chiffre des décès et puisque ce chiffre des décès reprend des détenus qui ne font pas partie des populations enregistrées. Toutefois, on peut essayer de faire ce calcul de façon crédible pour la période 42 à 44, laquelle englobe la période au cours de laquelle les juifs furent internés à Auschwitz. On constate qu'en 1942, ce taux de mortalité mensuel [8] a été de 7,35% en janvier ; ce chiffre, déjà effrayant, allait monter à 31,23% en septembre 42 au moment où la première grande épidémie de typhus avait atteint son paroxysme. On comprend les raisons de l'horreur qui frappait le professeur Kremer, qui venait tout juste d'arriver à Auschwitz et qui, selon Grotum et Parcer, signa à lui tout seul et en deux mois et demi 10.250 actes de décès : près d'un tiers des détenus présents au 1er septembre 42 sont morts dans le mois et il n'est pas besoin de chambres à gaz pour expliquer l'horreur qu'il a ressentie et qu'il a notée dans son journal (voir tome 1). Le chiffre baissa ensuite très rapidement avec, tout de même, une nouvelle poussée en mars 43 (nouvelle épidémie très vite jugulée) ; à la mi-43, le taux était retombé à 3 ou 4% et à la fin de l'année 43, il était de l'ordre de 2%. [9] Pour 1944, nous avons donc retenu 71 morts par jour pour 100.000 détenus, soit 2,17 % par mois, ce qui correspond à la dent supérieure de la fourchette de ci-dessus.
| (1) | (2) | (3) | (4) |
| 1/1942 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 1/1943 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 1/1944 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 |
7,35 8,12 18,03 15,79 17,04 19,17 20,86 23,59 31,23 16,87 14,19 10,70 9,54 8,20 16,39 4,88 3,80 4,27 2,57 2,07 2,58 2,05 1,69 5,78 2,17 2,17 2,17 2,17 2,17 2,17 2,17 2,17 2,17 2,17 2,17 2,17 |
92,65 91,88 81,97 84,21 82,96 80,87 79,14 76,41 68,77 83,13 85,81 89,30 90,46 91,80 83,61 95,12 96,20 95,73 97,43 97,93 97,42 97,95 98,31 94,22 97,83 97,83 97,83 97,83 97,83 97,83 97,83 97,83 97,83 97,83 97,83 97,83 |
4,12 4,44 4,84 5,90 7,01 8,44 10,44 13,19 17,27 25,11 30,21 35,20 39,42 43,58 47,47 56,77 59,68 62,05 64,82 66,53 67,93 69,73 71,19 72,41 76,85 78,55 80,30 82,08 83,90 85,76 87,67 89,61 91,60 93,63 95,71 97,83 |
(1) : mois d'arrivée à Auschwitz.
(2) : taux de mortalité mensuel. Nous avons étalé la régularisation des Sterbebücher de décembre 43 sur juillet à décembre 43.
(3) : rescapés en % à la fin du mois de l'effectif du convoi au début du mois.
(4) : rescapés en % des convois à fin décembre 44.

Le tableau ci-dessus se lit comme suit : par exemple, d'un convoi
arrivé à Auschwitz au 1er février 43 (1), 8,20% des immatriculés sont morts
dans le mois (2) : il en restait donc 91,80 % (3) ; de ces 91,80 %, 16,39 % sont
morts en mars 43 (2) et ainsi de suite... ; de la sorte, à fin 44, à la sortie
d'Auschwitz, il n'aurait dû y avoir que 43,45 % des déportés de ce convoi
encore en vie (4). Ce dernier
chiffre, nous en sommes bien conscient, est très théorique, car on peut considérer
que les détenus qui avaient résisté aux épidémies lors de leur arrivée, étaient
les plus résistants de leur groupe et donc, que leurs chances de survie étaient
bien supérieures à celles qu'indique notre tableau.
Ci-dessus, un graphique reprenant les chiffres de la colonne (2).
NOTES
| [1] |
Sans doute, le Musée d'Auschwitz n'avait-il pas encore, à l'époque de ce calcul, reçu copie des Sterbebücher emportés par les Russes. Ces 8.803 actes en possession du Musée avant cette restitution seraient donc des copies des actes qui avaient été reliés en un certain nombre de volumes retrouvés à Moscou et ailleurs ; ces copies seraient donc toutes datées de 42 et 43 et aucune ne serait datée de l'année 44. Comment se fait-il donc qu'on n'ait pas conservé une seule des copies d'un seul acte de décès postérieur au 31/12/43 ? C'est étrange et nous en reparlerons ultérieurement. |
| [2] |
Thomas Grotum et Jan Parcer, qui ont commenté le travail mécanographique effectué sur les Sterbebücher dans « Death Books from Auschwitz », précisent que : 1. Les Tziganes sont repris dans les Sterbebücher mais pas les prisonniers de guerre russes. Les résistants polonais condamnés à mort par les tribunaux de Kattowitz et transférés à Auschwitz pour l'exécution de leur peine sont également enregistrés dans les Sterbebücher. L'Etat Civil du camp établissait 2 copies (les « Zweitbücher
») dont l'une était destinée à l'administration centrale de la SS à Berlin
et l'autre était classée à Auschwitz même : on en a retrouvé 46 volumes à
Moscou dont 2 très fragmentaires (en tout, 67.053 noms) ; on a retrouvé aussi
des fragments de 2 volumes au camp de Gross Rosen et un volume à un endroit non
précisé (il s'agit du n° 14 de 1943 qui est conservé par la Croix-Rouge à
Arolsen). |
| [3] |
On a vu dans le tome 1 que David Irving a publié la consommation de coke des crématoires en 1944, soit 923 tonnes du 1/1/44 au 27/11/44. Sur la base retenue dans notre tome 1, soit 29,01 kg/corps, on obtient pour 11 mois 44, 31.800 crémations, chiffre proche de celui retenu par Pressac. |
| [4] |
C'est Josef Kramer, commandant de Birkenau de mi-mai 44
à fin novembre 44, qui est à l'origine de ce chiffre (1ère déposition au
procès de Bergen-Belsen rappelée par Guionnet dans Revision,
mai-juillet 94) ; les malades des autres camps du complexe d'Auschwitz étant
systématiquement envoyés à Birkenau, on peut donc, en pratique, admettre que
la mortalité de Birkenau représente celle de l'ensemble d'Auschwitz. Pour
être tout à fait précis, il faudrait tout de même peut-être ajouter au
chiffre de Kramer le chiffre des décès de ceux des détenus qui n'ont pas
été transférés à l'infirmerie de Birkenau ; par exemple, dans le sous-camp
de Blechhammer, il y eut, d'avril 44 à janvier 45 et d'après le Nummernbuch
du camp, 248 morts pour une population de 3.600 détenus, soit 0,6%/mois mais il
semble bien qu'un certain nombre de ces 248 malheureux soient morts dans des
bombardements de l'aviation alliée. |
| [5] |
Mattogno a développé son argumentation dans Revision, n° 60, fév 95. |
| [6] |
Selon une autre version, le chiffre de 1.500.000 résulte d'une décision de la présidence de la république polonaise à laquelle Piper aurait bien dû se soumettre mais de façon peu convaincante. |
| [7] |
Comme nous l'avons déjà signalé, en 2002, Fritjof Meyer, un des rédacteurs en chef (Leitender Redakteur) du célèbre hebdomadaire allemand Der Spiegel, a publié dans la respectable revue Osteuropa. Zeitschrift für Gegenwartsfragen des Ostens (n° 5, mai 2002, p. 631-641) un article intitulé « Die Zahl der Opfer von Auschwitz. Neue Erkenntnisse durch neue Archivfunde » (« Le nombre des victimes d'Auschwitz. Nouvelles données à partir de nouvelles découvertes d'archives »). Dans la conclusion de son article, il évalue le nombre des morts d'Auschwitz à « probablement 510.000 morts, dont vraisemblablement 356.000 gazés », la plupart dans les Bunker 1 et 2 ! (Conseils de Révision, septembre 2002) Comme quoi, on peut être rédacteur en chef d'un grand hebdomadaire et proférer des énormités. |
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C'est-à-dire le rapport des morts du mois à l'effectif au début du mois. |
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Pendant la même période, selon une note de Pohl à Himmler citée par Butz, la mortalité (calculée de la même façon) dans l'ensemble des camps civils allemands a évolué comme suit :
L'évolution est la même, mais la mortalité a été, au cours de cette période, beaucoup plus importante à Auschwitz et surtout, semble-t-il, à Maïdanek : c'est l'effet des épidémies diverses qui ont frappé les camps de Pologne à cette époque (à la fin de la guerre, alors que les camps de l'est sont libérés, elles frapperont les camps de l'ouest). Il est à noter que la seule ventilation par camp que donne Pohl porte sur août 43 et qu'elle donne pour Auschwitz un taux un peu plus élevé que celui que nous trouvons (2.380 décès soit 3,22% contre 1.534 décès soit 2,07%) ; le fait qu'il manque 2 jours dans le Sterbebuch d'août 43 ne peut expliquer l'écart. |
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des juifs par les Allemands, Tome 2 : Réalités
de la "Solution finale"