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LES GRANDES DEPORTATIONS DE 1942

B - AUSCHWITZ, TERME DU VOYAGE ?

Les juifs, disent en gros les historiens, ont été envoyés

On peut en douter sérieusement ainsi qu'on va le voir, car on trouve des traces des juifs occidentaux à l'est d'Auschwitz, ce qui prouve deux choses :

Certes, les éléments que nous allons détailler n'ont pas toujours une valeur de preuve et les historiens pourront souvent parler avec raison de confusions diverses (lieux, nationalités, etc.) sans aucune importance ; toutefois, certains de ces éléments ont une telle valeur qu'ils sont inattaquables et sont donc ignorés desdits historiens. Cette remarque vaut également pour le prochain chapitre.

1. Ainsi, d'une part, Poliakov rapporte qu'au procès de Jérusalem, on fit état du rapport (daté de 1948) de la Commission générale (polonaise) d'enquête sur les crimes allemands en Pologne, dans lequel rapport il est précisé : « (...) On amenait également à Treblinka les juifs d'Europe occidentale : les juifs allemands, autrichiens, tchèques et belges (...) ». D'autre part, dans le film documentaire « Shoah », Lanzmann fait dire à un cheminot polonais du nom de Jan Piwonski chargé d'acheminer les convois de juifs à Sobibor que des juifs de Belgique y furent également amenés ; en outre, il fait dire à un paysan du nom de Czeslaw Borowi que des juifs de Belgique, de France et de Hollande furent amenés à Treblinka (en « Pullman » c'est-à-dire en wagons de voyageurs). Or, les historiens belges, français et hollandais n'en parlent pas ; pour eux aussi, Auschwitz était la destination finale de tous les convois partis d'Europe occidentale vers l'est à l'exception, avons-nous dit, de quelques convois qui allèrent à Maïdanek et Sobibor ; si l'on en croit ces témoins, des juifs belges, français et hollandais ont donc été transférés d'Auschwitz dans d'autres camps plus à l'est, à la frontière ukrainienne ou biélorusse, en l'occurrence Treblinka : il pourrait s'agir, bien entendu, des femmes, des enfants et des inaptes non retenus pour le travail et censés avoir été gazés à l'arrivée à Auschwitz. Ces gens, répétons-le, figurent deux fois dans la statistique des évacués/exterminés (Auschwitz, puis Treblinka ou Sobibor sans parler des massacres commis par les Einsatzgruppen).

2. De son côté, Gilbert, confirme non seulement la présence de Belges à Treblinka mais aussi la présence de Hollandais (« Treblinka (...) pas seulement pour les juifs polonais mais aussi pour les juifs venus de Hollande, de Belgique et d'ailleurs. »). [1] ; or, durant la période d'activité de Treblinka, tous les convois partis de Hollande allèrent aussi à Auschwitz (et peut-être à Sobibor mais pas à Treblinka). 

3. Dans le « Livre Noir  », Vassili Grossman voit des juifs français à Treblinka : « (…) en provenance des pays d’Europe occidentale –France, Bulgarie, Autriche, etc.- l’acheminement à Treblinka (…) » (affirmation identique dans « L'Enfer de Treblinka » du même auteur) ; or, officiellement, aucun convoi parti de France n’a été à Treblinka. Le même ouvrage reprend le témoignage de P. Antokolski et V. Kaverine selon lesquels « les premiers contingents de prisonniers sont arrivés [à Sobibor, camp ouvert le 15/5/1942, ce qui pose un problème de date] de France, de Hollande et de Pologne occidentale » ; or, les convois arrivés directement à Sobibor de France et de Hollande datent de 1943 : ces Français et Hollandais auraient donc pu être des inaptes passés par Auschwitz. [2]

4. Autre témoignage à l'appui de la thèse que des juifs venant de France et sensés avoir été gazés à Auschwitz se sont retrouvés plus à l'est, en l'occurrence à Treblinka : interrogé en 1998, un autre cheminot polonais qui conduisit les trains jusqu'au camp, Stefan Kucharek, se souvient devant Beyrak « d'un train de 24 voitures Pullman venant de France, dans lesquelles, après l'évacuation des passagers, on trouva des bouteilles d'alcool fin ». [3] 
Autres témoins interviewés en 1998 par Beyrak et confirmant les dires de Kachurek (Jerzy Skarzynski et Eugeniusz Wejcik) : « Tous deux aussi furent très impressionnés par un transport venant de France et ils se souviennent de wagons luxueux équipés de gramophones. ».
Toutefois, on ne peut admettre tous ces témoignages de paysans et cheminots polonais sans les passer au crible d'une critique élémentaire. Dès lors, il apparaît que ces témoins auraient bien pu :

On y trouvera au moins la preuve que les témoins et les historiens disent souvent n'importe quoi et que celui qui les croit sur parole est un sot.

5. Arthur R. Butz donne en page 83 de son célèbre « The Hoax of the Twentieth Century » (« Le canular du XXe siècle ») un extrait du New York Times du 29/6/43, p 6 :« Londres, 28 juin (Netherlands News Press) - Les Allemands ont procédé à des exécutions massives de juifs déportés des Pays-Bas, a-t-on appris cette nuit. (...) 150 juifs ont été abattus à la mitrailleuse dans le village de Turck (...). A Socky (...) 340 juifs hollandais ont été mitraillés et 100 femmes et enfants ont été abattus près de Potok (...) Ils faisaient partie des milliers de juifs déportés des Pays-Bas vers le célèbre camp de Treblinka. » [4]
En principe aucun juif néerlandais n’a été envoyé à Treblinka. A la date donnée (fin juin 1943), ils avaient tous été envoyés à Auschwitz et à Sobibor (sauf un convoi vers Theresienstadt) où femmes et enfants avaient été gazés. Alors pourquoi trouve-t-on des juifs hollandais à Turck (Turek à l’est de Varsovie ?), Sochy et Potok (à l’est d’Auschwitz) ?

6. En 1944, on retrouve aussi des juifs belges (et français) dans le camp de concentration de Plaszow (près de Cracovie toujours à l'est d'Auschwitz) [5]. Dans ce cas, il est vrai, c'étaient peut-être bien des immatriculés d'Auschwitz qui avaient été transférés.

7. De son côté, le révisionniste espagnol Enrique Aynat donne des éléments confirmant que des déportés belges, français et hollandais arrivèrent bien à l'est d'Auschwitz sans qu'on puisse prétendre que ce fut directement dans les prétendus centres d'extermination de la frontière polono-ukrainienne, donc sans qu'on puisse, d'une part affirmer qu'ils avaient été gazés à Auschwitz et d'autre part, nier qu'ils figurent deux fois dans la statistique de Korherr.
Premier élément donné par Aynat : Comme nous l'avons vu plus haut, les autorités françaises avaient, à l'été 42, honteusement séparé de leurs mères plus de 4.000 enfants et les Allemands avaient finalement accepté de recevoir ces malheureux (lesquels, vu la mortalité qui régnait à Auschwitz alors en pleine épidémie de typhus, étaient probablement le plus souvent des orphelins, ce que les autorités françaises ignoraient probablement). A l'examen de 3 documents incontestables, Aynat démontre que :

8. Deuxième élément donné par Aynat : On trouve même l'indice de la réimplantation provisoire à l'est d'Auschwitz des juifs occidentaux dans les rapports officiels du Gouvernement polonais en exil (GPE) : « Après que les Allemands aient eu terminé leurs préparatifs -enfermer les juifs polonais dans des ghettos où ils furent rejoints par de nombreux convois de juifs occidentaux- commença le premier acte de la tragédie. » (24/4/43). En même temps, le Gouvernement polonais communiquait aux gouvernements alliés des « informations authentiques sur le massacre en masse non seulement des juifs de Pologne mais aussi des centaines de milliers de juifs qui y ont été transplantés d'autres pays et enfermés dans les ghettos de notre pays. »

9. Troisième élément donné par Aynat : D'autres documents officiels polonais révèlent la présence de juifs occidentaux dans le ghetto de Varsovie ; par exemple, un document confidentiel du 23/12/42 fixant la population du ghetto à « un ensemble de 60.000 juifs indigènes et provinciaux, y compris des juifs en provenance de pays occidentaux occupés par l'armée allemande [c.-à-d. Belgique et/ou France et/ou Pays-Bas]. » Plus précisément, dans un document consacré au « problème juif » et portant sur la période du 15/10 au 15/11/42, la « Delegatur » du Gouvernement polonais écrivait : « Des personnes en contact étroit avec le ghetto de Varsovie déclarent que de nombreux transports de juifs viennent d'arriver à Varsovie en provenance de France, Belgique et Hollande (...) On ne connaît pas pour le moment la destination de ces juifs ; sans doute ne s'agit-il que d'une halte provisoire précédant leur transfert à l'est pour y être exterminés. »

10. Quatrième élément donné par Aynat : Une activiste juive slovaque bien connue, Gisi Fleischmann, dans une lettre du 24/3/43, signalait la présence de juifs belges dans la région de Lublin et dans l'est de la Pologne : « Nous avons reçu quelque 200 lettres de Deblin-Irena et Konskawola dans le district de Lublin, où, en plus de nos juifs [slovaques] se trouvent aussi des Belges. »

11. Cinquième élément donné par Aynat : Un « témoin oculaire », I. Hertz, témoignant devant le Comité Antifasciste juif d'URSS, signalait la présence de juifs belges, hollandais et français dans l'est du Gouvernement Général en 1942 : « Des convois de juifs arrivèrent à la gare de Lvov depuis Tarnopol, Sambor et Brzeliny et furent envoyés à Belzec. En outre, passaient à Lvov [c'est-à-dire à l'est des supposés camps de la mort comme Belzec] des trains transportant des juifs de Bruxelles, Amsterdam et Paris ; ils furent envoyés au même centre d'extermination. »
Toutefois, nous avons relevé que la toute récente édition française du « Livre Noir » donne une version de ce témoignage un peu différente :

« Tous les trains transportant des juifs de Bruxelles, de Paris et d'Amsterdam passaient par Rava-Ruskaïa. Ils étaient rejoints par des convois de Tarnopol, Kolomi, Sambor, Brzezany et d'autres villes d'Ukraine occidentale.
[A quinze kilomètres de Rava-Ruskaïa et de Belzec, ils faisaient sortir des wagons les juifs qu'ils transportaient en qualité d''évacués'.]
[6] Belzec est un lieu terrifiant où les juifs sont exterminés. »

Suit la description de Belzec : on électrocutait les juifs par groupes de 1.000 et, bien entendu, on faisait du savon avec « les plus dodus ».

Nous avons porté sur une carte les endroits cités dans ce témoignage ainsi que les lignes de chemin de fer les reliant à l'époque. En s'y référant, le lecteur notera que :

Nous reviendrons dans le chapitre suivant sur ces transports de juifs occidentaux dans la région de Rawa-Ruska pour tenter de démontrer que ces juifs ont été réimplantés un peu plus à l'est en Ukraine occidentale.

12. Toujours dans le « Livre Noir », on relève aussi le témoignage d'un certain Boris Chandros : « (...) on les avait amenés à Belzec, à l’ 'usine de la mort'. On y exterminait les juifs de Lvov, de Pologne et de France. (...) »

Voilà, nous semble-t-il, quelques éléments qui donnent légitimement à penser d'une part, que Korherr a considérablement gonflé le nombre de déportés juifs à fin 42 et d'autre part, que les juifs non retenus pour le travail à Auschwitz n'entraient même pas dans le camp (sauf en 1944) et étaient transportés à l'est d'Auschwitz. Oui, direz-vous peut-être, mais si c'était pour être gazés dans les camps du Bug (Belzec, Sobibor, Treblinka) ... D'une part, ceci constituerait de toute façon une révision importante de l'histoire officielle et il faut d'abord acter cette révision ; d'autre part, comme nous allons le voir, il y a des preuves multiples que les déportés juifs n'étaient pas plus exterminés dans les camps du Bug qu'à Auschwitz et étaient réimplantés (et, certes, souvent massacrés) au-delà du Bug c'est-à-dire soit dans l'Ostland (Pays Baltes et Biélorussie) soit en Ukraine voire en Russie.


NOTES

[1]

Martin Gilbert, « Auschwitz and the Allies », Arrow, London, 1981 : « Treblinka (...) not only for Polish Jews, but also for Jews from Holland, Belgium and elsewhere. »

[2]

Le « Livre Noir » est un recueil de témoignages et récits sur l'extermination des juifs soviétiques par les célèbres écrivains juifs soviétiques Ilya Ehrenbourg et Vassili Grossman.

[3]

Nathan Beyrak, « Testimonies of Non-Jewish Witnesses in Poland », p. 99 sqq. de Cahier International sur le Témoignage Audiovisuel », n° 2, déc. 1998.

[4]

« London, June 28 (Netherlands News Agency) - The Germans have launched mass executions of Netherlands Jews deported to Poland, it was reported tonight. (...) 150 Jews in the village of Turck had been moved down by machine gun fire  (...) At Socky (...) 340 Netherlands Jews were machine gunned, and 100 women and children were slain near Potok (...) They were among the thousands of Jews who had been transported from the Netherlands to the notorious Treblinka concentration camp. »

[5]

« La Pologne - Lieux de lutte et de martyre », Varsovie, 1965

[6]

Le passage entre crochets avait été supprimé par Ehrenbourg du projet de version russe de 1947. Probablement parce qu'il ne correspondait pas à sa vision des choses : pour lui, tout le monde était massacré à Belzec et il ne pouvait qu'être incongru d'affirmer que les juifs descendaient du train à 15 kilomètres de là [peut-être bien pour y être transbordés dans des wagons capables de circuler sur le réseau russe car l'écartement des rails n'y était pas le même qu'en Occident]. Gageons que s'il avait été mieux informé de la version officielle, Ehrenbourg aurait aussi supprimé l'alinéa précédent.


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