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L'incroyable affaire Faurisson


par Robert Faurisson

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"...,il faut observer que ce que j'appelle la
vertu dans la République est l'amour de
la patrie, c'est-à-dire l'amour de l'égalité.
Ce n'est point une vertu morale, ni une
vertu chrétienne, c'est la vertu politique;
et celle-ci est le ressort qui fait mouvoir
le gouvernement républicain,..."

 

Avertissement à la seconde
édition de l'Esprit des lois.

 

 

Nous n'irons plus au bois.

 

 

 

La force oratoire des Anciens tenait à la rigueur de leur argumentation et de la part qu'ils prirent à l'invention de la démocratie et de la république. Quand vint le déclin de ces expériences politiques, la rectitude de leur parole put différer la décadence civique que fomentaient sous leurs yeux la méconnaissance, la lâcheté et l'intempérance d'une grande partie de leurs concitoyens.

Les plus grands instants, comme les vacillements du droit rappellent ces fondements. Etablir le droit et rendre la justice sont les signes par excellence de la santé dont les démocraties sont capables.

 

Ainsi les lois ségrégatives de Nuremberg furent-elles en 1935 l'éclat sinistre d'une démission. Cette ville funeste vit-elle en 1945 la justice rétablir la sérénité compromise du droit? Pour rechercher les responsabilités de ces excès guerriers, s'est-elle alors soumise aux faits et au droit international plutôt qu'à la houle inquiète de l'énorme tourmente? Il ne le semble pas.

Tout le monde sait en effet que les Etats vainqueurs se sentant pressés, ou se croyant tenus, de faire des "exemples", instituèrent un tribunal spécial et surtout une méthode ad hoc au regard des exigences de la preuve. Ces facilités rendent toujours ce genre de règles vulnérables car celles-ci plongent la punition dans l'arbitraire et font perdre à la sanction ses raisons et sa vertu. Mais les inconvénients de ces règles inédites pour établir les fautes semblent déborder de très loin le problème de la condamnation des vaincus. A négliger dans la preuve le substrat matériel, celui-ci se trouva abandonné à la puissance illimitée d'une parole effrénée. Dans le dire, la tragédie concentrationnaire reprit en quelque sorte une seconde vie. Libéré de toute attache empirique, ce drame déjà ancien s'organisa en un récit puis se planifia.

Outrepassant les lois de la physique, la vulgate déboucha vite, si l'on peut dire, sur le merveilleux.

Aujourd'hui, le droit n'est-il pas toujours et encore indûment requis de s'annexer la possibilité de juger du vrai en histoire? Ce vrai-là ne prend il pas, en nos républiques, sa source ordinaire et suffisante dans la controverse des historiens réputés les plus sages? Se pourrait-il que ceux-ci n'y pourvoient plus? Ou bien ne veut-on pas les écouter? Ou pis, ne serait-on plus en état de les entendre?

C'est en tout cas à confirmer une vérité historique qu'un demandeur intempestif convoque le droit en ses juges. On attend de ceux-ci qu'ils restaurent par le geste sacré de la condamnation infamante, le tabou défaillant qui prétend barrer l'accès au contenu de la discussion, en soustrayant à l'examen l'élément essentiel de l'enquête: l'instrument criminel.

 

Cette controverse sur le droit à l'étude de la vie concentrationnaire et en particulier à l'étude des usages et des moyens d'y administrer la mort servile, porte à la fois sur l'existence factuelle et sur la fonction aussi bien subjective que collective du concept de chambre assassine.

Il convient de distinguer ici l'existence de l'arme du crime des récits qui l'affirment en la nommant. Les fresques interprétatives résultantes sont plus soucieuses d'établir la culpabilité de qui les contredit que d'examiner calmement les faits. L'erreur va croissant, et croissent au fil des ans les dommages qu'elle entraîne. Souvent par elle, la détresse des proches crie sa pudeur; à rebours, la vérité est parfois utilisée par la malveillance, mais l'erreur, à la longue, n'est-elle pas grosse de tous les maux? Pour mettre fin à ce funeste état des choses, il importe de cheviller avec douceur les âmes au corps de la vérité. En un mot d'estimer cette erreur.

Cette erreur n'a pas été, à son origine, inspirée par le mensonge, ni d'un seul ni de plusieurs. Elle fut produite dans une rumeur. Moyennant quoi, en dépit de résistances variées, la rumeur se gonfla en un récit épique menacant, nourri de vertiges et de terreurs, mis au service de causes morales diverses et du ressentiment profitable à quelques-uns. Aucune critique historique ne contient plus désormais l'intempérance d'imaginations fiévreuses souvent souffrantes, d'autres fois égarées.

C'est pourquoi les faits, donnant une limite après tout humaine à la parole, nous préservent de légendes qui pourraient, telles des épidémies, affecter la santé psychique de nos concitoyens en les dessaisissant par leurs allégories captieuses de leur rapport concret et véridique à la mort. Des travaux sérieux ont maintenant paru au grand jour. Un jugement inconsidéré amputerait les historiens d'un domaine d'études qui pour l'ensemble des problèmes concentrationnaires est une urgence de la pensée. Un tel jugement ferait aussi accéder une rumeur ingénue à la dignité de mensonge inondant et officiel.

 

Or a donc une Ligue internationale, dont la visée proclamée est de combattre le racisme et l'antisémitisme, dans l'accomplissement supposé de sa mission, a signifié, le 14 mai 1982, les conclusions que nous publions ici. Elles ont été écrites à la suite d'un appel interjeté par le Professeur à l'encontre d'un jugement obtenu par cette Ligue devant le tribunal de grande instance de Paris.

Dans ses conclusions en appel, la vertueuse Ligue demande confirmation de ce jugement qui a sanctionné l'accusé pour imprudence (art. 1382-1383 du Code Civil). Ces conclusions réitèrent les imputations accusatrices portées dans l'assignation introductive, plutôt que de faire confiance aux motifs paradoxaux de la condamnation. Les conclusions du Professeur répondent point par point à cette deuxième version de l'accusation qui contient des éléments plus précis que n'en comportait la première.

Les conclusions de la Ligue d'une part, les conclusions du Professeur d'autre part, constituent les documents essentiels soumis à la cour par chacune des parties pour lui permettre d'établir sa conviction et à partir desquels elle devra rédiger son jugement. Les plaidoiries, dans un procès civil de cet ordre, ne servent en effet qu'à présenter et illustrer une procédure essentiellement écrite.

Nous avons jugé à propos de soumettre à l'attention d'un public alerté, sinon averti, les conclusions écrites des deux parties. Elles composent ce que les Anciens auraient appelé des dissoi logoi, des discours contradictoires sur un même sujet.

Celui-ci consiste en un point des plus controversés de l'histoire contemporaine.

 

Attendu que cela commence à bien faire, nous avons jugé nécessaire de résumer l'état de la dispute et d'esquisser les logiques qui la soutiennent et ce, à l'intention des lecteurs que ces écritures judiciaires dérouteraient aussi bien que des juges. Un tel exercice n'est pas inutile pour apprécier le malaise du temps.

Commencons par l'accusation que porte l'honorable Ligue. Le Professeur est accusé d'avoir "faussé la présentation de l'Histoire" et d'avoir "volontairement tronqué certains témoignages tels que celui de Johann Paul Kremer", professeur de médecine, ayant effectué un service de soixante-seize jours au camp d'Auschwitz.

Cette falsification et cette troncation, sur lesquelles aucune indication textuelle n'est apportée, sont censées constituer une atteinte aux intérêts des membres de la Ligue. Ces intérêts sont définis dans trois attendus de l'assignation:

 

"Attendu que la L.I.C.A. est une Association régulièrement déclarée, que selon ses statuts elle se propose de:

-- lutter par tous les moyens en son pouvoir contre le racisme et l'antisémitisme qui déshonorent l'humanité,

-- défendre par une action à la fois préventive et positive le droit à l'existence et à la paix des victimes du racisme dans le monde entier,

-- réaliser par l'union des hommes et des femmes de toutes opinions le rapprochement des peuples, la paix entre les races et l'égalité parmi les hommes;

Attendu que la remise en cause de l'extermination de populations à raison de leur appartenance à une race, dont l'Allemagne nazie s'est rendue coupable sous l'influence et les directives du Chancelier Adolf Hitler et la remise en question des chambres à gaz qui ont été utilisées comme moyen pour parvenir à cette "solution finale", constituent une atteinte aux intérêts des membres de la L.I.C.A.;

Attendu en effet que le rappel et le respect de la vérité historique qui a conduit à l'extermination industrielle et organisée de plus de six millions de personnes en raison de leur appartenance à une race, par la mise en oeuvre d'une politique et d'une organisation criminelle, constituent précisément les moyens de lutte contre le racisme et l'antisémitisme puisqu'ils permettent de démontrer les aberrations et les crimes que ces fléaux ont engendrés au cours de l'histoire contemporaine."

 

En première instance, l'accusé fut condamné.

Le jugement ne lui impute aucune falsification, volontaire ou involontaire. Il ne relève aucune troncation. L'accusé fut condamné, non pas pour falsification mais pour imprudence; pour avoir, semble-t-il, traité d'un sujet trop récent. Le jugement ne porte nulle part que l'accusé ait été imprudent pour avoir proféré un quelconque mensonge ou commis une erreur. Le tribunal se déclare à juste titre incompétent pour trancher de la vérité en histoire. Le texte du jugement n'écarte donc pas l'hypothèse que l'accusé ait commis sa coupable imprudence en disant une vérité.

Ce jugement évoque celui du célèbre procurateur romain. Ponce Pilate refusa de se prononcer sur la vérité des accusations portées contre Jésus. Comme le Christ n'était pas citoyen romain, le procurateur, injustement décrié, refusa d'entrer en d'obscures querelles de théologie judaique et dut, par conséquent, abandonner l'accusé à la haine homicide de Sanhédrin.

C'est sans doute ce qu'eût souhaité faire le tribunal, présidé par Monsieur Caratini. Le professeur étant citoyen francais, il ne pouvait pas le livrer au bras régulier de la ligue. Il le condamna donc sur ce bien vague motif qui veut tout dire et ne dit en fait que ceci: "Monsieur le Professeur, vous êtes imprudent parce que nous vous avons condamné."

L'accusé considère cette dérobade comme fautive. Il persiste en effet à affirmer que ce jugement empêche la reconnaissance d'un fait vérace dont il n'y a pas lieu d'interdire l'énoncé: les chambres homicides n'ont d'existence qu'imaginaire. Les quarante-cinq feuillets de ses conclusions exposent une partie des raisons qui le contraignent à maintenir cet énoncé.

Ainsi, s'il est désormais imprudent de répéter l'affirmation du Professeur, c'est uniquement parce que celui qui s'y risquerait encourrait ipso facto condamnation. Le jugement du président Marcel Caratini est de caractère performatif, it does things with words, il crée l'imprudence en la disant.

Si ce jugement était confirmé, sa vertu performative se transmettrait aux générations futures et il deviendrait, de fait, imprudent de soutenir l'énoncé incriminé. On ne pourrait plus décider le moins du monde si cet énoncé est vrai ou faux. Nos enfants auraient au moins l'avantage de savoir ce qu'il convient de ne pas dire, tandis que l'infortuné Professeur n'aura su, qu'après avoir été condamné pour l'avoir dite, la vérité qu'il y avait imprudence à dire.

 

Il y a ici un conflit inégal entre la logique d'Aristote et celle du président Marcel Caratini.

La logique d'Aristote pose en effet que des deux énoncés suivants:

seul l'un est vrai.

 

La Cour d'appel se trouve maintenant devant l'alternative:

On voit mal en effet qu'elle puisse confirmer le jugement de première instance qu'elle rendrait ainsi exécutoire. Il serait difficile à la Cour de Cassation de maintenir un jugement évasif étayé sur un énoncé performatif qui crée la loi pour éviter de l'appliquer. Cette difficulté n'a pas échappé à nos voisins d'outre-Rhin, puisqu'ils envisagent la promulgation d'une loi qui interdirait la remise en cause des idées recues sur le génocide et l'holocauste. Des organisations juives réclament une loi identique en Grande-Bretagne et la question a même été évoquée au parlement européen. Bien que la discussion soit en cours depuis près de quatre ans, aucun projet n'est à ce jour parvenu sur le bureau d'une de ces assemblées.

Cette solution, qui retirerait aux juges l'occasion de lourdes et épuisantes réflexions, n'est cependant pas sans objections et tout particulièrement celle-ci: il faudrait d'abord rédiger la loi et, à cette fin, énoncer avec un maximum de précision la vérité qu'il serait interdit de remettre en question, la "Vérité" que défend la vertueuse Ligue, et que le législateur aura alors reprise à son compte, c'est-à-dire au nôtre.

Il serait facile de trouver une unanimité conformiste pour voter la loi, mais un citoyen raisonnable se demanderait comment diable il se fait que la vérité des chambres homicides soit la seule vérité historique, dans l'histoire du droit laic occidental, qui ait besoin de la loi pour exister. Car si la vérité historique des chambres meurtrières est évidente, pourquoi donc une loi?

En revanche, une loi civile peut-elle imposer une vérité historique contraire aux critères de l'évidence tels que les historiens les définissent? Sera-ce désormais dans le Journal Officiel qu'il conviendra d'aller rechercher la vérité historique? Si une telle loi voyait le jour, les ayants droit des victimes de ces chambres homicides n'auraient-ils pas enfin des droits sur tous? Ne serait-ce pas la nouvelle division des classes instituée, cette fois-ci, par la loi? Les ayants droit des victimes de ces chambres primordiales ne feraient-ils pas de tous les autres citoyens leurs débiteurs à raison de ce droit victimaire vraiment nouveau?

Reprenons les deux énoncés de la controverse:

 

Chacun de ces énoncés repose sur des travaux qui se prétendent historiques, sur des documents et sur des arguments. Les travaux qui soutiennent l'énoncé faux (l'un des deux, rappelons-le, l'est nécessairement) comportent inéluctablement des observations lacunaires; leurs documents sont mal interprétés, leurs arguments contiennent des faiblesses, fussent-elles involontaires. Mais on pourra y trouver tout aussi bien des omissions délibérées, voire des altérations, qui ont pour résultat de falsifier la présentation des documents. Volontaires ou involontaires, ces fautes sont matérielles, c'est-à-dire identifiables par une saine méthode de recherche historique, qui est ici à la portée de tout lecteur de bonne foi.

Si, d'aventure, ces fautes ont été commises de part et d'autre, on débouchera sur ce que les Anciens auraient appelé une disputatio perennis sans qu'il soit possible de décider lequel des deux énoncés en litige est faux et ce, jusqu'à ce que de nouveaux documents apparaissent. Le tribunal, lui, n'a pu considérer que les documents notoires au moment de l'assignation et le Professeur les a acceptés dans son argumentation.

Ces considérations sont d'une austère généralité: elles s'appliquent à toute recherche historique aboutissant à des résultats faux.

La Ligue honorable avait donc le choix entre deux solutions:

En effet, si les chambres assassines ont existé et si la Ligue cachottière en possède la preuve, le Professeur sera enchanté de la connaître. Si la preuve est, cette fois-ci, solide, il n'aura plus qu'à faire amende honorable. Pratiquons toutefois ici le doute hyperbolique immortalisé par Descartes et supposons qu'à l'opposé le Professeur s'acharne à maintenir ce qui serait son erreur. Alors, juste ciel, sa défense comportera nécessairement des lacunes graves; ses arguments révéleront leur faiblesse misérable; il sera contraint de risquer des interprétations fallacieuses de documents; on relèvera des omissions coupables, voire (horresco referens) des falsifications de pièces. Nous n'avons, grâce aux dieux, assisté à rien de semblable, et pourtant, c'est la faute que la Ligue impute au Professeur en se gardant bien de localiser, nous le verrons en détail, les falsifications qu'elle dénonce.

Examinons, il le faut maintenant, comment l'honorable Ligue s'est comportée devant le tribunal à l'égard de ses propres preuves. Arguant d'une abondance inépuisable de preuves qui seraient en sa possession, elle a extrait sur les indications de M. G. Wellers ce qu'elle considérait à l'époque comme une pièce à conviction, certes unique, mais supputée suffisante en raison de sa limpidité diamantine: le journal du médecin SS J.-P. Kremer. Pour plus de sûreté, elle y adjoignit une seconde pièce: les aveux dudit Kremer. Le diamant, terni par les critiques textuelles du professeur dans son Mémoire en défense, fut obscurci par les précisions linguistiques de J.-G. Cohn-Bendit et lorsque ce dernier retrouva les rétractations de Kremer, le joyau perdit ses derniers feux.

Doit-on tenir pour épuisé le trésor diamantaire de la Ligue? Nous ne le savons pas en toute certitude, mais force nous est de constater que la Ligue honorable manifeste depuis lors une sourde résistance à soumettre de nouveaux solitaires à l'examen de la justice et des historiens.

D'un strict point de vue argumentatif, la situation présente se résume dans le raisonnement suivant qui est un syllogisme aristotélicien (I.E.O.)

 

Les choses en étaient là quand se propagèrent dans les milieux intellectuels, des théories prodigieuses. L'un élucubra un argument merveilleux: d'autres se drapèrent dans la position du célèbre procurateur romain; les derniers en désespoir de cause aventurèrent un diagnostic sur la santé mentale du Professeur. Avant que de nous engager dans la sévère lecture des conclusions, ne négligeons pas le délassement spirituel que nous procurent ces supputations savantes.

Un éminent universitaire donc, dans les colonnes respectables du Monde, se fit fort, en utilisant la méthode réputée hyper-critique, prêtée au Professeur, de pulvériser la réalité historique de la guerre de 1914-1918. Examinons cependant la proposition suivante: "mon grand-père a été gazé à l'ypérite. Il est mort après la guerre des suites de ce gazage." Ce témoignage est loin d'être une preuve suffisante. Le travail critique de l'historien devra rechercher et vérifier les documents concernant la date du décès, la pension d'invalidité, le lieu de la blessure... S'il vérifie tout cela, la réalité de la Grande Guerre, loin de s'évanouir, ne prendra-t-elle pas une épaisseur concrète croissante, sans qu'il soit besoin de chercher d'autres preuves? En revanche, l'étude de n'importe quel témoignage relatif aux chambres homicides conduit, au fur et à mesure des vérifications, à une perplexité grandissante devant la désintégration des documents et témoignages qui prétendent en établir l'existence. La critique ne dissout pas le vrai, elle l'établit et le conforte; mais elle dissout le faux. Comme le disent les philosophes: verum index sui et falsi, le vrai s'indique lui-même et il indique le faux. La sophistique peut certes faire diversion et parer le faux des couleurs bigarrées de la vérité, mais elle le fait de facon éphémère car l'inévitable fragilité du sophisme ne peut longtemps déployer ses charmes sans donner à voir, un jour ou l'autre, les dessous éventrés de sa nature sophistique.

Passons aux autres. A l'issue d'un colloque tenu à huis clos, Monsieur Raymond Aron a énoncé deux choses. La première peut se résumer ainsi: s'il n'existe pas de preuves documentaires du génocide, il demeure cependant vraisemblable que l'extermination ait été délibérée, décidée et organisée. Quoi qu'il en soit, et c'est la seconde chose, les procès de sorcières l'irritent. L'auditeur de la conférence de presse aura pu constater des progrès notables par rapport à la théorie hypercritique de l'universitaire précédent.

Raymond Aron ne s'obnubile plus sur la preuve matérielle et passe à la question suivante: il se fait un observateur éclairé de ceux qui s'acharnent à la produire. L'éminent sociologue est ici apaisant et il a raison. Peut il cependant se contenter de tenir pour seulement vraisemblable une décision comportant un si grand nombre de conséquences pratiques? Il passe outre à cette difficulté qui, pour un historien, est une muraille. Plus encore, il laisse entendre que, d'une facon générale, ce qui authentifie les faits historiques, même très importants, relèverait de la seule logique du vraisemblable. S'il en est ainsi, Raymond Aron, qu'en est-il alors de l'histoire? La réponse ne peut être que celle-ci: l'histoire est inéluctablement une grandiose commémoration sans fondement vérifiable qui s'interprète indéfiniment et dont le souci n'est plus de s'informer de ce que les historiens considèrent comme faits historiques.

Quant au juste et courageux dédain pour les procès de sorcellerie, dont Raymond Aron témoigne, il appelle cependant une précision: de sorcières il n'y a pas en effet. C'est, du moins, ce qu'établit l'analyse anthropologique de la sorcellerie européenne. Mais ce qu'elle confirme aussi, c'est que les ensorcelés existent bel et bien. Ne serait-ce point eux qui contraignent Raymond Aron à aventurer ce concept invraisemblable?

Ces ensorcelés, que tout débat effraie, jettent des sorts médicaux et profèrent des imprécations millénaires. Ils répandent que Robert Faurisson ne va pas très bien; entendez: de la tête. Il est, disent-ils, vraiment impossible de discuter avec lui; il est irascible; il s'emporte sur des détails. On ne le rencontre donc pas. Davantage, on l'évite; mieux, on recommande de l'éviter; on ne le lit pas et l'on en vient à cette effronterie: ces dispositions calamiteuses seraient commandées chez le Professeur par une malveillance foncière, involontaire et incoercible envers les tentes d'Israel!

Trop, c'est trop!

Que les personnes qui auraient un louable souci pour la santé mentale d'un chercheur, qui dans l'exercice de sa profession a rencontré des adversaires redoutables, se rassurent: le Professeur va bien.

Mais quid de cette sollicitude diagnostique? Ne révélerait-elle pas le souhait déguisé d'un sombre pronostic?

Les secourables bontés thérapeutiques, les fastes intempérants du vraisemblable, l'admirable fiction d'une prétendue méthode hypercritique qui dissoudrait magiquement le vrai, tout ceci n'était qu'évasion vaine et agréable devant le problème considéré. On pensait ainsi détourner l'attention par des insultes et des exégèses piquantes pour enlever a priori toute pertinence aux arguments spartiates du Professeur, pour rendre dérisoires ses humanités, pour suppléer un temps à l'argumentation et aux documents imminents.

Hélas, confrontée à la liquéfaction incessante et douloureuse de ses preuves, la Ligue, au lieu d'y trouver la révélation d'une méthode historique éprouvée, ne vit là que motifs à s'irriter, et se plut encore à des imaginations, cette fois, quasi hallucinatoires. Bien qu'elle ait pu constater la capacité prodigieuse du Professeur de transsubstantier les diamants qu'elle produisait en verre, elle garda malgré tout sa foi entière en d'autres diamants putatifs qui, à l'abri du jour, s'épargnent d'éventuelles et pénibles métamorphoses.

C'est la méconnaissance du dossier historique, adornée d'une anthologie d'obstinations variées, scandée par d'opiniâtres hésitations, qui ont transformé un simple pas de clerc en une authentique Affaire. Pour qu'une affaire soit devenue l'Affaire, il aura fallu la logique implacable dont la Ligue a fait preuve au cours du procès. Cette logique consiste essentiellement en une disputatio avec une école historique que la Ligue déclare indigne d'exister, sur un sujet dont elle proclame avec hauteur qu'il ne saurait constituer l'objet d'aucune disputatio.

Qui s'étonnera que cette syllogistique inattendue ait donné des résultats aussi réjouissants?

Pour l'heure, la Ligue préférerait sans doute oublier l'imputation de falsification. Elle se contenterait de la confirmation du jugement obtenu en première instance, à savoir: que cette vérité fût coupable et imprudente à dire. Ceci lui suffirait pour continuer à répandre allégrement le faux dans le meilleur des mondes vraisemblables où le Professeur serait un menteur.

 

Venons-en à l'âpre texte des conclusions. Si nous laissons de côté les attendus techniques portant sur la recevabilité des demandes, l'argumentation de la Ligue s'attache à énumérer: "les fautes commises par Monsieur Faurisson au sens des articles 1382 et 1383 du code civil". Les voici:

Les fautes imputées au Professeur sont distribuées sous quatre chefs:

1. mise à l'écart d'un certain nombre de sources judiciaires importantes d'origine polonaise, autrichienne, allemande et francaise, ainsi que de témoignages;

2. omission de documents importants qui vont à l'encontre de la thèse du Professeur;

3. dénaturation de textes;

4. interprétations techniques fallacieuses.

Après avoir pris connaissance du contenu de ces imputations, le lecteur constatera qu'en dehors du quatrième et dernier point, la Ligue ne fournit aucune démonstration à l'appui d'accusations accablantes. L'imputation de dénaturations de textes n'est étayée sur aucune référence précise à l'endroit aussi bien du texte dénaturé que du texte dénaturant qui permettrait à la Cour de constater le fait de la dénaturation.

Quant aux omissions ou mises à l'écart, la Ligue affirme par exemple: "attendu qu'il s'avère et qu'il est prouvé que..." (p. 7, al. 9). "Il s'avère"? Comment? Où? En vertu de quels critères? "Il est prouvé"? Au moyen de quelles preuves? La Ligue ne daigne étayer aucune de ces affirmations mais n'hésite pas à réitérer des assertions dont la fausseté a été admise par les spécialistes mêmes sur lesquels elle s'appuie. Elle se réfère tranquillement à des documents dont le caractère apocryphe a été démontré dans le cours même de la procédure.

Qu'elle ait cependant obtenu la condamnation du Professeur en première instance pose donc un problème considérable même si le tribunal n'a pas suivi la Ligue dans ses conclusions et s'il est resté évasif dans la définition des imprudences qu'il reproche au Professeur. Pour décrire ce troublant phénomène judiciaire, un anthropologue est contraint d'émettre l'hypothèse suivante: les lourdes accusations lancées par la Ligue n'auraient-elles pas exercé un tel effet d'incantation ou d'intimidation que le tribunal n'a pas pu exiger les justifications élémentaires qu'il aurait réclamées en toute autre accusation, ainsi qu'il était de son devoir de le faire?

Le tribunal n'a-t-il pas confusément pressenti que la simple application des règles normales de la procédure judiciaire conduisait à la rupture du consensus religieux qui entoure ces questions et n'a-t-il pas alors reculé devant la toute-puissance du sacré?

Essayons de dégager les ressorts essentiels de la controverse.

 

1. -- Commencons par les "interprétations techniques fallacieuses".

 

En ce qui concerne la crédibilité des aveux de Hoess et les avis de Monsieur Truffert, le Professeur fournit dans ses propres conclusions des éclaircissements auxquels il n'est besoin d'ajouter qu'une simple remarque: ils nous révèlent la singulière facon dont l'un des avocats de la Ligue prétend s'enquérir des faits auprès d'un expert. La lettre de Me Korman vise à obtenir un document revêtu de l'autorité de l'expert, susceptible d'être utilisé dans un procès contre le Professeur. Elle ne constitue guère une tentative d'obtenir une réponse claire à la question technique effectivement posée. Nous sommes pourtant au coeur du sujet: des gazages homicides de masse sont-ils matériellement et techniquement possibles, par exemple dans le local présenté comme une chambre à gaz homicide par la Ligue, la Leichenkeller 1 du kréma ii? Et notamment, était-il possible de pénétrer sans masque à gaz dans ce local pour y manipuler, sans précaution particulière, des milliers de corps gazés? Répondre à ces questions techniques par l'autorité généralement accordée aux aveux de Hoess, c'est précisément suppléer à l'argument technique par un argument d'autorité.

En quatre ans, cette question n'a pas obtenu de réponse satisfaisante en dépit de nombreuses tentatives. Dans son livre Les Chambres à gaz ont existé Monsieur Georges Wellers fait justement remarquer que la température des cadavres supérieure à 26°, point d'ébullition du HCN, éliminait la rétention de gaz par condensation, ce qui est vrai, mais il n'a pas traité de la dissolution du HCN dans la transpiration et les humeurs, de l'adhérence du HCN, des poches de gaz entre les corps entassés, de la rétention par capillarité, de la condensation sur les parois de béton, en hiver notamment, ni de la condensation provoquée par l'aération même lorsque la température de l'air est inférieure à 26°. Aucune explication n'a été fournie sur la possibilité de ventiler une pièce remplie de cadavres dont le système de ventilation est connu, mais banal et très insuffisant, alors que dans les chambres à gaz homicides américaines, la présence d'un extracteur très puissant ne dispense pas de la nécessité de laver soigneusement le corps de l'unique condamné en prenant des précautions particulières (masque à gaz, tablier de caoutchouc, gants de caoutchouc), alors qu'il n'y a pas d'obstacle comparable à la circulation d'air, et que la température du cadavre est là aussi supérieure à 26°.

Si ces problèmes matériels et techniques ont en effet connu une solution pratique, celle-ci doit exister. Il faut bien cependant constater que les témoignages d'hommes comme Hoess ou Gerstein, censés être des techniciens du gazage de masse, alors mêmes que leurs aveux sont prétendus spontanés et coopératifs, donnent des gazages une description sommaire, simpliste et tout simplement irréelle. Ne doit-on pas en déduire que la représentation qu'ils s'en font au moment où ils écrivent ne procède pas d'une expérience véritable?

En se refusant à entendre ces questions, en les refoulant, en opposant l'argument d'autorité à des interrogations de nature strictement technique, n'y a-t-il pas "interprétation technique fallacieuse"? De même, en se référant à une aération magique, sans étudier les capacités réelles de l'installation de ventilation?

Ni la Ligue, ni M. Wellers ne montrent en quoi les interprétations techniques du Professeur seraient fallacieuses. L'une et l'autre affirment qu'elles sont fallacieuses puisque les gazages ont existé.

 

La traduction de Vergasungskeller, dans le document du 29 janvier 1943 mérite un commentaire particulier. La Ligue, dans ses écritures de justice, affirme de facon péremptoire que le terme "Vergasungskeller" se traduit par "cave de gazage", ce qui, dans son esprit, impliquerait gazage homicide. Les preuves abondent pourtant que les Allemands utilisaient le mot "Vergasung" pour désigner des gazages de désinfection. "Vergasung" peut signifier, selon le contexte, soit "carburation", soit "gazage". Le mot "carburation" peut recouvrir des réalités diverses, selon qu'il s'agit d'un carburateur de voiture, ou de l'appareillage décrit dans les notices techniques d'un constructeur de crématoires, et destiné à préchauffer le mélange gazeux admis dans le four à l'aide des gaz chauds recueillis à l'arrière du four. Le mot "gazage" également peut signifier soit un gazage de désinfection, soit un gazage homicide.

Dans Le Monde du 16 janvier 1979, le Professeur avait protesté contre l'utilisation téméraire de ce document et contre la traduction abusive par "cave de gazage" au sens de gazage homicide. Il écrivait: "... dans la lettre qu'on me cite du 29 janvier 1943 (lettre qui ne porte même pas l'habituelle mention de "Secret") Vergasung ne signifie pas "gazage" mais "carburation". Vergasungskeller désigne la pièce en sous-sol où se fait le mélange gazeux qui alimente le four crématoire."

Dans sa tentative de réponse (Les Chambres à gaz ont existé), Georges Wellers ne conteste nullement que le mot "Vergasung" puisse, dans certains cas, signifier "carburation", ni que les crématoires puissent être équipés de cet appareillage identique à celui des fours Siemens, ni le fait que, lorsque cet appareillage est installé en sous-sol, les notices techniques utilisent le terme "Vergasungskeller" pour désigner aussi bien l'appareillage lui-même que la pièce en sous-sol qui le contient. Contrairement à la Ligue, Georges Wellers a entendu l'objection, il l'a comprise. Et il a, face a l'objection, une attitude partiellement scientifique. Il se refuse à créer la chose à l'aide du mot. Il prend l'avis d'un technicien des fours, il se renseigne sur les contraintes matérielles d'une telle installation, et démontre ainsi que la "Leichenkeller 1" du plan ne peut pas avoir été une "Vergasungskeller", au sens où le professeur prétend le traduire: "cave de carburation". Sa démonstration est probante, à ceci près que le professeur n'a jamais prétendu dans son article du Monde qu'il identifiait la "Vergasungskeller" avec la Leichenkeller 1. Ni le SS Hauptsturmfuehrer, auteur de la lettre, ni le Professeur ne donnent la moindre indication qui permette de localiser et de préciser l'emplacement de cette "Vergasungskeller". A plus forte raison, rien ne permet de l'identifier à la Leichenkeller 1 et d'attribuer cette identification, comme une évidence, soit à l'auteur de la lettre, soit au Professeur.

Ce que l'on sait, en revanche, c'est qu'au moment où la lettre est écrite -- janvier 1943 -- l'installation n'est pas réalisée. On peut donc penser que l'auteur de la lettre désigne par "Vergasungskeller" l'emplacement en sous-sol prévu pour recevoir ces installations et, à ce moment, vide. S'agit-il de la pièce en sous-sol désignée sur le plan de Leichenkeller 3, et qui connaîtra finalement une autre destination, ou d'un espace non identifié clairement sous la salle des fours elle-même?

Ces installations complexes et de haute technicité pour l'époque n'ont finalement pas été réalisées; non plus que les générateurs latéraux indiqués sur certaines notices de la firme Topf und Soehne et prévus initialement sur le plan. En fait, n'ont finalement été installés que des ventilateurs latéraux plus sommaires destinés à augmenter le tirage des cheminées. Dans l'ensemble, la réalisation matérielle des Krémas II et III, fin 1942-début 1943, est plus sommaire que les plans concus en 1941-1942 ne le prévoyaient. La capacité de crémation des fours s'en est trouvée réduite d'autant.

Dans l'état actuel des recherches documentaires et archéologiques, aucun spécialiste n'est encore parvenu à fournir une localisation entièrement satisfaisante de cette "Vergasungskeller". Or, cette localisation est nécessaire pour arrêter une traduction définitive de ce terme.

Notons cependant que, contrairement à la Ligue, Monsieur Wellers ne refuse pas a priori le sens proposé par le Professeur. Ayant identifié une fois pour toutes et sans preuve la "Vergasungskeller" de la lettre et la Leichenkeller 1 du plan, il fait intervenir des arguments techniques pour prouver que cette Leichenkeller 1 ne peut en aucun cas avoir été une cave de carburation, ce qui, répétons-le, semble évident et n'avait jamais été envisagé par personne d'autre que lui. Il en conclut que le mot "Vergasung" ne peut donc, dans ce cas, être traduit par "carburation". Reste le sens "gazage" que, dans son livre, il interprète aussitôt au sens de gazage homicide. Il en conclut que la Leichenkeller 1 est une chambre à gaz homicide. Le mot "Vergasung" crée la chose.

Mais, dans une lettre du 24 mai 1982 adressée au Bulletin des Amis de Paul Rassinier, M. G. Wellers prend la peine d'éliminer l'interprétation "gazage de désinfection" que personne n'avait suggérée. Là encore, il a une attitude partiellement scientifique. Il se refuse à admettre que le mot suffise à créer la chose, il se documente concrètement sur la chose elle même. Voici ses propres termes:

"..., il serait bon de préciser tout de suite, à l'intention des lecteurs de Monsieur Faurisson, que cette suggestion ne tient pas debout. En effet, dans une lettre datée du 28.5.1942, la firme "DEGESCH", constructeur des chambres de désinfection dans les camps de concentration nazis, répond par la négative à une commande de chambres de désinfection de 75 mètres cubes, parce que cela présente de très grosses difficultés techniques par rapport à la fabrication de chambres de désinfection habituelles de 25 mètres cubes, et déclare impossible l'aménagement des chambres de désinfection de 200 mètres cubes. Alors, il est évident que dans le cas d'une chambre de 506,10 mètres cubes, son aménagement en chambre de désinfection est hors de question".

Les arguments de Monsieur Wellers semblent ici corrects, sauf à supposer que la Leichenkeller 1 (210 mètres carrés x 2,41 mètres =506,10 mètres cubes) était divisée par des cloisons et comportait des installations sur lesquelles nous n'avons pas le moindre élément d'information. Mais comment peut-on, après avoir valablement démontré que la Leichenkeller 1 du plan ne peut avoir été ni une cave de carburation ni une cave de désinfection conclure qu'il s'agit nécessairement d'une chambre à gaz homicide, sans nous expliquer pourquoi les sévères contraintes techniques évoquées par la DEGESCH disparaissent magiquement dès lors qu'il s'agit de gazer des hommes? N'y a-t-il pas ici "interprétation technique fallacieuse"?

Nous avons dû nous écarter des écritures judiciaires et du texte des conclusions pour informer le lecteur d'une petite partie des débats qui se poursuivent sur le sujet hors des prétoires et dont la Ligue ne tient aucun compte alors même que les auteurs dont elle tire ses certitudes y participent. La Ligue, elle, refuse le débat et veut le bloquer par une décision judiciaire. S'appuyant sur un avis d'expert déposé au tribunal et signé de Monsieur Borten, traducteur assermenté honoraire, la Ligue prétend péremptoirement que "Vergasungskeller" signifie "cave de gazage" et que "cave de carburation" ou "cave de gazéification" seraient des fantaisies arbitraires, linguistiquement impossibles. Dans un autre avis d'expert que la Ligue mentionne à l'alinéa suivant, le même Victor Borten prétendait que le mot "Leichenkeller" n'existait pas en allemand, qu'il s'agissait d'un mot en usage exclusivement parmi les dirigeants nazis chargés de l'extermination pour désigner une réalité criminelle. Cette manière d'interpréter un document (en l'occurrence le plan du Kréma II, publié pour la première fois par le Professeur dans le livre Vérité historique ou Vérité politique? de Serge Thion, où figure le mot "Leichenkeller" là où Victor Borten s'attendait a trouver "Gaskammer",) fait penser au test bien connu des psychologues et qui consiste à présenter à un patient une planche de taches d'encre et à lui demander de décrire ce qu'il voit. Les descriptions renseignent davantage sur leur auteur que sur les taches.

Dans ses conclusions, le Professeur rapporte de multiples preuves d'utilisation, en dehors de tout contexte criminel, du mot "Leichenkeller". Faut-il ajouter qu'en 1974 la municipalité de Berlin a inauguré un crématoire doté d'une "Leichenkeller" de 500 places, dont la construction a commencé en 1978, le projet décidé en 1969 sur des études préliminaires remontant à 1965 et l'idée première à 1963? Le mot "Leichenkeller" figure bien sur les plans et dans les notes techniques.

 

II. -- Venons aux "dénaturations de textes" reprochées au Professeur.

 

Il n'échappera pas au lecteur que les deux attendus de la Ligue sont d'un laconisme surprenant. Le Professeur aurait ainsi dénaturé le journal de Kremer sans que l'on sache où et comment puisqu'aucune référence n'est fournie. Le lecteur désireux de vérifier les affirmations de la Ligue sera donc contraint de tout lire et de comparer sur ce sujet les écrits nommés avec ceux du Professeur. Il constatera d'abord que ce dernier n'a rien commis d'aussi inconvenant. Il remarquera à l'opposé que le Professeur cite avec scrupule les documents et les arguments susceptibles d'étayer la thèse de ses adversaires et qu'il présente sa propre argumentation en prenant le soin constant de différencier l'élément documentaire de l'activité interprétative. Si, d'aventure, venait au lecteur l'idée de poursuivre la comparaison, il serait contraint de découvrir que d'immortels écrits, émanant d'historiens éminents tels que MM. Poliakov, Wellers, Klarsfeld, etc. comportent en effet des dénaturations de textes.

Ainsi, les textes présentés par la Ligue ont bel et bien été adultérés.

 

III. -- Abordons maintenant les omissions

reprochées au Professeur

 

Une confrontation avec les réponses de l'accusé fait apparaître ici un mécanisme similaire. La Ligue se révèle imprudente dans ses accusations. Elle se réfère à des documents dont elle est seule à croire encore qu'ils existent et va jusqu'à attribuer à Eichmann l'établissement d'un prétendu procès-verbal de la réelle conférence de Wannsee, et ce, contre l'opinion de tous les spécialistes.

 

IV. -- Il reste, enfin, les sources judiciaires écartées.

 

Les deux derniers attendus méritent qu'on s'y arrête. Le Professeur y est accusé d'écarter en "quelques mots et sans plus s'expliquer sérieusement" les témoignages des "rares rescapés des sonderkommandos"; il lui est ensuite reproché d'écarter "également sans aucune explication" les "témoignages et récits" de cinq "exécutants SS", Hoess, Kremer, Entress, Broad et Gerstein. Or le Professeur s'est expliqué sur chacun de ces cas, y compris dans des documents et des pièces adressés à la Ligue, et fournis à la justice. Certains de ces témoignages et récits ont fait l'objet de critiques exhaustives de la part d'autres historiens. Le Mémoire déposé au tribunal est principalement consacré au témoignage de Kremer. Les récits de Gerstein ont fait l'objet de réserves aussi bien du Professeur que d'historiens qui lui sont hostiles. Quant au récit de Pery Broad, démenti par son auteur, il raconte un gazage dont il aurait été témoin, vu de l'intérieur de la chambre homicide, en adoptant le point de vue et les sentiments d'une victime! Plus aucun historien, digne de ce nom, n'accorde le moindre crédit au "témoignage" de Broad, qui semble beaucoup devoir aux soins attentifs des services britanniques.

Ainsi, en deux alinéas, la Ligue commet-elle les imprudences fautives qu'elle reproche au Professeur, en révélant l'extrême fragilité des sources sur lesquelles elle entend asseoir sa certitude.

Dans l'alinéa suivant, la Ligue, que rien n'arrête, reproche au Professeur d'avoir "au surplus omis, par une négligence coupable, de mentionner des documents importants allant à l'encontre de sa thèse". La Ligue fait cette fois preuve d'une prudence trop facilement remarquable, en ne mentionnant aucun des documents prétendument omis. Faut il rappeler que la Ligue n'a jamais mentionné aucun document allant à l'encontre de sa propre thèse? Qu'elle n'a jamais mentionné de travaux critiques qu'en les dénaturant? Qu'elle n'a jamais cité les opinions des historiens sur lesquels elle s'appuie par ailleurs lorsque ces opinions s'écartaient un tant soit peu de la version des faits qu'elle entendait édifier? L'insaisissable Ligue n'a-t-elle pas omis de mentionner enfin dans ses écritures judiciaires les documents probants fournis par le Professeur et déposés au tribunal?

Cette série d'imprudences laisse transparaître le vague soupcon qui hante les ligueurs: tout bien battu et rebattu, le Professeur ne serait-il pas le dépositaire du savoir sur l'affaire?

Car enfin, les historiens montrés du doigt pour "révisionnisme" ne sont-ils pas obligés (il faut bien préserver son droit de vivre) de consacrer l'attention la plus minutieuse aux arguments et aux documents fournis par leurs accusateurs?

Aucun document n'a donc été omis, ainsi que les covenants veulent le faire accroire. Mais que penser, dès lors, d'accusateurs assez impitoyables pour pousser l'ébriété de leur logique jusqu'à laisser entendre dans leurs affirmations que l'accusé négligerait leurs preuves, alors qu'un seul de leurs documents, s'ils daignaient enfin le produire, déferait la thèse du Professeur?

Nous commencons à comprendre. L'on croit de bonne foi quelque rumeur, errare humanum est; l'on y adhère par sympathie; l'on s'y habitue par crainte de faire de la peine à ceux qui s'y sont attachés; l'on commence cependant à déchiffrer chez l'incrédule les défaillances de raisonnement que véhicule la rumeur; avec le temps, les raisons de l'incroyant agacent, car inconsciemment l'on a peur de s'être trompé. Perseverare diabolicum: il reste l'impérieuse obligation de bâillonner l'adversaire pour transformer une simple censure collective en refoulement définitif; le problème n'existe pas puisque l'on n'en parle plus; et comme l'on n'en parle plus, il n'a jamais existé.

Le procédé est simple, efficace et sans embarras.

L'expérience psychanalytique permet d'élucider ce phénomène dans lequel le message issu d'une culpabilité refoulée dans l'inconscient revient vers son émetteur mais "sous forme inversée", selon la formulation conjointe de Cl. Lévi-Strauss et J. Lacan. Qu'est-ce à dire? La Ligue, de bonne foi, dit ce qu'elle refoule, en croyant l'identifier chez l'adversaire qu'elle accuse. La critique de la preuve lui renvoie cette accusation de falsification dont elle est inconsciemment coupable. Une alternative se présente alors ici. Ou bien l'émetteur du message entend ce qu'il disait malgré lui dans ses propos inconsidérés et le reconnaît noblement pour que commence le dialogue; ou bien il n'entend rien, ni de ce qu'il dit malgré lui, ni par conséquent ce que dit l'adversaire et persiste à marcher sur l'eau. Dans la première hypothèse, le fait d'entendre ce qu'elle disait malgré elle, quoiqu'avec un temps de retard, permettrait à la Ligue de couper les lauriers. Ce serait pour elle le temps de conclure sur ce qu'elle désire et veut en vérité. Elle reconnaîtrait s'être d'abord méprise sur la nature du mystère; elle avouerait s'être inquiétée à tort; tout ceci vaudrait pour amende honorable, puis elle entrerait, de bonne grâce, dans le débat. Dans la seconde hypothèse: pour maintenir son accusation, la Ligue -- ces conséquences sont inéluctables -- doit se résigner à la falsification consciente et volontaire, au mensonge officiel.

Plutôt que de se laisser entraîner vers ces horizons, il est probable que chacun pour soi, de près ou de loin, sera touché par l'effraction de cette vérité dans l'histoire familiale et collective qui le relie aux siens et à un Etat qui n'est pas ici sans responsabilités.

C'est la question essentielle, lecteur, que nous te laissons.

Pour ce qui concerne la qualité de la vie civile, nous pensons qu'il est grand temps de rétablir le respect que mérite l'histoire qui est interprétation de faits vérifiables, ainsi qu'il est de règle depuis Thucydide.

L'histoire documentaire est ce bien universel qui rassemble les peuples et sans lequel nos oreilles bourdonneraient encore à la répétition infinie de récits ancestraux et inconciliables.

 

Le temps de conclure est venu.

Que l'outrecuidante Ligue se moque des faits, nous l'avons démontré avec les précisions nécessaires pour que le lecteur puisse le constater.

Que la Ligue méprise les autres, c'est ce qu'elle manifeste par le peu de cas qu'elle fait des historiens et par l'impolitesse sans rivage avec laquelle elle traite les arguments de son adversaire élu.

Rappelons ici une déclaration publiée dans Le Monde par trente-quatre historiens, le 19 janvier 1979. Elle se terminait sur ces phrases:

"Il ne faut pas se demander comment, techniquement, un tel meurtre de masse a été possible. Il a été techniquement possible puisqu'il a eu lieu. Tel est le point de départ obligé de toute enquête historique sur ce sujet. Cette vérité, il nous appartenait de la rappeler simplement: il n'y a pas, il ne peut y avoir de débat sur l'existence des chambres à gaz."

 

La cause de tout ce tumulte, c'est ici qu'il convient d'aller la chercher. Car enfin, les véritables responsables, ce ne sont pas le Professeur, ni quelques cohortes étiques d'un nazisme hyper-réaliste, et pas davantage la Ligue. Non, les vrais coupables, ce sont ces profs dans la foi et la notoriété desquels s'enracine la frénésie de la Ligue.

Où en sont, trois ans plus tard, ces Incroyables?

Le 21 avril 1982 a été fondée l'ASSAG (Association pour l'étude des Assassinats par Gaz). L'association se propose de "rechercher et contrôler les éléments apportant la preuve de l'utilisation des gaz toxiques par les responsables du régime national-socialiste en Europe pour tuer les (sic) personnes de différentes nationalités; contribuer à la publication de ces éléments de preuve; prendre à cet effet tous les contacts utiles au plan national et international." Parmi les membres fondateurs, figurent Madame Renée Aubry, chef de cabinet du ministre des Anciens Combattants; M. Jean-Louis Crémieux-Brillac, Directeur de la Documentation Francaise; M. Jacques Delarue, commissaire divisionnaire honoraire au ministère de l'intérieur; M. Augustin Girard, Directeur d'un département au ministère de la Culture; M. Pierre Vidal-Naquet, "historien-auteur notamment d'une étude en réponse aux affirmations faurissoniennes"; Me Bernard Jouanneau, "avocat du comité d'Action de la Résistance dans le procès Faurisson en 1981 à Paris[(1)]; M. Jean-Pierre Faye, "écrivain -- engagé dans la lutte contre les thèses révisionnistes". On relève aussi les noms de Mme Geneviève de Gaulle Anthonioz, de Mme Anise Postel-Vinay, de M. Serge Choumoff, auteur d'un opuscule intitulé: Les chambres à gaz à Mauthausen (1972); ce dernier, en 1982 est présenté comme l'auteur "d'un ouvrage sur la (sic) chambre à gaz de Mauthausen". Madame Germaine Tillion préside l'association et M. G. Wellers est vice-président.

Il s'agit en principe d'une association privée, mais cette association envisage d'en appeler aux fonds publics. Si l'on en juge par l'entregent des membres fondateurs, il faut s'attendre à ce que le citoyen finance la Quête désormais mystique de la Preuve. N'est-il pas stupéfiant que ces historiens perdus aient fondé une association pour rechercher et contrôler les éléments apportant la Preuve qu'ils ont toujours proclamée indubitable? Ne l'auraient-ils donc pas contrôlée avant d'écrire leurs ouvrages? La fondation de l'ASSAG n'apporte-t-elle pas un démenti transparent à leur fracassante déclaration du Monde?

En suite de quoi, ils organisèrent un colloque à huis clos et répondirent aux arguments adverses par du vent, sans abandonner l'insulte d'antisémitisme que l'inflation émousse. On admire déjà la merveilleuse sociologie et l'anthropologie incroyable qui s'élabore sur cet homme privé d'histoire.

Ces conduites puériles sont indignes de personnes de qualité.

Il n'est pas de plus grand danger que l'abandon de la rectitude de la pensée dont les clercs ont la garde. Nous faudrait-il assister sans rien dire à la disqualification publique et au déclin dès lors inévitable d'une prestigieuse école historique dont le Peuple francais s'honore à juste titre: I'Ecole des Annales?


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