Et ce fut la guerre...
La première prise de position de Pie XII qui fut [146] rendue publique, se situe le 14 septembre 1939: sa réponse au nouvel ambassadeur de Belgique qui ce jour-là était venu lui présenter ses lettres de créance:
Puis vint la phrase qui définit son attitude pendant toute la guerre:
D'une paix «juste et honorable pour tous», non du retour au statu quo.
Sur quoi, M. Saül Friedländer: «Il va de soi qu'une paix excluant le retour au statu quo ne peut que faire le jeu des Allemands 2.». Et en vertu de quoi il faut se garder d'un retour à «une paix juste et honorable pour tous» mais si l'on songe que c'est justement parce que le Traité de Versailles n'avait pas fait «une paix juste et honorable pour tous» - particulièrement pour les Allemands déjà [147] - que nous avons eu Hitler et la Seconde Guerre mondiale, on ne peut qu'être effrayé par les mobiles qui commandent les démarches de pensée de M. Saül Friedländer: alors, jamais de paix juste pour les Allemands? Et réparer les torts qui leur avaient été causés en 1919 ne serait que «faire leur jeu», non rétablir les conditions de la justice? Autant décréter tout de suite que le souci de la justice n'est pas un impératif de la morale.
De tels propos ne résistent pas à l'examen. Aussi bien, Pie XII qui, quoique dans une forme moins nette, les a entendus des diplomates alliés, ne s'y est jamais arrêté. Sa première encyclique, Summi Pontificatus, s'inscrit, le 20 octobre suivant, dans la ligne de conduite dont il avait énoncé le principe dans sa réponse du 14 septembre à l'ambassadeur de Belgique: une prise de position en faveur du retour à la paix, qui, au surplus, au mot de Pie XI selon lequel «spirituellement nous sommes tous des sémites», répond en écho: «Il n'y a ni Grecs ni juifs», ce qu'on a un peu trop oublié. A tel point que, sur le moment même, cette encyclique a été accueillie dans le camp des Alliés comme «une charte de la morale internationale».
En de nombreuses autres circonstances, il réaffirmera ces positions de principe:
«Aucune nouvelle ne pouvait Nous être plus agréable pour Noël étant donné qu'elle manifeste [...] une contribution importante à Nos efforts pour l'établissement d'une paix juste et honorable 4»;
On n'a pas jugé indispensable de donner les extraits de ces différents textes qui montrent le pape soucieux de créer, entre les peuples et les hommes d'État, un climat psychologique susceptible d'incliner à la reprise des relations internationales. C'est pour cette raison qu'on en a donné les références exactes: le lecteur pourra aisément s'y reporter.
[150]
Participe du même souci d'abréger la guerre, ceci que nous lisons sous la plume de l'historienne anglaise trop peu connue Anne Armstrong:
«... le pape Pie XII fit, en juin 1944, avertir le président Roosevelt par l'envoyé de celui-ci, Myron Taylor, que le temps de la paix ne subsisterait que s'il prenait la charité chrétienne comme base, en excluant tout désir de vengeance et tout élément de haine. L'exigence d'une capitulation sans conditions, expliqua le pape à Taylor, était incompatible avec la doctrine du Christ 17.»
Avec la raison et le simple bon sens aussi: il n'est aujourd'hui plus guère de gens que les faits connus n'ont pas convaincus que cette exigence a prolongé la guerre d'un minimum de deux années.
Si, maintenant, du plan de ces principes constamment réaffirmés par Pie XII on descend à celui des conclusions pratiques qu'il en a tirées, je veux dire aux interventions diplomatiques qu'elles lui ont inspirées, elles sont de deux sortes, aussi bien dans le sens de la limitation de l'extension du conflit que dans celui du retour à la paix générale: celles qui sont attestées par des textes irréfutables et celles qui ne le sont que par des propos de témoins plus ou moins qualifiés.
Parmi celles qui sont irréfutablement attestées figurent ses multiples interventions pour empêcher l'Italie d'entrer dans le conflit.
Et c'est vrai.
Quelques preuves parmi les plus significatives:
On sait que Mussolini était irréversiblement engagé dans la voie de l'intervention. Pie XII dut avouer son impuissance le 2 juin devant le Sacré Collège. Le 10, l'Italie déclarait la guerre à la France.
Pour agir contre l'entrée en guerre de l'Allemagne contre la Russie, puis du Japon contre les États-Unis et enfin, par voie de conséquence, de l'Allemagne contre les États-Unis, Pie XII était beaucoup plus mal placé, sinon totalement désarmé: dans l'un et l'autre cas, il fut mis devant le fait accompli. Du moins refusa-t-il de céder, aussi bien d'entrer dans une croisade antinazie comme l'en sollicitaient les Alliés sans désemparer, que dans une croisade antibolchevique comme l'en sollicitaient, non moins sans désemparer, les puissances de l'Axe, ce qui eût été, [154] dans l'un et l'autre cas, entrer dans la guerre aux côtés des uns ou des autres.
Ici aussi, des textes font foi:
«Radio-Moscou a pu annoncer en 1943 que Pie XII avait refusé de collaborer avec Hitler dans une croisade contre la Russie soviétique», dit l'Osservatore Romano du 16 janvier 1945, et aucun démenti n'a jamais été opposé à cette déclaration.
Puis de Pie XII lui-même:
«Nous Nous sommes gardé, en particulier, malgré certaines pressions tendancieuses, de laisser échapper de Nos lèvres ou de Notre plume une seule parole, un seul indice d'approbation ou d'encouragement en faveur de la guerre entreprise contre la Russie en 1941 24.»
Et on peut le croire puisque M. Saül Friedländer lui-même en convient 25 tout en maintenant que l'attitude de Pie XII ne lui était inspirée que par ses sympathies pour l'Allemagne nazie, seul rempart contre le bolchevisme, ce qui, en matière de contradiction, est un modèle dans le genre 26.
En septembre 1941, les Anglo-Saxons jusqu'alors neutres, s'apprêtent à soutenir les Russes. Le 9, M. Myron Taylor remet à Pie XII une lettre datée du 3 par laquelle Roosevelt l'informe des raisons qui militent en faveur de cette décision: la dictature russe moins dangereuse pour la sûreté des autres nations que la dictature allemande, les crimes nazis. Suit une raison qui devrait décider le pape à inviter [155] les catholiques américains à s'engager dans la même voie que leur président, c'est-à-dire s'y engager lui-même et le soutenir devant l'opinion américaine, à savoir que la situation religieuse s'est améliorée en Russie, un patriarche orthodoxe venant d'être élu à Moscou avec l'approbation du gouvernement, une reprise de la célébration du culte y ayant été autorisée. Le pape décline l'invitation et Taylor rend compte: «Sa Sainteté a confirmé que le Saint-Siège condamne le communisme athée et les systèmes totalitaires mais il continue à regarder le peuple russe avec une affection toute paternelle.» Dans son Message de Noël 1941, il confirma dans une forme génerale ce refus de prise de position dans le sens où il en était sollicité par Roosevelt: «Dieu nous est témoin que Nous aimons d'une égale affection tous les peuples, sans aucune exception et, c'est pour éviter jusqu'à l'apparence d'être guidé par l'esprit de parti, que Nous Nous sommes imposé jusqu'ici une extrême réserve 27.»
On comprend dès lors le sens que, ainsi rétabli dans son contexte, le mot «réserve» autour duquel les adversaires de Pie XII pacifiste ont fait un tel battage, doit prendre. L'ambassadeur du Reich à Madrid a sûrement raison lorsqu'il écrit: «Le pape n'aurait pas fait preuve d'une grande compréhension à l'égard de cette attitude [de Roosevelt] et aurait souligné une fois de plus, que l'extension du conflit serait la plus grande catastrophe. Il se réjouissait cependant de ce que les États-Unis fussent encore neutres, car ce n'est [156] qu'ainsi qu'ils pourraient participer avec le Saint-Siège au rétablissement de la paix 28.» Toutes les paroles du pape, tous ses écrits vont dans ce sens - on croit l'avoir indiscutablement établi.
Et si, le 11 décembre, Bergen écrit: «Dans les milieux du Vatican, l'attitude de Roosevelt est sévèrement critiquée. Le président s'est, non seulement efforcé d'étendre le conflit à d'autres pays, mais a réussi à manoeuvrer de manière à faire entrer son propre pays dans la guerre 29», il n'est pas douteux que, sous cette forme, il prête au Saint-Siège une pensée qui est la sienne propre, mais il a incontestablement raison: Roosevelt, effectivement, a manoeuvré pour «étendre le conflit à d'autres pays et faire entrer [le sien] propre dans la guerre». Sa politique avec le Japon, relativement aux échanges commerciaux entre les deux pays, le prouve amplement et le contenu de sa lettre à Pie XII du 3 septembre 1939, sans la moindre provocation de l'Allemagne, est un aveu. On peut seulement s'étonner qu'ayant ainsi manoeuvré, il ait été pris au dépourvu par Pearl Harbour le 7 décembre suivant et, tout comme le pape, placé devant le fait accompli.
Dans toute cette affaire, M. Saül Friedländer conclut par la mise en valeur des informations transmises par l'ambassadeur allemand Bergen à la Wilhelmstrasse, le 21 mars 1942:
Que les nonces du pape en Amérique du Sud aient été, comme Pie XII lui-même, contre l'extension du conflit, cela va de soi. Qu'ils ne s'en soient pas cachés dans la forme où Pie XII lui-même ne s'en cachait pas, ne va pas moins de soi. Mais de là à parler de «pression», il y a plus d'un pas, d'où le démenti. Et que Pie XII ait été orienté dans cette voie «poussé par le gouvernement italien» auquel il aurait obéi, voilà qui dépasse l'entendement si l'on veut bien se rappeler avec quelle fermeté il répondait aux remontrances qui lui étaient faites par le Duce 31.
Que l'ambassadeur allemand communique cela à son gouvernement pour expliquer un de ses échecs, passe encore. Que M. Saül Friedländer le prenne pour argent comptant, c'est une simple insinuation, conforme à sa manière, d'ailleurs, qui, tout au long de son étude, n'est qu'insinuation.
Car ici comme en toutes occasions, c'est parce qu'il était contre l'extension du conflit, non pour faire plaisir au Duce, que Pie XII s'est comporté comme il l'a fait. Parce qu'il était soucieux du retour de la paix [158] et que, pour ramener la paix, le meilleur moyen n'est jamais d'étendre la guerre à des pays qui n'y sont pas encore engagés.
Il ne reste plus, maintenant, qu'à montrer au même plan pratique, c'est-à-dire diplomatique, comment, s'étant efforcé d'empêcher le conflit de s'étendre, Pie XII a, selon ses propres termes, «épié... toutes les occasions qui s'offraient... d'acheminer les peuples... vers la conclusion d'une paix juste et honorable pour tous» et comment il les a utilisées.
Il faut d'abord en convenir: bien qu'il n'eût jamais cessé, ni de le désirer ni de l'espérer, jamais les circonstances ne lui permirent, comme à Benoît XV pendant le premier conflit mondial, de lancer une offensive diplomatique de paix pendant le second. Tout au plus put-il essayer de mettre les parties en contact. Et voici, dans l'ordre chronologique, les occasions qu'il en eut:
1. La campagne de Pologne étant terminée à son avantage, Hitler demande à Mussolini, mieux placé que lui puisqu'il est toujours neutre, de procéder à des sondages de paix sur la base d'un compromis prévoyant une Pologne amputée de ses minorités allemande, ukrainienne et lithuanienne. Le Duce fait deux choses: d'une part, à la mi-septembre, il charge Il Popolo d'Italia de publier une série d'articles pressant l'Angleterre et la France d'accepter un compromis sur cette base, de l'autre, il demande au Comte Ciano, son ministre des Affaires Étrangères, de faire [159] transmettre à Pie XII une prière d'user de son influence à Londres et à Paris pour faciliter une telle ouverture de paix. Le 22 septembre, l'Osservatore Romano publie celui de ces articles qui reflète le mieux les conditions du compromis, et cette publication, à soi seule, établit indiscutablement que Pie XII était favorable à une ouverture de paix dans cette forme, d'ailleurs très acceptable puisque, si elle avait été suivie d'effets, la Russie n'étant pas en guerre, c' était la paix retrouvée.
Sur ce, le 8 octobre suivant, Hitler prononce au Reichstag un discours qui est une proposition de paix générale: pas de buts de guerre contre la France et l'Angleterre, plus de demande de révision du Traité de Versailles sauf pour les colonies, un État polonais indépendant après règlement du problème des minorités européennes au cours d'une conférence générale qu'il proposait, règlement du problème juif, désarmement, coopération européenne... Rien de tout cela qui ne fût juste: plus précis et donc plus acceptable encore que les articles de Il Popolo d'Italia.
Deux auteurs prétendent, sans en préciser la date, que Mgr Maglione, Secrétaire dÉtat du Vatican, chargea les nonces à Paris et à Londres de remettre un message pontifical dans ce sens aux deux gouvernements: M . Paul Duclos et M. Mourin. Le premier parle d'une «offre de bons offices» qu'il caractérise ainsi: «Le pape se contente de formuler son souhait de voir la paix restaurée en Europe et conseille aux deux nations de saisir la première occasion pour atteindre ce but 32.» Et le second: «L'intervention [160] du Vatican resta vague et prudente. il désirait éviter qu'une prise de position trop nette ne produisît un trouble de conscience chez les catholiques des pays en guerre 33.» Dans les Actes de Pie XII publiés par la Bonne Presse 34, enfin, on lit qu'en matière d'interventions diplomatiques: «Par les voies ordinaires officielles, Pie XII accepta (fin 1939-début 1940), sur la demande de milieux politiques et militaires allemands influents, de transmettre quelques demandes sur les buts de guerre et les conditions de paix à l'autre partie belligérante» et que «l'intervention du pape (sous-entendu: dans la guerre) se borna à cette transmission».
Conclusion: il s'agissait de ces notes de sondages qui sont de tradition dans la diplomatie vaticane: avant de proposer ses «bons offices», Pie XII voulait d'abord connaître quelles chances de succès sa proposition aurait. Elle n'en avait aucune. Du haut de la tribune de la Chambre des Communes, la réponse aux propositions de paix de Hitler arriva par la voix de M. Chamberlain , le 12 octobre: «Aucune confiance, disait-il, ne peut être accordée à l'actuel gouvernement allemand.» Le lendemain, 13 octobre, Hitler concluait: «que Chamberlain, en refusant son offre de paix, avait délibérément choisi la guerre». L'initiative du pape en resta là: il n'avait plus Il de raison de proposer ses bons offices.
2. Le 7 novembre 1939, la reine de Hollande et le roi des Belges proposaient leur médiation aux [161] belligérants. Les rois de Danemark et de Norvège, de Suède, de Roumanie et le président de la république de Finlande, appuient la démarche. Le Vatican aussi 35.
3. La demande ci-dessus de ses buts de guerre et de ses conditions de paix à l'autre partie belligérante, de la part des Allemands.
4. Le 11 mars 1940, au cours de sa visite à Rome dont il a déjà été question 36, Ribbentrop aurait, selon Camille Cianfarra, soumis à Pie XII avec prière de répercuter chez les Alliés, un plan de paix en onze points. Mais rien ne permet de penser que ce plan ait été effectivement soumis par Ribbentrop à Pie XII, sauf les démentis, dont l'information publiée par la presse de l'époque fit l'objet et de la part de Londres, de Paris, de Berlin et du Vatican lui-même 37.
5. Le 28 juin 1940, après l'écrasement de la France, Mgr Maglione remet aux ambassadeurs d'Allemagne, d'Angleterre et d'Italie près le Saint-Siège, la note suivante:
Le 19 juillet, dans un grand discours qu'il prononce au Reichstag, Hitler propose officiellement la paix à la Grande-Bretagne qu'il n'a, dit-il, aucun désir de détruire et à l'empire colonial de laquelle il n'a pas la moindre intention de porter atteinte. Le 21 juillet, par une allocution radiodiffusée, Lord Halifax proclame en réponse: «Nous continuerons la lutte jusqu'à ce que la liberté soit assurée 39.»
Le 26 juillet, le Secrétaire d'État aux Affaires Étrangères du Reich, Weizsäcker, communique au nonce Orsenigo la réponse du Reich au message de Pie XII:
Pie XII, en conséquence, n'intervint pas officiellement.
6. Paul Duclos rend publics des renseignements qui, dit-il, lui ont été communiqués par la famille de feu le Dr Domenico Russo, antifasciste notoire, qui fut président du Comité italien de libération, apôtre acharné de la paix, ami de Francesco Nitti, de Mgr Maglione et de certaine personnalité (non nommée) de l'entourage de Hitler. Selon ces renseignements, en août 1942, Mgr Maglione et le Dr Domenico Russo seraient tombés d'accord qu'on pourrait peut-être obtenir de Hitler qu'il acceptât une initiative du pape en faveur d'une suspension des hostilités et d'une conférence générale. Sur quoi, le docteur se serait informé et, en octobre, la personnalité non nommée en question lui aurait dit, à l'intention du Saint-Siège, de la part de Hitler: «Malgré les torts de la papauté envers moi, je suis prêt à m'entendre avec le Saint-Siège, si le pape veut intervenir pour la paix.» Mais, avant que le Vatican eût donne sa réponse, le débarquement américain du 8 novembre 1942 aurait tout remis en question. Le Dr Russo aurait repris ses tentatives par la Suisse, puis le Portugal où, ayant réussi à entrer en contact avec le Foreign Office par un de ses amis, il en aurait obtenu, le 22 juin 1943, la réponse suivante: «Si le secrétaire d'État du Saint-Siège demande à notre ministre auprès de lui, M. Osborne, si l'Angleterre [164] est prête à accepter une médiation pontificale, M. Osborne sera chargé de répondre affirmativement.» Mais le Dr Russo ne serait rentré à Rome que le 10 juillet 1943, jour du débarquement des Alliés en Sicile. «Aussi, ajoute Paul Duclos, quand le Cardinal Maglione, pose à Osborne la question convenue, le ministre britannique répond que les instructions qu'il avait reçues ne sont plus valables 41.»
Que penser de tout cela? Il est certain que, sollicité par Hitler de prendre une initiative «en faveur dune suspension des hostilités et d'une conférence générale» sans autre précision, Pie XII n'eût pu décliner la proposition qu'en se mettant en contradiction avec tout ce qu'il avait dit jusque-là. Cette proposition a-t-elle été dans les intentions de Hitler et l'a-t-il formulée en de tels termes que les efforts du Dr Domenico Russo soient allés jusqu'à la question posée par Mgr Maglione à M. Osborne? C'est possible, mais non certain: rien ne l'atteste sauf les mémoires du chef du contre-espionnage nazi, Schellenberg 42 qui, sans nommer personne, font état de négociations de paix avec les Alliés par le truchement de la Suisse, du Vatican et du Portugal, auxquelles Himmler se serait rallié, qui auraient échoué en raison du débarquement américain en Afrique du Nord le 8 novembre 1942 et de celui des Anglo-Américains en Sicile le 10 juillet 1943, S'agit-il des mêmes? Celles-ci, en tout cas, paraissent avoir été menées à l'insu de Hitler et, de son côté, s'il avait fait faire les mêmes démarches par les mêmes [165] hommes, il faudrait admettre qu'il serait tombé dans un piège.
Tout ceci est bien obscur, et, si les renseignements fournis à M. Paul Duclos par la famille du Dr Domenico Russo sont exacts, on ne pourrait tout au plus qu'attester une vélléité d'intervention du Saint-Siège qui n'a eu aucune suite sur le plan diplomatique.
7. On ne signalera que pour mémoire et parce que, dans le cas où elle serait authentique, elle attesterait une ouverture de paix de Hitler en mars 1943, une note de protestation contre l'arrestation des juifs de Rome, adressée le 16 octobre 1943, au général Stahel, commandant militaire de Rome, par Mgr Hudal, recteur autrichien de Santa Maria d'ell Anima, intermédiaire officieux du Vatican et donc dans le secret des dieux. Dans cette note, ce qui suit: «A bref délai, le Reich devra recourir au Vatican pour des missions précises et, déjà en mars, des démarches ont été faites dans ce sens. Il serait très dommage, pour la question de la paix, que cette persécution des juifs dût provoquer (en l'indisposant) un dissentiment entre le Vatican et le Reich 43.»
L'authenticité en est garantie par M. Rolf Hochhuth qui en fait état dans son Vicaire. A ma connaissance, elle n'est discutée par personne. Mais, si on remonte aux sources, on s'aperçoit que seul un journaliste accrédité au Vatican, M. Montefiore, en fait état dans un manuscrit... inédit, nous dit Paul Duclos. C'est assez mince comme garantie d'authenticité. Et, si elle l'est néanmoins, elle n'atteste qu'une [166] démarche de Hitler au Vatican qui ne lui a donné aucune suite.
8. Enfin, une dernière démarche diplomatique à laquelle F. W. Deakin 44 associe le Vatican et qui n'a guère de chances d'être authentique dans les termes où elle est rapportée par cet auteur. En juillet 1943, parmi le personnel politique italien, beaucoup de gens pensaient, dit F. W. Deakin, que le moment était venu de rechercher une solution politique à la guerre, toute solution militaire leur paraissant exclue.C'est vrai: on sait par son journal que le comte Ciano était de ceux-là. Que, comme il l'ajoute, le Duce n'ait pas vu d'un mauvais oeil une solution de ce genre, même si elle ne visait qu'un abandon de l'Allemagne par l'Italie, est tout de même douteux - plus que douteux. Voici la chronologie de la démarche:
Le 17 juillet Bastianini, sous-secrétaire d'État de Mussolini aux affaires étrangères, aurait rendu visite à Mgr Maglione pour lui remettre un mémorandum sur la situation, dans la guerre, de l'Italie par rapport à l'Allemagne, et de l'Axe par rapport aux Alliés. But: ' décider le Vatican à entreprendre des sondages auprès des Alliés pour connaître leurs intentions à l'égard de l'Italie. Escomptant l'approbation du Duce, il espérait pouvoir envoyer un émissaire aux Anglais et son choix. s'était porté sur le banquier romain Luigi Fummi, en rapport avec le groupe Pierpont-Morgan et administrateur des biens du Vatican. Plan de la démarche: Fummi partirait pour Lisbonne avec un passeport diplomatique du Vati[167]can et, de là, pour l'Angleterre avec un visa du Portugal. A Londres, il remettrait, en mains personnelles et au nom de l'Italie, de la Roumanie et de la Hongrie, un message de Bastianini à Eden. Accord de Mgr Maglione (?). Le 18 juillet: entretien Fummi-Duce (?). Le 19 (date donnée comme incertaine): départ en avion de Fummi pour Lisbonne. A Lisbonne, où il est dit qu'il attendit en vain le visa britannique, on perd sa trace au point que la date de son retour à Rome n'est pas donnée. Sa présence y est signalée par un télégramme de l'ambassadeur allemand à... Madrid (!) daté du 26 juillet.
Dans cette affaire, telle qu'elle est présentée, de tout ce que signale F. W. Deakin, la seule chose certaine est ce télégramme qui existe dans les archives allemandes. Il est pour le moins étonnant qu'il vienne de Madrid et que l'ambassade d'Allemagne à Lisbonne n'en ait apparemment rien su. Il n'est d'ailleurs, ce télégramme, à signaler que parce qu'il parle d'efforts du Vatican tendant à obtenir des Alliés une paix séparée avec l'Italie seulement. M. Saül Friedländer en cite trois autres: l'un qui vient de Rome 45 sous le timbre de Weizsäcker, fait état d'une lettre (comme par hasard non retrouvée! ... ) à l'ambassadeur allemand, de l'actuel pape Paul VI alors cardinal Montini et sous-secrétaire d'État au Vatican, qui permet à Weizsäcker de conclure: «que l'Italie sorte bien de la guerre est conforme au désir du Vatican», et, sans connaître cette lettre, il l'avoue à M. Saül Friedländer «qu'il semble (sic) que l'on [168] puisse inférer que le sous-secrétaire d'État était probablement (resic) de ceux qui étaient favorables à un armistice séparé de l'Italie»; le second vient de l'ambassade allemande de Paris 46 et affirme que, dans les intentions du Vatican, la paix avec l'Italie «devrait être un premier pas vers une unité d'action entre les Anglo-Saxons et les Allemands pour créer un front uni euro-américain et chrétien contre l'Asie» mais sans référence; le troisième vient aussi de l'ambassade allemande de Paris et selon une information qui lui vient de Lisbonne, (!) prétend que «le pape fait les plus grands efforts par l'intermédiaire de ses délégués en Angleterre et aux États-Unis, afin d'obtenir une paix honorable pour lItalie». Un quatrième télégramme, émanant de l'ambassade de Paris, informe Berlin, non pas que le Vatican travaille à obtenir une paix séparée des Occidentaux avec l'Italie, mais «qu'au Vatican il (règne) une forte tendance pour amener un rapprochement entre les puissances de l'Axe et les Anglo-Américains en vue d'un combat commun contre le bolchevisme 49» [169] et que «... le pape [s'efforce] par tous les moyens d'amener une paix entre l'Angleterre et l'Allemagne».
On ne peut porter quelque jugement de valeur que ce soit sur les télégrammes que si, d'abord, on situe leurs auteurs dans la conjoncture à laquelle ils étaient affrontés.
L'année 1943 fut marquée dans toutes les capitales européennes par une intense activité diplomatique provoquée par les événements militaires: l'effondrement germano-italien en Afrique du Nord qui, commencé en août 1942, se poursuivit de défaite en défaite jusqu'à la libération de l'Italie. Le débarquement américain à Casablanca (8 novembre 1942), la chute de Stalingrad (2 février 1943), début de l'effondre[170]ment allemand sur le front de l'Est. Celui qui semble avoir pris, le premier, conscience du renversement de la situation militaire est Ribbentrop, ministère allemand des affaires étrangères: en novembre 1942, après le débarquement des Américains en Afrique du Nord, il suggéra au Führer d'entrer en rapports avec Staline par l'entremise de Mme Kollontaï, ambassadrice de Staline à Stockholm, et il essuya un refus qui, dit-il, ne l'empêcha pas de revenir à la charge en février 1943, après la chute de Stalingrad, mais sans plus de succès malgré la Déclaration de Casablanca inspirée par Roosevelt qui exigeait la capitulation sans conditions de l'Axe. Ribbentrop ajoute que, cette fois, il passa outre et, pensant pouvoir amener à composition les Russes qui attribuaient à un machiavélisme des Anglo-Américains le fait qu'ils n'avaient pas encore ouvert un second front à l'Ouest et n'y croyaient pas, chargea Peter Kleist de l'opération 50. Peter Kleist confirme 51.
La première réaction de Mussolini semble dater de la visite que le maréchal Göring fit à Rome le 4 décembre 1942. D'après le comte Ciano, le Duce lui a dicté un bref résumé de l'entretien que les deux hommes eurent en tête à tête: «Le Duce croit que, d'une façon ou d'une autre, le chapitre désormais sans objet de la guerre contre la Russie est clos. Au cas où il serait possible d'arriver à un second Brest-Litovsk - en donnant à la Russie des compensations territoriales en Asie centrale - il faudrait [171] créer une ligne défensive qui détruirait toutes les initiatives de l'ennemi, en engageant le minimum de troupes de l'Axe. Goering dit que ce serait l'idéal de Hitler 52.»
En Italie, l'opinion publique s'en mêla, surtout après la chute de Stalingrad: en mars, il y eut d'importantes grèves à Turin et à Milan. Enfin, la situation militaire provoqua au sein du Grand conseil fasciste les dissentiments qui aboutirent à la chute de Mussolini. Le rôle du roi - qui n'avait accepté le fascisme et acquiescé à la guerre que contraint - dans cette affaire, est trop connu et trop peu controversé pour qu'on s'y arrête. Il en est de même de celui du comte Ciano. Au regard de la guerre et de la paix, il y eut au moins quatre courants d'opinion en Italie: ceux qui, en 1943, étaient partisans d'une paix séparée avec l'Est; les partisans de la paix séparée avec l'Ouest mais de la paix de l'Axe, non de l'Italie seulement; ceux de la paix séparée de l'Italie avec l'Ouest; et les jusqu'auboutistes aux côtés de l'Allemagne. Une abondante littérature italienne de mémoires atteste que tous ces courants avaient des représentants influents dans le personnel politique dirigeant: le livre de cette femme simple et digne que fut Rachele Mussolini 53, épouse du Duce, en fait partie.
Le plus important de tous ces courants d'opinion fut celui des partisans de la paix séparée entre l'Axe [172] et l'Ouest: ses leaders réussirent à entraîner la Hongrie, la Roumanie, la Turquie dans leur sillage, à y intéresser favorablement l'Espagne et le Portugal, et recherchèrent l'appui du Vatican. Ceux de l'abandon de l'Allemagne par l'Italie, peu nombreux en raison de ce que, pratiquement, l'Allemagne eût, à la moindre velléité dans ce sens, occupé toute l'Italie ce qui, de toute façon, la maintenait dans la guerre, firent de même. C'est d'ailleurs dans cette forme qu'après la chute de Mussolini se déroula l'opération Badoglio. Tous les discours de Mussolini, tous les comptes rendus de ses entrevues avec Hitler prouvent que Mussolini était pour la paix séparée de l'Axe avec l'Est et, qu'à plusieurs reprises, il intervint auprès de Hitler dans ce sens. Et c'est pourquoi, lorsque F. W. Deakin nous dit qu'il donna son assentiment à l'initiative prise par Bastianini d'une paix séparée de l'Italie avec l'Ouest, il n'y a que peu de chances, sinon pas du tout, que ce soit vrai. Il n'y en a guère plus que Mgr Maglione s'y soit associé en accordant, en connaissance de cause, un passeport du Vatican au banquier Fummi. Bastianini le raconte, c'est vrai 54, mais après la guerre Bastianini avait une épingle à tirer du jeu de l'Italie et, le Duce aussi bien que Mgr Maglione étant morts, il était exclu qu'ils viennent le contredire. D'autre part, aucun des discours, des écrits ou des actes du pape ou de Mgr Maglione attestés par des documents indiscutables ne permet de penser qu'ils eussent pu donner leur assentiment à une opération de paix séparée de l'Italie seulement avec l'Ouest, tous [173] établissant qu'ils étaient, non pas même pour une paix négociée de l'Axe dans ce sens, mais pour une paix générale. Le télégramme de l'ambassadeur allemand à Madrid? Il se peut que le banquier Fummi se soit trouvé à Lisbonne à la date indiquée: ce n'est même guère discutable. Mais le banquier Fummi était administrateur des biens du Vatican et, à ce titre, il voyageait beaucoup avec un passeport du Vatican et l'assentiment du gouvernement italien, ce qui, avant son départ de Rome, suffit à expliquer son entrevue avec le Duce. Enfin, l'ambassadeur allemand à Lisbonne n'a pas signalé sa présence dans cette capitale, sans doute parce qu'il en connaissait l'objet et et, si cet objet avait été celui que dit Bastianini, il ne fait pas de doute qu'au reçu du télégramme de l'ambassadeur allemand à Madrid, apprenant cette trahison de son partenaire italien, le Führer ne fût entré, contre lui, dans une colère dont les échos retentiraient encore de nos jours. Or, non seulement il n'en fut rien, mais on sait ce qu'il fit pour sauver Mussolini prisonnier de Badoglio.
Et ceci prouve que, fixé aussi sur l'objet des déplacements du banquier Fummi, il ne l'était pas moins sur le crédit qu'il convenait d'accorder au télégramme de son ambassadeur à Madrid.
Cette activité diplomatique en direction de l'Ouest qui se nourrissait de l'espoir d'y associer le Vatican, prend une signification toute particulière si l'on sait qu'elle était doublée par une autre de l'opposition allemande au régime nazi, qui tentait d'obtenir de Pie XII l'appui des catholiques allemands au mouvement qu'elle essayait de mettre sur pied dans le pays contre Hitler, et que, justement elle avait obtenu [174] la désignation d'un de ses adeptes, Weizsäcker - il l'a dit et elle l'a dit - à l'ambassade de Rome, en juillet 1943. Dès lors, les télégrammes de Weizsäcker prennent, eux aussi, un sens tout particulier. De ce qu'il a dit de son rôle et de ce que les documents jusqu'ici publiés attestent, il ressort qu'il était beaucoup plus animé de l'espoir que Pie XII prenne position en faveur des négociations de paix séparée entre l'Axe et l'Ouest que de celui de l'amener à soutenir, auprès des catholiques allemands, l'opposition à Hitler. Et ce que ses télégrammes reflètent, c'est cet espoir qu'il donne comme fondé sur des réalités qui ne sont que de pures constructions d'un esprit orienté. Il savait, au surplus, qu'en essayant de faire prendre ces constructions de l'esprit au sérieux par von Ribbentrop et Hitler, il mettait son rôle en valeur et, d'autre part, ne risquait absolument rien.
Car, en 1943, quelles étaient, au plan diplomatique, les dispositions d'esprit de Ribbentrop et de Hitler? On sait déjà que le second y étant opposé, le premier avait, au lendemain de la chute de Stalingrad, chargé un de ses sous-secrétaires d'État, M. Peter Kleist, d'entrer en contact avec l'Est où il était celui qui avait le plus de relations et des plus diverses. Par Peter Kleist on sait aussi que, jusqu'en octobre 1943 55 pour peu que, si son chef avait obtenu l'assentiment de Hitler, il y eût des chances de paix séparée de l'Axe avec l'Est 56. Que Hitler n'ait pas été chaud pour une opération de ce genre se conçoit aisément: le mouvement national-socialiste était [175] né, dans l'opinion, de son opposition au bolchevisme et seul l'esprit réaliste jusqu'à l'extrême des Allemands lui avait permis de leur faire accepter, sans difficulté aucune, le pacte germano-soviétique du 23 août 1939.
Hitler pouvait-il se permettre de renouveler l'opération du 23 août 1939? Il ne l'a pas cru et, tout ce qu'on sait, jusqu'ici, de lui, établit qu'il était dans la conviction qu'étant donné la situation militaire créée par la chute de Stalingrad, une telle opération signifiait le triomphe du bolchevisme assuré en Europe. Avant Stalingrad et jusqu'à Stalingrad, pas de question: il était sûr d'écraser la Russie et, par là même, d'amener les Occidentaux à composition. Son erreur après Stalingrad a été de croire qu'il n'avait, comme l'a dit le général de Gaulle de la France, le 18 juin 1940, perdu qu'une bataille, qu'il arriverait à redresser la situation et contraindrait les Occidentaux à revenir sur leur exigence de capitulation sans conditions. D'où les offensives diplomatiques que, sans espérer qu'elles pourraient avoir des résultats tant qu'il n'aurait pas rétabli la situation en sa faveur sur le front de l'Est, il laissa toute latitude à Ribbentrop de tenter à l'Ouest et dont la plaque tournante ne pouvait être que le Vatican: elles avaient au moins l'avantage de préparer le terrain pour le jour où la victoire de ses armes sur le front de l'Est contraindrait les Occidentaux à traiter.
Mais le Vatican, dans tout cela?
En matière de paix, on ne peut citer aucun texte de Pie XII qui le montre disposé à se proposer en médiateur pour une paix autre que générale ce qui [176] exclut, de sa part, toute intention d'intervenir dans le sens d'une paix ramenée à l'Ouest pour permettre à l'un des belligérants de continuer la guerre à l'Est, ou d'un renversement pur et simple des alliances, à plus forte raison d'une paix séparée de l'Italie avec les puissances de l'Ouest qui, dans la conjoncture militaire de l'année 1943, ne pouvant rien changer dans un état de fait, ne pouvait faire progresser en rien la cause de la paix et ne pouvait être que gratuite. Les télégrammes cités par M. Saül Friedländer ne font état que de pensées ou d'intentions gratuitement prêtées à Pie XII et M. Saül Friedländer se garde bien, chaque fois qu'il en cite un, de le mettre en parallèle avec les propres pensées et intentions de Pie XII telles qu'il les a lui-même cent fois exprimées et réitérées, souvent d'ailleurs à la même date ou à une date très rapprochée du télégramme qui dit le contraire.
Dès lors, la seule question qui se peut poser est la suivante: qui croire? Le pape ou un personnage aussi soucieux de sa carrière que Bergen 57, aussi douteux que Weizsäcker 58, aussi obscur - et aussi stupide 59 - qu'un Schleier? Malheureusement, si c'est bien la seule question qui se pose, c'est aussi, comme on dit communément, une question «qui ne se pose pas».
Au reste, M. Saül Friedländer sent bien, de luimême, la faiblesse, sinon le ridicule, de son argumentation car, chaque fois qu'il cite un document qu'il donne comme «signifiant» des sentiments pronazis [177] de Pie XII par crainte du bolchevisme, ou soucieux de la paix à l'Ouest pour permettre à Hitler de l'écraser, et que c'est pour ne pas affaiblir Hitler dans cette lutte qu'il n'a pas condamné plus nettement les crimes dits de guerre du nazisme, seulement ceux-là et seulement ceux dont les juifs furent victimes, il authentifie historiquement la nouvelle rapportée par des formules que le lecteur connaît déjà 60 comme «il est possible que... c'est plausible ... il semble que... ce n'est qu'une hypothèse mais ...», qui sont, par excellence, celles de l'insinuation et il va même jusqu'à «signalons que nous n'avons aucun document de 1940 indiquant une telle intention et qu'il s'agit là, de notre part, d'une simple hypothèse 61» qui est d'autant plus celle de la calomnie pure et simple que, relativement à la même intention, il n'en produit aucun non plus postérieurement à 1940.
C'est ce que son manager, M. Alfred Grosser, appelle «une interprétation des textes prudente et ferme, parfois ingénieuse [sic] au point d'élucider par le raisonnement une formule obscure ou jusqu'ici mal interprétée 62». Ce qui permet de conclure: «Les documents produits par Saül Friedländer rendent à peu près certain [resic] qu'on a joué au Vatican avec l'idée d'un renversement des alliances ou du moins d'une paix séparée avec l'Ouest 63.»
Eh bien, non! On ne porte pas condamnation contre quelqu'un sur des faits qui ne sont que «possibles» ou «plausibles», qui ne «semblent» que vrais, qui [178] ne sont que simple hypothèse de notre part ou qu'à peu près certains. En droit, en tout cas, il n'y a pas de tribunal - sauf d'exception, bien sûr et nous ne sommes, hélas! pas encore sortis de la période des tribunaux d'exception - qui condamnerait qui que ce soit sur des accusations présentées sous cette forme, même si la défense n'avait rien de précis à leur opposer et, en l'occurrence, il y en aurait d'autant moins qu'on ne peut pas dire qu'elles sont des «présomptions» puisque, le lecteur vient de le voir, on peut leur opposer une multitude de textes et de faits, authentiques ceux-ci, et indiscutables, qui prouvent qu'après avoir vainement tenté tout ce qui était en son pouvoir pour empêcher la guerre, non seulement Pie XII n'a jamais ni espéré ni cherché à promouvoir une paix séparée, soit de l'Italie seulement, soit de l'Axe avec les puissances occidentales, mais au contraire, toujours et systématiquement, une paix générale, juste, honorable et durable, qui eût impliqué, sans aucune exception, tous les belligérants.
Et que c'est cet espoir ou ce principe qui lui a dicté tout ce qu'il a dit et tout ce qu'il a fait avant et durant toute la guerre, non les sentiments vulgaires et bas que, par des artifices de style déshonorants, greffés non sur des faits établis, mais uniquement sur ce que M. Roger Peyrefitte appelle «des ragots d'ambassade» 64.
Car il a dit et il a fait. Peu fait, c'est vrai: parce que les circonstances ne lui ont jamais permis de faire [179] plus. Mais beaucoup dit, énormément parlé: dans le sens de la paix toujours. S'il s'est tu, c'est dans le sens de la guerre, dans ce sens-la seulement. Et ici, obstinément. Prend, dès lors, toute sa signification et la seule qu'elle peut avoir, l'expression: «Les silences de Pie XII» que, durant des mois et des mois, tous les journaux du monde ou peu s'en faut, ont complaisamment présentée à leurs lecteurs, en première page et en gros titres le plus souvent: une accusation qu'ils savaient gratuite et ne pouvaient faire triompher que grâce à la campagne publicitaire dont ils étaient assurés au départ, portée contre un homme de paix, par d'autres hommes dont le signe particulier est que, germanophobes, soviétophiles et bellicistes à tous crins, après avoir voulu délibérément la guerre, ils l'ont voulue avec acharnement, jusqu'au finish, envers et contre toutes les chances de paix très acceptables qui se sont offertes à eux en cours de route. Qui, au surplus ne paraissent, après coup, pas très gênés par les quelque cinquante millions de morts et les milliards de milliards de ruines qu'ils ont sur la conscience. Prêts à recommencer, en somme. Il est juste de reconnaître que MM. Rolf Hochhuth et Saül Friedländer sont trop jeunes pour que cette accusation les vise personnellement: ils appartiennent au clan et ils se battent pour les intérêts du clan. Quant à ce qu'il faut penser de leurs managers et de leurs supporters, je renvoie le lecteur au chapitre précédent.
Pour être complet, il ne reste plus, maintenant, qu'à démonter le mécanisme politique de «l'opération Vicaire»
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