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Annales

D'HISTOIRE REVISIONNISTE

Historiographie et Société

Les Annales paraissent en quatre livraisons trimestrielles chaque année

Directeur de publication: Pierre GUILLAUME
ISSN: 0980 1391
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B.P. 98, 75224 PARIS cedex 05

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LE MYTHE de l'extermination des juifs

par Carlo Mattogno

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PREMIERE PARTIE

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 Cela était dû au fait que les Allemands étaient en contact, à cette époque, avec le gouvernement de Vichy au sujet du projet de Madagascar:

Il était donc naturel que Hitler remette à plus tard l'information publique sur le projet en question. Dans son discours du 30 janvier 1941 (anniversaire de la prise du pouvoir), il se contenta de proclamer que "le judaisme aura cessé de jouer son rôle en Europe", ce qui concorde également avec le plan Madagascar 1.

Il semble que Hitler n'autorisa pas non plus Rosenberg, par la suite, à rendre public le projet de Madagascar. En effet, à la conférence "Die Judenfrage als Weltproblem" (La question juive comme problème mondial), tenue par Rosenberg le 28 mars 1941, celui-ci déclarait, au nom de tous les Européens:

Pour l'Europe, la question juive ne sera résolue que lorsque le dernier juif aura quitté le continent pour une réserve juive.

Au sujet de cette réserve Rosenberg se borna à déclarer:

A propos de la réalisation pratique et du lieu de transfèrement ou d'évacuation, beaucoup de choses ont naturellement été dites pendant ces années. Il n'est pas nécessaire à présent de traiter cette question. Sa solution sera réservée pour un accord futur 2.

Goebbels en revanche, d'après le témoignage de Moritz von Schirmeister, ancien fonctionnaire du ministère de la Propagande, parla publiquement et à plusieurs reprises du projet de Madagascar:

- Dr Fritz: Où les juifs étaient-ils évacués d'après les déclarations du Dr Goebbels?
- Von Schirmeister: Jusqu'à la première année incluse de la campagne de Russie, le Dr Goebbels a mentionné à plusieurs reprises le plan de Madagascar au cours des conférences qu'il présidait. Par la suite, il changea d'avis et déclara qu'il fallait établir à l'est un nouvel Etat juif où les juifs seraient alors envoyés 3.

Interrogé à Nuremberg sur un document du 24 septembre 1942, Ribbentrop répondit:

Le Fuehrer avait alors en projet l'évacuation des juifs d'Europe vers l'Afrique du Nord --mais on parlait également de Madagascar. Il m'avait donné l'ordre de prendre contact avec divers gouvernements en provoquant autant que possible l'émigration des juifs et leur exclusion des organes gouvernementaux importants. Cette dispositionfut alors adressée par moi au ministère des Affaires étrangères et, pour autant que je m'en souvienne, des contacts furent pris à plusieurs reprises avec divers gouvernements au sujet de l'émigration des juifs dans une partie de l'Afrique du Nord, qui était prévue4.

Dans la note "Projet de Madagascar" du 30 août 1940, Rademacher déclarait que l'établissement du Gouvernement général de Pologne et l'annexion de nouveaux districts orientaux avaient mis un très grand nombre de juifs sous domination allemande. Cela, ajouté à d'autres difficultés, comme le durcissement de la législation relative à l'immigration de la part des pays d'outre-mer, rendaient difficile la conduite à son terme, et pour une date pas trop éloignée, de "la solution du problème juif dans le territoire du Reich, y compris le Protectorat de Bohême-Moravie, au moyen de l'émigration"5, d'où, précisément, le projet de Madagascar.

Eichmann se mit activement au travail.

Il s'entoura d'experts maritimes pour élaborer un plan de transports: ceux-ci devaient être assurés par un pool des grandes compagnies de n; navigation allemandes, l'embarquement se faisant dans les principaux ports de la mer du Nord et de la Méditerranée. Il s'efforçait en même temps de faire prononcer au profit du "Fonds Central" la confiscation de toutes les fortunes juives. Il envoya des émissaires dans les pays occupés ou contrôlés, afin de recueillir des statistiques sur le nombre, l'âge, la distribution professionnelle, etc., des juifs. Ces statistiques détaillées serviront, on le verra, à un autre but... Tout était prêt afin que, dès la conclusion de la paix, la machine se mît en action 6.

Rademacher en effet, dans la note susmentionnée, calculant que le transfèrement de quatre millions de juifs à Madagascar aurait demandé environ quatre ans, remarquait:

Après la conclusion de la paix, la marine marchande allemande sera sans aucun doute très occupée d'une autre façon. Il est donc nécessaire d'inclure dans le traité de paix que la France et l'Angleterre mettent à notre disposition le tonnage requis en vue de la solution du problème juif 7.

Le paragraphe "Financement" de la note "Projet de Madagascar" s'ouvre sur la phrase suivante:

La réalisation de la solution finale (Endloesung) proposée exige des moyens considérables 8.

La tristement célèbre "solution finale de la question juive" se rapportait donc simplement au transfèrement des juifs européens à Madagascar, comme le reconnaît Poliakov:

Jusqu'à son abandon, le "Plan Madagascar" fut parfois désigné par les dirigeants allemands sous le nom de "solution finale de la question juive"9.

Comme l'on sait, cette expression serait devenue par la suite, d'après les historiens officiels, synonyme d'"extermination" des juifs:

Solution finale du problème juif fut une des phrases conventionnelles pour désigner le plan hitlérien d'extermination des juifs européens. Les fonctionnaires allemands s'en servirent à partir de l'été 1941, pour éviter de devoir admettre entre eux l'existence de ce plan; cependant, même auparavant et ce en diverses occasions, l'expression avait été utilisée pour désigner, en substance, l'émigration des juifs 10.

En réalité, cette affirmation est entièrement dénuée de fondement et arbitraire, non seulement parce qu'aucune preuve ne vient l'appuyer mais encore parce qu'il existe des documents qui la démentent de manière catégorique.

Nous devons nous limiter ici à quelques brèves considérations.

Les enquêteurs de Nuremberg se rendaient parfaitement compte qu'un "plan d'extermination" ayant provoqué --selon l'accusation-- la mort de "plus de quatre millions et demi"11 ou de "six millions"12 de juifs ne pouvait pas avoir été réalisé sans laisser la moindre trace dans les archives nazies et, du point de vue juridique, ils ne pouvaient avoir recours à l'échappatoire utilisée par les historiens officiels selon lesquels tous les documents compromettants ont été détruits.

Ils élaborèrent alors la méthode exégétique audacieuse qui permet de faire dire ce que l'on veut à n'importe quel document. Le fondement de cette méthode exégétique repose sur la spéculation arbitraire selon laquelle les autorités suprêmes nationales-socialistes auraient adopté jusque dans les documents les plus réservés une sorte de langage codé dont les enquêteurs de Nuremberg prétendaient naturellement avoir découvert la clé. D'où la déformation systématique --en fonction de l'"extermination"-- de documents tout à fait anodins.

L'exemple le plus connu de ce travestissement systématique concerne justement l'interprétation du terme "Endloesung" que l'on a fait devenir synonyme d'"extermination des juifs"13.

Comme nous le verrons bientôt, à la "solution finale" par le transfèrement des juifs européens à Madagascar succéda --mais seulement à titre de palliatif-- la "solution finale territoriale", par la déportation des juifs européens dans les territoires de l'Est occupés par les Allemands.

Le 20 mai 1941, Heydrich interdit l'émigration juive à partir de la France et de la Belgique et l'immigration (Einwanderung) des juifs dans les territoires occupés pour réserver toutes les possibilités d'émigration aux juifs du Reich et "en considération de la solution finale de la question juive sans doute prochaine"14.

En effet, par lettre du 31 juillet 1941, Goering confiait à Heydrich la tâche de faire tous les préparatifs nécessaires en vue de la "solution finale", c'est-à-dire d'organiser l'émigration ou l'évacuation totale et définitive des juifs qui se trouvaient sous domination allemande. Cette lettre déclarait en effet:

En complément de la tâche qui vous a déjà été assignée par décret du 24.1.1939, à savoir d'obtenir pour la question juive, par la voie de l'émigration ou de l'évacuation (in Form der Auswanderung oder Evakuierung), la solution la plus avantageuse possible eu égard aux circonstances, je vous charge par la présente de procéder à tous les préparatifs nécessaires sur le plan de l'organisation et des questions concrètes et matérielles pour aboutir à une solution d'ensemble (Gesamtloesung) de la question juive dans la zone d'influence allemande en Europe. Pour autant que les autorités compétentes d'autres instances se trouvent ici concernées, elles auront à coopérer avec vous.
Je vous charge en outre de me soumettre rapidement un projet d'ensemble (Gesamtentwurf) portant sur les mesures d'organisation et les dispositions concrètes et matérielles pour réaliser la solution finale,à laquelle nous aspirons, de la question juive (Endloesung der Judenfrage)15.

D'après la méthode exégétique susmentionnée, cette lettre constituerait "un des documents fondamentaux de l'histoire de l'extermination"16: l'expression "solution finale" y apparaît en effet, qui désignerait, comme le soutient Reitlinger, "le plan hitlérien pour l'extermination des juifs européens".

En réalité, et le texte le montre clairement, la "solution finale de la question juive" souhaitée est une "solution par la voie de l'émigration ou de l'évacuation".

Heydrich lui-même, écrivant le 6 novembre 1941 que déjà "depuis des années" il était chargé de préparer la "solution finale" en Europe17, faisait clairement remonter cette charge au décret du 24 janvier 1939 et identifiait précisément la "solution finale" avec la "solution par la voie de l'émigration ou de l'évacuation".

Que l'interprétation des historiens officiels soit tendancieuse ressort à l'évidence du fait que G. Reitlinger et W. Shirer, citant la lettre en question, suppriment la partie du document qui parle justement d'émigration et d'évacuation!18

La lettre de Goering du 31 juillet 1941 se réfère exclusivement à l'émigration et à l'évacuation juives et cela est confirmé par un document très important, le mémorandum de Martin Luther du 21 août 1942.

Dans ce document, Martin Luther, chef du département Allemagne du ministère des Affaires étrangères, récapitule les points essentiels de la politique nationale-socialiste à l'égard des juifs:

Le principe de la politique allemande au sujet des juifs après la prise du pouvoir consista à promouvoir par tous les moyens l'émigration juive. A cette fin fut établie en 1939 par le Generalfeldmarschall Goering en sa qualité de chargé du plan quadriennal, un service central du Reich pour l'émigration juive, dont la direction fut confiée au Gruppenfuehrer Heydrich en tant que chef de la Police de sûreté.

Après avoir évoqué le projet de Madagascar, qui était à présent dépassé par les événements, Luther poursuit en notant que la lettre de Goering du 31 juillet 1941 fait suite à une lettre de Heydrich dans laquelle celui-ci l'informait que:

Le problème d'ensemble des quelque trois millions deux cent cinquante mille juifs des territoires qui se trouvaient sous souveraineté allemande ne pourrait plus être résolu par l'émigration; une solution finale territoriale (eine territoriale Endloesung) serait nécessaire. Conscient de cela, le Reichmarschall Goering chargea, le 31 juillet 1941, le Gruppenfuehrer Heydrich de faire, en collaboration avec les instances centrales allemandes intéressées, tous les préparatifs nécessaires pour une solution d'ensemble de la question juive dans la sphère d'influence allemande en Europe [...].

Luther poursuit:

Conformément à cet ordre, le Gruppenfuehrer Heydrich convoqua en séance, le 20 janvier 1942, tous les services allemands intéressés, séance à laquelle furent présents les sous-secrétaires pour les autres ministères et moi-même pour le ministère des Affaires étrangères.
A cette séance, le Gruppenfuehrer Heydrich expliqua que la charge du Reichsmarschall Goering lui avait été confiée sur l'ordre du Fuehrer et que le Fuehrer avait désormais autorisé l'évacuation des juifs vers l'Est comme solution à la place de l'émigration.
Conformément à cet ordre du Fuehrer l'évacuation des juifs d'Allemagne fut entreprise.

La destination était constituée par les territoires de l'Est via le Gouvernement général:

L'évacuation vers le Gouvernement général est une mesure provisoire. Les juifs seront transférés ultérieurement dans les territoires de l'Est occupés dès que les conditions nécessaires seront réalisées 19.

Dans une note datée du 14 décembre 1942 et intitulée "Financement des mesures en vue de la solution de la question juive", le conseiller ministériel Maedel confirmait:

Le Maréchal du Reich a chargé, il y a quelque temps déjà, le Reichsfuehrer-SS et chef de la Police allemande, de préparer les mesures propres à assurer la solution finale de la question juive en Europe. Le Reichsfuehrer-SS a chargé le chef de la Police de sûreté et du SD de l'exécution de cette tâche. Ce dernier a tout d'abord activé par des mesures spéciales l'émigration légale des juifs vers les pays d'outre-mer. Lorsque la guerre rendit impossible l'émigration outre-mer, il a préparé le dégagement progressif du territoire du Reich de ses juifs par leur évacuation vers l'Est 20.

Les difficultés de la guerre et les perspectives ouvertes par la campagne de Russie avaient entraîné provisoirement l'abandon de la politique d'émigration totale.

En conséquence, l'émigration des juifs depuis l'Allemagne fut interdite pour la durée de la guerre le 23 octobre 194121 mais, semble-t-il, l'ordre ne fut pas exécuté car il fut diffusé à nouveau le 3 janvier 1942 22 et promulgué finalement par Himmler le 4 février 1942. A cette date, en effet, le "Militaerbefehlshaber" en France publia l'ordonnance suivante:

Le Reichsfuehrer-SS et chef de la Police allemande au RMdJ a ordonné que cesse d'une manière générale toute émigration juive à partir de l'Allemagne et des pays occupés.

Himmler se réservait d'autoriser des émigrations particulières lorsque les intérêts de l'Allemagne l'exigeraient 23. Toutefois, jusqu'au 31 mars 1943, les juifs de citoyenneté italienne, finlandaise, suisse, espagnole, portugaise, danoise et suédoise furent autorisés à rentrer dans leurs pays 24.

La conférence de Heydrich mentionnée par Luther se tint le 20 janvier 1942 à Berlin, au Grand Wannsee 56/58. Le "procès-verbal" relatif à cette conférence s'ouvre sur un résumé de la politique nationale-socialiste à l'égard des juifs:

Le chef de la Police de sûreté et du Service de sécurité, le SS-Obergruppenfuehrer Heydrich, a ouvert la conférence en faisant part de sa nomination par le Reichsmarschall au poste de responsable chargé de la préparation de la solution finale de la question juive en Europe (Endloesung der europaischen Judenfrage) et indiqué que l'objet de cette conférence était de faire la clarté sur des questions de principe. Pour répondre au désir du Reichsmarschall de se voir remettre un projet sur les questions d'organisation et sur les questions concrètes et matérielles posées par la solution finale de la question juive en Europe, toutes les administrations centrales directement intéressées à ces questions doivent se concerter au préalable pour coordonner leur action.
C'est le Reichsfuehrer-SS et chef de la Police allemande (chef de la Police de sûreté et du Service de sécurité) qui sera responsable de l'ensemble des mesures nécessaires à la solution finale de la question juive (Endloesung der Judenfrage), sans considération de limites géographiques.
Le chef de la Police de sûreté et du Service de sécurité a donné ensuite un bref aperçu du combat mené jusqu'ici contre cet adversaire. Les phases essentielles en sont:
a) Le refoulement des juifs hors des sphères vitales du peuple allemand;
b) Le refoulement des juifs hors de l'espace vital du peuple allemand.
Pour arriver à ces fins, la seule possibilité provisoire de solution a été d'accélérer et d'entreprendre de façon systématique l'émigration des juifs hors du territoire du Reich.
Sur l'ordre du Reichsmarschall, on a constitué en janvier 1939 un Service central du Reich pour l'émigration juive, à la direction duquel a été placé le chef de la Police de sûreté et du Service de sécurité. Ce service avait en particulier pour mission:
a) de prendre toutes mesures pour la préparation d'une émigration intensifiée des juifs;
b) d'orienter le courant d'émigration;
c) de hâter l'émigration dans les cas particuliers.
Le but était de nettoyer l'espace vital allemand de ses juifs par la voie légale.

En conséquence de cette politique, jusqu'au 31 octobre 1941 et ce en dépit de difficultés diverses, 537.000 juifs environ émigrèrent de l'Ancien Reich, de l'Autriche et du Protectorat de Bohême-Moravie.

Le "procès-verbal" poursuit:

Entre-temps, le Reichsfuehrer-SS et chef de la Police allemande [Himmler] a interdit l'émigration des juifs, vu les dangers d'une émigration en temps de guerre et vu les possibilités qui s'offraient à l'Est.
Avec l'autorisation préalable du Fuehrer, l'émigration a dès lors laissé place à une autre possibilité de solution: l'évacuation des juifs vers l'est.
On ne saurait cependant considérer ces actions que comme des palliatifs (Ausweichmoeglichkeiten), mais les expériences pratiques déjà recueillies en ce domaine sont d'une importance significative pour la future solution finale de la question juive25.

Par ordre du Fuehrer, la solution finale, c'est-à-dire l'émigration totale des juifs européens, était donc remplacée par l'évacuation vers les territoires occupés de l'Est, mais seulement comme palliatif en attendant de reprendre la question après la conclusion de la guerre. En effet, dans un mémorandum daté de Berlin, 15 août 1940, Luther avait communiqué à Rademacher ce qui suit:

Au cours d'un entretien avec l'ambassadeur Abetz à Paris, celui-ci m'a informé que, lorsqu'il fit son rapport au Fuehrer environ deux semaines auparavant, le Fuehrer lui dit qu'il avait l'intention d'évacuer tous les juifs de l'Europe après la guerre26.

Ce n'est pas l'unique document dans lequel Hitler manifeste cette intention à l'égard des juifs européens. En effet, selon une note de la Chancellerie du Reich de mars-avril 1942, Hitler entendait s'occuper de la solution de la question juive après la guerre27 et le 24 juillet 1942 il affirma lui-même qu'après la fin de la guerre, il "frapperait ville après ville, si les juifs ne déménageaient pas et n'émigraient pas à Madagascar ou dans un autre Etat national juif"28.

Quelques mois auparavant, le 7 mars 1942, Goebbels avait inscrit dans son journal:

La question juive devra s'inscrire dans un plan à l'échelle de l'Europe entière. Il reste plus de onze millions de juifs en Europe. Il faut en premier lieu les concentrer tous à l'Est. Après la guerre, nous pourrons éventuellement leur assigner une île, par exemple Madagascar (Eventuell
kann man nach dem Kriege eine Insel, etwa Madagaskar, zuweisen). Dans tous les cas, il n'y aura pas de paix en Europe tant que les juifs, sur le continent européen, n'auront pas été totalement éliminés (ausgeschaltet)29.

L'intention des nazis de résoudre la question juive après la fin de la guerre apparaît également dans ce qu'on appelle la "Braune Mappe" (Dossier Brun), qui remonte à l'été 1941.

Le paragraphe "Directives pour la solution de la question juive" de ce docoment, qui, dit B. Nellessen, "préconisait des mesures sévères, mais non l'extermination"30, s'ouvre en effet sur la phrase suivante:

Toutes les mesures concernant la question juive dans les territoires occupés de l'Est devront être prises avec l'idée qu'après la guerre la question juive trouvera en Europe une solution générale31.

Conformément aux directives de Hitler, le projet de Madagascar fut donc provisoirement abandonné. Une lettre d'information de Rademacher du 10 février 1942 en explique la raison:

En août 1940, je vous ai remis pour vos archives le plan de la solution finale de la question juive (zur Endloesung der Judenfrage) élaboré par mon service d'après lequel, dans le traité de paix, l'on devait exiger de la France l'île de Madagascar, mais l'exécution pratique de cette tâche devait être confiée à l'Office central de sûreté du Reich. Conformément à ce plan, le Gruppenfuehrer Heydrich a été chargé par le Fuehrer de mener à bien la solution de la question juive en Europe.
Entre-temps, la guerre contre l'Union Soviétique nous a permis de disposer de nouveaux territoires pour la solution finale (fuer die Endloesung). En conséquence, le Fuehrer a décidé d'expulser les juifs non pas à Madagascar, mais vers l'Est. Ainsi, il n'est plus besoin d'envisager Madagascar pour la solution finale (Madagaskar braucht mithin nicht mehr fuer die Endloesung vorgesehen zu werden)32.

Quelques semaines auparavant, le 27 janvier 1942, le Fuehrer avait déclaré:

Le juif doit quitter l'Europe. Le mieux est qu'ils aillent en Russie 33.

Un "avis" du 9 octobre 1942 intitulé "Mesures préparatoires pour la solution du problème juif en Europe. Rumeurs au sujet de la situation des juifs de l'Est" résume les étapes et explique clairement la signification de la "solution finale":

Depuis presque 2.000 ans, une lutte, vaine jusqu'à présent, a été menée contre le judaisme. Ce n'est que depuis 1933 qu'on a trouvé les voies et moyens de séparer complètement le judaisme des masses allemandes.
La tâche accomplie jusqu'à présent en vue d'une solution peut être, grosso modo, résumée comme suit:
1.- L'exclusion des juifs des sphères privées de la vie du peuple allemand. Les lois seront la base qui garantira aux générations futures d'être protégées contre un éventuel reflux de l'ennemi.
2.- La tentative de repousser complètement l'ennemi hors du territoire du Reich. En raison de l'espace vital (Lebensraum) très limité se trouvant à la disposition du peuple allemand, on espérait que ce problème pouvait être résolu principalement par une émigration juive accélérée.
Depuis la déclaration de la guerre, en 1939, les possibilités d'émigration ont de plus en plus diminué. D'autre part, outre l'espace vital du peuple allemand, son espace économique s'accroît rapidement, si bien que, en raison du grand nombre de juifs résidant dans ces territoires, une évacuation totale des juifs par l'émigration n'est plus possible.
Puisque la prochaine génération elle-même ne ressentira plus si intimement ce problème, et qu'elle ne le comprendra plus aussi clairement à la lumière des expériences passées, et que cette question, une fois posée, demande une solution définitive, le problème doit être résolu par la génération actuelle.
L'éloignement ou le retrait total des millions de juifs résidant dans l'espace économique européen constitue un besoin urgent dans la lutte pour la sécurité de l'existence du peuple allemand.
A commencer par le territoire du Reich, pour continuer dans les autres territoires d'Europe compris dans le plan définitif, les juifs seront progressivement déportés dans de grands camps, déjà établis ou en passe de l'être dans l'Est, où ils devront travailler, et d'où ils seront déportés plus loin vers l'Est.

L'exécution de ces tâches réclamait "une impitoyable rigueur"34, c'est-à-dire que la déportation des juifs vers l'Est devait être totale et inflexible.

Solution finale de la question juive n'a donc jamais signifié "plan hitlérien d'extermination des juifs européens" 35.

Au procès de Nuremberg, Hans Lammers, ancien chef de la Chancellerie du Fuehrer, interrogé par le Dr Thoma, affirma savoir beaucoup de choses au sujet de la "solution finale".

En 1942, il apprit que le Fuehrer avait confié à Heydrich par l'intermédiaire de Goering la tâche de résoudre la question juive. Pour en savoir plus, il se mit en contact avec Himmler et lui demanda "ce que signifiait exactement la solution finale de la question juive". Himmler lui répondit qu'il avait reçu du Fuehrer la tâche de réaliser la solution finale de la question juive et que "cette tâche consistait essentiellement dans le fait que les juifs devaient être évacués d'Allemagne". Par la suite, cette explication lui fut confirmée par le Fuehrer en personne.

En 1943, des rumeurs circulèrent selon lesquelles les juifs étaient tués. Lammers tenta de remonter à la source de ces rumeurs; mais sans résultat, car elles étaient toujours fondées sur d'autres rumeurs, et c'est pourquoi il parvint à la conclusion qu'il s'agissait de propagande radiophonique ennemie.

Toutefois, pour tirer cette affaire au clair, Lammers se tourna à nouveau vers Himmler, lequel nia que les juifs fussent tués légalement: ils étaient simplement évacués vers l'Est et c'était là la tâche que Hitler lui avait confiée. Au cours de ces évacuations, des personnes âgées ou malades avaient pu mourir, bien entendu, et il avait pu se produire des accidents, des attaques aériennes et des révoltes que Himmler avait été contraint de réprimer dans le sang à titre d'exemple, mais c'était tout.

Lammers se rendit alors à nouveau auprès du Fuehrer qui lui donna la même réponse que Himmler:

Il me dit: "Je déciderai plus tard où iront les juifs; pour l'instant c'est là-bas qu'ils sont placés."

Le Dr Thoma demanda ensuite à Lammers:

Himmler ne vous a jamais dit que la solution finale des juifs consistait dans leur extermination?
--Lammers: Il n'a jamais été question de cela. Il a parlé seulement d'évacuation (Evakuierung).
--Dr Thoma: Quand avez-vous appris que cinq millions de juifs avaient été exterminés?
--Lammers: Je l'ai appris ici il y a quelque temps36.

Ainsi, c'est seulement à Nuremberg que le Chef de la Chancellerie du Reich avait pris connaissance de la prétendue "extermination" des juifs!

Le rapport statistique "Die Endloesung der europaischen Judenfrage" (La solution finale de la question juive européenne) de Richard Korherr résume de manière numérique les résultats de la politique nationale-socialiste en matière d'émigration juive: jusqu'au 31 décembre 1942, 557.357 juifs avaient émigré de l'Ancien Reich, du territoire des Sudètes, du Protectorat de Bohême-Moravie et d'Autriche. Un nombre au moins égal avait émigré des territoires de l'Est et du Gouvernement général car le chiffre reproduit par Korherr 762.593 juifs additionne les émigrations et l'excédent de la mortalité naturelle 37.

En conclusion, Adolf Hitler, de 1933 à 1942, a autorisé l'émigration d'au moins un million de juifs qui se trouvaient sous son contrôle

Quant aux autres, pourquoi les exterminer? Poliakov lui-même remarque à ce sujet:

D'un point de vue plus terre à terre, à quoi bon? Il est tellement plus économique de les affecter aux travaux les plus durs, les parquant dans une réserve, par exemple 38.

C'est précisément ce que fit Hitler.

A mesure que la guerre avançait, les camps de concentration et les ghettos devinrent en effet d'importants centres pour l'économie de guerre allemande, et c'est pourquoi "l'exploitation de la main-d'oeuvre juive fut pour le III' Reich et ses hommes une autre source de revenus substantiels"39.

Le camp de concentration d'Auschwitz, par exemple, dont le territoire comprenait une "sphère d'intérêt" d'environ 40 km2, était le centre de gravité d'une vaste zone industrielle. Il fournissait en main-d'oeuvre de nombreuses industries allemandes, parmi lesquelles: IGFarbenindustrie, Berghutte, Vereinigte Oberschlesische Huttenwerke A G, Hermann Goeringwerke, Siemens-Schuckert-Werke A G, Energie-Versorgung-Oberschlesien A G, Oberschlesische Hydrierwerke, Oberschlesische Geratebau G.m.b.H., Deutsche Gas und Russgesellschaft, Deutsche Reichsbahn, Heeresbauverwaltung, Schlesische Feinweberei, Union-Werke, Golleschaner Portland-Zement A G.

Au cours des années 1942- 1944, le camp central d'Auschwitz comptait 39 camps extérieurs, dont 31 pour les détenus utilisés comme main-d'oeuvre; 19 d'entre eux employaient en majeure partie des détenus juifs 40.

A Monowitz, les usines de l'IG-Farbenindustrie employaient 25.000 détenus d'Auschwitz, environ 100.000 ouvriers civils et environ 1.000 prisonniers de guerre anglais 41.

Même les ghettos se transformèrent en centres économiques de grande importance. Avec la révolte du ghetto de Varsovie "l'industrie de guerre allemande perdait, dans l'Est, un de ses importants centres de fournitures"42. Le second ghetto pour l'importance économique, après celui de Varsovie, était le ghetto de Lodz: "Ses fabrications de tout genre, et en particulier ses industries textiles, constituaient pour l'économie allemande un appoint de grande valeur" 43.

Le 19 janvier 1942, fut créé l'Office central administratif et économique de la SS (SS- Wirtschefts-Verwaltungshauptamt: SS-WVHA)44, dont le but était justement d'"utiliser sur une grande échelle la main-d'oeuvre des détenus" 45. Le 3 mars, Himmler ordonna le transfert de l'Inspectorat des camps de concentration du SS-Fuhrungshauptamt (Office central de direction de la SS) au SS-WVHA, afin de centraliser dans l'Amtsgrappe D la direction des efforts de guerre relativement à la main d'oeuvre 46. Une importante modification fut ainsi décidée dans le cadre de l'internement en camps de concentration comme le souligna le SS-Obergruppenfuehrer Pohl, chef du SS-WVHA, dans une lettre au Reichsfuehrer-SS datée du 30 avril 1942:

La guerre a rendu nécessaire un changement évident de structure des camps de concentration et a modifié radicalement leurs tâches quant à l'emploi des détenus. L'augmentation du nombre des détenus pour des raisons uniquement de sécurité, de rééducation ou de prévention n'est plus au premier plan. L'accent principal est mis sur l'aspect économique. La mobilisation de toutes les capacités de travail, pour les tâches de la guerre (accroissement de l'armement) tout d'abord, et plus tard pour les constructions en temps de paix, doit chaque jour davantage être mise au premier plan 47.

Ces dispositions valaient également pour les juifs. Déjà le 25 janvier 1942, Himmler avait envoyé l'ordre suivant à l'inspecteur général des camps de concentration, le SS-Brigadefuehrer Gluecks:

Etant donné que prochainement nous ne pourrons pas compter sur des prisonniers de guerre russes, j'enverrai dans les camps un grand nombre de juifs et de juives expulsés d'Allemagne. Préparez-vous à accueillir, au cours des quatre prochaines semaines, 100.000 juifs et jusqu'à 50.000 juives en camps de concentration. D'importantes tâches économiques seront confiées aux camps de concentration dans les prochaines semaines. Le SS-Gruppenfuhrer Pohl vous en informera de manière détaillée .

Au début de 1943, 185.000 juifs environ étaient employés dans l'industrie de guerre sur le territoire sous influence du Reich 49.

Le 7 septembre 1943, tous les camps de travail juifs existant dans le Gouvernement général 10 dans le seul district de Lublin furent relevés par le SS-WVHA et devinrent des camps auxiliaires de Lublin 50.

Le 5 avril 1944, il y avait, dans les territoires sous juridiction allemande, 20 camps de concentration et 165 camps de travail 51.

En mai 1944, Hitler ordonna d'utiliser 200.000 juifs comme main-d'oeuvre dans le programme de constructions Jaeger (Jaeger-Bauprogramm) du directeur ministériel Dorsch. L'ordre concernant le personnel de surveillance fut délivré par Himmler le 11 mai:

Le Fuehrer a ordonné que 10.000 Waffen-SS avec officiers et sous-officiers soient affectés à la surveillance des 200.000 juifs que le Reichsfuehrer-SS envoie dans les camps de concentration du Reich pour les employer dans les grandes constructions de l'organisation Todt et dans d'autres tâches d'importance militaire 52.

L'ancien ministre hongrois de l'Intérieur, Gabor Wajna, rapporta une déclaration de Himmler dans laquelle on apprend que "depuis que les juifs sont employés dans le programme Jager, la capacité de travail a augmenté de 40%"53.

D'après une lettre du SS-WVHA, datée "Oranienburg, 15 août 1944", il résulte que l'internement de 612.000 personnes --parmi lesquelles 90.000 juifs du programme Hongrie-- dans les camps de concentration était imminent 54.

L'importance du potentiel de travail représenté par les juifs apparaît encore plus nettement, si l'on considère le besoin pressant de main-d'oeuvre de l'économie de guerre allemande.

Le 21 mars 1942, Hitler nomma Fritz Sauckel plénipotentiaire général pour l'emploi de la main-d'oeuvre, avec la tâche de pourvoir à ce besoin 55. Selon un rapport envoyé par Sauckel à Hitler et à Goering le 27 juillet 1942, 5.124.000 travailleurs étrangers étaient employés dans le Reich. En dépit de cela, le besoin de main-d'oeuvre était tel qu'en janvier 1943 Sauckel ordonna la mobilisation totale de tous les Allemands pour l'économie de guerre. Le 5 février 1943, au congrès des Gauleiter qui se tint à Posen, Sauckel déclara:

La dureté inouie de la guerre m'a contraint à mobiliser, au nom du Fuehrer, plusieurs millions d'étrangers pour les employer dans toute l'économie de guerre allemande afin d'assurer à celle-ci un rendement maximum.

Mais au début de 1944, Hitler appela 4 millions de travailleurs supplémentaires 56. Parallèlement, les conditions de vie des camps de concentration étaient adoucies afin d'obtenir un plus haut rendement de la force de travail des détenus.

Le 20 janvier 1943, le SS-Brigadefuehrer Gluecks, chef de l'Amtsgruppe D du SS-WVHA, transmit aux commandants des camps de concentration l'ordre de Himmler du 28 décembre 1942 57 d'abaisser par tous les moyens la mortalité dans les camps, en les considérant comme "personnellement responsables de l'épuisement de toute possibilité de préserver la force physique des détenus"58.

A la suite de cet ordre --comme le fit remarquer le 30 septembre 1943 le SS-Obergruppenfuehrer Pohl dans un rapport statistique au Reichsfuehrer-SS-- grâce à l'amélioration des conditions hygiéniques, de nourriture et d'habillement, la mortalité dans les camps de concentration était en constante diminution, étant tombée de 10% en décembre 1942 à 2,09% en août 1943 59.

Un ordre du SS-WVHA du 18 novembre 1943 au commandement d'Auschwitz prescrivait de donner une prime aux détenus --même juifs-- qui se seraient distingués au travail 60.

L'"extermination" des juifs était donc une absurdité économique, comme Poliakov lui-même le reconnaît 61, d'autant plus que, selon Collotti:

ce fut entre autres la nécessité économique de se servir de leur travail qui empêcha l'extermination massive, voulue par Hitler, des prisonniers soviétiques 62.

Mais si la nécessité économique des Allemands était si pressante au sujet des Russes, pourquoi ne l'était-elle pas également au sujet des juifs?

Les historiens officiels répliquent en soutenant que l'"extermination" des juifs, correspondant à l'objectif fondamental du Fuehrer, primait n'importe quelle exigence économique, même au risque de revêtir un caractère nettement anti-économique. Hannah Arendt formule cette thèse de façon admirable:

Le caractère incroyable des horreurs est étroitement lié à leur inutilité sur le plan économique. Les nazis poussèrent carrément l'inutile jusqu'au nuisible quand, en pleine guerre, et malgré la pénurie de matériaux de construction et de matériel roulant, ils dressèrent d'énormes et coûteuses entreprises d'extermination et organisèrent le transport de millions de gens. Du point de vue d'un monde strictement utilitaire la contradiction manifeste entre cette façon d'agir et les impératifs militaires donne à toute l'entreprise un air fou et chimérique 63.

Il n'est que trop facile d'objecter que, si l'"extermination" des juifs était si importante pour Hitler au point de faire passer au second plan les nécessités impérieuses de l'économie de guerre allemande et ce jusqu'au nuisible, il n'aurait certainement pas permis --jusque pendant les deux premières années de guerre-- l'émigration d'au moins un million de juifs!

En réalité, l'"Europa-Plan", dont les pourparlers commencèrent sous une forme officielle au printemps de 1944, montre jusqu'à quel point les nazis furent utilitaristes en ce qui concerne les juifs. Himmler proposait l'échange d'un million de juifs (enfants, femmes, gens âgés) "contre 10.000 camions, mille tonnes de café et un peu de savon"64.

Joel Brand, qui conduisait la négociation pour la partie juive, se rendit à Istanbul et de là au Caire.

C'est en réalité du côté des Alliés que surgirent les obstacles. Joel Brand fut interné par les autorités britanniques, sans avoir eu la possibilité d'accomplir sa mission; et le State Department interdit au docteur Schwartz, le directeur de l'American Jewish Joint, de traiter avec des sujets ennemis 65.

Joel Brand réussit à transmettre la proposition allemande à Lord Moyne, alors ministre d'Etat britannique pour le Moyen Orient, qui lui répondit: "Et que devraisje faire d'un million de juifs? Où irais-je les mettre?"66.

La fragilité de la thèse susmentionnée est étroitement liée à la fragilité des raisons censées expliquer l'"extermination" des juifs.

Presque tous les historiens officiels sont certains qu'il faut rechercher ces raisons dans la prétendue conception nationale-socialiste selon laquelle les juifs, en tant que "race inférieure", étaient à exterminer "pour le seul fait d'être juif".

Cette thèse est catégoriquement démentie par la réalité de la politique en matière d'émigration juive --émigration rendue même forcée!-- défendue par le gouvernement du Reich jusque pendant les deux premières années de la guerre.

Poliakov reconnaît lui-même sans demi-mesures le manque de fondement de cette thèse. Après s'être posé la "lancinante question" au sujet de la raison pour laquelle fut prise la décision de l'"extermination", il poursuit:

"Haine des juifs", "folie de Hitler", sont des termes trop généraux, et qui, par là même, ne veulent rien dire; et Hitler tout au moins tant que le sort du III' Reich n'avait pas été scellé savait être un politicien calculateur et avisé. Nous avons vu, du reste, que l'extermination des juifs ne faisait aucunement partie de l'ensemble des visées nazies. Dès lors, pourquoi cette décision, dont nous avons vu tout ce qu'elle comportait d'irrationnel, a-t-elle été prise, et pourquoi justement à cette époque donnée?
Tâchons donc de voir plus avant, tout en gardant pleinement conscience de ce que des déductions pareilles, en l'absence de tout témoignage, tout procès-verbal, toute pièce péremptoire, peuvent offrir de spéculatif et de fragile 67.

En d'autres termes, on ignore non seulement quand et par qui, mais même pourquoi la décision de l'"extermination" aurait été prise.

Au sujet des raisons de cette prétendue décision, en effet, l'historiographie officielle n'est en mesure de fournir que des "déductions" qui sont "spéculatives" et "fragiles" et sont en outre en contradiction manifeste avec la REALITE de la politique nationale-socialiste en matière d'émigration juive.

Que cela soit presque vrai à la lettre est démontré par le jugement suivant de Robert Cecil, "sous-directeur de l'école spécialisée dans les études européennes contemporaines de l'Université de Reading et, depuis 1968, professeur d'histoire contemporaine allemande auprès de cette université":

Le massacre des Slaves, comme celui des juifs, fut un homicide rituel, qui non seulement ne contribua en rien à la victoire militaire mais, comme nous le verrons bientôt, gêna considérablement la Wehrmacht dans sa tâche 68


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