AAARGH
Cela était dû au fait que les Allemands étaient en contact, à cette époque, avec le gouvernement de Vichy au sujet du projet de Madagascar:
Il semble que Hitler n'autorisa pas non plus Rosenberg, par la suite, à rendre public le projet de Madagascar. En effet, à la conférence "Die Judenfrage als Weltproblem" (La question juive comme problème mondial), tenue par Rosenberg le 28 mars 1941, celui-ci déclarait, au nom de tous les Européens:
Au sujet de cette réserve Rosenberg se borna à déclarer:
Goebbels en revanche, d'après le témoignage de Moritz von Schirmeister, ancien fonctionnaire du ministère de la Propagande, parla publiquement et à plusieurs reprises du projet de Madagascar:
Interrogé à Nuremberg sur un document du 24 septembre 1942, Ribbentrop répondit:
Dans la note "Projet de Madagascar" du 30 août 1940, Rademacher déclarait que l'établissement du Gouvernement général de Pologne et l'annexion de nouveaux districts orientaux avaient mis un très grand nombre de juifs sous domination allemande. Cela, ajouté à d'autres difficultés, comme le durcissement de la législation relative à l'immigration de la part des pays d'outre-mer, rendaient difficile la conduite à son terme, et pour une date pas trop éloignée, de "la solution du problème juif dans le territoire du Reich, y compris le Protectorat de Bohême-Moravie, au moyen de l'émigration"5, d'où, précisément, le projet de Madagascar.
Eichmann se mit activement au travail.
Rademacher en effet, dans la note susmentionnée, calculant que le transfèrement de quatre millions de juifs à Madagascar aurait demandé environ quatre ans, remarquait:
Le paragraphe "Financement" de la note "Projet de Madagascar" s'ouvre sur la phrase suivante:
La tristement célèbre "solution finale de la question juive" se rapportait donc simplement au transfèrement des juifs européens à Madagascar, comme le reconnaît Poliakov:
Comme l'on sait, cette expression serait devenue par la suite, d'après les historiens officiels, synonyme d'"extermination" des juifs:
En réalité, cette affirmation est entièrement dénuée de fondement et arbitraire, non seulement parce qu'aucune preuve ne vient l'appuyer mais encore parce qu'il existe des documents qui la démentent de manière catégorique.
Nous devons nous limiter ici à quelques brèves considérations.
Les enquêteurs de Nuremberg se rendaient parfaitement compte qu'un "plan d'extermination" ayant provoqué --selon l'accusation-- la mort de "plus de quatre millions et demi"11 ou de "six millions"12 de juifs ne pouvait pas avoir été réalisé sans laisser la moindre trace dans les archives nazies et, du point de vue juridique, ils ne pouvaient avoir recours à l'échappatoire utilisée par les historiens officiels selon lesquels tous les documents compromettants ont été détruits.
Ils élaborèrent alors la méthode exégétique audacieuse qui permet de faire dire ce que l'on veut à n'importe quel document. Le fondement de cette méthode exégétique repose sur la spéculation arbitraire selon laquelle les autorités suprêmes nationales-socialistes auraient adopté jusque dans les documents les plus réservés une sorte de langage codé dont les enquêteurs de Nuremberg prétendaient naturellement avoir découvert la clé. D'où la déformation systématique --en fonction de l'"extermination"-- de documents tout à fait anodins.
L'exemple le plus connu de ce travestissement systématique concerne justement l'interprétation du terme "Endloesung" que l'on a fait devenir synonyme d'"extermination des juifs"13.
Comme nous le verrons bientôt, à la "solution finale" par le transfèrement des juifs européens à Madagascar succéda --mais seulement à titre de palliatif-- la "solution finale territoriale", par la déportation des juifs européens dans les territoires de l'Est occupés par les Allemands.
Le 20 mai 1941, Heydrich interdit l'émigration juive à partir de la France et de la Belgique et l'immigration (Einwanderung) des juifs dans les territoires occupés pour réserver toutes les possibilités d'émigration aux juifs du Reich et "en considération de la solution finale de la question juive sans doute prochaine"14.
En effet, par lettre du 31 juillet 1941, Goering confiait à Heydrich la tâche de faire tous les préparatifs nécessaires en vue de la "solution finale", c'est-à-dire d'organiser l'émigration ou l'évacuation totale et définitive des juifs qui se trouvaient sous domination allemande. Cette lettre déclarait en effet:
D'après la méthode exégétique susmentionnée, cette lettre constituerait "un des documents fondamentaux de l'histoire de l'extermination"16: l'expression "solution finale" y apparaît en effet, qui désignerait, comme le soutient Reitlinger, "le plan hitlérien pour l'extermination des juifs européens".
En réalité, et le texte le montre clairement, la "solution finale de la question juive" souhaitée est une "solution par la voie de l'émigration ou de l'évacuation".
Heydrich lui-même, écrivant le 6 novembre 1941 que déjà "depuis des années" il était chargé de préparer la "solution finale" en Europe17, faisait clairement remonter cette charge au décret du 24 janvier 1939 et identifiait précisément la "solution finale" avec la "solution par la voie de l'émigration ou de l'évacuation".
Que l'interprétation des historiens officiels soit tendancieuse ressort à l'évidence du fait que G. Reitlinger et W. Shirer, citant la lettre en question, suppriment la partie du document qui parle justement d'émigration et d'évacuation!18
La lettre de Goering du 31 juillet 1941 se réfère exclusivement à l'émigration et à l'évacuation juives et cela est confirmé par un document très important, le mémorandum de Martin Luther du 21 août 1942.
Dans ce document, Martin Luther, chef du département Allemagne du ministère des Affaires étrangères, récapitule les points essentiels de la politique nationale-socialiste à l'égard des juifs:
Après avoir évoqué le projet de Madagascar, qui était à présent dépassé par les événements, Luther poursuit en notant que la lettre de Goering du 31 juillet 1941 fait suite à une lettre de Heydrich dans laquelle celui-ci l'informait que:
Luther poursuit:
La destination était constituée par les territoires de l'Est via le Gouvernement général:
Dans une note datée du 14 décembre 1942 et intitulée "Financement des mesures en vue de la solution de la question juive", le conseiller ministériel Maedel confirmait:
Les difficultés de la guerre et les perspectives ouvertes par la campagne de Russie avaient entraîné provisoirement l'abandon de la politique d'émigration totale.
En conséquence, l'émigration des juifs depuis l'Allemagne fut interdite pour la durée de la guerre le 23 octobre 194121 mais, semble-t-il, l'ordre ne fut pas exécuté car il fut diffusé à nouveau le 3 janvier 1942 22 et promulgué finalement par Himmler le 4 février 1942. A cette date, en effet, le "Militaerbefehlshaber" en France publia l'ordonnance suivante:
Himmler se réservait d'autoriser des émigrations particulières lorsque les intérêts de l'Allemagne l'exigeraient 23. Toutefois, jusqu'au 31 mars 1943, les juifs de citoyenneté italienne, finlandaise, suisse, espagnole, portugaise, danoise et suédoise furent autorisés à rentrer dans leurs pays 24.
La conférence de Heydrich mentionnée par Luther se tint le 20 janvier 1942 à Berlin, au Grand Wannsee 56/58. Le "procès-verbal" relatif à cette conférence s'ouvre sur un résumé de la politique nationale-socialiste à l'égard des juifs:
En conséquence de cette politique, jusqu'au 31 octobre 1941 et ce en dépit de difficultés diverses, 537.000 juifs environ émigrèrent de l'Ancien Reich, de l'Autriche et du Protectorat de Bohême-Moravie.
Le "procès-verbal" poursuit:
Par ordre du Fuehrer, la solution finale, c'est-à-dire l'émigration totale des juifs européens, était donc remplacée par l'évacuation vers les territoires occupés de l'Est, mais seulement comme palliatif en attendant de reprendre la question après la conclusion de la guerre. En effet, dans un mémorandum daté de Berlin, 15 août 1940, Luther avait communiqué à Rademacher ce qui suit:
Ce n'est pas l'unique document
dans lequel Hitler manifeste cette intention à l'égard
des juifs européens. En effet, selon une note de la Chancellerie
du Reich de mars-avril 1942, Hitler entendait s'occuper de la
solution de la question juive après la guerre27 et le 24 juillet 1942 il affirma
lui-même qu'après la fin de la guerre, il "frapperait
ville après ville, si les juifs ne déménageaient
pas et n'émigraient pas à Madagascar ou dans un
autre Etat national juif"28.
Quelques mois auparavant, le 7 mars 1942, Goebbels avait inscrit dans son journal:
L'intention des nazis de résoudre la question juive après la fin de la guerre apparaît également dans ce qu'on appelle la "Braune Mappe" (Dossier Brun), qui remonte à l'été 1941.
Le paragraphe "Directives pour la solution de la question juive" de ce docoment, qui, dit B. Nellessen, "préconisait des mesures sévères, mais non l'extermination"30, s'ouvre en effet sur la phrase suivante:
Conformément aux directives de Hitler, le projet de Madagascar fut donc provisoirement abandonné. Une lettre d'information de Rademacher du 10 février 1942 en explique la raison:
Quelques semaines auparavant, le 27 janvier 1942, le Fuehrer avait déclaré:
Un "avis" du 9 octobre 1942 intitulé "Mesures préparatoires pour la solution du problème juif en Europe. Rumeurs au sujet de la situation des juifs de l'Est" résume les étapes et explique clairement la signification de la "solution finale":
L'exécution de ces tâches réclamait "une impitoyable rigueur"34, c'est-à-dire que la déportation des juifs vers l'Est devait être totale et inflexible.
Solution finale de la question juive n'a donc jamais signifié "plan hitlérien d'extermination des juifs européens" 35.
Au procès de Nuremberg, Hans Lammers, ancien chef de la Chancellerie du Fuehrer, interrogé par le Dr Thoma, affirma savoir beaucoup de choses au sujet de la "solution finale".
En 1942, il apprit que le Fuehrer avait confié à Heydrich par l'intermédiaire de Goering la tâche de résoudre la question juive. Pour en savoir plus, il se mit en contact avec Himmler et lui demanda "ce que signifiait exactement la solution finale de la question juive". Himmler lui répondit qu'il avait reçu du Fuehrer la tâche de réaliser la solution finale de la question juive et que "cette tâche consistait essentiellement dans le fait que les juifs devaient être évacués d'Allemagne". Par la suite, cette explication lui fut confirmée par le Fuehrer en personne.
En 1943, des rumeurs circulèrent selon lesquelles les juifs étaient tués. Lammers tenta de remonter à la source de ces rumeurs; mais sans résultat, car elles étaient toujours fondées sur d'autres rumeurs, et c'est pourquoi il parvint à la conclusion qu'il s'agissait de propagande radiophonique ennemie.
Toutefois, pour tirer cette affaire au clair, Lammers se tourna à nouveau vers Himmler, lequel nia que les juifs fussent tués légalement: ils étaient simplement évacués vers l'Est et c'était là la tâche que Hitler lui avait confiée. Au cours de ces évacuations, des personnes âgées ou malades avaient pu mourir, bien entendu, et il avait pu se produire des accidents, des attaques aériennes et des révoltes que Himmler avait été contraint de réprimer dans le sang à titre d'exemple, mais c'était tout.
Lammers se rendit alors à nouveau auprès du Fuehrer qui lui donna la même réponse que Himmler:
Le Dr Thoma demanda ensuite à Lammers:
Ainsi, c'est seulement à Nuremberg que le Chef de la Chancellerie du Reich avait pris connaissance de la prétendue "extermination" des juifs!
Le rapport statistique "Die Endloesung der europaischen Judenfrage" (La solution finale de la question juive européenne) de Richard Korherr résume de manière numérique les résultats de la politique nationale-socialiste en matière d'émigration juive: jusqu'au 31 décembre 1942, 557.357 juifs avaient émigré de l'Ancien Reich, du territoire des Sudètes, du Protectorat de Bohême-Moravie et d'Autriche. Un nombre au moins égal avait émigré des territoires de l'Est et du Gouvernement général car le chiffre reproduit par Korherr 762.593 juifs additionne les émigrations et l'excédent de la mortalité naturelle 37.
En conclusion, Adolf Hitler, de 1933 à 1942, a autorisé l'émigration d'au moins un million de juifs qui se trouvaient sous son contrôle
Quant aux autres, pourquoi les exterminer? Poliakov lui-même remarque à ce sujet:
C'est précisément ce que fit Hitler.
A mesure que la guerre avançait, les camps de concentration et les ghettos devinrent en effet d'importants centres pour l'économie de guerre allemande, et c'est pourquoi "l'exploitation de la main-d'oeuvre juive fut pour le III' Reich et ses hommes une autre source de revenus substantiels"39.
Le camp de concentration d'Auschwitz, par exemple, dont le territoire comprenait une "sphère d'intérêt" d'environ 40 km2, était le centre de gravité d'une vaste zone industrielle. Il fournissait en main-d'oeuvre de nombreuses industries allemandes, parmi lesquelles: IGFarbenindustrie, Berghutte, Vereinigte Oberschlesische Huttenwerke A G, Hermann Goeringwerke, Siemens-Schuckert-Werke A G, Energie-Versorgung-Oberschlesien A G, Oberschlesische Hydrierwerke, Oberschlesische Geratebau G.m.b.H., Deutsche Gas und Russgesellschaft, Deutsche Reichsbahn, Heeresbauverwaltung, Schlesische Feinweberei, Union-Werke, Golleschaner Portland-Zement A G.
Au cours des années 1942- 1944, le camp central d'Auschwitz comptait 39 camps extérieurs, dont 31 pour les détenus utilisés comme main-d'oeuvre; 19 d'entre eux employaient en majeure partie des détenus juifs 40.
A Monowitz, les usines de l'IG-Farbenindustrie employaient 25.000 détenus d'Auschwitz, environ 100.000 ouvriers civils et environ 1.000 prisonniers de guerre anglais 41.
Même les ghettos se transformèrent en centres économiques de grande importance. Avec la révolte du ghetto de Varsovie "l'industrie de guerre allemande perdait, dans l'Est, un de ses importants centres de fournitures"42. Le second ghetto pour l'importance économique, après celui de Varsovie, était le ghetto de Lodz: "Ses fabrications de tout genre, et en particulier ses industries textiles, constituaient pour l'économie allemande un appoint de grande valeur" 43.
Le 19 janvier 1942, fut créé l'Office central administratif et économique de la SS (SS- Wirtschefts-Verwaltungshauptamt: SS-WVHA)44, dont le but était justement d'"utiliser sur une grande échelle la main-d'oeuvre des détenus" 45. Le 3 mars, Himmler ordonna le transfert de l'Inspectorat des camps de concentration du SS-Fuhrungshauptamt (Office central de direction de la SS) au SS-WVHA, afin de centraliser dans l'Amtsgrappe D la direction des efforts de guerre relativement à la main d'oeuvre 46. Une importante modification fut ainsi décidée dans le cadre de l'internement en camps de concentration comme le souligna le SS-Obergruppenfuehrer Pohl, chef du SS-WVHA, dans une lettre au Reichsfuehrer-SS datée du 30 avril 1942:
Ces dispositions valaient également pour les juifs. Déjà le 25 janvier 1942, Himmler avait envoyé l'ordre suivant à l'inspecteur général des camps de concentration, le SS-Brigadefuehrer Gluecks:
Au début de 1943,
185.000 juifs environ étaient employés dans l'industrie
de guerre sur le territoire sous influence du Reich 49.
Le 7 septembre 1943, tous les camps de travail juifs existant dans le Gouvernement général 10 dans le seul district de Lublin furent relevés par le SS-WVHA et devinrent des camps auxiliaires de Lublin 50.
Le 5 avril 1944, il y avait, dans les territoires sous juridiction allemande, 20 camps de concentration et 165 camps de travail 51.
En mai 1944, Hitler ordonna d'utiliser 200.000 juifs comme main-d'oeuvre dans le programme de constructions Jaeger (Jaeger-Bauprogramm) du directeur ministériel Dorsch. L'ordre concernant le personnel de surveillance fut délivré par Himmler le 11 mai:
L'ancien ministre hongrois de l'Intérieur, Gabor Wajna, rapporta une déclaration de Himmler dans laquelle on apprend que "depuis que les juifs sont employés dans le programme Jager, la capacité de travail a augmenté de 40%"53.
D'après une lettre du SS-WVHA, datée "Oranienburg, 15 août 1944", il résulte que l'internement de 612.000 personnes --parmi lesquelles 90.000 juifs du programme Hongrie-- dans les camps de concentration était imminent 54.
L'importance du potentiel de travail représenté par les juifs apparaît encore plus nettement, si l'on considère le besoin pressant de main-d'oeuvre de l'économie de guerre allemande.
Le 21 mars 1942, Hitler nomma Fritz Sauckel plénipotentiaire général pour l'emploi de la main-d'oeuvre, avec la tâche de pourvoir à ce besoin 55. Selon un rapport envoyé par Sauckel à Hitler et à Goering le 27 juillet 1942, 5.124.000 travailleurs étrangers étaient employés dans le Reich. En dépit de cela, le besoin de main-d'oeuvre était tel qu'en janvier 1943 Sauckel ordonna la mobilisation totale de tous les Allemands pour l'économie de guerre. Le 5 février 1943, au congrès des Gauleiter qui se tint à Posen, Sauckel déclara:
Mais au début de 1944, Hitler appela 4 millions de travailleurs supplémentaires 56. Parallèlement, les conditions de vie des camps de concentration étaient adoucies afin d'obtenir un plus haut rendement de la force de travail des détenus.
Le 20 janvier 1943, le SS-Brigadefuehrer Gluecks, chef de l'Amtsgruppe D du SS-WVHA, transmit aux commandants des camps de concentration l'ordre de Himmler du 28 décembre 1942 57 d'abaisser par tous les moyens la mortalité dans les camps, en les considérant comme "personnellement responsables de l'épuisement de toute possibilité de préserver la force physique des détenus"58.
A la suite de cet ordre --comme le fit remarquer le 30 septembre 1943 le SS-Obergruppenfuehrer Pohl dans un rapport statistique au Reichsfuehrer-SS-- grâce à l'amélioration des conditions hygiéniques, de nourriture et d'habillement, la mortalité dans les camps de concentration était en constante diminution, étant tombée de 10% en décembre 1942 à 2,09% en août 1943 59.
Un ordre du SS-WVHA du 18 novembre 1943 au commandement d'Auschwitz prescrivait de donner une prime aux détenus --même juifs-- qui se seraient distingués au travail 60.
L'"extermination" des juifs était donc une absurdité économique, comme Poliakov lui-même le reconnaît 61, d'autant plus que, selon Collotti:
Mais si la nécessité économique des Allemands était si pressante au sujet des Russes, pourquoi ne l'était-elle pas également au sujet des juifs?
Les historiens officiels répliquent en soutenant que l'"extermination" des juifs, correspondant à l'objectif fondamental du Fuehrer, primait n'importe quelle exigence économique, même au risque de revêtir un caractère nettement anti-économique. Hannah Arendt formule cette thèse de façon admirable:
Il n'est que trop facile d'objecter que, si l'"extermination" des juifs était si importante pour Hitler au point de faire passer au second plan les nécessités impérieuses de l'économie de guerre allemande et ce jusqu'au nuisible, il n'aurait certainement pas permis --jusque pendant les deux premières années de guerre-- l'émigration d'au moins un million de juifs!
En réalité, l'"Europa-Plan", dont les pourparlers commencèrent sous une forme officielle au printemps de 1944, montre jusqu'à quel point les nazis furent utilitaristes en ce qui concerne les juifs. Himmler proposait l'échange d'un million de juifs (enfants, femmes, gens âgés) "contre 10.000 camions, mille tonnes de café et un peu de savon"64.
Joel Brand, qui conduisait la négociation pour la partie juive, se rendit à Istanbul et de là au Caire.
Joel Brand réussit à transmettre la proposition allemande à Lord Moyne, alors ministre d'Etat britannique pour le Moyen Orient, qui lui répondit: "Et que devraisje faire d'un million de juifs? Où irais-je les mettre?"66.
La fragilité de la thèse susmentionnée est étroitement liée à la fragilité des raisons censées expliquer l'"extermination" des juifs.
Presque tous les historiens officiels sont certains qu'il faut rechercher ces raisons dans la prétendue conception nationale-socialiste selon laquelle les juifs, en tant que "race inférieure", étaient à exterminer "pour le seul fait d'être juif".
Cette thèse est catégoriquement démentie par la réalité de la politique en matière d'émigration juive --émigration rendue même forcée!-- défendue par le gouvernement du Reich jusque pendant les deux premières années de la guerre.
Poliakov reconnaît lui-même sans demi-mesures le manque de fondement de cette thèse. Après s'être posé la "lancinante question" au sujet de la raison pour laquelle fut prise la décision de l'"extermination", il poursuit:
En d'autres termes, on ignore non seulement quand et par qui, mais même pourquoi la décision de l'"extermination" aurait été prise.
Au sujet des raisons de cette prétendue décision, en effet, l'historiographie officielle n'est en mesure de fournir que des "déductions" qui sont "spéculatives" et "fragiles" et sont en outre en contradiction manifeste avec la REALITE de la politique nationale-socialiste en matière d'émigration juive.
Que cela soit presque vrai à la lettre est démontré par le jugement suivant de Robert Cecil, "sous-directeur de l'école spécialisée dans les études européennes contemporaines de l'Université de Reading et, depuis 1968, professeur d'histoire contemporaine allemande auprès de cette université":