AAARGH
Errare humanum est […][1]! (suite)
Pourquoi donc cette légère «erreur» que j’ai relevée dans un texte par ailleurs plutôt excellent, recoupe-t-elle les divergences, les malentendus et les bienentendus qui se sont manifestés entre Faurisson et moi au cours des années terribles? Et pourquoi est-t-il utile de bien le comprendre.
Madame Rassinier avait beaucoup d’admiration pour Faurisson, et pour son combat. Elle était enchantée à la lecture de ses textes. Mais elle lui reprochait, intuitivement, d’entrer en rivalité avec «les Juifs» comme dans un combat de coqs, ou un combat singulier. Et là, elle sentait qu’il n’y avait pas d’issue favorable à terme prévisible, et même pas d’issue du tout.
Quand elle m’avait dit de Faurisson: «Il me fait peur!»[2], ce n’était évidemment pas qu’elle eut peur de Faurisson, mais elle craignait, pour lui et pour la cause révisionniste, que nous n’allions au casse-pipe. Elle savait ce qu’était l’ostracisme social, le combat du pot de terre contre le pot de fer, et elle ne parvenait pas à oublier combien, alors qu’il sentait venir la mort, Paul Rassinier avait attendu en vain la visite de Faurisson, après qu’une correspondance prometteuse se fut établie entre eux.
Elle ne parvenait pas non plus à oublier ce qu’elle avait perçu comme la «suffisance» de Faurisson lorsqu’elle le rencontra enfin, après la mort de son mari, Paul Rassinier. Elle savait, elle, ce qu’était le dévouement gratuit, et le sacrifice[3].
Sans la moindre religion ni éducation ou culture religieuse, elle était une véritable sainte laïque, une résistante[4] inébranlable, qui n’a pas besoin d’espérer la victoire pour savoir que le bon combat doit être mené pour la seule raison qu’il est le bon combat, et parce qu’on n’a pas le choix de ne pas le mener quand on est… ce que l’on est! Si notre Royaume ne devait, finalement être, ni de ce monde, ni de l’«autre monde», son «essence» (son être sa réalité son existence) ne faisait pour elle aucun doute.
D’ailleurs, en vérité, elle ne m’avait pas fait part, ni la moindre allusion, aux «réticences» qu’elle avait à l’égard de Faurisson. Ce n’est que quand je lui ai demandé de mettre les 41 volumes du T.M.I. à la disposition de Faurisson, à l’occasion du procès en cours, que son sentiment s’est manifesté et qu’elle a tenu à me les remettre à moi, fût-ce symboliquement, puisque je lui avais dit mon intention de les remettre à Faurisson, dont je plaidais énergiquement la cause à l’époque. D’autant plus que la bataille judiciaire décisive était engagée. Nous en étions bien conscients. Et Faurisson était l’architecte et la pièce maîtresse du dispositif, cela ne faisait pas l’ombre d’un doute.
À aucun prix elle n’aurait voulu entraver la lutte que nous menions. Mais en même temps elle craignait que je ne me laisse embarquer dans une voie sans issue. Elle percevait sans parvenir à l’analyser clairement un comportement de Faurisson qui lui semblait erroné. À l’époque je soutenais au contraire complètement la stratégie de Faurisson.
«Mais il les excite! Ah si on pouvait les laisser dormir!»
Ce n’est que plus tard que j’ai compris ce que voulait dire Madame Rassinier. Je me souviens précisément de sa réaction à la fameuse «phrase de soixante mots»:
«Mais qu’est-ce qu’il n’a pas dit là! Ils vont en faire leurs choux gras!»
Je lui ai évidemment expliqué dans quelles conditions cette phrase avait été rendue publique. Comment Faurisson cherchait depuis quelque temps déjà à résumer ses thèses en une phrase de manière à ce que les journalistes et les médiats ne puisse pas falsifier comme ils le font si habituellement. L’idée était excellente. Mais j’avais dit à Faurisson que sa phrase de soixante mots ne convenait pas, et je lui avais même fait promettre (à l’époque il avait conscience de me devoir quelque chose) de ne pas la rendre publique avant que nous ne l’ayons modifiée pour éviter que la rhétorique juive et ses poncifs n’embraye au quart de tour. La veille même de l’interview par Ivan Levaï (17 décembre 1980) où cette phrase serait finalement lâchée, je lui avais répété de surtout ne pas la prononcer, et je suis convaincu qu’il aurait tenu sa promesse si Ivan Levaï ne lui avait pas tendu un piège.
Après nous avoir reçu très correctement et courtoisement et montré le studio d’émission, il avait proposé à Faurisson un bureau pour préparer calmement les réponses à deux des premières questions qu’il allait lui poser. Mais une foi à l’antenne, il présenta Faurisson comme l’incarnation du diable et lui posa une tout autre question que celles qu’il avait annoncées!
Je continue et je persiste à remercier Dieu, et surtout Faurisson, d’être parvenu à se rétablir et d’avoir été si brillant face à la tentative de déstabilisation menée par Ivan Levaï. Et je ne lui ai jamais fait le moindre reproche d’avoir prononcé la-dite phrase ce jour-là. Quand le vin est tiré, il faut le boire, et quand la bataille décisive est engagée, il faut accepter les aléas du front comme ils viennent. J’ai donc publiquement défendu bec et ongle[5], et Faurisson et la phrase de soixante mots. Puis j’ai essayé de suppléer aux inconvénients inhérents à cette formulation en obtenant de Faurisson qu’il consente à la modifier.
Ce fut une expérience extrêmement éprouvante. En d’innombrables occasions je me suis trouvé confronté à un refus d’en discuter. Et puis à l’époque, il subissait tant d’adversités qu’il ne fallait pas en rajouter… Et je rentrais mon désir d’une discussion simple et amicale entre nous sur le sujet. Parfois j’accentuais la pression. Généralement en pure perte. Et puis cette phrase n’était-elle pas associée à l’interview historique par Ivan Levaï? Et cette interview n’avait-elle pas été un succès!
Il m’arrivait, quand les circonstances me semblaient favorables, et que je pensais pouvoir bénéficier de sa bienveillance, d’augmenter la pression. Je me souviens finalement avoir obtenu, dans le salon de Bocage, une discussion qui m’a laissé un souvenir pénible et d’où je suis sorti épuisé. Dès que fut abordé le sujet, l’ambiance amicale changea et se transforma progressivement en l’équivalent de la discussion d’une motion d’orientation au comité central d’une organisation trotskiste! Mais j’ai tenu bon. Et j’ai obtenu la promesse[6] que soient rajoutés à la phrase canonique 23 mots essentiels, minimum pour la Vieille Taupe, afin que ne soit pas complètement dénaturé le sens de sa participation au combat commun. Je n’ai pas obtenu ce que j’aurais souhaité, c’est-à-dire que la phrase soit complètement remaniée. En vérité je n’ai pas même pu le suggérer ni faire comprendre mes raisons de fond, ni même les exprimer. Je m’étais donc rabattu sur le minimum dont j’avais besoin et qu’il m’avait paru possible d’obtenir ce jour-là.
Je ne suis plus en mesure de préciser la date de cette discussion mémorable où la Vieille Taupe avait été admise à mettre son grain de sel dans une discussion d’orientation stratégique. Mais ce dont je me souviens parfaitement c’est que Faurisson trouva le moyen de ne pas prononcer cette nouvelle phrase et d’éluder toutes les occasions et les moyens que je lui proposais de rendre publique cette «évolution». Je commençais à désespérer quand le miracle se produisit finalement alors que je n’y croyais plus. Il prononça cette nouvelle phrase, de 85 mots (60+22+3, voir explication à la fin) en indiquant qu’elle se substituait à la précédente, de manière on ne peut plus officielle, dans sa déposition au tribunal de Toronto (Canada) au procès d’Ernst Zündel de février 1985!
La réaction de la Vieille Taupe ne s’est pas fait attendre. Elle profitait de l’occasion de la sortie du film Shoah[7] pour distribuer un tract (en mai 1985) qui rendait publique et officielle en France cette «amélioration» (de mon point de vue). Ce tract déclencha un certain nombre de péripéties qui débouchèrent sur la publication de mon livre Droit et histoire (La Vieille Taupe, Paris, mars 1986) où l’essentiel de ces péripéties sont racontées. Dans la foulée la Vieille Taupe déploya de multiples activités dont Faurisson n’eut qu’à se féliciter. Elle forma le projet complètement démentiel dans le contexte de l’époque de publier une revue qui serait diffusée dans les kiosques! Cela supposait déjà de trouver quelqu’un qui accepte que son nom et son adresse figure sur chaque numéro qui serait diffusé. Cela supposait aussi de trouver quelqu’un qui accepte d’assumer la responsabilité pénale des articles qui seraient publiés. Cela supposait enfin la résolution d’un certain nombre de problèmes pratiques et techniques et financiers que j’ai tous résolus à peu près seul. Et le n°1 des Annales d’histoire révisionniste est sorti dans les kiosques au printemps 1987. C’est absolument par hasard si cette sortie a coïncidé avec le procès Barbie. Cela inaugura une période de collaboration d’une qualité exceptionnelle avec Bocage, au point que l’ordinateur qui servait à la préparation des numéros des Annales fut finalement installé au domicile de Bocage. Faurisson fournit régulièrement des articles mais n’en écrivit aucun spécialement pour les Annales… dans le cadre d’une stratégie dont nous aurions préalablement discutée.
Mais après la miraculeuse occurrence de Toronto, qui avait redonné des ailes à la Vieille Taupe©, jamais le Professeur n’a répété la nouvelle phrase! Ni en public, ni en privé. Jamais! Il a repris incontinent l’usage de la phrase de 60 mots. Puis incidemment sont venues des remarques sur le fait qu’on avait voulu lui faire modifier cette phrase, puis des allusions légèrement moqueuses à l’égard de «ceux qui auraient bien voulu qu’il ne la prononce pas!»
Eh bien je ne méritais pas ces sarcasmes. Car moi j’avais mouillé ma chemise pour défendre Faurisson et sa phrase de 60 mots! Il suffit pour s’en convaincre de relire Droit et Histoire. Et de toute façon j’avais défendu, comme Chomsky, comme Marx[8], comme Pline le jeune[9], son droit imprescriptible de la dire, si elle correspondait à sa pensée. Ce qui impliquait mon droit de la considérer insuffisante et inopportune, même si elle n’énonçait pas de contrevérités, à strictement parler.
Ce que je reproche à Faurisson ce n’est donc pas cette phrase, bien qu’elle m’ait coûté très cher, c’est qu’il ait été absolument impossible de débattre sereinement de tout cela à l’intérieur du mouvement révisionniste, qui était, dans les faits, incapable de gérer la moindre divergence et le moindre désaccord. Il n’était donc pas susceptible de devenir un mouvement collectif un tant soit peu réel et efficace, passée sa période héroïque. Il ne pouvait devenir qu’un mouvement faurissonien de stricte obédience.
Mais il faudra bien le reconnaître un jour, pendant sa période héroïque, avec les qualités et les défauts des uns et des autres, jamais un aussi petit nombre de personnes n’auront remué ciel et terre avec aussi peu de moyens, et avec autant de constance. Mais maintenant il faut accepter de prendre conscience que la période héroïque est terminée et que nous avons gagné. Les réflexes obsidionaux[10] et les structures caractérielles induites ne sont plus adaptés à la situation nouvelle.
Toujours est-il que Madame Rassinier n’avait pas été la seule à s’être inquiétée des ambiguïtés que pouvait receler cette phrase qui contribuait à orienter le mouvement dans un sens et pas dans un autre, et donc à déterminer le recrutement à venir et pouvait contribuer à inhiber le début de réflexion de certains Juifs (encore qu’il soit bon et nécessaire de les secouer un peu). J’ajoute pour en finir provisoirement que les 23 mots dont j’avais obtenu le rajout «à l’arraché», venaient un peu tard. Ils auraient, à eux seuls, pu éviter la lourde condamnation pénale qui s’en était suivie puisque, évidemment, les chacals de la LIC(R)A avaient sauté sur l’occasion pour détourner l’attention du débat historique et du procès civil (dommage par falsification de l’histoire) où ils patinaient dans la choucroute, pour relancer la sauce au pénal et dans les médiats, sur le thème de «l’antisémitisme» sempiternel. Cette opération en rideau de fumée leur fut encore facilitée par la plainte en diffamation de Léon Poliakov pour une note imprudente (page 119 du Mémoire en défense contre ceux qui m’accusent… du Professeur) et stratégiquement inutile, dont je n’avais pas eu la force d’imposer le retrait à Faurisson.
Ce rajout de 23 mots présentait aussi l’inconvénient de pouvoir apparaître comme une «cheville», et une simple «astuce» pour détourner la foudre de l’accusation dévastatrice (les choses étant ce qu’elles étaient) d’«antisémitisme». Ce n’était certes déjà pas mal. Mais dans mon esprit tel n’était pas le cas. Au contraire c’était l’expression d’une préoccupation constante, et identitaire de la Vieille Taupe. Non pas, comme les antisémites seraient tentés de le croire, que je sois particulièrement préoccupé du sort des Juifs, mais parce que la simple répétition à deux mille ans de distance de l’aventure christique m’apparaissait comme un échec, tant pour le Christ que pour la Vieille Taupe.
Faurisson était bien devenu le bouc émissaire des Juifs. Ils réclamaient sa mort (symbolique mais aussi réelle) à cor et à cri, et que son sang retombe sur leurs têtes. La renaissance était certes assurée après la mise à mort… Mais l’objectif de la Vieille Taupe n’était pas cette renaissance-là. Ce que les chrétiens ont fait de l’expérience christique n’est pas très satisfaisant. Et rien ne garantissait que cette fois, une fois victorieux, les révisionnistes ne soient finalement beaucoup plus brillants que les chrétiens dans la gestion de leur victoire. Les vainqueurs ne sont-ils pas incorrigibles?
L’objectif de la VT était qu’il n’y ait pas de mise à mort, et pas de sang qui retombe sur quelque tête que ce soit… Même si un certain nombre d’entre les Juifs ne l’auraient pas volé. Et même si, dans une certaine mesure, c’était bien l’ensemble des Juifs qui ne l’auraient pas volé, tant ils manifestent une solidarité communautaire exagérée envers les pires extrémistes, dès lors qu’ils sont juifs.
Mais ce remake, sur un scénario connu, commençait à devenir lassant.
Il faut aussi noter que toutes ces péripéties auraient été oubliées, et même ont été effectivement oubliées, comme de simples péripéties inévitables dans une lutte si difficile et si inégale. Oubliées donc… et dépassées dans une collaboration profonde et positive.
Elles me reviennent aujourd’hui à l’esprit uniquement parce que ce sont les mêmes problèmes qui reviennent à la surface, problèmes d’orientation dont l’absence de solution m’avait conduit dans un état dépressif dont je ne me suis sorti qu’en prenant mon autonomie complète par rapport à Faurisson et en définissant, en particulier à partir du n°18 du Bulletin, une orientation différente de celle qui s’imposait toujours dans les faits, sans avoir été, et sans pouvoir jamais être, ni définie ni discutée. Cette orientation impliquait en pratique de ne pouvoir travailler qu’avec des gens qui soient totalement d’accord en tous points et à la virgule près, avec Faurisson, et qui adopteraient toutes ses querelles.
L’orientation définie par la Vieille Taupe consistait au contraire à placer par dessus tout la défense intransigeante de la liberté d’expression. Orientation que Faurisson refuse, et même qu’il considère comme une position de repli, bonne pour les lâches et les dégonflés. Mais un point très important doit être bien précisé et bien compris. Je ne reproche pas à Faurisson d’être comme il est, ni d’avoir les positions qu’il a, ni de vouloir constituer autour de lui un club des fans ou des clones de Faurisson. Bien au contraire je lui souhaite plein succès. Il a déjà tellement fait qu’il le mérite bien, si c’est ça qu’il veut. Mais la sagesse des nations enseigne que l’on ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre. La Vieille Taupe ne participe pas à cette entreprise-là. Cette entreprise-là n’a rien à voir avec l’entreprise dans laquelle la Vieille Taupe croyait s’être engagée en septembre 1978, et à laquelle participait Maurice Di Scuillo, lorsqu’il a apporté à la 17ième chambre les 41 volumes de l’édition française du T.M.I. que Madame Rassinier m’avait donnés.
Alors! Ces 41 volumes, c’est à moi ou à lui, Faurisson, que Madame Rassinier les a donnés? Cela constitue sans aucun doute un «détail» de l’histoire. Mais Faurisson n’entrera-t-il pas dans l’histoire pour avoir soulevé la question de la réalité historique d’un détail: l’existence des chambres à gaz homicide dans les camps de concentration allemands.
Il s’agissait bien là d’un détail, puisque personne ne conteste que les Juifs aient beaucoup souffert, et que beaucoup trop de Juifs soient morts en déportation. Qu’importe l’instrument de la mise à mort, n’est-ce pas? Shoah par balles, comme révise le bon Père sorti Desbois, ou Shoah par la chaux vive, comme révise St Jan Karski. Shoah par l’électricité, par la faim, par les mauvais traitements, le typhus, ou que sais-je encore. Ou tout simplement shoah par l’accumulation de circonstances catastrophiques (shoahtiques?) nées de l’effondrement militaire et de la débâcle de l’Allemagne, sans que personne ne l’ai planifié. Qu’importe en effet le moyen puisque beaucoup trop de Juifs sont morts…?
Cette question sans importance a pourtant rendu hystérique le lobby qui n’existe pas et rend encore hystérique de nombreux Juifs, et de plus nombreux gentils, alors qu’on pourrait se diriger vers un débat enfin apaisé, scientifique, qui devrait permettre à ceux que cela intéresse de connaître la vérité. Et à ceux à qui la vérité n’importe pas, de laisser les morts enterrer les morts afin qu’ils reposent d’un repos éternel bien mérité, dans le respect unanime de tous les hommes.
Pourtant cette question «sans importance» joue un rôle décisif dans la politique mondiale et dans la domination de l’Empire Usraélien, comme dans son orientation belliciste. En d’autres termes nul n’est juge de ce qui est important et de ce qui ne l’est pas, et la vérité ne se divise pas!
Par conséquent la question «sans importance» de savoir si c’est à moi ou à Faurisson que Madame Rassinier à donné les volumes m’importe, à moi. Et comme en même temps elle m’importe si peu que j’ai donné ces 41 précieux volumes, avec les annotations à l’encre bleue de Paul Rassiner, à Faurisson, et que je ne les lui réclamerai pas, en témoignage de l’époque héroïque de notre collaboration presque parfaite. Que veut signifier l’importance que j’accorde à ce «détail»? Comme au «détail» de savoir si j’ai tué ou non un lapin, que j’ai nommé Vidal-Naquet[11], en tirant par la fenêtre de ce qui est devenu aujourd’hui la salle du Conseil de nos Sages.
Eh bien tout simplement parce que le plus infime détail, dès lors qu’il importe à la plus infime créature, et qu’il est avéré, devrait pouvoir être corrigé sans le moindre problème. Si au contraire la moindre résistance à l’effectuation de cette correction se manifeste, cette résistance dénote, au moins à l’état naissant, l’existence d’un intérêt séparé du mouvement réel de l’histoire, qui commence à se manifester ainsi…
Cet intérêt séparé peut résulter de l’agacement que l’on peut ressentir pour de multiples raisons, justifiées ou non, à l’égard de l’infime créature qui revendique cette correction. Et par le souci de ne pas donner à cette infime correction, ou à l’infime créature qui la réclame, plus d’importance qu’elles n’en méritent.
Le refus d’effectuer la correction provoque un glissement inévitable: au lieu de discuter éventuellement des bonnes raisons que l’on peut légitimement avoir d’être agacé par la partie qui revendique, ou par le danger qu’elle représente par l’importance démesurée qu’elle s’attribue, par exemple, ou ses tendances mégalomaniaques, et ses délires prophétiques, ou que sais-je encore, le non-dit aboutit à la constitution de camps qui perdent la conscience de ce pourquoi ils se sont constitués en camps opposés.
Ces camps sont donc progressivement conduits à se cacher à eux-mêmes ce pourquoi ils se sont constitués en camps opposés. Ayant perdu conscience des vraies raisons et des vraies causes, chaque camp est conduit à s’inventer des justifications idéologiques qui se compliquent et s’étoffent avec le temps, et avec l’arrivée de nouvelles recrues.
L’intérêt séparé, dès lors qu’il ne peut pas être justifié par lui-même, et par ce qu’il est en lui-même, se sent fragile et menacé… Il est inéluctablement conduit à s’allier à d’autres intérêts privés, sur une base idéologique pour défendre le droit d’exister comme intérêt séparé…
«Mais! Mais! C’est l’histoire de la naissance de la propriété privée et de l’État que vous êtes en train de nous raconter là!»
«Ben…, euh…, je sais pas!»
«Mais c’est aussi le mécanisme que j’ai observé à Socialisme ou Barbarie où l’existence et la persistance des courants bordighistes étaient soigneusement cachées aux nouvelles recrues. Alors même que plusieurs des membres éminents du groupe en provenaient, dont Véga (alias Maso), et Garros (alias Signorelli qui avaient été, avec Lyotard, nos témoins à mon mariage civil avec Marie-Christine Rabedon, la mère de Fabienne). Ce n’est que plusieurs années après mon adhésion à S. ou B. que j’avais découvert les numéros de Programme Communiste planqués dans un coin de la bibliothèque de Garros - Signorelli, et à cette occasion découvert une critique de l’article de Castoriadis «Le contenu du socialisme»[12].
Mais raison de plus, pour, à la lumière des leçons de l’Affaire, corriger sans barguigner les minuscules erreurs historiques, aussi minimes soient-elles, avant qu’elles ne se stabilisent, se renforcent, et ne deviennent le lieu de rencontre d’intérêts privés importants, qui ont perdu la conscience de leur origine et se défendent par des moyens de plus en plus discutables au fur et à mesure qu’ils deviennent plus contestables…
Le processus est simple comme bonjour! Ainsi, actuellement Guillaume est à peu près entièrement d’accord avec Faurisson en ce qui concerne la question de l’utilisation de chambres à gaz dans les camps de concentration allemands de la seconde guerre mondiale. Il a quelques minuscules désaccords avec Faurisson en ce qui concerne l’histoire de l’Affaire elle-même. On pourra faire la liste de ces quelques minuscules désaccords, mais bornons nous pour le moment à étudier dans le détail l’exemple qui vient d’être évoqué de Jeanne et des 41 volumes. C’est, on ne peu plus simple. Faurisson dans son Blog ou ailleurs, fait savoir que les 41 volumes ont été donnés par Madame Rassinier à Guillaume, qui les a donné à Faurisson, comme il avait dit qu’il le ferait. Point final. L’affaire est réglée, terminée, oubliée…
Imaginer maintenant que Faurisson s’y refuse!
D’abord des gens se poseront des questions. Des courageux seront peut-être assez téméraires pour lui poser la question directement. Il faudra élaborer des réponses pour justifier que l’on se soit refusé à rétablir une infime vérité, dénuée de la moindre importance.
Je mets ma tête à couper que les discussions dans les deux camps ainsi constitués par le fait même de ce refus opposé à une demande infime, prendront beaucoup plus de temps et créeront beaucoup plus d’embarras que n’en aurait pu créer la satisfaction de la réclamation initiale. Ensuite, les gens qui, pour une raison ou pour une autre, ont un conflit avec Guillaume, auront tendance à croire la thèse historique de Faurisson concernant la présence des 41 volumes dans sa bibliothèque, et à considérer Guillaume comme un menteur, ou un pinailleur, et de toute façon un emmerdeur, puisque, comme il le dit lui-même, Madame Jeanne Rassinier savait qu’il les donnerait finalement à Faurisson.
Mais les gens qui ont un conflit avec Faurisson, quel qu’en soit le motif réel, viendront clamer dans le giron de Guillaume combien Faurisson est infréquentable! Et nul doute que peu à peu son infréquentabilité ne prenne des dimensions mythologiques très exagérées, nourries par des rumeurs incontrôlables. Cependant que dans le camp faurissonien orthodoxe, ce soient les délires, la folie, et les internements psychiatriques de Guillaume, ou la dictature épouvantable qu’il exerce sur ses Sonderkommando (qui désertent en masse), qui ne prennent des dimensions homériques.
Or la personnalité de Guillaume inquiète beaucoup de monde. N’est-il pas ultra-gauchiste? Et d’ailleurs qu’est-ce que cela veut dire? C’est fumeux ça! Et il ose encore parler de Prolétariat! Et avec un P majuscule encore! Tout ça n’a aucun sens! Et puis on sait où mènent les «révolutions prolétariennes» n’est-ce pas? Au Goulag!
C’est comme quand Guillaume demande à Faurisson de mettre un T aux médiats? Cela n’a aucun sens! Faurisson a bien raison de ne pas lui donner satisfaction. Et puis c’est un prétentieux. Si on lui cède une fois, où s’arrêteront ses exigences? Il veut le Pouvoir! C’est un petit Staline en herbe! Heureusement que les psy s’occupent de son cas.
La lutte entre les guillaumistes et les faurissoniens deviendra planétaire, en s’étoffant et en se nourrissant de la foultitude des conflits qui naissent spontanément du sol historique !
Cette évolution, qui n’est pas sans analogies dans l’histoire politique, se trouverait coupée à la racine et empêchée définitivement par une simple note dans un Blog, qui aurait tout aussi bien pu utilement avoir été introduite dans la récente édition très soignée du texte En confidence (Éditions Pierre Marteau, Milan 2009. Disponible chez Akribeia). Pour ma part, quand j’ai appris que je m’étais trompé en imaginant que «l’Inconnue» qui interviewait Faurisson pouvait bien avoir été une création littéraire de Faurisson lui-même, je n’ai fait aucune difficulté pour le reconnaître immédiatement et le rendre public.
La raison de mon erreur elle-même est intéressante à analyser. Je trouvais que l’Inconnue, dans ses questions, semblait adopter le point de vue de Faurisson, que justement je ne partage pas entièrement, sur l’histoire interne du mouvement révisionniste à l’époque héroïque. Il devrait suffire d’en débattre pour établir des faits, si, bien sûr, les débateurs ne sont pas animés, dans le débat, par la défense d’intérêts particuliers, d’intérêts privés, étrangers à ce qui est censé être le sujet du débat. Sinon le débat sera non seulement biaisé, mais il n’y a aucune chance pour que ce qui le biaise vienne jamais au jour dans le cours du débat lui-même. Seul un événement et une force extérieure au débat biaisé sont susceptibles alors de faire apparaître au jour ce qui est réellement en jeu[13].
D’où l’importance à mon sens d’affirmer comme un principe intangible que nul n’étant juge de ce qui peut être important ou non pour autrui, on doit affirmer que la vérité est indivisible et qu’elle doit être placée au dessus de tout. C’est d’ailleurs ce que Faurisson a mille fois réaffirmé tout au long de l’Affaire à l’encontre de tous ceux qui prétendaient analyser «politiquement» ou psychanalyser ses motivations pour se dispenser d’avoir à répondre à ses arguments.
Je serai donc conduit à reprendre chacun des infimes détails sur lesquels nous sommes en désaccord sur l’histoire du mouvement révisionniste, non pas seulement pour pinailler sur des détails, ni pour le plaisir de marquer un point dans une sorte de revanche au match de ping-pong qui nous avait opposé, au Vésinet (et qu’il avait gagné). Mais parce que chaque point recoupe la compréhension de mécanismes humains qui ont été mis en mouvement par l’Affaire Faurisson. Si nous manquions à cette tâche nous perdrions l’essentiel des acquis de cette Affaire et de son utilité pour la pauvre humanité.
Et comment pourrions nous justifier d’avoir tant troublé le repos de ce pauvre Pierre Vidal-Naquet, si c’est pour reprendre, à l’état naissant, des justifications analogues à celles qu’il a lui-même employées pour refuser le débat sur l’existence des chambres.
Seulement voilà! Ça coince!
De: xxxxxxx.cru@orange.fr
Objet: Rép : Fofana show-biz
Date: 24 juillet 2009 14:36:58 GMT+02:00
À: 9696@laposte.net
Je vous demande à nouveau de ne plus m'envoyer de message. RF
Telle est la réponse que j’ai reçue du Professeur Faurisson à un courriel concernant le procès Fofana (http://aaargh.codoh.info/fran/archVT/vt09/vt090715.html). Il est vrai qu’il avait fait une réponse semblable à un précédent courriel. Je lui avais répondu, en substance, qu’il était parfaitement en droit de mettre mes courriels à la poubelle, de ne pas les lire, de les retourner automatiquement à l’envoyeur… Il avait aussi le droit de me demander de… Mais j’avais le droit de n’en tenir pas compte, car tout citoyen doit avoir le droit d’écrire et de s’adresser à qui bon lui semble. Sinon comment justifier le droit que Faurisson, et quelques autres révisionnistes, se sont arrogés pendant des années de s’adresser à toutes sortes de destinataires qui eussent préféré qu’on les laissa dormir sur leurs deux oreilles. Mais que dois-je faire? Une lettre recommandé AR sans enveloppe? Une assignation devant le tribunal civil? Ou correctionnel?
J’estimais avoir acquis le droit de m’adresser à Faurisson, en particulier pour lui demander de bien vouloir répondre à des questions, dont certaines sont en suspend depuis plus de trente ans!
J’avoue même avoir trouvé cette manière de me signifier que je n’avais pas même acquis la moindre considération pour mes écrits, volontairement blessante de la part du Professeur. De même, avais-je trouvé suspect l’empressement qu’il avait mis à annoncer à certains de ses correspondants le fait (historique vérifié) que j’avais fait l’objet d’un internement psychiatrique le 20 juin 2009.
Certes je lui avais une fois raccroché le téléphone au nez! C’était pour constater une absence totale de communication entre nous. Certes je lui avais signifié et j’ai rendu public le fait qu’il n’y avait plus entre nous de communication (Bilan…(3) et Bulletin n°20). Certes je lui reconnais réciproquement le droit de rompre toute «communauté» avec moi. Rien n’est plus insupportable qu’une «communauté» subie, imposée de l’extérieur, ou une communauté dont on ne pourrait pas sortir[14] quand bon vous semble.
En lui envoyant le courriel «Fofana Show-biz» je ne réclamais aucune proximité abusive. Je me bornais à lui adresser, pour information, un texte dont j’avais la faiblesse de croire qu’il ne manquait pas d’intérêt. J’en profite pour faire savoir que je ne verrais pour ma part aucun inconvénient à recevoir les courriels circulaires de Boccage et de Faurisson, pour information, dès que j’aurai une adresse électronique qui fonctionne à nouveau, ce dont je m’occuperai quand les Sonderaktion en cours seront terminées.
Mais je ne revendique plus, dès lors qu’elle n’est plus réelle, aucune communauté avec Faurisson, et ne veux lui imposer rien du tout, au delà de la reconnaissance du fait que la Vieille Taupe existe et qu’elle n’a pas été totalement étrangère au fait que le révisionnisme ait gagné!
Parce que c’est une vérité historique.

C’est au pied du mur que l’on voit le maçon
J’ai dit plus haut pourquoi j’aurais souhaité que l’on remanie complètement la phrase de soixante, puis de quatre-vingt deux mots, et pourquoi cela avait été impossible. Je voudrais maintenant montrer que cela aurait été possible, si… Et que cela nous aurait évité bien du tintouin!
Il aurait fallu, comme j’avais commencé à le dire un nombre incalculable de fois, éplucher l’oignon en commençant par enlever les peaux extérieures une à une, et sans prétendre atteindre le centre d’un seul coup. Il aurait donc fallu évoquer la question des chambres, sans la lier dès le départ à ce qui est le cœur du cœur de l’identité juive: la question du «génocide». Il aurait donc fallu au contraire n’aborder ce cœur-là, où se dit toute la prétention juive à l’exceptionnalité et à l’unicité, qu’après s’être débarrassé des chambres. Ce qui eût grandement facilité le travail.
D’ailleurs Jean-Gabriel Cohn-Bendit, déjà parfaitement convaincu, et qui le reste aujourd’hui sauf erreur de ma part, du caractère mythique de la chambre, continuait à croire, et croit peut-être encore, au «génocide». Ce sont deux problèmes différents, qui sont évidemment liés, mais qui touchent à des niveaux différents de la structure de la psyché juive.
Dans le jugement en première instance (juillet 81) le tribunal relève déjà ce qu’il appelle «un amalgame» entre négation des chambres et négation du «génocide», pour condamner Faurisson en s’appuyant sur la phrase de soixante mots. Cette phrase (décembre 80) dominait effectivement les esprits à l’époque, mais n’aurait pas dû entrer dans les considérations du tribunal civil puisqu’elle avait été prononcée à l’antenne après l’ordonnance de clôture de dépôt des pièces, et n’avait donc pas été communiquée au tribunal civil.
On voit à quel point cette phrase a parasité le procès civil qui seul portait sur le fond historique de l’affaire. Elle a permis que soient reprochés au Professeur, non pas ses travaux historiques, ni sa thèse sur l’inexistence matérielle des chambres en elle-même, mais seulement d’avoir permis leur résumé en slogans politiques, par delà ses travaux antérieurs, si je comprends bien les arguments du tribunal, repris en partie par la cour en son arrêt définitif du 26 avril 1983.
Quelle aurait pu être une courte déclaration qui aurait mis pareillement les censeurs dans l’embarras sans alimenter l’hystérie à l’aide de laquelle ils nous ont persécuté:
Les chambres à gaz hitlériennes constituent un mythe historique, né des atrocités de la guerre et du besoin de diaboliser l’ennemi détesté pour le rejeter hors de la commune humanité. Elles n’ont pas eu de réalité matérielle. Elles n’en ont pas moins facilité la création de l’État d’Israël. Elles contribuent à enfermer les Juifs dans un ghetto psychologique et moral. Elles font peser sur le peuple allemand une culpabilité exagérée. Elles sont utilisées dans une entreprise de domestication universelle vouée à l’échec.
Bon, 88 mots. Je l’ai fait exprès! Et cinq phrases. Mais notez bien que l’on peut se contenter de la première phrase (31 mots); des deux premières phrases (39 mots); des trois premières (53 mots); les quatre premières (65 mots); les cinq premières (75 mots); des 6 trucs (88 mots).
On peut concevoir une infinité de variantes et d’améliorations. Ces phrases sont venues à peu près spontanément sous ma plume. Juste de légers ajustements pour arriver à 88, et agacer certains de mes lecteurs (justement ceux qui n’aident pas le Sonderführer dans les Sonderaktion).
Sous aucune de ces formes, 31, 39, 53, 65, 75 ou 88 mots, la rhétorique juive et ses poncifs n’aurait trouvé matière à embrayer la persécution judiciaire. Mais c’est encore la forme 31 ou 39 mots qui me convient le mieux. Il est ensuite toujours temps d’accrocher les wagons opportuns le moment venu. Mais la forme 31 mots contient l’essentiel: l’évocation du besoin de diaboliser l’ennemi détesté pour le rejeter hors de la commune humanité. C’est ce qui manquait de fondamental à la phrase de 60 comme à celle de 85.
Fondamental pourquoi? Parce que d’une part la commune humanité est réaffirmée, c’est bien le moins. Et d’autre part c’est le mécanisme trop humain de la «bouc émissarisation» de l’ennemi dans l’exécration duquel se reconstitue le lien social, qui est identifié comme le problème et la source du mal. Et comme source universelle d’un mal universel, dans lequel tous les peuples ont sombré à tour de rôle.
C’est précisément ce fonctionnement trop humain des communautés humaines, qui est mis en scène dans le récit de la Passion du Christ. Et dépassé par son sacrifice consenti!
En ce sens, que l’on croie ou non en l’existence matérielle de Dieu, c’est à l’humanité tout entière qu’il appartient aujourd’hui de dépasser dans les faits la logique d’un comportement qui mène à la guerre. Ce qui signifierait dans les conditions modernes: la destruction de l’humanité.
Il appartient à l’humanité de devenir,
contrairement aux chrétiens réels,
réellement chrétienne!
ou de disparaître!
Rappel, pour mémoire, de la phrase de soixante mots, prononcée par le Professeur Faurisson au cours de l’interview par Ivan Levaï, le 17 décembre 1980 vers 8h. 30, sur Europe n°1:
«Les prétendues chambres à gaz hitlérienne
et le prétendu génocide des Juifs
forment un seul et même mensonge historique,
qui a permis une gigantesque escroquerie politicofinancière
dont les principaux bénéficiaires sont le sionisme international
et dont les principales victimes sont
le peuple allemand, mais non pas ses dirigeants,
et le peuple palestinien tout entier.»
L’interview peut être écouté in extenso à l’adresse suivante:
http://aaargh.codoh.info/video/Faurisson.Levai801217.mp3
Rappel de la phrase de quatre-vingt cinq mots, convenue au terme d’une discussion homérique, au Vésinet, que Faurisson ne prononcera finalement qu’une fois, au procès d’Ernst Zündel, à Toronto, en février 1985. Les mots significatifs rajoutés sont les 23 derniers.
«Les prétendues chambres à gaz hitlérienne
et le prétendu génocide des Juifs
forment un seul et même mensonge historique,
qui a ouvert la voie à une gigantesque escroquerie politico-financière,
dont les principaux bénéficiaires sont
l’État d’Israël et le sionisme international
et dont les principales victimes sont
le peuple allemand, mais non pas ses dirigeants,
le peuple palestinien tout entier
et, enfin, les jeunes générations juives
que la religion de l’holocauste enferme de plus en plus
dans un ghetto psychologique et moral.»
On relèvera, à la ligne 4, les mots: [a ouvert la voie à] à la place de [a permis] (5 2 = 3). Leur signification est à peu de chose près équivalente, mais ces mots ont donné lieu à plus d’une heure d’âpres discussions qui masquaient mal une volonté de ne pas se comprendre. (60 + 3 + 23 = 86, mais la phrase amendée fait 85 mots! Cherchez et vous trouverez!).
C’est la raison pour laquelle la discussion s’est interrompue à une heure très tardive dès que j’eu obtenu le rajout des 23 mots qui me paraissait stratégiquement indispensable pour n’aller pas droit dans le mur, mais n’exprimait pas vraiment ma pensée.
P.S.: J’avais fait, dans Bilan…(2), allusion à la manière dont j’avais obtenu d’Ivan Levaï, en allant négocier avec lui à Europe N°1 ce fameux interview, qui permit au Professeur de s’exprimer dans un médiat, pour la première fois et, je crois bien la dernière fois, en France. Quelques jours plus tard m’est passé sous les yeux un texte où Faurisson lui-même faisait allusion au même événement.
Il expliquait que j’avais pu obtenir cette interview en menaçant Ivan Levaï d’un procès, car il [Ivan] avait donné la parole quelques jours plus tôt à Jean-Pierre Bloch, qui avait proféré à l’antenne ses habituels mensonges, et notamment ce jour-là, que les révisionnistes étaient financés par Khadafi. (Il prétendit même, pour «démontrer» la puissance et l’opulence des révisionnistes, avoir «sur son bureau» une traduction en chinois (!?!)[15].
Cette version est inexacte. Elle ne permet pas de comprendre correctement la situation dans laquelle nous nous débattions alors. Si j’avais menacé Ivan d’un procès, il aurait ri et m’aurait envoyé promener. J’ai évidemment évoqué les gros mensonges de Jean-Pierre Bloch. Mais pas pour le menacer d’un procès, mais pour dire que ce genre de mensonges profitait finalement aux révisionnistes. De même que l’appel à la censure laissait entendre que l’on aurait rien à lui répondre! J’ai dit que c’était d’ailleurs cela qui avait choqué Chomsky, et que moi-même je ne demandais pas mieux que de changer d’avis, et que moi-même j’étais perplexe: je n’avais jamais rencontré, depuis que je m’étais posé des questions, que répression et hystérie.
Le point est d’importance. Car si j’ai obtenu cet interview, dont Faurisson reconnaît l’importance cruciale dans le déroulement de l’Affaire et le développement de la situation, c’était en adoptant un profil bas, sans lequel il n’y avait rigoureusement aucune chance d’obtenir quoi que ce soit.
Ivan n’aurait jamais accepté s’il n’avait pas pensé retirer de cette manière un argument aux révisionnistes. Il le dit d’ailleurs explicitement au cours de l’interview.
Or, quelques années plus tard nous fîmes la rencontre du pharmacien Jean-Claude Pressac. Il croyait aux chambres à gaz, et il maintint sa croyance intangible jusqu’à la mort. En dehors de cette croyance, le pharmacien révisait tout! Au point d’admettre, à la suite de Michel de Boüard, que le dossier officiel «était pourri», et de rajouter: «destiné aux poubelles de l’histoire» (Valérie Igounet, Histoire du négationnisme en France p.651-2).
Mais avant de parvenir à cette conclusion radicale, et grâce à la fermeté de sa foi camérale, le pharmacien avait été choisi comme expert par le couple Klarsfeld et par Pierre Vidal-Naquet soi-même. Il pouvait en effet offrir l’illusion d’être capable de damer le pion à Faurisson sur le terrain matérialiste et de la documentation. Il publia deux livres, un très gros en anglais Auschwitz. Technique and operation of the gas chambers (New York 1989), et un résumé, prétendument augmenté grâce aux archives russes: Les crématoires d’Auschwitz (Paris 1993) qui bénéficia d’un lancement et d’une approbation médiatique absolument exceptionnels et unanimes.
Après ces exploits peu banals, le pharmacien continuait cependant à entretenir d’excellents rapports avec différents révisionnistes (Carlo Mattogno, Michel Sergent, Pierre Guillaume,…) et acceptait le principe de la nécessité de continuer à débattre. D’ailleurs, de temps à autre, il lançait dans la nature des conclusions surprenantes et plutôt contradictoires.
De ce seul fait, après avoir acquis la notoriété et l’autorité chez l’ennemi, il devenait extrêmement dangereux pour les gardiens du dogme par le seul fait qu’il se refusait à faire des révisionnistes des fous et des parias. Dans les faits il contribuait à rompre le cercle magique que les censeurs étaient parvenus à instituer autour de nous. Il eut alors suffi de feindre d’être impressionné par son «travail» et ses «découvertes» et de se montrer prêt à réviser jusqu’à nos convictions révisionnistes, pour donner à voir au public que nos convictions ne relevaient pas d’un attachement dogmatique et passionnel. Ce simple message aurait déjà constitué un succès considérable et pouvait créer les conditions qui contraindraient les censeurs à laisser s’engager un débat… qui aurait tourné à leur déconfiture.
Encore aurait-il fallu ne pas vouloir aller plus vite que la musique. Cela nous aurait fait gagner une dizaine d’années! Il aurait seulement fallu utiliser la tactique que j’avais utilisée avec succès avec Ivan LevaÏ, la tactique adoptée par Chomsky dans son avis fameux en préface au Mémoire en défense… de Faurisson. Cette tactique Chomsky l’utilise avec constance depuis notre brève rencontre, près de la place St Sulpice et encore dans ses entretiens avec Daniel Mermet que j’ai évoqué dans Bilan…(2).
Je ne suis pas parvenu à faire comprendre cela à Faurisson.
Je ne suis parvenu qu’à me faire traiter de «dégonflé», et même de «lâche», puis de délirant. Ce qui est quand même un peu fort de café (du moins dans les cas où je ne délire pas). Cela n’aurait aucune espèce d’importance si ces jugements inadaptés, ne venaient compliquer dans certains milieux où le Professeur jouit d’une grande autorité, le recrutement et la formation des Sonderkommando particulièrement nécessaires pour que la dernière bataille se termine vite et bien, en économisant les hommes et le matériel, dans les deux camps. (à suivre)
Pierre Guillaume, le 22 novembre 2009 Nihil obstat
Wilhelm Stein[1] Perseverare diabolicum. (Se tromper est humain, persévérer [dans l’erreur est] diabolique!)
[3] Qui n’est pas un «sacrifice», puisqu’il est la manifestation d’une passion dont on ne peut se libérer qu’en s’y soumettant!
[4] Arrêtée par la Gestapo avec son tout jeune fils Jean-Paul à la suite de l’arrestation de Paul Rassinier, elle put faire face à l’interrogatoire et être libérée rapidement, grâce à un soldat allemand dans la prison, qui lui fit comprendre que Rassinier n’avait pas parlé. Elle put convaincre ses interrogateurs qu’elle n’était au courant de rien. Rassinier avait été torturé. Phalanges des doigts et mâchoires brisées et un rein éclaté, ce qui lui valut une insuffisance rénale sévère, qui ne fut pas améliorée par le régime de Buchenwald et de Dora. Il eut pourtant la chance de survivre. Mais il mourut d’insuffisance rénale le 28 juillet 1967. Il était né le 18 mars 1906
[5] Témoigne de ma constance mon livre Droit et histoire et plus particulièrement, p. 90 à 106 «Serge Quadruppani, arbitre des élégances intellectuelles (décembre 1983)»
[6] Témoins: Bocage.
[7] Dont on a oublié qu’avant d’être imposé à la télévision et avoir reçu toutes les louanges obligées de la claque médiatique, il a pendant plusieurs mois, en dépit d’une propagande intracommunautaire énorme, été projeté dans des salles quasiment vides, et qui eussent été plus vides encore, n’étaient la proportion non négligeable des révisionnistes qui ont assisté à ces premières projections.
© Une vieille taupe avec des ailes! Il faudra que je suggère ça à Chard.
[8] À ne pas confondre avec les marxistes.
[9] Du moins par cet aphorisme: Rara temporum felicitas, ubi quae velis sentire et quae sentias dicere licet. Ô temps trois fois heureux, où l’on peut penser ce que l’on veut et dire ce que l’on pense.
[10] Propres aux villes assiégées.
[11] Lors de l’un de mes multiples interrogatoires et de l’avant-dernière perquisition à mon domicile, le gendarme a dressé l’oreille devant ce qui pouvait être interprété comme une manifestation caractérisée d’agressivité, et pire, d’antisémitisme. Mais il a abandonné cette direction lorsque je lui ai fait valoir que j’avais baptisé le lapin post mortem et que cela pouvait au contraire être analysé comme une plaisanterie qui dénotait une parfaite maîtrise de mon agressivité, puisque je savais, dans la réalité vraie, substituer un lapin, en sacrifice expiatoire symbolique, à la personne du Grand inquisiteur.
[12] Socialisme ou Barbarie n°22. Cet article jouait à l’époque le rôle de Nouvel Évangile dans le groupe. Or sa critique, dans Programme…, sans du tout me convaincre de rallier un nouveau Nouvel Évangile, contribua à provoquer chez moi un redémarrage de la pensée, et une réflexion sur la différence de nature entre «théorie», «doctrine», et «idéologie». Mais c’est une autre histoire. Encore que… C’est de cette réflexion et des discussions avec Debord qu’est sortie l’idée, folle en 1964, de créer la Vieille Taupe (librairie). En deux mots, la théorie et la doctrine, pour avoir une petite chance d’atteindre à la justesse, ont besoin de la liberté totale du débat, et que la contestation s’exprime. Elles sont avides, pour rester vivantes, de connaître les contestations dont elles font l’objet. Au contraire de l’idéologie, qui est une construction d’idées qui doit se protéger de la critique pour se conserver quand la réalité commence à lui échapper.
[13] Ainsi la première, puis la seconde Intifada, et surtout les bombardements de Gaza qui ont fait découvrir, même à ceux qui ne voulaient pas le savoir, la vérité sur le traitement que subissaient les Palestiniens, ont plus contribué à faire avancer le débat sur les chambres à gaz que les efforts argumentés des révisionnistes!
[14] Comme est théoriquement, selon la halachah, la communauté juive.
[15] C’était évidemment entièrement faux. Mais trente ans plus tard, c’est en voie de ne plus l’être. Du moins quant à la traduction en chinois d’un texte réviso. Le bureau de J.-P. B., c’est autre chose.