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LA RÉVOLUTION CONTINUE… MALGRÉ LES « RÉVOLUTIONNAIRES » !

 

 11 décembre 2009 

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LA VIEILLE TAUPE

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La joie[1] de la Vieille Taupe serait plus sereine sans le spectacle consternant que donne ces jours-ci le procès Demjanjuk en Allemagne démocratique. Je ne parle pas seulement du calvaire du prolétaire américain d’origine ukrainienne livré en sacrifice expiatoire à l’idéologie dominante de l’époque. Je parle du spectacle consternant que donne la soumission de l’ensemble des médiats dans leurs comptes-rendus, même quand il leur arrive de lâcher quelques informations susceptibles de contribuer à un redémarrage de la pensée. Parce qu’enfin, l’actuel procès n’est jamais qu’un pâle remake de l’Affaire Demjanjuk, qui s’était déjà déroulée à partir de 1985 et qu’on pouvait croire terminée en 1993 par l’acquittement final du prolétaire Demjanjuk par la Cour suprême de l’État juif, après qu’il ait été condamné à mort dans le procès-spectacle que l’on sait (ou que l’on a oublié).

Justement, la principale carence des commentaires médiatiques consiste en l’oubli des péripéties stupéfiantes qui avaient finalement contraint à libérer le bouc sacrificiel.

On pouvait espérer que la décision finale de la Cour suprême de l’État juif mettrait le point final à l’hystérie collective dont ces procès sont la manifestation. Erreur ! Il n’y a pas de solution finale ! Cette fois c’est un tribunal allemand qui s’est chargé de trancher de la culpabilité du prolétaire Demjanjuk accusé de « crimes imprescriptibles contre l’humanité » commis à Sobibor cette fois.

Dans ce remake, les mêmes forces sont à peu près en jeu. Mêmes acteurs, et à peu près même scénario ! Mais il arrive parfois que l’histoire réelle déjoue les plans des scénaristes. D’autant plus quand il y a plusieurs scénaristes, qui ne sont pas complètement d’accord entre eux sur la leçon finale (encore !) à infliger aux spectateurs.

Lors de la première Affaire Demjanjuk, celui qui assumait le rôle du bouc émissaire était accusé d’être Ivan le Terrible, le « bourreau de Treblinka ». Il y avait « abondance de preuves ». Et d’ailleurs une pléthore de survivants miraculeux le reconnaissaient formellement… Comme les témoins d’aujourd’hui, ils témoignaient « sans haine ». Ils ne voulaient surtout pas la vengeance, ils ne voulaient que la justice. Ils témoignaient surtout pour que l’on n’oublie pas. Ils témoignaient pour l’Histoire…

Toute cette affaire se trouve décortiquée dans un livre de son avocat israélien publié en 1993 à Tel-Aviv, traduit en Français en 1994, et publié par les éditions Jean-Claude Lattès. Je précise tout cela pour que l’on comprenne bien que des gens, qui n’ont rien à voir avec les horribles révisionnistes[2], avaient commencé à réfléchir (redémarrage de la pensée) à propos de certains des excès hystériques auxquels donne parfois lieu la mémoire juive. Ils ont encore un effort à faire pour en tirer toutes les conclusions et conséquences.

On observera la photo sur la page de couverture du livre ci-dessous.

Le réputé antisémite rabique[3] Ivan Demanjuk manifeste sa joie et sa reconnaissance au néanmoins Juif israélien Yoram Sheftel. Réciproquement, l’avocat Juif israélien manifeste sa joie à son client à l’audition d’un arrêt enfin raisonnable de la Cour suprême de l’État juif. Cet arrêt, résultat fragile et aboutissement d’un terrible combat judiciaire, exprimait aussi d’énormes tensions à l’intérieur de la société israélienne et du judaïsme international. Il aurait puissamment contribué à faire décroître ce qui subsiste d’« antisémitisme » dans le monde si l’état d’esprit devenu moins déraisonnable d’une partie des Juifs avait continué à se manifester en développant ses vertus apaisantes.

L’actuel procès montre qu’il n’en fut rien. Car bien qu’il ait lieu en Allemagne cette fois il n’est évidemment pas étranger à l’activité de certaines organisations juives et à leur influence. Y compris à leur influence sur certains enquêteurs et procureurs allemands.

La nécessaire judéothérapie comporte et implique la nécessité d’une germanothérapie symétrique. Cela va de soi.

 

Cette fois-là John [Ivan] Demjanjuk a été blanchi de toutes les accusations qui pesaient contre lui.

Mais il a continué à être poursuivi par la haine implacable de ceux qui savaient, de science infuse, qu’il était coupable et de ceux qui avaient besoin qu’il soit coupable pour mettre leurs certitudes identitaires à l’abri du questionnement et de la réflexion. Pour ceux enfin qui ont besoin de reconstituer en permanence le lien social qui leur évite de tomber dans la commune condition humaine, grâce à l’exécration du mal absolu et au sacrifice perpétuellement renouvelé de ce qui le symbolise à leurs yeux.

 

Manifestation devant le domicile de John [Ivan] Demjanjuk en septembre 1993,
peu après son acquittement par la Cour suprême de l’État juif
et son retour aux États-Unis.

 

On remarquera qu’à la date de cette manifestation, tous les manifestants étaient probablement convaincus que Demjanjuk était coupable de « crimes contre l’humanité » commis à Treblinka, La Cour suprême israélienne avait donc eu, selon eux, tort de l’innocenter, en dépit des éléments déterminants apportés par la défense de Demjanjuk, qui ont fait s’effondrer successivement toutes les « preuves » de sa culpabilité présentées par l’accusation. En effet ce n’est qu’un peu plus tard que s’élabora la thèse « Sobibor ».

Peut-être lui reprochait-on, au fond du fond, d’être Ukrainien !

Cela peut vous paraître bizarre d’envisager cela de la part de Juifs, toujours à la pointe du combat antiraciste, mais cela montre que vous ne connaissez pas la réalité de certains milieux juifs dans lesquels s’exprimait, à l’époque où j’étais immergé dedans, sans la moindre gêne, un mépris et une haine incandescente et systématique à l’égard des Ukrainiens et des Polonais. Ce qui peut cohabiter avec une expression « officielle » plus cauteleuse en fonction des objectifs stratégiques du moment.

Actuellement, l’opération Jan Karski, ce Polonais catholique, dénote une volonté, en échange d’un engagement dans la lutte contre les affreux révisionnistes, de donner aux catholiques « raisonnables » un os à rogner (voir « La Béatification de Saint Jan Jarski »).

Parmi les documents fournis complaisamment à l’accusation par l’ex-KGB lors du premier procès figurait la pièce 1393 au nom d’Ivan Demjanjuk, paraphé par l’officier SS Karl Streibel, commandant du camp de Trawniki[4]. Il est parfaitement possible, et même probable, que ce document soit authentique. Mais il faut quand même savoir qu’au cours de la débâcle allemande l’Armée rouge a pu saisir quantité de documents, de cartes vierges, de tampons très authentiques, et que l’ex-KGB était et demeure parfaitement en mesure de fabriquer à la demande quantité de vrai faux documents.

L’instruction du deuxième procès, celui qui se déroule actuellement, est conduite grosso modo par ceux-là même que la passion « antifa » avait conduit à prendre des vessies pour des lanternes[5] lors du premier procès, jusqu’à se faire désavouer par la Cour suprême. Cette fois a été dénichée dans les archives de l’ex-KGB une liste de transfert du 26 mars 1943 dans laquelle Demjanjuk portait le n°30. Elle attesterait de son transfert à Sobibor. Dans ce cas, Demanjuk aurait menti en prétendant n’avoir jamais mis les pieds dans ce camp et avoir séjourné dans des camps de prisonniers, successivement à Rovno et à Chelm. C’est bien possible.

Mais ce n’est pas encore une preuve de culpabilité.

Dans la gigantesque chasse aux « nazis » qui s’est ouverte après la capitulation sans condition de l’Allemagne, les pauvres hères qui avaient été ballottés aux hasard des combats et des événements, et recrutés par l’une ou l’autre des armées, pour survivre, manger et sauver leur peau, devenaient aisément la victime du zèle épurateur des moralistes et commissaires politiques de tout poil. La plupart comprirent assez vite qu’il fallait éviter de faire certaines réponses aux diverses enquêtes, si on voulait, une fois de plus, sauver sa peau. Si donc Demanjuk a été effectivement au camp de Trawniki puis à Sobibor, et ne s’y serait-il comporté que comme un prolétaire enrôlé de force[6], qu’on pourrait s’expliquer qu’il ait eu la prudence et la sagesse de n’en pas faire état, connaissant les préjugés unilatéraux des enquêteurs alliés, pour qui il était éthiquement correct d’avoir massacré des civils pour la plus grande gloire du génial Staline, mais éthiquement monstrueux de seulement pouvoir être soupçonné d’avoir peut-être fait la même chose pour gloire de Hitler.

Et puis, encore une bizarrerie. Les témoignages qui établissent que Demjanjuk était bien à Sobibor établissent aussi qu’il est passé par les camps de Flossenbürg et de Maïdanek.

Flossenbürg était situé en Allemagne, à 5 kilomètres de la Tchécoslovaquie. Je n’ai pas connaissance que l’existence d’une chambre à gaz ait été alléguée dans ce camp. Ce camp fut, tout à la fin de la guerre et dans la débâcle allemande, la destination de convois de Juifs repliés à pied des camps de l’Est. Les conditions, dans le cours de ces transferts et dans le camp, ont été terrifiantes, mais jamais Flossenbürg n’a été évoqué comme ayant pu jouer un rôle dans le cadre de la dite « solution finale de la question juive ». Il n’en est pas de même de Maïdanek. Situé en Pologne à 4 kilomètre du centre de Lublin, la grande majorité des internés y ont été des Juifs. Ce camp a, pendant un certain temps, été mis en avant comme l’un des principaux camp « d’extermination », et je me souviens qu’Olga Wormser-Migot avait remis à Faurisson une photo de la « chambre à gaz » de ce camp auquel certains « spécialistes » attribuaient des centaines de milliers de victimes dans le cadre de la dite « solution finale ». Ce camp a été étudié par Josef Ginsburg, un Allemand juif révisionniste, qui publia la brochure Maïdanek in alle Ewigkeit ? Mais c’est indépendamment que des travaux de recherches divers, dans les années 1980 aboutirent à l’abandon complet par l’accusation de la chambre à gaz de Maïdanek et que le nombre réel des victimes de ce camp pu être établi. En chute libre. Il semblerait bien que beaucoup de Juifs déportés du ghetto de Varsovie vers Treblinka se soient ensuite retrouvés, après triage, à Maïdanek, comme les parents, qui avaient survécus, du camarade Vincent, un ami dans les années soixante d’Édouard Taubé et de Pierre Guillaume, qui portait ce pseudonyme à Voix Ouvrière, et dont le nom de famille était, je l’ai appris plus tard, Zylberstein.

Mais avant cette révision à laquelle les révisionnistes n’eurent pas part, la chambre à gaz de Maïdanek était quasiment un dogme qu’il était extrêmement imprudent de contester.

C’est donc à un tribunal allemand que va revenir cette fois la tâche difficile d’évaluer les charges qui pèsent contre le prolétaire ex-américain d’origine ukrainienne. C’est son devoir d’État. Attendons de voir ce qu’il va faire. Mais il ne faut pas exclure des surprises, dont celle que ce deuxième procès se termine comme le premier, par un acquittement final du condamné, à un moment ou à un autre de la procédure. Mais n’anticipons pas.

Contrairement au premier procès, je n’ai rigoureusement rien étudié des nouvelles charges qui pèsent sur Demjanjuk, et je ne connais rigoureusement rien des arguments de la défense au regard de ces nouvelles charges. Je relève quand même que, parmi ces charges figure la déposition d’un témoin mort, Ignat Danilchenko. Il aurait confirmé ses déclarations de 1949. Il faudrait connaître exactement le texte et le contexte de ses déclarations de 1949, où l’aveu d’avoir été à Trawniki ne lui a pas valu inculpation, puis le texte, la date, et le contexte de la réitération de ses déclarations, à un moment où sa situation d’ancien de Trawniki pouvait devenir brûlante… surtout s’il s’avisait d’attirer l’attention sur lui en refusant de confirmer là où on lui disait de confirmer.

Pourtant des différences notables existent entre les deux procès. Le premier visait des crimes et des atrocités spécifiques commises au camp de Treblinka par un individu spécifique, dénommé Ivan Le Terrible. Il visait des actes exorbitants au fait même d’avoir été gardien et d’avoir porté un uniforme haï par les internés – et on les comprend, mais là n’est pas la question. Je n’aborderai pas ici la question de savoir la part qui doit être faite entre le réel et l’imaginaire, entre les souvenirs réels de témoins authentiques et la « Mémoire » socialisée, nourrie par la rumeur et la littérature dans les crimes attribués à Ivan le Terrible. Mais ce n’était pas le seul fait d’avoir été gardien dans un camp et d’avoir porté un uniforme haï qui lui était reproché.

Lors du premier procès se révéla l’existence, cinquante ans après les faits, d’un nombre étonnant de survivants et de témoins d’un processus « d’extermination » conçu, nous dit-on, pour demeurer ultrasecret (thèse du secret le mieux gardé du Reich) qui se présentèrent pour « témoigner des faits ». Eux-mêmes, nous disaient-ils, devaient être exterminés. Mais les diaboliques SS les ont ratés. Tous reconnaissaient formellement Demanjuk. Le regard, la corpulence, la démarche… Ils avaient durablement été tellement impressionnés par ce qu’ils avaient vu qu’ils ne pouvaient pas oublier.

Le problème est que tout s’est révélé faux, du moins en ce qui concerne l’individu Demjanjuk !

Les témoins, nourris de littérature holocaustique et dont le témoignage était, en gros, conforme à ce qu’apprennent maintenant les enfants à l’école, emportés par la passion pédagogique, se sont laissés convaincre qu’ils reconnaissaient bien spontanément, à cinquante ans de distance, celui dont les « spécialistes » désintéressés, Simon Wiesenthal, Serge Klarsfels, les enquêteurs de l’O.S.I., et les Procureurs antifascistes allemands et israéliens, puis tous les médiats, disaient que c’était… LUI.

Si bien que lors du procès en cours, on a soigneusement évité la possibilité de tels errements (redémarrage de la pensée). Bien que le public des télévisionnaires ne soit pas très exigeant[7], cela aurait fait mauvais effet de ressortir des « témoins » qui reconnaîtraient une fois de plus le pauvre Ivan. Et puis il y a ces révisionnistes, dont le terrible Polisson, qui sont parvenus à dévaloriser la preuve apostolique testimoniale[8].

Il fallait cette fois bien montrer que le dossier accusatoire reposait sur des documents. Des documents d’époque, et pas seulement sur des témoignages humains. Cette fois[9], sous le titre : « Personne ne l’a reconnu » je relève « Les neuf survivants de Sobibor ont fouillé dans leurs souvenirs. Peine perdue : aucun d’entre eux ne peut affirmer avoir croisé dans ce camp un gardien SS nommé Demjanjuk. Pourtant le dossier à charge contre le retraité de l’Ohio pèse lourd ».

Certes, et nous le verrons bien quand il aura été pesé par le tribunal.

Mais l’autre nouveauté, plus inquiétante, par rapport au premier procès, et qui semble constituer une véritable novation juridique, c’est qu’il semblerait, mais je me trompe peut-être, que le tribunal s’apprêterait à juger, nom pas les faits et gestes de l’accusé Demjanjuk, mais seulement l’appartenance de l’accusé Demjanjuk au personnel du camp. Après ce que tous les enfants des écoles ont appris des horreurs indicibles (mais constamment répétées) qui se pratiquaient dans ces camps, cela semblerait amplement suffisant au public de télévisionnaires holocaustiqués, et peut-être à un tribunal allemand rééduqué, pour justifier une condamnation. Même faible, nous a-t-on prévenu, cela suffirait à mettre du baume sur le cœur des pauvres Juifs, des pédagogues[10] , des sionistes,[11], et de toutes les personnes politiquement et éthiquement correctes.

Attendons donc de voir le déroulement de ce procès qui, nous dit-on, « ravive le passé nazi de l’Allemagne ». De la à penser que c’est précisément sa fonction et que le pauvre Demjanjuk ne sert que de prétexte… En tout cas sur fRANCE Inter, que j’écoute attentivement car ce poste permet assez bien de décrypter l’idéologie dominante de l’époque et de peser les rapports de force[12], le passé nazi de l’Allemagne est rappelé aux moins cinq fois par jour. Le procès Demjanjuk en fournira une occasion de plus pendant quelques mois.

Si le seul fait d’avoir été un « Trawniki » suffit à valoir condamnation, sans qu’aucun fait précis et établi ne soit reproché, cela montrera qu’il restait une dernière marche à descendre dans la soumission et le masochisme par la justice allemande. Eh bien, qu’elle descende cette marche et qu’on n’en parle plus !

Mais ce n’est pas assuré. Les surprises peuvent venir de plusieurs côtés. On a noté l’importance qu’avait eu, pour l’instruction du premier procès, les archives de Moscou. Mais les archives produisent d’abord ce que l’on y cherche. Et la configuration politique a changé. Elle demeure fluctuante. On ne sait pas très bien ce que les archives, moscovites ou autres, pourraient produire encore selon le jeu complexe des intérêts sionistes, juifs, allemands, ukrainiens et russes, et des diverses tendances à l’intérieur de ces catégories principales.

Il se pourrait aussi qu’au cours de ce procès, se manifeste une réaction allergique imprévue de la part des « conscientisés » à l’égard des « conscientiseurs » et des doses répétées perpétuellement croissantes de vaccin, que ces derniers imposent aux premiers pour obtenir une bonne immunité.

Pourtant, à l’heure où j’écris, ces divines surprises demeurent encore aléatoires. Mais une troisième ne l’est déjà plus, après le témoignage bouleversant d’un premier survivant lors de l’audience du mardi 2 décembre 2009. Cet homme est un authentique héros, un Juif comme les sionistes les aiment. Il doit sa survie miraculeuse à sa participation à l’insurrection de Sobibor, précisément l’insurrection à laquelle Claude Lanzmann a consacré un film. C’est dire combien cette insurrection est historique. J’ai même vu le film, en son temps, rue Victor Cousin ! D’ailleurs cette héroïque insurrection, en tout point conforme à l’image que les sionistes voudraient que l’histoire retienne, avait fait l’objet d’un livre publié aux Presses de la Renaissance, en 1983 : Les Évadés de Sobibor, de Richard Rashke, traduit par Denis Authier[13]. C’est dire si c’est solide historiquement. Et bien cet homme, ce héros, ce Juif debout, s’appelle Richard Blatt, et il a témoigné de ceci, d’après Patrick Saint Paul, envoyé spécial à Munich, qui le cite entre guillemets :

«Ce n'étaient pas des gardiens de prisons réquisitionnés pour nous surveiller, raconte Blatt. Ils étaient là pour tuer et assister les SS. Demjanjuk et ses condisciples étaient munis de baïonnettes pour piquer les Juifs dans le dos et les pousser dans les chambres à gaz. Ils avaient souvent du sang sur les chaussures. Il n'y avait que 17 SS. Sans la centaine d'Ukrainiens, ils n'auraient pas réussi à nous exterminer. Si Demjanjuk était à Sobibor, il était un assassin.»

On remarquera la dernière phrase : « Si Demjanjuk était à Sobibor, il était un assassin ». Voilà au moins un témoin qui semble avoir parfaitement compris la nouvelle doctrine de l’accusation, et qui ne perd pas de temps pour entrer dans le vif du sujet. Ce sont les 5 phrases et 77 mots qui vont poser un problème au tribunal des boches de Munich et donner des migraines aux « historiens ».

Effectivement, jusqu’ici on avait pu établir, faute de documents, l’existence des gazages de masse grâce aux témoignages d’un certain nombre de survivants miraculeux des Sonderkommando, composés de Juifs qui avaient accompli leur terrible mission dans le but sublime de survivre, pour pouvoir témoigner. Il était question de fausses douches et de savon que l’on distribuait à l’entrée pour rassurer les victimes[14], voire de serviettes selon d’autres sources. Et voilà que d’après les souvenirs de Thomas Blatt, c’étaient des Ukrainiens qui les faisaient entrer dans la chambre à coup de baïonnettes dans le cul ! Et avec du sang sur les chaussures !

Certes au bout de soixante ans, les souvenirs s’estompent, se contaminent, se précisent, mais c’est quand même curieux comme les souvenirs des « survivants » varient selon qu’il s’agit de béatifier le rôle admirable des Sonderkommando juifs, ou de diaboliser le rôle monstrueux des Kommando Ukrainiens, qui faisaient pourtant, d’après certains « témoins » dont le témoignage est tenu en haute estime, le même travail : faire entrer les victimes dans les chambres.

Une autre question bizarre m’est venue à l’esprit. Ainsi les Allemands seraient parvenus a exterminer dans le plus grand secret des millions d’êtres humains, mais ils n’ont pas été capables d’exterminer quelques centaines de Sonderkommando qu’ils avaient recrutés pour les aider dans cette tâche, et sans lesquels on n’aurait jamais su comment ils avaient procédé !

Attendons la suite.

J’espère seulement que John [Ivan] survivra assez longtemps pour permettre à la justice des boches de finir de nous éclairer sur tous ces mystères.

 

Un dernier point. En surfant sur Internet pour me documenter un minimum sur ce qui s’était passé au procès Demjanjuk, j’ai relevés les commentaires habituels des habituels cornichons qui croient nécessaire d’affirmer leur « humanité » en dénonçant l’inhumanité des monstres… désignés à leur vindicte.

Parmi ces commentaires naïfs ou consternants :

 

Dontforget - 01/12/2009 15:56:42

@Ana: C'est très triste que des victimes civiles soient tuées lors d'une guerre mais ça n'a absolument rien de comparable avec ce qu'ont enduré les victimes des camps nazis pendant la guerre. Là il s'agit de meurtre de masse prémédité et perpétré avec une cruauté inouïe!! Ce type de crime n’est jamais pardonnable même 64 ans après.

(Dontforget signifie n’oublie pas, en anglais)

 

Soit ! Mais quel est le résultat pratique de cette mémoire, que les atrocités mises en mémoire soient vérifiées ou pas ?

Réelles ou imaginaires, ces atrocités sont tellement monstrueuses qu’elles aboutissent, et qu’elles n’aboutissent qu’àrelativiser les atrocités réelles dont tout un chacun peut être réellement témoin dans les conflits réels qui se déroulent réellement.

Et même, dans le pire des cas, ce qui ne veut pas dire le moins fréquent, l’évocation compulsionnelle de ces atrocités hors du commun, peut servir à couvrir les atrocité réelles commises par son propre camp, ou inhiber un début de réflexion.

Tiens ! Cela me rappelle des souvenirs.

C’étaient les débuts de l’Affaire Faurisson. À cette époque j’avais encore librement accès aux locaux (rue de Lorraine) de Libération où Maurice Di Scuillo avait fait les travaux d’électricité. Et aussi aux colonnes du journal. On n’avait pas encore complètement oublié le rôle de la Vieille Taupe en 1968.

Le 7 mars 1979, deux jours après que Gaby Cohn-Bendit eut publié « Question de principe » en première page de Libération, j’avais publié un long article intitulé « Que savent les Français des massacres de Sétif ? » où j’avais développé, parmi bien d’autres choses, cette idée-là que celui qui utilise le pseudo « Dontforget » exprime bien mais à l’envers. Cet article dans Libération, (pas dans Minute ou de National Hebdo) reste d’une grande actualité.

Et puis, maintenant que la mode semble venue de nous bassiner avec les massacres de Sétif le 8 mai 1945, et d’oublier ceux du F.L.N., pendant et après la guerre d’Algèrie, c’est amusant (excusez-moi) de constater que là encore j’avais une longueur d’avance sur la mode.

Et si les temps étaient venus de remettre toute cette histoire à l’endroit !

 

Allons bon ! J’avais pensé consacrer une dizaine de lignes au procès Demjanjuk, et, de fil en aiguilles, ça fait sept pages, et mon esprit a vagabondé. Je reprendrai demain.la chronique de la Révolution en cours…

Le 7 décembre 2009

Pierre Guillaume                                                                                    Nihil obstat

                                                                                                                        Wilhelm Stein


[1] Une pensée pour Michel Lajoye, condamné à la prison à perpétuité et 18 ans incompressibles par le tribunal de Caen.

[2] Bien que Jean-Claude Lattès et Pierre Guillaume aient été condisciples et amis à Sciences-Po.

[3] Relatif à la rage, enragé.

[4] Camp situé en Pologne où la SS formait notamment des gardiens de camps de concentration avec des prisonniers ukrainiens

[5] « Des vesces pour des lentilles » pour les puristes

[6] À tous les crétins qui discutent ou qui pinaillent sur le prétendu « volontariat », je rétorque que cela n’a pas de sens dans le cas d’un prisonnier de guerre affamé qui sauve sa peau comme il le peut. N’importe qui a simplement fait son service militaire, et cela n’a rien de bien terrible, sait comment la notion de « volontariat » peut être vidée de son sens par la pratique militaire, au point de susciter des plaisanteries. Mais en temps de guerre, en certaines circonstances, elle n’a plus aucun sens.

[7] Les « historiens » non plus d’ailleurs.

[8] Ça c’est faux ! Les révisionnistes se sont contentés de rappeler la suspicion critique entretenue par les historiens dignes de ce nom, et les philosophes, envers ce genre de « preuves », en particuliers depuis la prétendue « Renaissance », mais déjà bien avant (Rabelais parmi bien d’autres).

[9] Article par Anne Vidalie, publié le 30/11/09, mis à jour le 02/12/09, L’EXPRESS.fr

[10] Afin que personne n’oublie

[11] Afin qu’il ne vienne à personne l’idée monstrueuse de comparer le sort des Juifs, ouvrant droit à réparations financières et à réparation territoriale éternelle, au sort des Palestiniens, qui eux n’ont pas été exterminés. La preuve : il en reste ! Et ne bénéficient pas d’un droit au retour.

[12] Et qu’il donne aussi de temps à autre l’occasion d’entendre la voix de révisionnistes clandestins, sur d’autres sujets de l’actualité

[13] Pour rafraîchir ma mémoire, je ne me souvenais plus du titre exact du livre, j’ai fais <Denis Authier Sobibor>, dans Google. J’ai eu la surprise de voir que certains sites donnaient Denis comme coauteur du livre. C’est une erreur. Qui pourrait faire subodorer quelque manipulation palindrolatique de la part des révisionnistes. Il en est le traducteur rigoureux. Et cette traduction l’a convaincu que certains éléments du récit n’avaient ni queue ni tête. Elle a contribué à conforter son opinion révisionniste.

[14] J’écris cela parce que je viens de l’entendre sur fRANCE Inter, aujourd’hui même, dimanche 6 décembre, vers 15 heures 15. Réflexion faite, ce n’est pas 5 ou 6 fois par jour qu’il est question de Juifs et de nazis sur fRANCE Inter, c’est plutôt 10 ou 20 fois.

 


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