AAARGH

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Norman Finkelstein,

L'industrie de l'holocauste. Réflexions sur l'exploitation de la souffrance juive

 

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CHAPITRE 2

 

Les mystificateurs, les publicitaires et l'histoire

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[traduction française de l'AAARGH]

Cette traduction a été effectuée et affichée à des fins de recherche et de documentation.

Nous prions instamment nos lecteurs de n'en faire aucun autre usage, particulièrement commercial.

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[Note de l'AAARGH: Finkelstein a un site web où l'on trouve le dossier de son livre: http://www.normanfinkelstein.com/index.html]

 



Le respectable écrivain israélien Boas Evron observe que "l'attention qu'on porte à l'Holocauste" est en fait "un endoctrinement officiel, de propagande, un ressassement de slogans et une vision fausse du monde, dont le véritable but n'est pas du tout de comprendre le passé mais de manipuler le présent." En soi et de lui-même, l'holocauste nazi n'est au service d'aucun programme politique. Il peut servir de soutien à Israël aussi bien que d'arme contre sa politique. A travers un prisme idéologique, cependant "le souvenir de l'extermination nazie" est devenu (d'après Evron) "un outil puissant entre les mains des dirigeants israéliens et des juifs de l'étranger 1". L'holocauste nazi est devenu L'Holocauste.

Deux dogmes principaux sous-tendent le scénario de l'Holocauste: L'Holocauste est un événement historique unique dans sa catégorie; L'Holocauste est l'apogée [42] d'une haine irrationnelle et éternelle des Gentils envers les juifs. Ni l'un ni l'autre de ces dogmes n'était mentionné dans le discours public avant la guerre de 1967; et, bien qu'ils soient devenus les traits centraux de la littérature de l'Holocauste, aucune ne figure dans les travaux érudits sur l'holocauste nazi 2. D'un autre côté, les deux dogmes ont des échos importants dans le judaïsme et le sionisme.

Après la seconde guerre mondiale, l'holocauste nazi n'était pas un événement uniquement juif, et encore moins un événement historiquement unique. Les associations juives américaines, en particulier, s'efforçaient de le replacer dans un contexte universel. Après la guerre de 1967, cependant, la solution finale nazie a été entièrement reconstruite. "La première étape, la plus importante, qui vint après la guerre de 1967 et devint l'emblème du judaïsme américain, c'est que [...] l'Holocauste était unique, sans parallèle dans l'histoire humaine," rappelle Jacob Neusner 3. Dans un essai lumineux, l'historien David Stannard tourne en ridicule la "petite industrie des hagiographes de l'Holocauste qui défendent la singularité de l'expérience juive avec toute l'énergie et l'ingénuité de fanatiques théologiques"4. Le dogme de la singularité, au fond, n'a aucun sens.

Au niveau le plus élémentaire, tout événement historique est unique, ne serait-ce qu'en vertu de sa situation spatio-temporelle, et tout événement historique a des traits distinctifs aussi bien que des traits communs avec d'autres événements historiques. L'anomalie de L'Holocauste est que l'on fait de sa singularité un élément absolument décisif. Quel est l'événement historique, [43] pourrait-on demander, qui se caractérise essentiellement par sa singularité? La démarche consiste à mettre les traits distinctifs de L'Holocauste en évidence de façon à placer l'événement dans une catégorie entièrement à part. On ne sait jamais très bien, néanmoins, pourquoi les nombreux points communs devraient être considérés comme sans importance dans la comparaison.

Tous les historiens de l'Holocauste considèrent qu'il s'agit d'un événement unique mais peu s'accordent sur ce qui en fait la singularité. Chaque fois qu'un argument en faveur de la singularité est réfuté empiriquement, un nouvel argument s'installe à sa place. Les résultats, d'après Jean-Michel Chaumont, sont de multiples arguments contradictoires qui s'annulent mutuellement: "La connaissance ne s'accumule pas. Pour améliorer l'ancien argument, le nouveau repart à zéro 5." Autrement dit, la singularité est un postulat dans le scénario de l'Holocauste, le prouver est la tâche par excellence et le nier revient à nier l'Holocauste. Même si L'Holocauste était unique, quelle différence cela ferait-il? En quoi notre compréhension serait-elle modifiée si l'holocauste nazi n'était pas le premier mais le quatrième ou le cinquième dans une liste de catastrophes comparables?

La contribution la plus récente au concours de la singularité de l'Holocauste est celle de Stephen Katz, avec son livre The Holocaust in Historical Context. Katz, qui cite près de cinq mille ouvrages dans le premier volume d'une étude qui doit en compter trois, étudie l'ensemble de l'histoire de l'humanité pour prouver [44] que "l'Holocauste est phénoménologiquement unique en vertu du fait que jamais auparavant, un Etat n'avait entrepris, en tant que principe intentionnel et politique effectif, d'anéantir physiquement tout homme, femme et enfant appartenant à un peuple donné." Pour éclairer sa thèse, Katz explique: " est uniquement C. partage peut-être A, B. D, ...X avec ¥ mais pas C. Et partage peut-être A, B, D, ...X avec tout ¥ mais pas C. Tout repose entièrement, pour ainsi dire, sur qui est seul C ... qui n'est pas C n'est pas .... Par définition, aucune exception à la règle n'est admise. ¥ partageant A, B, D.... X avec est peut-être comme sous cet aspect et sous d'autres ... mais en ce qui concerne notre définition de singularité, tout ou tous les ¥ dépourvus de C ne sont pas .... Bien sûr, dans sa totalité, est plus que C, mais il n'est jamais sans C." Traduction: un événement historique qui contient un trait distinctif est un événement historique distinct. Pour éviter toute confusion, Katz explique plus loin qu'il utilise le terme phénoménologiquement, "dans un sens non husserlien, non shutzien, non heideggerien, non merleau-pontien". Traduction: l'entreprise de Katz est une absurdité phénoménale 6. Même si les sources démontraient l'exactitude de la thèse centrale de Katz, ce qui n'est pas le cas, cela prouverait simplement que L'Holocauste contient un trait distinctif. Le contraire serait étonnant. Chaumont conclut que l'étude de Katz est en fait de "l'idéologie" déguisée en "science", ce qu'on va voir tout de suite 7.

Il n'y a qu'un cheveu entre la thèse de la singularité de l'Holocauste de la thèse qu'il est impossible d'appréhender L'Holocauste rationnellement. Si L'Holocauste n'a pas de précédent dans l'histoire, il doit être au-dessus de l'histoire qui ne peut pas s'en emparer. En effet, L'Holocauste est unique [45] parce qu'il est inexplicable, et il est inexplicable parce qu'il est unique.

Le pourvoyeur-en-chef de cette mystification, qualifiée par Novick de "sacralisation de l'Holocauste", est Élie Wiesel. Pour Wiesel, ainsi que Novick le fait remarquer à juste titre, L'Holocauste est effectivement une religion à "mystère". Ainsi, Wiesel déclame que L'Holocauste "mène aux ténèbres", "nie toutes les réponses", "est hors de l'Histoire, sinon au-delà", défie à la fois la connaissance et la description", ne peut être expliqué ou visualisé", ne peut "jamais être compris ou transmis", marque "la destruction de l'histoire"" et "une mutation à l'échelle cosmique". Seul le grand-prêtre-rescapé (c'est-à-dire Wiesel) est qualifié pour deviner son mystère. Et cependant, le mystère de L'Holocauste, reconnaît Wiesel, est "incommunicable"; Ainsi, pour des honoraires de base de 25.000 dollars (plus la voiture de maître), Wiesel enseigne que le "secret" de la vérité d'Auzschwitz est dans le silence"8.

Appréhender L'Holocauste rationnellement, dans cette optique, revient à le nier. Car la raison nie la singularité et le mystère de L'Holocauste. Et comparer L'Holocauste à d'autres souffrances constitue, pour Wiesel, "une trahison complète de toute l'histoire juive 9". Il y a quelques années, une parodie d'un journal à sensations de New York titrait: "Michael Jackson meurt dans un Holocauste nucléaire avec soixante millions d'autres". La rubrique du courrier [46] publia une protestation irritée de Wiesel: "Comment ose-t-on parler de ce qui est arrivé hier comme d'un Holocauste? Il n'y a eu qu'un Holocauste..." Dans son dernier volume de mémoires, Wiesel, prouvant que la vie peut aussi imiter une parodie, reproche à Shimon Pérès d'avoir parlé sans hésitation des deux holocaustes du XXe siècle, Auschwitz et Hiroshima. Il n'aurait pas dû 10." Une phrase favorite de Wiesel affirme que "l'universalité de l'Holocauste réside dans sa singularité 11". Mais s'il [47] est incomparablement et incompréhensiblement unique, comment L'Holocauste peut-il avoir une dimension universelle?

Le débat sur la singularité de l'Holocauste est stérile. En fait, les prétentions à la singularité de l'Holocauste sont devenues une forme de "terrorisme intellectuel" (Chaumont). Ceux qui appliquent les méthodes normales d'enquête scientifique et comparative doivent d'abord satisfaire à mille et une précautions pour écarter l'accusation de "banaliser l'Holocauste12."

Le sens caché de la thèse de la singularité de l'Holocauste, c'est que L'Holocauste était le mal absolu. Pour terribles qu'elle soit, la souffrance des autres ne peut tout simplement pas s'y comparer. Les zélateurs de la singularité de l'Holocauste démentent cette affirmation mais ces démentis ne sont pas sincères 13.

Les prétentions à la singularité de l'Holocauste sont intellectuellement stériles et moralement condamnables et pourtant elles sont toujours là. On peut se demander pourquoi. Tout d'abord, parce qu'une souffrance unique donne des droits uniques. Le mal uniq ue de l'Holocauste, pour Jacob Neusner, non seulement place les juifs à part mais encore leur confère "une revendication sur les autres". [48] Pour Edward Alexander, la singularité de L'Holocauste est un "capital moral"; les juifs doivent "revendi quer la souveraineté" sur "ce bien de grande valeur 14".

En réalité, la singularité de l'Holocauste cette "revendication" face aux autres, ce "capital moral" -- est l'alibi principal d'Israël. "La singularité de la souffrance juive", suggère l'historien Peter Baldwin, "ajoute aux revendications morales et affectives dont Israël peut se prévaloir... face aux autres nations 15." Ainsi, d'après Nathan Glazer, L'Holocauste, qui montre la "particularité distinctive des juifs", a donné aux juifs "le droit de se considérer comme particulièrement menacés et particulièrement dignes des efforts, quels qu'ils soient, nécessaires à leur survie 16." Pour citer un exemple éloquent, toute mention de la décision d'Israël de fabriquer des armes nucléaires fait appel au spectre de L'Holocauste 17. On veut nous faire croire que sans cela, Israël n'aurait pas fabriqué d'armes nucléaires!

Un autre facteur entre en jeu. Affirmer la singularité de l'Holocauste, c'est affirmer la singularité juive. Non pas de la souffrance des juifs mais ce qui fait la singularité de l'Holocauste, c'est que ce soit les juifs qui aient souffert. Ou encore: L'Holocauste est spécial parce que les juifs le sont. Ainsi, Ismar Schorsch, chancelier du "séminaire juif théologique", se moque de la revendication de la singularité de l'Holocauste, qu'il qualifie de "version séculière détestable de l'élection18 ." Très véhément [49] à propos de la singularité de l'Holocauste, Elie Wiesel ne l'est pas moins à propos de la singularité des juifs. "Tout, en nous, est différent". Les juifs sont "ontologiquement" exceptionnels 19". Couronnement d'un millénaire de haine des juifs, L'Holocauste est la preuve non seulement de la souffrance unique des juifs mais aussi de la singularité des juifs eux-mêmes.

Pendant la seconde guerre mondiale et juste après, raconte Novick, presque personne au gouvernement [américain], et presque personne en dehors de lui, juif ou non, n'aurait compris la phrase "l'abandon des juifs". Le renversement s'est fait après la guerre de 1967. "Le silence du monde", "l'indifférence du monde", "l'abandon des juifs", ces thèmes sont devenus des leitmotivs du "discours de L'Holocauste 20."

Adoptant un thème sioniste, le cadre idéologique de L'Holocauste fait de la solution finale de Hitler l'apogée d'un millénaire de haine des juifs. Les juifs ont péri parce que tous les autres, aussi bien comme auteurs ou comme collaboateurs passifs, voulaient leur mort. "Le monde libre et 'civilisé', d'après Wiesel, a livré les juifs au bourreau. Il y avait les tueurs, les assassins et il y avait ceux qui gardaient le silence 21." Les preuves historiques de l'élan criminel des Gentils sont inexistantes. L'effort pesant de Daniel Goldhagen pour prouver une des variantes de cette thèse dans Les bourreaux volontaires de Hitler n'obtient qu'un résultat comique22. Son utilité politique, en revanche, est considérable. On peut noter, en passant, que la théorie de "l'antisémitisme éternel" donne, de fait, des armes aux antisémites. Comme le dit Arendt dans Les Origines du [50] totalitarisme, "l'adoption de cette doctrine par les antisémites coule de source, car elle constitue le meilleur alibi possible des pires horreurs. S'il est exact que l'humanité s'est obstinée à assassiner les juifs pendant plus de deux mille ans, alors l'assassinat des juifs est un acte normal et même humain et la haine des juifs est justifiée sans qu'il soit besoin d'avancer le moindre argument. L'aspect le plus surprenant de cette explication est que beaucoup d'historiens dépourvus de parti-pris et un nombre encore plus important de juifs l'ont adoptée 23."

Le dogme de L'Holocauste sur la haine éternelle des Gentils a servi à la fois à justifier la nécessité d'un état juif et à expliquer l'hostilité envers Israël. L'état juif est le seul garde-fou contre le prochain accès d'antisémitisme, inévitable ; inversement, l'antisémitisme meurtrier est le mobile de toute attaque ou même de toute manoeuvre défensive contre l'état juif. Pour expliquer les critiques envers Israël, la romancière Cynthia Ozick a une réponse toute prête: "Le monde veut éliminer les juifs... le monde a toujours voulu éliminer les juifs 24." Si tout le monde voulait la mort des juifs, alors il serait très étonnant qu'il en restât encore -- et que, contrairement au reste de l'humanité, ils ne soient pas, et c'est le moins qu'on puisse dire, en train de mourir de faim.

Ce dogme, de plus, donne carte blanche à Israël: puisque les Gentils sont décidés à les assassiner, les juifs ont le droit absolu de se protéger comme ils le jugent bon. Les juifs débrouillards peuvent recourir à n'importe quels moyens, y compris la torture et l'agression, c'est de la légitime défense. Boas Evron regrette "l'enseignement de l'Holocauste" [51] sur la haine éternelle des Gentils parce que, observe-t-il, "cela revient réellement à provoquer délibérément une paranoïa... Cette mentalité pardonne d'avance tout traitement inhumain des non-juifs, parce que la mythologie dominante déclare 'que tous les peuples ont collaboré avec les nazis à la destruction des juifs', d'où il ressort que tout est permis aux juifs dans leurs relations avec les autres peuples 25."

Dans le scénario de L'Holocauste, l'antisémitisme n'est pas seulement indéracinable mais aussi toujours irrationnel. Goldhagen va beaucoup plus loin que les analyses sionistes classiques, pour ne pas parler des analyses érudites en présentant l'antisémitisme comme "sans rapport avec des juifs concrets", "ce n'est fondamentalement pas une réaction à une quelconque analyse objective du comportement juif", et "indépendant de la nature et des comportements des juifs". C'est une maladie mentale des Gentils, "son terrain d'action" est "l'esprit". (souligné dans l'original) Guidé "par des arguments irrationnels", l'antisémite, d'après Wiesel, "n'admet simplement pas l'existence des juifs 26". "Non seulement ce que font ou ne font pas les juifs n'explique en aucune façon logiquement l'antisémitisme, mais toute tentative d'explication de l'antisémitisme par les contributions des juifs à l'antisémitisme est en soi un exemple d'antisémitisme 27 !", observe le sociologue John Murray Cuddihy. La vérité n'est pas que l'antisémitisme est justifiable [52] ou que les juifs sont responsables des crimes commis contre eux, mais que l'antisémitisme apparaît dans un contexte historique donné avec un réseau croisé d'intérêts. "Une minorité bien-organisée, douée et connaissant la réussite peut inspirer des conflits qui proviennent de tensions objectives entre les groupes", souligne Ismar Schorsch, bien que "ces conflits soient souvent emballés dans des stéréotypes antisémites 28."


L'essence irrationnelle de l'antisémitisme est déduite de l'essence irrationnelle de L'Holocauste. Pour preuve, la solution finale de Hitler était dépourvue de rationalité -- "c'était le mal pour le mal", un massacre "sans but"; la solution finale de Hitler a marqué l'apogée de l'antisémitisme; donc l'antisémitisme est essentiellement irrationnel. Prises séparément ou à part, ces propositions ne résistent pas à l'analyse la plus superficielle 29. Politiquement, cependant, l'argument est parfaitement utilisable.

Par l'absolution qu'il accorde aux juifs, le dogme de L'Holocauste confère à Israël et aux juifs américains l'immunité contre une censure légitime. L'hostilité arabe [53] ou celle des Noirs américains: elles "ne sont fondamentalement pas des réactions à une analyse objective du comportement des juifs." (Goldhagen)30. Ou bien ce que dit Wiesel de la persécution des juifs: "Pendant deux mille ans... nous avons vécu sous la menace perpétuelle... Pourquoi? Sans la moindre raison." A propos de l'hostilité arabe envers Israël: "A cause de ce que nous sommes et de ce que notre foyer Israël représente -- le coeur de nos vies, le rêve de nos rêves -- lorsque nos ennemis essaieront de nous détruire, ils essaieront de le faire en essayant de détruire Israël." A propos de l'hostilité des Noirs américains envers les juifs américains: "Ce peuple, qui s'est inspiré de nous, ne nous remercie pas mais nous attaque. Nous sommes dans une situation très dangereuse. Nous sommes une fois de plus le bouc émissaire, de tout côté... Nous avons aidé les Noirs; nous les avons toujours aidés... Je suis désolé pour les Noirs: il y a une chose qu'ils devraient apprendre de nous et c'est la reconnaissance. Aucun peuple au monde ne connaît la reconnaissance comme nous; nous sommes reconnaissants jusqu'à la fin des temps 31." Toujours punis, toujours innocents: tel est le fardeau des juifs 32.

[54]

Le dogme constitutif de L'Holocauste proclamant la haine éternelle des Gentils garantit aussi le dogme corollaire de la singularité. Si L'Holocauste a marqué l'apogée de la haine millénaire des Gentils pour les juifs, la persécution des non-juifs pendant L'Holocauste est purement accidentelle et la persécution des non-juifs dans l'histoire est simplement fortuite. De quelque point de vue qu'on se plac e, la souffrance juive durant L'H olocauste était unique.

Finalement, la souffrance juive est unique parce que les juifs sont uniques. L' H olocauste était unique parce qu'il n'était pas rationnel. Au fond, il avait pour cause une passion tout à fait irrationnelle, bien que trop humaine. Le monde des Gentils haïssait les juifs par envie, jalousie, ressentiment. L'antisémitisme, d'après Nathan et Ruth Ann Perlmutter, est né "de la jalousie des Gentils et de leur ressentiment parce que les juifs sont plus cotés que les chrétiens sur le marché... beaucoup de Gentils qui ne sont pas très parfaits en veulent à peu de juifs très parfaits 33." L'Holocauste a confirmé négativement l'élection des juifs. Parce que les juifs sont meilleurs ou réussissent mieux, ils ont encouru la colère des Gentils qui les ont assassinés.

Dans une brève digression, Novick se demande "ce que le discours sur L'Holocauste serait en Amérique" si Elie Wiesel n'en était pas "le principal interprète 34". La réponse n'est pas difficile à trouver. Avant juin 1967, c'est le message universel du rescapé des camps Bruno Bettelheim qui trouvait un écho chez les juifs américains. Après la guerre de 1967, Bettelheim a été écarté en faveur de Wiesel. La prééminence de Wiesel est la conséquence directe de son utilité idéologique. Singularité des souffrances juives et singularité des juifs, Gentils toujours coupables et juifs toujours innocents, défense inconditionnelle d'Israël et défense inconditionnelle des intérêts juifs: Elie Wiesel est L'Holocauste.

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La plus grande partie de la littérature sur la solution finale de Hitler, qui tourne autour des dogmes essentiels de L'Holocauste, n'a aucune valeur scientifique. En fait, le domaine des études de L'Holocauste est truffé d'absurdités, pour ne pas dire de fraudes pures et simples. Ce qui est particulièrement révélateur, c'est le milieu culturel dans lequel s'enracine cette littérature de l'Holocauste.

Le premier faux d'envergure de L'Holocauste est The Painted Bird, de l'émigré polonais Jerzy Kosinski 35. Le livre est "écrit en anglais", expliquait Kosinski, pour que "je puisse écrire sans passion, libéré des connotations affectives que la langue maternelle recèle toujours." En fait, les parties qu'il a réellement écrites -- et on ne sait toujours pas lesquelles -- sont en polonais. Le livre prétendait être le récit autobiographique de ses errances d'enfant solitaire dans la campagne polonaise pendant la seconde guerre mondiale. Les tortures sexuelles sadiques perpétrées par les paysans polonais constituent l'argument du livre. Les comptes rendus de lecture avant la publication ont tourné en ridicule sa "violence pornographique" et le produit d'un esprit obsédé par la violence sado-masochiste.". En fait, Kosinski a inventés presque tous les épisodes pathologiques qu'il raconte. Le livre dépeint les paysans polonais avec lesquels il vivait comme des antisémites virulents. "Battez les juifs, battez les salauds", encouragent-ils. En fait, les paysans polonais ont caché la famille Kosinski tout en sachant parfaitement qu'elle était juive et quelles conséquences funestes [56] ils encourraient s'ils étaient pris 36.

Dans le New York Times Book Review, Elie Wiesel a chanté les louanges de The Painted Bird qu'il qualifie de "l'une des meilleures" mises en cause de l'époque nazie, "écrite avec une sincérité et une sensibilité profonde". Cynthia Ozick, par la suite, s'est écriée qu'elle avait "immédiatement" reconnu que Kosinski, était un authentique "rescapé et témoin juif de l'Holocauste." Bien après que Kosinski ait été convaincu de mystification littéraire, Wiesel continuait à faire l'éloge de "son oeuvre remarquable".


The Painted Bird devint un texte classique de L'Holocauste, best-seller, couronné de prix, traduit dans de nombreuses langues, lecture obligatoire dans les lycées américains. Kosinski fait la tournée de L'Holocauste, c'est un Elie Wiesel à petit prix (ceux qui n'ont pas moyens de se payer les honoraires de Wiesel -- "le silence" n'est pas bon marché -- font appel à lui). Bien qu'il ait été finalement démasqué par un hebdomadaire d'investigation, [57] le New York Times a continué à défendre d'arrache-pied Kosinski qui prétendait être victime d'un complot communiste 37.

Une mystification plus récente, les Fragments de Benjamin Wilkomirski 38 emprunte sans vergogne aux techniques kitsch de description de L'Holocauste propres à Painted Bird. Comme Kosinski, Wilkomirski se dépeint comme un enfant rescapé solitaire qui devient muet, se retrouve dans un orpheliinat et découvre très tard qu'il est juif. Comme pour The Painted Bird, l'artifice narratif principal des Fragments est la voix simple, étouffée, d'un enfant naïf; là aussi, les lieux et les dates sont volontairement flous. Comme The Painted Bird, chaque chapitre de Fragments culmine dans une orgie de violence. Kosinski décrivait The Painted Bird comme "la lente décongélation de l'esprit", Wilkomirski décrit Fragments comme "la mémoire recouvrée"39.

[58 ]

Bien que ce soit une mystification à partir d'une matière première authentique, Fragments est l'archétype des souvenirs de L'Holocauste. Le récit se déroule dans les camps de concentration, tous les gardes sont des monstres fous et sadiques qui défoncent le crâne de nourrissons juifs. Ainsi, ces souvenirs des camps de concentration nazis sont en contradiction avec ce que dit la rescapée d'Auschwitz, le docteur Ella Lingens-Reiner: "Il y avait peu de sadiques, pas plus de cinq ou dix [59] pour cent 40." Le sadisme allemand est au premier plan dans la littérature de L'Holocauste. Il a un double emploi, celui d'"illustrer" l'irrationalité unique de L'Holocauste en même temps que l'antisémitisme fanatique des criminels.

La particularité de Fragments réside dans le fait qu'il décrit la vie non pas pendant mais après l'Holocauste. Adopté par une famille suisse, le petit Benjamin subit encore de nouveaux tourments. Il est enfermé dans un monde de négateurs de L'Holocauste. "Oublie ça, c'est un cauchemar", lui hurle sa mère. "Ce n'était qu'un cauchemar... Tu ne dois plus y penser." "Ici, dans ce pays, dit-il, irrité, "tout le monde passe son temps à dire que je dois oublier, que rien de tout cela n'est arrivé, que j'ai rêvé. Mais ils savent que c'est vrai!"

Même à l'école, "les garçons me montrent du doigt, tendent le poing et hurlent: "Il délire, ce n'est pas vrai. Menteur! Il est dingue, fou, c'est un imbécile." (entre nous: ils avaient raison). Le bourrant de coups de poing, répétant des refrains antisémites, tous les enfants font front contre Benjamin, pendant que les adultes répètent sans cesse: 'Tu inventes tout ça!".

Alors que Benjamin est au fond du désespoir, L'Holocauste lui apparaît. "Le camp est toujours là -- il est simplement caché et bien déguisé. Ils ont simplement enlevé leurs uniformes et revêtu de jolis vêtements pour qu'on ne les reconnaisse pas... Laisse les imaginer un seul instant que tu pourrais être juif et tu le sauras: ce sont eux, j'en suis sûr. Ils sont toujours capables de tuer, même sans uniforme." Plus qu'un hommage au dogme de L'Holocauste, Fragments est une arme de choix: [60] même en Suisse (la Suisse neutre), tous les Gentils veulent tuer les juifs.

Fragments a été proclamé classique de la littérature de L'Holocauste. Le livre a été traduit dans une dizaine de langues et il a obtenu le Prix national du livre juif, le Quarterly Jewish Prize et le prix de la Mémoire de la Shoah. Vedette de documentaires, des conférences et des séminaires de l' H olocauste, des quêtes de fonds pour le musée mémorial de l'Holocauste des Etats-Unis, Wilkomirski est rapidement devenu l'emblème de L'Holocauste.

Daniel Goldhagen, qui a salué dans Fragments "un petit chef d'oeuvre", était le champion de Wilkomirski dans le milieu universitaire. Des historiens sérieux comme Hilberg, cependant, ont rapidement traité Wilkomirski de faussaire. C'est Hilberg aussi qui a posé les questions qu'il fallait après la révélation de la fraude: "Comment a-t-on pu prendre ce livres pour des souvenirs dans des maisons d'édition? Comment a-t-il pu valoir à M. Wilkomirski des invitations au musée mémorial de l'Holocauste des Etats-Unis ou dans les universités en vue? Comment se fait-il que nous ne contrôlions pas du tout la qualité quand il s'agit de juger les documents sur l' H olocauste pour décider de leur éventuelle publication?41"

Wilkomirski, qui est à la fois un fou et un charlatan, a, en fait, passé toute la guerre en Suisse. Il n'est même pas juif. Il faut lire, cependant, les nécrologies que l'industrie de l'Holocauste lui a consacrées [après la découverte de la fraude]:

Arthur Samuelsonn (éditeur): "Fragments est un livre vraiment sympa... C'est une fraude seulement si on le considère comme un document. Alors, je le rééditerais dans la catégorie fiction. Peut-être que tout ça n'est pas vrai, et alors il n'en est que meilleur écrivain!"

[61]

Carol Brown Janeway (traductrice et éditrice): "Si les accusations... s'avèrent exactes, alors, ce qui est en cause ce ne sont pas des faits matériels qui peuvent être vérifiés mais des faits spirituels qui doivent être appréciés. Ce qu'il faudrait, c'est peser les âmes et c'est impossible."

Ce n'est pas tout. Israël Gutman est directeur à Yad Vashem et maître assistant d'Holocauste à l'université hébraïque de Jérusalem. C'est aussi un ancien d'Auschwitz. D'après Gutman: "ça n'a pas d'importance" que Fragments soit une mystification. "Wilkomirski a écrit une histoire qu'il a vécue intensément; c'est certain... Ce n'est pas un usurpateur. C'est quelqu'un qui vit cette histoire très profondément dans son âme. Sa peine est authentique." Alors, il importe peu qu'il ait passé la guerre dans un camp de concentration ou dans un châlet suisse; Wilkomirski n'est pas un usurpateur si "sa peine est authentique": ainsi parle un rescapé d'Auschwitz devenu expert de L'Holocauste. Les autres inspirent le mépris; Gutman, simplement la pitié.

Le New Yorker intitulait son article dévoilant la fraude de Wilkomirski "Voleur d'Holocauste". Hier, on faisait fête à Wilkomirski à cause de ses récits sur la méchanceté des Gentils; aujourd'hui on le condamne parce qu'il n'est qu'un méchant Gentil de plus. C'est toujours la faute des Gentils. Bien sûr, Wilkomirski a inventé son passé d'Holocauste mais la vérité, c'est que l'industrie de l'Holocauste, fondée sur une appropriation frauduleuse de l'histoire à des fins idéologiques, ne pouvait que louer le faux de Wilkomirski, "un rescapé de l'Holocauste" en attente d'être découvert.

En octobre 1999, l'éditeur allemand de Wilkomirski, en retirant Fragments des rayons, a finalement reconnu publiquement que ce n'était pas un orphelin juif mais un homme né suisse, nommé Bruno Doessekker. Apprenant que les carottes étaient cuites, Wilkomirski a réagi en lançant un défi tonitruant [62] "Je suis bien Benjamin Wilkomirski". Il a fallu un mois à son éditeur américain, Schocken, pour ôter Fragments de son catalogue 42.

Si l'on passe en revue maintenant les travaux sur l'Holocauste, la place qui y est donnée à la "connexion arabe" est révélatrice. Bien que le mufti de jérusalem n'ait joué "aucun rôle significatif dans l'Holocauste", dit Novick, l'Encyclopaedia of the Holocaust, publiée par Israël Gutman, lui donne "un rôle principal". Le mufti est aussi à l'honneur à Yad Vashem: "On laisse entendre au visiteur, dit Tom Seguev, qu'il y a beaucoup de points communs entre le plan nazi pour la destruction des juifs et l'hostilité des Arabes envers Israël." Lors d'une commémoration d'Auschwitz célébrée par le clergé de toutes les religions, Wiesel a protesté contre la présence d'un musulman: "Avons-nous oublié le mufti Hadji Amin al-Hussein de Jérusalem, l'ami de Heinrich Himmler?" On se demande pourquoi, si le mufti a joué un rôle si important dans la solution finale de Hitler, Israël ne l'a pas traîné en justice comme Eichmann: après la guerre, il vivait juste à côté, au Liban 43.

Les apologistes ont désespérément cherché à impliquer les Arabes dans le nazisme, surtout après l'ignoble invasion du Liban en 1982 et alors que les "nouveaux historiens" israéliens contestaient les affirmations de la propagande officielle israélienne. Le célèbre historien Bernard Lewis a réussi à consacrer un chapitre entier de son abrégé d'histoire de l'antisémitisme et trois pages entières de sa "brève histoire des deux mille dernières années" au Proche-Orient, [63] au nazisme arabe. A l'extrémité libérale du spectre de L'Holocauste, Michel Berenbaum, du musée de l'Holocauste de Washington, a généreusement reconnu que "les pierres jetées par les jeunes palestiniens furieux de la présence israélienne... ne sont pas l'équivalent de l'assaut nazi contre les civils juifs impuissants 44".

L'extravagance la plus récente autour de L'Holocauste est le livre de Daniel Jonah Goldhagen, Hitler's Willing Executioners. Toutes les revues qui comptent ont publié un ou plusieurs comptes rendus dans les semaines qui ont suivi sa parution. Le New York Times a multiplié les recensions louangeuses du livre de Goldhagen, "une de ces rares nouveautés qui méritent d'être appelées "ouvrages de référence" (Richard Bernstein). Le magazine Time a qualifié le livre, qui s'est vendu à plus de cinq cent mille exemplaires et a été traduit dans treize langues, de "deuxième livre de l'année, catégorie essais" et de "livre le plus commenté de l'année"45.

Soulignant "les recherches remarquables" et "l'abondance de preuves... reposant sur des documents et des faits incontestables", Elie Wiesel a salué en Hitler's Willing Executioners "une terrible contribution à la compréhension et à l'enseignement de l'Holocauste." Israël Gutman l'a loué pour "la façon dont il soulève à nouveau des questions essentielles" que "les spécialistes officiels de l' H olocauste" avaient ignorées. Sélectionné pour la chaire d'Holocauste de l'université de Harvard, associé à Wiesel dans la presse nationale, Goldhagen est rapidement devenu inévitable dans les tournées de conférences sur L 'Holocauste.

[64]

La thèse centrale du livre de Goldhagen est le dogme officiel de L'Holocauste: mû par une haine maladive, le peuple allemand a sauté sur l'occasion que leur a donnée Hitler d'assassiner les juifs. Même l'écrivain reconnu de l'Holocauste Yehuda Bauer, maître de conférence à l'université hébraïque et directeur à Yad Vashem, a, par moment, accepté ce dogme. S'interrogeant il y a quelques années sur l'état d'esprit des assassins, Bauer avait écrit: "Les juifs ont été assassinés par des gens qui, dans une large mesure, ne les haïssait pas... Les Allemands n'avaient pas besoin de haïr les juifs pour les tuer." Cependant, dans un compte rendu récent du livre de Goldhagen, Bauer soutient exactement le contraire: "Le type le plus affirmé d'attitudes meurtrières a dominé à partir de la fin des années trente... Au commencement de la seconde guerre mondiale, la grande majorité des Allemands s'identifiait avec le régime et sa politique antisémite au point qu'il était facile de recruter les assassins." Interrogé sur cette contradiction, Bauer a répondu: "Je ne vois aucune contradiction entre ces affirmations 46."

Bien que revêtu d'un apparat universitaire, Hitler's Willing Executioners n'est rien d'autre qu'une compilation inspirée par une violence sadique. Il n'est pas étonnant que Goldhagen ait vigoureusement fait la promotion de Wilkomirski: Hitler's Willing Executioners, c'est Fragments avec des notes. Bourré de grosses erreurs de présentation des sources et de contradictions internes, Hitler's Willing Executioners est dépourvu de valeur [65] scientifique. Dans L'Allemagne en procès. La thèse de Goldhagen et la vérité historique, Ruth Bettina Birn et l'auteur de ces lignes ont montré l'indigence de l'entreprise de Goldhagen. La controverse qui a suivi a dévoilé de façon absolument éblouissante le fonctionnement interne de l'industrie de l'Holocauste.

Birn, spécialiste mondiale des archives consultées par Goldhagen, a d'abord publié ses critiques dans The Cambridge Historical Journal. Déclinant l'invitation de la revue à publier une réponse circonstanciée, Goldhagen a préféré engager une prestigieuse société d'avocats londonienne pour attaquer Birn et les éditions de l'université de Cambridge pour "des diffamations nombreuses et graves". Exigeant une rétractation, des excuses et la promesse que Birn ne renouvellerait pas ses critiques, les avocats de Goldhagen ont alors menacé "d'une augmentation des dommages-intérêts si vous donniez une quelconque publicité à cette lettre 47".

Peu après la publication par l'auteur de ces lignes d'une analyse tout aussi critique dans New Left Review, Metropolitan, un filiale d'Henry Holt, accepta de publier les deux essais en volume. A la une, [le magazine juif] Forward avertit que Metropolitan "préparait la sortie d'un livre de Norman Finkelstein, opposant notoire à l'état d'Israël". Forward est le principal agent de "l'holocaustiquement correct" aux Etats-Unis.

Affirmant que "le parti-pris évident de Finkelstein et ses déclarations audacieuses... sont irréversiblement marqués du sceau de son antisionisme", le président de la Ligue contre la diffamation, [66] Abraham Foxman, en appela à la maison Holt pour que la publication du livre soit abandonnée: "La question... n'est pas de savoir si la thèse de Goldhagen est juste ou fausse mais de définir ce qui constitue "une critique légitime" et ce qui dépasse les bornes." "Que la thèse de Goldhagen soit juste ou fausse", répliqua Sara Bershtel, éditeur adjoint de Metropolitan, "c'est justement cela, la question."

Léon Wieseltier, directeur littéraire de la revue pro-israélienne New Republic, est intervenu personnellement auprès du président de Holt, Michael Naumann. "Vous ne connaissez pas Finkelstein. C'est un poison, un répugnant juif qui se déteste lui-même, quelque chose qu'on trouve sous un caillou." Qualifiant la décision de Holt de "grossièreté", Elan Steinberg, directeur adjoint du congrès juif mondial, a déclaré "s'ils veulent faire les éboueurs, il faut qu'ils portent des vêtements spéciaux."

"Je n'avais jamais vu des parties prenantes essayer de jeter publiquement un tel discrédit sur un ouvrage à paraître", a dit plus tard Naumann. L'historien et journaliste israélien bien connu, Tom Segev, remarqua dans Haaretz que la campagne confinait au "terrorisme culturel".

Birn, en tant qu'historien en chef de la Section des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité du ministère de la justice du Canada, fut la cible des attaques des associations juives canadiennes. Proclamant que j'étais "anathème pour la grande majorité des juifs du continent américain", le Congrès juif canadien dénonça la participation de Birn au livre. Pour faire pression sur son employeur, le Congrès juif canadien adressa une protestation au ministère de la justice. Cette plainte, jointe à un rapport commandité par le Congrès juif canadien qui traite Birn de "membre de la race des assassins" (elle est née allemande) a provoqué une enquête officielle sur son cas.

Même après la sortie du livre, les attaques personnelles continuèrent. Goldhagen affirma que Birn était un vecteur d'antisémitisme, alors qu'elle a consacré toute sa vie à la poursuite [67] des criminels de guerre nazis, et que je pensais que les victimes des nazis, y compris ma propre famille, méritaient de mourir 48. Les collègues de Godlhagen au Centre d'études européennes de Harvard, Stanley Hoffmann et Charles Maier, prirent publiquement position pour lui 49.

Traitant les accusations de censure de "canard", The New Republic soutint "qu'il y avait une différence entre la censure et le respect des principes". L'Allemagne en procès reçut l'approbation d'historiens chefs de file de [l'étude] de l'holocauste nazi, y compris Raul Hilberg, Christopher Browning and Ian Kershaw. Ces érudits ont tous rejeté le livre de Goldhagen; Hilberg l'a appelé "sans valeur". Des principes, vraiment!

En fin de compte, voici ce qui en ressort: Wiesel et Gutman ont soutenu Goldhagen; Wiesel a soutenu Kosinski; Gutman et Goldhagen ont soutenu Wilkomirski. Tous ensemble, ils co nstituent la littérature sur l'H olocauste.

Malgré toute la publicité qu'on leur fait, on n'a aucune preuve que les négateurs de l'H olocauste aient une influence plus grande aux Etats-Unis que les partisans de l'idée que la terre est plate. Quand on considère les absurdités publiées tous les jours par l'industrie de l'Holocauste, il est étonnant qu'il n'y ait pas davantage de sceptiques. La raison des plaintes contre l'expansion de la négation de l'Holocauste n'est pas difficile à trouver. Dans une société saturée d'Holocauste, il faut bien justifier la production continue de nouveaux musées, livres, films et émissions; le meilleur moyen est évidemment de brandir la menace de la négation de l'Holocauste. Par exemple, le livre célèbre de Déborah Lipsadt Denying the Holocaust 50, est sorti juste avant l'ouverture du musée de l'Holocauste de Washington, en même temps que les résultats d'un sondage qui établissait l'importance de la négation de l' Holocauste 51.

Denying the Holocaust est une version adaptée au goût du jour des brochures sur "le nouvel antisémitisme". Pour illustrer les progrès de la négation de l'Holocauste, Lipstadt cite une poignée de publications tortueuses. Sa pièce de résistance est Arthur Butz, un minable qui enseigne l'ingénierie électrique à l'université Northwestern et qui a publié son livre, The Hoax of the Twentieth Century, chez un éditeur obscur. Le chapitre de Lipstadt qui lui est consacré s'intitule "Pénétrer dans la grande presse". S'il n'y avait pas eu Lipstadt et ses semblables, personne n'aurait jamais entendu parler d'Arthur Butz.

En fait, le seul négateur de l'Holocauste qui soit bien établi est Bernard Lewis. Un tribunal français l'a même condamné pour négation de génocide. Mais c'est le génocide des Arméniens par les Turcs pendant la seconde guerre mondiale qu'a nié Lewis et non le génocide des juifs, et Lewis est pro-israélien 52. Cette négation de génocide ne dérange donc personne aux Etats-Unis. La Turquie est un allié d'Israël, ce qui simplifie encore les choses. La mention d'un génocide arménien est donc tabou. Elie Wiesel et le rabbin Arthur Hertzberg ainsi que le Comité juif américain et Yad Vashem se sont retirés d'une conférence internationale sur le génocide à Tel Aviv parce que les organisateurs universitaires avaient prévu des séances sur le cas arménien, contre l'avis du gouvernement israélien. Wiesel a cherché également, de son propre chef, à faire échouer la conférence et, d'après Yehuda Bauer, il est personnellement intervenu auprès des autres pour qu'ils n'y participent pas 53. A l'instigation d'Israël, Le Conseil de l'Holocauste des Etats-Unis a pratiquement éliminé toute mention des Arméniens au Musée mémorial de l'Holocauste de Washington et des activistes juifs au Congrès ont empêché l'adoption d'un "jour du souvenir" pour le génocide arménien 54.

Douter du témoignage d'un rescapé, dénoncer le rôle des collaborateurs juifs, suggérer que les Allemands ont souffert pendant le bombardement de Dresde ou que d'autres états que l'Allemagne ont commis des crimes pendant la seconde guerre mondiale, tout cela, d'après Lipstadt, est l'indice d'une négation de l'Holocauste 55. Et suggérer que Wiesel tire profit de l'industrie de l'Holocauste, ou même se poser des questions au sujet de ce personnage, revient à nier l'Holocauste 56.

Les formes les plus "insidieuses" de la négation de l' Holocauste, suggère Lipstadt, sont "les équivalences immorales": c'est-à-dire la négation de la singularité de l'Holocauste 57. Cet argument a des implications surprenantes. Daniel Goldhagen prétend que le comportement des Serbes au Kosovo "ne diffère, dans son essence, du comportement de l'Allemagne nazie que dans les proportions 58". Cela ferait de Goldhagen, "en essence", un négateur de l' H olocauste. Et comme, de la droite à la gauche, les commentateurs israéliens ont comparé le comportement des Serbes au Kosovo au comportement d'Israël envers les Palestiniens en 1948 59, de l'aveu même de Goldhagen, Israël a alors commis un Holocauste. Or même les Palestiniens ne le prétendent plus.

En dépit des positions politiques ou des motivations obscènes de ses auteurs, la littérature révisionniste n'est pas totalement dépourvue d'utilité. Lipstadt accuse David irving d'être "l'un des plus dangereux porte-parole de la négation de l'Holocauste" (il a récemment perdu, en Angleterre, un procès en diffamation intenté sur la base de cette accusation et de quelques autres). Mais Irving, admirateur notoire de Hitler et sympathisant du national-socialisme allemand, a néanmoins apporté une contribution "indispensable", d'après les termes de Gordon Craig, à notre connaissance de la seconde guerre mondiale. Arno Mayer, dans son importante étude de l'holocauste nazi, aussi bien que Raul Hilberg, citent des ouvrages révisionnistes. "Si ces gens veulent parler, qu'on les laisse faire", observe Hilberg. "Cela conduit simplement ceux d'entre nous qui font des recherches à réexaminer ce que nous aurions pu considérer comme évident. Et c'est utile pour nous 60."

***


Les journées annuelles du souvenir de l'H olocauste sont un événement national. Dans les cinquante états [américains], des commémorations sont financées, souvent par les parlements locaux. L'association des organisations de L'Holocauste recense plus de cent institutions de L'Holocauste aux Etats-Unis. Il y a sept grands musées de L'Holocauste aux Etats-Unis. Le centre de ce culte du souvenir est le musée mémorial de l'Holocauste des Etats-Unis à Washington.

La première question qui se pose est celle de l'existence même d'un musée de l' H olocauste créé par décision fédérale et financé de la même façon dans la capitale nationale. Sa présence sur la principale avenue de Washington est particulièrement incongrue puisqu'il n'y a pas de musée commémorant les crimes commis par les Etats-Unis au cours de leur histoire. Imaginons un instant les accusations d'hypocrisie que l'on pousserait ici si l'Allemagne dédiait un musée non au génocide nazi mais à l'esclavage aux Etats-Unis ou à l'extermination des Amérindiens 61.

Le musée "s'efforce soigneusement de réfréner toute tentative d'endoctrinement", écrit l'architecte d'intérieur du musée, "toute manipulation des impressions ou des sentiments." Et pourtant, de la conception à la réalisation, le musée a baigné dans la politique 62. C'est Jimmy Carter qui a lancé le projet, avant une campagne de réélection pour plaire aux financiers et aux électeurs juifs, irrités qu'il ait reconnu "les droits légitimes" des Palestiniens. Le président de la Conférence des présidents des principales associations juives américaines, le rabbin Alexandre Schindler, a regretté que Carter ait avoué que les Palestiniens étaient humains; c'est une initiative "choquante". Carter a annoncé que le musée était en projet pendant une visite à Washington du premier ministre [israélien], Menahem Begin, et au milieu d'une farouche bataille parlementaire autour de la vente d'armes à l'Arabie séoudite, projetée par le gouvernement. D'autres enjeux politiques se sont aussi fait jour au musée. On a étouffé l'arrière-plan chrétien de l'antisémitisme européen pour ne pas offenser un électorat puissant. On a dissimulé les quotas d'immigration discriminatoires adoptés par les Etats-Unis avant la guerre et exagéré le rôle des Etats-Unis dans la libération des camps, tout en omettant de parler du recrutement massif des criminels de guerre nazis par les Etats-Unis à la fin de la guerre. Le message entêtant du musée est que "nous" n'aurions pu même imaginer, sans parler de commettre, des actes aussi mauvais. L'Holocauste est "contraire à l'éthique américaine", observe Michel Berenbaum dans le livre-guide du musée. "Nous considérons son accomplissement comme une violation de toutes les valeurs américaines essentielles." Le musée de l'Holocauste reflète la position sioniste d'après laquelle Israël est "la bonne réponse au nazisme" dans les scènes finales représentant des rescapés juifs qui se battent pour entrer en Palestine 63.

La charge politique commence avant même l'entrée du musée qui est situé sur la place Raoul Wallenberg. Wallenberg, diplomate suédois, est ainsi honoré parce qu'il a sauvé des milliers de juifs avant de finir dans une prison soviétique. Son concitoyen le comte Folke Bernadotte n'est pas honoré parce, bien qu'il ait lui aussi sauvé des milliers de juifs, le [futur] ex-premier ministre [israélien] Yitzak Shamir a ordonné qu'on l'assassine parce qu'il était trop "pro-arabe 64".

La pierre de touche du projet politique du musée, néanmoins, est l'objet de la commémoration. Les juifs ont-ils été les seules victimes de L'Holocauste ou bien d'autres, qui ont aussi péri sous la persécution nazie, comptent-ils comme victimes? Pendant les séances d'organisation du musée 65, Elie Wiesel (ainsi que Yehuda Bauer de Yad Vashem) a mené l'offensive pour que l'on ne commémore que les juifs. Considéré comme "l'expert indiscuté de la période de l'Holocauste", Wiesel a affirmé avec ténacité la prééminence des victimes juives. "Comme toujours, ils ont commencé par les juifs", a-t-il entonné comme d'habitude. "Comme toujours, ils ne s'en sont pas tenus aux juifs 66." Pourtant, ce ne sont pas les juifs mais les communistes qui ont été les premières victimes politiques, non pas les juifs mais les infirmes qui ont été les premières victimes du génocide et du nazisme 67.

La principale difficulté rencontrée par le musée de l' Holocauste a été la justification de l'antériorité du génocide des Tsiganes 68. Les nazis ont systématiquement assassiné cinq cent mille Tsiganes, ce qui correspond, proportionnellement, à une perte à peu près égale à celle des juifs pendant le génocide. Des écrivains de l' H olocauste, comme Yehuda Bauer, soutiennent que les Tsiganes n'ont pas été victimes de la même fureur meurtrière que les juifs. D'honorables historiens de l'Holocauste, comme Henry Friedlander et Raul Hilberg, cependant, affirment le contraire 69.

De nombreuses raisons expliquent la faible place accordée au génocide des Tsiganes au musée. Tout d'abord, on ne peut pas comparer l'effet des persécutions nazies sur la vie tsigane et à celui qu'elles ont eues sur la vie des juifs. Traitant de "ridicule" la demande de représentation des Tsiganes au Conseil du mémorial de l' H olocauste des Etats-Unis, le sous-directeur, le rabbin Seymour Siegel, a même douté que les Tsiganes aient jamais "existé" comme peuple: "Il devrait y avoir une reconnaissance ou une prise en compte du peuple tsigane... si tant est que cela existe." Il a admis, cependant, "qu'il y avait un élément de souffrance sous les nazis." Edward Linenthal se souvient de l'attitude profondément soupçonneuse des représentants tsiganes envers le conseil, "de toute évidence, certains membres du conseil considéraient la participation des Roms au musée comme une famille traite des parents importuns, embarrassants 70."

En deuxième lieu, reconnaître le génocide des Tsiganes a pour conséquence la perte du monopole juif sur L'Holocauste, avec une incommensurable perte concomittante pour le "capital moral" juif. En troisième lieu: si les nazis ont persécuté de la même façon juifs et Tsiganes, le dogme que L'Holocauste est le point culminant d'une haine millénaire des Gentils envers les juifs est, d'évidence, impossible à soutenir. De la même façon, si la jalousie des Gentils est à l'origine du génocide des juifs, est-elle aussi la cause du génocide des Tsiganes? Dans l'exposition permanente du musée, les victimes non-juives du nazisme ne figurent que symboliquement 71.

Enfin, les buts politiques du musée ont été déterminés par le conflit israélo-palestinien. Avant de devenir directeur du musée, Walter Reich a chanté les louanges du livre de Joan Peter, From Time immemorial, qui affirme que la Palestine était littéralement déserte avant la colonisation sioniste 72. Sous la pression du ministère des affaires étrangères, Reich dut démissionner après avoir refusé d'inviter Yasser Arafat, désormais allié complaisant des Etats-Unis, à visiter le musée. Le théologien de l'Holocauste, John Roth, à qui l'on avait proposé un poste de sous-directeur, dut démissionner parce qu'il avait autrefois critiqué Israël. Ecartant finalement un livre (que le musée avait d'abord soutenu) sous prétexte qu'il contenait un chapitre dû à Benny Morris, un grand historien israélien qui critique Israël, Miles Lerman, président du musée, avoua: "Il est inconcevable que ce musée soit hostile à Israël 73."

A la suite des attaques stupéfiantes d'Israël contre le Liban en 1996, couronnées par le massacre de plus de cent civils à Qana, l'éditorialiste d'Haaretz, Ari Shavit, observa qu'Israël pouvait agir impunément parce que "nous avons la Ligue contre la diffamation... ainsi que Yad Vashem et le musée de l'Holocauste 74."

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[traduction française de l'AAARGH]


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