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CONTRE-REVOLUTION ET JUDEO-MAÇONNERIE

 

Par M. l'abbé Curzio Nitoglia

 

La Révolution française acheva et fit triompher un long processus historique de déchristianisation et sécularisation, que l'on peut définir comme révolutionnaire. S'y opposa et s'y oppose une école de pensée catholique, souvent appelée contre-révolutionnaire, qui tenta d'analyser les origines et les causes du phénomène opposé, ainsi que les remèdes à y opposer. Mais ce n'est que petit à petit que les auteurs "contre-révolutionnaires" mirent parfaitement au point l'objet de leurs recherches. Dans le sillage d'une étude de G. Miccoli (1) l'abbé Nitoglia montre comment, à partir de 1870, le principal agent de la Révolution fut identifié, par cette école de pensée et surtout par le Magistère Ecclésiastique, comme étant la judéo-maçonnerie. Une identification qui maintenant fait discuter, et qui est souvent oubliée.
Sodalitium

 

De la polémique contre-révolutionnaire à la lutte contre la Judéo-maçonnerie

Même dans les meilleurs écrits contre la Révolution et dans la polémique catholique contre la civilisation moderne ou sécularisée, précédant la décennie 1870-1880, le Judaïsme n'occupait pas une place centrale et de premier plan.
Avec la prise de Rome par les Piémontais, la pensée du Pape et de la Secrétairerie d'Etat (et par conséquent des grands penseurs et polémistes catholiques, tant laïcs qu'ecclésiastiques), se précise: le Judaïsme post-biblique devient le symbole de la "modernité" et de la sécularisation de la société, le ver qui a rongé la Chrétienté, le principal artifice de la conjuration anti-chrétienne, qui a débouché sur la Révolution ("satanique dans son essence").
Le Judaïsme jusqu'en 1870 constitue un danger grave pour les polémistes antirévolutionnaires, mais seulement potentiel; il est l'instrument plutôt que l'agent actif et principal de la conjuration antichrétienne. "Dans la conspiration des sophistes, des philosophes, des impies, des francs-maçons dépositaires du secret suprême de la secte, des jacobins, telle qu'elle est reconstruite et racontée par Barruel [Mémoires pour servir à l'histoire du Jacobinisme, Londres 1797-98], les Juifs n'ont pas de part. Tout comme ils ne figurent pas dans les autres analyses contemporaines qui décrivent et découvrent les caractères de la "révolution": cela vaut pour toutes Les considérations sur la France [1797] de Joseph de Maistre La polémique antimaçonnique qui fit rage parmi les émigrés français ne connaît pas trace des Juifs, sinon pour dénoncer les faveurs qui leur furent concédées. La liste des conspirateurs qui ont comploté pendant des décennies contre le trône et l'autel devient le lieu commun de toute une presse d'actualité secondaire: elle ignore les Juifs" (2).
Le Judaïsme est encore totalement absent dans l'excellent travail, en douze volumes, que Mgr Jean-Joseph Gaume dédie à La Révolution, entre 1856 et 1858. Il y approfondit le problème du césarisme ou gibelinisme, comme retour de la philosophie politique païenne, qui en niant la subordination du Souverain temporel au Pape est source de la Révolution ou de dés-Ordre, de l'Humanisme et de la Renaissance comme étapes fondamentales du réveil de l'esprit païen, non seulement dans le domaine politique mais également dans celui des tendances et passions humaines, qui portera au Protestantisme et à la Révolution française (3).
Mais il ignore le rôle joué par la Cabale sur la culture humaniste de la Renaissance (voir Pic de la Mirandole, Marsilio Ficino, Niccolo Cusano, Giordano Bruno et leur maître à penser du Moyen Age, Raymond Lulle (4). Dans les Caractères de la vraie religion proposés aux jeunes gens de l'un et l'autre sexe, imprimés en 1809 par l'"Académie de religion catholique", l'un des centres de l'intransigeance romaine, l'auteur dédie un paragraphe entier aux Juifs, mais affirme: "Les Juifs... ne sont pas nos principaux ennemis. Nous en avons d'autres plus dangereux,... je veux dire nos pseudo-philosophes" (5). Joseph de Maistre dans ses Quatre chapitres sur la Russie, publiés après sa mort en 1859, mentionne en passant la dangerosité des Juifs; mais ils ne sont pas la principale cause des bouleversements actuels, mais plutôt les instruments des illuminés de Bavière ou de la Maçonnerie déchue qui aurait perdu, selon le penseur savoyard, sa pureté originelle (6). Même La Civiltà Cattolica jusqu'aux années soixante-dix ne nommera que fugitivement les Juifs. "Les premiers artisans de la révolution restent la maçonnerie et les sectes" (7).

La Civiltà Cattolica: naissance et développement

La Civiltà Cattolica née en 1850 intervint déjà en 1858 sur la question juive, à propos de l'affaire Mortara. Environ dix ans après, en 1869, parut en France un livre de Gougenot des Mousseaux qui traitait amplement de la question juive Le Juif, le Judaïsme et la judaïsation des peuples chrétiens. Si avec Pie IX on commença en 1870 à entrevoir dans le Judaïsme la cause première de la Révolution, ce fut surtout avec Léon XIII (1878-1903) que le Judaïsme devint l'objet principal des études et de la polémique de La Civiltà Cattolica.
Il convient de préciser que déjà en 1830 un abbé italien Luigi Chiarini (8), enseignant d'Antiquités Orientales à Varsovie, avait publié à Paris un ouvrage en deux volumes, intitulé "Théorie du Judaïsme" avec lequel il montra aux Chrétiens le vrai visage du Judaïsme talmudique et c'est sur cet ouvrage que se formèrent Giuseppe Oreglia et Gougenot des Mousseaux. De nombreux chercheurs se sont trompés sur la date de naissance de l'antijudaïsme catholique moderne de La Civiltà Cattolica. Renzo de Felice la fait naître en 1895, Norman Cohn la situe en 1890, et ils soutiennent que la souche de cette bataille a été l'abbé Chabauty qui en 1882 avait publié Les Juifs, nos maîtres.
Au contraire, la campagne de La Civiltà Cattolica est antérieure à la vague antijuive française et on doit la placer en 1870 avec des prémices en 1858 (affaire Mortara) et avec la source en 1830 (abbé Chiarini) (cf. R. TARADEL - B. RAGGI La segregazione amichevole. "La Civiltà Cattolica" e la questione ebraica 1850-1945, Editori Riuniti, Roma 2000, p. 27).
Léon Poliakov aussi a remarqué que la campagne de La Civiltà Cattolica avait commencé entre 1870-1880 et avait constitué une sorte de "nihil obstat" du Saint-Siège à l'antijudaïsme européen qui explosa en France entre 1886 et 1887, quand Edouard Drumont publia La France juive à l'occasion de l'affaire Dreyfus. D'après La Civiltà Cattolica, le XIXème siècle est le siècle du complot judéo-maçonnico-libéral, le XXème est celui du complot judéo-bolchevique et dans sa seconde moitié est celui du complot judéo-anglo-américain.
A ce tableau "fait exception L'Eglise romaine en face de la révolution de J. Crétineau- Joly... La première édition de l'ouvrage fut publiée en 1859 les Juifs ne sont pas mentionnés souvent Mais un élément important pour les développements futurs fut mis au grand jour: que la juiverie donne le mot d'ordre et le salaire aux journalistes, les Juifs contrôlent toute la presse... "C'est une revanche de dix-neuf siècles que les déicides complotent contre le Calvaire" (vol. II, p. 386). C'est la raison pour laquelle les Juifs ont pénétré dans les sectes... Mais Crétineau- Joly, qui parle toujours de quelques Juifs, de certains Juifs, a soin enfin de le relever explicitement: "Le nombre de Juifs qui entreprirent ce commerce de haine et de vengeance est très restreint" (vol. II, p. 386). Dans sa reconstruction globale les grands noyaux de conspirateurs naissent et mûrissent ailleurs: parmi les hérésies, le jansénisme, le gallicanisme, le philosophisme, la maçonnerie, les différentes sectes. Une indication précise cependant avait été donnée. Crétineau-Joly l'avait écrit explicitement: il ne sera pas très difficile à l'histoire de surprendre la main de certains Juifs excitant les révoltes" (9).
Encore quelques années et le pas sera franchi: d'abord par Pie IX et ensuite par Léon XIII avec la Secrétairerie d'Etat, qui s'exprimait à travers La Civiltà Cattolica. Cette revue, à partir de 1880 jusqu'en 1903, commença à s'occuper systématiquement des Juifs "devenant ainsi, même pour cette question, un modèle et un point de référence de premier plan pour l'opinion publique catholique pas seulement italienne" (10).

Le Judaïsme symbole et agent principal de la Révolution

"Ce n'est que lentement, au cours de la seconde moitié du siècle [XIXème], que les Juifs prirent une position toujours plus éminente et une fonction toujours plus décisive dans le domaine de cette conspiration sectaire qui, par la culture intransigeante, constituait l'unique vraie clef explicative de tous les bouleversements modernes. (...) Ce pluralisme d'opinions concernant les Juifs..., encore présent dans les années précédentes, disparut ou presque de la scène: dans la seconde moitié du siècle, il est difficile de trouver chez les catholiques quelqu'un qui aille au-delà des prières pour leur conversion" (11). Parmi les auteurs qui dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle comprirent et dénoncèrent le péril juif il y eut Mgr Meurin S.J. (évêque in partibus d'Ascalona et par la suite archevêque titulaire de Nisibi et enfin évêque résident de Port-Louis; né à Berlin, expert en hébreu et en sanscrit) avec le livre La francmaçonnerie synagogue de Satan, de 1893, et Roger Gougenot des Mousseaux, né à Coulommiers en France, formé à l'école de Paul Drach, avec l'ouvrage Le Juif, le Judaïsme et la judaïsation des peuples chrétiens, de 1869.

La brèche de Porta Pia

"Le virage se vérifie au cours des années Soixante-dix La chute du pouvoir temporel fut ressentie comme un épisode central de l'attaque menée par les sectes contre le catholicisme La révolution apparaît triomphante, ses objectifs antichrétiens toujours plus manifestes et évidents" (12). Le Judaïsme devient le symbole de la nouvelle civilisation sécularisée qui a apostasié de l'Eglise, précisément parce que par elle formée, après de longues années de conjuration antichrétienne. "La conspiration antichrétienne devient ainsi l'oeuvre éminente des Juifs pour abattre l'Eglise du Christ et les porter à la domination du monde" (13). C'est justement à l'occasion de la brèche de Porta Pia que le complot ourdi dans l'obscurité apparaît au grand jour: "Juifs de l'étranger, qui accourent dans la nouvelle capitale, en dirigent les journaux, alimentent les attaques contre l'Eglise; Juifs de Rome, qui ont trahi leur souverain, en oubliant les bénéfices, qui ont accueilli joyeusement les "Piémontais", qui fréquentent des endroits qui leur étaient interdits auparavant. Le vrai, le grand scandale est là: les Juifs à Rome, siège de Pierre, capitale de la catholicité, supplantent les Chrétiens, achètent des propriétés, exercent des fonctions de gouvernement. C'est là que réside la preuve de leur "fusion" avec la "révolution", et la raison de la future revanche chrétienne qui ne pourra pas les frapper: le droit de prendre dans le futur des "mesures défensives" contre les Juifs naît en effet de leurs comportements actuels" (14).
A ce propos les pages écrites par les frères Lémann, Juifs convertis au catholicisme, sont significatives: "Vos coreligionnaires [juifs] ont fait très mal à Rome. (...) Le 20 septembre 1870, les zouaves défenseurs de Rome..., avaient abandonné les remparts Leurs amis se dépêchaient de leur apporter des habits civils. Mais à l'extrémité du pont [Saint Ange]... il y avait des hordes de Juifs qui au milieu des cris... des révolutionnaires contre les zouaves, arrachaient à ceux-ci... les valises, les habits, tout ce qu'ils pouvaient saisir, et... jetaient tout dans le Tibre, mais en-dessous il y avait leurs matelots qui dans leurs barques recueillaient tout ce qui avait été jeté dans le fleuve. (...) L'année dernière à la porte du Gesù on hurlait contre les Chrétiens, qui pacifiques et inoffensifs s'étaient réunis pour prier ensemble. A leur sortie ils furent frappés. Eh bien, derrière ces forcenés qui hurlaient et frappaient, on reconnaissait les Juifs du ghetto. (...) Quand nous avons demandé des renseignements sur les scènes ignobles qui se sont produites au Corso où les choses saintes furent tournées en ridicule, les prêtres insultés, les statues de la Sainte Vierge souillées... on nous répondit toujours: les buzzurri [les "péquenots", c'est-à-dire les Piémontais] et les Juifs. (...) Quand le 20 septembre 1870, le Gouvernement subalpin pénétrait à coups de canon par les portes de Rome, la brèche n'était pas encore achevée qu'une foule de Juifs y était déjà passé pour aller se congratuler avec le général Cadorna et le ghetto tout entier pavoisait aux couleurs piémontaises (...).
Pie IX méritait-il que les Israélites lui causent cette double douleur: d'abord passer dans le camp de ses ennemis, ensuite dévaster Rome durant sa captivité au Vatican? (...) Non! Pie IX ne le méritait ni comme souverain, ni comme bienfaiteur. (...) Les Papes ont toujours consenti avec bienveillance au séjour des Juifs dans leur ville. Ce peuple errant était libre de ne pas y aller. Mais il y est toujours allé en nommant Rome... Paradis des Juifs. Les Papes ont donc constamment protégé les Israélites. Si cependant il y en eut un qui se soit montré plus spécialement leur protecteur, qui ait veillé avec une sollicitude plus vive sur leur condition temporelle, que nous le proclamions avec la main sur l'histoire et sur notre coeur, c'est bien Pie IX. (...) Les Israélites étaient relégués dans un quartier séparé, le ghetto Pie IX a fait détruire ces portes et ces murs..." (15).
A partir de ces faits, les frères Lémann, tirèrent la conclusion qu'il fallait défendre la Chrétienté du péril juif et que l'on ne pouvait pas accorder aux Juifs l'égalité des droits civils: "Nous ne conseillerons jamais, poursuivent les Lémann, de vous accorder à Rome le droit de devenir propriétaires. Nous connaissons les tendances de notre nation; ses bonnes comme ses mauvaises qualités. Si ce droit de propriété vous est accordé, nous le parions, dans 30, dans 50 années au plus, Rome n'appartiendrait plus aux Catholiques, mais serait entre vos mains (...). Le suprême danger de Rome... ce ne sont pas les hommes de la révolution, ils passeront. Le suprême danger de Rome c'est vous, ô messieurs, qui ne passez pas. Armés du droit de propriété, avec votre habileté et votre puissance, avant que le siècle n'arrive à sa fin, vous serez les maîtres de Rome" (16).
Les frères Lémann, pensent donc, à partir de la brèche de Porta Pia, aux mesures que les futurs gouvernements chrétiens devront prendre pour se préserver de la contagion du Judaïsme, premier artisan et conducteur de la Révolution. "Le concept a été formulé, pour annoncer le futur. Défense, droit de se défendre des Juifs: les mots clés qui justifièrent l'organisation des mouvements politiques antisémites sont ainsi prononcés" (17). Mais il convient de remarquer que ce sont deux Juifs convertis qui les ont prononcés, et qu'ils peuvent difficilement être accusés d'antisémitisme! En tout cas la tendance qui se profile avec le 20 septembre 1870 est celle de l'identification des Juifs à la Révolution. "La nécessité de la lutte de défense contre la "révolution" devenait ainsi lutte de défense contre les Juifs. (...) L'étape suivante franchie en ces années fut d'en faire les principaux agents, les authentiques promoteurs occultes (18).

La "Synagogue de Satan"

La représentation du peuple juif comme rebelle et subversif était très ancienne: la Synagogue talmudique était vue depuis toujours comme "fons persecutionum". Donc l'émancipation des Juifs arrivée grâce à la Révolution française, et les bénéfices que les Juifs en avaient retirés étaient devant les yeux de tout le monde. Ces deux aspects: Sinagogæ Judeorum fontes persecutionum, et les bénéfices retirés de l'émancipation (fille de 1789), ne pouvaient expliquer à eux seuls ce qui s'était passé avant et ne suffisaient pas à faire du Judaïsme l'artisan principal du long processus de dissolution qui avait conduit à 1789. Deux éléments manquaient: le concept de Révolution, tel qu'il fut précisé dans le Magistère ecclésiastique et dans l'apologétique contre-révolutionnaire de ces années, et l'idée d'une longue conjuration souterraine et secrète. Joseph de Maistre a bien saisi la nature de la Révolution française (même s'il ne peut être défini comme un penseur contrerévolutionnaire complet, à cause de certaines lacunes, sinon de véritables erreurs de son système doctrinal. Il est influencé par l'ésotérisme maçonnique qui ne l'a jamais quitté; cf. sur ce thème l'article paru in Sodalitium n° 49). Il l'a définie "Satanique dans son essence, satanique parce que rebelle à l'autorité, c'est-à-dire à Dieu" (19). L'unique alternative possible, pour de Maistre, était la Papauté: si "la Révolution est l'erreur", si elle "est satanique dans son essence", elle "ne peut donc être tuée que par la Papauté, qui est la vérité, puisqu'elle est le Christ en terre" (20). Il faut donc réunir à nouveau l'Eglise et l'Etat, le trône et l'autel.
Mais l'année 1870, avec la chute du pouvoir temporel du Pape créa une situation nouvelle. Les gouvernements et les Rois, désormais largement infiltrés par le mal révolutionnaire, n'avaient pas répondu à l'appel en défense du Pape. En 1876 le Père Raffaele Ballerini (21), dans La Civiltà Cattolica, écrivait que le péché de l'Europe consistait dans la guerre que tous les Etats et toutes les cours, suite à la politique césaropapiste de la seconde moitié du XVIIIème siècle, sans aucune exception faisaient à l'Eglise catholique. "Les degrés du mal varient dans chaque Etat: mais tous ne sont pas infectés. (...) Tous, en un mot, se sont entendu pour exclure Jésus-Christ de leur civilisation, en répétant la parole de la Synagogue contre le Christ-Roi: "Nolumus hunc regnare super nos" (Lc XIX, 14): nous voulons vivre séparés de l'Eglise nous voulons la sécularisation universelle" (22). Déjà en 1872, à Munich, les "Historischpolitische Blätter", faisaient des Juifs les protagonistes absolus de la Révolution et de la laïcisation de l'Europe. Le Père Ballerini, bien qu'en ne les nommant pas explicitement, fait une analogie entre le comportement des Etats modernes et celui de la Synagogue pharisaïque: c'est-à-dire le refus du Règne Social du Christ et de son Eglise. La nouvelle condition de la société, au fond, est ancienne: c'est le même rejet obstiné de Jésus-Christ, qui avait été comploté par le Sanhédrin et fait passer dans la majeure partie du peuple juif.
Le cas du Père jésuite Ballerini n'est pas isolé. Les conditions de l'Eglise romaine ces années sont semblables à celles des trois premiers siècles: elle est persécutée. Les discours de Pie IX, après 1870, sont significatifs: "Pie IX ne manque pas de paroles dures explicites contre les Juifs: "chiens", devenus tels de "fils" qu'ils étaient, "pour leur dureté et incrédulité" ("et de ces chiens - ajoute le pontife - il y en 9 a malheureusement trop aujourd'hui à Rome, et nous les entendons aboyer par toutes les rues, et ils nous harcèlent partout") (23). Et le Pape poursuit: "boeufs", qui "ne connaissent pas Dieu", et "écrivent des blasphèmes et des obscénités dans les journaux": "mais viendra un jour, terrible jour de la vengeance divine, où ils devront rendre compte des iniquités qu'ils ont commises" (24). "Peuple dur et déloyal, comme on voit aussi dans ses descendants", qui "faisait de continuelles promesses à Dieu et ne les maintenait jamais" (25).
Le 23 mars 1873, Pie IX, faisant référence à Simon le Cyrénéen, revint sur le sujet des "Juifs réprouvés": "En cette circonstance le Seigneur ne permit pas qu'un Juif l'aidât. Cette nation était déjà réprouvée, et dure dans la réprobation, (...) Jésus-Christ voulut plutôt être aidé par un païen, donnant ainsi une preuve de ce qui avait été prédit, c'est-à-dire qu'à la nation juive dépravée d'autres nations se substitueraient pour connaître et suivre Jésus-Christ" (26). Dans le discours du 12 février 1874 aux curés de Rome, le pape Mastai établit, encore une fois, un parallèle entre la situation actuelle de l'Eglise romaine et celle de ses débuts: "Les tempêtes" qui l'assaillent sont les mêmes que celles subies à ses origines; elles étaient alors "provoquées par les Gentils, par les gnostiques et par les Juifs" et "les Juifs y sont aussi présentement" (27). «Ce n'est pas par hasard qu'en ces années- là Pie IX recourut à la figure de la "Synagogue de Satan" (28). Selon Pie IX les actuels révolutionnaires sont les "pharisiens modernes" qui voudraient, "comme les anciens", détruire l'Eglise, ils "répètent les expressions iniques que les pharisiens répétaient quand le Divin Rédempteur conversait avec les hommes"» (29).
Le Père Francesco Berardinelli, dans un article publié dans La Civiltà Cattolica en 1872, définit les persécuteurs modernes du Vatican comme de "nouveaux Juifs", "renégats et apostats (...) de la race de ceux qui ont craché sur Jésus dans l'atrium de Caïphe", "bande de chiens (...) de la race de ces bêtes véreuses du Golghota" (30). La Civiltà Cattolica, qui exprimait la pensée de la Secrétairerie d'Etat du Saint-Siège, identifiait, à partir de 1870, Révolution, Maçonnerie et Judaïsme, et voyait dans le Judaïsme talmudique le berceau de la Maçonnerie et des sectes qui avaient porté la Révolution en Europe. En résumé la société moderne est, pour La Civiltà Cattolica et pour le Saint-Siège une "société judaïsée", et Judaïsme est synonyme de Révolution et de Maçonnerie, il en est même la cause.

La conjuration antichrétienne

L'approfondissement des concepts de conspiration, conjuration, complot ou machination fut décisif pour faire faire le pas au Magistère ecclésiastique et aux polémistes contre-révolutionnaires; ils purent ainsi affirmer que l'auteur principal de l'assaut infernal contre la Papauté et la Chrétienté était le Judaïsme, qui se servait des différentes sectes, divisées quant aux "obédiences", mais unies quant à la fin: la destruction de l'Eglise et de la Société chrétienne (31).
Pie IX lui-même, déjà immédiatement après 1848 avait lancé l'idée d'une grande conjuration (32). Toutefois "un fil conducteur unit les premières élaborations de la fin du XVIIIème siècle aux théories et aux constructions d'un siècle après. Mais les protagonistes et les artisans en varient. Ce n'est qu'au cours de la seconde moitié du siècle que les Juifs y jouèrent un rôle toujours plus important jusqu'à en devenir les auteurs" (33). Le P. Oreglia (34) dans La Civiltà Cattolica exprima avec une grande lucidité ce concept: la Maçonnerie est une fondation relativement moderne, mais "ce complexe de doctrines sataniquement et savamment antichrétiennes [...] qui, depuis les premiers gnostiques et manichéens aux modernes maçons et libéraux, de secte en secte, fut transmis par la Cabale et la tradition, est très ancien et contemporain de la fondation même de l'Eglise" (35).
Les points de départ théologiques sont évidents: l'opposition constante entre Dieu et Satan correspond, au temps historique, à une opposition tout aussi irréductible entre Eglise et Synagogue, entre Cité de Dieu et Cité de Satan. Ceci a toujours été l'enseignement des Pères de l'Eglise. Cependant à partir de la brèche de Porta Pia, les blocs sont clairement distincts. Toutes les sectes, différentes quant aux membres et aux rituels, fondées par des personnes différentes en des temps et des lieux divers, ont un unique et même but: la haine de Jésus-Christ et de son Eglise. C'est pourquoi elles "doivent avoir toujours reçu l'inspiration d'une même secte pérenne, cohabitant avec l'Eglise et naturellement son ennemie" (36). Or, pour obtenir cette fin, conclut le P. Oreglia, le diable tout seul aurait pu suffire; cependant il a voulu se servir de ses suppôts principaux et préférés, ceux qui ont crucifié Jésus: "Si le diable..., en plus de sa maligne volonté et puissance... s'était encore trouvé avoir en main dès les origines de l'Eglise une société et même un peuple, une race et une nation de gens prête naturellement et disposée à en suivre les criminels desseins antichrétiens: si ce peuple, cette race et cette nation s'était aussi trouvée être la plus intelligente, la plus industrieuse et la plus obstinée, ce qu'est la nation juive, comme en tout le reste ainsi spécialement dans la haine du Christ et des Chrétiens: et ce parce que par le Christ réprouvée et évincée jusqu'aux derniers temps, quand elle se convertira à Lui... Si, disons-nous, le diable, depuis les débuts de l'Eglise jusqu'à nous, avait trouvé prête à ses ordres et services une race aussi apte et aussi disposée naturellement à combattre toujours et partout sa guerre antichrétienne, pourquoi n'aurait-il pas dû la choisir comme étant sa propre université perpétuelle et partout diffusée destinée à conserver propager toujours et partout... tout le corps des doctrines et des arts antichrétiens favorables au but commun du diable et des Juifs?" (37). Ce jugement se fonde sur la "théologie de l'histoire" propre à l'Eglise romaine. Elle a enseigné depuis des siècles que les Juifs sont les ennemis par excellence du Christianisme comme de Jésus Lui-même.
A partir de 1870 l'Eglise précise que seul le Judaïsme talmudique peut être le principal inspirateur et le metteur en scène occulte de la conjuration antichrétienne qui a explosé avec la plus grande virulence précisément à Rome siège du Vicaire du Christ. L'expérience vécue par Pie IX a représenté la preuve par neuf de cette théorie. L'Eglise invitait donc ses fidèles à une légitime (et modérée) défense.

Antisémitisme et antijudaïsme

Un des plus grands spécialistes de la polémique antijudéo-maçonnique et anti-moderniste fut Mgr Henri Delassus. Né le 12 avril 1836 à Estaires en France, ordonné prêtre à Cambrai en 1862, en 1875 il devient directeur de l'hebdomadaire La semaine religieuse de Cambrai.
S'appuyant sur une doctrine théologique sûre et une documentation abondante, très souvent de première main, doté d'une exceptionnelle clairvoyance (il fut l'un des rares antimaçons à ne pas tomber dans le piège taxilien), disciple du cardinal Pie et de Dom Guéranger, des représentants de la pensée ultramontaine la plus pure, formés à l'école de Louis Veuillot, membre du "Sodalitium Pianum", il attaque la Révolution française, en se fondant sur les idées de Maistre à propos des principes de 1789. Mais il les intègre avec une sûre doctrine thomiste qui faisait défaut au Savoyard et les expurge de certaines idées ésotériques (l'unité transcendante de la Tradition primordiale) qui ont accompagné de Maistre jusqu'à la fin; il attaque aussi la "démocratie chrétienne" et l'Américanisme. Ses ouvrages principaux sur le problème judéo-maçonnique, qui représentent une véritable Somme de la pensée contre-révolutionnaire sont: La conjuration antichrétienne. Le temple maçonnique voulant s'élever sur les ruines de l'Eglise catholique en 3 volumes (1910), et Le problème de l'heure présente: Antagonisme de deux civilisations en 2 volumes (1904).
Mgr Delassus fut créé prélat domestique de Sa Sainteté par St Pie X en 1904 et protonotaire apostolique en 1911. Il mourut à Saméon le 6 octobre 1921.
Il a écrit: "Le Calvaire a séparé en deux la race juive: d'une part, les disciples qui ont appelé à eux et se sont incorporé tous les chrétiens; de l'autre, les bourreaux, sur la tête desquels, selon leur voeu, est retombé le sang du Juste, les vouant à une malédiction qui durera autant que leur rébellion" (38). Pour Mgr Delassus l'Antijudaïsme coïncide avec le Catholicisme dans le sens que les catholiques doivent combattre le Judaïsme, comme ils combattent la Maçonnerie, le Socialisme et l'Anarchie, pour défendre la société civile et l'Eglise.
Sa position est très différente de celle de l'Antisémitisme biologique ou racial, surtout en ce qui concerne deux éléments fondamentaux: "La pleine sauvegarde du Judaïsme antique, duquel naquirent Jésus, Marie, les Apôtres, les fidèles des premières communautés chrétiennes, et la reconnaissance qui reste toujours ouverte au Juif pour se racheter, et qui doit rester telle, la voie de la conversion au Christianisme. La considération de "race maudite"... est une condition historique, historiquement datée et historiquement surmontable n'est pas le produit de la nature qui emprisonne irrémédiablement dans une condition sans issue" (39).
Le P. Oreglia aussi, dès 1880, avait exprimé la même théorie (ou mieux la théorie du Saint-Siège et de la Secrétairerie d'Etat, diffusée au moyen de La Civiltà Cattolica et reprise, petit à petit, par les grands penseurs contre-révolutionnaires, parmi lesquels Delassus) précisément sur les pages de La Civiltà Cattolica en écrivant: "Les catholiques ne demandent pas l'expulsion des Juifs, mais demandent seulement que l'on en restreigne l'action dans la mesure où elle nuit au bien public. Ils veulent conserver le caractère chrétien de l'Etat, de la législation, de l'enseignement et des principes sociaux. Ils veulent l'extirpation des principes judaïques,... rendus dominant par le régime libéral, mais non l'expulsion d'un peuple qui, en fin de compte, est du sang d'Abraham, et au sein duquel naquit le Sauveur. Avec une organisation chrétienne de l'Etat, les Juifs n'inspirent aucune crainte" (40). Le P. Oreglia était très critique sur les agitations antisémites qui avaient éclaté en Allemagne à cette période, elles étaient étrangères à l'esprit catholique, elles étaient en effet d'inspiration protestante. Mais comme cette agitation ne venait pas d'un "pur esprit de justice - poursuit le Père jésuite - de religion et de défense sociale bien entendue, mais principalement de la passion de l'envie et de la vengeance", elle sera stérile: nihil violentum durat! Le critère sur lequel le P. Oreglia se fonde, pour juger de la bonté ou non d'un mouvement, est s'il s'inspire du Magistère de l'Eglise romaine ou non. C'est pourquoi l'unique vraie réaction au Judaïsme talmudique est celle guidée par le Magistère de Pierre, et il est évident que les catholiques qui s'engagent dans le domaine social et politique devront être en première ligne dans la lutte contre la Judéo-maçonnerie, sous les directives du Saint-Siège. En effet avec les préjugés libéraux, de "saine" autonomie par rapport à l'enseignement pontifical, on ne peut gagner la lutte contre le Judaïsme. Selon le P. Oreglia le chemin à prendre est le chemin opposé: "Le Judaïsme se vainc d'une seule manière, c'est-à-dire en vainquant le Libéralisme... Libéralisme et Judaïsme sont... deux choses tout à fait identiques et en parfaite harmonie... Les libéraux sont impuissants à freiner l'invasion juive parce que ce sont eux-mêmes, bien que n'ayant pas de sang sémite dans les veines, qui se sont faits juifs avec les fausses doctrines et les oeuvres mauvaises. Ils ont répudié les grandes idées de la charité, du sacrifice et de l'honneur qui constituent la splendide et glorieuse couronne du Chrétien, et ensuite se plaignent parce qu'ils sont tombés dans l'esclavage juif. C'est en vain et injustement qu'ils se plaignent; c'est la peine de leur péché. Qu'ils redeviennent de vrais Chrétiens et la servitude juive cessera" (41).

De l'Antijudaïsme à l'Antimodernisme

A la fin du XIXème siècle, surtout avec les pontificats de Pie IX et de Léon XIII, l'Eglise romaine avait davantage saisi la cause de la Révolution qui menaçait depuis l'Humanisme, de manière publique et institutionnelle (même si au cours du Moyen- Age n'avaient pas manqué les mouvements hérétiques ou gibelins mais qui n'avaient pas atteint la portée ou la dimension publique et officielle du retour au "Judéo-paganisme" propre à l'époque humaniste), la Chrétienté et l'Eglise elle-même: le véritable ennemi et la source de toute révolution et de tout désordre était le Judaïsme talmudique. Pour le Saint-Siège l'Antijudaïsme représentait aussi la contre-attaque, ainsi que le remède et l'antidote pour redonner force de pénétration dans la société civile à la Royauté sociale de Jésus-Christ, expulsé de l'Etat laïcisé et sécularisé.
A partir des premières années du XXème siècle, avec le Pontificat de St Pie X, il y eut un certain changement dans l'étude de la question, dû à la survenance d'un phénomène très dangereux, le Modernisme, condamné par l'encyclique Pascendi du Pape Sarto, mouvement qui voulait détruire l'Eglise de l'intérieur; elle dut réunir ses propres forces et raffermir ses rangs pour démasquer les infiltrations ennemies jusqu'à son coeur, grâce à la convergence de tous les catholiques sous la suprême conduite du Pape et du Magistère authentique de l'Eglise.
La Civiltà Cattolica, qui de 1880 à 1903 avait étudié constamment et sans interruption pendant vingt-trois ans le péril juif, ne traitera plus avec la même attention ledit problème, pour diriger ses efforts vers la lutte contre le Modernisme, sans aucun changement d'opinion sur les dangers judéomaçonniques. Certainement si l'on avait cherché derrière les coulisses on aurait découvert que les promoteurs de l'hérésie moderniste étaient les mêmes. Mgr Delassus dans L'Américanisme et la conjuration antichrétienne (1899) avait démontré comment cette forme de modernisme dans le domaine ascétique (qui fut condamné par Léon XIII dans Testem benevolentiæ), avait à ses origines L'Alliance Israélite Universelle! Mais il fallait ne pas disperser les efforts sans "perdre" de temps, remonter aux causes et essayer de débusquer immédiatement les modernistes, qui s'étaient infiltrés dans les centres vitaux de l'Eglise, pour les écraser au plus vite, avec des mesures pratiques et disciplinaires: c'est ce que fit admirablement St Pie X, même s'il ne réussit pas à achever l'oeuvre entreprise du fait de sa mort prématurée. "Cette relative diminution de la polémique antijuive du côté catholique n'en représenta pas cependant l'abandon; encore moins sa critique et son refus. La pensée intégriste, à Rome comme ailleurs, continua à théoriser le rôle néfaste des Juifs dans l'ensemble de la société chrétienne. Et on sait de quel crédit elle jouissait à Rome durant le pontificat de Pie X" (42).
En 1913 le procès Beylis, qui eut lieu à Kiev pour un cas d'homicide rituel "reproposa dans la presse catholique, dans toute leur amplitude, les habituelles accusations contre le judaïsme talmudique" (43). Outre La Civiltà Cattolica se distinguèrent dans cette bataille Mgr Umberto Benigni (dans sa Storia sociale della Chiesa et dans plusieurs articles écrits dans la revue florentine Fede e Ragione de l'abbé Giulio De Toth) et Mgr Ernest Jouin (dans la RISS) considérés comme les "représentants de l'intégrisme catholique" (44).

Solution pratique du problème juif

La solution du problème juif consistait, pour La Civiltà Cattolica, à abattre l'état libéral qui avait accordé l'égalité des droits civils aux Juifs et donc dans la ségrégation charitable des Juifs, mis ainsi à l'abri des réactions populaires et violentes des antisémites et mis en même temps en condition de ne pas nuire à la société chrétienne. Les articles sur le problème juif commencés par le P. Oreglia (1870-1880) étaient de caractère spéculatif, montraient aux Chrétiens la philosophie, les principes du Judaïsme, ceux du P. Mario Barbera sont l'application pratique des articles d'Oreglia, c'est-à-dire qu'ils étudiaient à fond comment pouvoir résoudre la question juive au moyen de la ségrégation charitable.

Peuple ou race juive?

La terminologie de La Civiltà Cattolica se précisa peu à peu, au début on parlait de Race juive, puis d'origine donc de Nation ou Peuple juif. Selon le P. Ballerini le peuple juif est constitué d'un "mélange de Bible, de Talmud et de Cabale", c'est-à-dire ce qui permet de discerner la nature d'un peuple c'est une culture (pas nécessairement et uniquement religieuse) commune qui unissait un groupe de familles. Le Judaïsme est donc, pour La Civiltà Cattolica, une nation non au sens territorial mais culturel et par conséquent est un peuple. Ce concept de nation culturelle ou peuple supplanta les termes de race et d'origine. Or la culture juive est la culture talmudique selon laquelle les Juifs sont la race supérieure qui doit devenir maîtresse du monde entier.
«L'appartenance d'un individu à la "nation juive" ne dépend pas de facteurs raciaux... ni... religieux: elle naît, au contraire, de sa provenance d'une famille juive, et pour avoir absorbé par son intermédiaire les éléments essentiels de la culture juive et avec elle la solidarité par rapport à sa propre "nation"» (R. TARADEL - B. RAGGI, op. cit., p. 102).
Avec la victoire du National-socialisme en Allemagne en 1933, La Civiltà Cattolica s'éloigna encore plus du concept de race juive pour élaborer le concept de nation et peuple juif. Le P. Antonio Messineo en 1938 écrivit plusieurs articles sur le concept de nation et de race, d'après lui la nation est un ensemble social naturel qui a comme but celui de développer les fondements ethniques et culturels sur lesquels il se fonde et de promouvoir le bien-être commun temporel (subordonné au surnaturel) de ses sujets. Elle doit donc se défendre de ceux (les Juifs) qui la corrompraient, car ils ne se laissent pas assimiler et au contraire tendent à hégémoniser.
Il faut donc recourir à la ségrégation charitable (tel le lépreux placé dans une léproserie, pour sa santé et pour celle des autres). Pie XI condamna le racisme exagéré et biologique mais déclara: "Voilà ce qu'est pour l'Eglise le vrai racisme... le racisme sain... Tous de même, tous faisant l'objet de la même affection maternelle, appelés à être tous dans leur propre pays, dans les nationalités particulières... dans la race particulière, les propagateurs de cette idée si grande et... humaine, avant même d'être chrétienne" (28 juillet 1938, Discours aux Elèves du Collège de la Propagande, in Actes de S.S. Pie XI, tome XVIII, Bayard, Paris 1939). Le P. Messineo s'employa ensuite à ce que le terme "Race" fût remplacé par celui de Peuple ou Nation.

La lutte contre les totalitarismes césaristes

Pie XI condamna les différents totalitarismes, soit d'origine marxiste (le Communisme), soit d'origine néopaïenne ou mazzinienne (le National-socialisme et, sous certains aspects, le Fascisme).
Le racisme biologique préoccupait toujours plus le Pontife, qui chargea un jésuite de rédiger, avec deux autres prêtres, l'épreuve d'une future Encyclique qui condamnerait le racisme biologique; mais Pie XI mourut peu de temps avant de pouvoir promulguer cette Encyclique, dans laquelle cependant, concernant le problème juif, on réaffirmait la thèse traditionnelle.
Voici une partie du texte: "La prétendue question juive, dans son essence, n'est une question ni de race, ni de nation, ni de nationalité territoriale, ni de droit de cité dans l'Etat. C'est une question de religion et, depuis le venue du Christ, une question de christianisme. (...) Le Sauveur, que Dieu, ...envoya à son peuple choisi, fut rejeté par ce peuple, répudié violemment et condamné comme un criminel par les plus hauts tribunaux de la nation en collusion avec l'autorité païenne... Enfin, il fut mis à mort. (...) Le geste même par lequel le peuple juif a mis à mort son Sauveur... fut... le salut du monde.
De plus, ce peuple infortuné, qui s'est jeté lui-même dans le malheur, dont les chefs aveuglés ont appelé sur leurs propres têtes les malédictions divines, condamné, semble-t-il, à errer éternellement sur la face de la terre, a cependant été préservé de la ruine totale. (...)
Saint Paul maintient la possibilité du salut pour les Juifs, pourvu qu'ils se détournent de leur péché (...). Israël demeure le peuple jadis choisi ().
Nous constatons chez le peuple juif une inimitié constante vis-à-vis du christianisme. Il en résulte une tension perpétuelle entre Juif et Chrétien, qui ne s'est à proprement parler jamais relâchée (...). La haute dignité que l'Eglise a toujours reconnue à la mission historique du peuple juif, ne l'aveugle pas cependant sur les dangers spirituels auxquels le contact avec les Juifs peut exposer les âmes Tant que persiste l'incrédulité du peuple juif l'Eglise doit, par tous ses efforts, prévenir les périls que cette incrédulité et cette hostilité pourraient créer pour la foi et les moeurs de ses fidèles (...). L'Eglise n'a jamais failli à ce devoir de prémunir les fidèles contre les enseignements juifs, quand les doctrines comportées menacent la foi. (...) Elle a pareillement mis en garde contre des relations trop faciles avec la communauté juive..." (45).

Conclusion

Les véritables penseurs, intégralement contre-révolutionnaires, qui ont écrit sur la Révolution après 1870, se réfèrent justement aux directives du Saint-Siège. Ils voient dans le Judaïsme la cause (d'ordre naturel) principale de tout désordre; elle se sert dans ce but des différentes sectes et surtout de la Maçonnerie qui est sa créature.
Naturellement il existe aussi une cause concomitante (d'ordre préternaturel): le diable, qui tente l'homme, en déchaînant les passions déréglées qui logent dans le coeur de tout fils d'Adam. Le problème consiste aussi à analyser la nature de la Révolution et des mécanismes grâce auxquels elle avance; mais il serait erroné de minimiser le devoir qui nous revient, celui de dévoiler l'identité des conspirateurs, puisque sans conspirateurs il n'y aurait pas de Révolution.
Actiones sunt suppositorum, enseigne la bonne philosophie. En outre il n'est pas vrai - selon le Magistère ecclésiastique - que les agents de la révolution changent. Non, après le déicide l'agent naturel et principal, le suppôt privilégié de Satan est le Judaïsme, qui continuera à vouloir détruire l'Eglise et la Chrétienté, comme il a tué Jésus-Christ, tant qu'il ne se convertira pas au Christianisme. Parler seulement en passant de sectes secrètes ou même de Maçonnerie qui sont les principaux agents de la Révolution, sans dire quelle est l'origine et le berceau de la Maçonnerie (c'est-à-dire le Judaïsme postbiblique) est pour le moins réductif! (46). En résumé, pour être contre-révolutionnaires intégraux il faut combattre publiquement la Judéo-maçonnerie.

 

Notes
1) G. Miccoli, Santa Sede, questione ebraica e antisemitismo, in Storia d'Italia, Annali vol. 11 bis, Gli ebrei in Italia, Einaudi, Torino 1997. Il s'agit d'une étude très sérieuse, sur laquelle je m'appuie substantiellement, mais dont je ne partage pas les jugements et les conclusions.
2) G. Miccoli, op. cit., p. 1388. Il faut préciser qu'avant de Maistre un jésuite, le Père Pierre de Cloriviere avait eu l'intuition du caractère mauvais et diabolique de la Révolution française, dans son livre Etudes sur la Révolution, Paris 1793.
3) J.-J. Gaume, La Révolution. Recherches historiques sur l'origine et la propagation du mal en Europe depuis la Renaissance jusqu'à nos jours, Paris 1856-1858.
4) E. Innocenti, La gnosi spuria, 1er vol. Roma 1993. 2e vol. Roma 1999. F. Yates, Giordano Bruno e la tradizione ermetica, Laterza, Bari 1989 et Cabbala e occultismo nel età elisabettiana, Einaudi, Torino 1979. E. Garin, Lo zodiaco della vita, Laterza, Bari 1976.
5) Rome 1809, pp. 147 ss.
6) Sur Joseph de Maistre, cf. l'article "Joseph de Maistre ésotérique?" in Sodalitium n° 49, pp. 11-31.
7) G. Miccoli, op. cit., p. 1411.
8) Luigi Chiarini: "(1789-1832), prêtre italien, orientaliste et écrivain antisémite. Invité à venir de Toscane en Pologne, Chiarini obtint la chaire de Langues Orientales à l'Université de Varsovie grâce à la protection de Potocki, ministre de l'éducation. En 1826, il devient membre du Jewish Commitee dont les membres sont nommés par le gouvernement. Dans sa Théorie du Judaïsme (1830), Chiarini calomnia le Talmud et le rabbinat... et tenta de raviver la diffamation du sang [meurtre rituel]. Il considérait que l'Etat devait aider les Juifs à se libérer eux-mêmes de l'influence du Talmud. Il commença une traduction française du Talmud de Babylone, avec l'appui du Tsar Nicolas Ier, dont deux volumes ont été publiés (1831)... Chiarini fut contraint d'abandonner son projet à cause de l'insurrection polonaise. Ses autres travaux sont une grammaire d'Hébreu en Latin; un dictionnaire Hébreu-Latin, et un article: Dei funerarii degli ebrei polacchi (Bologne 1826)". (Voir Encyclopedia Judaica, Gerusalemme s. d., vol 5, pp. 409-410). The Jewish Encyclopedia, New York - London 1905-1912, IV vol., pp. 21-22. "Chiarini né a Montepulciano le 26 avril 1789, mort à Varsovie le 28 février 1832... Il publia Théorie du Judaïsme (1830)... ce livre est divisé en trois parties: dans la 1ère, il établit les difficultés pour connaître le vrai visage du Judaïsme, dans la 2ème, il explique la théorie du Judaïsme, dans la 3ème, il traite de la réforme du Judaïsme et examine en détail les moyens de supprimer ses éléments "pernicieux". En résumé, Chiarini s'efforce de prouver que les prétendus maux du Judaïsme trouvent leur origine principalement dans les enseignements soi-disant antisociaux et nuisibles du Talmud. Il soutient que l'Etat devrait aider les Juifs à se libérer eux-mêmes de l'influence du Talmud, et qu'ils devraient retourner à la simple foi mosaïque. Ce but peut être atteint de deux manières: d'abord par la fondation d'écoles où l'on donne l'enseignement de la Bible et où l'on étudie la grammaire hébraïque; ensuite par une traduction française du Talmud de Babylone avec des notes d'explication et des réfutations".
9) G. Miccoli, op. cit., pp. 1412-1413.
10) G. Miccoli, op. cit., p. 1414, note 106. Cf. R. Taradel - B. Raggi, La segregazione amichevole. "La Civiltà Cattolica" e la questione ebraica 1850-1945, Editori Riuniti, Roma 2000.
11) G. Miccoli, op. cit., p. 1394.
12) Ibid., p. 1398.
13) Ibid., p. 1399.
14) Ibid., p. 1400.
15) A. et J. Lémann, Lettre aux Israélites dispersés, sur la conduite de leurs coreligionnaires de Rome durant la captivité de Pie IX au Vatican, Roma 1873, Libreria e Cartoleria romana, pp. 5-14.
16) Ibid., pp. 19-21. A propos des frères Lémann, voir: P. Theotime de Saint-Just OMC: Les frères Lémann juifs convertis. Leur vie - leur uvre. Lib. S. François, Paris 1937.
17) G. Miccoli, op. cit., p. 1400.
18) Ibidem.
19) J. de Maistre, Considérations sur la France, Lyon 1884, p. 67.
20) Idem, Du Pape, Genève 1966, p. 23. Il s'agit du texte critique avec introduction de J. Lovie et J. Chetail.
21) Raffaele Ballerini S.J. (1830-1907), entré comme novice au Collège Romain en 1847, a été ordonné prêtre à Lyon en 1858. Ballerini fut engagé dans le collège des écrivains de La Civiltà Cattolica en 1868 et il y resta jusqu'à sa mort. Parmi ses ouvrages, il faut signaler Della questione giudica in Europa, Prato, 1891, et Della Massoneria, quel che è, quel che fa, quel che vuole, Prato 1900.
22) R. Ballerini, I peccati d'Europa, in "CC", 27 (1876), III, pp. 388 ss.
23) Discorsi del Sommo Pontefice Pio IX pronunziati in Vaticano ai fedeli di Roma e dell'orbe dal principio della sua prigionia fino al presente, Roma 1874-1878, cit. in G. Miccoli, pp. 1404-1405.
24) Discorsi cit. in G. Miccoli, p. 1405.
25) Ibidem.
26) Discorsi di Pio IX, vol. II, p. 294. On remarque comment le Magistère authentique du Pape Mastai est contredit par ce qui est affirmé par le Concile Vatican II dans Nostra Ætate 4h: "Les Juifs ne doivent pas, pour autant, être présentés comme réprouvés par Dieu ni maudits, comme si cela découlait de la Sainte Ecriture".
27) Discorsi, vol. III, p. 149.
28) Etsi multa luctuosa, Encyclique du 21 nov. 1873. Cf. aussi la Lettre de 1865, de Pie IX à Mgr Darboy, archevêque de Paris, in La Documentation catholique, t. VI, juillet-décembre 1921, p. 139.
29) Discorsi, vol. IV, p. 115 et vol. III, p. 37.
30) F. Berardinelli, Il Golgota e il Vaticano, in "CC", 23 (1872), I, pp. 649-50, 654-55.
31) A. Preuss, Etude sur la Franc-Maçonnerie américaine (1908), réédition Centro Librario Sodalitium, Verrua Savoia (TO) 1998.
32) Cf. l'Encyclique Nostis et nobiscum, 8 décembre 1849. Et l'Allocution tenue au Consistoire secret du 25 septembre 1865: Inter multiplices machinationes.
33) G. Miccoli, op. cit., p. 1408.
34) Giuseppe Oreglia da Santo Stefano (1823-1895) était une personnalité notable. Il entra très jeune au Collège des Nobles aux Carmine de Turin dirigé par les Jésuites. Le 10 août 1842 il était entré au noviciat de Chieri et en février 1850 il avait assisté à la première réunion de La Civiltà Cattolica à laquelle ont participé les Pères Carlo Curci, Matteo Liberatore, Luigi Taparelli d'Azeglio, Antonio Bresciani et Francesco Pellico. Il s'adonna à la polémique antilibérale maçonnique. Durant cette période il fut pendant quelques années directeur de La Civiltà Cattolica. Parmi les oeuvres du P. Oreglia, il faut signaler "Giovanni Pico della Mirandola e la Càbala", Cagarelli 1894. Parmi les autres jésuites qui se sont distingués dans l'étude de la question juive, il faut se souvenir des Pères: Mario Barbera (1877-1947), entré au noviciat de la Compagnie de Jésus à Malte, ordonné prêtre en 1905, il entra au collège des écrivains de La Civiltà Cattolica en 1910. Parmi ses uvres, il convient de signaler Ortogenesi e Biotipologia, Roma 1943. Antonio Messineo (1897-1978), entré très jeune dans la Compagnie de Jésus, il fut appelé à faire partie du collège des écrivains de La Civiltà Cattolica en 1931; il fut un des plus grands experts de Droit international et collabora pendant les années 50 à l'Enciclopedia Cattolica. Parmi ses oeuvres, signalons La Nazione, Roma 1944 et Il problema delle minoranze nationali, Roma 1945. Francesco Saverio Rondina (1827-1897), entré en 1842 au noviciat de la Compagnie de Jésus de St André au Vinimal de Rome. Il était intimement lié à Léon XIII et il fut appelé à faire partie du collège des écrivains de La Civiltà Cattolica. 16
35) G. Oreglia da Santo Stefano, Di un recente libro "Pro Judæis", in "CC", 36 (1885), I, p. 35.
36) Ibid., pp. 35 ss.
37) G. Oreglia, op. cit., pp. 37 ss.
38) H. Delassus, La conjuration antichrétienne. Le temple maçonnique voulant s'élever sur les ruines de l'Eglise Catholique, t. III, Lille 1910, p. 1117. A propos de Mgr Delassus, voir: Louis Medler: Mgr Henri Delassus (1836-1921) in Le Sel de la Terre: n° 24 printemps 1998. I "Le légataire universel". n° 28 printemps 1999. II "Le spécialiste de l'ennemi". n° 29 été 1999. III "Le combattant". n° 30 automne 1999. IV "Coups donnés et coups reçus".
39) G. Miccoli, op. cit., p. 1377.
40) "CC", 31 (1880), IV, pp. 756 ss.
41) "CC", 35 (1884), III, pp. 101 ss.
42) G. Miccoli, op. cit., p. 1549. Je renvoie le lecteur aux ouvrages fondamentaux d'Emile Poulat, Intégrisme et catholicisme intégral. Un réseau secret international antimoderniste La Sapinière (1909-1912), Tournai 1969. Et Catholicisme, démocratie et socialisme. Le mouvement catholique et Mgr Benigni de la naissance du socialisme à la victoire du fascisme, Tournai 1977.
43) G. Miccoli, op. cit., p. 1549. Cf. P. Silva, Raggiri ebraici e documenti papali. A proposito di un recente processo. In "CC", 65 (1914), II, pp. 196-215 et 330-344.
44) G. Miccoli, op. cit., p. 1550. A propos de Mgr Jouin, voir: Chanoine Sauvetre: Vie de Mgr Jouin, éd. saint-Rémi; Ets Brepols S.A. Belgique 1935.
45) G. Passelecq - B. Suchecky, L'Encyclique cachée de Pie XI, éd. La Découverte, Paris 1995, pp. 285-289. 46) Je me réfère à Plinio Correa de Oliveira, Revoluçao e Contra-revoluçao, Campos 1959. Là l'auteur, parlant des "agents de la Révolution" consacre seulement une demi-page à la Maçonnerie "maîtresse de toutes les sectes", sans rien dire du Judaïsme talmudique. Parmi les très nombreux articles que le professeur brésilien a écrit au cours de sa longue vie, un seul (d'à peine neuf pages) concerne le Judaïsme (si l'on s'en tient à ce qu'écrit son biographe Roberto De Mattei): A Igreja e o Judaismo, in "A Ordem", n° 11 (janvier 1931), pp. 44-52. C'est pourquoi le titre que lui a conféré De Mattei de "Docteur de la Contre-Révolution" (Cf. Il crociato del secolo XX, Casale Monferrato 1996, p. 151) me paraît quelque peu exagéré et ne correspondant pas à la réalité. Le Pape Léon XIII

Sodalitium, édition française, n° 50, juin-juillet 2000.


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