Partie 3
[49]
Le clocher ébranlé par une détonation ?
La préservation de la croix faîtière
D'après la thèse officielle, un gigantesque incendie détruisit le clocher et fit fondre les cloches. Or, si tel avait été le cas, la croix faîtière serait tombée au milieu des flammes et la sphère en laiton, très fine, aurait fondu. Or, nous avons vu qu'il n'en était rien. Par conséquent, l'hypothèse du feu doit être rejetée et remplacée par celle d'une détonation qui se serait produite dans le clocher. Celle-ci engendra une forte poussée verticale qui, vers le bas, fit s'effondrer la voûte et la tribune (1) et, vers le haut, contribua à l'éjection du toit et de la croix faîtière (figure 23). Projetée au loin, celle-ci ne subit pas les effets secondaires de l'explosion qui endommagèrent les cloches restées sur place du fait de leur masse.
On objectera qu'une telle explosion aurait détruit les murs du clocher. Ce n'est pas certain. Le croquis ci-contre montre effectivement un type d'explosion dont les effets sont omnidirectionnels. Mais on peut aussi disposer des explosifs pour différentier les effets selon les directions de l'espace .
Par exemple, disposés circulairement, au moment de la détonation "l'axe central du dispositif sera le lieu d'une élévation extraordin aire de température et de pression". (2) D'où une gigantesque poussée qui se développera principalement selon l'axe vertical (figure 24). C'est le principe de la "charge creuse".
Or, dans le clocher de l'église, la disposition des lieux incitait naturellement au stockage des explosifs le long des murs. Dans ce cas, quand elle survient, l'explosion provoque un effet comparable à celui de la "charge creuse", selon l'axe vertical qui est, de surcroît, l'axe de moindre résistance du bâtiment: plancher et voûte vers le bas et toiture vers le haut, au lieu de murs épais latéralement. Ce qui explique l'absence de dégâts sur les murs.
[50]
Autres éléments appuyant la thèse de l'explosion
Outre la préservation de la croix faîtière, d'autres éléments appuient la thèse de l'explosion.
Citons, tout d'abord, l'absence de suie sur les murs du clocher. Si un incendie avait ravagé le clocher, un temps assez long se serait écoulé avant que la toiture ne s'effondre. Dans cet intervalle, la fumée se serait échappée par les seules ouvertures disponibles : les meurtrières, la baie donnant sous les combles du toit central et, sans doute aussi, les vitraux dont le métal de liaison est le premier à fondre (figure 25). Dès lors, de la suie aurait dû se déposer sur les murs extérieurs. Or, on ne constate rien de tel sur aucune des photographies prises après la tragédie.
A ce sujet, nous renvoyons le lecteur au livre de David Irving: La Destruction des villes allemandes. (3) On y voit une photographie montrant, dans les années soixante, une ville allemande totalement reconstruite. Seule, au bout de l'avenue, une cathédrale est antérieure à 1945. Celle-ci porte encore les marques des bombardements. Son clocher, construit en pierre, a subi un incendie. Toutefois, seul le haut de la flèche a été détruit. La fumée s'est donc échappée par les ouvertures, noircissant la totalité du clocher. Quinze ans plus tard, cette suie était encore visible. (4)
Citons ensuite la fusion partielle de la cloche. En 1994, un fondeur interrogé par V. Reynouard, raconta qu'un jour il s'était rendu dans une église dont le clocher venait d'être dévasté par le feu. A l'emplacement des cloches ne subsistaient plus que des galettes de bronze sur le sol. Ce récit ne saurait surprendre. Lorsqu'un incendie fait fondre une cloche, le phénomène est très lent car aucun foyer ne peut dégager instantanément assez de chaleur pour porter une masse de bronze à 750·C. (5) Par conséquent, la température interne de la cloche s'élève graduellement. Les alliages étant de bons conducteurs de la chaleur, des phénomènes de diffusion interviennent, permettant à la chaleur de se répartir dans toute la cloche. Dès lors, les différences de température dans le bronze seront relativement faibles et c'est [51] ainsi que la fusion, si elle intervient, sera totale, transformant la cloche en une flaque de métal liquéfié.
Or, à Oradour, la façon dont a été détruite la grande cloche infirme cette thèse. Nous avons vu qu'une partie de sa base était intacte mais prisonnière dans une masse informe de métal. Les parties de la cloche ont donc été portées à des températures très différentes. Les unes ont fondu, les autres ont été préservées, avec les motifs qui y étaient moulés. Par conséquent, le phénomène d'échauffement a été très violent, très rapide et très bref, ce qui concorde parfaitement avec la thèse de l'explosion. Lors d'une détonation, en effet, le volume de gaz produit est de 12.000 à 15.000 fois le volume de l'explosif à l'état solide (6) : en quelques microsecondes, donc, la pression dans le clocher s'est élevée, entraînant une très forte augmentation de température. (7) Une partie de la chaleur produite au moment de la détonation s'est instantanément communiquée à la cloche ou, plus exactement, aux parties de la cloche qui se trouvaient dans les régions de l'espace touchées par l'explosion. Ces parties ont fondu (ou se sont ramollies) sans que la chaleur emmagasinée ait eu le temps de se diffuser dans les autres parties de l'alliage.
Enfin, quatre autres constatations faites dans l'église renforcent la thèse de l'explosion. Il s'agit :
- - des gravats visibles sur les photographies prises immédiatement après le 10 juin dans la nef centrale ;
- - des dégâts occasionnés au maître-autel ;
- - des larges surfaces de crépi disparues sur différents murs ;
- - de la relative préservation des chapelles latérales dédiées, l'une, à saint Joseph, l'autre, à la sainte Vierge (les dégâts observés dans la chapelle Sainte-Anne ayant manifestement une autre cause).
Pour expliquer ces faits, il suffit de rappeler qu'une partie de l'énergie fournie par l'explosion a été communiquée aux pierres détachées de la voûte du clocher. Ces dernières furent alors projetées, à grande vitesse, dans l'église et plus particulièrement, pour des raisons de géométrie, dans la nef et dans le ch oe ur. L'une d'entre elles a percuté la statue du curé d'Ars, pulvérisant sa partie supérieure ; il en fut de même pour la partie supérieure gauche du maître-autel, totalement détruite. Remarquons, d'ailleurs, que dans son rapport l'évêché de Limoges a parlé du maître-autel " brisé en certains endroits par les balles et les marteaux " . (8) Or, comment croire que, le 10 juin (ou postérieurement), les SS aient perdu leur temps à taper sur cet objet avec de tels outils? De façon très probable, les dégâts observés par les séminaristes et consignés dans le rapport de l'évêché ont été causés par des pierres venues frapper cet autel. D'autres projectiles en provenance du clocher, enfin, ont percuté les murs, entra înant la dégradation du crépi.
On comprend maintenant pourquoi les autorités d'Oradour cachent au public la destruction de la voûte du clocher. Cette tromperie en appelle d'ailleurs d'autres. Aujourd'hui, le visiteur peut encore voir, en quelques endroits de l'église, des impacts profonds dans les murs. (9) Gravement, les guides lui expliquent qu'il s'agit des impacts de balles tirées par les SS depuis la porte principale. Or, on doit noter que bon nombre de ces dégradations se trouvent " sur certains murs inaccessibles de l'entrée " . (10) On en conclut qu'au moins une partie de ces impacts n'est pas explicable par des tirs à balles, alors qu'elle le serait par l'action des pierres de la voûte lancées avec violence par le souffle de l'explosion.
[52]
Des toitures soufflées par une explosion ?
Nous avons vu qu'après la tragédie toutes les toitures de l'église, et même les poutres, avaient disparu. Or, en général, lorsqu'un incendie ravage une maison, les poutres du toit ne se consument que partiellement et, par conséquent, restent en place. (11) Cette résistance est due à la mauvaise conductivité thermique du bois. P. Grapin écrit :
le bois, tout en brûlant bien, est stable au feu et mauvais conducteur de la chaleur. A partir d'une certaine épaisseur, la carbonisation extérieure, relativement lente, crée une sorte d'écran protecteur . (12)
Naturellement, il est possible de consumer une poutre entièrement si, pendant longtemps, on alimente le feu avec des matières combustibles. Cependant, rappelons qu'à Oradour les voûtes des chapelles latérales, du ch oe ur et de la nef ont résisté. Par conséquent, aucune matière combustible (à moins de supposer les combles remplis de fagots et de bois de chauffage) n'aurait pu alimenter le feu qui se serait déclaré sous les toitures.
Portons maintenant notre attention sur une photographie publiée notamment par MM. Pauchou et Masfrand. On y voit la nef remplie de débris et de gravats suite à l'effondrement des voûtes, (13) en octobre 1944. A supposer que, le 10 juin, les poutres de la toiture soient tombées, après combustion partielle, sur les voûtes, on devrait les apercevoir nettement, sur le cliché, au sommet des tas de pierres. Or, nous n'en voyons qu'une, et qui est intacte, sans trace d'ignition.
De plus, précisons :
- - qu'aucune trace de suie n'est visible sur la façade est du clocher, ce qui n'est pas compatible avec un incendie qui se serait propagé à la toiture de la nef (figure 26) ;
- - qu'aucune trace de suie n'est visible sur le mur sud de la nef.
Or, si le toit des chapelles sud avait brûlé, ce mur aurait été noirci (figure 27).
Enfin, rappelons que, le soir du 10 juin, les voûtes de la nef étaient crevassées . ( 14 ) Or, aucun incendie de toiture n'aurait pu occasionner de tels dégâts. De façon plus que probable, ces voûtes ont été ébranlées par l'explosion qui provoqua le décollement de larges surfaces de crépi du plafond.
[53] P ar conséquent, les poutres des toitures surmontant les chapelles sud et la nef n'ont pas pu brûler. Comme il n'en reste rien, on en conclut qu'elles ont été soufflées par une explosion. (15) Remarquons aussi que le sommet du mur sud de la nef est fracturé avec de nombreuses brèches ( 16 ) ( figures 28 et 29). Ce fait confirme la thèse de l'explosion et nous indique que le point central a dû se trouver dans les combles de la nef, plutôt vers le mur sud.
Reste le cas des toitures de la chapelle nord et du choeur.
Pour la première, rappelons qu'un cliché publié par P. Poitevin montre de la suie sur le mur nord du transept. Dès lors, la thèse de l'incendie semble,ici, s'imposer. Par la suite, le feu s'est très certainement propagé à la toiture de la chapelle dédiée à la sainte Vierge, d'où les traînées de suie que l'on observe tout au long du mur nord du transept.
On pourra objecter que l'absence des poutres au niveau de ces toits infirme cette supposition. Ce n'est pas l'avis d'un pompier interrogé par nous, qui a confirmé que les traces de suie sur le mur rendaient certaine l'hypothèse de l'incendie. Quant à l'absence des poutres, il répliqua sans hésitation : " Elles ont été démontées après le sinistre, c'est la seule explication " . Or, nous verrons qu'effectivement, dans la nuit du samedi au dimanche, des inconnus -- qui n'étaient pas des Allemands -- vinrent à l'église pour "nettoyer" les lieux (nous reviendrons plus en détail sur cet épisode). On peut penser qu'ils ont enlevé les poutres partiellement consumées de la chapelle nord et de la sacristie. De même ont-ils fait disparaître la toiture du choeur...
Avec le recul du temps, on pourra trouver rocambolesque cette incursion d'inconnus venus en catimini voler de vieilles poutres et détruire une toiture. Mais au lendemain du drame, il était de première urgence d'effacer les preuves de responsabilité mettant en péril la version de l'incendie sans explosion, qu'on devait imposer comme version officielle. Si l'église avait été laissée en l'état, même le plus obtus des visiteurs n'aurait pas manqué de s'étonner de l'étrange spectacle, du contraste entre les poutres partiellement consumées des toitures de la sacristie et de la chapelle nord avec la toiture intacte du ch oe ur et le vide observable au-dessus de la nef et des chapelles sud. Il en aurait conclu que l'église avait été le théâtre de phénomènes très différents suivant la localisation sous la toiture. L'explosion de charges sous les toits du ch oe ur et des chapelles sud n'aurait fait aucun doute.
Ce serait donc dans le but d'offrir un panorama uniforme des diverses toitures que les visiteurs nocturnes, ne pouvant envisager la restauration, auraient décidé la suppression des vestiges trop significatifs.
Moralité
La conclusion de cette étude matérielle est simple: l'église semble avoir été le siège de plusieurs explosions. Celles-ci se sont notamment produites dans le clocher ainsi que sous les toitures de la nef et des chapelles sud. Dans les heures qui suivirent la tragédie, des inconnus ont très probablement fait disparaître les poutres subsistant au-dessus de la sacristie et de la chapelle nord; ils ont également enlevé la toiture du ch oe ur. Leur objectif, en maquillant les lieux, était d'empêcher la contestation de la version des faits qui allait devenir la thèse officielle de l'incendie sans explosion.
A présent, étudions les récits des témoins directs de la tragédie pour savoir s'ils confirmeraient nos premières déductions.
[59]
Marguerite Rouffanche : témoin providentiel
D'après la thèse officielle, une seule femme aurait survécu au drame de l'église. Il s'agit de Marguerite Rouffanche, née Thurleaux le 19 décembre 1897, morte en 1989. Cinq jours seulement après la tragédie, le préfet de Limoges Marc Freund-Valade déclara:
Sur ce qui s'est passé à l'intérieur de l'église, nous avons le témoignage de la seule [femme] qui ait pu échapper à la mort et qui est actuellement en traitement à l'hôpital de Limoges. (1)
Quelques mois plus tard, MM. Pauchou et Masfrand écrivirent:
Son témoignage constitue tout ce qu'il est possible de savoir du drame. [...] nous devons nous en tenir strictement à son récit. Tous les détails donnés en dehors de celui-ci ne sauraient être que du roman. (2)
Ces deux citations démontrent que, suite à la t ragédie, les autorités s'empres sèrent de déclarer M me Rouffanche unique rescapée de l'église et seul témoin officiel. Celle-ci, d'ailleurs, accepta parfaitement son rôle puisqu'en 1953, devant les juges de Bordeaux, elle lança :
[...] je suis le vrai témoin de l'église, je suis sortie du four crématoire, le témoin sacré de l'église. (3)
Or, il faut savoir que l'on ne connaîtra jamais le nombre exact de personnes qui étaient présentes dans le bourg lorsque, vers 14 heures ce 10 juin, les SS arrivèrent. F. Delage, par exemple, affirme qu'avant le jour tragique " la commune comptait, dans son ensemble, 1630 habitants " mais qu'il fallait y ajouter une " population flottante [...] assez importante à cause des circonstances de la guerre " . (4) De leur côté, MM. Pauchou et Masfrand écrivent :
Il y avait eu bien rarement autant de monde à Oradour-sur-Glane que ce samedi 10 juin 1944. En dehors des habitants trop occupés par les travaux des champs pour pouvoir s'absenter, et des réfugiés habituels parmi lesquels des enfants évacués du Midi [...], on constatait un important concours d'affluence.
[60] Une visite médicale avait groupé à la maison de l'école le maximum des enfants; de plus, il devait y avoir au bourg une distribution de tabac, et les amateurs, pour la plupart des cultivateurs des environs, ne manquaient pas. Si l'on ajoute que certains promeneurs étaient venus y passer leur " week-end " dans le but de s'y reposer ou de s'y ravitailler, on se rendra compte que ce jour-là il régnait une certaine animation dans la petite cité. (5)
Cette affluence fut la cause des rumeurs contradictoires qui, plusieurs semaines après le 10 juin, circulaient encore concernant le nombre des morts mais aussi celui des survivants d'Oradour. Le tableau ci-après résume ce qui peut être trouvé dans les principaux documents:
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Nombre de victimes | Nombre de rescapés (6) |
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800 à 1000 | Une dizaine au maximum |
| Rapport de la Mission d'Information du Gouvernement provisoire de la République française 15 juin 1944 | 750 à 800 | 7 ou 8 |
| Rapport de la Gendarmerie nationale 18 septembre 1944 | 800 environ | 20 |
| Ouvrage de F. Delage | environ 650 ( 7 ) | 19 |
| Ouvrage de MM. Pauchou et Masfrand | Environ un millier ( 8 ) | Une trentaine environ ( 9 ) |
Ajoutons à cela qu'en 1953, au moment du procès des SS, de nouveaux rescapés, jusqu'alors inconnus, signalèrent leur existence. (10)
Ces différents rappels prouvent que peu après la tragédie aucune liste exhaustive et sûre des rescapés ne pouvait être établie. Par conséquent, nous paraît très suspect l'empressement des autorités à déclarer Mme Rouffanche unique survivante de l'église. En effet, seuls ceux qui désirent travestir les faits et qui trouvent une personne acceptant d'être manipulée peuvent craindre l'arrivée ultérieure de témoins.
Conscients de la gravité d'un tel propos, nous allons en démontrer le bien-fondé.
Marguerite Rouffanche : témoin suborné
La déposition "officielle" de M me Rouffanche -- celle qui reste le plus souvent citée notamment par l'Association Nationale des Familles des Martyrs d'Oradour-sur-Glane -- est classée au dossier d'Oradour sous la cote 2. Recueillie par... MM. Pauchou et Masfrand, elle porte une signature légalisée le 30 novembre 1944 ( 11 ) . L' "unique" rescapée décrit la tragédie de l'église comme suit:
Vers 14 h, le 10 juin 1944, après avoir fait irruption dans ma demeure, des soldats allemands me sommèrent de rejoindre le Champ de Foire en compagnie de mon mari, mon fils et mes deux filles.
Déjà de nombreux habitants d'Oradour y étaient assemblés, cependant que de tous côtés affluaient encore des hommes, des femmes, puis les enfants des écoles qui arrivèrent en groupe. Les Allemands nous divisèrent en deux : d'un côté les femmes et les enfants, de l'autre les hommes. Le premier groupe, dont je faisais partie, fut conduit par les soldats [67] armés jusqu'à l'église. Il comprenait toutes les femmes de la ville, en particulier les mamans, qui entrèrent dans le lieu saint en portant leurs bébés dans les bras ou en les poussant dans leurs petites voitures. Il y avait là également tous les enfants des écoles. Le nombre des personnes présentes peut être évalué à plusieurs centaines.
Entassés dans le lieu saint, nous attendîmes, de plus en plus inquiets, la fin des préparatifs auxquels nous assistions.
Vers 16 heures, des soldats âgés d'une vingtaine d'années placèrent dans la nef, près du ch oe ur, une sorte de caisse assez volumineuse de laquelle dépassaient des cordons qu'ils laissèrent traîner sur le sol.
Ces cordons ayant été allumés, le feu fut communiqué à l'engin dans lequel une forte explosion se produisit et d'où une épaisse fumée noire et suffocante se dégagea. Les femmes et les enfants à demi asphyxiés et hurlant d'épouvante affluèrent vers les parties de l'église où l'air était encore respirable. C'est ainsi que la porte de la sacristie fut enfoncée sous la poussée irrésistible d'un groupe épouvanté. J'y pénétrai à la suite, et, résignée, je m'assis sur une marche d'escalier. Ma fille vint m'y rejoindre. Les Allemands s'étant aperçus que cette pièce était envahie, abattirent sauvagement ceux qui venaient y chercher refuge. Ma fille fut tuée près de moi d'un coup de feu tiré de l'extérieur. Je dus la vie à l'idée de fermer les yeux et de simuler la mort.
Une fusillade éclata dans l'église. Puis de la paille, des fagots, des chaises furent jetés pêle-mêle sur les corps qui gisaient sur les dalles.
Ayant échappé à la tuerie et n'ayant reçu aucune blessure, je profitai d'un nuage de fumée pour me glisser derrière le maître-autel.
Il existe dans cette partie de l'église trois fenêtres. Je me dirigeai vers la plus grande qui est celle du milieu et, à l'aide d'un escabeau qui servait à allumer les cierges, je tentai de l'atteindre. Je ne sais alors comment j'ai fait, mais mes forces étaient décuplées. Je me suis hissée jusqu'à elle, comme j'ai pu. Le vitrail était brisé, je me suis précipitée par l'ouverture qui s'offrait à moi. J'ai fait un saut de plus de trois mètres, puis je me suis enfuie jusqu'au jardin du presbytère.
Ayant levé les yeux, je me suis aperçue que j'avais été suivie dans mon escalade par une femme qui, du haut de la fenêtre, me tendait son bébé. Elle se laissa choir près de moi. Les Allemands alertés par les cris de l'enfant nous mitraillèrent. Ma compagne et le poupon furent tués. Je fus, moi-même, blessée en gagnant un jardin voisin. Dissimulée parmi les rangs de petits pois, j'attendis avec angoisse qu'on vienne à mon secours. Je ne fus délivrée que le lendemain vers 17 heures. (12)
En vérité, M me Rouffanche n'avait pas attendu novembre 1944 pour témoigner; rappelons que, dès le 15 juin, le préfet de Limoges avait écrit :
Sur ce qui s'est passé à l'intérieur de l'église, nous avons le témoignage de la seule [femme] qui ait pu échapper à la mort et qui est actuellement en traitement à l'hôpital de Limoges . ( 13 )
Preuve que, moins d'une semaine après la tragédie, M me Rouffanche avait déjà parlé. Pour découvrir ce que celle-ci avait alors déclaré, reportons-nous aux documents de l'époque.
Dans son rapport, M. Freund-Valade résuma ainsi ses propos :
Les femmes et les enfants ont été enfermés dans l'église à 14 heures de l'après-midi. Jusqu'à 17 heures, elles vécurent dans l'angoisse en entendant les échos des premiers incendies et des fusillades.
Vers 17 heures des soldats allemands pénétrèrent à l'intérieur de l'église et déposèrent sur la table de communion un engin constitué par une sorte de caisse d'où s'échappaient des mèches enflammées qui, au bout d'un instant, rendirent l'atmosphère irrespirable. Une des femmes parvint à forcer la porte de la sacristie, ce qui permit de ranimer les femmes et les enfants déjà touchés par l'asphyxie.
Les soldats allemands se mirent alors à tirer par les vitraux de l'église puis ils pénétrèrent pour achever par les tirs de leurs mitraillettes les derniers survivants et, en même temps, répandaient sur le sol une matière inflammable.
Au moment où le témoin parvenait à se hisser jusqu'au vitrail, les cris d'une mère qui voulait lui confier son enfant attirèrent l'attention d'une sentinelle placée au dehors qui fit [62] feu sur la fugitive et la blessa grièvement. Elle ne dut la vie qu'en simulant la mort [Ibid., pp. 2-3].
Le même jour, Jean d'Albis, industriel mandaté par la Croix-Rouge internationale et résidant à Limoges, écrivit au ministre suisse W. Stucki :
[Après avoir tué les hommes,] vers 17 h, les Allemands sont entrés dans l'église et ont déposé sur l'autel un engin enflammé qui dégageait une fumée suffocante. Une femme ayant essayé d'ouvrir la porte de la sacristie a été immédiatement abattue. Au bout d'un certain temps, des soldats ont pénétré dans l'église et ont répandu sur le sol une matière enflammée et se sont immédiatement retirés en fermant la porte. Une femme a réussi à briser un vitrail et à se sauver dans la campagne, poursuivie à coups de fusil ; elle a pu néanmoins s'échapper malgré plusieurs blessures [...] . (14)
Nous n'insisterons pas sur les divergences de détail et en viendrons directement à la remarque principale: dans les documents rédigés en juin 1944, la " caisse " ne fait que rendre l'atmosphère irrespirable ; à aucun moment il n'est question d'une détonation qui l'aurait préalablement secouée. Or, quelques mois plus tard, M me Rouffanche affirma que ce mystérieux objet avait été le siège d' " une forte explosion " .
Comment expliquer une telle différence ?
Certains nous répondront que, dans les premiers jours, M me Rouffanche, probablement choquée, avait omis plusieurs détails dont l'explosion survenue dans la caisse. Cette objection n'est cependant pas recevable, car sur cette question nous possédons un texte parfaitement clair. Il s'agit du livre de P. Poitevin. Celui-ci écrit :
C'est à l'hôpital de Limoges, salle Sainte-Elisabeth, quelques jours seulement après la tragédie d'Oradour et dès que l'état de la blessée le permit, qu'une s oe ur dévouée et miséricordieuse, s oe ur Jeanne-d'Arc, voulut bien m'introduire auprès d[e Mme Rouffanche].
Dans la petite chambre de quatre malades, M me Rouffanche reçut non l'étranger, non le journaliste -- elle ignorait ma profession -- mais l'ami, le parent.
A vrai dire, je ne pris pas d'interview, me gardant bien de l'interroger, préférant sans l'interrompre écouter ses paroles prononcées d'une voix faible et douloureuse . (15)
Or, voici comment elle décrivit la caisse que " des SS " auraient apportée dans l'église:
C'était une caisse du volume et de la hauteur de ma table de nuit. Personne ne voulut s'en approcher, mais elle n'explosa pas [souligné par nous] . ( 16 )
Aucun doute n'est désormais permis: en juin 1944, Mme Rouffanche déclarait qu'aucune détonation n'avait secoué la caisse apportée par les SS. Cinq mois plus tard, cependant, " l'unique témoin " opérait un virage à 180 degrés.
Tout cela conforte notre thèse selon laquelle M me Rouffanche fut un témoin en service commandé, un témoin qui ne fit que répéter ce qu'on lui imposait de dire.
L'ouvrage de P. Poitevin, d'ailleurs, confirme qu'à l'hôpital la rescapée ne décrivit pas ce qu'elle avait vu, mais appris, sous la direction de l'auteur, un récit certainement destiné à devenir son témoignage définitif. En effet, P. Poitevin prétend qu'il préféra " sans l'interrompre, écouter [les] paroles prononcées " par Mme Rouffanche. Or, voici ce que nous pouvons lire, dix lignes plus bas:
Elle raconte ce qu'elle a vécu, calmement, posément, sans jamais varier ses déclarations. Si elle omet un détail et qu'on le lui rappelle, elle répond simplement : " Oui, j'oubliais de le dire ". (17)
[63] L'auteur peut affirmer que Mme Rouffanche ne variait jamais dans ses déclarations; c'est donc qu'il l'a écoutée plusieurs fois. Pourquoi? Par plaisir? Ce serait absurde. Parce qu'il n'avait pas eu le temps de tout noter? Il se flatte d'avoir vingt ans d'expérience professionnelle en tant que journaliste . ( 18 ) En outre, P. Poitevin ne se contenta pas d'écouter la rescapée, il l'interrompit parfois pour lui dire: " Vous oubliez ceci... " .
Tout cela démontre qu'à l'hôpital Mme Rouffanche, qui avait certainement été choisie pour être "l'unique rescapée de l'église", apprit, sous la direction de P. Poitevin, (19) un témoignage . ( 20 )
Bien sûr, on trouvera étrange qu'un simple journaliste qui ignorait tout de l'affaire le 11 juin 1944 au matin ait été chargé ou ait pris l'initiative de suborner un témoin. En réalité, P. Poitevin n'était pas un simple civil. Dans son ouvrage, il se décrit comme :
Adhérent au groupement Libération, puis membre, dès leur fondation, des MUR (Mouvements Unis de Résistance), sous le pseudonyme de Jean Guiton, envoyant des " papiers " à la presse clandestine, fournissant des renseignements politiques et militaires sur plusieurs départements [...]. (21)
P. Poitevin était un résistant important. Il se trouvait donc parfaitement désigné pour partici per à la subornation du témoin.
Ensuite, on se demandera pourquoi Mme Rouffanche (ou ceux qui la manipulaient) adopta subitement la thèse de l'explosion survenue dans la caisse. A vrai dire, ce changement obéissait, au moins, à deux impératifs.
Tout d'abord, il faut savoir que, peu après la tragédie, certains témoins, interrogés par les Renseignements généraux, parlèrent d'une "forte détonation" qu'auraient immédiatement suivie "des cris provenant de la direction de l'église". (22) Il devenait donc urgent d'expliquer ce mystérieux phénomène.
Mais il y a plus. Dans les jours qui suivirent le drame, la délégation du Gouvernement provisoire de la République française publia un compte rendu des événements d'Oradour daté du 15 juin 1944. Son auteur, non identifié, affirmait que:
la caisse déposée dans l'église [avait fait] explosion. (23)
Donc, un document officiel de la République mentionnait la détonation survenue dans le mystérieux engin confectionné par les SS. Une mise à jour de la première version des faits se révélait urgente pour les manipulateurs de Mme Rouffanche. Telle est la raison pour laquelle, durant l'été 1944, l'unique rescapée de l'église adopta définitivement la thèse de l'explosion.
A ceux qui, malgré nos arguments, conserveraient encore quelques doutes, nous rappellerons qu'un tel récit, forgé dans l'affolement général, laissera fatalement transparaître le mensonge. En effet :
- - il ne tient pas compte de certaines réalités matérielles indélébiles inscrites sur les lieux du drame (ici l'église) ;
- - ceux qui le racontent tombent, tôt ou tard, dans le piège de la contradiction en voulant y apporter des précisions.
Afin, donc, de lever les derniers doutes qui pourraient subsister quant à la valeur du récit de M me Rouffanche, analysons de près ses différentes déclarations.
[64]
Marguerite Rouffanche : témoin fragile et embrouillé
Une mystérieuse caisse
Vers 16 h, nous dit-on, des SS apportèrent une "caisse" dans l'église. Où la placèrent-ils? Déjà, les versions divergent. D'après le rapport de M. Freund-Valade, celle-ci fut déposée " sur la table de communion " (rapport du 15 juin 1944 déjà cité). D'après J. d'Albis, les SS choisirent l'autel (rapport du 15 juin déjà cité). Quelques mois plus tard, en novembre, Mme Rouffanche affirma que l'engin avait été déposé "dans la nef, près du choeur" . Au procès de 1953, enfin, le " témoin sacré " précisa : la caisse avait été placée " sur deux chaises devant la sainte table ". (24)
Quelles sont ses dimensions? L'unique rescapée ne répondit jamais clairement à cette question. En 1944, elle parla d'une " sorte de caisse assez volumineuse " et neuf ans plus tard, à Bordeaux, aucun détail supplémentaire ne fut apporté. Les seules précisions auraient été données à P. Poitevin. La caisse, lui dit-elle, était " du volume et de la hauteur de [s]a table de nuit ", (25 ce que l'auteur traduit par " énorme caisse [...] haut[e] d'au moins un mètre ". (26)
Quant à son contenu, le mystère le plus complet demeure. La quasi-totalité des documents que nous avons eus entre les mains sont muets à ce sujet. Parmi les auteurs d'ouvrages ou d'articles, Jacques Delarue écrit :
On devait savoir plus tard que la caisse était pleine de grenades spéciales appelées " Panzervernebelungsgranaten " . Ces grenades de verre sont emplies d'un liquide fumigène asphyxiant et servent à déloger les équipages de chars . (27)
L'auteur ne cite aucune source. Peut-être s'est-il inspiré d'un rapport de gendarmerie, le " rapport Bord " , où il était affirmé que:
les boches avaient déposé dans le milieu de l'église une bombe lacrymogène [...] . (28)
Notons toutefois qu'aucune expertise d'un quelconque débris d'engin ne fut jamais entreprise afin de confirmer cette allégation. En réalité, l'adjudant chef Bord ne faisait ici que reprendre, en extrapolant certainement, les propos de Mme Rouffanche.
Quant aux SS qui furent jugés plus tard, seul, parmi eux, l'Alsacien Jean-Pierre Elsaesser déclara :
Je n'ai pas bien vu comment la charge d'explosifs [mise dans l'église] avait été confectionnée, car je me trouvais assez loin des lieux. Le chef de Bataillon Diekmann nous avait fait mettre au garde-à-vous sur la route durant cette opération. Je suppose néanmoins qu'on avait utilisé des grenades à manche pour confectionner l'engin explosif. [...] ce procédé nous avait été enseigné pour combattre éventuellement les chars d'assaut . (29)
Une telle déposition, émanant d'un homme qui se trouvait " assez loin des lieux " et qui en est réduit à des suppositions, a peu de valeur. Remarquons d'ailleurs que l'engin décrit par J.-P. Elsaesser est très différent d'une bombe lacrymogène destinée à asphyxier.
Quoi qu'il en soit, le silence entretenu au sujet du contenu de cette mystérieuse boîte nous paraît révélateur du mensonge ambiant.
Les seuls détails précis que livra M me Rouffanche à propos de cette caisse concernent:
- - les cordons qui en seraient sortis ;
- - la mise à feu de son contenu.
[65] Mais il convient alors de remarquer le flou et, plus grave, les contradictions qui furent celles du témoin.
A propos des mèches, Mme Rouffanche parla tout d'abord de " ficelles " qui auraient entouré la caisse . ( 30 ) En novembre 1944, les termes utilisés furent plus clairs ; d'après l'unique rescapée, " des cordons " sortaient de la boîte, qui furent " allumés " , provoquant une " forte explosion " . Neuf ans plus tard, à Bordeaux, M me Rouffanche s'embrouilla. Elle déclara tout d'abord qu' " un cordon blanc " (seulement) sortait de l'engin infernal . ( 31 ) Puis elle se ravisa et parla " des cordons blancs " (Id.). Quant à savoir si les SS les allumèrent, les termes de sa déposition furent très vagues : " Je ne peux connaître l'engin que c'était " , déclara-t-elle, " au bout d'un laps de temps, la caisse a éclaté " (Id.). " Cette caisse est partie d'elle-même. Evidemment, il devait y avoir un certain temps pour donner la détonation [sic], il fallait bien que ces messieurs se retirent [...] " (Ibid., p. 4). A aucun moment Mme Rouffanche ne précisa si les cordons avaient été mis à feu. Ce silence sembla gêner le président du tribunal. Celui-ci, en effet, après avoir habilement profité d'une question de détail pour rappeler au témoin que les SS avaient allumé les mèches , (32) lui demanda franchement : " Ils ont allumé les mèches blanches qui pendaient de la boîte? " (Ibid., p. 4). Question à laquelle il fut finalement répondu par l'affirmative. On compte environ deux pages de transcription entre le moment où M me Rouffanche parla pour la première fois de la caisse et le moment où, sur interpellation du tribunal, elle déclara enfin que les mèches avaient été mises à feu.
Mais le plus grave survient lorsqu'on étudie les déclarations relatives à la mise à feu du contenu de la caisse. En 1944, l'unique témoin de l'église déclara que :
le feu fut communiqué à l'engin dans lequel une forte explosion se produisit et d'où une épaisse fumée noire et suffocante se dégagea.
Or, trois ans plus tard, devant la commission d'instruction de Bordeaux, cette même personne déclara :
La caisse [...] a dégagé une fumée épaisse et asphyxiante, sans dégager aucune flamme . (33)
On ne saurait être plus clair : " sans dégager aucune flamme " ; par conséquent, la caisse n'avait pas pris feu. M me Rouffanche, en voulant apporter des détails à ses premières déclarations, s'est tout simplement contredite.
Venons-en maintenant à la détonation . (34)
La détonation, ses effets
Après avoir déclaré, en juin 1944 comme nous l'avons vu plus haut, que la caisse "n'explosa pas" , M me Rouffanche déclara en novembre 1944, que " l'engin " fut le siège d' "une forte explosion". Trois ans plus tard, devant la commission d'instruction de Bordeaux, elle parla d'un " bruit sourd ". ( 35 ) Le 31 janvier 1953, enfin, elle lança : "La caisse a éclaté d'un bruit très sourd . ( 36 ) On remarquera qu'au fil des années les termes utilisés devinrent moins forts. Toutefois, ils sont suffisamment explicites pour en déduire qu'il n'y aurait pas eu déflagration mais détonation. Ces deux termes, en effet, ne sont pas synonymes. La déflagration, qui concerne des substances explosives à vitesse de décomposition lente, n'engendre ni phénomène mécanique (onde de choc) ni bruit notable . (37) En revanche, une détonation engendre non seulement un " claquement aigu" mais aussi une "très forte élévation de pression" qui sera responsable d'une onde de choc dévastatrice . (38)
D'après le bruit qu'a entendu M me Rouffanche, seule une explosion aurait pu se produire. Cependant, quels en furent les effets mécaniques destructeurs? Le témoin n'en mentionne aucun. En novembre 1944, elle parla d'une "fumée noire et suffocante" qui [66] se serait dégagée de la caisse, puis des " femmes et des enfants à demi asphyxiés " .
Neuf ans plus tard, devant le tribunal, elle se contenta de dire : " une fumée noire nous a entourés, on étouffait, et on ne se voyait plus dans l'église ". (39) P. Poitevin, pour sa part, écrit : " La fumée pique et rougit les yeux, assèche les muqueuses, devient suffocante ". (40 )
Etrange explosion qui n'engendre aucune onde de choc et ne produit qu'une fumée noire! Depuis cinquante ans, d'ailleurs, cette histoire de fumée suffocante sert à fonder l'accusation selon laquelle les SS avaient tenté d'asphyxier les femmes et les enfants. En 1953, ainsi, les anciens SS jugés à Bordeaux furent accusés d'avoir confectionné une caisse d'où se seraient échappés " des gaz asphyxiants ". (41) Mais, pour expliquer l'échec de cette tentative, les auteurs et les guides sont contraints d'invoquer... l'onde de choc qui aurait brisé les vitraux, permettant au gaz de s'échapper . (42) Il faudrait donc en conclure que les SS étaient parvenus à synthétiser des substances explosives intelligentes, capables de produire une onde de choc qui aurait épargné les humains pour se diriger vers les vitres. C'est se moquer du monde.
Poursuivons.
Epouvantés par l'explosion, les femmes et les enfants auraient afflué " vers les parties de l'église où l'air était encore respirable ". ( 43 ) Malgré l'obscurité qui régnait ( " on ne se voyait plus dans l'église " ), un " groupe épouvanté " parvint à atteindre, dans le choeur, la porte de la sacristie. Sous la " poussée irrésistible " , la porte " fut enfoncée " , permettant aux victimes, parmi lesquelles les filles de M me Rouffanche avec leur mère, de pénétrer dans le local.
Notons qu'en 1953, devant les juges de Bordeaux, Mme Rouffanche ne parla plus de porte enfoncée. Elle déclara simplement :
Nous nous sommes réfugiées avec les filles dans la sacristie, cette pièce nous a donné de l'air, ça nous a permis de respirer . (44)
Nous reviendrons plus tard sur les raisons supposées de ce silence.
De nouvelles invraisemblances
Que s'est-il passé ensuite ? En novembre 1944, Mme Rouffanche déclara :
[...] résignée, je m'assis sur une marche d'escalier. Ma fille vint m'y rejoindre. Les Allemands, s'étant aperçus que [la sacristie] était envahie, abattirent sauvagement ceux qui y venaient chercher refuge. Ma fille fut tuée près de moi d'un coup de feu tiré de l'extérieur. Je ne dus la vie qu'à l'idée que j'eus de fermer les yeux et de simuler la mort.
Une fusillade éclata dans l'église. Puis de la paille, des fagots, des chaises furent jetés pêle-mêle sur les corps qui gisaient sur les dalles.
Ayant échappé à la tuerie et n'ayant reçu aucune blessure, je profitai d'un nuage de fumée pour me glisser derrière le maître-autel . (45)
Remarquons tout d'abord une première invraisemblance. Les femmes qui pénétrèrent dans la sacristie fuyaient une mort certaine. Or, en de tels moments, l'instinct de conservation s'empare des individus et les dirige vers la première issue. C'est ainsi que, dans des incendies d'immeubles, on a vu des personnes en proie à la panique sauter du quinzième étage dans une chute, à coup sûr, mortelle. Dès lors, il paraît étrange que M me Rouffanche ait interrompu sa fuite éperdue pour s'asseoir, résignée », sur une marche d'escalier. C'est psychologiquement inconcevable. Et quand bien même on prétendrait qu'elle ait soudain retrouvé son sang-froid, comment croire qu'elle n'ait pas été piétinée par la foule qui se ruait dans l'escalier po ur gagner la sortie du sous-sol ?
[67] Mais il y a plus encore.
Le récit de 1944 ne permet pas de connaître les événements qui survinrent dans la sacristie entre le moment où le témoin prétend avoir fait la morte et l'instant où elle aurait choisi de se relever pour fuir par le vitrail. Si l'on analyse son récit, on en déduit qu'après avoir mitraillé les femmes dans la sacristie les SS ont mis en place un bûcher avant de l'allumer. Le feu aurait alors commencé à se propager et c'est le moment qu'aurait choisi M me Rouffanche pour fuir, cachée par la fumée.
Pourtant, voici les propos de la rescapée, tels qu'ils furent rapportés par les Renseignements généraux dans leur rapport du 4 juillet :
Je m'assis sur les marches de l'escalier [de la sacristie], et ma fille qui était également assise à mes côtés fut tuée par une balle provenant de l'extérieur et qui l'atteignit à la gorge.
J'entendis, à plusieurs reprises, des bruits de mitraillade dans l'église.
Je vis ensuite les Allemands jeter des chaises et des fagots sur les corps qui jonchaient le sol dans la nef droite [...] et y mettre le feu.
Quelques instants après, les Allemands se dirigèrent vers la sacristie et nous mitraillèrent à bout portant.
Je fermai les yeux, je ne fis aucun mouvement et je ne fus pas atteinte par les balles.
Dès que les soldats furent partis, je gagnai le choeur de l'église [...] . ( 46 )
Bien que les deux récits décrivent les mêmes événements, on constate des divergences d'ordre chronologique, d'autant plus graves que six mois, tout au plus, séparaient les deux dépositions. C'est suffisant pour nous convaincre que nous suivons la bonne piste, car nous devons en inférer que M me Rouffanche n'a pas dit la vérité sur le drame de la sacristie. Cette hypothèse se confirme à l'étude des comptes rendus d'audiences du tribunal militaire de Bordeaux.
Au procès de 1953, M me Rouffanche fit des révélations très intéressantes. Voici ce que l'on peut lire dans les sténotypies qui nous sont parvenues :
M. LE PR E SIDENT. - - Vous êtes donc allée vous réfugier dans la sacristie, d'autres personnes vous ont suivie. A ce moment-là, les SS sont venus vous mitrailler dans la sacristie, ils vous ont mitraillés en venant de l'extérieur ou de l'intérieur ?
Mme ROUFFANCHE. - - De l'intérieur.
M. LE PR E SIDENT. - - Par conséquent, ils sont donc entrés dans l'église et ont tiré sur vous de cette porte ?
M me ROUFFANCHE. - - C'est exact.
M. LE PR E SIDENT. - - Est-ce qu'à un moment donné le plancher de la sacristie ne s'est pas effondré ?
Mme ROUFFANCHE. - - C'est ce que je voulais vous dire.
M. LE PR E SIDENT. - - Dans quelles conditions s'est-il effondré ?
Mme ROUFFANCHE : - - C'est une flamme qui est arr ivée et qui l'a fait s'effondrer.
[...]
M. LE PR E SIDENT. - - Ce qui nous intéresse, c'est qu'au cours du tir le plancher a pris feu ?
Mme ROUFFANCHE. - - Oui.
M. LE PR E SIDENT. - - Est-ce qu'il y a eu une explosion au moment de l'effondrement ?
Mme ROUFFANCHE : - - Oui, il y a eu une explosion. Les gens qui étaient dans la sacristie sont passés sous le plancher. Ma fille aînée et d'autres voisines ont brûlé vivantes. Il ne faut pas oublier que plus de la moitié des personnes ont brûlé vives .
[...]
M. LE PR E SIDENT. - - Est-ce que vous avez assisté au moment où des SS sont entrés dans l'église pour porter de la paille et des fagots pour mettre le feu ? et je dis bien vous étiez derrière le maître autel ?
Mme ROUFFANCHE. - - J'étais assise au fond d'un escalier dans la sacristie, j'ai fait la morte [...].
M. LE PR E SIDENT. - - Et cet escalier, pouvez-vous le situer sur le plan ?
Mme ROUFFANCHE. - - Il était dans la sacristie, du côté gauche juste en entrant.
M. LE PR E SIDENT. - - Et c'est de cet escalier que vous avez pu voir ce qui se passait dans l'église ? [68]
Mme ROUFFANCHE. - - Et je suis entrée au moment où la flamme entrait dans l'église.
M. LE PR E SIDENT. - - Alors ils avaient tiré ? Nous supposons qu'il y avait un certain nombre de femmes et d'enfants blessés ou tués ? Alors qu'avez-vous vu ?
Mme ROUFFANCHE. - - A ce moment, j'ai vu Mme Dupic qui rendait le dernier soupir et moi je suis partie me cacher et alors c'est là que je suis sortie.
M. LE PR E SIDENT. - - Alors les avez-vous vus entrer avec des fagots et de la paille ? E taient-ils nombreux ?
Mme ROUFFANCHE. - - Ils étaient deux.
M. LE PR E SIDENT. - - Vous en avez vu deux porter de la paille et des fagots et vous avez vu mettre ces matières sur les cadavres qui étaient dans la nef ?
Mme ROUFFANCHE. - - Pas à ce moment-là, Monsieur le président.
M. LE PR E SIDENT. - - Et où les avez-vous vus mettre ces fagots ?
Mme ROUFFANCHE. - - Je dis bien à l'entrée de la sacristie .
[...]
M. LE PR E SIDENT. - Qu'avez-vous fait ensuite ?
Mme ROUFFANCHE. - Je suis montée par l'escabeau et je me suis lancée par la fenêtre . ( 47 )
Au cours de ce dialogue, M me Rouffanche a donné une multitude de détails qui, jusqu'alors, n'avaient pas été révélés.
Son témoignage de novembre 1944, par exemple, ne donnait aucun renseignement sur l'endroit d'où les SS auraient mitraillé ceux qui s'étaient réfugiés dans la sacristie. Cette pièce, en effet, comportait deux accès : on pouvait y pénétrer, soit en venant du ch oe ur de l'église (accès No 1 sur le schéma ci-contre), soit en venant du sous-sol, grâce à un escalier sur lequel nous reviendrons (accès No 2 sur le schéma). Par conséquent, les SS auraient pu tirer en venant soit de l'extérieur, soit de l'intérieur de l'église (figure 31).
Peu après la tragédie, un rapport de l'évêché semblait accréditer la première hypothèse et rejeter la seconde. En effet, les séminaristes qui procédèrent au déblaiement de l'église déclarèrent que : "des centaines de douilles jonchaient le sol jusqu'au premier tiers de l'église". ( 48 ) Or, seul un homme parvenu à la porte de la sacristie, c'est-à-dire bien après " le premier tiers " du sanctuaire, aurait pu tirer à l'intérieur. Il fallait en déduire que les SS avaient pénétré à l'intérieur de la sacristie en venant du sous-sol.
Cette hypothèse fut d'ailleurs reprise par P. Poitevin qui prétendit que :
les bourreaux allemands [étaient] entrés par une porte d'un débarras [le sous-sol de la sacristie] donnant de plain pied place de l'église . (49)
Mais tout changea à Bordeaux lorsque M me Rouffanche elle-même avoua que des SS, après être " entrés dans l'église " , avaient tiré " de l'intérieur " . Bien que ces propos ne soient nullement contradictoires avec ceux de P. Poitevin, il fallait en conclure que des soldats étaient également arrivés à la sacristie après avoir traversé l'église.
Contrairement à ce qu'on pourrait penser, un tel détail est très important. En effet, rappelons que, selon la thèse officielle, les SS auraient déposé une caisse dont se seraient échappés des gaz asphyxiants. Par conséquent, et même à supposer que les [69] vitraux se soient brisés lors de l'explosion, l'église aurait dû, pendant un laps de temps relativement long, être saturée de vapeurs nocives. Sachant que jamais il ne fut question de masque à gaz chez les SS, comment croire que ces derniers aient pu pénétrer dans le sanctuaire jusqu'au fond et tirer sans être eux-mêmes incommodés?
Certes, en 1953, M me Rouffanche prit soin de préciser que les soldats avaient passé le seuil de la porte " après cette fumée dispersée ". ( 50 ) Toutefois, cette simple phrase ne suffit pas à nous convaincre. Ni sa déposition de 1944, ni celle de 1953 ne laissent supposer qu'une longue attente s'est déroulée entre le moment où les femmes auraient pénétré dans la sacristie et celui où les SS auraient tiré. Bien au contraire, on y apprend que l'unique témoin aurait juste eu le temps de s'asseoir sur une marche et d'être rejointe par sa fille aînée. Pour que le récit de Mme Rouffanche puisse être considéré comme véridique, il faudrait que les lois physico-chimiques aient été suspendues en attente d'une aération miraculeuse de l'église.
Mais ce n'est pas tout. Même à supposer que, par miracle, les vapeurs nocives se soient rapidement dispersées, comment croire que des SS aient entrepris de mitrailler les survivants en pénétrant jusqu'au fond de l'église ? De façon évidente, une telle entreprise eût été folle considérant la géométrie des lieux et le matériau de construction (granit du Limousin); les balles tirées auraient en effet ricoché en tous sens, faisant courir aux tueurs un risque mortel.
Parvenus à ce stade de notre étude, aucun doute ne saurait désormais subsister:
M me Rouffanche fut un témoin commandé qui apprit un récit globalement inexact, destiné à maquiller les faits et à masquer la vérité. Mais, comme l'immense majorité des faux témoins, celle-ci s'est démasquée en voulant plus tard donner de nouveaux détails, des détails qui devaient se révéler invraisemblables ou contradictoires.
Un détail capital : l'explosion dans la sacristie
A présent, intéressons-nous aux déclarations entendues au procès de Bordeaux. En 1953, l' "unique témoin" de l'église fit une révélation capitale. Elle parla de l'explosion dans la sacristie, une explosion qui entraîna l'effondrement du plancher et la mort de certaines femmes.
A notre connaissance, jamais le tribunal n'a tenté de découvrir ce qui avait provoqué cette détonation. Rappelons, en effet, que le plancher de la sacristie était soutenu par de grosses poutres dont les traces sont encore visibles dans les murs. Or, des poutres de cette section ne peuvent se briser que sous l'effet d'une poussée très intense. Des grenades jetées dans le sous-sol étaient incapables de générer une onde de choc aussi puissante et, donc, d'occasionner de tels dégâts . (51)
M me Rouffanche déclare avoir vu une " flamme " lors de l'explosion, preuve que le phénomène fut extrêmement violent. Le gaz peut-il, ici, être à l'origine du sinistre ? Il faudrait alors admettre qu'une ou plusieurs bouteilles de gaz étaient entreposées dans le sous-sol de la sacristie, ce qui, d'après les déclarations mêmes du témoin, est inexact . (52)
En revanche, l'hypothèse fondée sur la mise à feu d'explosifs, au sous-sol -- en quantité insuffisante pour souffler les murs et le toit mais suffisante pour provoquer l'effondrement du plancher -- , nous semble, ici, davantage plausible. L'explosion aurait été suivie d'un incendie causé par la combustion du plancher tombé au sol et du bois de chauffage stocké en cet endroit. La porte donnant sur la place de l'église aurait permis le tirage nécessaire pour activer la combustion. Ainsi pourraient s'expliquer:
- - les traces de suie visibles sur le mur nord de la sacristie et notamment sur la fenêtre rectangulaire;
- - l'absence de traînée noire au-dessus de la porte du sous-sol (c'est par là que s'effectuait le tirage);
- - la destruction, par le feu, du toit nord.
[70] Reste une question majeure : les explosifs ont-ils été app ortés puis mis à feu par les SS ? Beaucoup seront tentés de répondre par l'affirmative. On peut opposer une grave objection. A supposer que les Allemands aient volontairement provoqué la destruction du plancher, ce méfait n'aurait pas attendu neuf ans avant d'être dévoilé au public. Bien au contraire, les officiels auraient clamé haut et fort cette preuve que les SS possédaient bien des explosifs. Or, à propos du drame de la sacristie, c'est un silence coupable qu'observent depuis plus de cinquante ans les autorités françaises. En effet, rappelons les anomalies suivantes:
- - aucune photographie montrant l'état de la sacristie après le 10 juin 1944 n'existe ni n'a été publiée ;
- - dans son témoignage recueilli en 1944, Mme Rouffanche est restée très évasive au sujet des événements survenus dans ce local et elle n'a nullement évoqué l'explosion qui s'y était produite ;
- - P. Poitevin excepté, aucun tenant de la thèse officielle n'a, avant P. Maysounave en 1996, tenté d'expliquer ce qui s'était passé dans la sacristie ;
- - pour tenter d'expliquer la destruction du local, P. Poitevin a été contraint d'inventer un récit selon lequel les SS auraient établi "sous la sacristie un foyer dont la porte extérieure de la cave [aurait servi] de tirage pour activer la combustion"; (53)
- - encore aujourd'hui, les guides d'Oradour passent sous silence l'explosion qui détruisit l'intérieur du local. Cette discrétion se comprend, car l'existence d'un dépôt de munitions dans l'église anéantirait définitivement la thèse officielle qui présente Oradour comme un village paisible.
Ainsi, aujourd'hui, nous pouvons affirmer que, le 10 juin 1944, la sacristie de l'église d'Oradour a été le siège d'une détonation qui détruisit son plancher et qui ne fut certainement pas le fait des SS.
Pour terminer, notons que cette explosion infirme le récit de M me Rouffanche qui prétend être restée sur l'escalier de la sacristie jusqu'au moment où les SS auraient apporté des fagots dans l'église . ( 54 ) En effet, si vraiment le témoin s'était trouvé là où il le prétend, il n'aurait pas survécu aux terribles effets de la détonation : le souffle et la flamme.
Suspendons pour l'instant l'étude du témoignage de M me Rouffanche et considérons les dépositions des autres témoins ou accusés lors du procès de 1953. Nous découvrirons que certaines d'entre elles confirment la thèse des explosions survenues dans l'église.
NOTES DE LA PREMIERE PARTIE, II
1 ) Il est possible que la voûte ait entraîné la tribune dans sa chute.
2 ) Voy. En écoutant crier les pierres, pp. 13-14. Nous renvoyons le lecteur intéressé à cette brochure.
3 ) Editions France-Empire, 1965, 315 p.
4 ) Voy. la quatorzième photographie, entre les pages 160 et 161. Le fait que l'on voie la suie quinze ans après s'explique quand on sait que l' incendie en question était de type B (provoqué par des bombes incendiaires).
5 ) Température pour laquelle un bronze de cloche (22 à 24% d'étain, 76 à 78% de cuivre) va fondre.
6 ) Voy. Encyclopédie pratique de la Construction et du Bâtiment, publiée sous la direction de Bernard Dubuisson (Librairie Aristide Quillet, Paris, 1959), tome II, p. 1288.
7 ) En effet, la température d'un gaz (parfait) est reliée à la pression selon la formule : PV = nRT où P désigne la pression (en Pascals), V le volume (en m 3 ), n le nombre de moles de gaz, R une constante et T la température (en Kelvins). Par conséquent, si, à volume égal et à quantité de matière égale, P augmente, T augmente proportionnellement. Cette équation s'applique aux gaz " parfaits " . Or, l'air, mélange de gaz, ne peut être supposé parfait. Cependant, cette équation permet d'obtenir des ordres de grandeur, car le phénomène physique (température liée à la pression) reste valable même pour les mélanges de gaz réels.
8 ) Voy. Oradour-sur-Glane..., p. 51.
9 ) Une photographie de ces impacts est publiée dans Ville Martyre... (voy. Pl. VII, entre les pages 16 et 17).
10 ) Voy. Oradour-sur-Glane..., p. 51 : il y est question de " traces de balles, encore visibles sur certains murs inaccessibles de l'entrée " .
11 ) Voy. Courage et dévouement / Les sapeurs-pompiers au cours des siècles (ouvrage collectif, éditions Larrieu-Bonnel, Paris, 1970, 408 p.). De nombreux dessins et de nombreuses photographies montrent des bâtisses ravagées par le feu mais dont les poutres ont résisté (pp. 199, 200, 241, 258, 263). En revanche, aucune poutre ne résiste à un bombardement massif (voy. D. Irving, La Destruction..., op. cit., sixième cliché, entre les pages 160 et 161).
12 ) Voy. Pierre Grapin, Les Incendies (Presses Universitaires de France, collection " Que sais-je ? " , 1979, 128 p.), p. 100.
13 ) Voy. Vision d'épouvante..., p. 58.
14 ) Voy. Ville Martyre..., p. 48 : " La voûte avait résisté en apparence; pourtant des crevasses s'apercevaient, donnant à redouter un prochain écrasement " .
15 ) Toutefois, cette thèse appelle une question : où sont passées les poutres et les tuiles éjectées lors de l'explosion? En effet, les photographies extérieures de l'église après la tragédie ne laissent rien apercevoir. Nous reviendrons plus loin sur cette question.
16 ) Voy. Oradour-sur-Glane..., photographies pp. 6 et 62.
NOTES de la deuxième section, I
1 ) Voy. le rapport de M. Freund-Valade à Monsieur le Chef du Gouvernement, 15 juin 1944, p. 2.
2 ) Voy. Vision d'épouvante..., pp. 55 et 59.
3 ) Voy. les sténotypies du procès de Bordeaux, audience du 31 janvier 1953, p. 2.
4 ) Voy. Ville Martyre..., p. 43.
5 ) Voy. Vision d'épouvante..., p. 25.
6 ) Ces chiffres ne tiennent pas compte des habitants d'Oradour qui étaient absents le jour du drame.
7 ) Voy. Ville Martyre..., p. 43.
8 ) " M. Moreau, l'actif maire délégué d'Oradour, jusqu'à présent, a pu relever les noms de 636 victimes. Mais on estime généralement que le chiffre des personnes massacrées n'est pas très éloigné du millier " (p. 110).
9 ) MM. Pauchou et Masfrand n'ont donné aucun chiffre. Nous avons donc recueilli les noms cités au fil des pages et sommes ainsi parvenus à une trentaine de rescapés environ.
10 ) Voy. Le Monde, 31 janvier 1953, p. 5, col B : " Chaque jour, on apprend qu'une lettre parvient au tribunal signalant l'existence d'un nouveau rescapé ignoré jusqu'à maintenant " .
11 ) Voy. Oradour-sur-Glane..., p. 9.
12 ) Voy. Oradour-sur-Glane..., pp. 49-50. Ce témoignage est notamment cité, avec quelques différences, dans Vision d'épouvante... (pp. 57 et 59) et dans Le drame... (pp. 24-25).
13 ) Voy. le rapport de M. Freund-Valade à Monsieur le Chef du Gouvernement, 15 juin 1944, p. 2.
14 ) Voy. Rapport de Jean d'Albis à Walter Stucki en date du 15 juin 1944 (consultable aux Archives départementales de Haute-Vienne sous la cote 24 J 5, " Fonds d'Albis " ).
15 ) Voy. Dans l'Enfer..., pp. 87-88.
16 ) Ibid., p. 88.
17 ) Voy. Dans l'Enfer..., p. 88.
18 ) Ibid., p. 15 : P. Poitevin parle de son " expérience de vingt ans de journalisme et d'enquêtes " .
19 ) Dans son ouvrage, P. Poitevin nous apprend qu'il fut : " Adhérent au groupement de Libération, puis membre, dès leur fondation, des M.U.R. (Mouvements Unis de Résistance) " (voy. Dans l'Enfer..., p. 13).
20 ) Pierre Moreau parvient aux mêmes conclusions. Voy. En écoutant crier les pierres, p. 3.
21 ) Voy. Dans l'Enfer..., p. 13.
22 ) Voy. le rapport des Renseignements généraux en date du 4 juillet 1944, in La mémoire d'Oradour..., p. 98, col. A, témoignage de MM. Jacques Garraud et Robert Besson : " Vers 16 heures, nous perçûmes des cris provenant de la direction de l'église, qui furent suivis immédiatement après d'une forte détonation [...] " .
23 ) Voy. le " Compte rendu des événements qui se sont déroulés le samedi 10 juin 1944 à Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne) " (consultable à la BDIC, cote : F pièce 3543 Res). Ce document a été reproduit dans :
- - Le Courrier Français du Témoignage Chrétien, No 12, sans date, pp. 1-2, " Chronique du terrorisme hitlérien en France. Oradour-sur-Glane " .
- - Ville Martyre..., pp. 94 et suivantes.
- - La mémoire d'Oradour..., pp. 63-66.
- - Le Martyre d'Oradour-sur-Glane ( E dition Pierre Fanlac, Périgueux, sans date, 14 p.)
24 ) Voy. les sténotypies du procès de Bordeaux, audience du 31 janvier 1953, déposition de M me Rouffanche, p. 2. Voy. Doc 1.1.
25 ) Voy. Dans l'Enfer..., p. 88.
26 ) Ibid., pp. 44 et 46.
27 ) Voy. Trafics et crimes..., p. 426. En 1996, P. Maysounave, qui a lu J. Delarue, reprend cette thèse en écrivant : " On a su après la guerre, par deux SS qui ont recueilli le témoignage de membres de la compagnie d'Oradour, que cette caisse comprenait vingt-cinq grenades fumigènes antichars en verre, destinées initialement à aveugler ou asphyxier les équipages de chars ennemis au combat " (voy. Plus près de la vérité..., p. 285, n. 10).
28 ) Voy. le rapport de gendarmerie du 28 septembre 1944 présent dans le dossier du procès de 1953, 4 p., p. 3.
29 ) Voy. le procès-verbal d'interrogatoire de J.-P. Elsaesser (présent dans le dossier d'instruction du procès de Bordeaux), 24 septembre 1945, 8 p., p. 5.
30 ) Voy. le rapport des Renseignements généraux en date du 4 juillet 1944, in La mémoire d'Oradour..., p. 98, col. B : " Ensuite, deux jeunes soldats, âgés de 20 à 25 ans, pénétrèrent dans l'église et déposèrent en son centre une grande caisse entourée de ficelles ; ils y mirent le feu et aussitôt une épaisse fumée se répandit " .
31 ) Voy. les sténotypies du procès, audience du 31 janvier 1953, p. 2.
32 ) " Est-ce que vous pouvez nous dire si vous étiez encore dans le centre de l'église quand les SS ont apporté cette caisse de laquelle pendaient des mèches auxquelles ils ont mis le feu ? " (Ibid., p. 3).
33 ) Voy. le dossier d'instruction du procès de Bordeaux, liasse VI, interrogatoire de M me Rouffanche en date du 7 juillet 1946, une page.
34 ) Nous n'étudierons pas la thèse de P. Poitevin puisque celle-ci, excluant la détonation, a été définitivement abandonnée dès 1944.
35 ) Voy. le dossier d'instruction du procès de Bordeaux, liasse VI, une page, interrogatoire de M me Rouffanche en date du 7 juillet 1946.
36 ) Voy. les sténotypies du procès, audience du 31 janvier 1953, p. 2. Voy. Doc 1.2.2.
37 ) Voy. Paul Tavernier, Poudres et explosifs (Presses Universitaires de France, collection " Que sais-je ? " , Paris, 1969, 128 p.), p. 18.
38 ) Ibid., pp. 19-20.
39 ) Voy. les sténotypies du procès, audience du 31 janvier, p. 2.
40 ) Voy. Dans l'Enfer..., p. 48.
41 ) Voy. l'acte d'accusation dressé à l'occasion du procès de Bordeaux, p. 6. On notera qu'il n'était pas ici question de grenades fumigènes. D'ailleurs, de telles grenades n'ont jamais dégagé de fumée noire.
42 ) Voy., par exemple, Albert Hyvernaud, Petite histoire d'Oradour-sur-Glane, de la préhistoire à nos jours (auto-édité, septième édition, 1989, 78 p). L'auteur écrit : " L'explosion avait fait éclater les vitraux, sinon, tout le monde aurait péri asphyxié " (p. 47). Cette thèse est également adoptée par M. Lamaud, guide d'Oradour.
43 ) Témoignage de M me Rouffanche. Voy. Oradour-sur-Glane..., p. 49.
44 ) Voy. les sténotypies du procès de Bordeaux, audience du 31 janvier 1953, déposition de M me Rouffanche, p. 2.
45 ) Voy. Oradour-sur-Glane, p. 50.
46 ) Voy. le rapport du 4 juillet 1944, in La mémoire d'Oradour...
47 ) Voy. les sténotypies du procès de Bordeaux, audience du 31 janvier 1953, pp. 4-7.
48 ) Voy. Oradour-sur-Glane..., p. 51.
49 ) Voy. Dans l'Enfer..., p. 89. En 1996, P. Maysounave adopte également cette thèse. Dans son ouvrage, il écrit : " La plus jeune fille de M me Rouffanche a la carotide tranchée dans la sacristie, au-dessous de laquelle les Allemands ont pénétré par une porte qui donne sur la place de l'église. Ils tirent à travers le plancher " . (p. 226).
50 ) Voy. les sténotypies du procès de Bordeaux, audience du 31 janvier 1953, p. 4.
51 ) Cela nous a été confirmé par des artificiers de la ville de Caen.
52 ) " au-dessous du plancher de la sacristie, il y avait du bois " (voy. les sténotypies du procès de Bordeaux, audience du 31 janvier 1953, p. 5, déposition de M me Rouffanche). Gageons que, si une bouteille de gaz s'y était également trouvée, M me Rouffanche n'aurait pas hésité à la mentionner.
53 ) Voy. Dans l'Enfer..., p. 52. Nous verrons plus loin qu'en 1996 P. Maysounave a globalement repris la thèse de P. Poitevin.
54 Voy. les sténotypies du procès de Bordeaux, audience du 31 janvier 1953, p. 6. On lit: "M; LE PRESIDENT -- Est-ce que vous avez assisté au moment où des SS sont entrés dans l'église pour porter de la paille et des fagots pour mettre le feu? et je dis bien vous étiez derrière le maître autel?
[ Mme ROUFFANCHE ]. -- J'étais
assise au fond d'un escalier dans la sacristie, j'ai fait la morte
[...] " .
Extrait de Le Massacre d'Oradour, un demi-siècle de
mise en scène, par un Collectif de libres chercheurs
animé par Vincent Reynouard,VHO-ANEC, Anvers, 1997, 446
p., ISBN 90-73111-21-08, © Vincent Reynouard. Distribution:
VHO, BP 60, B-2600 Berchem 2, Belgique. Nous conseillons très
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Cet ouvrage traite des circonstances dans lesquelles un massacre s'est produit dans un village non loin de Limoges en juillet 1944, alors occupé par une division de l'armée allemande en retraite. Il a été édité en 1997 par un éditeur d'Anvers. Or Anvers a la tort de se trouver en Belgique, c'est-à-dire à l'étranger, pour ne pas dire en Anti-France. Le ministre (français) de l'Intérieur (français) a donc pu INTERDIRE CE LIVRE. C'est la principale raison pour laquelle nous le publions aujourd'hui sur Internet. Quant au citoyen-ministre, il ne reste qu'à le couvrir de ce qu'il mérite.
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